TROISIÈME PÉRIODE
oc AGE DU FER.
Nous sommes arrivés à la fin de notre deuxième période après avoir parcouru les siècles nombreux qui se sont écoulés depuis l'introduction des premiers habitants en Europe jusqu'aux temps voisins de la naissance du Christ. La découverte de matières nouvelles, contribuaut puissamment au développement des peuples, nous a permis, malgré l'obscurité de ces âges, de distinguer des moments divers par la classification des monuments analogues. Une fois qu'on fut arrivé par l'alliage et par la trempe à donner au cuivre des propriétés diverses, on se préoccupa moins de vaincre les ^difficultés que présente le
tra?ail du fer. Longtemps il fat envisagé comme un métal récalcitrant et aussi comme un métal de prix. Les Bretons l'employèrent d'abord pour les anneaux qui servaient de monnaie ^ Homère en parle comme de la matière la plus dure*. Les habitants de Tyr firent présent à un roi d'une masse ou d'un lingot de ce métal comme d'une chose rare. Hérodote et d'autres auteurs mentionnent comme l'une des merveilles de Delphes l'offrande d'Alyattès, roi de Lydie» qui consistait en un grand cratère d'argent, dont la base, en forme de tour un peu conique, était en fer. Travaillé à jour, on y voyait plusieurs petits animaux se jouer à travers les feuillages qui l'ornaient; ces différentes pièces n'étaient point unies par des clous, mais au moyen de la soudure. Ce travail était attribué à Glaucus de Scio qui le premier trouva l'art de souder le fer'. César trouva le fer en usage chez les Gaulois et les Belges^ Tacite, en revanche, dit que de son temps il était rare chez certains peuples du nord'. Ces détails suffisent pour montrer que l'usage du fer fut généralement répandu dès le commencement de notre ère. Les métaux connus auparavant continuèrent à être employés pour des objets divers, les instruments tranchants sont désormais en fer.
Avec l'introduction générale de ce métal s'ouvre une
' César dit que les Beiges portaient des ornements de fer. Les habitants de TEcosse fabriquaient des colliers et des ceintures de fer.
* Il dit : Un cœur plus dur que le fer.
' Hérodote, 1, 25. Pausanias, lib. X,cap. 16, pag. 8S4. Plut, deorac. T. II, pag. 486. Hagesand, Ap. Athen.^lib, V, pag. 210. Alyattis, S»* de nom, père de Crésus. régna 57 ans, de l'an 616 à 559 ou 610 à 553.
* De Bel. Gai. passira, III, 18 ; V, 12; V, 30 ; V, 42 ; Vil, 22 ; VII, 78.
* GtTffi. 45.
2S0 MONUMENTS DB l'aNTIQUITÉ.
nouvelle période, mais elle est, comme la période précédente, unie à celle-ci par un âge de transition durant lequel le fer, encore rare, est envisagé comme plus précieux qne le bronze. Ce moment répond aux derniers siècles avant Tère moderne. A mesure qu'on approche des temps historiques, relativement aux peuples du nord, la scène s'agrandit, les faits se multiplient, les individualités se dessinent plus fortement, et l'étude des monuments, féconde en résultats pour l'histoire, se poursuit à peu près jusqu'au X^ siècle de notre ère. Ce sujet étant beaucoup trop vaste pour pouvoir être traité dans ce cours, nous nous bornerons à en tracer une esquisse rapide qui permette de donner une idée du champ à parcourir.
Dans les périodes précédentes nous avons retrouvé la même manière de faire, propre à des pays très divers. Dans celle-ci on ne rencontre plus cette unité. — De vastes contrées sont tombées sous la domination romaine. Le vaincu, en subissant la loi du maître, conserve cependant encore quelques-uns des traits qui lui sont propres. De nombreux monuments d'architecture s'élèvent dans les provinces conquises, mais les inspirations n'en sont pas celles d'un peuple libre.— De nouveaux peuples descendent du nord, attirés par la douceur du climat et par la haine du nom romain; la désolation accompagne leur marche. — Rome tombe à son tour, et ses provinces passent sous d'autres maîtres.
D'autre part, leà peuples qui conservent leur indépendance présentent le développement de l'ancien genre de vie. Les compagnons d'Odin s'établirent sur les bords du lac Mélar, se répandent dans l'mtérieur de la Suède et ne tardent pas à recouvrer la Norwège. Les Wendes occu-
pent Torient et le nord de la Germanie. Des peuples divers se croisent et se heurtent, mais ils n'en continuent pas moins à élever les lumuli sur la cendre des morts et à sacrifier les animaux domestiques Dans leurs tombeaux OD retrouve les témoignages de leurs lointaines expéditions. Les objets d'art Scandinave sont souvent accompagnés de bronzes romains. Les Varaigres rapportent de Byzance les monnaies du bas empire et les fibules à filigrane. Les monnaies cnfiques ou arabes sont déposées par milliers sur les rives de la Baltique et sur les iles d'Oeland et de GoUland. Ces hardis aventuriers, déposaient souvent dans le sol des trésors qu'ils ne pouvaient confier à des demeures mal fermées. Courant à de nouveaux périls, tous ne revoyaient pas leur patrie. De nos jours il n'est pas rare de retrouver à peu de prorondeur dans le sol ces enfouissements précieux pour l'histoire, et d'une valeur intrinsèque souvent considérable. Un fait peut donner une idée de ces pillages. Les monnaies anglo-saxonnes, clair-semées çà et là en Angleterre, sont extrêmement nombreuses en Suède. Telles pièces, très rares dans les collections de Londres, se retrouvent par centaines dans celles de Stockholm. On peut juger parla, combien furent grandes les dévastations des Scandinaves en Angleterre. Au commencement du IX® siècle, Anschaire arriva sur les bords du Mélar où il annonça l'Evangile aux païens. D'autres missionnaires furent reçus et écoutés. Les runes, employés essentiellement comme caractères magiques, furent réunis en alphabet ; les temples païens, renversés, et les dieux détrônés. Cependant, ils sont encore vivants dans les souvenirs du peuple. Les symboles païens passent dans le nouveau culte. Des traditions nombreuses
montrent le passage de l'ancienne foi, à la foi nouvelle. En résumé, ce n'est pas exagéré de dire qu'il y eut fusion autant que conversion.
Pendant que le nord poursuit son ancien genre de vie agité et tumultueux, mais pourtant continu, jusqu'au X^ siècle de notre ère, nous avons vu que les peuples qui étaient tombés sous la domination romaine prennent uoe autre direction. A la <^hute de Rome, des populations étrangères s'asseyent sur les ruines d'un ancien monde. Elles s'en approprient plus d'un débris pour la construQtion d'une société nouvelle, dont le christianisme est l'élément dominant. Sous I influence de la foi, les sépultures se groupent en cimetières. Plus de tumuli, plus de sacrifices sanglants. La rupture d'avec les anciennes mœurs ne peut cependant être complète. Le guerrier emporte encore ses armes dans la tombe, l'artisan, les instruments de sa profession, le magistrat, les symboles de sa charge, la femme, ses ornements, et l'enfant, ses joujoux.
C'est à cette époque qu'appartiennent les tombeaux de Bel-Âir. Les Helvéto Burgondes qui occupaient alors l'Helvétie occidentale inhumèrent pendant plusieurs siècles leurs morts sur cette colline. Bien que les fouilles ne soient pas achevées, 271 tombeaux ont déjà été découverts. Plus de vingt localités dans le canton de Vaud présentent des sépultures semblables. On les retrouve dans plusieurs départements de la France, sur les bords da Rhin et dans le midi de l'Allemagne. Les objets divers qu'elles renferment sont d'une assez grande analogie et appartiennent évidemment à des peuples parents, placés dans des circonstances analogues. Cependant en examinant ces débris de plus près, il est aussi des traits de distinc-
tioD : Ainsi dans les tombeaux des Francs dominent la hache d*armes et les objets en verroterie; dans ceux des AllemaDi, ce sont les longues épées, les colliers et les omemenls en or ; la damasquinure est plus riche chez les Borgondes, ainsi que les sujets symboliques gravés sur des plaques de bronze.
Ces derniers temps on a découvert à Echallens, sur la propriété de M. Gollofrey, ancien juge d'appel, divers objets qui, appartenant à cette époque, méritent d'être mentionnés. A peu de profondeur dans le sol sont déposés, sans ordre apparent, des squelettes d'hommes et d'animaux. M. le professeur Auguste Chavannes ayant eu robligeance de déterminer ces ossements, on a pu constater la présence du cheval, de la vache, du mouton, du cochon et du chien. D'entre les ossements humains, deux mâchoires ont appartenu à des individus de Tâge le plus avancé. Les fragments d'un vase d'une poterie grossière, une petite bague en argent, une fibule circulaire, une agrafe damasquinée et un couteau en fer, ne laissent pas de doute sur Tâge de ces débris, qui remontent à l'époque mérovingienne. Précédemment des coutelas ont été trouvés sur la même colline. Que conclure de cette réunion d'êtres si divers? La présence d'hommes âgés et de la plupart des animaux domestiques ne permet pas de voir là un champ de bataille. En attendant que de nouvelles découvertes viennent éclairer cette question, je ne trouve d'explication plausible qu'en admettant la marche ou la fuite d'une population qui emmène avec elle tout ce qu'elle peut sauver. Surprises dans un campement, hommes et bêles peuvent avoir été frappés indistinctement et inhumés dans le lieu où ils étaient tombés. Un fait peut don-
"iSh MONUMENTS DE L*ANTlQriTé.
ner quelque consistance à cette manière de voir. Après l'établissement des Burgondes dans le pays, les Àllemani firent une nouvelle invasion, souvent confondue avec les précédentes, et achevèrent d^anéantir ce que les Burgondes avaient épargné de la grandeur de Rome. Le moment de cette destruction répond à celui des inhumations d'Echallens, qui peuvent ainsi se rattacher à ces dévastations.
Telles sont les scènes que nous révèlent les monuments tumuiaires de Tantiquité. Mais afin de compléter ces tableaux, nous consacrerons encore quelques leçons aux monuments du culte, et à ceux de la vie civile ou privée, en cherchant à jeter quelque jour sur ce sujet obscur, par les traditions et les superstitions, reflets de Tancienne vie païenne.
Monuments du culte et de la vie civile, militaire et privée.
L'architecture fut étrangère aux peuples dont noas nous sommes occupés. Ils apportèrent beaucoup plus de soins à la construction des tombeaux qu'à celle de leurs demeures, qui n'étaient que de simples abris. Leurs divinités, trop grandes pour être contenues dans des temples, étaient adorées dans des lieux consacrés, mais découverts. L'enceinte de ces lieux était déterminée par de grands blocs de rochers, dont l'arrangement témoigne d'un but particulier. Des pierres dressées eurent une signification religieuse, et les autels ne laissent pas de doute sur cette destination. Les monuments du culte appartiennent à l'âge durant lequel le paganisme fut en
AGC DU FBR. ^BS
rigueur; c'est dire qu'ils apparaissent dès les temps les plus reculés jusqu'à l'introduction du christianisme. H est souvent difficile de distinguer leur antiquité relative» cependant on peut envisager ceux de ces monuments qui soDt les plus gigantesques comme remontant à la première période dont ils rappellent les constructions colossales.
Men-hirs.
On voit dans un grand nombre de contrées des pierres brutes en forme de piliers, hautes de 5 à 18 pieds, dressés sur le sol et isolés dans les campagnes ou sur les hauteurs. Dans l'âge primitif ils s'élèvent parfois au-dessus des tombeaux. On les désigne généralement sous le nom de menhir, expression populaire de la Bretagne française, qui signifie < pierre dressée. » En plusieurs lieux le peuple vénère encore ces pierres. Elles paraissent n'avoir pas été sans rapport 2^ec les Hermès des Grecs*, statues antiques de Mercure, sans bras et sans pieds, qui consistaient en un pilier carré surmonté de la tête du dieu et quelquefois aussi de la tête d'hommes illustres. Les Romains empruntèrent des Grecs l'usage des Hermès qu'ils nommèrent Termes. Ils les placèrent dans les carrefours ou croisées des routes. C'étaient les gardiens et les protecteurs des chemins*. Le dieu terme présidait surtout aux bornes
* Les Hermès avec les Phallus étaient adorés seulement par les femmes stériles. Les première chrétiens parlent des men-hirs avec horreur. Le D^ Schreiber croit qu'ils représentaient le Phallus.
* Les Larti violes. Ils étaient de bois ou de pierres, grossièrement taillés. Virgile dit:« Uli falce deus coliiur, non artepolitus. > Les passants portaient des pierres au pied de ces pilastres pour en obtenir la protection dans leurs voyages.
286 MONUMENTS DR L^ANTIQIITÉ.
des champs et punissait les usurpations. Chaque année les habitants de la campagne le couronnaient de guirlandes, lui offraient des libations de lait et lui immolaient un agneau en arrosant de son sang les bornes de leurs champs. Sur la roche tarpéienne s'élevait un pilier autour duquel les premiers rois romains célébraient les terminalia^. Quand Tarquin le superbe choisit ce lieu pour élever un temple à Jupiter capitolin, les divers dieux qui s'y trouvaient consentirent à se retirer, mais le dieu terme résista à tous les efforts qu'on fit pour Tenlever et resta dans le temple qu'on construisait dans cet endroit*. Les men-hirs des barbares n'ont cependant pas été, comme chez les Grecs et les Romains, consacrés surtout à Mercure et au dieu Terme. Grimm nous apprend dans sa mythologie allemande que les dieux germains étaient souvent représentés par des piliers bruts % et plusieurs auteurs anciens disent que les habitants de Samos adorèrent , d'abord les dieux sous la forme de soliveaux, de troncs d'arbre, de pierres carrées ou coniques*. A Pharae, en Achaïe, 30 pierres carrées placées sur la place publique étaient honorées comme autant de dieux.
On retrouve les men-hirs dans l'île de Corse^ et dans
* Plutarque, Vie de Numa.
* Dionys., lU, pag. 202; Liv. V, 54. Flor. I, 7-8. Lactance, I, 20.
' Tacite, Hist. U, 2-3, dit que Vespasien (70 ans après J.-C.) alla consulter la Vénus de Paphos. L*ima(^e de la déesse était une grossière pyramide de pierres.
De Caumont croit que les men-hirs ont été quelquefois élevés en mémoire d'un événement.
* Callim. ap, Eusèbe prcsp. Evang., Lib. 111, cap. 8. — Clem. Wex.^Cohort. ad gent.^ pag. 40. — Tacit., Hizt.^ Il, 3. — Pausanias, Lib. Vil, cap. 21
"» Mém. de l'Acad. celtiq.^ Tom. VI, pag. 78.
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plusieurs contrées de VEspagne entr'autres près de Grenade. — En France, ils sont le plus souvent carrés, d'autrefois, plus gros au milieu qu'aux extrémités, ils portent le nom de < quenouille à la bonne femme. > Quand ils se terminent en pointe, on les appelle peulvans, ce qui signifie figure de traits {peul trait, van figure). Quelques- Qos, plantés en terre par la pointe, s'élèvent en forme de massue. Dans le département du Finistère, le men-bir de Ployan n'a pas moins de 50 pieds de baut. Le men-bir le plus élevé qu'on connaisse est celui de Lockmariaker dont la grandeur égale celle de l'obélisque de Luxor^ Il reste de ces piliers dans presque tous les départements de l'ouest et du nord de la France* ; répandus le long de la Loire, ils sont particulièrement nombreux dans la Bre* tagne', la partie supérieure porte parfois des rainures, taillées à une certaine distance les unes des autres. Il s'y rattache encore plus d'une pratique superstitieuse; dans quelques localités on a la coutume de les oindre d'buile et de les couronner de guirlandes de fleurs*. — Nombreux aussi dans la grande Bretagne^, on les appelle pierres des géants et pierres des oracles. Les Ecossais leur
* Il est brisé en trois pierres. Rev. archéol 1, 1844, pag. toi.
* Dans plusieurs localités du département de la Manche, dans le Calvados, dans le Maine, l'Anjou, la Touraine, le Poitou et la Saintonge.
* Ils sont parsemés entre Blaison et Saumur, départ, de Maine et Loire en Bretagne, 6S sur le Toulinquet, très nombreux près de Moëlan, Clochar- Carnoet, etc. Ils ont de 10 à SO pieds de haut.
* Dans la contrée de Quercy, à la fin du XYII* siècle.
* ArMol britan,, Tom. XXV, pag. 5i, 1888. Entre Monmouth etClepstow, trois en ligne droite, de 9 à 11 pieds de hauteur; trois autres à Penriath en Cumberland; deux à Rudston (York); trois près de Staaton-Mora (Derby). — Pierres d'oracles près d'Oborough; — sur 111e de Man, près Gastelow, pierres des géants. — Iles Orcades.
«ÉM. ET UQCim. zxv. 1^
accordent surtout une grande vénération. — En Suisse, la culture du sol a fait disparaître plusieurs de ces monuments. Tel a été le sort de ceux qu'on voyait autrefois près de Palézietix*. Il en existe cependant encore quelques-uns au pied du Jura. En enlevant, il y a quelques années, un de ces piliers bruts près de La Mothe, entre Yverdon et la montagne, on découvrit deux celts en bronze^ sur lesquels reposait la pierre qu'on venait de briser. Non loin de Champagne, au Clos de la pierre, existait un bloc pareil. A Champagne même, un immense pilier granitique a été enlevé il y a une quinzaine d'années. On en voit encore un à Bonvillars d'une forme élancée et de 10 pieds de haut. Entre Corcelles et la montagne, A men-hirs sont disposés en carré long. Au-dessus de Concise, en aval de la route, un de ces blocs, enfoui en partie par des terres de remblai, sert de borne sans avoir été déplacé. La tradition rapporte que ces pierres de Concise et de Bonvillars furent élevés en mémoire de la victoire des Suisses à Grandson, mais les instruments en bronze qu'elles recouvrent et leur présence en des lieux étrangers au champ de bataille disent assez qu'elles datent d'une autre époque. On retrouve le men-hir dans le canton de Neuchâlel et le long du Jura bernois; deux faucilles en bronze ont été découvertes sous l'un d'eux, près de Bienne. Entre Courgenay et Porrentruy est une immense pierre plate, plantée en terre par son extrémité la plus large; sa hauteur est de 10 pieds au-dessds do sol, sa largeur de 5 pieds, et son épaisseur de 13 pouces; au milieu, a été pratiquée une ouverture circulaire de
* À quelque distance de Collonges sous Salève, en Savoie^ était il y a peu d'années un men-hir de i5 pieds de haut.
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15 ponces de diamètre. L'abbé Serasset* raconte que dans le siècle passé on creusa au pied de cette dalle et qu'on trouva à 5 pieds de profondeur une autre pierre de même grandeur, couchée horizontalement, dans laquelle la pre mière était fortement enchâssée et tenue avec des barres de cuivre, ce qui indiquerait qu'elle fut élevée dans la seconde période. Des documents attestent que dans le moyen âge des plaids se tenaient tous les ans auprès de la Pierre- percée. — En Allemagne*, les men-hirs sont appelés pierres des payens, pierres des Huns, pierres du soleil. On les retrouve dans le midi et le centre de l'Ailemagne. Rares sur les bords du Rhin, de Manheim à Cologne, ils sont répandus en grand nombre dans le Hanovre, les duchés de Mecklembourg, et sur les bords de l'Elbe et de l'Oder. A quelque distance de Halle, près de Dôlau, on voit dans un champ un pilier de grès dont la hauteur, 7 compris la partie plantée en terre (c. a. d. 7 */• pieds, est de 25 pieds). Jusqu'à ces derniers temps, les pasteurs
* L*AbeilU du Jura, Tom. I, pa|f. 72 et sqq.
* On en trouve dans le Brisgau. — Près Dijrkheimsur le Hardt, dans la Bavière rhénane, — entre Mayence et Alzey. — Peu sur le moyen-Rhin, un cependant près Blieskastel, — à Dobnitz, au sud de Weimar, un de 16 pieds de hauteur, 6 pieds de largeur, 4 pieds d'épaisseur. ~ A Test de Halle, deux carrés de porphyre de 8 pieds de hauteur. — Dans le duché de Côthen, plusieurs grand;; nommés Rugensteine. — Près Aschenleben, district de Magdebourg, un énorme nommé Specknitz ; — à Halberstadt, — en Turinge, plusieurs; — Ancienne Marche, ils y sont quelquefois entourés d*un cercle de bloes, près Dallrendorf, à l'occident de Salzwedel. — Hanovre, le Sonnenstein, dans le bailliage d'Osnabriik, est élevé de 13 pieds. Le Brautstein, sUr le chemin de Gohlau à Mutzingen a des trous taillés et des rainures; prés de Deinstedt, un pilier isolé; près de Bysum et Anderlingen plusieurs pierres isolées, bailliage Wôlpke, idem; près de Werde, juridiction d'Osnabriick, pilier pyramidal de 18 pieds de hauteur, consistant en deux piliers superposés. — Keferstein, passim.
260 MONUMENTS DE l'aNTIQUITÂ.
des trois paroisses voisines se réoDissaient une fois chaque année auprès de ce bloc, et faisaient chacun an discours à la multitude qui les entourait. Près de Sangerhausen, dans la Thuringe, et, à 3 lieues de Sonderhauseo, sont deux blocs percés chacun d'un tro^. Dans certaines localités de l'Angleterre, des personnes de tout âge passent par un pareil trou afin de se préserver des douleurs; on y fait aussi passer les enfants pour les empêcher de devenir rachitiques. — Ces pierres percées se trouvent aussi en France et en Suisse, on connaît celle du Porreniruy. Quelques ,men-hirs portent aussi des entailles et des rainures, de môme qu'en France. — Ces piliers isolés, rares en Danetnark, se retrouvent dans la Narwège et sont très nombreux en Suède où ils recouvrent ordinairement des tombeaux. Parfois, plantés sans ordre, ils occupent de grands espaces de terrain, ils sont regardés comme indiquant un champ de bataille. Si le voyageur demande aux paysans ce que signifient ces piliers, on lui répond constamment qu'ils ont été élevés sur la tombe d'un chef; les fouilles confirment la tradition. Plusieurs de ces blocs, datant des. premiers temps chrétiens, portent des inscriptions runiquesqui rappellent simplement le nom et la filiation du défunt. Souvent le signe de la croix, uni à des sujets fantastiques, a été gravé sur la pierre.
Pierres mouvantes.
Pline' et Ptolémée* font mention de pierres énormes qu'on mettait facilement en mouvement, mais qu^ancune
« Ut. h, mc. 98.
• Lib. ni. cap. S.
AOB DU FER. 264
force ne pouvait déplacer. Cette description convient parfaitement aux pierres mouvantes qui existent encore dans plusieurs localités. Ce sont des roches arrondies à leur base, et parfois de la forme d'un ballon, posées sur une espèce de piédestal en pierre, souvent conique, et cela aTec un équilibre tel que la moindre impulsion les fait vaciller. La grandeur de plusieurs de ces blocs est si considérable qu'on est tenté d'y voir un caprice de la nature. Cependant il est incontestable que les bases coniques ont été taillées par la main de l'homme de manière que leur pointe correspondu au centre de gravité du bloc qui repose au-dessus. Plusieurs superstitions se rattachent à ces pierres. Au coup de minuit elles font un tour sur elles-mêmes ^ Le diable les met parfois en mouvement, surtout la veille de Noël. On montre dans le canton de Vaud plus d'un bloc de granit qui, sans être déposé de la même manière, reçoit les mêmes impulsions. L'opinion la plus vraisemblable est celle qui prétend qu'on tirait différents présages de l'oscillation de ces pierres.
En France il en existe encore plusieurs. La pierre branlarUe de chez Barrai, près de Rochefort, a 32 pieds de long, 8 d'épaisseur, et 16 de haut ; taillée en forme de ballon, elle se balance sur une base conique ^ Près de Thiers est la pierre de danse ', près de Clermont, la roche branlaire (20 pieds de long). Celle de Livernon, sur la rive do Lot, dans la province de Quercy, mesure 35 pieds de long, 20 de large et 2 d'épaisseur. Elles se retrouvent
* On les appelle : pierre$ de minuit, ou bien encore Im croix qui vire, snbsUtoiion aux pierres mouvantes.
* Mém. de la ioe, de$ anUq., tom. Xil, pi. 6. > Départ, du Puy de Dôme, il y en a plusieurs.
26â MONUMENTS DE l'aNTIQUITÉ.
dans plusieurs départements* et entr'autres dans la Bretagne. — Ce genre de monument n'est pas rare en Angleterre et en Ecosse. On en voit dans les contrées de Cornouailles*, de York' et de Derby* ; Tune, dans le Sussex, pèse 9700 quintaux*^. — Les pierres mouvantes sont peu nombreuses en Allemagne. Celle du bailliage hanovrien de Copenbrugge pèse 1S67S quintaux^; une autre dans la Lippe, est tellement mobile que les coups de vent suffisent pour la mettre en mouvement. Le peuple prétend aussi en Allemagne que ces pierres tournent sur ellesmêmes au coup de minuit. — On en compte trois sur l'tle de Bornholm, et plusieurs en Norwége, une entr'autres à Stavanger. — L'Amérique en possède plusieurs, t Le capitaine Dupaix, qui de 1803 à 1807 fit trois expéditions dans l'intérieur du Mexique, dans le but d'en explorer les nombreuses antiquités, rapporte qu'il rencontra, au sud-est de Cordova, et au milieu d*une savane immense, une grande roche de figure sphérique, ayant S2 pieds de
* Dans les Pyrénées, — dans le départ, de la Lozère près Menât, — deux près Montfauconj départ, de Maine et Loire. — Départ, de la Manche, dans la forêt de Limoge», une de 22 Vt pieds de lon^eur, 12 pieds de largeur. — Départ, de Loir et Cher, plusieurs près de Blois. — Départ, de la Manche, une à Lithaire. — Deux détruits dans l'arrondissement de Cherbourg. —Sur le cap Finistère, vers la chapelle de Notre Dame de la Barque, une énorme pierre mouvante.
* Près de Peiuana doit être le plus grand.
' Près de HaUfax. Voir la butte Golcar. De Caumont, pi. II I, fig. 4.
* Plusieurs dans le canton Slanton-Moor, Tune de 45 pieds de tour et Si de haut. — Près de Warion-Cray, dans le Lancashire, trois sur une ligne droite.
* Près de We»t-Hoadley, elle a 68 pieds de tour.
* Juridiction de Hanovre. Cette pierre calcaire a 22 pieds de longueur, 16 de largeur et 2 d'épaisseur. D'après ces chiffres, Keferstein compte 4224 pieds cubes à 300 livres le pied cube.
AOB DU FER. 203
drconférence. Elle est mise en équilibre sur son axe, de telle sorte qu'on peut la faire vibrer en la touchant seulement du petit doigt. A deux lieues plus loin, on en rencontre une à peu prés semblable. Du reste il parait que ces pierres sont assez nombreuses aux Etats-Unis. Dans TElat de Massachussets, il existe une pierre branlante <l'eD?iron 24000 livres, posée par trois points sur un autre roc; il suffit d'un léger effort pour la mettre en mouvement. >
Autels, trilithes, dolmens.
Il nous reste encore un grand nombre à^autels des peuples barbares, isolés dans les plaines et sur les hauteurs 00 réunis à d'autres monuments. Plusieurs sont de simples blocs de granit dont on ne peut reconnaître la destination que par les rainures, les creux circulaires et certains signes taillés sur la pierre. Au-dessous, on trouve parfois des celts et d'autres instruments en pierre et en bronze qui paraissent avoir appartenu au culte. Il n'en est qu'un petit nombre, dont on puisse dire avec certitude leur destination pour les sacrifices sanglants ' ; il n'est du reste pas toujours facile de les distinguer de ceux sur lesquels on ne faisait que déposer les offrandes. Quelquefois, ces blocs reposent sur trois pierres ou supports, disposés à angle droit, mais peu élevés au-dessus du sol; d'autrefois leurs supports sont assez hauts pour pouvoir pénétrer sous la table de l'autel, comme dans une cellule, ce qui a fait donner en Allemagne, le nom à^autels-grot-
* Aioii celui de l'Herthabourg de Riigen.
tes à ces moDuments. Les Français les appellent dolmens (tables de pierre) lorsque la table est horizontale, et demir dolmens si elle est inclinée de manière qu'une des extré^ mités repose sur le soi. — On désigne aussi par les noms de dolmens, lécavènes^ou Irilithes deux piliers, parfois très élevés, surmontés d'une table en forme d'architrave *. La réunion de plusieurs de ces monuments rapprochés les uns des autres sur la môme ligne, forme les autels prolongés de TAUemagne, appelés en France allées couverte^. La différence d'élévation de ces divers autels a lieu de surprendre ; cependant un fait propre au culte des anciens Grecs donne une explication satisfaisante de cette variété de construction ; les autels que les Grecs élevèrent en l'honneur des dieux du ciel furent parfois très grands ; l'un dédié à Jupiter Olympien n'avait pas moins de 23 pieds de haut^. Ceux des dieux terrestres étaient peu élevés, tandis que pour les divinités infernales, on creusait souvent des fosses dans le sol.
Ephorus S né vers l'an 352 avant notre ère, remarque
* Legrand d'Auni distingue les dolmens des lécavènes en ce que les dolmens ont pour supports deux ou plusieurs grandes pierres plates posées de champ et parallèles, tandis que les pieds des lécavènes sont deux piliers plantés debout. Cette distinction n'a pas prévalu.
* Les uns sont élevés de 20 à 85 pieds, comme une grande porte \ les autres de 8 à 4 pieds, comme une table.
* Sous ces autels prolongés du Danemark et de la France on a trouvé des owements humains et des urnes cinéraires, cela peut être rinhumatioB dans les lieux sacrés ; cependant les Romains et les Grecs éloignaient soigneasement les sépultures des temples et des habitations. Les grands autels sur les tombeaux n'indiquent-ils pas d'autres usages?
* Odynèe, fin du chant X et commencement du XI.
* Son histoire des guerres des Grecs contre les Barbares est perdue. Qointilien, X, cap. 1.