‹ Monuments de L'Antiquite dans L'Europe BarbareChapitre 23 sur 58 · XX XVI · texte numérisé non relu

XX XVI

■ LucaÎQ a parlé des Bardes dans sa Pharsale.

quelques-unesdes populations établies an nord des Alpes^ César rapporte qu'après la bataille de Bibracte on trouva dansie camp des Helvétiens des tabelles écrites en lettres grecques qui indiquaient le nombre des hommes en état de porter les armes, ainsi que celui des vieillards, des femmes et des enfants*. — Sur une pierre de Saulieu, en Bourgogne, sont gravés des caractères qu'on croit appartenir aux Gaulois '.

La liste des ornements que nous avons donnée témoigne d'un grand goût pour le luxe*: Diadèmes, colliers, bracelets, bagues, épingles, fibules, ceintures et anneaux de jambes étaient une parure propre aux hommes et aux femmes; l'or, employé avec prodigalité, montre que Part da clinquant n'était pas encore connu. Ces pièces en général n'ont rien de distingué par leurs formes, mais en revanche elles sont chargées d'ornements de détails, de disques et de lignes symboliques; on peut être surpris du soin et de la précision qui ont présidé à l'exécution de tous ces traits ; cependant l'idée du beau fut peu développée chez ces peuples ; elle ne s'exprima jamais par la simplicité du fond, l'imitation de la nature animée, la grâce

* Sar l'antiquité de récriture chez les Grecs, je trouve dans VOdystée, (Vin, 158-599) Euryale, flls d'Âlcinotts, voulant provoquer Ulysse, lui dit , < Vous ressemblez bien mieux à quelque patron de navire.... ou même à quelque écrivain de vaisseau qui tient registre des provisions et des prises... »

« De Bel. Gai. 1, 99.

' Ils sont représentés dans le G»* volume de Thistoire de Bourgogne par l'abbé Courtépée.

* Ody$Ue XVIII, S90. sqq. Antinous apporta à Pénélope un manteau magnifique qui avait IS agrafes d'or. /i.XIX, a27,sqq. Vêtement d'Ulysse, ample manteau de pourpre avec double agrafe d'or, au bas broderie en or d'un chien de chasse tenant un faon de biche tout palpitant . . . tunique admirablement brodée.

des contours, la beauté des formes et de l'ensemble. Le beau consistait pour eux dans l'ornementation des détails, la vivacité des couleurs et la reproduction de l'extraordinaire ^ Il est curieux de voir ces traces de Part que le bronze nous a conservées, reproduites sur l'ancien sagum, d'étoffe rayée' ou chargée de fleurs, de disques, de figures de toute espèce. Les Galls se paraient par le tatouage de signes symboliques. Les Bretons se teignaient le corps avec une substance verdâtre extraite de la feuille du pastel \ On peut se représenter le Gaulois, ami de la parure, revêtu de braies, d*une chemise à manches et du sagum à carreaux éclatants. Ces guerriers robustes, de haute stature, au teint naturellement blanc, aux yeux bleus, aimaient à donner à leurs cheveux blonds^ ou châ tains une couleur rouge ardente ' au moyen de l'eau de chaux ou d'une pommade caustique, puis, à moins de les

* Ainsi les casques des Gaulois.

' À lignes droites. Enéide, liv. VI II, 660, ou à losanges comme ou le voit sur quelques monuments du bas empire. Encycl., mot Gaulois, et aussi Sagum,

* Pline, XXII, i. Des nations étrangères ont habitué, de toute antiquité, de se farder du jus de certaines herbes et de se charger le corps de caractèrei gravés sur la peau. En Bretagne les femmes mariées et le^ brus se teignent tout le corps de jus de pastel.

« Tite-Live, Decad IV, liv. VIII. — Cet historien dit (Decad III, liv. II.) qu'à la bataille de Cannes, plusieurs étaient nus de la ceinture à la tête.

Les bas-reliefs découverts dans la cathédrale de Paris représentent des Gaulois avec bonnet plat et chaussure recouvrant tout le pied. — Grivaud de la Vincelle.

C'est Diodore de Sicile, liv. V. pag. SIS A, qui parle de cette bigarrure de couleurs et d'ornements sur le sagum, il dit qu'on l'attachait avec des fibules*

■ Même fait chez les Grecs, Anacharsis, tom. II, c. XX, pag. 358. Schol. Theocr. in IdjU II, v. 88. Hesychii lexicon in Thapsin salm in Pline, pag. 1163.

laisser flotter sur les épaules, ils les relevaient en touffe au sommet de la tête ^ Le peuple portait la barbe longue, les nobles ne conservaient que d'épaisses moustaches. Le pauvre et le riche, comme toujours, différaient beaucoup de parure. Aussi quand l'usage des armes défensives fut iDtroduit, la foule ne connut guère le casque, la cuirasse elle bouclier*.

Âppien dit que les Espagnols portaient des manteaux épais et repliés comme les chiamides, attachés avec des agrafes et qu'ils les appelaient sagum.

Les Germains portaient aussi le sagum, attaché au moyen

' Population de riméreih. « Le bonheur tel que le recherchent ces peuples est encore fort matériel. Avoir beaucoup de serfs, parader suivi d'une foule de vassaux dans de beaux habits chamarrés de galons d'argent, avoir une belle moustache qu'on teint en rouge quand elle grisonne, et trouver partout QD banc (table) bien garni, constitue celui des seigneurs, qui ne tiennent OQlre cela qu'à leurs chevaux, à leurs armes, à leurs faucons et éperviers et koupcbines (jarres de vin), te luxe des maisons n'existe pas chez eux; rareoient de fenètret, deux portes suffisent pour le jour et la fumée. Deux ou trois bancs un peu creux au milieu avec un bloc de bois pour oreiller, quelques tapis, de longs bancs pour tables, un coffre bien brillant, et vous savez tout ce qu'une maison en général renferme et ce dont se contente un noble et même un prince Iméritien. Une petite chapelle et un pope, qu'on traite comme un paysan, sont de rigueur chez ceux qui veulent soutenir leur dignité. » Voyage autour du Caucate, par Du Bois de Montpéreux, tom. III, p. 135-136. — Itinéraire de Koutaisà Ti/Us. • Il n'y a pas de pays où les dames poussent plus loin la coquetterie, quoiqu'elles ne se voient qu'entre elles. On n'en verra aucune aussi qui n'ait les cils, ou sourcils, peints en noir ; quand les sourcils sont trop larges, on les rase pour leur donner l'air d'arcs. Une femme non fardée, quel crime de lése-politesse si elle osait se présenter ainsi ! Cela va sans dire qu'on ne manque jamais non plus de se teindre les ongles en rouge avec du henné ; les femmes Agées qui ont des prétentions s'en peignent les cheveux. > Id. id. p. 174. Les personnes Agées chez les Taures de la Grimée se teignent encore les cheveux en rouge.

* Voir plus de détails dans Ckistoire dei Gaulois d'Amédée Thierry, tom. lli pag. 43.

23A MONUMENTS DE l'aNTIQUITÉ.

d'ane fibule, et à son défaut d'une épine '. Les plus riches se distinguaient par un vêtement, non flottant comme celui des Sarmates et des Parthes, mais étroit, de manière à dessiner les formes du corps. Ils se couvraient aussi de la peau des bétes féroces, les uns nég4igemment, d'autres avec recherche. Le vêtement des femmes était semblable à celui des hommes^ si ce. n'est qu'elles portaient plus ordinairement des toiles de lin ornées de pourpre et qu'elles laissaient la poitrine et les bras découverts'. — Chez les Barbares les femmes paraissent, en général, n'avoir pas été vêtues bien autrement que les hommes; le même fait se reproduit encore de nos jours chez les Lapons, recouverts indistinctement d'une espèce de robe et d'un bonnet de fourrure. — En parcourant le nord de la Russie, on retrouve dans les campagnes un costume qui n'est pas saus rapport avec ceux dont les auteurs anciens nous ont laissé la description. La chaussure est parfois une bottine d'écorce de bouleau, tressée en natte. Le pantalon, plus ou moins ample, n'est autre que la braie des Gaulois. Enfin une blouse de couleurs vives, flottante ou serrée par une ceinture, compose le reste du vêtement , et rappelle le sagum dont elle reproduit la forme. Une robe est souvent l'unique pièce de vêtement des femmes. En hiver, la peau de mouton sert à se préserver du froid. — Les auteurs latins nous représentent à peu près demi-nus plus d'un habitant des pays

* Spina^ on devrait peut-être le traduire par épingle.

• Tacite, Germ. lib. XVII.

Strabon donne aux Gauloit Belget (liv. IV,) chevelure longue, caleçon et •agum ; pompeux dans leurs habillements ils portaient colliers, bracelets aux bras et poignets, habits teints, ornés on brodés d*or.

Dion dit que les habitants de TEcosse. Calédoniens, PicUi, etc., éUient ous ou vôtus de la ceinture en bas, et se peignaient de différentes couleurs.

da nord, ce qui parait au premier abord invraisemblable. Ce que nous venons de dire des serfs de la Russie septentrionale fait comprendre que ces descriptions ont dû être écrites d'après les rapports de voyageurs qui avaient visité ces contrées dans les mois où le soleil, disparaissant à peine à l'horizon, répand une chaleur qui n'éprouve pas moins que les rigueurs des longs hivers. — Un vase découvert dans les tombeaux de la Crimée représente avec une grande exactitude le costume des anciens guerriers Scythes ^ Ils portent la barbe longue; les cheveux flottants sont rejetés en arrière ; un bonnet pointu prend toute la tête, ne laissant que la figure à découvert; le sagum est resserré autour de la taille par une ceinture étroite ; le pantalon, pris dans les tiges des bottines, complète le vêtement; les armes sont la lance, Tare, le carquois et le bouclier long,arrondi à ses extrémités. — Desfigures reproduites par le bosselage sur un vase en or, d*un beau travail grec, représentent des guerriers à la suite d'une bataille, dont les uns, blessés, sont pansés par le chirurgien, tandis que d'autres bandent de nouveau leurs arcs ou paraissent s'entretenir du résultat de la journée".

De tout temps, la pêche et la chasse furent pour ces peuples un moyen d'existence. La plupart des animaux domestiques leur furent connus et dans quelques contrées la cuUiire du sol prit un développement dont on ne se fait pas toujours une idée exacte. Pythias % qui vivait trois siè-

* On le voit dans le palais de TErinitage à Saint-Pétersbourg.

* La colonne Trajane élevée l'an 114 de Jésus-Christ représente les costumes de plusieurs peuples barbares, peut-être un peu modifiés de ce qu'ils étaient dans notre seconde période.

' Philosophe de Marseille, contemporain d'Aristote. Strabon II ; Pline XXXVU.

des avant notre ère, rapporte que les habitants de Tholé, c'est-à-dire les Scandinaves, n'étaient pas étrangers à Ta* griculture. Les Germains cultivaient le lin * et réduisaient leurs blés dans des demeures creuses ou souterraines qu'ils habitaient pendant l'hiver. Pline' raconte que l'Helvétien Hélicon, citoyen des Gaules, après avoir travaillé quelque teoops à Rome de sa profession de charpentier ou de maréchal, en rapporta, à son retour dans sa patrie, des figues, de l'huile et du vin, ce qui détermina les Gaulois à passer les Alpes. Lorsque les Helvétiens se décidèrent à quitter leur pays ils ensemencèrent le sol de manière à pouvoir prendre sur les récoltes de 2 ans des blés en suffisance pour l'entretien de 368 000 personnes pendant 3 mois de campagne'. — On ne peut douter que l'agriculture ne fol en honneur chez les Gaulois longtemps avant l'arrivée des Romains. Athénée^ nous apprend que lorsque Euxenus, chef des Phocéens, s'unit à Petta, fille de Nannus, roi des Saliens, celle-ci présenta à son époux selon l'usage du pays une coupe pleine d'eau et de vin. Les Phocéens, qui apportèrent avec eux des plants de vignes et d'oliviers, troavèrent déjà le raisin dans les Gaules avant la fondation de Marseille (an 530) \ Dès le temps de Caton l'ancien on

* Ce qui résuite des vêtements de lin dont parle Tacite XVII.

* Lib. XII. cap. 1. Produnt Alpibus coercttas et tum inexsuperabili munimento Gailias, hanc primum habuisse causain superfundendi se Italiœ, quod Helico ex Helvetiis, cifis earum, fabrilem <>b artein Romœ commoralus, ficum sicam, et uvam, olei ac vini prœniissa, secum tulisset. Quapropter h»c belle quœsisse venia sit. — Helico vivait dans le second siècle de Rome, dit Loys de Bocbat.

> César I, 8.

* Lib. XIII. Les Saliens habitaient les côtes de Provence.

* Fondée 530 ans avant Jésus-Christ.

AGE Dt HUONZE. 237

transportail dans Tllalie des plants de vigne des Gaules et enlr'aulres de Berri (Bilurica)'. — Varron* mentionne dans ce pays des contrées voisines du Rhin où la vigne, l'olivier et les autres fruits ne viennent pas, à moins qu'on n'ait fertilisé la terre avec une craie blanche. Pline loue les vins de Berri et de IL^uvergne. L'invention des tonneaux en bois est attribuée aux Gaulois. Le musée d'Âvenches conserve une statuette en argile qui tient sous son bras on vase dont la forme est exactement celle de nos tonneaux, les douves et les cercles sont nettement indiqués, ainsi que le renflement du vase sur le milieu de sa longueur*. Les Nerviens de la Gaule (peuples du Hainaut) de même que les Suéves de la Germanie, ne permettaient pas l'importation du vin au milieu d'eux, parce qu'ils croyaient que celte liqueur rend les hommes mous, efféminés et peu propres à supporter les fatigues^. Ceux qui, d'après Vopiscus et Eusèbe, attribuent à Probus Tintroduction de la vigne dans les Gaules, sont évidemment dans l'erreur. — La culture des grains ne fut pas moins avancée que celle de la vigne; Strabon parle des abondantes productions de froment et de millet, et dit que le nord de ce pays produit les mêmes fruits que le midi, à l'exception des olives, des figues et du raisin. Du temps de Cicéron les Romains importaient déjà considérablement de blé depuis la Gaule*. Riche en foin® elle nourrissait de nom-

' Les Auctores rei rusticœ apprécient beaucoup ce plant robuste et fécond.

* De re rust.

' Pline XIV, 21, dit que les Piémontais mettent leurs vins dans des tonneaux de bois, bien liés de cercles.

* César IV.

■ Cicéron, Oraiio pro M. Fonteio. César et Dion, lib 39.

* Poroponius Mêla dit que la Gaule est riche en froment, en foin, etc.

i38 MONUMENTS DE L^ANTIQUITR.

breux troupeaux de toute espèce *. César dit que la Séqaa nie était la contrée la plus fertile*. La culture du lin était très soignée, de même qu'en Belgique; on en faisait nonseulement des vêtements, mais encore des voiles de navire ^ Le citronnier était aussi connu, puisque César en décora son triomphe^. Enfin les pojcs, qu'on trouve si souvent représentés sur les monnaies celtiques, étaient remarquables par leur taille, leur force et leur légèreté à courir'. La Gaule avait la réputation de faire les meilleurs jambons^, aussi, après la conquête, les Romains s'y approvisionnaient-ils dejambons, de saucisses et de cervelas \— Ces détails, tirés essentiellement des auteurs les plus rapprochés du temps de l'indépendance des Gaules, permettent déjuger combien les tombeaux de la seconde période renferment peu d'instruments de la vie domestique. D'autre part il est curieux de voir l'habileté des Romains à puiser, même chez les Barbares, tout ce qui pouvait contribuer à leur développement, comme on peut s'en assurer parce passage de Pline dans lequel il donne la description des charrues. Il faut en Italie, dit-il, huit bœufs pour tirer les socs gros et pesants. Lescoutres servent à ouvrir le sol et à montrer le chemin au soc qui vient entamer la terre horizontalement. Une pièce de fer, contournée en bec à sa pointe,

* Strabon.

* Ager sequanicus totius Galliae optimus.

' César. — Pline XIX. — Les voiles étaient quelquefois de peau.

* Velleius Paterculus.

* Strabon.

* Athénée.

' Varron. De re ruit, II, 4.

Voir en outre le Dictionnaire de l'Encyclopédie aux mots AgrieuUure ci Gaules,

AOS DU BRONZE. io9

tient lien de soc en quelques endroits. Quand la terre est légère, on reniplace cette pièce par une barre de fer légèrement courbe et pointue à l'extrémité. Il est des charrues qui n'ont que le soc appointé, large au OQilieu et tranchant; ce dernier genre, introduit depuis peu, vient du pays des Rhétiens. Les Gaulois ont imaginé de faire porter leur charrue sur de petites roues. Leur soc, plat comme une pelle, tourne très bien les mottes de terre. Une paire de bœufs suffit à ce travail. Après avoir semé, ils hersent avec une espèce de claie, ferrée et dentelée, qu'ils traînent par dessus le labour*. Pline ajoute qu'il est deux sortes de faux : celles d'Italie, courtes et faciles à manier, même parmi les buissons et les haies, en sorte qu'on fauche à une seule main. En Gaule, où il y a de grandes prairies, les faux sont plus longues,. et on ne coupe pas le foin aussi près de la terre*. (Les faucilles en bronze, découvertes en grand nombre, ont sans doute, pour la plupart, servi aux travaux de l'agriculture. Dans quelques pays on a retrouvé de petites roues en bronze, de quelques pouces de diamètre» munies d'un moyeu et de rayons tout pareils à ce que nous possédons de nos jours.) Les Gaulois avaient aussi des charriots à quatre roues, pareils à celui dont on voit le dessin sur la mosaïque de Bosséaz, près d'Orbe.

Dans son histoire des Gaulois, Amédée Thierry donne, d'après Posidonius ', la description suivante : € Autour d'une table fort basse on trouve, déposées par ordre, des bottes de foin et de paille : Ce sont les sièges des convives. Les mets consistent d'habitude en un peu de pain et beau-

• xvin, 17.

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