‹ Monuments de L'Antiquite dans L'Europe BarbareChapitre 29 sur 58 · DE LA SECONDE A LA TROISIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE A LA TROISIÈME PÉRIODE

Premières notions du fer en Europe.

Quelques passages d'auteurs anciens et l'observation de faits nombreux démontrent suffisamment qu'il fut un âge pendant lequel le bronze était employé pour les armes et les instruments tranchants. La découverte de ce métal eut une puissante réaction sur le développement des peuples, limité auparavant par l'imperfection des instruments en pierres et en os. Une fois qu'on sut donner au cuivre, au moyen de l'alliage et de la trempe, le tranchant et l'élasticité, on comprend qu'on se soit moins préoccupé de vaincre les difficultés que présente le travail du fer, car le fer a été connu longtemps avant qu'il soit devenu d'un usage général. Il est difficile de préciser le moment où il remplaça le bronze dans la fabrication des armes ; aussi, pour jeter quelque jour sur cette question, encore fort obscure, nous devons recueillir tous les renseignements à notre portée.

le fer a été travaillé en Orient aussi anciennement

390 MONUMENTS DB i/aNTIQUITÉ.

que les autres métaux S il n'en n'est pas moins eertain qae les connaissances métallurgiques suivirent une marche différente dans la plupart des autres pays. L'Egypte elle-même, malgré sa civilisation avancée, ne paraît pas avoir fait grand usage du fer. Longtemps, on a cru qu*il lui était complètement étranger, mais les recherches de M. Passalacqua ont mis fin à toute incertitude en découvrant sur les momies de Thèbes des bracelets, des anneaux, des bagues et des spatules en fer *. Du reste, cet emploi du fer pour les ornements indique assez qu'on attachait du prix h ce métal et qu'il était peu répandu. — Les Grecs attribuaient la découverte du fer à Celmus et Damnaneus, dactyles du mont Ida. Les marbres de Paros ' en fixent la date à l'an 1433 avant notre ère ; cependant les héros d'Homère portaient encore des armes en bronze , et lorsque le poète veut peindre la dureté du cœur humain, il le compare au fer comme à la matière la plus rebelle. Hésiode dit aussi, en parlant des Egyptiens et des premiers Grecs : < Leurs armes étaient de bronze, leurs maisons en étaient couvertes, ils fabriquaient leurs outils avec le bronze, et le fer, ce métal noir, obecur,

* Ce qu'on peut inférer de divers passages de la Bible.

* Catalogue de$ aniiquitét découverte» en Egypte, par J. Passalacqua, paf . 2i6. Cette collection fait partie du musée égyptien de Berlin. Voir les numéros 614, 698, 6S4, 510, 534, 547,548. L'Egypte échangeait ses produiU contre le fer d'Ethiopie.

' Marbres de Paros ou d'Arundel, conservés à Oiford, époque !!■*. • Depuis que Minos, premier de ce nom, régna, qu'il bfttit la ville de Cydonia, que Celnus et Damnaneus, dactyles du mont Ida, c'est-à-dire prêtres de Cjbèle* trouvèrent le fer^ sous le règne de Pandion, il s'est écoulé 1168 ans. ■ Cette chronique va jusqu'à l'an t6i avant Jésus-Christ, ce qui fait remonter la découverte du fer à l'an 148S avant notre ère.

La fusion du fer est aussi attribuée aux habitants de lUe de Crète, qoalarae

n'était pas encore employé ^ > Il résulte de ce passage, qae le fer était déjà répandu chez les Grées, environ 800 aos avant notre ère * ; tootefois, moins d'un siècle aopa*

sitelet afant notre ère, par Hésiode, cité par Pline au lib. Vil, cap. 56. — S(raboD, lib. X. — Diodore de Sicile, lib. IV, cap. 5.

' HoioSou tpya ntai Hfajpac,

150, XoLhûâ S*i£^ouaCoyTOy luixç S*oux Itnct 7i^/Mç ;

n comme on Ta dit, ces vers ne sont pas d'Hésiode , le Grec qui les a écrits reproduit une tradition qui a toujours une certaine valeur. ' En admettant qu'Hésiode eût vécu un siècle après Homère. Homère. -~ Odyssée, 1, v. 184. Je vais à Témèse chercher de l'airain et réchan^r contre du fer que j'y mène, (Minerve dit qu'elle vient de ches les Taphiens et parle à Télémaque à Ithaque. Taphia était située entre l'Achàle et Leucade ; les Taphiens étaient des marins ; ils avaient donc du fer). id. i, 3t4. Ulysse serait chargé de chaînes de fer, ai^pm 3ie|Mrr'2;^et. Id. V, 191. Calypso dit à Ulysse : « Mon cceur n'est pas de fer. » Id. VIII. 408. Le fils d'Alcinofls dit en parlant d'Ulysse: ■ Je lui donnerai une beUe épée, d'un acier très Un, dont la poignée est d'argent et le fourreau de la plus belle ivoire.... » Le latin dit : enêem toHtm fgreum. Au vers 416 ; « kumerii apposuit ensem argenteis elarieuUi onatum. > Donc baudrier et clous fixant la lame à la poignée. (Voir les épées de Copenhague.)

Id. IX, 88S, 894. Homère compare le pieu ardent avec lequel Ulysse perce l'oetl du cyclope au vilebrequin (r/avfr^) du charpentier et le bruit du sang jaillissant à l'eau dans laquelle le forgeron, après avoir fait rougir à sa forge une kœke ou une scte, les jette toutes brûlantes dans l'eau froide pour les urcir, car c'est ce qui fait la force du fer. Id. XII, 980. Kurylope dit à Ulysse qui engage ses compagnons à s'éloi- ^er de l*tle du Soleil : « 11 faut qu'ils soient de /er, ^ikpta, »

Id. XIV, 894. Il me montra même toutes les richesses qu'Ulysse avait amassées : l'airain, l'or, le fer.

Id. XVI, 994. XIX, 18. (Répétition du même discours.) Ulysse charge Té* lémaque de dire aux poursuivants qu'il a enlevé les armes de la salle dans la crainte de querelles, car le fer attire f homme,

Id. XIX, 911. Les yeux d'Ulysse, voyant U douleur de Pénélope, étaieat tkiuB^ comme ttik eueeent été de corne ou de fer.

Id. XIX, 994. Ulysse exigeant le secret d'Euryelée, qui vient de le recea*

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ravaot, ii devait avoir encore plus de valear qae le bronze, puisque Lycurgne l'employait pour la monnaie, en même temps que Tor et ^argent^ Théodore de Samos, qui vivait vers l'an 700 avant Jésus-Christ, trouva l'art de jeter en fonte des statues de fer*. Hérodote et d'autres auteurs mentionnent comme l'une des merveilles de Delphes l'offrande d'Alyattés» roi de Lydie, qui régna dans le VII® et \l^ siècle avant notre ère. Cette offrande consistait en un grand cratère d'argent, dont la base, en forme de tour un peu conique, était en fer ; travaillée à jour, on y voyait plusieurs petits animaux se jouer à travers les feuilles qui l'ornaient ; ses différentes pièces n'étaient point unies par des clous mais au moyen de la soudure ; on attribuait ce travail à Glaucus de Scio, qui le premier, trouva l'art de souder le fer '. D'après Pausanias, les Lacédémoniens, dans le VI® siècle avant notre ère, cherchant l'explication d'un oracle, crurent la trouver dans l'atelier d'un forgeron. Ils virent la chose nuisible dont parlait le Dieu, dans le fer, si redoutable aux humains, puisqu'on s'en

naître, celui-ci lui dit : « Je serai auisi impénétrable que la plut dure pierre et que le fer.

Id. XXI, 9, 10. Dans le trésor du palais d'Ulysse étaient « le bronse. For, le fer ouvragé. >

Id. XXIII, 172. Ulysse reproche à Pénélope, qui ne le reconnaît pas, d'avoir un cœur de fer ^ vAhpnç 9ufMç.

* D'après Plutarque, Vie de Lyeurgtie.

PoUux, lib. Vli, J i06 et Aristote, ^eofiomle, lib. II, cap. i, disent aussi que les Spartiates fabriquèrent des monnaies de fer.

* Pausanias, lib. III, cap. IS. Voir la note 2 de la page

* Hérodote, lib. I, cap. 95. — Pausanias, lib. X, cap. 16. — Plutarq., De Orae, def,, tom. II, pag. 4M. — Hagesand, Ajpud Aiken,^ llv. V, pag. UO. Alyattès (9«* du nom, père de Crésus), régna 67 ans de l'an 616 à 589 avant l.-C.; selon d^autres de 610 à 568.

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serrait à la guerre*. Dans le Prytanée était an tribanal où l'on jugeait le fer * et les antres instruments qui avaient servi à commettre un meurtre. Cette expression, juger le fer, indique nettement que les instruments tranchants étaient de ce métal. — On peut conclure de ces divers passages que le fer commença à être d'un usage général dans la Grèce dès le VIII« siècle avant notre ère ; au VII« siècle on l'emploie à divers objets d'art ; peu après, ce mot désigne tout instrument tranchant» et enfin Âristote parle de l'acier, mais non comme d'une découverte récente».

Bien que les armes des Etrusques fussent en bronze, on doit admettre, d'après le comte de Caylus, que le fer ne leur a pas été absolument inconnu. Ce savant antiquaire décrit un Hercule de ce métal ^, qu'il envisage du reste, comme une grande rareté.

' Pauianias, Hb. III, cap. S ; cela w passait sous le règne d'Anazandridès, c'esUft-dire de l'an S70 à Tan 515 avant notre ère.

* Tw 9w^p^j Pausanias, Hb. I, cap. 18.

Iphicrate, qui mourut l'an 880 avant J.-C., changea les armes des Ath^ niens, allongea la pique et les épées, et remplaça les entrosset de fer par celles de toile de lin. Ene^l.^ tom. III, pag. 98, t« col. (mot Milice,)

* Les Grecs savaient non-seulement travailler le fer, mais ils connaissaient aussi l'acier; Aristote, MiUorety lib. IV, cap. 6, a décrit le procédé par lequel on l'obtenait: « Le fer forg^, dit-il, peut se liquéfier de nouveau et de nouveau se durcir. C'est par la répétition de ce procédé qu'on l'obtient à l'état d'acier. Les scories du fer se précipitent dans la fusion, elles restent au fond des foumeauz, et les fers qui en sont débarrassés de cette manière prennent le nom d'acier. Il ne faut pas pousser trop loin cet afQnage, parce que la matière qu'on traite ainsi se détruit et perd considérablement de son poids ; mais il n'en est pas moins vrai, que moins il reste d'impuretés, plus l'acier est parfait. » x^W'* acier.

* Dans son Rtemeil d*iuâiq,, tom. ill, pag. 96.

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Qaant aux Romains, Tite-Li?e dit* qu'ils se senraient d'armes en bronze dans les temps les plus reculés. Ce passage donne donc à entendre qu'ils ne restèrent pas longtemps sans employer le fer*. Nous manquons de renseignements précis sur la date de ce changement, cependant, i l'époque des guerres puniques les armes en bronze n'étaient plus en usage, c Les Celtibériens, dit Polybe, excellent dans la fabriéation des épées. car celles qui sortent de leurs ateliers sont très avantageuses pour frapper d estoc et de taille. C'est pour cela que vers le temps des guerres d'Ânnibal les Romains renoncèrent à leurs anciennes épées et adoptèrent celles des Espagnols'. — Ils les imitèrent pour la forme et la fabrication, mais jamais ils ne purent amener le fer au même degré de pureté et de perfection *. m Ce qui distinguait ces épées, de celles

* Tite-Live, I, 43 : Arma his imperaU, galea, clipeom, ocre», lorica; omnia ex are : b»c ut tegumenU corporis eseent: lela in hostem, hastaqua et gladius.

* Pline (XXXIII, 1 ) dit que dam Uê eommencemmU les séaaieiin nèiDe n'avaient |ms le droit de porter des anneaux d'or à moins qu'ils n'eussent M ambassadeurs ches quelques peuples étrangers, encore ne leur ètait-il penoii de le porter que dans les actions publiques ; dans leur particulier ils portaient des anneaux de fer. P|us tard l'annean d'or fut la distinction des chevaliers romains (fnq^p. 1, 185.)

* Voir sur leur forme Pitiiei Lejàeon, I«r vol., pag. 876; et BmcffclÊpèék au mot Epie.

L'épée espagnole n'est-elle pas plus ancienne à Rome que ne le dit P^ lytie, puisque Torquatus s'en servit pour tuer le Gaulois, 868 aas avant iM Voir Tite-Live, VII, 10. Traduct. tom. Il, pag. i70, et surtout la note.

* Suidas, au mot Mdt;(ai/M, rapporte ce passage que Casanbon,' Juste Lipse et Valois attribuent de concert à Polybe.-- Polybe, VI, Si, dit encore : Una caoi scuto ensis pendet, ad dextrum fémur, Hispaniensem vocaat, muccene eiimio, defertur violenter, eo quod obeliseus ejus flrmus, stabilisque eiistiL

AGE DU FBR. 595

employées auparavaût, ce n'était pas le métal, mais la forme. Avant la seconde guerre puniques Tépée romaine n'avait qu'un tranchant * et se rapprochait ainsi davantage de la forme du coutelas que de celle du glaive espagnol. D'après le rapport de l'historien Josèphe% les légions romaines au siège de Jérusalem étaient armées d'un poignard et d'une épée en fer. L'expression c mourir par le fer > qu'on trouve si souvent dans les auteurs romains ne laisse pas doute sur la matière employée de leur temps pour les instruments tranchants^. Il faut toutefois en excepter les instruments consacrés au coite, pour lequel on conserve l'ancienne matière. Virgile ' et Ovide * rapportent que les magiciennes se servaient de faucilles en bronze pour cueillir les herbes destinées à leurs enchantements \ Le prêtre rattachant une idée religieuse à la matière consacrée par un long usage aux cérémonies religieuses ou aux superstitions on comprend cette sur-

' Avant ran 218 avant J.-C.

' Polybe, II, 50, 88. Avant ce coutelas l'épée était tana douta comme celle des anciens Greca et des Etrusques.

* Guerre des Mf$, Itv. III, cap. 6. — Un relief en gréa de Mayenee représente un Romain avec une épée à droite et un poignard à gauche. Les cavaliers ont une longue épée au côté droit.

* Tacite, Annai.^ XV, 81, emploie aussi reipression ferrum comme syno» nyme d'arme ou d*épée : Quippe propriis nuntiis a Corbulone petierat, ne quaro iroaginem servitii Tiridates perferret ; neu ferrum traderet, etc.

* jEnéide, IV, v. 51. Falcibus et mess» ad lucem quœruntur ahenis

Pubentes berb».

* Métam. Vli, tte. Et placida partim radice revellit

Partim suocidit curvamine falcis ahentt.

' Sdiol. Théoe.t Idyll. II, v. 86. Le bronse regardé comme pur par sa nature pouvait chasser les spectres et les eaprita impurs. ~ Les magiciennes frappaient sur des vases de bronse pour chasser les mânes. — Ovide, Ksil. V. Ul.

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▼ivance d'anciennes coutumes dont il serait facile de maltiplier les exemples \ — Il n'en est pas moins certain qae le fer fut d'un usage général chez les Romains avant les guerres puniques , et les Celtibériens, qui étaient leurs maîtres dans l'art de fabriquer les armes*» ne connurent pas ce métal moins anciennement qu'eux'. Strabon\ dit que les Espagnols portent des colliers de fer.

Il est plus difficile de déterminer l'époque de l'introduction du fer au nord des Alpes et des Pyrénées. Poljrbe* dit cependant que les Gaulois suspendaient leurs épées à des chaînes de fer ou de bronze, en guise de baudriers, mais là trempe de leurs armes était si mauvaise, que le premier coup les faisait plier, et pendant que les soldats gaulois

* Nous avons vu la pierre employée, après la découverte du métal, pour le culte et les superstitions, dans le nord et même cher les Egyptiens et les Juifs. L'emploi religieux du bronze chez les Grecs et les Romains, rapproché de l'usage de brûler les morts, ferait remonter ces deux peuples à la seconde invasion d'Orient en Occident.

* On croit que c'est par le procédé appelé forges eataianei qu'ils obtenaient cette supériorité. Les Romains ne se servaient sans doute que de hauts fourneaux, car Pline, XXXIY, 14, les désigne par le mot fomûees^ qui ne peut indiquer les forges catalanes où l'on travaille dans un grand creuset de maçonnerie et sans fourneaux proprement dits.

Dio<tore de Sicile, V, 9, dit qu'ils mettaient d'abord rouiller le fer en terre et qu'ils en tiraient un si bon acier que casques ni boucliers ne pouvaient résister. — Voir le travail de l'acier chez les Romains dans VBnefflap. an mot oeter.

" Tile-Live, Décad., III, lib. II. Leurs épées étaient courtes, pointues et tranchantes des deux côtés ; ils se servaient aussi d'un poignard d'un pied de long. — Appian, AUxandrtt liv. 5 : Ils avaient des dards entièrement de fer et à plusieurs crochets.

« III, lis.

■ Liv. II, chap. 6. Elles retombaient sur la cuisse droite. — Quelques Gaulois portaient des baudriers d'or et d'argent. — Liv. Il, cap, 8S, Paljbe décrit les épées des Gaulois du temps de Bronnus.

perdaient ie temps à redresser avec le pied lear épée Iodgae et sans pointe \ les Romains les égorgeaient*. A cette époque, les armes des Gaulois n'étaient pas encore toutes eo fer S et la mauvaise qualité de celles-ci indique qu'ils étaient peu habiles dans la fabrication de ce métal. Lors de la conquête des Gaules , César parle plus d'une fois, daos ses Commentaires, de leurs instruments en fer et des mines qu'ils exploitaient*.

Du temps de César, le fer était rare dans la Grande Bre^ tagne, où l'on se servait plutôt de cuivre importé \ et où la monnaie était en fer *, de môme qu'en Grèce au temps de Lycurgue. — Les habitants de l'^co^^^ et àe\9i Belgique^ fabriquaient aussi des ceintures, des colliers et d'autres ornements de fer, à la manière des anciens Egyptiens.

La connaissance du fer parait avoir été un peu plus ancienne dans le mfdi de V Allemagne que dans le nord. Strabon * parle des mines de fer de la Norique, et Tacite,

* Tite-Live, Diead. Vf, liv. VIII. Trad., pag. 103. ~ Tite-Live, liv. XXII, «bap. 46 : « Gallis preloDg i ac sine mucroiiibus gladiis. » — Strabon, IV.

* Polyb«, II, pag. 118-120.

* Tite-Live, tom. III, pag. 869. Epées gauloises émoussées, courbées par Javelines, ne pouvant frapper que de taille et non de fort près.

« De BelL GalL, III, 18; VII, Si; VII, 32: magne ferrarisB.

* César, V. IS : « Nascitur ibi plumbum album in mediterraneis regionibus, tn maritimis ferrum; sed ejus exigua est copia, œre utuntur importato. •

* César, v. 12 : « Utuntur aut »re, aut taleis ferreis ad eertum pundus examiaatis pro nummo. »

^ Hérodien, III, 12. Cet auteur qui vivait vers le milieu du troisième siècle Après J.-C. dit que les Bretons*portaient des colliers de fer.

* César.

* Strabon, V : c Norica est locus ad purgandum aurum natura idoneus nec minus ad ferri fabricas. >

qui meDtiome celle des GothsS dit que ce métal était rare chez les Oesties, sur les bords de la Baltique *. Nous verrons plus tard que du temps de la domiuation romaine quelques Germains portaient encore des armes en bronze, mais BOUS croyons, d'après le passage de Tacite, que dans le nord de l'Allemagne le fer a été introduit un peu plus tôt que ne le pensent plusieurs archéologues, qui ea attribuent l'introduction aux Wendes.

On doit faire remonter la connaissance du fer chez les Scandinaves à l'arrivée des Soèves sur les bords du lac Mkelar.Tous les tombeaux qu'ils ont déposés dans la Snède moyenne et dans la Norwege font voir une grande habitude dans le travail de ce métal. On ne peut douter que les compagnons d'Odin n'aient apporté l'art métallurgique de l'Asie* et qu'ils n'aient contribué à le répandre au nord de l'Europe.

D'après ce qui précède, nous sommes autorisés à conclure que le fer était généralement répandu chez les peupies barbares de l'Europe au commencement de notre ère, et même l'on ne peut douter que quelques-uns d'entr'eux ne l'aient connu avant cette époque. Si d'une part cette connaissance a dû se répandre de proche en proche, ce qui paraît le fait général, on doit admettre, d'un autre côté, qu'elle a été parfois importée par l'invasion de populations qui avaient habité ou séjourné dans des contrées où ce genre d'industrie était plus développé.

* Gtrm.y cap. XLIII» Gothinî, quo magis perdeat, et ferrum ellodiunt.

* Gerjn., cap. XLV, Rarus ferri.

' Hérodote, IV, 62, rapporte déjà que les Scythes rendaient un culte à un cimeterre de fer.

NoDS dirons encore quelques mots sur les mines d'où Too extrayait le minerai de fer ^ Les Grecs exploitaient le métal dans les iles d'Eu-

* Au sud du Kour et au nord du lac Sévang, sont les mines de ter de Koulp. ■ Les paysans travaillent le fer d'après le procédé suivant : Dans un fourneau de 4 pieds de longueur sur 9 de largeur, on met 50 à 60 livres de minerai pulvérisé ; en 8 heures la masse est fondue, et Ton retire environ 24 livres de fer, c'est-à-dire 43 pour 100. Trois garçons sont occupés à mettre le soufflet en mouvement. • « Ces exploitations de fer à Koulp remontent à la

plus haute antiquité, et je ne mets pas en doute que ce Koulp ne soit le Kkalybe d'Homère, d'Hérodote et de Strabon. » La Géorgie était célèbre dans les temps les plus anciens par ses ouvrages en fer et en cuivre. C'est avec la plus grande certitude qu'on peut admettre que le Thubel ou Tubal de la Bible désigne la Géorgie actuelle. Flavius Josèphe le traduit par /6érien<, l'ancien nom que les Grecs donnaient aux Géorgiens. Javan^ Tubal et Mésech ont été les facteurs faisant valoir son commerce en esclaves et en vases d'airain, dit Ezéchiei dans sa magniflque description du commerce de Tyr, chap. XX. — « Les enfants de Japhet sont Corner, Magog, Madai, Javan, Tubal, Mésech et Tiras, * c'est-à-dire les Kimri, les Ossètes el les Miotes du Caucase, les Hèdes, les Grecs, les Géorgiens, les Meskhis et les Thraces. Mais ce n'est pas seulement le cuivre qui enrichissait le commerce de Tubal. Dans la plus ancienne mention faite de Tubal dans la Bible (Genèse IV, 22) n'est-il pas dit : > La seconde femme de Lémek, nommée Tsilla, lui enfanta Tubal-Caïn, qui fut forgeron de toutes sortes d'instruments d'airain et de fer. ■ Or, précisément où les Hébreux placent leur Tubal, les Grecs ont leur Chalybes, dont le nom servit à désigner l'acier el le peuple qui avait su le préparer. Homère, le premier qui en parle, dit au chant deultième de l'IUiade : « Odius et It brave Epistrophus sont à la tète des troupes d'Halîzone qui viennent d'AIybès, régions éloignées oix naît l'argent. » Après lui, les auteurs font souvent metition du fer des Khalybes, et Strabon, (lib. XII, pag. 527 et XIV, 645) qui s'attache à expliquer ce passage d'Homère, critique longuement ceux qui voulaient transporter les Khalybes en avant dans l'Asie Mineure; il fait passer leur méridien beaucoup plus à l'orient, au travers de la petite Arménie. En effet, le mot Koulp (Gogph) est arménien ; trois localités en Arménie portent ce nom H tontes les trois soni célèbres par des mines. L'un de ces Koulp appartient au pachalik de Kars ; l'autre est celui de la grande Arménie. Ces deux Koulp n'ont que des mines de sel. Le troisième est celui qui est si riche par ses mines de fer, et son nom, il y a plus de deux mille ans, avait déjà

400 MONLMBNTS DE l'aNTIQUIT^.

bée^ et de Crète V — Les Phéaideos employaient 5000 oavriers aux mines de Verceil '. — L'Espagne, après avoir

servi à désigner l'un des principaux districts du Koukar, la vaUée de Koulp ou Gogphap'hor, qui était alors comprise dans rArménie. — Le Koukar, l'one des plus grandes provinces d'Arménie, comprenait non-seulement ces belles mines de fer, mais aussi de belles mines de cuivre et d'argent, au débouché desquelles était Thubel, la Tebelissi ou Tiftis des Géorgiens, à peu de distance sur le Kour. Maintenant, si vous adoptes que Koulp est le Khalybe des anciens, vous n'aures pas de peine à vous expliquer pourquoi, suivant Homère, les peuples qui viennent de là s'appellent Halisons, vu qu'il n'y a qu'à passer le Kour, qui coule en face de Koulp, pour se trouver dans la vallée magnifique de VAla%an^ dont le nom est aussi ancien que le peuple géorgien (Strabon, liv. XI, pag. 88t, àXocÇe^cuAiv irorocpôv.) —Enfin, il y a encore un passage.de la Bible qui confirme pleinement l'identité qui existe entre Koulp Gogph, Tubal et Mésech. Ne lit-on pas en tôle d'un des chapitres d'Eséchiel : • Fils de l'homme, tourne ta face vers Gog, en pays de Magog, prince des chefs de Mésec et de Tubal, et prophétise contre lui» (chap. KllVIIIet XXXIX). On demandera comment Kouip peut être le même que Gogpk? Koulp est la prononciation géorgienne, que les Arméniens rendent par (rO^pA, parce qu'ils ne font pas usage de 1'/ qu'ils remplacent par un g. C'est ainsi que de Albania ils ont fait Aghovan^ de Loutre, Gah%ar de Nautr, de Triélethf Thrheghy etc. — Nous n'avons encore vu que les richesses de fer des Khalybes; tournons-nous maintenant vers les forges de Tubal, et jetons aussi un coup-d'œil sur les célèbres vallées qui approvisionnaient le commerce de Tyr de vases d'airain en concurrence avec Mésech. La roche qui a soulevé le terrain de Koulp (porphyre syénétique) prend une plus grande extension vers l'ouest, en encaissant les deux rives de la Débéda dans tout son cours, jusque dans les montagnes du Parobak. D'anciennes mines renouvelées donnèrent un minerai composé de plomb et de zinc, mélangé d'or et d'argent. L'ancien palais à*Akhialat sur la rive gauche de la Débéda, fut changé en fonderies. A Tamboulout, argent , à Allavtrdi, sur la rive gauche de la Débéda, i vingt verstes d'Akhtala, et à Chameloug, à cinq verstes d'Allevardi, mines

de cuivre « Tel est Tétat actuel des anciennes mines de cuivre et d'argent

de Tubal, les seules qui puissent rivaliser avec celles de (^oumicActoM. au nord de Trébizonde, sur la limite de l'ancien territoire de Mésech. (Foyofc autour du Caucase, par Du Bois de Montpéreux, tom. IV, pag. 136-145.) ' Strabon, v. 81, X.

* Marbres de Paros.

* Pline, XXXHl, i. Strabon.

AGI DU pm. 404

fourni en abondance les métaux précieux dans l'antiquité, eut aussi des mines de fer *. Strabon mentionne aussi des mines de fer dans les Gaules, entre la Garonne et la Loire*. Les Bretons exploitaient, sur les côtes de leur fie, quelques mines de fer, mais qui, d'après le rapport de César, n'étaient pas abondantes'. — Nous avons déjà mentionné celles de la Norique ^ et des Goths *. — En Suède, le procédé par lequel les agriculteurs tirent le fer des marécages est sans doute fort ancien ; il remonte peutêtre à rentrée des Suèves dans ce pays. Quoi qu'il en soit, lorsque Pline parle de l'aimant de l'ile Basilia^, il ne saurait être question que du pays des Scandinaves, lesquels en connaissaient donc Texistence à l'époque de Pline.

Nous avons vu que l'emploi du fer est généralement répandu en Europe au commencement de notre ère, cependant on peut se demander si les mines exploitées du temps de Strabon, de César, de Tacite et de Pline, remontent à la même antiquité qu'en Grèce. L'étude des faits jettera quelque jour sur cette question, mais, pour le moment, nous ferons seulement observer que les Romains des premiers temps portaient des armes en bronze, pendant que les Grecs employaient déjà le fer à cet usage, et que les Romains avaient changé de métal, alors que les

* Strabon, III, 159. Pline, XXXIV, 43.

* César, VU, SS. Strabon UI, 159.

» César, V, 1«.

* Strabon, V.

* Tacite, Germ., XLIII.

* Pline, XXXVII, 15. Il parle aussi de Taimant, XXXVI, 16.

Pierre connue fort anciennement par les Grecs. Diodore, V, en fait une tle, au nord de la Gaule, célèbre par son ambre. — Pline, IVÎ 13, parle d'une tle (le ce nom dans le Pont-Euxin.

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