‹ Monuments de L'Antiquite dans L'Europe BarbareChapitre 24 sur 58 · XVIII, Î · texte numérisé non relu

XVIII, Î

* Apud. Ath. liv. IV, chap. 18.

iUO MONUMENTS DR i/aNTIQIITÊ.

coup de viande bouillie, grillée ou rôtie h la broche; le tout servi proprement dans des plats, de terre ou de bois chez les pauvres, d'argent ou de cuivre chez les riches. Quand le service est prêt, chacun fait choix de quelque membre entier d*animal, le saisit à deux mains et mange en mordant; on dirait un repas de lions. Si le morceao est trop dur, on le dépèce avec un petit couteau dont la gafneest attachée au fourreau de l'épée. On boit à la ronde dans un seul vase de terre et de métal que les serviteurs font circuler; on boit peu à la fois, mais en y revenant fréquemment. >

On a peu de détails sur le commerce des peuples du nord. On sait seulement que dès les temps les plus anciens, Tambre fut recherché avec avidité. Pline* dit qu'on le tirait de la Grande-Bretagne, de quelques tles de l'océan septentrional, des côtes de la Germanie et de la Livonie. Les anciennes monnaies grecques découvertes près de Bromberg doivent provenir de ce commerce, ainsi que plusieurs verroteries. Pendant longtemps les Phéniciens surent s'approprier le commerce de l'étain qu'on trouvait dans la Grande-Bretagne et surtout aux îles Sorlingues, auxquelles ils donnaient le nom d'fles Cassitérides.

Nous avons vu que les premiers habitants de l'Europe construisaient déjik des canots, à la manière des peuples sauvages. Les auteurs anciens, qui donnent des détails nombreux sur la navigation dans le midi, parlent peu de celle du nord*. Cependant les peuples riverains des grandes eaux, connurent l'art de construire les vaisseaux. Dans les tombeaux des bords de la Baltique on voit fréquem-

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* Tacite, Germ. XLIV.

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ment l'image du vaisseau gravée sur des instruments en bronze, souvent aussi on la trouve sculptée sur les rochers de la Suède. La proue et la poupe étaient également relevées. Un trait au milieu indique le mât et d'autres sur les flancs, les rameurs. Tacite rapporte que les Germains conservaient une image du vaisseau, symbole de leurs premiers voyages. De nos jours on en voit encore dans les temples sur les côtes de la mer, ils sont destinés à recommander les navigateurs aux prières des fidèles. Les sages parlent d'un dieu qui possédait un vaisseau construit avec tant d'art qu'on pouvait le démonter et le réduire en un volume si petit et si léger, qu'il n'incommodait nullement dans la marche. Une mer se présentait-elle devant les pas du dieu, il reconstruisait aussitôt son navire et sillonnait les eaux avec la rapidité du vent. S'il faut en croire la tradition, les Scandinaves transportaient parfois dans leurs expéditions des bateaux, au moyen desquels ils traversaient les eaux qui s'opposaient à leur marche. Les Lapons se servent encore de canots extrêmement légers d'un genre de construction sans doute fort ancien. Longs et étroits, terminés aux deux extrémités en pointes relevées, la carcasse est entièrement recouverte de peaux bien tendues qui ne laissent sur le milieu de la longueur qu'une ouverture circulaire, juste assez grande pour permettre à on homme d'y passer le corps. Assis dans le canot, on s'entoure encore la taille d'un linge, de manière que l'ouverture soit hermétiquement fermée. A l'aide de deux rames, lo bateau glisse légèrement au milieu des écueils, et s'il vient à être pris de flanc et recouvert par les vagues, il ne tarde pas à reparaître à la surface et à affronter de nouveaux périls. Les mâts et les bancs de rameurs propres à

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ces vaisseaux Scandinaves qu'on trouve gravés sur le bronze ou la pierre indiquaient de la part de ces peuples des connaissances avancées. D*après les dessins, on peut s'assurer que quelques-uns portaient déjà deux rangs de rameurs, et que le nombre de ceux-ci s'élevaient jusqu'à quarante. Il est vraisemblable que les vaisseaux phéniciens qu'ils virent arriver sur leurs côtes, leur donnèrent l'idée de perfectionner leurs constructions, mais de telles constructions n'en sont pas moins la preuve d'un développement d'industrie qui surprend dans ces temps reculés.

Si la profession de l'artisan était honorée chez les Barbares, celle des armes l'était bien davantage encore. Dans les assemblées du printemps, on sacrifiait aux dieux, afin de les rendre propices ; puis on décidait de quel côté on porterait ses armes, à moins qu'on ne fût déjà engagé dans une lutte. Le casque, la cuirasse, les brassards étaient rares, l'arme défensive la plus usitée était le bouclier. Plusieurs affectaient de se présenter à l'ennemi le corps à demi découvert. Les armes ofifensives consistaient surtout dans la hache, la lance, le javelot \ l'arc et la fronde. Le poignard et l'épée paraissent avoir appartenu plus essentiellement aux chefs V — En décrivant ces différentes pièces du nord et du midi, nous avons déjà fait observer l'analogie frappante de leurs formes et même de leur ornementation. C'est le moment de résumer ce qui a été dit à ce sujet et d*en tirer les déductions qui se rattachent à l'histoire.

Plusieurs, frappés de cette identité, n'ont pas hésité à

* Le gœsiim était une espèce d'épieu ou de javelot.

* Strabon, liv. IV, dit que les Gaulois attachaient les této$ de leurs ennemis au cou de leurs chevaux et au-dessus des portes de leurs maisons.

conclare que les Barbares ont reçu ces armes des Romains, mais nous avons vu qu'avant que Rome pût faire ce commerce, le nord les possédait déjà ; et plus tard, le fer était travaillé dans le midi, tandis que les autres pays se servaient encore du bronze pour la fabrication des instruments tranchants. Sans revenir sur toutes les hypothèses avancées en faveur de Torigine romaine de ces pièces , Dous rappellerons seulement que la présence dans le nord, des fonderies, des creusets et des moules, constate nn travail indigène. D'autre part, la considération attachée à la profession de forgeron ne permet pas d'admettre qn'on ait employé comme artisans des esclaves étrangers. Enfin, à côté des formes analogues, nous verrons qu'il en est d'antres, propres à certaines contrées, et qui confirment de nouveau l'extension générale des connaissances métallurgiques. Ce fait établi, comment expliquer l'identité des formes sur des points si opposés? L'épée, le poignard et le couteau présentent partout les mêmes particularités dans la fabrication. L'espèce de hache appelée ceit, est la même dans l'ancienne Grèce, l'Italie, et les autres pays de l'Europe. Cependant, les contours de ces instruments ne peuvent être attribués comme dans la première période à l'unité de l'esprit humain. Ce ne sont plus les formes simples et primitives; une idée mère a présidé à leur confection. — C'est ce type dont nous devons chercher l'origine : Le ceit, avons-nous vu, est propre non-seulement à l'ancienne Europe, mais aussi à quelques peuples de l'Asie, entr'autres aux Mongols et aux Chinois; ainsi l'orient nous apparaît une seconde fois comme l'origine et le point de départ de ce nouveau développement. L'âge de transition nous a montré en effet

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que divers objets furent importés d'Asie fort anciennement. On retrouve même dans des tombeaux des coquillages de la mer des Indes qui laissent peu de doute sur cette marche d'orient à occident. En renonçant à attribuer à quelqu'un des peuples de l'Europe l'invention des formes qui nous occupent, les questions se simplifient et tout s'explique naturellement. Des populations participant à la môme culture parcourent de nouveau les anciennes voies du nord et du midi, pénétrent dans l'intérieur des terres ou y repoussent les habitants primitifs. Des luttes incessantes contribuent à opérer une fusion, résultat de tous ces croisements, mais aussi à créer des peuplades dont chacune cherche à s'assurer, si non la prépondérance, du moins l'indépendance. Ces flots se répandirent sans doute à des moments divers, et subirent aussi des influences différentes. Dans le midi, les rapports avec des peuples avancés ne tardèrent pas à introduire des éléments civilisateurs ; dans le nord, l'ancien genre de vie se poursuite travers des siècles plus nombreux. — C'est donc en Asie que nous croyons devoir rechercher ces formes types qui, de là, se répandent en Europe par des voies diverses et servent plus ou moins longtemps dans une contrée ou dans une autre, suivant les circonstances dans lesquelles les populations se trouvent placées. Les formes dont on attribue l'invention aux Romains sont de beaucoup antérieures à l'existence de ce peuple. Ceux qui en font la propriété exclusive des Celtes sont obligés, pour être conséquents, de faire rentrer dans la famille celtique, non seulement les Pélasges et les habitants primitifs de l'Italie, mais encore les Germains. La confusion dans laquelle on tombe me parait provenir de

ce qu'on s'obsUne à chercher en Europe un peuple qui y ait répandu en tout lieu son culte et son industrie. L'élade générale des monuments nous reporte au contraire vers une origine commune, d'où se sont détachés ces peuples divers qui prirent ou reçurent chacun leurs noms particuliers, et plus tard leur caractère propre. Il est encore un point sur lequel il est important de s'entendre. Quand nous parlons d'origine commune, il est certain qu'elle n'a point dû présenter la même unité qu'au point de départ des premières migrations. Nous ne pouvons apprécier toutes les diversités de langues et de cultes déjà introduites en Asie. Les monuments qui nous occupent se rattachent davantage à Tunité d'industrie et de culture, et c'est cette unité-là dont nous croyons devoir rechercher l'origine en Asie.

Après ces considérations, ce que nous avons avancé sur les modes de sépulture par l'inhumation et le bûcher prendra peut-être un peu plus de consistance. Il n'est pas sans intérêt de voir que Tustion pénètre en Europe en même temps que ces instruments, dont le prototype du plus important, c'est-à-dire de la hache appelée ceit, est évidemment oriental. L'ustion, paraissant avec une nouvelle industrie désignerait par conséquent l'introduction de nouveaux peuples ayant des traits communs de parenté.

Malgré les rapports sur lesquels nous avons insisté, il est cependant, quand on prend ces monuments dans leur ensemble, des manières de faire propres à certaines localités. Telle pièce, rare dans un pays, sera commune dans un autre ; telle forme n'appartient qu'à certaine région. Rien de plus commun que les urnes cinéraires en Allemagne, rien de plus rare dans la Suisse occidentale, où l'usage de

rinbomation a prédominé. Les bracelets granulés sont surtout propres aux bords du Rhin ; les vases chargés de rayures, au centre de rAllemagne. La forme particulière des vases en métal destinés au culte appartient aux côtes de la Baltique, ainsi que la gravure fréquente du vaisseau, les grands cors de guerre, les haches de commandement, les bracelets et les fibules à grandes spirales plates V L'Irlande et le Danemarck se distinguent par la richesse de leurs bronzes. Toutefois, on ne possède pas encore des collections assez complètes pour établir des distinctions de peuple à peuple. Il est moins facile qu'on ne Ta cru de distinguer les monuments des Celtes de ceux des Germains et des Scandinaves ; ce n'est pas tant l'invention des formes que leur modification qui peut les faire reconnaître. Et d'ailleurs si nous nous reportons dans ces temps reculés, la mobilité de ces peuples, leurs invasions incessantes, les flots poussant d'autres flots, se brisant et se mélangeant, les rapports continuels d'amitié et de guerre qui sont les uns et les autres des moyens d'échanger les idées, tout montre qu'on doit retrouver au nord des Pyrénées et des Alpes un genre de vie riche en faits analogues.

Si nous résumons les traits caractéristiques de cette période, nous voyons que l'exploitation des mines et le travail des métaux acquièrent un grand développement. L'art du potier se perfectionne, ceux du tisserand, du teinturier et du tanneur se retrouvent en tout lieu. La culture des blés et les soins des troupeaux paraissent généralement

* Ces fibules se retrouvent dans le lac de Constance (collection de Bonstetten) et dans les tombeaux de Hallstadt décrits par Gaisberger.

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répandus. La charrue et la herse sont employées au labour. Dans les contrées les mieux exposées on possède Tolivier, le figuier et le citronnier. La vigne est déjà coDDue dans les Gaules 5 à 6 siècles avant notre ère. Le vin est resserré dans des tonneaux en bois tout pareils aux nôtres. Des vaisseaux» conduits par des voiles ou de nombreux rameurs, sillonnent les mers du nord. Le cor excite les guerriers au combat. La lyre des bardes et des Scaldes célèbre les hauts faits; la voix du poète est respectée. Les Helvétiens connaissent l'écriture. Enfin partout, le goût du luxe préside à la parure.

Après l'examen de ces faits, dont chacun est constaté, on se demande si Ton est bien en droit d'appeler Barbares les peuples qui possédèrent toutes ces connaissances. La question peut être posée, mais avant tout il faut s'entendre sur la valeur de cette expression. Si par Barbares on entend des peuples essentiellement rudes, grossiers et ignoranis, nous croyons que la plupart de ceux qui nous ont occupé ne méritent que bien incomplètement remploi de cette épithète. Le sens primitif du mot barbare n'était autre que celui d'étranger; employé d'abord parles Grecs, puis adopté par les Romains, il s'y attachait une idée de défaveur. Sans suivre les différentes idées qui se rattachèrent à cette expression après les déprédations des peuples du nord, nous dirons que les Barbares sont à nos yeux, les peuples ou les hommes étrangers à la civilisation. Les connaissances industrielles et agricoles, la valeur dans les combats ne constituent pas à elles seules l'élément civilisateur; pour le compléter, il faut que la culture intellectuelle soit en honneur, que les lettres et les beaux arts viennent ennoblir l'esprit^des hommes en leur révélant le

coite du beau et du grand. Nous ne pouvons parler de l'élément religieux ou chrétien qu^il n'était pas encore donné de posséder ; mais toujours est-il qu'à cette époque reculée les peuples qui nous occupent ne connaissaient qu'une demi-civilisation, que les beaux arts leur étaient étrangers, que leurs ébauches littéraires n'ont pu les sauver de l'oubli et qu'ils ont par la rudesse de leurs mœurs mérité le nom de Barbares. Il en est de même de tous ceux qui ne font du beau qu'un objet de parure ou de vanité, qui placent la matière au-dessus de l'esprit et honorent le bras plus que l'intelligence.

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