‹ Monuments de L'Antiquite dans L'Europe BarbareChapitre 33 sur 58 · OE LA SUISSE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

OE LA SUISSE OCCIDENTALE

Malgré le nombre coDsidérable des poblicatioDs qu'on possède sur les antiquités de la plupart des pays de TEurope« il est souf ent fort difflcile de se faire une idée exacte des di?ers genres de monuments, de sépultures et d'objets d'industrie, propres à chaque pays. Pour que l'histoire poisse retirer de ces recherches tous les résultats qu'elle a droit d'en attendre, W importe qu'on arrire à connatire d'uM manière précité la nature des divers débris de l'antiquité, les lieux de leur origine et les circonstances de leur découYerte. Ce ne sera qu'en possédant ces siatisti* ques complètes, fa>ite6 en dehors de tout système préconçu, qu'on pourra définitivement classer d'une manière gêné* raie les genres analogues et rechercher l'ordre de succession de ces divers groupes , ainsi que leur antiquité

* Huit articlai, qui compoient ce monceau, ont été publiés pour la pre* mière fois dans V Indicateur éthUtoire et d^antiquUés iuUtes, années 1855 , 18SS 0t t858. Ils sont reproduits avec autorisation ; le dernier est daté du IS «ars iSSt. (ATote de rédilrar. )

hkk ANTIQUITÉS

relative. Alors, il deviendra plus facile d'apprécier la raison des analogies et des dissemblances , de reconstruire les divers moments de développement de l'humanité, de retracer les voies parcourues par les anciens peuples et de rechercher leur point de départ. — Je détache du travail d'ensemble que j'ai entrepris sur ce sujet, les faits relatifs à l'Helvétie occidentale, faits que j*aurai à rapprocher des découvertes analogues propres à d'autres pays. L'ordre le plus naturel à suivre, avant les âges historiques, est celui du développement de l'industrie, ce qui nous conduit à examiner tout d'abord les découvertes dont le matériel indigent révèle pour notre pays l'âge de la plus grande simplicité.

Sépultures et habitations ne renfermant que des instruments en pierre.

On découvrit en 1825, dans une vigne, près de la maison de campagne de Pierra-Portay , au S.-E. de Lausanne, une quinzaine de tombes dirigées du couchant au levant et déposées, sans alignement régulier, à environ 3 pieds sous la surface du soi. Aucun signe extérieur ne laissait soupçonner l'existence de ces tombeaux ; ils étaient tous construits en dalles brutes et mesuraient environ 2 pieds de largeur et de profondeur sur 37i â 4 pieds de longueur ; le plus petit n'avait qu'un pied carré d'ouverture. Plusieurs contenaient les débris de deux squelettes, l'un en renfermait même quatre, et dans toutes ces tombes on voyait, d'après la grandeur des ossements, que les corps avaient été reployés pour y être déposés et que

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la tête avait été placée à l'extrémité du côté du soleil levant'. On n'a recueilli auprès de ces squelettes qu'un petit couteau en silex et un fragment de stéatite, aplati et taillé sur les bords.

Environ dix ans plus tard, des vignerons de M. Correvon-Demartine trouvaient des tombes du même genre dans sa campagne du Châlelard près de Lutry. Trente et quelques tombeaux d'environ 3Vi pieds de longueur étaient formés chacun de cinq dalles brutes et renfermaient les ossements de deux squelettes, qui avaient dû nécessairement être repliés, vu que les fémurs et les tibias reposaient sur les corps. Dans ces tombes, tournées de l'est à l'ouest, les têtes regardaient l'orient, à l'inverse de celles de Pierra-Portay. Ces sépultures contenaient de petits coquillages qui n'ont pas été conservés, deux pointes de lance en silex de 6 à 7 pouces de longueur sur 27 lignes de largeur et deux pierres sphériques de 4 pouces de dia* mètre, percées chacune d'un trou.

Le peu de longueur de ces tombes et l'attitude reployée des squelettes sont des caractères propres à plusieurs contrées de TAngleterre, du nord de l'Allemagne et des Etats- Unis. On a aussi observé cette attitude dans les salles se* pulcrales des tumnli gigantesques du nord de l'Europe, qui ne renferment que des instruments en pierre et en os, mais il est à remarquer que le même fait se reproduit dans les tombeaux des Péruviens, avant la découverte de rAmérique, et chez plusieurs populations sauvages qui ont conservé jusqu'à nos jours ce mode d'inhumation '.

* Cest Tobservatton telle qu'elle a été coasignée dans la FeMle du canton de Vaud, tome XIII, pag. 59.

* Depuis rinsertion du premier article [Indicateur /V« t) sur les sépultures

Dans les âg«s recalés où les armes et les mstraDsetits domestiques étatent en pierre , de même que chez quelques peuplades sauvages de nos jours, les habitatîOfis devaient être d'une grande simplicité, aussi est-il extrême^ ment rare de pouvoir en constater quelques traces. La découverte des pilotis de Meilen % sur les bords du lac de Zurich , a eependamt jeté tm joor inattendu sur Tun des modw de construction usité dés la plus haute antiquité ecr Héiv<éli«.

Nous*^ avons à mentionner l'existence de débris analogues observés dans la vallée de l'Orbe , à environ 5 500 pieds de la rive actuelle du lac d'Yverdon. Bien que la plaine marécageuse qui s'étend d'Yverdon à Entreroches soit envisagée par les géologues comme étant de form» tfon aotéhumaine, la tradition populaire n'en conserve pas moins le souvenir d'un temps où elle était navigable, et c'est à l'appui de cette idée qu'elle mentionne l'existence de prétendus anneaux auxquels on aurait autrefois amarré le» bateaux à Entrerocbes et sous le château d'OrbeV Nul

«le la Suisse occidentilé, M. de fturen de Denens, m'a eoadùft dans le de Senére»^ (Ctalbres?], sur I0 territoire de la oomdUinft de F6fu, où un api* culteur, occupé à défricher une partie de la forêt, venait de mettre à découvert une tombe dont les 4 dalles brutes formant les cdtés étaient encore eo place. Le vide cTe cette tombe mesurait 82 pouces de longueur, il de pmfoodetv, tt de largeur k la Ule et 19* aaïc pMa ta term q«i fwipUssitfl M vide ayant déjà été enlevée sans ménagement , nous n'avons retrauvé que des parcelles de charbon et de poterie fort grossière, sans traces d'ustensiles. Une tombe d'un pied carré d^buverture , comme la plus petite de P!ert)- Portay, avait été Mtruite qeelitiies jmirsi anparavssit et dè« fort on n*a pss découvert autre chose dans cette localité.

* Veye» 1« nsémoire intitulé : DU kêltitehen PfMbm^tm m den Selvet- %er9een, buchrithtn wm D* Ferd. Keller, — Zurich 1965.

* La tfadition relative à des anneaux soelléadans les rechers pour le sséoe

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ne BMi do reste m dooM (}O0 oMie plaim D*ait été gagnée 8iirl«s eaifx, uva^is ce qui- eai plus difficile â détemioer, c'est répoque à laqoetle le lac fût resserré entre ses rives aetaelles. Dans tons les cas, il dut s'écoaler bien des sièct«s afaiit que les cours d'eau qui descendent le Jura, d'une part, et de l'avlre du< mont Jorat, eussent déposé l^urs apnuTrons: en barrages^ dans la rallée , de manière à diviser rancîemiietéleda lac en bassioB de grandeurs di- Tsipses. Alors seulement put av^ir lieu h formation des tcrarbières qui comblèrent peu à peu ces bassins. A cette action ées^ borrages alluviens de t'Orbe et de ses affluents, dort on peut comparer la disposition à celle des nervures d^une reaille d'arbre, il faut ajouter l'action des dunes transversales formées par le lac, et sur Tune desquelles s'élevai plus tard l'antique Bburodunum que traversait le tmrenl du Buron. Dans le» fbnd des tourbières qui se formèrent entre ces divers barrages, on a trouvé sur plus d'un point des pièces de bois travaillées par la main de rhoDome, mais la découverte la plus intéressante est celle qu'a fàfife M. Simon, syndic d'Yverdon, dans l'exploitation detourbequ'il dirige vers les UUins, au pîed du mont de Chamblon. Sous 8 jr 10 preds de tourbe, on a trouvé sur ce point deux petites bâches eu serpentine , en forme de coin, et une pointe de flèche en silex parfaitement intacte S

bttti sé' reUroiiire; dttu plOËâetrS' vallées aMuviennes d» la Suiiie et d*aatret paya; mais, an réalité, caaannaaux n^existeai nulle past, bien que le peupie croie en reconnaître les traces dans les taches ferrugineuses naturelles, propres â certaines roches. Toutefois il est rare qu'il ne se rattache à cette tradition le souvenir d'un ancien séjour des eaux ou de calque inondation noomentanée.

* U\ Sinon a fait den- de ees pièces à la ceUeetien' d'aatffutté» de la ville d'Tverdon.

mais ce qui est surtout remarquable, c'est que, d'après le rapport de M. Simon, ces objets étaient auprès de pieux plantés verticalement dans le sol. Entre le mont et ces pieux , des racines d'aulnes et des troncs d'arbres pris dans la tourbe dessinent une ancienne rive dont la hauteur répond à celle du lac actuel, d'où il résulte que la variation du niveau des eaux au pied du Jura paraît avoir été moins sensible qu'on ne le suppose généralement. Ces traces d'un ancien rivage, l'existence de pilotis et les objets recueillis auprès suffisent pour reconnaître dans cette découverte des restes de ces habitations lacustres qui ont été observées ces derniers temps sur plusieurs lacs de la Suisse ' . Les instruments en pierre, trouvés dans cette localité sans aucune trace de métal, font remonter ces constructions à un âge d'autant plus reculé que des objets en bronze accompagnent les pilotis antérieurs à notre ère, de Corcelettes et de Concise ; en outre, lorsque le lac s'étendait jusqu'au mont de Chamblon, il recouvrait l'emplacement d'Eburodunum dont la dénomination celtique indique l'existence d'un établissement plus ancien que celui des Romains. A cette époque, Chamblon, qui s'élève au milieu des marais , devait former une Ile au pied de laquelle ces cabanes de pécheurs étaient construites sur la surface des eaux qui baignaient le pied du mont.

Il est difficile de préciser le moment auquel ces constructions cessèrent de répondre à leur première destination par le fait de la retraite du lac, cependant on peut hasarder un calcul qui n'a d'autre valeur, il est vrai, que celle des probabilités.

* Voir, outre le mémoire de M. le Dr Relier, le Pays da t mai 1855 et la Gatette de Lausanne du Si juillet 1855.

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Entre les raines romaines d'Ebmrodunam et la rive actnelle est une zone alluvienne de 2500 pieds de largeur en moyenne» tandis que les pilotis de Chamblon sont éloignés do lac d'environ 5500 pieds. Il est à remarquer que Tab-* senc« de toot débris romain entre l'ancienne fille et le lac permet de supposer que celui-ci s'étendait jusqu'au pied de Tancien caslrum eburodunense, en sorte qu'il aurait fallu 15 siècles au moins pour la formation de cette Bone, à partir de la chute de Rome jusqu'à nos jours. En admettant que la zone de 5500 pieds se soit formée dans des conditions analogues, elle aurait exigé une durée de 33 siècles, ce qui reporterait au IVe siècle arant notre ère le dernier moment du séjour des eaux sons Chamblon. On peut objecter que l'espace compris entre Eburodunum et le lac est formé d'alluvions, tandis que des tourbières coupées par des dunes séparent les ruines romaines du pied du mont de Chamblon, mais on doit cependant tenir compte d'un fait, c'est que, de nos jours, la retraite du lac a Heu d'une manière uniforme devant les marécages qui se trouvent entre le lac et la route de Grandson, et devant les alluvions de la Thièle et du Buron. Quoi qu'il en soit, de nouvelles explorations apporteront sans doute quelque lumière sar cette découverte qui n'a pas pa être aieore sufBsamment étudiée à caase de l'élévation des eaux durant cette année.

Sî les anciens habitants de THelvétie élevèrent déjà, dans la plus haute antiquité , quelques-unes de leurs cabanes sur les pilotis mentionnés dans le précédent article, ils participèrent aussi aux usages des Troglodytes en utilisant pour leurs demeures des grottes de formation naturelle.

On conserve dans le musée d'antiquités de Genève cinq

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instruments en os, trouvés dans une caverne près ù'Elrambières, au pied du mont Salève. L'un de ces instruments, long de 75 lignes, a la forme d*un ciseau, deux autres, brisés, sont percés d*un trou circulaire à Tune de leurs extrémités ; le 4^, long de 65 lignes, a été anciennement fendu dans sa longueur et aiguisé en pointe ; enfin, le dernier, long de 38 lignes , ressemblerait à une pointe de trait munie de quatre ailerons, si ceux-ci n'étaient tournés en sens inverse, ce qui les rend peu propres à pénétrer dans les chairs.

Une découverte du même genre a été faite, il y a une vingtaine d'années, par M. L. Taillefer, dans une localité située au-dessous du Pas de V Echelle qui conduit de Veyrier à Monetier, entre le Grand et le Petit Saléve ' . On voit sur ce point, au pied de la montagne, plusieurs mamelons, formés de détritus et de roches éboulées, qu'on exploite pour la fabrication de la chaux. M. Taillefer, voulant s'assurer si les ouvriers trouvaient des pétrifications, ne tarda pas à remarquer que plusieurs des fragments détachés présentaient une agglomération de débris de roche anguleux, réunis en masse compacte par un sédiment calcaire, et qu'ils contenaient des silex, des charbons de bois et un grand nombre d'os fracturés. Ces débris agglutinés provenaient d'une masse dont la formation successive avait fini par remplir le vide d'une caverne de 8 à 10 pieds de diamètre sur 6 à 7 pieds de hauteur, mais il est à remarquer que les os, les silex et les charbons n'existaient qu'à la base de cette formation dans une couche qui, toutefois, n'avait pas moins d'un pied d'épaisseur. La caverne a mal-

* Je dois ï l'obligeance de M. le pasteur Taillefer les renseignements relatifs à cette découverte.

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