X PREFACE
pour son instruction, mais grâces à l'exactitude d'observation et au talent de description de notre collègue, chacun saura aisément, lorsqu'un objet d'antiquité lui sera présenté, dans quelles circonstances des objets analogues ont été trouvt^s, et où l'on les voit. Nous avons ici comme le premier catalogue d'une vaste bibliothèque, auquel il n'y aura plus qu'à ajouter de temps en temps des suppléments.
L'auteur se montre sobre d'inductions et de conclusions générales; celles qu'il énonce découlent naturellement des faits; quelques-unes cependant seraient à réformer aujourd'hui. Dans ses derniers écrits Frédéric Troyon avait déjà commencé à faire lui-même ce travail de révision ; sa fin prématurée l'a empêché de le poursuivre. Pendant le cours de sa carrière scientifique, l'archéologie avait passé par trois phases distinctes. Dans la première, celle durant laquelle les études dont ce livre est le résultat ont été faites, on trouvait surtout les débris du passé sur le sol et dans le sol ; on classait les restes de constructions , les instruments et les tombeaux.
Un peu plus tard les habitations lacustres devinrent une source abondante, presque inépuisable de découvertes nouvelles. Le XVII^ volume de nos mémoires en a fourni un compte-rendu remarqué.
Enfin, dans ces dernières années seulement, des tra-
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ces de l'existence de l'homme sur la terre à une époque beaucoup plus reculée qu'on ne le croyait précédemment étant apparues, la. spéculation scientifique s'est portée avec une sorte de passion vers les grandes perspectives que ce fait venait lui ouvrir. Troyon a pu exprimer encore ses vues sur celte nouvelle phase de la science à laquelle il s'était consacré; il l'a fait sans parti pris, comme il convient au savant véritable.
On trouve donc trois moments dans les ouvrages de Frédéric Troyon, correspondant chacun à l'une des phases que la science a parcourues depuis trente ans : Les Monuments de l'antiquité dans l'Europe barbare sont le premier moment; les Habitations lacustres, le ^ second, et l'Homme fossile, le troisième.
Septembre 1868.
EDOUARD SÉCRËTAN, professeur.
Toute étude dout on fait son champ d'activité, ne tarde pas à s'agrandir, à étendre son horizon et à devenir un monde si vaste qu'on est obligé de se limiter à quelqu'une de ses parties, si Ton veut en faire le sujet de recherches approfondies. Cette observation, qu'on peut appliquer à la plupart des sciences, est vraie aussi quand il s'agit des monumerUs de l'antiquité dont nous avons à nous occuper. Afin de nous entendre dès le point du départ, et pour ne pas nous méprendre sur la valeur des mots, nous dirons que par l'antiquité nous comprenons tous les siècles qui se sont écoulés depuis les temps les plus reculés jusqu'à Tintroduction générale du christianisme en Europe. L'expression de monument a, dans V archéologie, c'est-à-dire dans l'étude de ce qui est ancien, un sens plus étendu que dans le langage ordinaire. Cette expression ne s'applique pas seulement à Tarchitecture, mais à tout ce qui est écrit, à tout ce qui est le produit de l'art et de Tindustrie. Ainsi, ouvrages de science, d^histoire et de littérature, édifices religieux et publics, constructions particulières, œuvres
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d'art, statuaire, scolptare, gra?ure, peinture, armures du guerrier, vêtements, ornements, meubles, ustensiles et objets divers, en un mot, tout ce qui nous révèle la vie des anciens peuples, rentre dans le vaste champ de Tarchéologie. — Nous commencerons par en éliminer les ouvrages écrits qui appartiennent plus spécialement à la philologie, dont le but est d'interpréter ou faire connaître les auteurs anciens. Toutefois, nous recourrons à ceux-ci chaque fois qu'ils pourront jeter quelque lumière sur notre sujet. L'histoire, entr'autres, est un guide pour cette étude, qui devient à son tour un complément des sciences historiques.
Après cette élimination, il reste encore à examiner les monuments de l'art, les ouvrages matériels sortis de la main des hommes, et à déterminer leur destination et l'époque à laquelle ils appartiennent, dans chacun des pays où ils se retrouvent. Ce vaste champ n'a encore été exploré que partiellement. Quand on jette un coup d'œil d'ensemble sur les peuples de l'antiquité, on se trouve transporté dans un monde où apparaissent quelques points lumineux, au milieu de l'obscurité. Les parties les mieux éclairées ne laissent pas de projeter leurs ombres au loin. Au delà, quelques lueurs nous permettent d'entrevoir des populations nombreuses, qui se meuvent et se heurtent au fond de la scène, apparaissent un moment, et se replongent dans l'obscurité.
VEgypte est un de ces pays qui attire tout d'abord notre attention par la haute antiquité de sa civilisation. La Grèce, V Italie, offrent un sol riche en monuments, empreints de grandeur et de l'art le plus avancé. Quelques mots sur ce qui nous reste des peuples qui ont illustré
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ces contrées, servîroDt à noas iDlrodaire an sajet qui doit nous occuper plus tard.
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VEgypte S dont tel de ses monuments a près de 4000 ans d'antiquité, conserve les témoignages d'un développement avancé, dés les âges les plus reculés. Une longue durée a été assurée à ses édifices par la construction de ses murs de briques ou de pierres de taille, liées par des armatures en bois, et dont la largeur va en diminuant de la base à la partie la plus élevée. Temples, palais, pyramides, obélisques, sont encore debout.
L'enceinte du palais de Louqsar, à Thèbes, renferme les ruines d'un temple dont la description donnera une idée sufSsante de ce genre de constructions chez les Egyptiens. Dne porte flanquée de deux espèces de tours carrées donne entrée dans une cour en carré long, ornée de portiques, dont le plafond repose sur des piliers cariatides. Au- fond de la cour une porte conduit à un second portique soutenu par deux rangées de colonnes surmontées de chapiteaux ayant la forme d'un bouton de lotus. La lumière y pénètre par des jours pratiqués au plafond. Enfin, de ce second portique on passe dans le sanctuaire, de forme carrée, habité par le Dieu, ou l'animal sacré, son symbole vivant. Le temple a dans son ensemble 160 pieds de longueur sur 76 de largeur. Les colonnes, généralement sans
* La plupart des détails suivants sont extraits de Yarchéologie ou Traité de$ mUquUéi, par ChampoUion Flgeac.
base, de forme cylindrique, sont d'un très grand diamètre par rapport à leur grandeur. Des sculptures et des inscriptions les recouvrent, ainsi que les parois et le plafond du temple.
A l'entrée des édifices, on élevait parfois des obélisques. Ce sont de grands monolithes de granit rose, taillés à A faces, dont l'épaisseur diminue de la base au sommet terminé en pyramide. Ils reposent sur un piédestal carré, de la forme d'un dé, et ont parfois plus de 100 pieds de haut. Les faces, polies avec un grand soin, sont légèrement convexes pour éviter qu'à l'œil elles ne paraissent concaves. Des hiéroglyphes ^ont sculptés sur les quatre faces avec la plus grande pureté de dessin, et indiquent le motif de la fondation de l'édifice devant lequel on a élevé ces obélisques. — Celui de Louqsor, transporté à Paris, est haut de 70 pieds, et pèse 4457 quintaux.
Les monuments les plus gigantesques de l'Egypte sont les pyramides. La plus remarquable se trouve dans les environs de Memphis, sur une roche élevée d'une centaine de pieds au-dessus du niveau du Nil. Sa base, de forme carrée, mesure 716 7i pî^ds de long sur chacun de ses côtés, et sa hauteur verticale 428 pieds. La première assise posée sur le roc porte 202 autres assises placées en retraite de manière à former un nombre égal de degrés ou gradins, en sorte que le monument s'élève en se rétrécissant et se termine à peu près en pointe à son sommet.
On a calculé qu'avec les matériaux employés à cette construction, on pourrait entourer l'Espagne d'un mur de 6 pieds de haut. A la face nord de la plus grande pyramide, au niveau de la 15® assise (environ 45 pieds au-dessus du sol) on a découvert l'entrée d'un couloir auquel
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correspondent d'autres galeries qui conduisent à deux salles de différentes grandeurs. Dans la plus spacieuse était un sarcophage de granit. Un puits taillé à l'intérieur descend à une grande profondeur au-dessous du niveau du Nil. — A quelque distance de ce monument est un sphinx co** lossal, devant lequel est ménagé une entrée qui communique aussi par des galeries souterraines à celles dont je viens de parler. L'antiquité de cette pyramide, qui doit être envisagée comme un tombeau, remonte au temps reculé où les Egyptiens ne connaissaient pas encore l'écritore, car il ne s'y rencontre, nulle part, une trace d'inscription, tandis que les autres monuments de l'Egypte en sont toujours couverts.
Les autres pyramides, d'âge postérieur et de grandeurs diverses, ne laissent aucun doute sur leur destination, elles servaient aux rois et aux grands personnages de lieux de sépulture.
Dans la Haute-Egypte, d'immenses excavations dans les montagnes de la Thébaïde, ornées avec une rare magnificence, étaient destinées au même usage. Voici la description qu'en donne Champollion ' : «Un grand nombre de couloirs conduisaient, par des issues souvent déguisées, à la grande chambre où était le cercueil, ordinairement de granit, de basalte ou d'albâtre. Les parois de l'excavation entière, ainsi que le plafond, étaient couvertes de sculptures coloriées et d'inscriptions hiéroglyphiques où le nom du roi défunt était souvent répété. On y figurait ordinairement toutes les cérémonies funéraires, la pompe môme de l'inhumation, la visite de l'âme du mort aux divinités
* Arehéol. pag. 29.
priDcipales, ses offrandes à chacune d'elles, enfin sa présentation par le dieu qui le protégeait au dieu suprême de VAmetUhi, ou enfer égyptien, et son apothéose. Rien n'égale la grandeur de ces ouvrages, la richesse et la variété de ces ornements. Les figures, quoiqu'on très grand nombre, sont parfois de grandeur colossale ; souvent aussi les scènes de la vie civile se mêlent aux représentations funéraires : on y voit les travaux de l'agriculture, les occupations domestiques, des musiciens, des danseurs et des meubles d'une richesse, d'une élégance admirables ; au plafond sont ordinairement des sujets astronomiques ou astrologiques. »
Il faut chercher dans la foi des Egyptiens la cause du soin qu'ils apportèrent aux sépultures, ils croyaient que le bonheur de l'âme était inhérent à l'état de conservation du corps. Aussi toutes les classes de la société faisaient-elles embaumer leurs morts, toutefois l'embaumement variait suivant la position que le défunt avait occupée dans la société. Les momies étaient parfois recouvertes de fines lamelles en or et ornées de bracelets et de colliers du môme métal. Elles renferment souvent des amulettes et des papyrus portant les prières que l'âme adresse à chaque dieu, et la peinture de la scène du jugement. Il est curieux de rencontrer encore de nos jours un usage qui répond à ce dernier trait. Les Russes déposent aussi dans la tombe de leurs morts une feuille remise par le prêtre, et qui contient également des prières à Dieu et aux saints.
Les Egyptiens ont laissé plusieurs stotu^, dont quelquesunes« colossales, ont jusqu'à 40 pieds de hauteur. Dans la
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représeqtatioD de leurs dî?iDités, ils ont reprpdaitla forme humaîDe pure, ou bien le corps humaiD surmonté de la tête de l'animal consacré à la divinité, ou enfin l'animal entier avec les attributs du dieu. Les matières les plus diverses ont été employées. La forme et les détails constamment les mêmes, pour le môme sujet, étaient réglés par le culte. Même régularité sur les bas-reliefs, taillés dans le creux, de manière à ne pas faire saillie hors du plan.
Dans le style égyptien, les lignes droites ou peu courbées dominent dans le contour général de la tête. Ronde par derrière, elle a les traits de la physionomie très saillants; les oreilles s'élèvent au-dessus des'yeux, ceux-ci sont très fendus et les lèvres saillantes. Les membre» sont en général d'une longueur outrée.
Lapeinture fut aussi cultivée dès la plus haute antiquité; temples, tombeaux, momies, manuscrits en rendent témoignage.Des paletteset des coquillages contenantdes couleurs ont été découverts par M. Passalaqua et déposés dans les riches collections de Berlin. L'éclat primitif que ces couleurs ont conservé malgré leur emploi sur les matières les plus diverses, laisse juger de l'habileté des procédés employés. Les observations sur le style égyptien s'appliquent aussi à la peinture. L'art des ombres, de la perspective, n'est pas très avancé, mais en revanche l'imitation des couleurs des êtres naturels est parfaite. L'étude des sujets est une source féconde de renseignements sur les usages, les mœurs et les costumes de cette époque.
La mosaïque, qui est aussi une sorte de peinture exécutée par l'assemblage de petits dés en pierre ou en émail, a
été connue des Egyptiens, comme le prouve un fragment de cercueil de momie, conservé dans la collection de Turin.
Les pierres gravées ou camées forment à elles seules une science ; la glyptique. Les sujets reproduits peuvent être divisés en trois classes : sujets mythologiques, historiques et chimériques.
C*est dans la collection égyptienne de Berlin qu'il faut entr'autres étudier tout ce qui a rapport aux ornements et ustensiles de la vie privée ; formée par les recherches de M. Passalaqua et de M. le général de Minutoli , elle a été dernièrement enrichie par le récent voyage de M. le pro* fesseur Lepsius.