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50 et 60 pieds de haut, ou à élever au-dessus du sol des pierres d'une excessive pesanteur. Dans le XVII^»
traversiëres, comme dans une maison de bois. Quand Tapparteroent est grand, la grande poutre traversière qui supporte les autres est soutenue par des piiiers qu'on a ménagés au milieu de l'appartement. Un de ces salons, de S7 pieds de roi de longueur, sur autant de large, était percé au fond de trois grandes arcades qui donnaient sur un corridor communiquant avec d'autres pièces. — Des plafonds plats sont aussi ornés de caissons carrés. — Le devant du rocher d'un de ces appartements était taillé çn forme de fronton donnant sur un portique, à voûte pleine, ornée de caissons du meilleur goût, polis salant que la pierre le permettait. — On n'avait oublié nulle part de se ménager des niches, des armoires, etc. Les chemins et les rues étaient taillés dans le roc, ainsi que des canaux pour recevoir les eaux de pluie. Les grottes de Voidsia sont bien inférieures à celles-ci. L'absence de chapelle chrétienne indique déjà l'antiquité. La chronique mentionne Ouplostsikki parmi les villes qu'Alexandre-le-Grand prit en Géorgie. Elle fut agrandie par le roi Archag, qui commença à régner SO ans avant Jésus-Christ. La population, qui est arménienne, demeure dans de chétives huttes de terre, à côté de ces palais. Voyage autour du Caucase^ tom. III, pag. 194-SlO.
— Id. tom. V, pag. 869. De Soudak à Eski-Krim, sur la côte sud-est de la Crimée, sont des cryptes de i5 à iO pieds de hauteur, profondes d'une quarantaine de pieds ; Tune a le doublé en largeur. On les a taillées dans la partie supérieure de la craie, de manière que le calcaire, qui est beaucoup plus compacte, tient lieu de plafond. Elles servent aujourd'hui de retraite aux brebis. — L'on trouve de ces cryptes, plus ou moins bien conservées, dans les rochers au sud de la route de Théodosie et du village de Mélek.
— Id.tom. V, pag. 498. L'Européen du nord, après avoir traversé la steppe et le versant septentrional de la chatne taurique (en Crimée), descend en aspirant avec volupté l'air chaud de la côte Les habitants, pour se défendre
de la chaleur se sont construits des cavernes, c'est presque le terme : les maiions, presque toujours adossées par un côté au rocher ou aux pentes rapides de la côte, sont à moitié dans la terre. L'on ne voit qu'une partie des murs construits en pierres brutes, liées avec de la terre glaise ; la façade, tournée entre le levant et le couchant, consiste en trois ou quatre grandes poutres grossièrement équarries, tenant lieu de colonnes, elles supportent l'architrave d*un portique qui prend tout le large de la maison; c'est celui du héros d'Homère. Là, le Tartare reçoit les étrangers et leur fait honnnur, abrité contre les rayons ardents du soleil, tandis que sa femme, dans dés
siècle, l'arcbilecte Perrault tira gloire d'avoir posé sur le fronton de la colonnade du Louvre, deux pierres, pesant
appartements intérieurs, qui n'ont souvent de jours que par la cheminée* mène une vie retirée, et prépare tout ce qu'exigent les besoins de la maison. Des toits plats, en terre, couronnent le sommet de Tédifice, servant de terrasse pour y prendre le frais le soir. » — « Au premier sentiment de curieuse surprise se joignit un grand étonnement» quand je retrouvai plus tard cette architecture généralement adoptée dans plusieurs parties de l'Asie que j'ai visitées : cette similitude de mœurs à de si grandes distances et chez des peuples si divers, prouve que cette architecture est plus ancienne que les Tartares et qu'elle fut adoptée déjà par les Taures et les Grecs de l'antiquité. >
— Id. toro. VI» pag. 316 et suiv. Du Bois, arrivé au versant septentrional de la chaîne taurique, vers Simféropol (en Crimée], parle de la succession des Taures, des Tauro- Scythes, des Alains et des Golhs, et montrent que les çroUes ou demeures troglodyliques de ces contrées ne peuvent appartenir qu'aux Taures, bien qu'elles aient pu être utilisées plus tard par d'autres. En voici la description, pog. 842. Près de la baie de Sévastopol eituneerypte avec chapelle dans le rocher. C'est moderne. A peu de distance, des cryptes antiques ont été détruites par l'exploitation de la roche. Un de ces temples cryptes est de style byzantin entouré de cellules, réfectoires. Il y avait place pour une vingtaine de moines. Ce n'est pas le seul de ce genre.
— Pag. 250. Les Taureis avaient déjà percé des cryptes dans le rocher dViikerman^ promontoire qui domine le fond de la baie de Sévastopol. D'une de ces cryptes avec temples, galeries, cellules, on arrive, par un escalier taillé dans le roc, au sommet de la montagne au milieu des ruines d*un château fort ancien qui couronnait ainsi Inkerman. Les travaux des Taures, ceux qui sont antérieurs à la fondation du château, sont dans la façade du rocher qui regarde le midi, exposition presque toujours choisie et préférée par eux. Pag. 260. « Par plusieurs issues depuis l'intérieur du château, et entr'sotres par un corridor spacieux muni de degrés, je pus descendre dans des enfllades innombrables de cryptes formant six à sept étages les uns sur les autres. Plusieurs de ces grottes forment une habitation complète, où Ton reconnaît un dtre ou trou pour faire le feu et cuire le pain, des nicheê à déposer les effets, des caves ou gilos creusés sous le sol de la cuisine, des ekamhrei à coucher avec des niches simulant des lits, le tout taillé dans le roc vif. Les plus simples de ces cryptes ne se composent que d'une pièce unique dans laquelle tout est compris avec la niche pour le lit. D'autres se compoienl de
chacune 4000 quintaux, et cependant les barbares, qui ne connaissaient pas la dynamique réduite à Tétat de science.
quelques pièces. Nulle part d'inscrtpUon, de peinture, de sculpture, tout est taillé à la pointe. Pas de polissure sur les parois ou les voûtes. Le temps a prodoit des éboulements» des Assures, bouché des escaliers entre les étages ; besueoup sont inabordables. Les exploitations qu'on fait dans ce lieu menacent de détruire ce qui reste de ces cryptes, dont on a déjà fait sauter une grande partie — Pag. 975. A Mangùup on ne voit plus que deux ou trois étages de cryptes. Pag. S80. Cette localité, dont les ruines sont encore imposantes, a eu- sa ville crypte, où Ton arrive par degrés qui conduisent sur des terrasses ou galeries taillées en retrait sur l'abtme qu'elles surplombent ; les portes et fenêtres s'ouvrent dessus, comme dans la façade d'une maison. On y voit peu de Ut-niches, plus de recherches^ plus de dépendances indiquant an âge moins ancien. Les cryptes qui terminent le promontoire de l'Acropole peuvent être attribuées à un chef ou roi des Taures. Des marches le long de la paroi extérieure conduisent d'abord à une grande salle avec balcon sur la saillie extérieure du promontoire. L'escalier, toujours au dehors, se ramifle en deux, l'un conduisant à une terrasse excavée à grands frais , l'autre dans les cryptes. On y voit une pièce de 8 à 9 pieds de hauteur, longue de plus de 20 pieds, avec une voûte plate soutenue par un seul pilier. Huit portes donnaient sur cette pièce, cinq de cabinets, deux donnant dans une autre pièce; un grand divan éclairé par une fenêtre, et la huitième donne sur une terrasse. <- Pag. S90. A Tcherkesi-Kerman, excavation d'une ville troglodytique à plusieurs étages. — Pag. 298. La ville crypta de Katehikalène est l'une des plus intéressantes de la Crimée. Ces cryptes sont plus simples que celles du voisinage de Mangoup ou de Tépékerman, et forment à peu près quinze étages. Ordinairement c'est une simple cavité enrichie quelquefois d'nne niche ou d'un banc. Des saillies ménagées sur Tes différentes assises du rocher servaient de rues ; des degrés taillés dans le roc menaient d'une me ou d'un étage à l'autre. On reconnaît des pressoirs et des greniers dans les étages supérieurs. Ce sont les mêmes pressoirs que ceux de la Ghersonèse, de diraèretb, de Vardrie sur le Kour, etc. Les greniers renferment encore du grain friable et noirci par le temps. La chapelle est postérieure à ces cryptes, qû ont encore été habitées très tard sous la domination byzantine. — Pag. MS. Dans le voisinage est Tépékerman, rocher isolé tout entier, excavé et percé de jours tout autour, comme un colombier, tandis que les autres sont des façades de roche. C'est un cène tronqué de 7 à 800 pieds au-dessus de sa base, il y a jusqu'à dix étages au midi. J'escaladai le rocher par une ruelle taillée
ODt élevé des blocs du poids de 9000 et 12000 quÎDtaaxI L'histoire de l'architecture dans le moyeu âge nous moD-
en partie dans le roc vif, et j'arrivai sur la plate-forme un peu irrégolière. Toute sa surface est percée de puits peu profonds, par lesquels des marches mènent dans Tintérieur des cryptes. Des escaliers extérieurs ou intérieurs menaient & chaque logement, composé presque toujours de plusieurs pièces recevant le jour par la façade extérieure du rocher, et présentant les demeures les plus simples et les plus confortables, de la grotte informe aux plus commodes. Du reste, peu d'architecture, de symétrie, de pointure ou d'ornement. Ainsi il est de fait qu'une grande partie des populations de l'Asie, en devenant stables, ont commencé à créer des demeures dans des cavernes. D'autres grottes devinrent leurs temples et leurs tombeaux. On sait quels magnifiques travaux l'Inde a su exécuter dans ce genre. La Perse a aussi ses tombeaux et ses viUes cryptes. L'Egypte, la Nubie et l'Abyssinie ont commencé par la crypte. Qui énumérera les temples, les nécropoles et les palais dont la patience des anciens peuples a su remplir les rochers ? Les rochers de la Sicile sont percés de villes cryptes du travail le plus ingénieux. La grande Grèce et les Etrusques se sont signalés par leurs tombeaux taillés en cryptes, et le labyrinthe de Crète a été le thé&tre des premiers mythes de la Grèce. On connaît les belles cryptes de l'Asie-Mineure et de la Thrace. Partout on cherche l'origine de ces travaux innombrables qu'a produits l'art humain, partout l'histoire se tait, et partout les monuments sont plus vieux qu'elle. L'histoire faisant venir des côtes méridionales de la mer Rouge les Kaptorienê ou Phéniciens^ pour les faire débarquer au fond de la mer Rouge, à Asion^Graber^ sous la conduite à'Edom, sera-t-on étonné que les Iduméens ou Edomites, descendants des colons troglodytes soient restés antrieole», comme le dit le traducteur de Strabon î Les antiques villes de i'Idumée étaient des cryptes et remplissaient l'Arabie Pétrée, principalement YOuadi'€l'Arabu et VOuadi-el-Gor^ dans le prolongement de la vallée du Jourdain et de la mer Morte. • — « Les Edomites et les Phéniciens jouaient un grand rôle, déjà avant l'arrivée des Hébreux de TEgypte, et leur commerce embrassait la mer Rouge et le golfe Persique; pour étendre leurs relations mercantiles jusque sur la Méditerranée, ils fondèrent 5itfoii, Tfr: mais ils portèrent en même temps jusqu'aux pieds du Liban leur indutrie trogloditique. La vallée septentrionale du Jourdain, le Hard-Bl-Hule, fut percée de villes cryptes, parmi lesquelles se distinguèrent Hatser et Boêtrû. Leurs habitants étaient fiers de leurs demeures dans les rochers, qu'ils envisageaient comme inexpugnables; c'est pourquoi Jérémie a dit: « La fierté et
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tre comment un peuple animé par la foi est capable d'employer ses forces et ses ressources pour élever au dieu qu'il adore un temple qu'il croit lui être agréable. On a va nobles et prélats se mêler à la foule et tratner euxmêmes les matériaux qui devaient servir à la constructioD des édiQces religieux. Un entraînement pareil a dû présider à l'érection de ces. blocs, dont les diqiensions
k présomption de ton cœur t'ont séduit, Edom, toi qui habites les creux des rochers, et qui occupes la hauteur des coteaux: quand tu auras élevé ton nid comme l'aigle, je t'en ferai descendre, a dit l'Eternel. » — « L'orgueil de ton c«or, répète aussi Abdias (vers. 8), t'a séduit, Edom, toi qui habites dans les feotes des rochers, qui sont ta haute demeure, et qui dis en ton cœur : Qui me renversera par terre ? • — Quant à Hastor, Jérémie, continuant sa prophétie ajoute : « Fuyez, éloignez-vous tant que vous pourrez, vous habitants de Haslor, qui avez creusé des cryptes pour y habiter.... Nébucadnézar, roi de Babylone, pense à mal contre vous, et Hastor deviendra le repaire des dragons du désert. • — ■ Les contrées de Uédan et de Betancsa, aujourd'hui Botkin, furent aussi presque troglodytes. Dans le pays de Thobel ou Tubal (la Géorgie), les plus anciennes capitales du pays, selon les chroniques géorgiennes, ont été des villes cryptes : telles étaient Ouplistsikhi^ Armari, etc. L'art de la crypte a été de tout temps en faveur en Arménie, où sont les cryptes innombrables de Strachegaport, et les monastères d*Airivank, de Kiegari^ etc. L'on voit sur les rives du haut Cyrus, les villes cryptes de Var- (fie, de Zéda'Tmogri, et tant d'autres reconnaissables à Tépithète de kvM (caverne) qui compose leur nom : ArbcMis-KvM^ Vanit-Kvabù Kiihû-Kvabi, En Colcbide, dans la partie supérieure du cours du Phase des anciens' (la Kvirila d'aujourd'hui), j'ai signalé le nombre inflni de grottes abandonnées qui se concentrent autour de Gvimé, Sémokvakana (les hautes demeures) est le nom de ce district. — J'ai indiqué les cryptes de la vallée de Kévi^ dans le centre du Caucase, sur le versant septentrional, sont les troglodytes de Strabon, logés dans les hypogées qui entourent Kislavodsk, à peu de distance du Béchetan. — On voit de quelle importance est la crypte dans l'histoire de l'homme, et quelle place considérable elle a occupé dans son industrie. Il m*a paru qu'on n'avait pas attaché assez de valeur à cette branche d'étude, qui, si éloignée de nos mœurs, peut nous donner la solution de nombreux faits et de coutumes sur lesquels nous sommes restés dans une ignorance complète.
320 MONUMENTS DB l'aNTIQUITÉ.
gigantesques ne peuvent être considérées sans un profond étonnement.
La destination des divers monuments que nous venons d'examiner ressort plus nettement si l'on rapproche les dénominations populaires et les données que nous fournissent les auteurs anciens sur ce sujet. Non -seulement les Grecs adorèrent d'abord leurs dieux sous la forme de piliers bruts, mais cet usage survécut encore en quelques lieux de la Grèce jusqu'à l'introduction du christianisme ^ Pausanias dit que, suivant Cancien mage, la statue d'Hercule, à Hyette en Béotie, était une pierre toute brute*. Les Thespiens, qui vénéraient l'Amour par-dessus tous les dieux, en avaient une statue fort ancienne, qui n'était autre qu'une pierre brute'. Lorsque Vespasien alla cod suller Vénus à Paphos, l'image de la déesse était une grossière pyramide de pierre^. Les habitants de Delphes avaient l'habitude d'oindre une pierre d'huile et d'y déposer de la laine non lavée V C'était d'une pierre, que la
Sibylle de Cumes tirait ses oracles*, et les Romains couronnaient le dieu Terme de fleurs. En Grèce, ces pierres étaient ordinairement des piliers carrés, et en France la plupart des men-hirs ont la môme forme. Encore de nos jours \ on les oint d'huile, on les pare de guirlandes de
VA Trésène, devant le temple de Diane Lycœa, est la pierre sacrée sur laquelle neuf Trézôuiens purifièrent jadis Oreste du meurtre de sa mère. Pausan. Il, 3.
* Lib. IX, cap. 24.
' Pausan. IX, S7.
* Tacite, Histor. Il, 2, 3. ,
* Pausan. X, 2i. — Voir la pierre de Jacob, Gen. Il, 8, et la pierre noire des Arabes, que Mahomet plaça dans le lieu saint.
* Kererttein.
^ Nakhtchévan (en Arménie), où Ton montre le tombeau de Noé. «Nous par-
fleurs ; vénérés dans la plupart des pays, on les appelle pierres du soleil, pierres d'oracles. Les sagas do nord disent que des esprits protecteurs demeurent dans ces pierres ; le peuple y voit des spectres pendant la nuit et y eoteod des bruits mystérieux*. L'évéque Isidore de Séville nomme les men-hirs, pierres de Mercure (lapides Mercarii), c'est dire qu'ils étaient à ses yeux de véritables Hermès. Dans les anciennes chroniques, il est souvent question des Hermès, surtout en Allemagne. Lorsque Charlemagne eut défait les Saxons, il détruisit, près d'Heresbourg, en Westphalie, leur idole qu'ils appelaient Irmensul, et emporta l'or et l'argent qu'il trouva dans ce lieu. Grimm fait voir dans sa mythologie allemande que ce mot désigne la colonne ou le pilier d'Hermès*. Les Germains adoraient un Ermk ou Hermès ^ Sa statue était on pilier de bois ou de pierre, c'est-à-dire un men-hir. Ce pilier est aussi appelé colonne universelle, comme soutenant toutes choses. L'or et l'argent désignent les offrandes à Hermès. — Ce dieu n'était cependant pas le seul auquel on élevait des piliers. En Suède» on a le Thorssaulen c'est-à-dire le pilier de Thor*. D'après ces divers faits on ne peut douter que le men-hir n'ait été
tJmespour les rapides deTÀraxe. En passant par la ville, on me montra à côté du chemin une pierre noire, polie par les baisers et les genoux de nombreux dévots; elle sert aux prières ferventes des habitants de Nakhtché van : c'est
peut-être un aérolithe Elle est arrondie comme un caillou et a */•
pied de longueur sur 1 pied de large et 6 ou 7 pouces d'épaisseur. » Voyage autour du Caucase, tom. IV, pag. 19.
' Dans la Bretagne française et l'ancienne Marche.
* Deuiifhe Mythologie, pag. 104 et suiv..
' Id. pag. 101; 1036, 800, 808.
^ Tacite, Germ, Si, mentionne dans le pays des Frises les eolumnœ Hereulii.
MÉV. BT DOCUM. XXIV. 31
3)2 MONUMRNTS DE L*ANTIQUITÉ.
la représentation de la divinité. Seulement, pour rester autant qu'il est possible dans les limites du vrai, nous ferons observer que toute pierre dressée n'a pas eu nécessairement la même destination. Quelques-unes peuvent avoir été simplement commémoratives ou élevées dans le but de conserver le souvenir d'un événement. D'autres, lorsqu'elles reposent sur une tombe, sont de véritables cippes ou pierres tumulaires, mais il n'en est pas moins certain que le menhir fut aussi l'image de la divinité.
Dans les cultes qui nous sont mieux connus que ceux du nord, les autels étaient d'espèces ou de consécrations diverses, selon qu'ils étaient destinés aux oblations ou aux sacrifices, et suivant les divinités en l'honneur desquelles ils étaient élevés. La variété de leur construction indique qu'il dut en être de même chez les barbares, et les différences de dénomination le confirment. Plusieurs sont appelés autels ou pierres des fées. Nous avons vu en Suède la pierre des Elfes, sur laquelle on dépose encore des offrandes pour se concilier la protection de ces esprits; une étude plus complète montrera peut-être que les mêmes formes répondent aux mêmes noms. Les flocons de laine, déposés sur les dolmens de la France, rappellent l'usage des habitants de Delphes. Les offrandes de petites monnaies, en France et en Russie, avaient déjà lieu en Grèce sur l'autel de Phares*. Le nom de pierre d'épreuve, donné à quelques blocs, reçoit son explication par la tradition de Rûgen qui nous apprend comment fat découverte la druidesse qui entretenait des rapports avec
* La coutume d'allumer des lampes sur cet autel était très répandue ches les barbares.
QD jeune homme do collège des druides. Souvent aussi ces blocs sont appelés : pierres du mensonge ou du diable. Les pierres mouvantes sont mues par le diable. Lorsque les missionnaires annoncèrent le christianisme aux barbares, il parait qu'en générai, ils ne nièrent pas l'existence des faux dieux; soit par crainte, soit, peut-être, que telle fut leur conviction, ils se bornèrent à les faire envisager comme des dieux mauvais, émanant du principe du mal ; ils les détrônèrent du ciel, d'où ces dieux se réfugièrent sur la terre, dans les forêts, dans les rochers, dans les lieox marécageux ; leur culte, déclaré abominable, demeura secret, et ce sont ceux qui vivent encore dans les superstitions populaires sous des noms divers et des formes surnaturelles. Plus d'un monument, consacré aux dDciens dieux, prit dès lors le nom du prince des ténèbres; le fidèle s'en éloigna,* mais il n'en crut pas moins à ces puissances inférieures, vaincues, mais non détruites '. Les pierres auxquelles se rattachent le nom du diable, témoignent ainsi de leur ancienne destination religieuse.
' Dans le roman allemand de Sainl-Georgaa, écrit au commencement du XIII* siècle, par Reinbot de Dorn, d'après un ancien poëme que lui confia Olhon I*', duc de Bavière, le saint ordonne à la statue d'Apollon de coroparallre devant lui. Le faux dieu, qui prévoyait sa défaite, fit quelque façon pour obéir, et sortit de son temple d'un pas lent et irrésolu. • Apollon, lui dit Georges en jetant sur lui un regard sévère, je te somme au nom de Christ de déclarer ici, en présence du prince, qui tu es et d'où tu viens. — Seigneur, Seigneur! 3'écria aussilét la statue, pourquoi m'as-tu chassé du paradis? J'étais un ange, et je ne suis plus maintenant qu'un démon. Je souffire dans l'enfer de cruels supplices, et mon empire ici-bas serait détruit sans le secours de dame Superbia; mais, grâce à cette fidèle alliée, j'ai encore de nombreux sujets parmi les rois, les barons et les prélats. > Après ce triste aveu, ridole pousse on prf>fond soupir et se brise en pièces. — Romane et épopét» che9akre$que$, par G. de Bonstetten, pag. S60.
Les détails curieux cooservés sur l'Hermès et les piliers bruts de Phares, offrent des rapports non moins étonnants avec les cromlecks et les lits de Huns, dans lesquels on voit aussi, en plus d'un lieu, l'autel et le men-hir, ou rimage du dieu principal entouré d'autres dieux. Hécatée parlait déjà d'un temple circulaire de la Grande-Bretagne. Le peuple appelle les cromlecks : temples des druides, demeures des nains, jardin des fées, ou bien danse des pierres, danse des fées. L'usage de danser à Tentour s'est conservé. Ces danses primitives étaient des rondes ; elles faisaient partie des cérémonies du culte, ainsi que les processions le long des avenues de piliers. Les rondes se sont conservées, les unes, comme expression de la gafté du peuple, les autres comme danses des sorcières et des esprits malfaisants. On sait combien dans le siècle passé les rondes étaient en honneur dans notre pays. Le paysan russe s'y livre encore avec abandon, et j'ai vu de ces rondes, à l'intérieur de Moscou, sous les remparts du Kremlin. Si elles excitent en général à une douce gaité, il est des moments où Ton doit savoir s'en abstenir, de peur de tomber sous l'influence d'esprits malins, ainsi que le démontre une tradition suédoise. La jeunesse d'un village, en Jemttland^ s'était réunie à l'auberge pour danser. C'était un samedi soir. On n'avait cependant pas la coutume de se livrer à des amusements sur la fin de ce jour, car depuis un temps immémorial, ce moment avait été scrupuleusement solennisé dans ces contrées. Aussitôt que vint à sonner la cloche du soir, tout travail cessa, le laboureur quitta ses champs et se prépara à célébrer dignement le jour do repos. Mais la jeunesse paraissait avoir tout oublié pour le plaisir. Plus la soirée avançait, plus la danse s'animait ;
une gaité folle s*était emparée de tous les esprits. Tout à coup, parait un inconnu, qui se tenait dans un coin de la chambre, auprès du joueur de violon. Les danseurs s'arrêtèrent pour le regarder. C'était un homme encore jeune, vêtu de noir, avec des traits assez agréables, quoique fort pâle. Dans ce moment, l'ironique sourire de ses lèvres glaça d'effroi tous les assistants. Les yeux de l'inconnu, fixés sur eux, les rendaient immobiles. Un instant après, il tira de dessous son habit un violon, et se mit à jouer lentement une ronde, dont les sons bien connus ranimèrent la compagnie. On écoutait avec ravissement et l'envie de danser surmontait toute crainte ; quelques-uns commencèrent; alors le musicien hâta la mesure; jamais on n'avait entendu des sons si gais, si animés; ne pouvant y résister, toute la compagnie s'unit bientôt à la ronde joyeuse ; le vieux joueur lui-môme, qui jusqu'alors n'avait jamais quitté sa place dans le coin, n'échappa point à l'entraînement général, et jetant loin de lui son violon, il prit part à la danse rapide. Quelques-uns essaient enfin de s'arrôter, mais en vain ; ils veulent se cramponner à quelque objet, mais leurs membres se détachent du corps. L'inconnu les fait sortir de la salle, dansant, toujours avec délire ; la ronde se poursuit à travers les broussailles et les rochers ; un pouvoir magique les pousse jusqu'au sommet d'un mont élevé ; à chaque tour, les malheureux laissent quelque lambeau de leur corps, et tous sont conduits au néant par cette danse furieuse. Le joueur inconnu était Satan. — La dénomination de danse des fées, donnée à quelques cromleks, se rattache à ce qu'on raconte de la riola, ronde nocturne des sorcières. La ronde, usitée dans les cérémonies du culte, fut quelquefois représentée
comme la danse d'êtres malfaisants. Si le peuple aperçoit quelque part, dans les plaines ou dans les clairières des forêts, un cercle de gazon desséché, il ne doute pas que la chette, présidée par le grand bouc, n'ait été tenue en ce lieu.
Dans la plupart des pays, les divers monuments du culte sont souvent appelés pierres des géants. On comprend que la grandeur de ces blocs ait pu faire croire à l'existence d'une race d'hommes dont la taille et la force étaient fort au-dessus de celles de nos jours. Un examen attentif des restes humains conservés par les tombeaux des époques les plus diverses, ne confirme nulle part cette illusion de tous les temps. Si les Romains parlent souvent de la taille élevée du Gaulois on du Germain, c'est que les habitants de l'Italie étaient généralement en dessous de la grandeur moyenqe. Lorsque les Grecs voulaient représenter sur leur théâtre Hercule ou les premiers héros, ils donnaient à leurs acteurs une taille de 4 coudées S c'est-à-dire de 5 pieds et 8 pouces de France, ce qui nous permet de juger de la taille de ce peuple. Il ne parait donc pas que l'humanité ait dégénéré à cet égard. — Dans quelques localités, le nom de géant semble avoir été donné au peuple victorieux; cependant on les regarde généralement comme la race primitive. C'est ainsi que les envisagent les Suédois lorsqu'ils racontent qu'une femme de géant, s'approcbant
* Arisloph. in Ran. V, 1046. — Athen. lib 5, cap 7. Appolodore lib. Il, cap. 3, § 9. — PhUottratorum opéra omnia, lib. II, cap. 21 ; lib IV, cap. 16. AuU GelUi nocles atticœ, lib. Ul, cap. 10. Dans la partie orienUle de Rhodes habitaient autrefois des géants. Diodore de Sicile, lib. V, pag. 327. — On y a découvert des os d*une grandeur énorme. Phlegon Trullianas, De reb. mirak. cap. 16.
UD jour de qnelqaes laboureurs, se mit à rassembler dans son tablier, hommes, bétail et charrues, qu'elle porta à son mari dans la montagne. Celui-ci s'en fâcha et lui dit: Tu n'avais pas à les toucher, car ils doivent nous succéder un jour. Dans le nord, les géants sont envisagés comme des êtres malfaisants, émanant du mauvais principe. On désigne aussi par ce nom les païens avant leur conversion au christianisme, et on les représente comme ennemis de la foi nouvelle. Dans ce cas, les pierres des géants sont simplement celles qui ont été élevées par les païens ou pour un culte païen.
S'il pouvait rester quelque doute sur la destination religieuse des blocs dont nous venons de parler, il suffirait de consulter les canons des anciens conciles. Un concile de Tolède \ de l'an 681, condamne les adorateurs des pierres. — Celui à' Arles*, de l'an 452, déclare que si des infidèles allument des flambeaux ou vénèrent des arbres, des pierres ou fontaines et que l'évoque néglige d'abolir cet usage dans son diocèse, il doit savoir qu'il est coupable de sacrilège. — Le XX1I« canon du concile de Tours^, de
* Apud Baluie, tom. V, pag. 868. Concilium Toletanum X.II, anno 681,
can. il.... cultores idolorum, veneratoret lopidum.... adinonemu8 et XVI
ad. a. 698, tii. 8, tom. IV. Labb. pag. 1887.
' Concilium Arelatense II, ad. ann. 452, can. iS. — Si in alicujus epiaeopi territorio infidèles aut faculas accendunl, aut arbores, fontes vel ioxa Tenerentur, si hoc eraere neglexerit, sacrilegii reum se esse cognoscat. — Phil., Labbei et Gabr. Gossartii S. J. Presbyt. coUect. conc. Paris 1678, tom. IV. pag. 1018.
' Apud Baluxe, tom. I, pag. 518. Concilium Turonense, anno 567. Gontettamur illam sollicîtudinem tam pastores quam presbyteros gerere, ut quemeunque in hac fatuitate persistere viderint, vel ad nescio quas petra$, aut arbores, aat fontes, designata loca gentilium, perpetrare quœ ad Eccletie rationem non pertinent, eos ab ecclesia sancta auctoritate repellunt.
3^8 MONUMENTS DB l' ANTIQUITÉ.
567, ordonne de chasser de l'Eglise tons ceax qui persisteront à faire des cérémonies qui n'ont pas de rapport à celles de l'Eglise, devant des arbres, des sources et cer^ taines pierres. — Le concile de Nantes*, dans le VII® siècle, ordonne aussi d'enlever et de jeter en des lieux où Ton ne puisse les retrouver les pierres vénérées dans des forêts ou' des lieux en ruines, objets des tromperies des démons, et sur lesquelles on dépose des ex voto, des chandelles allumées et d'autres offrandes. — Un concile de Rouen* défend de brûler les cierges ailleurs que dans les églises, et parle de ces pierres comme d'autels auxquels le peuple rattache l'existence de certaines divinités capables de faire le bien ou le mal. — Les capitulaires de Charlemagne* reproduirent les mômes défenses, et une
* Teste concilio Nannetense apud Labbeum, tom. IX, pag. 474 sqq. can. tO.
Summo decertare debent studio episcopi et eorum ministri, ut lapiàn
quoque, quos in ruinosis locis et silvestribus dœmonum ludificationibus deeepti venerantur, et ubi vota vovent et deferunt, funditus effodiantur atque in
tali loco projiciantur, ubi nunquam a cultoribus suis inveairi possint
Omnibus interdicatur , ut nuUus votum faciat, aut candelam vel aliquod munus pro sainte sua rogaturus alibi déférât, nisi ad ecclesiam Domino Dec suo Labbeus, tom. IX, pag. 474.
* Concilium Rotomagense apud Reginonem de Discip. Eccles. edit Steph. Balus, lib. II, pag. 210. Si aliquis vota ad arbores, vel ad fontes, vel ad lapides quosdam quasi ad altaria faciat, aut ibi candelam seu quodlibet munos déférât, velut ibi quoddam numensit, quod bonum autmalum possit inferre. Gonf. D. Burchardi Wormaciencis Ecclesi» Episcopi decretorum, lib. X, cap. 29, et apud Burchard, X, 21.
* « A l'égard des arbres, des pierres ou des fontaines, où quelques insensés vont allumer des chandelles et pratiquer d'autres superstitions, nous ordon* nous que cet usage soit aboli ; que celui qui suffisamment averti ne ferait pas disparaître de son champ les simulacres qui y sont dressés ou qui s'opposerait à ceux qui ont reçu l'ordre de les détruire, soit traité comme sacrilège. • De Caumont. — Caroli M. capitulare Aquisgranense, anno 789, cap. 63. — Baluz, tom. I, pag. 285. — Labb. tom. VII, pag. 984 ; tom. IX, pag. 683.—
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loi de Canut ' , roi d'Angleterre et de Danemark exige qu'on cesse de mettre sa confiance en des bocages et en des pierres, ou d'observer des superstitions traditionnelles; il déclare barbare l'adoration d'idoles réputées divines» du soleil, de la lune, du feu, des eaux courantes, des sources et des pierres. Ces divers passages montrent combien Fancienne foi comptait d'adhérents au milieu de populations réputées chrétiennes; ils nous donnent aussi plus d'un renseignement sçr les pratiques du paganisme, qui sont encore la base de nos superstitions. D'autres croyances furent adroitement substituées aux anciennes; telle source fut placée sous l'invocation d'un saint ; telle pierre fut surmontée de la croix ; on éleva en bien des lieux, objets d'une ancienne vénération, des chapelles ou des temples chrétiens; plus d'une cérémonie païenne fut introduite dans l'église, en en détournant la signification primitive. L'ancien symbolisme passa dans le nouveau culte ; il y eut substitution et accommodement.
Les pratiques du culte, arrivées à notre connaissance.
Baloxe, capUal., tom. I, pag. 95. Uti sacerdotes adrooneant aut viros et mulîeres, ut ad basilicas luminaria et incensum et buccellas et primitias afferant.
* Leges Canuti régis Daniae et Angliœ. Adoralionem barbaram plurissima vetamus. Barbara est autem adoratio, aive quis idola (puta gentium divos) Solem, Lunam, Ignem, Profluentem, Fontes, Saxa, cujuscumque generis arboris lignave coluerit: sive sagarum superstitiones observaverit, sive magnam alicni cladem, ductis fortibas, ardentibus ve tœdis attulerit. — Leges Suevomm et Gothorum per Job. Mersenium editœ. HoliniSB 1614, lib. I, cap. 1.
De his quœ faciunt supra petras. Herm. Conringius in tertia editione libri de Orig. Jaris Germ., pag. 439. — Steph. Baluzius item capitnlar. Regum Francomra. Paris 1677, f., tom. 1, pag. 151. >- Labbeus Concil. tom. VI, pag. 1541, 1 cap., pag. 1589. — MabiUon, De re diplom.f lib. IV, pag. S98.
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présentent de grands rapports dans TEorope barbare ; mais si nous avons retrouvé dans la plupart des pays des au* tels et des menhirs de même genre, les enceintes sacrées présentent des variétés de constructions propres à certaines contrées. Nous voulons parler des cromlecks ou lits des Huns , des murs cyclopéens et des retranchements en terre. Nous avons déjà fait observer que les premiers sont répandus dans les contrées habitées le plus anciennement. En Danemark, ils se groupent essentiellement sur les côtes de la mer. En Allemagne, ils sont surtout répandus dans les plaines au nord de Cologne, de Gassel, de Magjdebourg et de Bromberg, là où domine le plat-teutscb. En dessous de cette ligne, les murs cyclopéens occupent les hauteurs et pénètrent dans les lieux habités pendant la seconde période. Cette différence de population de la haute et de la basse Allemagne est fort ancienne. Pline parle de deux grandes nations en Germanie, dont chacune se divise en beaucoup de peuplades; au nord étaient les Ingœvones, au sud, les Hermiones. — En France, les cromlecks de TArmorique s'étendent le long des fleuves et les murs des païens de Test se relient à ceux de l'Allemagne, et sont déposées sur des hauteurs, de même qu'en Angleterre et en Ecosse. — Les retranchements entourant une épaisse couche de cendres, et célébrés par les chants populaires de la Russie comme des lieux sacrés, ne se retrouvent en Allemagne que dans les lieux occupés par les Slaves, et sont postérieurs aux monuments précédents. — Les cromlecks observés dans l'Asie du nord, dans les Indes et dans le Bengale paraissent pénétrer en Europe avec les familles'primitives qui élevèrent leurs tumuli gigantesques sur les bords des grands eaux. Nous avons indiqué
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Texistence de monuments pareils dans le nord de l'Âmeriqoe, et il n'est pas sans intérêt de retrouver dans le Bré* sil les autels bruts et les cromlecks. — D'autre part, les murs des païens se groupent dans l'intérieur des terres, auprès des tumuli appartenant à l'âge de l'ustion, et da tent de la seconde période, âge qui nous parait répondre à une nouvelle invasion d'orient à l'occident; mais ces enceintes renferment encore l'autel et le men-bir. — Enfin les enceintes en terre, qui remontent à l'invasion des Slaves, datent de la troisième période, et ne se rattacbent plus au culte des piliers bruts ou des Hermès, commun aux âges précédents.
Nous venons de voir les Barbares vénérer les arbres et les pierres, habités par des génies ou des êtres surnaturels ; ils rendaient aussi un culte à l'eau, au feu et aux astres. Teul ou Teuialès, dieu des Celtes et des Germains, présidait, suivant les uns, aux batailles ; selon les autres au commerce, à l'intelligence et à la parole. C'est de Teut qne.César a voulu parler quand il dit que les Gaulois adorent par-dessus tout le dieu Mercure. On croit q\\*Abelion était le même que Belenus, envisagé généralement comme Apollon ou le soleil. — Esur était Mars, le dieu de la guerre, auquel on immolait les captifs, et quelquefois ses propres enfants. Les noms de plusieurs autres dieux oot été conservés par des inscriptions latines, mais leurs at* tribntions sont généralement peu connues. Tous les Gaulois, dit César, se vantent de descendre de Pluton ; c'est pour cela qu'ils comptent les espaces du temps, non par les jours^ mais par les nuits, fis croient qu'Apollon chasse les maladies, que Minerve a donné les commencements aux manufactures et aux arts, et que Jupiter a pour son par-
tage l'empire du ciel. La nation gauloise, ajoute-t-il, est fort superstitieuse. Ceux qui sont dangereusement malades, ou qui se trouvent en péril, promettent dlmmoler des victimes humaines et se servent pour cela du ministère des druides. Ils croient qu'on ne peut obtenir des dieux la vie d'un homme, qu'en sacrifiant un autre homme à sa place. Ils font des figures d'homme, d'une grandeur énorme, avec de rosier, dont ils remplissent tout le vide d'hommes vivants ; ils y mettent ensuite le feu et font périr tous ceux qui sont dedans. D'après eux les supplices des voleurs, des brigands et des autres scélérats sont fort agréables aux dieux ; mais quand ils en manquent, ils prennent aussi des innocents*. — On s'est souvent récrié contre cette barbarie. Nous n'essaierons pas de la justifier en disant que les Egyptiens, les Grecs et les Romains immolèrent aussi plus d'une fois des victimes humaines, mais nous devons rechercher l'idée qui ressort de ce genre de sacrifice. La valeur de Toffrande me parait exprimer la mesure d'amour ou de crainte qu'inspire la divinité. Le dieu, dont on apaise le courroux avec un peu d encens ou de farine, est un dieu moins redoutable qui celui qui exige des sacrifices d'un plus grand prix. Si le sang humain doit être répandu, c'est qu'on se fait du dieu une idée plus sévère. On peut môme dire que le besoin de réconciliation, et par conséquent que le sentiment du péché est proportionné à la gran-
* ns regardent le sang humain comme le plus agréable aux dieux. Cé«ar de B. (7., I, 6. — Diodore, lib. V, dit qu'ils immolaient un homme, en lui perçant le corps au-dessus du diaphragme : Thomme tombé, ils établissaient leur divination sur sa chute, sur sa palpitation, sur le sang qui coulait, et sur les mouvements qu'il faisait, ayant, disaient-ils, des expériences sûres pour cela.
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dear de l'offrande. Il ressort donc de ces faits que les barbares avaient de la divinité une idée plus grande et plus sévère que les peuples du midi. Ils croyaient, dit César, qu'on ne pouvait obtenir des dieux la vie d'un homme qu'en sacrifiant un autre homme à sa place. Cette foi renferme en elle un pressentiment vague sans doute, mais pourtant un pressentiment de ce que devrait être un sacrifice capable de racheter l'humanité ou de la réconcilier a?ec ^on dieu. Si la vie d'un homme ne pouvait être sauvée que par la vie d'un autre homme, il en ressort clairement la conséquence, que pour apaiser la colère de la divinité contre les hommes, il fallait une victime surhumaine. Ainsi, ces sacrifices peuvent en quelque sorte être envisagés comme une préparation au dogme principal du christianisme. Là où l'idée de Dieu était plus austère et le sentiment du péché plus profond, la doctrine de réconciliation devait avoir plus d'accès ; mais les voies d'accommodement et de substitution, qui furent souvent employées, durent nécessairement apporter des obstacles à l'intelligence de la foi nouvelle et à son adoption.
Il ne nous est parvenu de la théologie des Gaulois et des Germains que des idées incomplètes. Les prêtres en faisaient l'objet d'une science secrète, qu'il était défendu d'écrire, et qui se transmettait oralement aux initiés; cependant d'après les rapports des auteurs anciens, nous savons qu'ils croyaient à la métempsychose et à l'immortalité de l'âme. 11 parait d'après un passage de Plutarque ', que les Celtes plaçaient leur paradis dans la Grande-Bretagne. Dé-
* Voy. Histoire des Celtes, de Pelloutier, tom. VI, pag. 181 et PluUrc. De oneuL Defed.^ lom. II, pag. 419, et ex iUo Euseb. prc^r. Evang, lib. V, cap. 17, pag. 207.
métriiis raconte qu'il y a près de la Grande-Bretagne quelques lies désertes, qu'on appelle les fies des Génies et des Héros. Il suivit un jour, par curiosité, un roi qui s'embarquait pour la plus voisine de ces fies ; ils n'y trouvèrent qu'un petit nombre d'habitants qui vivaient dans une pleine sécurité parce que les Bretons les tenaient pour sacrés. Aussitôt qu'ils eurent mis le pied sur l'fle, il s'éleva une violente tempête , accompagnée de différents prodiges, de coups de vent et de tourbillons de feu. Après que la tempête fut apaisée, on leur apprit qu'il venait de mourir quelque grand personnage .... On leur raconta aussi qu'il y avait dans ces contrées une fie où le géant Briareus gardait Saturne, qu'il tenait enchaîné et endormi. Ce sommeil était un nouveau charme, que l'on avait inventé afln de le lier, et il avait autour de lui plusieurs génies pour le servir. — Le passage suivant de Procope * est encore plus précis. On prétend que les âmes des morts sont portées dans la Grande-Bretagne. Je vais, dit-il. rapporter la chose comme les gens du pays me i'onl racontée souvent et avec beaucoup de sérieux, bien que je sois fort porté à croire qu'elle ne se passe qu'en rêve. Le long de la côte opposée à cette fie se trouvent plusieurs villages occupés par des pêcheurs, des laboureurs et des marchands qui vont trafiquer dans la Bretagne. Sujets des Francs, on ne leur a jamais imposé aucune tribut; ils prétendent en avoir été déchargés, parce qu'ils sont obligés de conduire tour à tour les âmes. Ceux qui doivent faire le service de la nuit suivante se retirent dans leur maison dès l'approche de la nuit, et se couchent tranquillement en attendant les
* Procop. Goth. lib. IV, cap. 20, pag. 624, et ex illo T%etaies ad Lyoopk,^ pag. 123-4.
ordres de celui qoi a la direction da trajet. Vers minuit, ils entendent quelqu'un heurter à leur porte et les appeler à ?oix basse ; sur-le-cbamp, ils se jettent à bas de leur lit, et courent à la côte, sans savoir quelle est la cause secrète qai les y entraîne. Là, ils trouvent des barques vides, et cependant si chargées quelles s'élèvent à peine au-dessus de l'eau d'un travers d'un doigt. En moins d'une heure, ils conduisent ces barques vers la Bretagne, tandis que le trajet est ordinairement de 24 heures pour un vaisseau qui avance à force de rames. Arrivés à l'île, ils se retirent dès que les âmes sont descendues de la barque, qui devient alors si légère qu'elle effleure à peine l'eau. Ils ne voient personne, ni pendant le trajet, ni dans le débarquement, mais ils entendent, à ce qu'ils disent, une voix qui articule à ceux qui reçoivent les âmes, le nom des personnages qui étaient sur la barque avec celui de leur père et des charges dont elles étaient revêtues. Si dans ce nombre ils se troQvedes femmes, la voix indique le nom des maris qu'elles ont eu .
Chez les peuples celtiques, les principaux ministres de la religion portaient le nom des druides; ils avaient sous eux des ministres subalternes : les EtLbages, devins et sacrificateurs, et les bardes qui chantaient les hymnes divins et les exploits des héros. Les druides, philosophes, astronomes, médecins et interprètes des lois, étaient les dépositaires de la doctrine et les oracles des dieux ; étrangers à la guerre, ils ne payaient aucun tribut ; revêtus dans l'origine du pouvoir suprême, ils le cédèrent dans la suite aux brenns ou chefs des guerriers. Leur théologie reposait sur la métempsychose et Timmorlalité de l'âme ', mais ils
* César, I, 6.
336 MONUMENTS DE l'aNTIQUITB.
avaient soin de la rendre secrète en ne permettant pas qu'elle fût écrite. L'éducation des initiés ne durait pas moins de 20 ans, pendant lesquels on leur faisait apprendre un nombre prodigieux de vers obscurs qui contenaient la doctrine. Les druides menaient une vie fort retirée; cachés dans le fond des forêts, ils n'en sortaient que rarement, et c'était là que toute la nation allait les consulter. Ils avaient plusieurs collèges, dont le plus considérable était dans le pays chartrainS où résidait leur chef suprême'. Ils présidaient aux états, disposaient de la guerre et de la paix, et déposaient les magistrats et même les rois, s'ils venaient à violer les lois du pays. La justice ne se rendait que par leur ministère'^; et ceux qui refusaient d*obéir à leurs décisions étaient frappés d'anathème. Ils s'adonnaient à la magie et attachaient des vertus mystérieuses à certaines plantes. La sélage s'arrachait delà main gauche ; la verocine, propre à guérir toutes les maladies, se cueillait avant le lever du soleil, le premier jour de la canicule, après avoir offert à la terre un sacrifice d'expiation^. Un des actes les plus solennels était celui de cueillir le gui de chêne. Pline nous a conservé la description de cette cérémonie : « Les druides n'ont rien de plus sacré, dit il, que le gui et le chêne qui le produit; ils choisissent des bois sacrés qui soient de chêne, et ne font aucune
* Lurain, lib. 8, v. 899, donne une description remarquable du collège de Marseille détruit par César.
' Elu par le suffrage de tous les druides, César I, 6.
* Ce qui explique les traditions sur les cromlecks, qui en font des lieux consacrés au culte et aux jugements.
* Le samolus cueilli à jeun et de la main gauche sans le regarder aTiit des vertus contre les maladies des animaux. Pline XXIV, il.
^^rémonie sans être ornés des feuilles de cet arbre ... Ils soient que tout ce qu'il porte est envoyé du ciel, et que <^'est une marque qu'il a été choisi du dieu. On ne trouve le gui que rarement, et quand on l'a trouvé, on va le cher- <her en grande cérémonie : On observe sur toutes choses, que ce soit (au mois de décembre) au sixième jour de la lane, par lequel ils commencent leurs mois, leurs années et leurs siècles, longs de 30 ans seulement ; parce que la iQDe commence au sixième jour d'être dans sa force, sans qu'elle soit pourtant arrivée au milieu de son accroissement. Le gui reçoit un nom qui indique sa propriété de guérir tous les maux. Après avoir préparé le sacrifice et le repas, qui se font sous un arbre, ils amènent deux taureaux blancs, auxquels on lie les cornes pour la première fois. Le prêtre, vêtu de blanc, monte sur l'arbre, coupe le gui avec une faucille en or, et le reçoit dans son vêtement blanc, après quoi il immole les victimes et prie les dieux de rendre ce présent favorable *. » Au premier jour de l'an on distribuait ce gui comme une chose sainte, et c'est de là qu'est venu, Tancien dicton français : au gui, l'an neuf. — On peut se représenter les druides, couronnés de feuilles de chêne» portant un collier en or", vêtus d'une longue robe blanche^ et marchant les pieds nus. Leurs femmes partageaient la considération qu'on avait pour leurs maris et habitaient des sanctuaires interdits aux hommes. Plus d'un empereur romain vint les consulter. D'autres
' Ils croient que les animaux stériles deviennent féconds en buvant de Teau de gui, et que c'est une préservation contre toutes sortes de poisons. Voir aussi Y Abeille du Jura^ tom. I, pag. 20.
' Strabon I>.
* Pline XVI, 48.
MtH. BT DOCUM. XXV. S2
338 MONUMENTS DE l'aNTIQLITÉ.
druide^ses vivaient dans le célibat, c'étaient les vestales des Gaules ; elles portaient des vêtements blancs avec nne ceinture en bronze , et tiraient entr'autres leurs présages du tournoiement et du murmure de l'eau. Le druidisme, souvent persécuté par les Romains, ne disparut d'une manière générale que vers le VI» siècle de notre ère.
César dit que les Germains ne reconnaissent d'autres dieux que ceux qu'ils voient, et dont ils reçoivent quelques bienfaits, tels que le Soleily \ulcain, c'est-à-dire le feu et la Lune. Tacite, mieux instruit, nomme plusieurs autres dieux. Mars et Mercure auxquels ils immolaient des victimes humaines. Hercule dont ils chantaient le& louanges en allant au combat, Hertha qui visitait la terre certains jours de l'année, Isis, adorée par les Suèves, sous la forme d'un vaisseau. Ils rendaient aussi un culte à quelques divinités Scandinaves, telles que WodaneXFreija. € Les Germains, pénétrés de la grandeur des choses célestes, dit Tacite, croient qu'il ne faut point renfermer les dieux entre les murailles d'un temple, ni leur donner une figure humaine. Ils consacrent des bois et des forêts, et donnent les noms des dieux à ces lieux secrets et reculés, qu'ils n'osent regarder à cause de la vénération qu'ils leur portent. Ils observent, plus que toute autre nation, le vol des oiseaux, et se servent des sorts auxquels ils ont beaucoup de foi.... Ils tirent aussi des présages des chevaux qu'ils nourrissent à frais communs dans ces bois sacrés, et il n'en est point qui aient une plus grande valeur aux yeux de la nation. > Les devineresses germaines n'étaient pas moins honorées que les druidesses des Gaulois.
Les Scandinaves plaçaient à la tète de leurs divinités
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Odin, le dieu terrible et sévère, créateur du ciel et de Tair, Tkor, dieu du tonnerre et des ouragans, dont le char était tratné par deux boucs, et Frey, le plus doux de tous les dieux, qui gouTemait la pluie et le soleil, et tout ce qui Datt sur la terre. Frigga, la Vénus du nord, accompagnait son mari Odin à la guerre et partageait avec lui les armes de ceux qui avaient été tués. Balder, fils d'Odin, avait en partage la sagesse, réloqiïence et une si grande majesté que ses yeux en étaient resplendissants. Hoder, dieu aveugle, était doué d'une grande force. Tous ceux qui dans leurs procès prenaient Forsite, fils de Balder, pour leur juge, s'en retournaient réconciliés. Outre les trois divinités principales, et les ases au nombre de i% il existait des nains et des géniss en grand nombre. Les Elfes habitaient les eaux paisibles, et les Jetten les grandes chutes d'eau et les rochers. Loke était le principe du mal, le calomniateur des dieux, le grand artisan des tromperies; beau de figure et fécond en perfidies. 11 eut de la géante Angerbode, messagère de malheurs, trois enfants : le lou/p Fenris, le grand serpent de Mygdar et Hela ou la mort. Le père universel précipita le serpent dans la mer, mais il s'y accrut si fort qu'il ceignit la terro entière et put encore se mordre l'extrémité de la queue. Hela fut précipitée dans les enfers où elle distribue des logements à ceux qui meurent de maladie ou de vieillesse. Sa salle est la douleur, sa table la famine, son couteau la faim, son valet le retard, sa servante la lenteur, sa porte le précipice, son vestibule la langueur, son lit la maigreur et la maladie, sa tente la malédiction. Les dieux élevèrent le loup Fenris qui rompit deux fois les chatnes énormes dont on l'avait lié. On réussit à l'enchaîner à l'aide d'un simple cordon
fabriqué par un nain, mais il est dit qu'à la fin du monde ce monstre rompra ses chaînes. Loke, retenu dans une caverne, produit les tremblements de terre en s'agitant, et sera tué par Heimdal, l'huissier des dieux. — La cour des dieux se tient sous un frêne dont les branches couvrent la surface du monde. Un aigle, dont l'œil perçant découvre tout, repose sur ses branches. Un écureuil y monte et en descend Sans cesse pour faire ses rapports. Des serpents attachés à son tronc s'efforcent de le détruire. Sous une racine coule une fontaine où la sagesse est cachée. Dans une source voisine, qui est la fontaine des choses passées, trois vierges puisent l'eau dont elles arrosent le frêne, elles disposent les jours des hommes et se nomment le passée \q présent et Vavenir.
La cosmogonie des Scandinaves présente deux priocipes: l'âme créatrice et l'élément congelant ou la matière, la lumière et la nuit, le chaud et le froid, le créant et le détruisant, du combat desquels sort la vie. c Dans l'aurore des siècles, dit une poésie, il n'y avait ni mer, ni rivages...; on ne voyait point de terre en bas, ni de ciel en haut ; tout n'était qu'un vaste abfme, sans herbes ni semences. Le soleil n'avait point de palais, les étoiles ne connaissaient pas leurs demeures^ la lune ignorait son pouvoir.— Alors il y avait un monde lumineux enflammé du côté du midi, et de ce monde s'écoulaient sans cesse dans la lune, qui était au nord, des torrents de feu étincelants, qui, s'éloignant de leurs sources, se congelaient en tombant dans l'abîme. L'abîme se combla peu à peu, jusqu'à ce qu'un souffle de chaleur, venu du midi, fondit les vapeurs qui s'en exhalaient et en forma des gouttes vivantes d'où naquit le géant Yme. De lui descendent les géants, race
mauvaise et corrompue comme leur auteur. Il en sortit une race meilleure, celle de Bor, père d'Odin. Les fils de Bor tuèrent Ymer et sa race, dout il n'échappa qu'une famille. Un nouveau monde prit naissance. La mer et les fleuves furent formés du sang du géant, la terre de sa chair, les montagnes de ses os, les rochers de ses dents, et la voûte du ciel de son crâne. Les fils de Bor trouvèrent an jour deux morceaux de bois flottants, dont iisformèrent rhomme et la femme Askus et Embla, desquels descend la race des hommes qui a eu la permission d'habiter la terre, i
Quant à la fin du monde, les sages rapportent qu'il viendra un temps de corruption où se déchaîneront tous les éléments mauvais. La terre sera inondée; le loup Fenris dévorera le soleil ; les astres s'enfuiront et l'armée des mauvais génies et des géants entrera pour attaquer les dieux. Mais Heimdal fait résonner sa trompette bruyante. Les dieux s'arment, Odin attaque le loup Fenris, il en est dévoré, et Fenris périt au même instant; Thof est étouffé par le venin du dragon expirant. Le feu consume tout. Mais bientôt après, une nouvelle terre sort du sein des flots, ornée de vertes prairies, les champs y produisent sans culture ; les calamités y sont inconnues. Les justes l'habiteront et se réjouiront pendant les siècles. Alors, celui qui gouverne tout rend la justice divine et envoie les coupables dans une demeure éloignée du soleil, où le poison pleut par mille ouvertures, tandis que Balder revient et habite avec Hoder la salle des victoires d'Odin et le sanctuaire des dieux.
Od peut juger par là de la liberté dont l'habitant du nord usait avec ses dieux, il brave la destruction même.
3&2 MONUMENTS DS l'aNTIQUITÉ.
en n'admettant qu^un monde et des dieux périssables. De là ressort cette teinte tragique dont la doctrine est si fortement empreinte dans tous ses développements. Les chants héroïques révèlent un culte basé sor U nature. La terre est fille de la nuit; éclairée par le soleil, elle €st fille et épouse d'Odin. Des eaux, des pierres, des oiseaox sont adorés comme des dieux. La mort est un voyage, et la foi à la transmigration des âmes a pu donner lieu au récit de la réapparition d'Odin à différentes époqaes. L'habitant du nord a conservé plus d'un souvenir de ses anciens dieux. Dans cette survivance du culte païen, on doit distinguer des éléments divers, dont nous mentionnerons seulement la foi à des êtres surnaturels et la croyance à la magie. Celle-ci, plus répandue qu'on ne le pense généralement, consiste surtout à entrer en rapport avec un monde surhumain pour en obtenir des révélations ou même des secours en vue de certains buts; ces pratiques, très pareilles dans les divers pays de J'Europe, me paraissent être une continuation des mystères des anciens cultes, tandis que la foi pure et simple à des êtres surnaturels découle des idées religieuses mises à la portée de chacun. Lés fées et les esprits follets se retrouvent aussi dans le iK>rd. Les Elfes, dont nous avons parlé, vont parfois dans les maisons tenir leurs danses gracieuses. Les servants suédois, nommés Tomtequbbar ou petits vieux, grands d'un à deux pieds, vêtus de gris, coiffés d'un bonnet rouge, n'ont qu'un ceil au milieu du front. Parfois Us échangent leurs enfants contre ceux des hommes, aussi doit-on pour s'en préserver tenir une chandelle allumée jusqu'au baptême de Tenfant ; usage qu'observent aussi soigneusement les agriculteurs du Wurtemberg. Les Torn-
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teqabbar, loin d'âtre ioujoars hostiles, remplissent le grenier de oelal qui a su se ménager leurs faveurs. Ces lutins sont souvent serviables, et quelquefois aussi vaniteux. Une ménagère occupée à tamiser de la farine dans son |[arde-manger fut obligée de remettre son travail au len*demain. Quelle fut sa surprise en retournant dans le gardemanger, dont elle avait toujours la clef sur elle, de trou'ver l'ouvrage fait. Dès ce jour, toutes les fois qu'elle voulait de la farine tamisée elle n*avait qu'à l'arranger le soir avec le tamis, et le matin l'ouvrage était fait. Ayant grande envie de voir le tamiseur inconnu, elle ne put s'empêcher une nuit de regarder par le trou de la serrure. Elle vit «m petit lutin en guenilles qui tamisait de toutes ses forces. Voulant le récompenser, elle fit un joli petit habit qu'elle plaça dans le garde-manger. L'habit disparut, mais la prochaine fois où elle arrangea de la farine, l'ouvrage ne fut pas fait. Alors elle se mit au guet et ne tarda pas à voir le lutin qui se promenait en long et en large; les mains dans les poches, et charmé de sa nouvelle parure, il fredonnait c Monsieur est élégant, il ne tamise plus. » — Il est quelques traditions suédoises qui présentent un mélange curieux des idées païennes et chrétiennes. L'une raconte qu'un prêtre entendit un soir une musique déliciease« au moment où il traversait un pont jeté sur un torrent. Il vit un jeune homme découvert jusqu'à la ceinture, assis sur les eaux, et portant un bonnet rouge sur une chevelure blonde et bouclée qui retombait sur ses épaules. Il tenait dans sa main une harpe d'or, d'où il tirait les sous les plus ravissants. Le prêtre reconnut Necken, l'esprit des eaux, et dans un zèle exagéré il lui dit : D'où viens que tu joues si gaiment I tu sais pourtant
3ft4 MONUMENTS DE l'aNTIQUITÉ.
que tu ne seras jamais sauvé, car ce vieux bâton desséché que je tiens dans ma main portera des feuilles et des fleurs avant que tu n'obtiennes ta rédemption i Le malheureux joueur de harpe jeta son instrument à l'eau et pleura amèrement. Le prêtre continua sa route ; mais quel ne fut pas son étonnement, en voyant éclore sur son bâton des feuilles et des fleurs I II vit dans ce prodige une révélation du ciel et un reproche de ce qu'il prêchait si mal la doctrine consolatrice qu'il était appelé à enseigner. Il retourna en hâte sur le pont et trouva le pauvre Necken qui fondait toujours en larmes. Yois-tu, lui cria-t-il» mon vieux bâton porte déjà des feuilles et des fleurs ; de même l'espérance peut fleurir dans le cœur de tout être, dans la certitude que son Sauveur existe : Necken, heureux et consolé, reprit sa harpe et le rivage retentit toute la nuit des sons joyeux qu'il en tira.
Quand on rapproche les superstitions de contrées éloignées les unes des autres, on est souvent surpris des rapports qu'elles présentent. Le culte, rendu aux génies, bons ou mauvais, occupe partout une grande place. On leur attribue les maladies, et on les apaise par des moyens pareils. L'esprit humain, toujours curieux d'anticiper sur les temps, cherche à dévoiler l'avenir et a recours à maint présage ou moyens de divination ; les miroirs magiques sont encore consultés, non-seulement en Europe, mais aussi en Afrique et en Asie. Il reste au milieu de nous plus de traces, qu'on ne le suppose, de ces âges reculés, qui nous apparaissent au premier coup d'œil entourés d'épaisses ténèbres : après des recherches plus complètes, nos petits neveux liront sans doute couramment là où nous n'épelons qu'avec peine.
NOTE Du culte des esprits.
Dragons» — En Franche-Comté, unRaimond de Saint-Sulpice, queSinner fait vivre bien gratuitement au XIII* siècle, aurait terrassé cette espèce d'hydre, il aurait mérité, pour prix d'un service si éclatant, que toute sa postérité fût exempte du paiement de l'impôt. Semblable à celle de l'Apocalypse, cette bétç n'avait pas moins de sept têtes, et elle ravageait tout. Le conducteur de la diligence de Neuchâtel à Pontarlier me disait à ce sujet, le 5 juin 1826, que le dragon aurait avalé ses deux chevaux en travers sans les mâcher. M. Depping (LaSuissej tom. III, pag. 179, édition de 1824) rapporte, d'après Businger et Zelger, une pareille fable sur Underwald. M. Raoul Rochette (Lettres sur la Suisse, tom. III, pag. 127 et suiv.) en répète aussi de semblables sur le Drachenried et le Drachenloch. La Gargouille de Rouen et tant d'autres ne sont pas plus historiques. Tous ces contes de dragons sont renouvelés de l'Inde et de la Chine. Monnin, Du culte des esprits dans la Sêquanie, note 8 et note 33. Du Cange. Glossarium ad script, medictt et infim. latinit. « Effigies draconis quœ cum vexiUiSy in ecclesiasticis processionibus deferri solet, quâ vel Diabolus ipse, vel hœresis designatur, de quibus triomphât Ecelesia. Diabolus enim, ut ait S. Augustinus (Hom. 86), m scripturis sanctis, ko et draco est, leo propter impetum, draco propter insidias. > — En Egypte, un disque, accompagné de la flgure du serpent et de deux ailes, désigne l'éternité, la vie et la sublimité. St. Clément, savant d'Alexandrie, fait observer que chez les Juifs la vie et le serpent se rendent par le même mot hevah, httvah, hovah, {Exhort, ad gentes.) Le serpent d'airain est l'image de la vie et du salut. (Nomb. XXI, 8; Math. III, 14, 15.) Le serpent chez les Romains représente la vie et la santé, salutis draco ; il s'entortille aux autels du dieu Salus. — Sur la côte du Malabar, le serpent à chaperon, nommé Nalla-Pamba, est l'objet d'un culte particulier. — Fo-hé ou Fé, né dans les Iniles environ 1022 ans avant Jésus-Christ, fondateur de la monarchie actuelle des Chinois, usurpateur des attributs du Tout-Puissant, est représenté sous la forme d'un serpent ailé, et désigné sous le nom de dragon. — Les Celtes adoraient un être invisible, Teut, qu'ils représentent par un animal dont le nom chez eux désignait aussi la vie. Sur la tête du serpent, un globe lumineux annonce sa gloire et son éternité, il avait des ailes et un corps embrasé ; telle est la Youivre de la Séquanie, dont le nom signifle vivre, comme celui A*hivah. Il a aussi des yeux d'escarboucle. — Au delà de Tlndus, le 28 juillet, a lieu la ^te des Naga ou dieux-serpents, tribu de divinités souterraines qui gardent
d'immenses trésors, où l'éclat des diamants supplée à l'absence des rayons du soleil. On leur offre un peu de lait et de beurre fondu. (Un serpent gardait le trésor de Bel-Air, ainsi ailleurs. J'ai entendu parler plus d'une fois de serpents portant une pierre de grand prix sur la tète.) On les représente sous forme humaine de la tète au nombril, et sous la forme du serpent pour le reste du corps. Les mâles y sont armés de cimeterres et protégés de boucliers. Les fllles de Naya sont comme les fées et les nymphes des Mille et une nuiU. — Notre fée Mélusine est moitié femme, moitié couleuvre, le dragon s'éclaire d'un disque de diamants, il est gardien des trésors, les fées se plaisent dans les grottes, avec un peu de beurre on apaise l'esprit sauvage; c'est aussi du beurre qu'on met dans les bassins des autels du nord.
Mèbmne ou Mère Lusine, joue un grand rôle dans l'ouest de la France, elle apparaît dans l'air sous la forme d'un serpent de feu. Les Lusignan portaient pour cimier une Mélusine. * En terme de blason, c'est une figure échevelée, demi-femme, demi-serpent, qui se baigne dans une cuve où elle «e mire et se coiffe. > Elle apparaît souvent aussi comme poisson, et souvent se baignant, elle préside à l'élément de l'eau.
Règne de la terre. — Beaucoup de vallées de l'Alsace et de l'Allemagne ont leur chasseur sauvage. A la montagne bleue de Montbeillard, un génie crie ou chante pendant la nuit des paroles lamentables. On s'en préserve en portant sur soi du beurre et du sel. C'est avec du beurre fondu et du UUi que les flindous se rendent propices leurs Dévata et autres dieux. L'Aomnif mystérieux du Bugey vit en vrai sauvage sur les montagnes et reçoit du lait en offrande. Sur d'autres monts, c'est un magnifique seigneur botté, armé, casqué, chevauchant dans les airs sur son blanc palefroi. On a vu son coursier attaché en dehors d'une roche escarpée, impatient du retour de son maître. Des contrebandiers, munis d'un secret, ont été reçus en croupe^ et ont ainsi fait leur fortune. N'est-ce pas là le White^horse des Anglo-Saxons, qui a donné son nom à la colline du Cheval^Blanc, dans une vallée du Berkshire? {Mémoires de la Société royale des antiquaires^ tom. Y, pag. %M.De la tradition populaire sur Varmurier ou forgeron Vêlant^ par M. Depping, qui trouve dans le fond de l'Inde l'origine de cette fable.) — L'antique seigneur des ruines du chftteau d'Holifeme^ qui dominait sur les vallées de l'Ain, de TAnchéronne et de la Velome, fait retentir les monts du son des cors, des voix humaines et des aboiements prolongés, au milieu desquels il se plait. On entend ailleurs les chasses miraculeuses du bon roi Arthus (Hohfeme, signifie en hébreu vaillant capitaine). Un garde-forestier les a vus dans une clairière, c'étaient une foule de grands seigneurs, de belles dames, de piqueurs, les uns mangeant sur le gaxon, les autres gardaient les chevaux ou donnaient la curée à de nombreux limiers. Ces chasseurs, c'est MrCAux que les Bretons ne croient pas mort, c'est l'Aratus des bois de l'Angleterre, et peut-être l'Herthut ou
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Hertha du oord. G*esi ainti que dans les Gattes du Malabar, Paraturama, ce hénw au teioi veri, court encore, une arme à la main, à travers les forêts de palmiers.— Près de Maizières, sur les bords de la Loue, la dame tierle présage des maLfaeurs. La dame verte de Clément, après avoir fatigué sa meule, conviait à un repas frugal auprès d*une source, le comte de Montbeillard. Elle préside et «urpaïae de la tète de jeunes dames, aussi espiègles que Jolies, (|ui se plaisent à luliner les jeunes garçons égarée. Entre les villages de Neuchàiel et Remondans. est la Roche de la dame ver le. Les Mœsiens d'Aiie adoraient un soleil verl, dit l'Apollon Gryneus. -- Vert peut venir de Heria^ la terre. Le Verdier était l'ancien garde général forestier. Verdagey l'ancien gardien du bétail dans les bois; ils étaient vêtus de ver(.^ Le priptemps, à cause de sa verdure, s'appelait Er ches les Grecs, Ver chez les liatins. Le dieu étrusque et romain des vergers s'appelait Verttanne. — Les Indiens de Aa céte de Coromandel peignent en vert Wishnou dans sa septième et huitième incarnation. — Les habitants de Pékin couvrent de tuUe» vertes le temple de la terre de Ti-Tang, et de tuiles bleues la pagode du ciel. — La ilame verte est la déesse de la terre et du bois, comme la Diane d'Ephèse, ainsi que la diane Aritia, près de Rome. — Haarets ou erets en hébreu, artAo en caldéen, signi&ent la terre. Hareth^ chez les anciens Perses, était l'ange que le Créateur avait préposé, dès le principe des choses, à la garde du globe terrestre. Awta et arte en gothique, arda dans le runique, ertha dans la langue des Francs, earth en anglais, aert en flammand, erd en tudesque, signifie terre, et ce mot terra n'est qu'une inversion d'arel, sur lequel se sont modelés tous ceux que nous citons ici. — VHerthus ou V Hertha des Germains est le dieu persan Hareth, dont le culte apporté par les Kiroris et les Suèves a conservé le nom de tfer/e, Ea»/A, dont l'aspiration adoucie a fait Verte et Berthe. Au nom de Berthe se sont ralliés des souvenirs fabuleux. (Même fait pour Berihe de Bourgogne.) C'est un nom de femme très connu dans le nord.
Les Suèves adoraient Isis sous la forme d'un vaisseau. (Germ, 40.) L'oie, animal amphibie, exprimant le règne de la terre et de l'eau, fut consacrée à Isis, elle est placée aux pieds d'Herthe, la même qu'Isis (?). Ensuite, au lieu de l'oie entière, on tailla un pied de l'idole en patte d'oie (?]. De là, la reine Pédauque (?). De là l'enfantement d'un monstre à tête de canard par Berihe, épouse du roi Robert. Berthe au long pied vient peut-être d'Isis, qui avait on pied dans une barque, son symbole est pris de sa chaussure. Isis présidait à la culture du lin, de là la quenouille aux mains de la déesse. On jure per la quenouille de la reine Pédauque. Des lées de la Normandie furent changées en oies. L'oie est la monture de Brahma dans l'inde et le symbole de la vigilance. Elle est dédiée à Sarassouadi, Tune des huit mères de la terre, qu'on compare à Isis. — Nos dryades rieuses, fol&tres, voluptueuses, égarant les jeunes garçons dans les bois, ne sont pas méchantes comme leurs
sœurs d'Asie, qui enlèvent, à l'est de la mer Morte et dans le nord de l'Arabie, les voyag^eurs, afin de jouir de leurs embrassements pour les conduire ensuite dans les précipices.
La tante Ane, Airie dans la campagne. Junon Aeria, reine de l'air, génie bienfaisant du pays d'Ajoie, descend de l'air pour récompenser la jeunesse studieuse et docile, mêler la filasse suspendue à la quenouille au jour da carnaval ; elle file elle-même, fête les enfants à Noël, ceux-ci la reconnaissent au bruit de la sonnette de l'âne sur lequel arrive la tante Aérienne. — Dans une caverne près du château de Milandre, entre Délie et Montbeillard, une fée garde un trésor, assise vers son coffre-fort dont elle tient les deux clefs toutes rouges de feu entre ses dents transparentes. Un grimoire manuscrit indique le secret pour saisir, sans se brûler, les clefs de cet esprit qui préside à l'élément du feu. — Dans les ruines du château de Maiche (arrondissement de Montbéliard) , un cochon noir couvre un trésor; c'est l'esprit d'un ancien seigneur avare, qui, une fois tous les cent ans, rôde autour de la bourgade, une clef toute rouge à la gueule et cherche un homme assez hardi pour la lui prendre et le délivrer par là de sa transformation. Un soir d'hiver il apparut à un homme sous une forme humaine, qu'il lui est permis de reprendre, sans doute pour ne pas effrayer les gens, et le pria de l'attendre à minuit précis dans un souterrain du château. Le bonhomme promet, s'y rend, le porc noir lui apparaît, la gueule enflammée et tenant la clef entre ses dents ; à cette vue, le malheureux s'enfuit, et l'âme désolée disparaît en poussant des cris lamentables. Il y a là certains rapports avec la religion de Bouddha : là où l'on trouve la métempsycose en Orient, sont des dieux à tête de cochon, et qui souvent ont des clefs à la main. Les dieux porcs de l'Asie s'appellent Warraha, Wara. — Verrat en français, varrai en patois, signifie pourceau mâle, comme dans l'Hindoustan , de même que Verres en latin. Le culte dominant des Celtes était celui de la terre, et partout elle fut divinisée sous des noms différents ; elle était représentée par l'animal qu'on lui sacrifiait. Les Suèves Estyens se faisaient honneur du symbole (Germ, cap. 45, formas aprorum gestans), et leurs descendants des bords du Rhin, dans la Souabe et à Bâle, ont maint hôtel sous les auspices du cochon noir ou du sanglier. — On voyait, en 1824, sur une porte de Porrentruy, un cochon et une truie sculptés en bas-relief, ce sont les armoiriei d*Autun (siège d'un collège de Druides), et la ville avait un cochon sculpté sur une de ses portes. Près de Porrenfrtii est Courtemanfru», —rapport entre truie et druide (?). — Le sanglier était les armes parlantes d'Ephèse, IpkiiOUy sanglier d*Api8 ou de la terre, dit Pelloutier. D'Qpts les Latins ont fait ops, opes, richesses, — de là le trésor et le cochon noir, — de sou vient sus, sues. Dans le patois de la Franche-Comté, la sou est la loge des pourceaux. Les médailles romaines rappelant la fondation d*A(ba Troia offrent
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une laie avec ses marcassins. — Une autre appellation des prêtres gaulois est celle de gore. Les gore$ des Bretons sont les lutins des monuments druidiques. En ancien français et en patois normand, gore signifie truie, gorin, gorel, goury^ petit cochon. La truie qui file, de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, est une druidesse ou une idole de la terre. Depuis le X* siècle ce mot est devenu un outrage ; gôr, dans la Bresse, est Toutrage le plus sanglant. Les mahométans désignent sous le nom de gauru les infidèles. Kourin, chez les Arméniens, désigne un homme instruit dans les choses secrètes. Chez les S3frienr, khoury, désigne un porc ; gourou est un brahmane chez les Indiens. Ces noms sont restés dans la terre où l'on place le berceau des nations ; la province de Gouria, dans la Golchide où l'antique ùioÊCuria, existe sous le nom dlêgaur^ la ville de Gory sur le Kur de l'Ibérie, la Coriace des sources de l'Euphrate, la Corduène des anciens dans les monts Gordien», où sont encore les enfants des Curdes, le désert des Pétigores du nord du Caucase au Tanaïs des Amazones. Ainsi les mots asiatiques de wartLf gor, sou, troïa, sont restés dans notre dialecte. Les Varasques ou Wàraii ne rendaientr-ils pas un culte tout particulier au cochon noir ou à la terre.
A Bonlieu, un esprit servant soigne pendant la nuit le bétail, de temps immémorial. C'est un squelette n'ayant conservé que les yeux, fort beaux, il est vrai ; son crâne est couvert d'un bonnet rouge et pointu (coiffure du Tomtegubbar suédois), aussi l'appelle-t-on carabin. La plaisanterie ne doit pourtant pas aller trop loin. Un jour, apostrophé par un batteur de grange, celui-ci fut enlevé par les cheveux sous la charpente et remis en place, sans mal, mais corrigé. D'autres lutins font le travail des domestiques somnambules. — On voit dans la plupart des pays de l'Europe des femmes jeter à terre, en commençant le repas, une cuillerée de lait ou de bouillon, sans qu'elles sachent pourquoi. Ce même usage existe dans la Tartarie en faveur des Pénates.
La dame du lac Narlay est une vieille femme habitant une grotte qui a donné aux eaux du lac la propriété de blanchir le linge sans lessive et sans savon. « Or la tradition veut que par l'effet d'un châtiment céleste, un village ait été englouti à l'endroit même où s'est creusé le bassin du lac. Une mendiante a'était présentée â toutes les portes, et n'ayant pu trouver un asile pour la nuit^ si ce n'est sous le toit d'un pauvre vieillard , Dieu, pour venger la suppliante, aurait noyé le village entier, et n'aurait excepté de ee terrible
exemple que la maison hospitalière située â l'extrémité A minuit de
Noël, tous les ans, on entend au fond du lac chanter le coq du village sous-marin .
Maires, génies d'origine céleste. — Mara, démon femelle des Suédois, qui les oppresse durant le sommeil ; Macre, spectre nocturne des Allemands ; Meiiar^ vierges dont les femmes Scandinaves obtiennent une heureuse délivranee, remplissant aussi les fonctions des Parques ou Morai des Grecs. —
Mokrtt CD firanoeomlois» saflbcatioo, eauékemar. Dans le Bagej et U Bresae voiiine de Lyoo, est la CkaudtevidUe^ aillean la ChntneptâOi^, C'est la vieiBs et pAle Foolease. •— CAoïiefter, c'est tomber avee foroe.
Les memr sont les vierges, les maïr les mères. U est curieux de voir les vierges présider aux enfantements. Ve$ia était au rang des déesses-mères. La chaste sœur d'Apollon et Junon répondaient aux vœux des mères de famille.
La fSte du mois de mai célèbre ld> mariage du dieu avec la terre. Le soleil arrivant à Tétoile de i#aifa, et renouvellant avec la belle nymphe l'union d*où naquit Mercure (De bel. GalUeOf VI, 27), c'est-à-dire commençant A féconder la terre chargée de fleurs. On a fait de Mata un surnom de Gybèle.
La belle de maU nommée MairioUe^ est la petite maire ou mariée. Poui^ quoi le même honneur à des magistrats et des vierges? Serait-ce que le gouvernement primitif des peuples appartenait à des vierges consacrées, à des dniidesses? N'est-ce pas parce que ilfeuir signifie vierge» qu'on appelait vierg ou vergobret les maires de la Gaule ? En plusieurs lieux de la France, on choisit la plus jolie petite ftlle pour être l'image vivante, la nymphe de la divinité, on la pare ou la porte en triomphe de maison en maison, collectant comestibles et vin. Dans la Bresse, la reine ou jeune mariée, ornée de fleurs, rubans, bijoux, ouvre la marche conduite par un jouvenceau. Si l'époux ne paraît pas, c'est que les Celtes ne souffraient pas le simulacre de l'Etre suprême. — Des auteurs du XVI* siècle disent qu'au chef-lieu du Val-de-Miége, à la fête de St. Antoine, d'après un usage antique et païen, se rendait une foule d*hommes et de jeunes filles passant la journée dans les ris, les jeux, la danse et les festins. C'est à notre dame de Miége que s'adressent la jeune fille pour avoir un mari, et l'épouse pour avoir des enfants. Dans quelques localités, les jeunes filles vont certain jour de l'année s'exposer sur le marché, là où autrefois leurs pères les vendaient. (Même usage ches les Arabes et dans quelques parties de la Chine.) (Foire des domestiques à Moudon.)
On a la croix qui vire (substitution de la pierre branlante), près du ruifseau de la fileine.
Pour se guérir de la fièvre, on forme avec de la paille une étoile à sii rayons, on la porte sur une émiirence, on s'agenouille devant le soleil levant, on récite des prières, ensuite on gagne la rivière la plus proche, on 5 jette le soleil de paille, on en détourne aussitôt la vue, et l'on s'en va sans regarder en arrière. — Les Hindous font des ablutions accompagnées ds prières qu'on récite à voix basse, elles consistent à se baigner dans le Gangs en tenant respectueusement à la main deux ou trois brins de paille, que de vieux brahmanes vous offrent à cet effet.
Du milieu de l'étang de la Roussière et de Sure, que traverse le chemin de Ljon à Villars, s'élèvent deux grands mamekms de terre rapportée, appeléi poipei. L'un était un autel, l'autre la demeure du ministre du dieu. LaceUiM
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est entourée d'un fossé circulaire, un autre effleure le premier, l'enrerme d'un grand ovale et laisse dans rinlennédiaire deux parties de terrain, places en fonne de croissants. Le château de la Pape, près de Lyon, doit son nom à une poipe sur laquelle il a été construit. D'après Hérodote, les Scythes adoraient Jupiter sous le nom de Papeus. Les Russes donnent aux prêtres le nom de popes^ les Moriaques celui de papoi. En Italie le pape est papa. Le monticule présente un cône tronqué de 50 pieds environ de haut, boisé sur ses flancs, contourné par un sentier et surmonté des fondations d'une tour en brique. Si elle est gauloise (?), elle a dû être octogonale (d'après J. Picot, Bûtolre de» Gaules, tom. llî, pag. 60), forme observée au Tubet, à la Chine et au Japon. La résidence du souverain pontife du Tubet à H'iassa est un pavillon octogone dans un bosquet touffu sur une |le, au milieu d'un étang sur le mont Pakmou-ri. ku plus grand étage de cette tour, le grand Lama se rend presque inaccessible à la vue des humains. Veleda apparaissait au haut de la tour qu'elle habitait chez les Bructères. (Tac. Hiêt, liv. IV, cap. 45.) Sur la poipe de Saint-André, la fée de Riotier se montre quelquefois sans aucun vêtement. Rapports des déesBes-mères et prêtresses gauloises, également nues OD vêtues. Les femmes au sein découvert, voilées, assises, tenant un enfant ou une patère à rosace, rappellent la déesse chinoise Quania ou Quonia.
A Mou lier-en-Bresse, on pratique des superstitions sur la pierre de St, VU, (Description du duché de Bourgogne, par Courtépée, tom. IV, pag. 249-250.) — Helmodus, au XII» siècle, signale une même dévotion à St. Vit, dans l'tle de Riigen.
ËQ Séquanie comme ailleurs, on a des fies, damée, demoieelles. Pré» de Simandre et de Chavennes, la pierre fiche est regardée comme la quenouille iune fou. Elles enseignent aux bergères dans les grottes l'art de filer et de coudre. Les Romains, comme nous, tenaient la quenouille d'Asie, et la donnèrent aux trois Parques filandières. On a les trois dames blanches qui dansent. 11 y a Vherbe qui égare, celle qui arrache les fers des chevaux, la fiiur miraculeuse qui fait aimer des plus rebelles. (Même plante en deçà du Jura.) Au Mont un paysan avait tamponné avec un bouchon de bois l'ouverture d'un nid de pies dans un arbre. Le père était dehors, trouvant l'issue fermée, il revint avec une herbe dans son bec, qu'il posa sur le tampon et le fit ainsi sauter hors du trou. — Un voleur avait une herbe à laquelle ne résistaient les. serrures d'aucune prison.
Sur le château de Montaigne, près de Vesoul, apparaît tous les ans la reine Hanche, sans tête, qui en fait le tour A minuit. — Pourquoi ces dames sontelles bkmehes? c'est à cause du vêtement blanc des druidesses. Les images des démons étaient couvertes de blanc quand les Gaulois les promenaient an IVt siècle. (Voir la vie de St. MarUn. Histoire des Gaulois, de Picot, tom. III).
Croyances populairet de l'Ecosse.
VElf on VElfin est l'esprit le plus populaire des basses terres de l'Ecosse. — Le Red'Cap, gardien des ruines, se tient assis sur un pan de mur, le front dans les deux mains. — Le Brownmann of the muirs^ vêtu de mousses et de lichens sombres, habite les bruyères. Les légendes représentent des esprits des eaux cuirassés d'écailles. — Le Shellycoat fascine le voyageur, qu'il égare de sa voix aiguë et du cliquetis de son armure d'écailles. — Le Broumie, esprit du foyer, crie à ceux qui prolongent la veille : « Allez vous coucher, gentlemen, et laissez-moi ma braise de minuit. > — Les ElfeSy vifs, agiles, capricieux, sont utiles quand on les traite bien, nuisibles quand on les irrite. Ils sortent des montagnes à la nuit, dansent dans les prés au clair de la lune, où ils laissent des cercles de verdure ; ils donnent la crampe aux bestiaux, que le paire ne peut guérir qu'en les frottant de son bonnet de' laine bleue, lis se vengent des insultes avec les cailloux triangulaires des ruisseaux, nommés têtes de flèche de fées. — Un soir, sir Godfrey Hac-Culioch, dans le Galloway, se promenant à cheval, fut accosté par un petit vieillard habillé de vert et monté sur un beau cheval blanc. Celui-ci dit qu'il était l'hôte du seuil de sa porte et qu'il avait à se plaindre de ce que le tuyau d'une gouttière se vidait au-dessus de isa retraite. Godfrey, bien que surpris, l'assura que la gouttière serait changée de place, ce qui eut lieu. Bien des années après, sir Godfrey eut le malheur de tuer dans une querelle un gentilhomme du voisinage. Il fut condamné à mort, à Edimbourg. Arrivé à l'endroit fatal, le petit vieillard fend la foule avec la rapidité de l'éclair, monté sur son beau cheval blanc , emporte sir Godfrey en croupe, franchit murailles et fossés, et dès lors on ne revit jamais ni vieillard, ni criminel. — On a beaucoup d'égard pour l'Elf ; dans l'île de Man, par exemple, on ne se met jamais au lit sans avoir rempli d'eau fraîche un roseau ou un tuyau de paille, où les Elfes viennent se baigner dès que tout le monde a fermé l'œil. Quand ces rapports d'amitié existent, on les appelle bons voisins, les bonnes (fem, comme dans les Highlands on appelle le diable, le bonhomme (goodman). Les Elfes aiment surtout les nuits sereines, les beaux cours d'eau, dont les galets aplatis et les cailloux creusés sont les plats et les coupes de leurs festins. Dans les jours sereins, ils traversent les airs en longue cavalcade, et souvent on entend le bruit de leurs fouets et de leurs brides pendant leurs courses aériennes. Tous les moyens leur sont bons pour se procurer des chevaux. Ce sont eux qui fatiguent la nuit ces chevaux, qu'on trouve le matin haletant dans leurs étables. Ils prennent les plus grands et les plus beaux choTaus. Plus rarement ils les achètent, témoin ce paysan qui vit disparaître dans la terre, avec son cavalier, le cheval qu'il venait de lui vendre. Parfois ce sont des chasses bruyantes avec le son lointain d'un cor.
Partout les Elfes ont le pouvoir de guérir, et font part quelquefois de ce don aux humains. Une jeune fille nommée Anne Jefferies, étant dans un jardin, vit tout à coup six petits êtres vêtus de vert franchir, d'un saut, le mur d'enceinte. Longtemps elle fut malade de sa frayeur. Sa maltresse étant sortie un jour se blessa à la jambe ; à son retour la jeune fille la guérit par le simple attouchement de sa main, et assura que les Elfes qui avaient fait le mal l'en avaient prévenue aussitôt. Dés lors elle fit de nombreuses cures, mais sans vouloir jamais rien accepter. De la moisson à Noël elle fut nourrie parles fées et ne mangea que de leur pain, gftteau délicieux. Elle en recevait onguents et drogues ; l'argent paraissait ne pas lui manquer. Souvent on la voyait danser toute seule sous les arbres du verger, elle assurait qu'elle dansait avec les fées. Les prêtres et les magistrats la firent enfermer dans les prisons de Bodwin, où elle passa trois mois sans manger et en sortit vivante. En 1696 elle vivait encore, mais on n'a pas su la cause qui avait éloigné d'elle les fées.
En Géorgie, à quelque distance de Gori, l'église abandonnée de Saint- Georges était entourée d'un fil de coton qui en faisait deux ou trois fois le tour, c Je distinguai plusieurs de ces fils, ainsi que des niches, des échevaux de coton, des boucles de cire, et même des monnaies déposées sur le seuil des portes. Je vis aussi une main de fer et des fers de chevaux cloués sur la porte principale ; d'autres de chevaux, d'ânes ou de mulets décoraient la porte de la tour d'entrée. » (Voyage autour du Caucase^ Du Bois de Montpéreux, tom. UI, pag. ÏSI.)
Vierge et trésor.
En Grimée, la veille de St. Jean, une vierge apparaît sur le sommet du fameux tumutus du mont (Por, attendant l'amant avec lequel elle partagera ses trésors. Sur la cime du Ghélinkaïa, elle apparaît aux passants, leur sert à boire. A Rugen, elle s'est réfugiée sur le Waschstein de Stubbenkammer, gros bloc erratique qui s'élève au-dessus du rivage ; à Pokroit en Lithuanie, elle se poste sur un petit tertre, au milieu d'une prairie baignée par le Kroi. • G'est la déesse lAgfto ou Lido des Lithuaniens, leur Vénus, révérée encore aujourd'hui dans leurs chants, et dont la fête se célèbre chaque année la veille de la St. Jean. Les femmes, en chantant, courent dans les bois, chercher des fleurs auxquelles elles attribuent de grandes vertus; les hommes allument de grands feux au milieu des champs, ou mettent le feu A une tonne de goudron suspendue à une haute perche et dansent autour avec des flambeaux : puis ils font des processions autour de leurs maisons et de leurs propriétés. »
MÉM. n DOCUM. XXT. i8