SUITE DE L'AGE DU FER
(Extrait d^nn lecond court.)
AYAOT-PROPOS.
Le cours qai précède traitait essBentieHement des oio- Duments des peuples barbares, depuis les temps les plus reculés jusqu'au I^ oa Vfi siècle avant l'ère chrétienne. Lamétliode suivie a été une simple ctassification, consis* tant à grouper les faits analogues. Après avoir détenntné l'ordre de succession de ces divers groupes, nous les avons examinés séparétaenl, dberchant à déduire iesoraclusions qui nous ont paru ressoitir néoessainemeni de l'observation des faits. La matière que nous nous proposons de traiter cette fois étant la suite de ces recherches, notre méthode sera la même. Nous aurons à étudier les débris qu'on retrouve cà et là en Europe, et qui y ont été déposés par les barbares durant un millier d'années environ. Au lieu de pouvoir, comme précédemment, suivre un développement harmonique de période en période, nous aurons à constater des individualités et des développements divers. La scène change ; de vastes contrées tombent sous la domination romaine. Des peuples nombreux sillonnent l'Europe. Le christianisme se répand; Rome succombe; un monde nouveau est en formation. Mais avant d'étudier
les débris qui se rattachent à ces divers moDieDts il De sera pas hors de propos de récapituler rapidement les résultats auxquels nous sommes parvenus. Ce résumé nous servira d'introduction.
Les peuples chez lesquels il n'y eut pas d'architecture proprement dite n'ont guère laissé de leur passage que des tombeaux et des monuments du culte, parfois gigantesques, le plus souvent informes. L'usage d'inhumer les morts avec leurs ornements , leurs armes et les instruments de leur profession permet de se faire une idée du degré de culture de ces anciennes sociétés. — Il est des tombeaux nombreux dans lesquels on ne retrouve que des instruments en pierre , sans trace de métal, d'autres qui renferment essentiellement des objets et des instruments en bronze, à l'exclusion du fer, d'autres enfin dans lesquels le fer est employé à divers usages. A ces trois classes répondent des modes de sépultures et des moments distincts dans le développement de la culture humaine.
Première période.
Ce fut dorant Tftge le plus reculé que la pierre tint lieu du métal, dont le travail était encore inconnu aux populations primitives. Ces peuples, allant à la découverte d'un monde inhabité , nomades ou changeant souvent de contrée, ne pouvaient explorer les mines, construire et entretenir des établissements qui demandent déjà toute une organisation sociale. La matière, qui se rencontrait sous la main, était façonnée pour les besoins les plus pressants. Cette condition devint loi pendant plusieurs siècles, et l'on est souvent surpris du parti qui fut tiré de moyens si restreints. Ces débris nous reportent à un âge anté-historique, difficile à déterminer par des chiffres, mais qui s'étend au moins de Tan 2000 à Tan 1200 avant l'ère chrétienne. Les instruments en pierre et en os , dont plusieurs sont parfois d'une époque très postérieure , ne caractérisent pas à eux seuls cette période reculée. Ils doivent être rapprochés du lieu de leur découverte, de ces tumuli élevés qui recouvrent les grandes salles sépulcrales; ils doivent accompagner ces sarcophages à peu près cubiques dans lesquels le mort reployé présente l'attitude de l'embryon. Ces constructions tumulaires, répandues dans le nord de l'Europe, sur les côtes de l'Océan et de la Baltique,
3S8 MONUMRNTS DE L* ANTIQUITE.
se dirigent aa-delà des Monts-Ourals , dans l'Asie du nord et vers la Mongolie. D'autres, plus rares, permettent cependant de reconstruire une voie, au midi de l'Europe, sur les bords de la Méditerranée, de la mer Adriatique, de l'Archipel et de la mer Noire. De là , elle traverse le Caucase^ et pénètre en Asie. L'existence de ces monuments est même constatée dans la direction du détroit de Behring et dans l'Amérique du Nord , tandis que les tronçons d'une autre voie reparaissent dans les Indes. L'absence de ce genre de tumuli dans le centre de l'Europe, la direction de ces diverses voies convergeant en Asie , nous reporte vers le berceau de l'humanité, d'où se détachent ces premières familles qui pénètrent en Europe le loug des grandes eaui, et dans le nord de l'Amérique par le détroit de Behring.
Dans les âges où Ton élevait ces immenses tumuli, souvent entourés de piliers bruts et surmontés de grands autels, les instruments en pierre déposés dans les tombes présentent des formes variées : ce sont des haches, des coins, des gouges, des ciseaux pareils à ceux des maçons on des charpentiers, des marteaux, des pointes de lance, de javelot et de flèche, des poignards , des couteaux, et môme des scies en silex, ainsi que des hameçons et des ancres de bateau. L'ambre, des coquillages et des dents d'animaux, percées d'un trou, servaient de colliers ou d'amulettes. Des vases d*argile grossière commencent à se recouvrir de quelques ornements. L'étude de ces pièces nous a fait voir qu'elles avaient été fabriquées par des procédés aussi simples qu'ingénieux. — Il résulte aussi des faits observés que ces peuples s'adonnaient entr'autres à la pèche et à. la chasse, sans qu'on puisse affirmer
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qu'ils aiient été entièrement étrangers à l'agriculture. Ils * ooAourent la navigation, du moins dans ses premiejrs éléments. Le; travail de Tos et de la pierre présente pa^fprs UQ &m surprenant. Ils surent déta4:ber des rocheBs dci$> blocs immenses» qu'ils ont souvent trafisportés i des di^ tances considérables. On est à se demander de nos jours par quel déploiement inconcevable de force et de dextérité ou est parvenu h soulever les blocs destinés au culte ou à la construction des salles sépulcrales. On retrouve déjà les premiers essais de l'art, exprimés par des pointillages, des rayures diverses, par l'incrustation et par la gravure sur pierre. L'imperfection du dessin n'en Bioutre pas moins une population chez laquelle la préoccupatioai de l'utile commence à faire place au sentiment du beau. Pkisieurs animaux, entre autres le cheval, le chien, le cot. chon et la poule étaient réduits à l'état de domesticité. La découverte des lieux de fabrique nous a révélé, non-^seu-^ lemeipt les moyens employés à la confection des instruments, mais encore l'établissement de professions. Avec, celles-ci l'échange devient nécessaire, et le commerce prftid naissance. L'existence de tombeaux de famille OO' de tribu ne peut provenir que de populations qui ont re^ noQfié à la vie nomade, peu propre à l'exercice de profes^^ sions et à l'établissement de lieux de fabrique. Les autels nous font voir qu'il était des dieux dout il fallait recher^ cher la faveur ou apaiser la colère par des offrandes ou des sacrifices, et la dépouille mortelle de l'homme, dépo-^ sée dans le sein de la mère universelle du genre humain, avec l'attitude de l'embryon, nous parait révéler la foi à vne vie à venir, et même à la résurrection des corps. Les constructions et les instruments de cette période
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reculée ont tons un aspect frappant de parenté. Il fant ce* pendant distinguer à cet égard les traits qui proviennent d'un emprunt à une source commune, de ceux qui , étant propres à l'enfance des sociétés, sont plus particulière* ment l'expression de l'unité de l'esprit humain.
Age de transition de la première à la seconde
période.
Nous avons dit qu'il est une classe de tombeaux d'après lesquels on voit que le bronze a été d'un usage général, même pour les instruments tranchants. Toutefois, l'introduction de ce métal n'a pu être instantanée. L'observation des faits, quoique très incomplète, indique un âge de tran* sition pendant lequel le métal apparaît çà et là, comme une rareté, au milieu d'instruments en pierre, tandis qu'un peu plus tard, c'est la pierre qui devient l'exception. Il dut en être ainsi. Le prix attaché à la matière nouvelle en fit tout d*abord la propriété du riche et du puissant. Elle servit aussi à perfectionner les instruments primitifs et à percer les haches d'un trou pour y introduire la hampe. La découverte de lourds marteaux en pierre dans des mines de cuivre de l'Autriche et de la Sibérie témoigne de la rareté du métal. Une fois qu'il fut généralement répandu, la pierre resta encore entre les mains du prêtre, comme matière sacrée, et pendant bien des siècles, le peuple lui accorda la valeur d'amulette. — En même temps que le métal, de nouveaux modes de sépulture sont introduits, et les tombeaux pénètrent déjà plus avant dans l'intérieur des terres.
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Seconde période.
L'introduction du métal en Europe parait avoir été plus ancienne dans le midi que dans le nord ; cependant il a dû être connu dans le nord plus d'un millier d'années avant rère chrétienne, et il s'est écoulé environ 800 ans avant que le fer ait été d'un usage général. La connaissance de rétain, du plomb , de l'or et de l'argent suivit de près celle du cuivre, bien que dans certaines contrées S l'argent ne paraisse guères qu'avec le fer. La conquête de ces nouvelles matières eut une puissante action sur le développement des sociétés durant cette période, ce dont on peut se faire une idée en examinant les débris qui sont arrivés jusqu'à nous. Les armes offensives sont des haches de formes variées, dont quelques-unes ont été des insignes de commandement, des épées, souvent d'un beau travail, munies de poignées courtes et ornées, des poignards de même genre, mais avec des lames plus longues et moins larges, et des pointes de lance, de javelot et de flèche, simples ou chargées de gravures. Les armes défensives sont plus rares, on a cependant retrouvé des brassards, un casque et des boucliers entièrement en bronze. Les loures ou cors gigantesques du Danemark complètent cet appareil guerrier. — D'entre les instruments domestiques, on possède entre autres des serpes, des faucilles, des couteaux, des scies, des ciseaux, des poinçons, des aiguilles, des perles à filer, des hameçons
* Entr'aatres le Mecklembourg, le Danemark et la Suède.
et des poids de filet. — Les ornements présentent ope grande variété de formes et de gravures : ce sont des diadèmes, des peignes, des épingles et des colliers, des bracelets, des bagues, des anneaux de jambe, des ceintures et des broches. Quelques parties d'étoffes et de cuir, restes de vêtement , ont été conservées, ainsi qu'un grand nombre de vases d'argile et d'urnes cinéraires. Les vasea du culte sont ordinairement en bronze et quelquefois en or. — Quelques passages d'auteurs anciens et la décou* verte de mines anciennement exploitées, daos lesquelles se trouvaient des instruments de cette période, montrent que le métal fut déjà exploité alors dans les Ues de Chypre etd'Eubée, en Espagne, dans les Gaules, dans la Grande- Bretagne, chez les Germains et les Scandinaves, et môme en Sibérie. Dans plusieurs lieux des fouilles out révélé l'existence de fonderies dont l'antiquité est constatée par la présence et la nature de divers objets ébauchés ou pris en partie dans les moules. L'art du mouleur précéda celui du forgeron, cependant on connut fort aEciennemeat l'enclume, le laminoir, la tréfllerie, le bosselage, la gravure et l'incrustation sur métal. La trempe et l'alliage donné* rent au cuivre le tranchant et l'élasticité de l'acier. An moyen de l'analyse chimique on est arrivé à des résultats intéressants en déterminant les proportions suiviea dans l'alliage et en constatant que l'emploi du zinc est beaucoup moins ancien que celui de l'étain.
Les tombeaux qui renferment ces divers objets diffèrent sensiblement des grandes salles sépulcrales et des tumali élevés de l'&ge primitif. L'attitude de l'embryon disparaît; les corps, étendus sur le dos , reposent dans un cercueil en dalles brutes, ou simplement sur un pavé, ou môme en
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terre libre. Le plas souvent le mort a été brûlé. L'urne, qni renferme les cendres, contient aussi des débris d'or* Déments et des armes brisées. Les vases sont quelquefois déposés dans une niche, d'autres fois entourés de cailloux roulés et parfois placés dans la terre sans aucun entoo* rage. Les collines qui recouvrent ces sépultures sont généralement moins grandes que dans la période précédente * : elles ne portent plus, ni autels, ni couronnes de piliers*. Dans quelques contrées, les tombes sont déjà déposées par alignement dans la terre, sans qu'aucua ornement à l'intérieur du sol indique leur existence.
La statistique des divers modes de sépulture nous reporte en Orient, comme à leur point de départ ; de là ils se répandent en Europe et pénètrent dans la plupart des pays. Quand on les rapproche de ce que l'inhumation fat primitivement, et si l'on tient compte qu'à leur origine ils provenaient de croyances diverses et de peuples divers, on ne peut douter qu'une grande révolution ne se soit accomplie et que d'autres populations n'aient fait invasion. Une lutte violente s'est engagée. Les habitants primitifs, vainqueurs sur quelques points, ont été vaincus sur les autres, soumis ou refoulés dans l'intérieur des terres. Une fusion s'est opérée sous une influence nouvelle. D'entre ces populations qui nous apparaissent comme un tout homogène, plusieurs se sont formées d'éléments différents, qui s'harmonisent en se développant, mais non sans con--^ server quelques caractères de leur diversité d'origine.
* 11 faut excepter le Mecklembourg, où les collines du premier ftge sont ordinairement moins élevées que celles de l'âge du bronze.
* Cette affirmation ne doit pas être trop absolue. Je ne me remets pas d'exemple d'autels et de couronnes, mais bien de cercles de piliers à la base, ce qui se reproduit quelquefois encore après l'introduction du fer.
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On voit les connaissances hamaines s'agrandir et se multiplier durant cette période. L'exploitation des mines et le travail des métaux acquièrent un développement qui entraîne avec lui toute une organisation sociale. L'art du potier se perfectionne, ceux du tisserand, du teinturier et du tanneur se retrouvent partout. La braie et le sagum aux carreaux éclatants, vêtements des anciens Gaulois, sont aussi propres à d'autres peuples. Le sol est livré à la culture, on possède la berse , des cbarrues de formes variées, des cbariots à quatre roues. Le blé, le milliet et le lin sont cultivés, ainsi que Tolivier , le citronnier et le figuier dans les contrées les mieux exposées. Le midi des Gaules connaît déjà la vigne 5 à 6 siècles avant notre ère, et le vin est resserré dans des tonneaux en bois, pareils à ceux dont nous nous servons de nos jours. Les blés et les troupeaux d'animaux domestiques deviennent un article important de commerce entre la Gaule et l'Italie, de même que l'étain et l'ambre, dans la Grande-Bretagne et sur les bords de la Baltique. Des vaisseaux à doubles rangs de rameurs ou conduits par des voiles de cuir ou d'étoffe de lin sillonnent les mers du Nord'. Le grand cor excite les guerriers aux combats et la lyre des bardes et des scaldes célèbre les hauts faits. L'art, encore imparfait, s'exprime par un goût excessif de la parure, des couleurs éclatantes et des ornements de détail, sans savoir s'élever à la pareté des contours, à la simplicité du fond et à l'imitation de la nature animée*.
* La constructioQ de bfttimenU qui portaient jusqu'à quarante rameurs ne peut provenir que d'une industrie avancée.
' Il faut en excepter les représentations informes des monnaies celtiques et la rare gravure de quelques tètes de dragons.
Un fait remarquable est l'identité des formes dans les contrées les plus diverses. On a vu là l'extension de Tindustrie du midi répandant ses produits jusqu'au nord, mais un examen attentif nous conduit à chercher de nouveau en Orient l'idée première qui préside à ce grand développement. L'ensemble de ces monuments nous frappe davantage par de nombreux traits d'analogie que par les caractères distinctifs d'un peuple à un autre peuple. On a tracé de profondes lignes de démarcation qui s*effacent peu à peu devant une étude générale, aussi ne sera-ce qu'après avoir beaucoup recueilli et comparé qu'on parviendra à saisir des traits caractéristiques, que nous ne croyons pas encore suffisamment déterminés.
Arrivés au terme de cette période, nous nous sommes bornés à tracer une esquisse rapide de la période suivante, sur laquelle nous avons à revenir maintenant; mais afin de compléter ce tableau quelques moments ont été consacrés aux monuments du culte ' . Des découvertes récentes, dans le pays, se rattachant à ce sujet, il ne sera pas hors de propos de résumer aussi fort brièvement ce que nous avons dit à cet égard.
Monuments du culte.
Les Barbares n'élevèrent pas de temples proprement dits. Ils adoraient leurs divinités dans des lieux consacrés
* La place la plus naturelle pour la tractation de ce sujet serait à la suite de la troisième période, c'est-à-dire après l'étude des mooumenis tumulairet.
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dont l'enceiDte était seulement déterminée par des blocs de grandeurs diverses. Les cérémonies du culte se pratiquaient aussi sur les lieux hauts, auprès des eaux courantes et dans les forêts de chêne; le plus souvent pendant la nuit, de préférence à la clarté du jour. La connaissance des présages constituait à elle seule toute une étude. Si les auteurs anciens ne nous ont laissé que des renseignements très incomplets sur ces croyances, nous en retrouvons des traces nombreuses dans les traditions populaires et dans ces superstitions de tout genre qui ont encore cours au milieu de nous. Un grand nombre de contrées conservent aussi des blocs informes, objets d'une ancienne vénération, dont nous avons eu à retracer tes genres principaux.
La plus ancienne représentation des dieux de la Grèce consistait en des pierres brutes affectant la forme carrée ou conique ; plus tard la partie supérieure de ces blocs représenta une tête humaine, et ils reçurent le nom d'Hermès : tels étaient les dieux Termes des Romainss dans les fêles qui leur étaient consacrées on les oignait d'huile et on les couronnait de guirlande de fleurs. Ces piliers bruts et sans tête, appelés en France Men-hirs, se retrouvent en Asie et dans la plupart des pays de l'Europe, où l'on a encore dans quelques localités l'habitude de les oindre d'huile et de les couronner de fleurs. En Espagne les premiers chrétiens les désignaient comme les pierres de Mercure. €faez les anciens Germains ils portaient le noËi de colonnes d^Hermès et chez les Scandinaves, celui de colonnes de Thor ; on les appelle eacore de nos jours, pierres des oracles et pierres du soleil ; la hauteur de ces monolithes est en moyenne de 8 à 10 pieds; les plus
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considérables que l'on coMaisse mesurent 50 et 63 pieds d'élévaftiOD.
Bien pIfA rares sont les pierres mouvantes, blocs gigantes([oes do poids de 9 à 12 000 quintaux placés en équilibre sur un piédestal terminé en pointe, de manière que la plus légère impulsion les fait vaciller, tandis qu'ils ne pourraient être déplacés sans un grand déploiement de force. On tirait autrefois dififérents présages de Toscillation de ces pierres. Au coup de minuit, elles font encore un tour sur elles-mêmes, et des esprits malins s'amusent souvent à les mettre en mouvement. On montre dans le canton plus d'un bloc de granit, qui, sans être déposé de la même manière, reçoit les mêmes impulsions.
Il reste encore un grand nombre à*autels des peuples barbares isolés dans les plaines et sur les hauteurs ou réunis à d'autres monuments. Plusieurs sont de simples blocs de granit dont on reconnaît la destination par les rainures, les creux circulaires et certains signes taillés sur la pierre. Au-dessous on trouve parfois des haches et d^autres instruments en pierre et en bronze qui paraissent avoir appartenu au culte. Il n'est pas toujours facile de distinguer ceux sur lesquels on ne faisait que déposer les offrandes de ceux qui étaient destinés aux sacrifices sanglants. Quelquefois la table de l'autel, peu élevée au-desstxs du sol, repose sur trois supports disposés à angle droit; d'autres fois, ces supports sont assez hauts pour former une espèce de cellule, ce qui leur a fait donner le nom d'autels-grottes. Les Français les appellent dolmens lorsque la table estbori2:ontale, el demi^dolmens quand elle est inclinée de manière que l'une des extrémités repose sur le sol. On désigne aussi par les noms de dolmens, lécavènes
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OU trilithes, deux piliers, parfois très élevés^ surmontés d'une dalle en forme d'architrave. La réunion de plusieurs de ces monuments, rapprochés les uns des autres sur la même ligne» forme \es autels prolongés de rAllemagne, appelés en France allées couvertes. Cette variété de constructions tient sans doute à la diversité des dieux, des sacrifices et des offrandes. C'est ainsi que chez les Grecs, les autels des dieux du ciel étaient plus élevés que ceux des dieux de la terre, tandis que pour les divinités infernales on creusait souvent des fosses dans le sol. Les dénominations populaires rattachées aux traditions jettent parfois quelque jour à cet égard. Le peuple donne en plus d'un lieu à ces autels les noms de pierres des druides, des fées ou des elfes, pierres d'épreuves, pierres de chAii" ment ou pierres de la fiancée. Après l'introduction du christianisme, ils reçurent ceux de pierres du mensonge ou pierres du diable.
Les premiers conciles condamnent sévèrement les cérémonies qui se pratiquaient encore pendant la nuit auprès de ces autels ; ils ne nient point l'existence des faux dieux qu'on y adorait, mais ils en font des dieux mauvais, des dieux vaincus, qui ne pouvaient résister au vrai Dieu. Il n'est pas sans intérêt de retrouver ces idées exprimées par quelques épopées chevaleresques du moyen âge.
Si la sculpture proprement dite ou la représentation de figures humaines paraît très rarement sur les monuments du culte, c'est que le développement de cet art a dû être arrêté par des idées religieuses. L'un de ces blocs exceptionnels est la pierre aux dames de Genève , qui représente, en demi bosse, les figures de quatre femmes, dont les proportions, l'attitude, et le vêtement offrent un rap-
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port sarprenant a^ec les baba da midi de la Russie et du oord de l'Asie. On peut encore citer comme essai de Tartda statuaire chez les Barbares, la statue de femme, de grandeur plus que naturelle, découverte dans le Wurtemberg. En France, on voit sur quelques blocs, des moulures, des croissants et des encadrements divers. Ed Angleterre, des rochers ont été taillés en forme de bassins, de vases gigantesques et de sièges. Quant à la sculpture Scandinave on ne peut mentionnner que les images de vaisseaux gravées sur les rochers. Les figures fantastiques qui recouvrent plusieurs pierres tumulaires sont accompagnées d'inscriptions runiques qui datent d'une époque postérieure à celle qui nous occupe.
Les divers monuments dont nous venons de parler sont des blocs de formes et de destinations diverses isolés ou groupés sans ordre. Un grand nombre de blocs pareils sont déposés ou dressés sur le sol à peu de distance les ans des autres, de manière à entourer un espace déterminé, et à figurer des cercles, des ellipses, des carrés, des triangles et des alignements droits ou sinueux. Un autel et un grand men-hir occupent souvent le centre ou les extrémités de ces figures appelées Cromlechs en FraLceet lits des Huns en Allemagne. La ville de Phares, en Achaie, possédait un de ces arrangements ; chaque pierre portait le nom d'un dieu et recevait les honneurs divins. Auprès de Tautel était un Hermès dont on obtenait des révélations au moyen de certaines offrandes, et en allumant des lampes sur la table. Non seulement on retrouve chez les Barbares le même arrangement de blocs, mais la tradition leur donne des dénominations qui rendent ces rapports encore plus frappants. Ce sont les cercles druidi*
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ques, les temples des druides, les jardins, les dames ou les noces des fées. Dans quelques contrées, le peuple exécute encore ses rondes alentour ; ailleurs ce sont les^ es^ prits malfaisants qui y tiennent la riola ou la cbette, pré* sidée par le grand bouc ; pendant la nuit des bruits mystérieux ou des apparitions témoignent de la présence des êtres surnaturels auxquels étaient consacrés ces monuments.
On se fait difficilement une idée du nombre et de la grandeur des matériaux employés. Lorsque les alignements de Carnac étaient complets on y comptait environ 10000 piliers.
La France occidentale, l'Angleterre, le nord de TÂlIemagne et la Suède possèdent un grand nombre de ces enceintes. On les retrouve aussi dans le midi de l'Europe, dans le nord de TAsie, dans les Indes, dans le Bengale, même dans le Brésil.
Un genre de construction qu'on croit généralement propre à la Grèce et à l'Italie porte le nom de murs cyclopéens. La Sardaigneet les fies Baléares possèdent de ces constructions ainsi que plusieurs contrées au nord des Alpes. En Angleterre, en Irlande et en Ecosse ces murs entourent des espaces plus ou moins grands, ronds ou carrés. Sur les bords du Rhin ils portent le nom de murs ou château des païens. Du centre de l'Allemagne ils passent en Bohème et en Moravie. En Suède ils affectent des formes particulières, tandis que dans les provinces russes de la Baltique ils ressemblent à ceux de l'Allemagne. A l'intérieur, la présence d'autels et de men-hirs indique leur destination religieuse, et la découverte d'urnes cinéraires semble les faire remonter à la seconde période.
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Ud antre genre de murs ou de constractions des temps païens consiste en des levées de terre, bantes de 10 à 100 pieds, et de forme circalaire, ovale, carrée ou trian* golaire. L'espace circonscrit est généralement plus élevé que le sol environnant et présente, quand on le fouille, une couche épaisse de cendres et de charbons, auxquels sont mêlés des débris d'ossements, de poterie et d'instruments divers en fer ou en bronze. Ces constructions occupent également les lieux élevés et les marécages. Particulièrement nombreux en Russie, les chants populaires les célèbrent comme des lieux sacrés destinés au culte. En Litbnanie, ce sont de préférence de grandes collines artificielles terminées en terrasse, comme un cône tronqué, et présentant aussi à leur sommet des traces de feu et de sacrifices. On les retrouve en Allemagne dans toutes les contrées habitées par les Wendes. Le manque de fouilles, en France et en Angleterre, ne permet pas de dire au juste si ces espèces de retranchements ont été consacrés au culte ou à la défense en temps de guerre.
Les monuments du coite présentent de grands rapports dans l'Europe barbare, mais si nous avons retrouvé dans la plupart des pays des autels et des men-hirs de même genre, les enceintes sacrées présentent cependant des variétés de constructions propres h certaines contrées. Nous voulons parler des cromlecks ou arrangements de blocs, des mors cyclopéens et des retranchements en terre. Les premiers sont surtout répandus dans les contrées habitées le plus anciennement. Du nord de l'Asie, nous les voyons pénétrer en Europe le long des grandes eaux avec les familles primitives ; on les retrouve aussi dans les Indes, et même dans le nord et le midi de l'Amérique, sur les bords
372 MONUMENTS DE t'ikNTIQUlTfc.
de l'Obio, et dans le Brésil. — D'antre part, les murs des païens se groupent davantage dans l'intérieur des terres, auprès des tumuli appartenant à l'âge de l'ustion. Au nord des Alpes, ils nous paraissent appartenir à la seconde grande invasion d'orient en occident, bien qu'ils renferment encore l'autel en pierre et le men-hir. Enfin, les enceintes en terre, propres surtout au nord de l'Asie, à la Russie et à l'Allemagne, datent de la troisième période, et ne se rattachent plus au culte des piliers bruts ou des Hermès, comme cela avait lieu aux âges précédents.
Découvertes faites en 1849 dans le canton
de Vaud.
Nous aurions maintenant à parler de quelques monuments du culte découverts récemment dans le canton de Vaud et qui répondent à un ensemble de monuments dont la reproduction en Suisse est propre à jeter quelque jour sur le passé obscur de l'ancienne Helvétie.
Au pied du Jura, entre les communes de Mont-^la-Ville et de Lapraz, le bois des Queues descend de la montagne sur un terrain livré à la culture. Ce bois, ainsi que les forêts voisines, contient plusieurs blocs erratiques, dont quelques-uns sont d'une grandeur étonnante, ce qui n'empêche pas l'un d'entre eux de faire un tour sur lui-même au coup de minuit. Le plus remarquable est cependant bien loin d'avoir ces dimensions colossales qui attirent les regards du passant. Long de 10 '/t pieds sur 4 à 5 de largeur, il présente une surface en triangle
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allongé , à peu près isocèle , dont le sommet ne s'élève qu'à an pied et demi aa-dessas do sol, tandis qae la base da triangle est presque à fleur de terre. Le bloc est exactement orienté du levant au couchant ' , et ses côtés descendent verticalement dans le sol. Les habitants de la contrée l'appellent la pierre des Ecœlles parce qu'elle porte sur sa surface des bassins taillés dans le granit. Ces bassins sont an nombre de 25. Deux sont ovales, et les 23 antres ont la forme d'une demi sphère concave. Le plus grand mesure 9 pouces de diamètre sur 4 '/• de profondeur et les plus petits ont à peine 3 pouces d'ouverture ; quelques rainures peu nettes courent en sens divers et aucun ordre apparent n'a présidé à la disposition des bassins. — Un examen attentif ne permet en aucune manière de voir là des accidents produits par la nature. D'autre part , la dureté du granit et la régularité des contours ont exigé une main ferme et exercée ; mais dans quel but a-t-on pu creuser ces curieuses entailles ? Faites dans les temps modernes , elles seraient un jeu dont on ne pourrait comprendre la raison' ; pratiquées dans l'antiquité, elles s'expliquent facilement. Nous trouvons en eflet cette explication en rapprochant ce bloc des blocs analogues conservés dans l'occident de la France et dans les pays du nord, où l'on voit des pierres de dimensions très diverses, couvertes des mêmes bassins et des mêmes rainures, isolées
* L'orientation peut être naturelle.
* Une mousse épaisse recouvrait plusieurs bassins, ce qui reculerait déjà asseï loin ce travail pour ne pouvoir supposer Tœuvre d'un plaisant. Le dernier dessin que j'ai pris indique plusieurs rigoles qui m'avaient échappé la première fois.
374 MONUMENTS DB l'aNTI9UIT&.
on Dlacées aa centre des cercles drnidiques. L'agricnlteur et Tantiqnaire y reconnaissaient les autels do culte paien. Beaucoup d'opinions ont été émises sur la destination de ces petits bassins ; celle à laquelle nous donnons la préférence nous a été suggérée par les superstitions qui se pratiquent encore de nos jours en Suéde, dans la province de Westmanie. Prés de Linde, est la pierre des Elfes, objet d'un culte superstitieux. Quelqu'enfant devient-il malade, les parents vont pendant la nuit auprès de Tautel et, afin de se rendre favorables les Elfes, protecteurs de la famille, ils remplissent l'un des bassins d'une substance grasse au milieu de laquelle ils placent une petite poupée informe, image de l'enfant malade ; parfois, ils allument aussi, dans le même but, une lumière sur l'autel '.Ces traits sont d'une grande analogie avec les cérémonies qui se prati* tiquaient sur l'autel de Pbares, en Acbaïe, et nous ne pouvous douter que ces usages n'aient été répandus dans la plupart des pays de l'ancienne Europe quand nous lisons dans les canons des conciles du IV^au IX<^ siècle les anathèmes prononcés contre les adoratedrs des pierres, accusés de déposer pendant la nuit des ei-voto sur certains blocs, dans certaines forêts, d'y allumer des cierges, d'y invoquer des esprits malfaisants et d'y pratiquer les cérémonies de l'ancien culte. Peu à peu, ces cierges et ces exvoto furent admis sur des autels chrétiens. On retrouve encore dans le Wurtemberg, et plus particulièrement dans la Bavière, des images informes de vaches et de chevaux'
< Voir dans Encffelop, le mot Bougie.
■ Et de petits hommes en fer du traYail le plus grossier ; on prétend qu'ils y ont été déposés du quatortiéme au aeiiième siècle.
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qui ODt été déposées dans l'intérieur des temples, afin d'obtenir la santé du bétail malade. Ainsi se perpétuent à travers les siècles les pratiques du culte qu'on rendait aux faux dieux. La survivance de ces anciens usages et l'analogie des blocs auxquels ils se rapportent suffisent pour indiquer la destination de la pierre aiix écuéUes de Hont-la-Ville'.
Sur le sol fortement ondulé qu'occupe la commune de Burtigny, s'élève, au nord*est de ce village, la haute colline de Prévond d'Avaud que couronne le bois des Taiies. Les vieillards de la localité se souviennent d'avoir vu à la place de ce jeune bois de sapins un pâturage couvert de blocs de granit. La plupart de ceux-ci existent encore, mais parfois ils se cachent dans des fourrés qui en rendent l'abord difficile. Tel est le cas de la Pierre Féboux , bloc erratique qui mesure 4 7t pi^ds de hauteur sur 39 de pourtour. Sa surface affecte la forme d'un heptagone irrégulier, don( les côtés descendent en plans inclinés qui avancent sur le sol ou rentrent sous la pierre. Ce bloc ne porte pas moins de 104 bassins circulaires ou ovales, et groupés sans aucun ordre ; les plus grands ne mesurent que 5 pouces de diamètre à leur ouverture ; quelquefois, deux bassins sont unis l'un à l'autre par une rainure en ligne droite, d'autrefois, les rainures descendent en ondulant sur les côtés du bloc. On le voit, la Pierre Féboux appartient encore à la classe des autels dont nous venons de
* Koyai^e autour du Caucase, lom. IV, pag. 79. Du Bois de Montpéreux parie d'un temple dan» la province de Karak»akh, à Torient de l'Arniénie, dont l'intérieur était paré d'offrandes, sous forme de bœufs ou de chevaux en terre cuite chargés de lampes ou candélabres de la même matière» tous travaillés par un ouvrier du pays.
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parler. Non loin de là, uoe pierre, longue de 5 */■ pieds sor 3 7t de largeur, est arrondie en arc de cercle dans sa partie supérieure ; le long de cet arc sont taillés 7 bassins de grandeur pareille, déposés sur la même ligne à des distances égales. — Une autre pierre, à peu de distance de la forêt porte aussi 7 petits creux disposés de la même manière. — Il n'est pas sans intérêt de retrouver cette même disposition , au nord de l'Allemagne , sur un autel do Brandenbourg S Enfin, à l'entrée du bois desTattes, est un bloc colossal, qui mesure 70 pieds de tour sur lOVt de hauteur. On l'appelle la Pierre à Roland; elle est le rendez-vous des jeunes bergers, qui aiment à danser sur sa plateforme inclinée. Un autre bloc, un peu moins grand, n'est éloigné du précédent que de 47 pieds. La tradition raconte que Goliath, étant sur la Dôle, s'amusait à jouer au palet. Il jetie une pierre pour but qui va tomber à 4 lieues de distance sur le Prévond-^ d'Avaud; le second bloc, le plus grand, qu'il lance d'une main ferme, dépasse le but ; irrité de l'avoir manqué, Goliath arrive en quelques pas, et de sa bonne lame, partage en deux pièces le gigantesque palet. L'agriculteur du voisinage montre en effet une fissure verticale de 7 pouces de large, qui divise le bloc en deux parts ; il fait observer avec soin que ces deux fragments ne peuvent appartenir qu'à la même pierre, et il ne conçoit pas qu'une autre force que celle d'un géant ait pu opérer cette rupture, mais il n'explique pas comment il arrive que le palet de Go-
* Pierre de Klempin^ avec dix entailles, carré long, Beekmann, T. III, pag. 363. Des autels pareils existent en Mecklembourg. Pierres de BoUin^ l'une avec 7 entailles en ligne droite, une autre avec IS, aussi en ligne droite, Lisch, planche XXX VII.
lîath s'appelle la pierre à Roland'; il montre en outre l'empreinie do ponce de Goliath , empreinte indiquée par une ouverture si petite qu'elle fait honneur à la main du géant. Un géologue verrait sans doute dans cette rupture du bloc le témoignage d'une chute violente, déterminée par le travail d'un glacier ; l'antiquaire y cherche moins le travail de la nature que celui de la main de l'homme, qui a aussi laissé ses traces sur la pierre à Roland. On y voit en effet les restes d'un grand bassin circulaire de 17 pieds de diamètre sur 3 pieds de profondeur ; on y distingue encore les empreintes un peu effacées d'un pied humain et de pieds de chevaux. Ce bloc porte ainsi les caractères de ces pierres d'épreuve sur lesquelles on faisait monter les accusés ; l'innocent passait impunément, mais, d'après la tradition, le coupable y laissait Tempreinte de ses pas, et, convaincu de crime , il ne tardait pas à en subir le châtiment*.
Ces monuments du culte, pareils à ceux du Nord jusque dans les plus petits détails, révèlent une foi qui devait avoir beaucoup de points communs. Leur situation indique l'existence d'une population répandue dans le pays jusqu'au pied du Jura, et cependant ces blocs étaient utilisés comme des autels, non-seulement avant l'introduc-
* En Allemagne les statues et colonnes de Roland président i la justice. Chaque année on exécutait devant elles une danse publique. Voir làdecsus Wagener, Deutsch AlUrthiim; S. 668, mot Roland. La pierre d'épreuve de Burtigny, portant le nom de Pierre-à-Roland, indiquerait ainsi la pierre du jugement. Les danses des enfants sur ce bloc serait-elle le souvenir d'un usage plus ancien ?
* Ainsi à Riigen, Suède, blocs avec bassins et quatre pieds humains. Monum. du Bohëst&n, Gôthiska Monumenta^ pi. VI, flg. 2. Id. Sjoborg, tom. II, pi. 44, flg. S8. — Mecklembourg.
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lion da christianisme , mais encore avant la domination romaine en Heivétie. On peat se représenter à bette époque le pays coavert de forêts et de marécages nombreux ; les demeures circulaires, cbétives, construites de claies, d'argile et de chaume; répandues ou groupéesdans les campagnes et sur les bords du lac elles n'étaient point alignées à la manière de nos villes ; la richesse des habitants consistait en esclaves et en troupeaux, .ils mettaient leur orgueil dans leurs armes, dans leurs ornements el dans la force de leurs bras. Les autels de cet ft^e reculé rappellent les cérémonies nocturnes du culte > les offrandes» les lumières allumées dans robscurilé des bois et les épreuves entourées de mystère ; d'autres découvertes vont nous ré vêler les sacriflces et les sanctuaires des prêtres.
A l'extrémité du plateau du Châtelard, qui s'étend au couchant de Chavanne<i sur le Yeyron^ s'élève une colline ou mamelon en forme de cône tronqué, haute de 23 pieds sur 114 de diamètre à sa base. Ce monticule est posé sur le bord d'un précipice, au fond duquel le Veyron roule ses eaux dans un lit accidenté et resserré par de hautes parois degrés molasse. Du côté du plateau» deux fossés, profonds chacun d'environ 10 pieds, cei:gnaient la base de la colline en arc de cercle, dont les extrémités restaient ouvertes sur le ravin. Le propriétaire du sol vient de combler en partie ces fossés avec divers débris enlevés à la colline , et la tranchée , opérée à cet effet , a permis de constater la curieuse construction de ce monticule. A la base est une couche étendue de cendres et de charbons, épaisse d'environ un pied, sur laquelle repose un lit de cailloux roulés et de la terre argileuse. Au-dessus viennent de nouvelles couches de cendres et de charbons.
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de pierres et de terre, qui se succèdent ainsi alternativement jusqu'au sommet de la colline, dont la dernière cou che de terre a environ 3 pieds d'épaisseur. Les couches sont interrompues çà et là par des excavations ou des vides d'autant plus surprenants que la terre qui en forme les parois n'est soutenue par aucun corps solide; il faut sans doute qu'upe matière décomposable ait permis la formation de ces cavités, qu'il est du reste difficile d'expliquer d'une manière satisfaisante. Cette construction par couches successives diffère déjà de celle des tumuli dans lesquels on retrouve l'usage de l'ustion, mais la différence du contenu est encore plus prononcée : De nombreux débris d'ossements et d'objets divers sont mêlés aux couches de cendres et de charbons ; d'entre les ossements, les uns sont à moitié carbonisés, les autres, sans marque de feu, ont été plus ou moins concassés, et portent parfois des entailles, évidemment faites avec des instruments tranchants, tous ont été dispersés de telle sorte qu'il ne reste nulle part l'assemblage d'aucun squelette; ce sont de nombreux restes du cheval, de la vache et du cochon ; un os d'oiseau bien conservé, parait être Vhumerus d'un faucon, d'autres ossements, non encore suffisamment déterminés, paraissent appartenir à des animaux sauvages ; mais un fait dont il faut prendre note , est l'absence totale d'ossements humains. On a découvert en outre des fragments de verre et de poterie grossière , une masse de fer carrée , du poids de 8 Vf lî^-S ^^ ciseau en fer, des fers de flèches ou de traits, dont la pointe est en carreau allongé, un éperon
* Ce fer a été forgé et employé à la fabrication d'une pioche à deux bouts, qui s'est bientôt cassée ; le grain en est grossier.
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sans molette muni d'une longue pointe terminée par 4 pans, un mors de cheval ou grand bridon , formé de 4 branches ou barres unies par des anneaux S et un fragment de coquillage marin. Cet assemblage d'objets divers et d'ossements d'animaux , sans traces de sépultures ou d'urnes cinéraires . ne permet pas de voir un tumulus dans le monticule artificiel de Chavannes et reporte notre attention sur les sacrifices et les cérémonies qui les accompagnent. Mais avant d'entrer dans ce point de vue, nous devons rechercher si l'antiquité présente des faits analogues qui puissent jeter quelque jour sur la découverte qai nous occupe.
Pausanias ' dit qu'un autel de Jupiter Olympien était formé des cendres des victimes brûlées en l'honneur do dieu et qu'il s'élevait à la hauteur de 22 pieds. Apolloo possédait un autel pareil à Thèbes, ainsi que Junon à Samos. Il est à regretter qu'on n*ait pas de description plus détaillée de ces monuments, cependant il est certain que ces cendres ne purent être amoncelées à la hauteur de 22 pieds qu'à la suite de nombreux sacrifices, et il est permis de douter qu'elles aient été complètement séparées des charbons et des cendres du bûcher. Quoiqu'il en soit, nous voyons ici des autels en forme de monticule s'élever graduellement par des sacrifices successifs, et l'on envisage ces constructions comme étant antérieures à la migration des Doriens dans le Péloponèse ', migration fixée à l'an 1190 avant notre ère. Ce genre d'autels, tout à fait étranger aux beaux temps^ de la Grèce , ne se retrouve
* La partie du mors qui entre dans la bouche du cheval est une torsade.
* Liv. V, cbap. 18.
* Lettre du prof. Àm. Studer, du 14 septembre 1849.
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Dolle part chez les Romains. Ed revaDcbe» noas avons vu que les contrées , occupées par les Slaves, conservent de nombreuses enceintes consistant en levées de terre, à Tintérieur desquelles le sol est exhaussé par d'épaisses couches de cendres et de charbons, débris de nombreux sacrifices; et il existe encore dans les cercles de Rakonitz* et Bunziau, en Bohême, des monticules artificiels, dont la terre est mêlée de cendres, d'ossements et de fragments de poterie, de même qu'à Chavannes. Dans les provinces russes de la Baltique, sont aussi plusieurs collines, parfois très élevées, qui ont laissé le souvenir d'une destination sacrée et qui portent des traces de feu sur leur sommet. Il est à regretter que le manque de fouilles ne permette pas de juger de leur construction intérieure. — Près de Schochwitz, dans la contrée arrosée par la Saaie, une colline ne renfermait que des ossements d'animaux, et dans les environs de Bayreuth*, deux monticules de 16 pieds de haut recouvraient chacun une couche de terre brûlée de 8 pieds d'épaisseur sans traces d'ossements humains. Ce qui distingue surtout ces collines des tumuli , c'est l'absence de sépulture. Les sacrifices à la mémoire des morts étaient parfois extrêmement sanglants, et nous aurons à en citer un exemple frappant emprunté à l'Irlande, mais là où il n'existe pas de traces de tombeaux, on est obligé de reconnaître que c'étaient des lieux destinés aux sacrifices en l'honneur des divinités'.
* Frès de Teirowitz.
* Referstein, KelL AUt.^ Seit. 165.
* Saerifieeê Homériquei. •— Odyssée^ chant III, Nestor sacrifie à Neptune. — m, 480, et offire une génÎHe aux cornes dorées à Minerve.
Ody»., fin du chant X. Quand Cireé envoie Ulyiee consulter rime de Tire-
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Poar rechercher la maDière dont se célébraient ces sacrifices sur les bords do Veyron, il n*y a qu'à se rendre compte des faits observés. Une enceinte circulaire tracée sur le bord do précipice était entourée d'un double rang de fosséa destinés à marquer les limites et sans doute aussi à écarter la foule. Sur Taire consacrée, s'élevait le bûcher, ce dont on peut se convaincre par l'action du feu sur la terre rougie. Les os à demi* brûlés et ceux qui ne portent pas de trace de feu rappellent l'usage de réserver une partie de la victime pour le repas sacré, tandis que le reste était livré aux flammes. Les entailles faites sur les os avec des instruments tranchants témoignent , soit de l'immolation, soit du morcellement des victimes De nouvelles fouilles nous permettront de compléter la liste des animaux offerts en sacrifice. Nous avons déjà indiqué les principaux animaux domestiques et le faucon, cher aux chasseurs. A la mort des anciens héros du nord de la Germanie on les représentait déjà s'avançant vers un autre monde avec un faucon dans la main gauche et tous les insignes de la puissance. — L'offrande s'unissait au sacrifice. On sait qu'on jetait dans des lacs mystérieux consacrés aux divinités, des trésors, des armes et divers objets auxquels on attachait du prix ; dans les cérémonies funèbres on accompagnait aussi le défunt de tout ce qui lui avait été le plus cher, et ici, nous retrouvons les mêmes dons offerts aux dieux ; l'artisan consacre les instruments de sa profession , le guerrier ses armes et son cheval, de
sias, elle lui dit : • Là, creuseï une fosse d'une coudée en carré. Verset dans cette fosse pour tous les morts trois sortes d'effusion ; la première de lait et de miel, la seconde de vin pur et la troisième d'eau où vous aurex détrempé de la farine, etc. — Otfys. XIV, 418, sacriflce d'Eumée pour le retour d'Ulysse.
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même qoa le ehaeerar son feoran. — Ajonloos » en pee^ saot , que le mors de cheval découvert permet de eonclore d'après ses dimensions à Tintroduction dans le pays d'une race de taille élevée , ce que d'autres découvertes ont du reste déjà constaté'. D'entre ces débris, le fragment de coquillage marin ; que nous n'avons pu encore faire déterminer, acquerra de la valeur s'il appartient à l'une de ces espèces propres seulement à certains parages. Dans ce cas , il pourrait révéler le point de départ d'une tribu ou tout au moins la direction de relations commerciales. — Après ces sacrifices et ces offrandes, après le repas et l'extinction du bûcher, tout ce qui n'avait pas été consumé était répandu sur l'aire consacrée avec les cendres et les charbons, ensuite une couche de pierres et de terre déposée au-dessus empêchait que ce qui avait été offert aux dieux ne fût profané ou dispersé. — Ainsi se forma la base de la colline ; puis de nouveaux sacrifices et de nouvelles couches, rélevèrent peu à peu jusqu'à la hauteur de 22 pieds. Si ce tableau est encore trop chargé d'ombres, nous laissons à Timagination le soin de représenter tout un peuple accouru à. ces fêtes, et se pressant autour de l'enceinte occupée par les prêtres et les victimes. Les lustrations, les prières aux dieux, l'immolation, les révélations sur l'avenir par l'étude des entrailles , la flamme du bûcher s'élevant dans les airs, les cérémonies du repas sacré, les libations, la voix du prêtre annonçant la faveur ou le courroux des dieux, les transports de joie ou l'abattement du peuple, ce sont là tout autant de traits qu'il appartient à la poésie d'animer, mais
* 11 est cepondant à observer que les Arabes emploient avec des cbevaux de petite taille des mors de grande dimension.
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que l'histoire doit se borner à meoUoDoer, De poavant les peindre avec la précision qa'on est en droit d'exiger d'elle.
Il resie encore une question à traiter : celle de savoir à quelle époque et à quel peuple remonte ce lieu de sacrifices. — Lors même que dans les premiers temps du christianisme beaucoup d'usages païens s'étaient conservés, on ne saurait comprendre que des cérémonies de ce genre eussent été possibles et eussent pu échapper à la surveillance sévère des ministres de la religion ; en outre, les objets découverts ne sont point ceux qui caractérisent cette période helvéto-burgonde. — Sous la domination romaine, nous ne retrouvons pas d'usages pareils, et si les dieux des vaincus sont associés à ceux des vainqueurs, les druides n'en sont pas moins poursuivis, massacrés ou réduits à se cacher ; ceux-ci ne pouvant plus présider à ces sacrifices publics, on ne comprendrait pas que les prêtres romains les eussent remplacés dans des cérémonies qui leur étaient étrangères. — Nous devons ainsi remonter aux âges antérieurs à la conquête des Gaules*; cependant la présence du fer' et l'absence d'armes en bronze ne nous permettent pas de nous éloigner beaucoup du temps de l'émigration des Helvétiens, auxquels il faut donc attribuer ce lieu de sacrifices*. On est toutefois en droit de se demander si les Helvétiens connaissaient déjà les éperons, car les auteurs anciens n'en font aucune mention en parlant des barbares ; on a même contesté quelquefois l'emploi de l'éperon chez les Grecs et les Romains,
* César mentionne en plus d'un lieu remploi du fer chex les Gaulois. ' On ne peut dire que ces constructions soient exclusivement slaves, puisqu'on les retrouve dans la Grèce .
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préiendant qae l'expression calcar signifiait un simple aigaillon, mais un examen plus attentif ne laisse pas de doutes à cet égard' ; ainsi Virgile' et Silius Italiens parlent du talon armé de fer, ferrata cake, Columelle compare Tergot du coq à un éperon , et des découvertes dans des ruines romaines ont mis au jour des éperons en fer dont quelques-uns sont même munis d'une molette >. — Une autre circonstance peut encore surprendre, c'est la forme des pointes de traits et d'éperon, qui rappelle, au premier coup d'œil , les carreaux des arbalètes du moyen âge , mais d'un autre côté, cette forme à quatre pans est déjà propre aux pointes de lance représentées sur les anciens ▼ases grecs et siciliens^, et la réminiscence de cette forme an moyen âge n'a pas lieu de surprendre, quand on voit les monnaies mérovingiennes reproduire les types et les signes des anciennes monnaies celtiques , que le dévelop-
* Xénoph., De rt equest., pag. 944, 958, dit que les jambes et les pieds du cavalier sont garantis par des bottes de cuir armées d'êperoiM. — Cicéron parle d*éperons, Ait. VI, 1. Orat., III, 9. nnrpov ches les Grecs.
* jEneid,, XI, 714 : Quadnipedem citum ferrata calce fatigat. Id. Vil, 696. Ferrata calce, atque effusA largus habenft
Cunetantem impellebat equum.
Voir le passage à propos des combats de coqs en Béotle, De re rusfiea, lib. VIII, cap. S. Ils garnissaient leurs ergots de pointes d*airain, Arist&ph. in ^9., V. 760. SehoL^ ibid. et v. 1365.
Tile-Live. Il, 6 : « Concitat calcaribus equum. • L*éperon ne soulevait pas de doute dans l'esprit de Tite-Live, puisqu'il l'attribue déjà aux cavaliers de l'an 507 avant Jésus-Christ. Voir en outre IV, 49, 33.
* Dans les luines romaines d'Augst, prés de BAle, coUect. de N. Schmidt. Un éperon semblable à celui de Chavannes, trouvé en Bavière avec des
armes en bronze.
* Ottr. Mmier, DenknUUer deralten Kunst, Band I, HeA S. pi. XIX, flg. 97, combat d'Achille et d'Hector.
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pemeDt de l'art romain dans les Gaules semblait aroir faitooblier. D'après ce qui précède, nons croyons ponfoir dire que ce sont les Helvétiens qui élevèrent cette colline, par des sacrifices successifs, peu de temps avant leur émi gration.
Un autre genre de monuments existe encore dans les bois de la commune de Gollion, entre Morges et Cossonay. Au nord de ce village est la colline de Bricby, grande élévation naturelles surmontée d'un bouquet de sapins. Un monticule, au milieu de ce petit bois, porte le nom de Fort de Brichy. C'est un tertre de la forme d'un cône tronqué, entouré d'un fossé circulaire de 15 pieds d'Quverture sur 5 de profondeur; depuis le fond do fossé le tertre mesure 14 à .15 pieds d'élévation , 120 pieds de diamètre à sa base et 75 au sommet; la plate-forme par laquelle il se termine est creusée en bassin concave de 4 pieds de profondeur*. — A quelque distance de Brichy, dans le bois du Châtelard, au sud-est de Gollion, on voit vers le bord d'un ravin au fond duquel coule la Venoge, une grande colline arrondie, de 23 pieds de hauteur sur 1200 de pourtour, surmontée d'une grande plate-forme ou surface plane '. A sa base, elle est entourée du côié
* Longue de 140 toises sur SO de largeur; cette mesure, prise d'après le plan communal, mesure le sommet de la colline, bien autrement large i mi base.
* L'arrête du monticule qui borde le bassin est de 6 pieds de large, ce qui laisse pour le diamètre du bassin la mesure de 63 pieds. Au nord cette ar* rète est déprimée en un- arc de cercle de 46 pieds de long, dépression de i pieds de profondeur sur le milieu de cet arc. Sur l'arrête au sud. dépressitHi moins forte sur un arc de cercle de 12 pieds de longueur. Vers ces dépre;'sions le fossé est en partie comblé.
' Quelques inégalités de cette plate-forme sont dues à des sondes pour chercher du gravier.
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opposé an ravin par an fossé de U pieds d'ouverture sur 7 de profondeur. Depuis quelques années on extrait de ce mont du sable et du gravier, et les excavations pratiquées dans ce but ne laissent pas de doute sur sa formatioD naturelle, seulement il est évident que les contours réguliers de ce mont, son terrassement et le fossé creusé à sa base, sont le travail de la main de l'homme. — Sur OD troisième point au levant de la môme commune, le plateau de Bovex se termine brusquement par un précipice, aa fond duquel est le lit souvent desséché d'un petit torrent. Au milieu des broussailles qui recouvrent la lisière du plateau s'élève un mur ou retranchement en terre, qui décrit un demi*ovale, et dont les extrémités reposent sur le bord du ravin; ce mur, long de 322 pieds, a 10 pieds d'élévation et 3 de largeur à son sommet ; l'enceinte qu'il entoure ainsi à moitié est une terrasse ovale , ouverte sur le précipice, et longue de 135 pieds sur 84 de largeur. Le niveau de cette terrasse est de 2 ou 3 pieds. plus élevé que le plateau dont elle est séparée par le retranchement. Attenante à un sol cultivé, c'est aux broussailles qui la recouvrent qu'on doit la conservation de cette enceinte. D'après les dénominations populaires de forts et de Chàlelard, on devrait envisager ces constructions comme des points de défense, mais il ne faut pas accorder trop de valeur à ces dénominations, surtout si nous nous rappeions que la colline de sacrifices de Chavannes porte aussi le Dom de Châtelard ; il est d'ailleurs difficile de comprendre comment on aurait pu utiliser pour la défense des espaces aussi circonscrits que ceux de Bovex et de Brichy. D'autre part, ces constructions n'offrent pas de rapports avec ce que nous connaissons des camps romains et des
reiraDchemeDts gaulois. En revanche le fort de Bricby est Qoe reprod action de VEréUmrg, do nord de T Allemagne, dont la destination religieuse est généralement reconnue. Le Châtelard rappelle aussi ces hauis^Ueux consacrés au culte, entourés d'un fossé , sur lesquels on vit en plus d'une contrée les Slaves élever leurs temples en bois, les chrétiens leurs églises et les chevaliers leurs châteaux. Enfin le retranchement de Bovex, quoique dans des dimensions moins considérables, ne présente pas moins de rapports avec le fameux sanctuaire de l'tle de Rugen, connu sous le nom A'Herthabourg; ce dernier est ouvert sur le lac d'Hertha de la même manière que la terrasse de Bovex sur le précipice qu'elle domine. — Si nous ne sommes pas dans l'erreur en attribuant une destinatioo religieuse aux constructions en terre de Gollion, elles ne peuvent provenir que de la période helvétienne avant la conquête des Gaules par César ou d'une occupation de ces contrées par les Wendes.
Les découvertes récentes dont nous venons de donner la description, sont, croyons-nous, les premières de ce genre qui aient été observées en Suisse, et se relient à un ensemble de monuments qui constatent des rapports de foi surprenants entre les populations primitives de l'Europe.
4prés avoir assisté à l'établissement des premiers habitants en Europe, à la marche de leur développement et à l'extension de leur foi, nous avons à reprendre l'étude des monuments qui nous servent de guide à l'époque où le fer commence à devenir d'un usage général et à remplacer le bronze employé pour les instruments tranchants, de même que le bronze avait remplacé l'os et la pierre.
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CepeDdant, avant d*entrer dans cette troisième période. Dons avons à mentionner un Age de transition qoi présente ta fusion d'une des époques dans Tautce.