LES BARBARES
Pendant que les Grecs grandissaient dans les arts, et tandis que Rome méditait la conquête du monde, que se passait-il dans le reste de l'Europe? — Nous voyons de temps à autre des bandes de peuples dévastateurs faire une descente dans le midi, menacer Rome à son berceau, piller les trésors de la Grèce, et se retirer, chargés de butin, dans des contrées peu connues. Ces hardis aventuriers n'ont pas eu d'historiens. Les auteurs qui nous en ont parlé étaient leurs ennemis, et, à part un bien petit nombre, on peut s'assurer qu'ils manquaient de renseignements suffisants.
A côté de ces traits épars de l'histoire, nous devons, pour en connaître davantage, recourir à l'archéologie. Mais l'attention, captivée par les monuments du midi, s'est peu tournée vers le nord. Pendant que l'antiquité grecque et romaine a été explorée avec un soin digne d'éloges, on a comparativement peu fait pour le reste de l'Europe. Il faut le dire, les antiquités des peuples barbares ont trouvé de la défaveur. Dans la préoccupation où l'on était des monuments de l'art, on a repoussé ce qui au premier
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coup (l*œil ne présentait pas le même attrait. D'autre part des travaux écrits dans un point de vue trop exclusif ou avec un système préconçu, auquel on cherchait à ployer tous les faits, ont servi à discréditer l'étude de l'archéologie barbare et l'ont empêchée de prendre dans la science le rang qu'elle mérite. — En restreignant le champ de l'archéologie au point de vue artistique, on a exclu un grand nombre de monuments; si l'on eût envisagé l'archéologie au point de vue historique, il y aurait eu place pour tout. Nous chercherons à saisir le fait archéologique en luimême, dans sa liaison avec d'autres faits, dans sa signification relativement au peuple et au4emps auquel il appartient.
Nous avons dit qu'en comparaison des antiquités grecques et romaines'on s'était peu occupé des antiquités des peuples barbares. Ce n'est pas qu'on n'ait beaucoup écrit sur ce sujet. Déjà dans les siècles passés on s'est passionné pour les Celtes. Depuis un certain nombre d'années de nombreuses sociétés archéologiques se sont formées en Suisse, en France, en Angleterre, en Allemagne, dans le Nord, et en Russie, publiant chacune des mémoires ou des rapports annuels sur leurs travaux. Des écrits nombreux ont été publiés, mais en général ces publications traitent de découvertes plus ou moins isolées, et dans les jugements portés il est facile de se convaincre que les auteurs manquent souvent d'une connaissance générale et approfondie du genre de monuments dont ils traitent. On possède cependant sur les sépultures nationales de France l'ouvrage de Le Grand d'Aussi; sur les antiquités de la Normandiele premier volume du cours d'antiquités monumentales de Caumont, Schœpflin sur l'Alsace, de Frémin-
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ville sur la Bretagne française, les tumuli de TÂngleterre par sir Hoare et le D^^ Stukely, les monuments antiques de la Grande-Bretagne par King, les antiquités du Mecklembourg par le D^ Lisch, celles de TAllenjagne par Wagener, le Dr Klemme et Keferstein, celles de Suède par Sjôborg el Nilsson, et celles de la Livonie par Kruse, Ces ouvrages de mérites divers, sont les parties plus ou moins incohérentes d*un tout sur lequel il n*a pas encore paru de travail étendu. Chaque publication a cependant sa valeur, en tant qu'elle renferme des faits. A cet égard, l'étude des collections est indispensable. Il en existe dans un grand nombre de localités; les^plus remarquables sont celles de Dublin, de Schwerin, de Copenhague et de Dorpat. Enfin les fouilles que Ton pratique dans le sol sont la source la plus instructive pour Tarchéologue. Si le travail n'avait pas été trop exclusivement celui du cabinet, si les découvertes avaient été observées de plus près on aurait bien souvent évité des méprises qui ne font que retarder les progrès de l'étude.
D'après ce qui précède nous laisserons de côté VAfrique, VAsie et V Amérique, sauf à y faire quelques excursions lorsque notre sujet le comportera.. Plus d'une fois les peuples sauvages nous fourniront aussi quelques éclaircissements sur Tusage d'objets divers qui leur sont communs avec les peuples de l'antiquité.
Le but que nous nous proposons dans ce cours, est de traiter dans leur ensemble les monuments de Vancietme Europe étrangers à la culture classique, de pré^enteren ua