ÉTRURIE
La contrée de l'Italie qui présente les plus anciennes traces de la civilisation est VEtrurie, au nord de Rome. Dans ce pays, de môme qu'en Sicile, existent ces murs cyclopéens formés de blocs immenses disposés de manière à présenter sur les parements des polygones irréguliers. Les temples des Etrusques avaient une forme oblongue. Ils consistaient aussi en un portique et le temple proprement dit ou sanctuaire, consacré à Jupiter, à Mercure et à Junon. Leurs monuments les plus importants sont les tombeaux. Ils creusaient dans le roc vif des grottes peu profondes, composées quelquefois de plusieurs pièces, mais ayant, en général, la forme d'une croix. Le corps du défunt est déposé sur le sol sans être brûlé. On voit encore aux environs de Tarquinia, près de 2000 de ces grottes. Les pilastres sont chargés d'arabesques, et une frise qui règne autour de ces grottes, est composée de figures peintes, drapées, ailées, armées, combattant ou traînées dans des chars attelés de chevaux. Ces scènes peintes sont très variées. On y retrouve les idées des Etrusques sur l'état de l'âme après la mort, des combats de guerrier à guerrier, des com-
ÉTRURIR. IS
bats plus nombreux, ud roi qui survient dans la mêlée, des danseuses, et d'autres sujets.
Les caractères principaux du style étrusque sont d'après les plus anciens monuments de ce peuple , les lignes droites, l'attitude raide, les défauts de proportion dans les membres. La forme des têtes est un ovale rétréci vers le menton qui se termine en poiate. Les bras des figu*^ rines sont pendants, les pieds parallèles, les plis des draperies marqués avec un simple trait. Le second stylé se reconnaît à quelques perfectionnements sans que la raideur et la gône de la pose aient disparu. Apollon est fait comme un Hercule. Le troisième style est dû à l'influence des Grecs et se confond avec eux en une seule école pour la peinture sur vase.
Aux caractères généraux du style étrusque on ne confondra pas les monuments de leur sculpture avec ceux des Egyptiens, quoique l'exécution générale ait quelque chose d'analogue. Les Etrusques n'ont pas fait de figures en gaine ou à tête d'animal sur un corps humain. Leurs bas-reliefs les plus anciens sont en terre cuite et peints, c'est ce style raide, sec et maigre que les Romains nommaient tuscanien. Peu après se dévoile déjà l'influence des Grecs sur les arts de la vieille Italie. Les Etrusques figurèrent aussi des animaux, des monstres et des chimères, qui répondaient sans doute à des croyances populaires ou religieuses.
Les Etrusques cultivèrent la peinture avant les Grecs . Pline leur attribue un certain degré de perfection, déjà avant que les Grecs eussent échappé à l'enfance de l'art. De très anciennes peintures à Ardée en Etrurie, et à Lavinium, avaient encore du temps de Pline toute leur
fraîcheur primitive. Cet auteur njoute qu'on voyait aussi des peintures plus anciennes à Cœres, autre ville de TEtrurie, desquelles il fait encore l'éloge.
Les vo^es des EtrusqueSj souvent confondus avec ceux des Grecs à cause de leur analogie, sont cependant plus anciens que ceux-ci. On ne peut contester l'origine de ceux qui ont été découverts dans l'ancienne Etrurie. Les figures sont généralement dessinées en noir sur un fond jaune pâle ou rougeâtre, et portent le costume particulier à la vieille Italie. Les hommes et les héros ont une barbe et une chevelure volumineuses. Les dieux et les génies des grandes ailes. Quand les inscriptions portent des caractères de l'alphabet étrusque, différents de l'alphabet grec, alors il ne peut y avoir aucun doute.
D'entre les antiquités étrusques il faut encore citer des plaques métalliques rondes ou elliptiques, munies d'une poignée, plaques dont une des faces est polie, tandis que l'autre porte des sujets mythologiques ou historiques gravés au trait. Ces pièces, qu*on a pris quelquefois pour des patères, n'étaient autres que des miroirs. M. Gerhardt, professeur à Berlin, a fait de ce genre de pièces une étude toute particulière, riche en résultats importants relativement à la mythologie des Etrusques. Il n'est pas sans intérêt qu'un de ces miroirs ait été découvert dans les ruines romaines d'Âvenches. Le sujet qu'il porte est celui d'Hélène. Cette pièce a été déposée dans le musée de Lausanne.
ROMB. 17
Avant que Rome fût fondée, des peuples étaient nés, avaient grandi et vieilli sur le sol antique de Tltalie. La grandeur d'un nouveau peuple éclipsa des gloires plus anciennes et répandit au loin ses monuments, comme pour assurer le souvenir de sa puissance. Pour un œil tant soit peu exercé il n'est pas difficile de reconnaître les constructions romaines aux assises régulières de leurs murs, ou à la disposition des pierres, dont les joints présentent l'aspect d'un réseau.
La distribution des maisons des Romains diffère de celle des Grecs par le fait que les premiers vivaient avec leurs femmes dans un appartement commun. Bien qu'il y eût des règles observées assez généralement, il va sans dire que souvent on s'en écartait. Dans la maison du riche, les salles à manger, à recevoir les visites, la bibliothèque, la galerie des tableaux et les bains étaient particulièrement ornés. C'était surtout dans les maisons de campagne qu'on déployait un luxe sans bornes.
Ce que nous avons dit des temples et des autels grecs s'applique, en général, à ceux du peuple qui nous occupe, sauf quelques différences dans les proportions.
Les Romains élevèrent quelquefois des colonnes monumentales de grandes proportions, en l'honneur d'un prince ou d'un chef militaire. La colonne Trajane et la colonne Anlonifie, revêtues de bas-reliefs historiques, et munies d'un escalier à Tintérieur, ont servi de modèle à la colonne française de la place Vendôme.
HÉM. ET OOGUM. XXT. 9
Les théâtres diffèrent peu de ceux des Grecs ; seulement les Romains ont surpassé les Grecs en grandeur et en magnificence. On construisit des théâtres dans presque toutes les villes et dans les provinces conquises. A Augst près de Bâie, les ruines du théâtre sont encore imposantes. A Avenches, les parties qui en ont été découvertes ces dernières années par les soins de M. d'Oleyres, font vivement regretter qu'on n'ait pas apporté plus de soin à la conservation d'un pareil monument.
Les amphithéâtres furent particuliers aux Romains. C'étaient d'abord deux théâtres réunis, dont les gradins formaient ainsi un cercle. Plus tard, la forme elliptique fut généralement adoptée. Le sol se nommait Varène, parce qu'il était couvert de sable ; des gradins s'élevaient alentour; ils pouvaient contenir jusqu'à 80000 spectateurs. C'étaient là que se donnaient les combats des gladiateurs et des bétes féroces qu'on gardait enfermées dans des loges au niveau de l'arène. A l'extérieur, les amphithéâtres étaient divisés en plusieurs étages ornés d'arcades, de colonnes et de pilastres. En France l'amphithéâtre de Nîmes est célèbre ; il ne reste plus de celui à' Avenches que quelques murs extérieurs et un enfoncement dans un verger.
Les cirques étaient essentiellement destinés aux courses de chevaux ou de chars, aux combats de gladiateurs et aux combats simulés. Trois portiques fermaient sur trois côtés l'enceinte générale du grand cirque de Rome. A une extrémité était la borne autour de laquelle les concurrents devaient passer sept fois.
Les Romains apportèrent, ainsi que les Grecs, un grand soin à la construction de leurs bains, dont ils faisaient un
très fréquent usage. Ces bains étaient ornés de peintures, de bas reliefs et de statues. Outre les bains destinés au public il en existait dans beaucoup de maisons particulières. Il n'est pas rare d'en retrouver des ruines dans le canton deVaud.
Les arcs de triomphe consistaient en de grands portiques élevés à Ventrée des villes, sur des rues, des ponts on des chemins publics, à la gloire d'un vainqueur ou en mémoire d'un grand événement. Il en est d'une, deux, et trois arcades. Parfois ils portaient des statues équestres ou des chars de triomphe. Des bas-reliefs représentaient les armes des ennemis vaincus, des trophées de tout genre et même les monuments des arts qui avaient orné la marche du triomphateur. Plusieurs de ces portiques ont été gravés sur les revers des médailles romaines.
Les tombeaux les plus communs sont un cippe en pierre plus ou moins considérable, plus ou moins orné, ordinairement de forme quadrangulaire, et portant sur sa face principale l'inscription latine qui rappelle les noms, les titres et la filiation du défunt. Les cendres du mort étaient enfermées dans des urnes composées de diverses matières et de formes variées, avec ou sans inscription. Les urnes de la même famille étaient quelquefois déposées dans un local préparé à cet effet. Les murs intérieurs étaient percés de plusieurs étages de petites niches cintrées, et dans chacune desquelles on plaçait une ou plusieurs urnes. Des inscriptions indiquaient les noms et les titres des membres de la famille. C'est ce que les Romains appelaient columbarium, à cause de la similitude des niches avec les cases où les pigeons
20 INTnODUCTION.
font leurs nids. Quand, à la suite d'une guerre ou d'un naufrage, le mort avait été privé des honneurs de la sépulture, on lui élevait un cénotaphe, tombeau vide qui portait les mêmes ornements que les tombeaux ordinaires. — Il n'est pas rare de retrouver chez nous des tombeaux de l'époque de la domination romaine. Un assez grand nombre d'inscriptions funéraires ont été recueillies à Nyon et à Avenches. Un colombarium a même été découvert il y a plusieurs années dans un champ aux environs de La Sarraz. Grand fut Tétonnement de Tagriculteur en pénétrant dans cette petite salle souterraine. A voir les murs ainsi garnis de vases, il ne douta pas que ce ne fût une pharmacie; mais ce qui le surprit fort, c'est que toutes les drogues étaient réduites en cendres ; aussi après s'être bien assuré qu'il n'y avait plus rien d'utile, tout fut soigneusement détruit.
Les tombeaux étaient ordinairement déposés le long des rou^e^. Aucun peuple de l'antiquité n'égala les Romains dans la construction des voies publiques. Non-seulement Tltalie en fut sillonnée, mais aussi les pays conquis. Les deux voies principales qui traversaient notre pays longeaient, l'une les bords du lac, l'autre le pied du Jura.
Les aqueducs, destinés à conduire les eaux, étaient souvent des constructions considérables. Pour vaincre les inégalités du sol on élevait des arcades, espèces de ponts, d'un, de deux ou de trois étages. Au-dessus était le canal enduit d'un ciment très dur. D'autres fois c'étaient des canaux souterrains d'une grande étendue comme on en trouve encore près de Nyon, de Cheseaux, A'Ursins et à'Avenches. On employait aussi des tuyaux en argile ou