ROYAUME DE SIAM
Les palais du roi de Siam ont trois enceintes, quelquefois fort éloignées Tune de l'autre, et laissant entre elles des espaces considérables. Tout ce que realetme Tenceinte intérieure, c'est-à-dire le logement du roi avec quelque cour ou quelque jardin, porte le nom de vang; le palais entier avec toutes ses enceintes s'appelle prassat, La disposition de ces palais est fort singulière; toutes leâ pièces sont rangées en file sur une seule ligne, et il y a toujours quelques marches à monter de Tune à l'autre jusqu'à la dernière qui est la plus élevée de toute, et qui est réservée au logement du roi. Tel était l'ancien palais de Siam, abandonné depuis l'invasion des Birmans, et qui était d'une telle étendue que, suivant Turpin, il ressemblait à une ville, entourée d'une triple enceinte de murailles de brique, sans fenêtres. Aujourd'hui cette disposition est moins rigoureusement observée, quoique on en retrouve le souvenir dans le nouveau palais de Bankock (voyez la vigneUe, page 91 , et le frofUispice). La salle d'audience est un vaste parallélogramme de vingl<*sept mètres de long sur treize de large; deux rangs de colonnes en bois conduisent de la porte d'entrée au trône, élevé sur des degrés. Les parois et le plafond sont peints en rouge, les corniches sont ornées de belles dorures, et des étoiles décorent les lambris.
Dans les forêts où le roi a coutume de chasser, sont des palais de bambous, peints en rouge, et qu'on s'empresse de meubler quand ils doivent recevmr le prinoe.
Les talapoins ou prêtres habitent les couvents appelés voto, auxquels est toujours joint un temple. Le temple et le couvent occupent un fort grand terrain carré, entouré d'une clôture de bambous. Au milieu de cette enceinte en est une seconde, également rectangulaire, mais construite en matériaux solides, avec une entrée aux deux extrémités; c'est au centre de celle-ci que s'élève le temple. Entre les deux enceintes sont cpielques arbres, et les cabanes isolées des talapoins. Ces espèces de cellules sont de petites maisons de bois, élevées sur des piliers; celle du supérieur ne se distingue cpie par une étendue et une hauteur un peu plus considérables.
Les maisons particulières (voyez le frontispice) sont petites, mais accompagnées de dépendances assez vastes. Des claies de bambous fendus, souvent peu serrées, en composent les planchers, les murs et les combles; les piliers sur lesquels eHes sont <4evées pour éviter l'inondation sont de gros bambous d'environ quatre mètres de hauteur. Ces poteaux ne dépassent jamais le nombre de quatre ou de six. L'escalier est une véritable échelle de bambous, et qui pend en dehors comme celle d'un moulin. Comme les étables sont également exhaussées, les animaux y montent par un plan incliné, aussi composé de claies.
Les maisons n'ont qu'un étage, afin, dit-on, que personne ne puisse être plus haut placé que le roi, lorsqu'il passe sur son éléphant. Il est bien entendu que ces
CONSTRUCnONS MILITAIRES. 91
18 tfbéa àm sont réservées au peuple. Déjà , au temps de la Loubère (1687), dEtEnrapdau et des Chiuois avaient des demoires construites en brique, et les piMii (Aciers de la cour possédaient des maisons de menuiserie qui ressemblaient à de gnndes annoires, dans lesquelles, à la vérité, ils logeaient seuls avec leur priadpile femme et leurs enfants ; la suite habitait des cabanes ordinaires. AaftMrd'biii les maisons des riches marchands, celles des dignitaires du royaume, I, les palais, sont ordinal i-ement faits de matériaux plus solides et plus X que les bambous et les feuilles de paLnier; le marbre, la pierre, la brique, b mortier, le bois de charpente entrent dans ces constructions, la toiture est mncat en tuile ronge, parfois en étain laminé, ou kaUn, qui resplendit au soleil.
Vaal de hurtifier est presque inconnu aux Siamois; ils ont dû s*y appliquer d'autiBt mbÏBS que le pays 'est défendu naturellement par ses impénétrables forêts , ses JMwbflMes canaux, et l'inondation annuelle. Ils ont même été retenus longtemps |ar la ahigaliëre crainte, s'ils construisaient des forteresses, de les perdre et de ne roÎT les reprendre. Celles qu'ils possèdent ne pourraient tenir contre une poignée is, et j'ai déjà dit qu'elles n'avaient aucune durée, faute de fondations • et iHofondément établies.
, Sian a une enceinte de murailles telle quelle ; Pi-Sa-Lâck est entourée fcnqMlrt de brique, et Bankock a des espèces de fortifications sans fossés, a de batteries, la plupart sans canons.
N doit aujourd'hui réunir sous une seule dénomination, et confondre d;ins un même cha- |>ilrc, les diverses contrées qui occupent la partie orientale de l'Inde transgangélique , et qui étaient autrefois autant d'États distiDcts. Ce pays s'étend depuis le neuvième de];n^ de latitude soptenlrionulc jusqu'au vingltruisiénie, et en longitude depuis le cent dixhuitième degré tnmte minutes, jusqu'au renl vingt -septième degré trente minutes; Jl esl borné au nord |>ar la Chine et par la nier de Chine, au sud par cette même mer, à l'ouest par le royaume de Siam. i'x's Etals Tormeiit maintenant u» seul empire, c«lui d'Aonam, compost- du Tunkîn,
de la Cochinchine^ du Tsiampa, du Cambodje, du Laos, du Lac-Tlio et du Kan-Kao.
Toute la partie de cet empire, située au sud de Tunkin, est partagée en trois grandes divisions; la première, qui comprend la pointe méridionale qui forme r«xtrémité du golfe dé Siam , et qui occupe à peu près depuis le neuvième degré de latitude jusqu'au douzième, s^appelle Don-naï ; la seconde, qui s'étend de là jusqu'au seizième degré, se nomme Chang, et la troisième, située entre oelle-ci et le di\' septième degré, où commence le Tunkin, porte le nom de Hué».
La côte maritime de ces divisions oiTre des baies et des havres sûrs et commodes. La grande rivière de Don-nai (Cambodie sur les cartes) est navigable pour les plus grands vaisseaux jusqu'à la distance de cinquante kilomètres dans Fintérieur des terres, où l'on trouve la ville de Sai-Gong, qui a un port vaste et commode, et un grand arsenal pour la marine. Cette rivière se partage en plusieurs bras fort larges.
Dans la division de Chang on trouve la baie et le havre de Ghin-Cheu. Le havre est vaste et parfaitement à l'abri des vents; mais les grands vaisseaux n^ peuvent mouiller qu'à la haute mer, à cause d'une barre qui travierse l'entrée assez étroite du goulet qui y conduit de la baie extérieure. A la tète de ce havre se trouve la ville de Quiu-Nong. La principale ville de la province de Hué porte ce même nom ; elle est sur le bord d'une grande rivière navigable pour des vaisseaux d*un port consi-^ dérable; mais une barre de sable traverse l'embouchure. La baie de Han-San, une des plus commodes de tout le Levant, est située un peu au sud de cette rivière; c'est elle qui est ordinairement désignée sur les cartes sous les noms du Touron, Turon ou Touranne.
Le Tunkin proprement dit tient, au sud, à la Cochinchine et au Laos; au nord, à la Chine par la province de Kang-Tong; à l'est, à cette même province et à la mer de la Chine qui forme un golfe qui prend son nom du Tunkin; à l'ouest, au Laos, au Lac-Tho et aux provinces chinoises de Yun-an et Kuan-si. Les points de contact du Tunkin avec la Chine sont pour la plupail des déserts dont les eaux sont malsaines, et les limites des deux États n'ont point été et ne sont point encore déterminées d'une manière bien positive. Entre le Tunkin et la province de Kang-Tong sont des montagnes inaccessibles, qui ne laissent qu'un intervalle dont le passage est fermé par une muraille, dont la double porte est gardée par les soldats des deux pays« Le Tunkin tire principalement sa fertilité du Sang-Roi, vaste Oeuve dont le cours n'a pas moins de soixante-quatre myriamètres. Je ferai remarquer, en passant, que la dénomination de Tunkin n'est point exacte; le pays ainsi nommé en Europe s'appelle Kiao-Tchi (i). Cette erreur est venue de ce qu'on a attribué à l'État le nom de sa capitale qui, pendant un temps, s'est appelée Dong-Kinh (Dong, eil, et Kinh, Dil/e). Depuis la réunion du Tunkin aux autres États* qui forment l'empire d'Annam, sa capitale se trouvant au nord de cet empire a pris je nom de Bac^Kinh (ville du nord); elle est aussi appelée Thang-Long-Thanh (vtUedudragon jaune).
(1) Kiio-Tchi signiSe orteiU croiêéi ; cette singulière dénomination a. été inventée par les Chinois , qni ont cru remarquer une disposition particulière dans Torteil des femmes tonkinoises.
La Cochinchine est une longue langue de terre, sur le bord de la mer de Chine, qui, avint les conquêtes qui Font agrandie, n'était estimée avoir que trente-deux ■lyriamètres de longueur, du nord-ouest au sud-est. Aujourd'hui, en y comprenant la partie du Cambodje, qui y est réunie, et le Tsiampa, qui y est englobé, elle se prolonge depuis le neuvième degré de latitude , jusque vers le dix-septi^e ; sa larfonr est fort inégale, dans la plus grande dimension elle est de quatre-vingts à cent kUomètres, tandis qu'il est quelques jparties oii, de la mer au pied des montagnes inhabitables y cette largeur n-est pas de plus de trois à quatre kilomètres. La Cochinchine se divise en haute, centrale et basse; la capitale de la haute est Phu-xuan ou Hné^bu; la centrale en a deux, Quin-nong et Qui-phu; la capitale de lai basse est Sal-gong. Ce pays est aussi partagé en sept provinces qui sont, en partant du sud, Bin-Thuan, Nah-Trang; Pha-yen, Quin-nong, Kang-a'i, Kang-nan ou Han, enfin Hué» La Cochinchine tient du liord au Tunkin , de Test et du sud à la mer de Chine, de Toiiesl au royaume de Siam , au Cambodje et au Laos; elle est séparée du Tunkin par mie chaine de montagnes qui ne laisse qu'un intervalle d'environ trois kilomètres, fermé par une muraille. Le nom de Cochinchine aurait été formé par les Portugais de oeax de Kiao-Tchi, le Tunkin, et de Djinna ou Tsina, la Chine; telle est du moins rqpinion de plusieurs voyageurs; selon d'autres, Co^cAtft-Jstna signifierait en japonais poyi à l'auesi de la Chine.
Le Tchiem-Thanh , désigné par les Européens sous le nom de Tsiampa, Tsiompa on Ciampa, est enclavé dans la Cochinchine; il lui tient au nord et au midi; à l'est il est borné par la mer de la Chine, à l'ouest par le Cambodje. C'est un petit pays montagneux, qu'on peut traverser en trois jours de marche; il peut se diviser de Test à Touest en trois parties; la partie orientale est un désert, composé de montagnes, dont quelcpies-unes ont leur base baignée par la mer. C'est à travei*s ces aMMBtagnes qu'il faut passer pour se rendre de la basse Cochinchine à la Cochinchine centrale, et il n'y a point d'eau potable dans une grande partie de cette route. Le BÛlien du Tsiampa est habité et cultivé; enfin le Tsiampa occidental est un pays de montagnes dans lequel errent quelques hommes presque sauvages. On trouve la première mention de ce pays dans Marco-Polo ; et plus tard il en est souvent parlé dans les écrits des missionnaires à la Cochinchine. C'était autrefois un royaume assez puissant, que les Européens n'ont connu qu'au moment de sa décadence, et qui n^existe plus maintenant. Le quatrième roi de la deuxième dynastie tunkinoise s'en empara vers la fin du quinzième siècle, le réunit à ses Etats, et en forma deux provinces qu'il nomma Thuan-hoa et Kouang-nam.
Le Cambodje ou Cambodia commence un peu au-dessus du neuvième degré de latitude, et finit au douzième; il tient, à l'est, à la Cochinchine et au Tsiampa; à l'ouest, au royaume de Siam; au nord, au Laos; au sud, à la Cochinchine. Ce pays est maintenant appelé Kao-mien ou Kao^men par les Tunkinois; plus anciennement ils le nommaient Tchan-lap, ce qui est la même chase que le Tchin-la des Chinois. Le Cambodje, désigné par ses habit^ints x)ar le nom de Youdra-Skan, est une rontré(* fertile, qui ne compte que deux villes principales, Penom-Peng ou Ca-lx>mpé, la
capitale moderne, et Ponta'i-Pret, l'ancienne capitale, plus connue sous le nom de Cambodje. Le Gambodje a été un royaume assez puissant pour qu'au dixième siècle il ait pu conquérir la Cochincbine. Après diverses phases d'élévation et de décadence, de conquête et de soumission, il a été réuni définitivement à l'empire d'Annam, en 1809.
Le Laos, ou plutôt le Lao, ou Hi-lao, est un pays très-peu connu; il s'étend du douzième au dix-huitième degré de latitude; il tient du nord au Lac-tho et au Tunkin, du midi au Gambodje, de l'est au Tunkin et à la Cochinchine, de l'ouest au royaume de Siam. La capitale est Han-Niech. Ce pays est arrosé par un grand fleuve, appelé Maykang.
Le Lac-tho n'est point connu en Europe, et est omis sur les cartes ; quoique peu étendu , ce pays a cependant formé autrefois un État indépendant ; il est borné au sud par le Laos, au nord et à l'est par le Tuukin, à l'ouest par la Chine.
Enfin, le Kan-Kao, appelé Ha-tien par les Cochinchinois et Palmerinha par les Portugais, est une petite souveraineté, située à l'extrémité méridionale de Gambodje, sur la côte orientale du golfe de Siam. Depuis longtemps le chef de cet État ne prend que le titre de gouverneur; il est tributaire de l'empereur d'Annam, après l'avoir été du roi de la Cochinchine.
L'origine des Tunkinois et des Cochinchinois, comme celle des peuples qui conquirent les grandes Iles de l'archipel d'Asie, est restée jusqu'ici enveloppée d'une profonde obscurité; cependant quelque similitude dans la religion, dans les coutumes, et surtout dans les préjugés qui se perpétuent dans les classes inférieures, et résistent au temps et aux événenements, pourrait faire supposer que ces peuples descendent des Chinois, chassés de leur patrie par les invasions successives des Tartares, et qui seraient venus dans ce pays environ deux siècles avant notre ère. Les émigrants trouvèrent le pays occupé par des tribus noires, qui défendirent leur sol avec l'énergie du désespoir, et luttèrent pendant de longues années. Forcés de se retirer devant les vainqueurs et d'abandonner les rivages de la mer, dont, suivant toute apparence, la nature les avait faits les premiers possesseurs, les Moyes se réfugièrent dans les montagnes du Laos, du haut desquelles naguère encore ces tribus féroces descendaient comme un torrent sur les basses terres, incendiaient les villages, ravageaient les campagnes et massacraient les habitants.
Pendant longtemps les Tunkinois, presque sauvages, uniquement occupés de pourvoir à leurs besoins physiques, ignorant l'usage de l'écriture, n'ont pu conserver le souvenir du passé que par la tradition orale, toujours si vague, si incertaine; ce n'est que depuis environ six cents ans qu'ils ont commencé à écrire leur histoire. Toutefois leurs annales, vraies ou fausses, remontent presque jusqu'au temps oii ce pays a commencé d'être habité, et comprennent près de deux mille ans; mais dans les premiers temps, elles n'offrent que les noms des chefs de l'État, peu d'autres faits certains, encore moins d'intéressants.
Les historiens tunkinois placent en tète de leur histoire une dynastie de Hong- Mang, laquelle ayant été fondée par un arrière-petit-fils de Ghin-Noung, empereur
INTRODUCnON. 97
éb h Chine t régna pendant dix-huit générations. Cette première liste de rois peut d^MtaaC pins 6tre regardée comme suspecte » qu'on y trouve un fondateur issu d'un èb cet anciais empereurs de la Chine dont l'existence historique est au moins dooteiue. A oes rois succédèrent deux petites dynasties , celle de Touk et celle de THeoa, dont les durées réunies mènent de Tan â5â à Tan i06 avant Jésus-Christ. La dynastie des Trien régna ensuite pendant quatre-vingt-dix-sept ans; les Han occidctttan occupèrent le trône pendant cent quarante-neuf » les Han orientaux penint cent quarante-quatre , les Ngooli et les Luong pendant trois cent quatorze. Les Chinois se rendirent alors maitres du Tunkin , et le gouvernèrent par des vicerais pendant plus de trois cents ans; mais vers le milieu du dixième siècle , la dynMtie des Ngo fut fondée par le gendre d'un général chinois, et dura vingt-neuf Après elle commencèrent les dynasties proprement tunkinoises, dont la pre- , oelledes Diah ou Dinh, eut pour fondateur, en 968, un pâtre, nommé Bo- Liah, Tartare qni s'étant retiré dans les montagnes du Tunkin avec quelques-uns deses oompatriotes, excita une révolte, se mit à la tète des Tunkinois, vainquit les is, et se fit reconnaître roi. Mais une nouvelle révolte survint, Bo-Linh fut , des guerres civiles s'élevèrent, plusieurs Tunkinois se disputèrent le trtee; l*im d*enx, nommé Lé-Day-Hong ou Lé-Dai-Kanh, y fut placé, et fonda, en BM, la dynastie des Lé. Il ne jouit pas longtemps de son triomphe; attaqué par les Ghiams, il périt dans une bataille qu'il leur livra. Son successeur, plus heureux , ifaqiorta snr les Chinois plusieurs victoires, et les mit hors d'état de troubler son rigae. Sa postérité lui succéda, et porta la couronne pendant plus de deux siècles. Dm fille de cette maison, seule héritière du trône, le porta par mariage dans la ■■isoii des Han, qui l'avait possédé anciennement. Cette nouvelle dynastie, qu'on ippeDe aussi celle de Tran, commença en 1226; sa durée, qui fut de cent quatreviaglphnitans, fut troublée par plusieurs révoltes et usurpations. Quelques partis appelèrent à lenr secours l'empereur de la Chine, qui y envoya des armées, rétablit son ancienne domination , et y établit le siège d'une vice-royauté. Les vicenis ayant commis de grandes vexations, les Tunkinois se révoltèrent, massacrèrent le Tice-roi alors en fonction , et mirent à leur tète un prince de l'ancienne famille royale des Lé.
Lé-Loi était un grand guerrier; il remporta plusieurs victoires, chassa les QuDiois do pays, et, proclamé roi, fonda, en 1428, la deuxième dynastie des Lé. Il Ibrfa r^ipereur de la Chine à reconnaître l'existence de la monarchie tunkinoise, à la charge d'un hommage et d'un tribut à l'avènement de chaque prince au trône da Tonkin. Toutefois quelques historiens ne font honneur de ce dernier résultat qn*ao successeur immédiat de Lé-Loi.
Les rms de Tunkin , appelés Dovas ou Vouas, eurent dès l'établissement de leur trAne nne très-grande puissance. La nouvelle dynastie des Lé régna paisiUement pendant sœxante-sept ans; mais sous le dixième roi de cette maison, un grand, aoaunë Mac, se révolta et s'empara du pouvoir. Un autre seigneur tunkinois, Nqoioi-Phnoé, resté fidèle à ses anciens maîtres, renversa à son tour l'usorpatenr
et iH''t:iblit la famille des Lé. En nVompense de ce service, il obtint pour lui et ses descendants la dignité de Cbua-vua, qui lui conférait le gouvernement de TÉtat sous les ordres du Dova. Cette création d'un second pouvoir héréditaire , en quelque sorte parallèle à celui du roi, est un des faits les plus singuliers que présentent les annales du Tunkin, et n'a peut-être pas d'analogue dans celles d'aucun autre pays.
La famille des Nquien-Phuoé ne conser>'a pas bien longtemps cette dignité qu'au moins elle devait à son dévouement et à sa loyauté. Un Ghua-vua donna en mariage sa fille à un de ses écuyers favoris, nommé Trinh ou Trinq; celui-ci, adroit, artificieux et perfide, conçut le projet de succéder à son beau-père au préjudice de ses beaux-frères. En effet, à sa mort, il parvint à se faire nommer gouverneur du Tunkin, et bientôt après, moitié de gré, moitié de force, il obtint le titre de Chua-viia.
Doan-Jong, l'atné des Nquien, dépouillé par Trinh, fut forcé de passer en Cochinchine, où ayant réuni quelques partisans, il entreprit de réduire les Mac, les anciens usurpateurs, qui, chassés du Tunkin, s'étaient retirés dans les montagnes de la Cochinchine, et avaient toujours conservé quelques espérances. Nquien les vainquit, les expulsa de la Cochinchine et se rendit mattre de tout le pays, c[u'il ne gouverna que sous le nom et l'autorité du roi Lé. De ce moment commença une guerre civile sans exemple sans doute dans les fastes de l'histoire. On vit deux vice-rois, reconnaissant tous deux, au moins en apparence, l'autorité du même souverain , se combattre chacun à la tête des troupes du pays qu'il gouvernait. Cette rivalité des Trinh du Tunkin, et des Nquien de la Cochinchine, suspendue de temps en temps par des trêves et des traités, a duré près de deux siècles. Ce fut dans un intervalle de ces guerres, en 4555, que les droits des Nquien sur la Cochinchine furent reconnus, et que cet État fut érigé en monarchie, à la charge d'hommage et de tributs envers le roi de Tunkin. IjCs Nquien, investis de la royauté, ont toujours rendu cet hommage et payé le tribut, excepté dans les temps de guerre, parce qu'ils ont alors prétendu que le tribut était remis aux Trinh, et leur servait à solder les gens de guerre qu'ils envoyaient contre la Cochinchine.
Depuis l'établissement dans le Tunkin d'un Chua héréditaire, les rois de ce pays, les Dovas, n'ont plus eu qu'une puissance illusoire; les Chua ont été pour eux ce qu'étaient en France, du temps de la première race, les maires du palais. Telle était la nullité du Dova, qu'il ne pouvait pas même choisir entre ses enfants celui qu'il voulait avoir pour successeur. Ce choix était attribué aux Chuas qui ne manquaient pas d'élire le prince dont l'incapacité offrait le plus de garanties à leur pouvoir usurpé.
Pendant que le Tunkin gémissait sous le joug tyrannique des Trinh , qu'il avait en vain essayé de secouer à plusieurs reprises, la Cochinchine, gouvernée par les Nquien, qui presque tous furent éclairés et vertueux, commençait à recevoir les bienfaits de la civilisation, et devenait la rivale de la puissance dont elle était tributaire. Le plus célèbre de ces princes est Hien -Nquien- Vuong, qui régna
ipannle ans; c'est à lui que la Ck>chinchine doit ses plus grands progi*ès, et h oonquéte d'une partie du Tsiampa, et des provinces septentrionales du GuBbodje.
Enfin, arriva le moment où le Tunkin se vit délivré de la main de fer des Trinb. Un de ces Chuas ayant été assassiné, et étant mort 'sans enfants, plusieurs de ses parents prétendirent à sa dignité, et se mirent à la tête de partis opposés, qui plus d^me fois en vinrent aux mains pendant Tespace de huit années. A la faveur de ces discordes, le roi combattit les partis divisés, et les défit; la dignité de Cbua cessii d*étie héréditaire, et la promotion à ce rang élevé dépendit désormais du cboix du
La 0>eliinchine fut en proie à des événements encore plus tragiques, et à de plus longnci calamités. Vo-Nquien-Vuong , qui était monté sur le trône en 1732, infidèle à Fantiqne vertu de ses ancêtres, s'était aliéné Tamour de ses sujets, ayant par son tfsiament conféré l'empire au fils d'une de ses concubines, nommé Anb-Vuong, au piéjodioe de ses fils légitimes. Cette interversion de Tordre de la succession à la eonronne excita un mécontentement et une indignation universels; mais les mesures étaient si bien prises que la résistance fut impossible et la soumission inévitable. ftaibie, incapable, débauché, abandonnant le soin de l'empire à un ministre qui déjàs*était rendu odieux sous l'administration de son père, Anh-Vuong, opprima le peuple et fit détester son règne. Plusieurs insurrections furent d'abord étouffées, BMis enfin en 1774 éclata la révolution qui , par une guerre de vingt-huit ans et une inerofable vicissitude d'événements, a conduit à l'état actuel.
Les révoltés appelèrent à leur aide les Tunkinois et leur facilitèrent l'entrée du pays. Le général tunkinois, aussi politique que guerrier, manda au roi qu'il n'était point entré dans ses États pour lui faire la guerre, mais pour délivrer ses sujets de ropprassion dn premier ministre ; que s'il voulait le remettre entre ses mains , il se raturerait sar-leK;hamp. Semblable aux moutons de la fable, qui crurent se délivrer des loops en leur livrant les chiens leurs fidèles défenseurs, le prince remit son wnistre aux mains de son ennemi. Dès que le général tunkinois l'eut en sa posseswm, fl marcha contre Anh-Vuong, qui, privé de conseils et inciipable de se défendre, diercha son salut dans la fuite ; il se réfugia dans la basse Cochinchine avec tant de pfédpitation , qu'il ne put même emporter ses trésors qui devinrent la proie du vainqueur.
Parmi les insurrections qui avaient éclaté avant l'invasion tunkinoise, il en était aae qui n'avait pu être assoupie ; elle avait pris naissance dans la ville de Quin-Nong, uns la direction de trois frères composant une famille, appelée Tay-son {tnoniagne» eeeûfeiUato), surnom qu'elle tenait de ce qu'elle était originaire de cette partie de la Cochinchine. L'atné, nommé Khac ou Yin-Yac, était un riche commerçant; le leoond, un bonze renommé par sa sainteté; le troisième, appelé Long-Niang ou Long-Nhu-ong, était un oflicier général, que son habileté, et son courage rendaient digne de seconder les projets ambitieux de son frère aîné, tant qne ces projets ne le trouveraient pas entraver sa propre ambition. Lorsque les Tunkinois entrèrent en
Cochinchine, Nhac profita de l'aversion naturelle des Cochinchinois contre cette nation pour déclarer qu'il voulait prendre la défense du roi; mais il attaqua les receveurs de ses revenus, sous prétexte qu'ils étaient d'intelligence avec l'ennemi, et pilla leurs maisons et les caisses publiques. Cette manœuvre et ces pillages furent portés si loin, qu'on ne put désormais se tromper sur ^intention de Nhac, et le roi de Cochinchine assembla de grandes forces pour marcher simultanément contre lui et contre les Tunkinois. Nhac, moitié par ruse, moitié par force, battit ou débaucha cette armée. Pendant ces combats, le jeune roi, tout entier à ses plaisirs, se contentait de donner des ordres sans s'inquiéter de leur exécution, et laissait piller et envahir son pays. I^ nation indignée le renversa d'un trône qu'il avilissait, le mit à mort, et éleva à sa place un petit-fils du dernier roi légitime Vo-Nquien- Vuong. Le nouveau roi avait cru se faire un appni de Khac eu épousant sa fille; mais bientôt ayant découvert les desseins perfides de son beau-père, il s'était échappé de ses mains. Il leva alors une petite armée et marcha contre ce rebelle ; mais, vaincu , il se vit réduit à se remettre entre ses mains; ti*aité d'abord avec respect, il disparut bientôt avec ses principaux ofliciers, sans qu'on ait jamais su ce qu'ils étaient devenus. Le fils de ce prince leva une armée, marcha contre les Tay-son pour délivrer son père qu'il croyait encore vivant; mais Long-Niang se présenta à cette armée porteur d'un faux ordre du roi qui avait disparu; il enjoignait à l'armée de mettre bas les armes et de livrer ce fils qui manquait au respect qu'il devait à son père, et à la soumission qu'il devait à son roi. L'armée obéit, le malheureux prince fut livré et décapité sur la place de Saï-Gong; mais la princesse sa femme qui était à l'armée s'échappa avec son second fils Ong-Nquien-Chung, auquel étaient réservées de grandes destinées. Ce jeune prince resta caché quelque temps dans les bois avec sa mère, et ne parvint à s'évader que par le secours d'un missionnaire français d'Adran , qui devait jouer bientôt un rôle si impoitant. Nquien-Chung parvint à réunir une armi^e et tint quelque temps la campagne contre les Tay-son ; mais en 4781, il fut forcé de se retirer et de chercher un refuge ignoré à Pulo-Waï, petite Ile déserte du golfe de Siam. Là encore il fut découvert, et sur le point d'être pris; il résolut alors d'aller demander asile au roi de Siam , auquel il sut se rendre tellement utile par ses talents militaires, que celui-ci dans sa reconnaissance lui confia une armée pour essayer de reconquérir ses États ; cette tentative échoua encore par le manque de courage et la mauvaise conduite des Siamois.
Les Tay-son n'ayant plus rien à craindre pour la basse Cochinchine, s'occupèrent d'expulser de la haute les Tunkinois qui s'en étaient emparés. Enhardis par le succès, Loug-Niang porta plus loin ses vues, et profitant du mécontentement que les Trinh avaient excité dans leTunkin, il y entra, et se faisant passer pour le roi légitime de la Cochinchine Nquien-Chung, il fut sur le point de réussii* SI s'en i*endre maître; mais la ruse fut découverte, et il fut obligé de sortir du Tunkin.
Ce fut alors que les trois frères, définitivement maîtres de la Cochinchine, songèrent à se la partager. Dans leurs arrangements il fut réglé que Nhac aurait pour
puiage les deux divisions inférieures de Chang et de Donnai , que Long-Niang Miwt oelle de Hué» qui s'étend jusqu'au Tunkin, et que le dernier frère serait (nod prêtre de tonte la Cochinchine. Par cette disposition, Nbac plaçait adroite* meai ion frère entre ses États et ceux du Tunkin qui pouvaient lui inspirer quelque iMpûétnde. Long-Niang était à peine établi à Hué-fo, sa capitale, qu'il saisit la pranière occasion de chercher querelle au roi de Tunkin , alors vassal tributaire de rcaqiîre de la Chine. Celui-ci au premier combat abandonna son armée, et s'enfuit i Péking implorer le secours de l'empereur. Kien-Long envoya le vice-roi de Kang- Toag, Fon-Chang-Tong, à la tête de cent mille hommes pour chasser l'usurpateur; ■ab Long-Niang, prévenu de sa marche, avait affamé le pays que les Chinois devaient Iravener, et après avoir perdu plus de cinquante mille hommes par la famine et les aMaimoiidies, ceux-ci furent forcés de batti'e en retraite, et bientôt l'empereur se fit réduit & reconnaître Long-Niang souverain des royaumes unis de Tunkin et de Cochinchine, sous le nom de Quang-Tung. L'ancien roi de Tunkin fut fait mandarin d^oBe des provinces de la Chine.
Cependant Nquien-Chung après avoir sollicité inutilement du roi de Siam de MMraeanx secours pour rentrer dans ses États, s'était vu forcé à une seconde retraite dans l'Ile de Pulo-Waï, qu'il fortifia et où il fut suivi par quinze cents Godniichinois qui étaient restés fidèles à sa fortune. Il avait confié l'éducation de •oo fila an missionnaire Adran, il le chargea alors d'accompagner le jeune prince à la cour de Versailles et de solliciter le secoura du roi de France. Adran et son élève arrivèrent à Paris en 1787, et leur mission eut un plein succès. Un traité offensif et dëlSeoaif fat signé entre la France et la Cochinchine, et Adran, nommé évéque in jMnAMf de ce dernier pays, partit porteur d'ordres qui (devaient procurer au prince détrftné tous les secours nécessaires pour rentrer dans ses États. Les intrigues et la ■invaise volonté de Conway, gouverneur de Pondichéry, retardèrent l'entreprise ipe la révolution française fit définitivement abandonner.
Ce concours de circonstances malheureuses ne découragea pas Adran; il persista daaa le projet qu'il avait formé de rétablir le souverain légitime s'il Wvait encore, oa 8*fl B^était plus, de rendre au jeune prince le trône de ses ancêtres. Il était aecompagné de plusieurs ofliciers français, qui s'attachèrent à lui comme volontaires; révéque s'embarqua avec eux et le jeune prince sur un vaisseau marchand qai le conduisit au cap Saint-Jacques, à l'embouchure de la rivière qui conduit à Say-Oong. Ce fut là que pour la première fois ils eurent des nouvelles du roi. Après leor départ, ce prince était reste près de deux ans dans l'Ile de Pulo-Wai, ne vivant comme les siens que de racines. Pendant ce temps, les deux usurpateurs s'étaient tellement épuisés par des querelles et des combats perpétuels, et ses fidèles sujets désiraient tellement sa présence à Donnai, qu'il se détermina à risquer encore une descente dans ses États. Ses sujets de tous rangs s'étaient réunis avec ardeur sous ses drapeaux ; il s'était rendu de suite à Say-Gong qu'il avait aussitôt fortifiée et mise en état de défense. Le hasard lui avait offert le moment le pins favorable pour ion dâKirqiiement ; car les deux frères rebelles, qui étaient en guerre l'un contre
Fautre, étaient renfermés tous deux dans leurs capitales, où chacun s'attendait à être attaqué par Tautre. En outre, le roi avait conquis une partie du Cambodje et du Laos; il avait su tirer d^avance un grand parti des secours qu'il espérait du roi de France, en annonçant partout la haute protection qui lui était acquise, et en inspirant ainsi une plus grande confiance à ses amis, une terreur efficace à ses ennemis. Ces heureuses nouvelles ranimèrent toutes les espérances de Tévéque et de son pupille, qui joignirent le roi à Say-Gong dans Tannée 1790; ils amenaient avec eux un petit vaisseau chargé d'armes et de munitions. Dès lors, ils concertèrent leur plan pour presser vigoureusement la guerre contre l'usurpateur; ils furent obligés d'employer presque toute la première année à fortifier Say-Gong, recruter, discipliner l'aimée, rassembler et équiper une flotte.
Dans l'annexe 1791, le rebelle Quang-Tung mourut à Iliié, laissant un fils, nommé Canh-Thin , âgé d'environ douze ans. Cet événement ne fit que hâter les dispositions du roi légitime. Nquien-Chung attaqua la flotte de Nhac dans le havre de Quin- Nong, et la détruisit presque entièrement. En 1795, tout le Donnai était rentré sous sa domination, malgré les efforts quelquefois heureux de Canh-Thin, et surtout du fameux général Thien-Pho qui commandait ses troupes , guerrier aussi recommandable par son courage que par l'élévation de son âme.
Mhac tenait toujours le centre du pays; le royaume d'Hué, qui comprenait le territoire et les lies adjacentes à la baie de Turon, était gouverné par Canh-Thin. Nhac mourut bientôt, laissant pour successeur un fils qui eut tous les vices du père sans aucun de ses talents. Eu 1796, Mquin-Chung résolut d'attaquer sa capitale par terre ; son ennemi avait cent mille hommes et cependant il le défit complètement et s'empara de Quin-Mong. Le fils de Mhac fut entièrement soumis, et tous ses États rentrèi*ent sous l'obéissance de leur maître légitime. L'autre jeune usurpateur à Hué était encore en possession du royaume de Tunkin en 1800. En 1802, Nquien- Chung marcha contre lui, entra dans le Tunkin, s'en rendit maître, et ayant fait mettre à mort Canh-Thin, tous les chefs de la famille Tay-son, le vaillant général Thien-Pho, sa femme et sa fille , réunit sous sa domination tous les États qui forment aujourd'hui l'empire d'Annam; il en fut reconnu roi par l'empereur de la Chine, en 1804, et sous le nom de Gya-Long il a régné paisiblement jusqu'à sa mort, arrivée le 25 janvier 1820. Son fils, l'élève de l'évéque Adran, était mort sans avoir été marié; il était le seul enfant que Gya-Long eût eu de l'impératrice; ce fut donc le fils de l'une de ses concubines qui lui succéda et monta sur le trône, le 15 février 1820. A son avènement il a pris le nom de Min-Menh , hriUafUe providence , nom que peuvent justifier sa bonté et ses vertus, mais nullement sa capacité et ses talents.
Deux religions se partagent les habitants de l'empire d'Annam. La première, que le peuple seul professe, mais qui est en même temps sanctionnée par les lois, se nomme Bont; elle a les plus grands rappoit avec celle de Fo des Chinois, qui n'est elle-même qu'une dérivation du bouddhisme, et elle peut être regardée comme une véritable idolâtrie. La base de cette religion est le polythéisme ; elle en a tout le
INTRODUCnON. i03
caractère puisqu'elle admet plusieurs cHres surnaturels, existant par eux-mi^mes, et investis d^une puissance indépendante quoique inégale. On croit même que des hommes ont été divinisés par la seule force de leurs vertus, et sans la participation des autres divinités. Quelle que soit la puissance attribuée à ces divinités de divers ordres» il est reconnue qu'elle est bornf'e, et qu'elle ne peut rien changer à un certain ordre de destinées, une sorte de livre du destin, qu'on appelle Sô, catalogue.
Les principaux personnages de l'État, surtout les lettrés, dédaignent cette croyance et ses rites extravagants, ne se soumettent au culte des idoles que par déférence pour la loi et par égard pour les préjugés populaires; ils préfèrent la doctrine de Confutzée, cet oracle de la Chine, non moins respecté dans l'empire d*Annam. Ils lui élèvent des temples, font en son honneur des sacrifices, des libations, le considèrent comme un être supérieur à l'homme, l'invoquent pour obtenir de lui les lumières nécessaires pour l'intelligence de ses livres, et comme l'obtention de cette science est l'objet principal de leurs s:)crifices, ils n'y admettent point les femmes*
Les bonzes ou prêtres jouissent dans l'empire de peu d'autorité; ils ne font que diriger les cérémonies religieuses; dans le Laos seulement, les prêtres, appelés talappins comme à Siam, se sont arrogé une puissance assez étendue, dont ils n^useut que pour opprimer le peuple.
Le christianisme fut introduit dans l'empire par les Portugais vers le commencement du dix-septième siècle; le nombre des prosélytes augmenta en peu de temps, grâce au zèle des jésuites français; mais de fréquents édits portés contre l'exercice du culte en arrêtèrent les progrès; les jésuites furent chassés en 1772, et depuis l'on a toujours augmenté de sévérité contre les chrétiens, et naguère encore plusieurs missionnaires ont reçu dans cet empire la palme du martvre.
Dans les diverses opérations des beaux-arts, les Annamites ne cherchent nullement à produire les sensations morales , ils ne voient que la matière, et ne cherchent qu'à frapper les sens. Dépourvus de principes et de modèles, ils se livrent à leurs fantaisies, qui dégénèrent parfois eu bizarreries dont Thabitude fait oublier la difformité. De même que dans Faction sur Touie, ils préfèrent le grand bruit à la mélodie, de même dans Faction sur la vue, ils abandonnent la juste proportion pour le gigantesque, et l'éh'^gance pour la surcharge d'ornements. Les convenances, les grâces, une noble simplicité sont inconnues; cependant quelques-uns de leurs écarts ne sont pas sans agréments par leur singularité même.
Le dessin, sans lequel la peinture n'est plus qu'une vaine enluminure, ne dirige jamais leurs pinceaux; ils n'ont aucune idiH^ de la perspective, ils peignent tous les objets comme s'ils étaient isolés, et sans tenir compte des différences de proportion causées par Peffet de la distance relative des objets. Tous les tableaux manquent d'ordonnance et d'ensemble; les figures n'ont ni correction, ni élégance, ni âme; le coloris est vif, mais sans nuances; à i>eine connaissent-ils l'emploi des ombres;
à plus forte raison ignorent-ils complètement la science du clair-obscur. Aussi dans les œuvres de ces artistes chercberait-on vainement Tillusion, et même Tappai^ence de la réalité. Les détails sont représentés, il est vrai, avec une merveilleuse exactitude, une patience surprenante; mais qu'est ce mérite d'exécution mécanique auprès de Toubli total des principes de Tart?
La sculpture dans ce pays est encore moins cultivée que la peinture ; dans tout l'empire il n'y a qu'une province, celle de Xu-Thanb, où l'on sculpte la pierre, parce qu'on y trouve une pierre qui approcbe de la qualité du marbre. Dans cette province, quelques familles adonnées à cet art, représentent assez bien les animaux, mais fort mal la figure humaine. Dans les autres parties de l'empire on travaille certains bois durs très-propres à la sculpture; mais quoique le pays offre des animaux de la plus belle espèce, les artistes préfèrent toujours représenter des animaux monstrueux, fantastiques, auxquels l'imagination attache quelques idées superstitieuses.
Nous allons voir que l'architecture n'est guère plus avancée que ses deux sœui*s, et que comme elles, elle semble, dans l'empire d'Annam, condamnée à végéter dans unct étemelle enfance.
Quelquefois chez les Annamites, le temple n'est autre chose qu'une sorte de grande cage avec deux portes à claire-voie, contenant une figure de Bouddha, et placée sur un arbre. Dans les bois qui environnent Touranne, on voit beaucoup de corbeilles ou de coffres de bois suspendus à des branches d'arbres, et contenant des idoles de bois ou des images de papier peint et doré avec des inscriptions tracées sur des planchettes. Le peuple offre à ces images les prémices des récoltes en les déposant au pied de l'arbre, ou en les suspendant à ses branches.
Ces sortes de petites chapelles, et certains temples rectangulaires, qai ne sont que de simples appentis ouverts de tous côtés, sans autels, sans ornements, autres que quelques idoles suspendues ou posées sur des tréteaux , avaient fait croire k certains voyageurs que les Annamites n'élevaient aucun temple digne d'être rangé au nombre des monuments; c'est une grave erreur; si l'empire d'Annam n'offre pas d'édifices sacrés comparables à ceux de l'Inde, il en renferme cependant quelquesuns qui sont dignes d'attirer un moment notre attention.
Tous les bourgs ont un temple, dont la grandeur, la simplicité ou l'éclat dépendent naturellement de la richesse ou de la pauvreté de la conunune. Quant aux temples de Confutzée, bien que la religion de ce philosophe ne soit point celle reconnue par l'État, ils sont les seuls à l'entretien desquels le gouvernement contribue; il en existe deux dans chaque province. La dépense des autres temples est à la charge de ceux qui les fréquentent, ou il y est pourvu sur
MONUMENTS REUGIEUX. 105
ébê Ibiidi attribues depuis longtemps à cet usage, et provenant de legs ou de fondatlMt-|iienses.
Vtttti les monuments sacrés de cet empire, un des plus curieux, est le grand iMople souterrain qui se trouve aux environs de la ville de Fai-Fo, dans la province de ChMB. On traverse d*abord une gorge resserrée et pittoresque, dont le fond est oeeupépar de petits jardins, au milieu desquels s'élèvent plusieurs édifices ornés dapeintares et de sculptures, et destinés à recevoir les dévots de haut parage. On toOKfé ensuite une galerie étroite, longue de plus de soixante et dix mètres, bordée éè tâbûtê inhabitées, construites en briques et en plâtre, et à laquelle font suite' tortueux, une autre galerie souterraine, et un escalier de trente-sept On arrive enfin devant la façade du temple {planche 2i); elle n'offre qu'une porte, de forme ogivale, flanquée de deux massifs, portant des animaux fanqui ressemblent assez aux harpies, telles qu'elles sont représentées sur les pha anciens monuments grecs. Après avoir franchi cette porte, on gravit encore plMienn degrés qui conduisent dans l'intérieur du temple. Alors se présente aux une vaste excavation, évidemment agrandie de main d'homme, présenaae longueur de seize mètres environ, sur une largeur de treize, et une de quinze; elle est éclairée par un soupirail naturel, ouvert au sommet de la voûte. Aux côtés de la porte par laquelle on y pénètre, sont accroupies deux colossales, ayant à leurs pieds des animaux monstrueux; au fond de la grotte, de rentrée, dans un enfoncement exhaussé sur des degrés de briques, a*âèfve l'autel, décoré de flambeaux contenant des cierges de cire rouge, et une alMtM assise de Bouddha, haute d*un mètre. Sa tunique, son casque pointu, ses pieds Jofarfa et posés à plat, ses mains étendues sur ses cuisses rappellent le Goutama des Bimans. Cette figure est entourée de plusieurs autres, représentant ses disciples, et one divinité secondaire du sexe féminin. La paroi est couverte de petites niches contenant des idoles, peintes en rouge, et mal garanties des intempéries des saisons par des morceaux de toile grossière. Dans uu renfoncement, que l'on a rendu rfgalier, est une source d'eau limpide, découlant goutte à. goutte dans un bassin ■atarel»
■ ROB loin de ce monument est un autre temple souterrain moins important, dédié ftaelte même déesse dont l'image est dans le grand temple, et figure également dans oshnci»
Quant aux pagodes proprement dites, malgré leur simplicité, elles sont encore, les palais de l'empereur, les plus beaux édifices du pays; celles du Tunkin général plus riches que celles de la Cochinchine. On peut avoir une idée de la disposition de ces monuments par le temple de Kandyn, dont nous donnons le dessin (voyez la vignette, page iiO). Kandyn est le port de la ville de Saî-Gong. Le principal de ses deux temples est construit en briques, et son toit de tuiles rouges est snrmonté de barques, décorées de poissons monstrueux. Deux salles composent Fintérieur de l'édifice; dans la première s'élève un autel, surmonté de deux cigognes illfronléw. La seconde salle, qui contient plusieurs tombeaux « est décorée de pein- I u
lures reiirésentant des tigres, dos poissons, des dragous et d'autres anîmaux faag lastiques. Ce tem))le, où l'on chercherait en vain quelque apparence de sym religieux, est consacri; aux monstres marins, protecteurs de la pèche, par la popi lation de Kandyn, toute composée de pécheurs.
Dans la ville de Faî-Fo sont )>lusieurs temples remarquables; le principal est déé k la déesse chinoise qui préside au commerce et à la navigation. Il a été bâti, il y 4 environ un siècle, ans frai» d'un négociant chinois qui fit venir de Kang-Tong L matériaux ot les ouvriers. Dans l'intérieur du sanctuaire, un vase immense en ferj liant de deux mètres soixante et dix centimètres, est posé devant un autel, landî que dans le bassin d'une fontaine, placi-e derrière cet autel, se jouent une trentaiO| detorlnesde terre. Ou trouve aussi À Fai-Foun des plus l>eau\ temples iKiuddhista do la Corhinchine.
MONUMENTS FUNERAIRES
Les tombeaux des Annamites ont la plus grande analogie avec ceux des Siamoisj ils consistent de même en simples pyramides de briques et de pierres, qui ! ment, au lieu de se terminer en pointe comme celles de l'Egypte, sont surmonte d'une plate-forme, et reposent sur un soubassement carré. Nous donnons | exemple un des plus beaux monuments de ce genre, celui qui se trouve aux envîrc de Touranne (voyei le frontifpict).
Gj'a-Long a fait élever un mausolée somptueux aux environs de Saï-Gong, recevoir les restes de l'évéque d'Adran, mort à la fin de i 8t 7.
Ijes Annamites ont en abondance les matériaux propres à la bâtisse; partout i ont à leur disposition de belles pierres qui ont presque la solidité et le poli du marbre, de la terre propre à faire de bonnes briques, et surtout des bois de la plus grande beauté. Ce n'est pas non plus l'industrie et l'adresse qui leur manquent, et cependant l'archilectui-e, et surtout l'architecture civile, est chez eux très-peu avancée. Il serait dillicile d'expliquer ce fait, si l'on n'en trouvait la cause dans la nature même, et dans les ri^lemcnts de police qui semblent s'accorder pour mettre obstacle à l'érection de bâtiments solides et réguliers. Dans plusieurs cantons, l'humidité foi-ce de laisser un intervalle entre le rez-de-chaussée et le sol; alors on comprend qu'il devient impossible d'élever sur des piliers de^ constructions importantes. Le peuple n'a pas la permission de bâtir ses maisons en pierre, et il ne peut leur donner qu'un seul étage. Quant aux grands édifices, aux pagodes, aux
œNSTRUCnONS aVILES. 107
fahit, 00 les construit souvent en bois, afin que, ployant sous les efforts des ouigans, si fréquents en ce pays, ils soient plus à Tabri de la destruction et pwssoBt ' plus facilement être étayës. Plusieurs de ces grands édifices n*ont que leors Biors principaux en pierres ou en briques; le reste est en bois. Irréguliers, quoique avec quelque symétrie, ils offrent un ensemble qui n*est pas sans (nuideor.
Les vUles où se trouvent les constructions les plus importantes de l'empire sont BM-Kinhy capitale du Tunkin, et Phu-Xuan ou Hué-Fou, capitale de la Cocbincbine. Cette dernière, où Fempereur fait sa résidence, n'est qu'une forteresse dans une de, an milieu du fleuve; le prince y habite avec sa famille et sa garde; les courtisans et le peuple demeurent dans les faubours sur la rive du fleuve. Ce palais de Hué-Fou eit le plus bd édifice qu'on connaisse dans l'empire, depuis que le palais des rois âm Tnnkin, & Bac-Kinh, a été dévasté et en partie détruit dans les guerres civiles. De œ magnifique palais il ne reste aujourd'hui que des ruines; il avait été bftti k la !■ dn dixième siècle, par le second prince de la dynastie des Lé. Comprenant de grands et nombreux bâtiments, et d'immenses jardins, il avait une enceinte de dix à doue kilomètres, fermée de murailles, percées de quatre portes répondant aux qoalre points cardinaux, et en portant le nom. Pour arriver aux bâtiments qu'occupnit Tempereur, on traversait plusieurs cours ; dans les unes étaient les casernes pov les gardes, dans les autres des écuries pour les éléphants et les chevaux. Le eorps de logis était un bâtiment carré, forme réservée à l'habitation du souverain. On montait au vestibule par des degrés de marbre; l'édifice était élevé de deux étages; ses salles étaient vastes, décorées d'une foule de colonnes et d'une grande profusion de dorures; mais ces ornements étaient bizarres et lourds, la sculpture nos agrément, les figures maussades, l'or prodigué sans intelligence. Les seuls ofalets vraiment remarquables étaient des colonnes de bois de fer, qui maiheureuseoient étaient d'une longueur démesurée et sans aucune proportion avec leur diamètre. Celles qui sont placées aux portes du palais ont jusqu'à quatorze mètres de haut, et leur circonférence à la base n'est que d'un mètre soixante et dix centimètres, et diminue rapidement dans la hauteur. La colonne, sans piédestal ni chapiteau quelconque, pose sur un dé carré en pierre, saillant seulement de quelques eeotimètres hors du sol.
L'ancien palais des souverains de Kankao est également en ruine, et cependant OB peut encore par ses restes se faire une idée de son ancienne splendeur. Sa cirooofërenoe était de huit k neuf kilomètres; ses cours pavées de marbre, ses portes majestueuses, les mines de ses vastes appartements rendent témoignage de sa ■agnifioence première , et font regretter la destruction d'un des plus beaux édifices de l'Asie.
Dans la construction des habitations particulières, les Annamites ne paraissent avoir d'autre pensée que celle de se préserver de la pluie et de l'ardeur du soleil. Quant au froid, ils ont peu de précautions à prendre contre lui; le climat en dispense.
Gomme presque partout le terrain est humide, on élève souvent, ainsi que nous Ta vous dit, les maisons sur des poteaux ou des piliers, ou au moins sur une plateforme de terre battue. Aux extrémités de cette plate-forme on laisse vide un petit espace qui sert de terrasse. La maison consiste en une enceinte de piliers ou colonnes soutenant un toit en saillie. Dans les maisons des pauvres, la terre de la plate-forme sert de plancher; mais quand on veut avoir une habitation plus saine, plus propre, plus agréable, on forme un parquet en bois, élevé de quinze centimètres au-dessus du sol, ou, ce qui passe pour le nec plus uUrà du luxe et de Télégance, on couvre le sol d'une sorte de papier, fait d'écorce d'arbre et enduit de chaux et de mélasse.
Les murailles sont eu général formées de torchis, qui remplit les intervalles entre les piliers; mais dans les maisons plus soignées, le 'torchis est remplacé par des planches. Au lieu de fenêtres et de vitres, on a des treillis mobiles, composés de toiles ou de nattes de bambou, assez fines pour laisser passer le jour. Des chevrons très-minces, recouverts de roseaux ou de feuilles d'ambre, forment le toit. Quelques couvertures sont de paille de riz, d'autres, en très-petit nombre, sont en tuiles. Les cloisons sont en planches et enduites de chaux, à laquelle on donne une couleur brune en y mêlant de la cendre ou une couleur bleue au moyen de certaines herbes.
Les maisons sont composées de trois corps de logis; l'un forme l'habitation, un autre les cuisines, un troisième l'étable. Nous avons vu que le bâtiment ne peut avoir la forme carrée, réservée exclusivement à la demeure impériale; mais dans la disposition des appartements, les formes sont libres.
Les briques ont peu de solidité, étant crues et simplement séchées au soleil. Quant au bois, celui qui est employé presque invariablement dans la construction est le bambou, bois beaucoup moins cher que les autres, et qui, quoic[ue creux et spongieux, est assez fort, durcit encore en vieillissant, et devient capable de supporter même des toits eu tuiles. Il y a des maisons qui ne sont composées que de bois de bambou; on en forme les murailles, les piliers, les cloisons, le toit et même les meubles; mais chez les gens riches, on emploie de préférence le bois de fer pour les piliers et les colonnes, et divers autres bois pour les murailles et les meubles. Quant à la distribution des appartements de manière à en rendre l'habitation commode, c'est un art absolument inconnu. On se borne à construire des chambres spacieuses et bien aérées.
Il est cependant quelques villes où les habitations sont plus soignées; les maisons de Fai-Fo, bâties en chaux et en briques, et couvertes de tuiles, présentent c[uelque ^parence de solidité et de propreté; mais aussi nous trouvons non loin de là les chaumières de Touranne {planche ââ), ressemblant plus à des étabies qu'à des habitions destinées à des créatures humaines. Et en effet, à l'extérieur rien ne les distingue des écuries à éléphants qu'ont décrites MM. d'Urville et Laplace; encore peut-être l'avantage resterait-il à celles-ci sous le rapport de la distribution intérieure, et de la solidité, et de la grandeur. Ce sont d'immenses hangars d'une grande hauteur, entourés de gros murs de terre et couverts avec des feuilles de
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humilier. A Tintérieur sont des compartiments que séparent de fortes poutres, à peu près comme dans nos écuries d'Europe. Dans chaque stalle , le terrain forme un talus» dont le sommet se termine par un renflement qui sert à Tanimal pour reposer sa tête lorsqu'il est couché, et de point d'appui pour se relever.
Les ponts offrent de la ressemblance avec certains ponts couverts de la Suisse; ils sont entièrement construits en bois, garnis de bancs à Tintérieur de leurs parapets, et couverts dans toute leur largeur de toits en tuiles. Ces ponts sont quelquefois si bombés qu'un cavalier est obligé de descendre de cheval pour les traverser, et que les éléphants, auxquels ces ponts peuvent encore moins servir, passent les rivières à gué.
Les Annamites sont plus inhabiles encore dans l'exécution des grands travaux tels que ports, chaussées, quais, etc. Le port d'Hué-Fou est à la vérité digne de remarque, mais il a été creusé par les soins d'un ingénieur français. Les digues, auxquelles dans ce pays on est si fréquemment forcé d'avoir recours, sont si mal construites qu'elles sont sans cesse rompues, et nécessitent des réparations continuelles.
On ne voit dans le Tunkin ni châteaux, ni places fortes; de même que les anciens Spartiates, les Tunkinois disent n'avoir besoin d'autre défense que celle que forme la poitrine de leurs soldats. Rien de mieux, si leur courage répondait à cette magnanime utopie. Les Cochinchinois, quoique plus braves, plus aguerris, n'ont point à ce sujet la même manière de voir; presque toutes leurs villes sont fortifiées, mais leurs murailles sont construites avec des matériaux légers et très-imparfaits; aussi tombent-elles bientôt en ruine , et disparaissent-elles sous une rapide et forte végétation. 11 est vrai aussi que la manière de les bâtir est peu propre à en assurer la durée; une masse de terre grossière, entassée au milieu, tend perpétuellement k pousser en dehors les parements de briques ou de pierres qui revêtent la muraille, et qui finissent toujours par tomber dans les fossés. L'ouvrage le plus important en ce genre, exécuté par les Annamites, est la grande muraille qui sépare le Tunkin de la Cochinchine, et qui a cinq mètres d'élévation et sept mètres d'épaisseur, sur une longueur de trois kilomètres. Cette muraille, située dans une petite plaine, seule communication possible entre les deux pays, fut construite sur le modèle de la grande muraille de la Chine, modèle lui-même fort imparfait; elle fut élevée au seizième siècle, pendant une des suspensions de la rivalité des Nquien et des Trinh.
Je puis citer aussi les restes de la triple enceinte de la vieille ville de Kan-Kao. Le fort de Touranne (planche 22) est encore un exemple du peu de résistance que peuvent offrir aux injures du temps et aux attaques des hommes les fortifications indigènes. Il n'en est pas de même de celles de Hué-Fou qui ont été construites à
»0 EMPIRE DANNAM.
reuropéenne, en 1804, et arint^s de douze c«ats pièces de tous calibres. Le Tos qui environne la place a huit kiloinèti'es de circuit, et vingt-sept mètres de brge; les murs ont dix-sept mètres do haut. Les fortiGcations ont été tracées, dit-on, d'après le plan de celles de Strasbourg. 11 en est de même de Saï-Goag, fortifiée eu 1790, sur une très-grande échelle par ie colonel français Victor Olivier, et des remparts de quelques autres villes de l'empire.
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L est peu de pays sur lesquels il ait élé écrit autant de volumes que sur la Chine, et il en est peu cependant qui soient plus imparfaitement connus sous beaucoup de rapports. L'habileté scientifique des missionnaires jésuites nous ea a donné, il est vrai , des cartes qui ne ■ laissent aujourd'hui à faire que quelques changements, nécessités par de nouvelles divisions / politiques ; mais sous les autres points de vue , tels que les mœurs, la religion, les arts, etc., tout ce qui touche au Céleste Empire est encore une énigme dont heureusement nous allons bientôt avoii' la clef, gr^ce aux derniers événements politiques qui ont fuit tomber la barrière infranchissable dont la Chine
lia
CHmE.
sVtait couverte contre les investigations étrangères. 1^ France la première aiini sans doute l'honneur au moins des premiers pas scientifiques, si elle n'a fîu celui d'avoir renversé les ol>3tacles niatéricls, et l'ambassade qui vient de partir de Paris, escortée de savants el de dessinateurs, peut nous faire espérer des résultats heui et importants pour !a science.
Le nom même de la Chine présente encore aujourd'hui un problème h résoudnh' 1^ royaume est nommé par les Moghols occidentaux Catay, par les Tartares mandchoux Nicau-Courou , et par les Chinois Tchoug-Koué (centre de la terre), sans qu'il soit possible de trouver l'origine positive du nom que nous lui donnons en Europe. Le P. Duhalde suppose qu'où peut en chercher l'étymologie dans celui dr la famille royale de Tsin, qui la première porta ses arme^ victorieuses vers l'Occident. Selon d'autres auteurs , Tsin aurait été le nom primitif de ta province de Chen-si , patrie de Fou-hi. La Chine proprement dite est bornée au noi-d par la Hogholie et le pays des Mandchoux, dont elle est sépai-ée par la grande muraille. Elle est bornée à t'est par la mer Jaune, qui la sépare de la Corée; au midi, par h mer de la Chine et le canal de Formose; i) l'ouest, par te Tunkin, les provinces septentrionales de l'empire birman, le Thibet et le Sifnn.
Les conquêtes des erapen'urs de la Chine, de la race des Mandchous dans dix-huiliéme siècle, ont étendu leur puissance sur la plus grande partie des pa] désignés par les géographes sous le nom de Tartarie indi'-pendanle.
Par suite de ces conquêtes, l'empire russe et celui de la Chine se trouvent limitrophes sur une ligne de prt'S de quatre cent quai'ante myriamèti'es , depuis les environs du lac Palcale , jusqu'à l'embouchure du Heuve Amour. Cette longue frontière est en général déterminée par la direction des montagnes altalques, snganiques et daouriennes; toutefois, les Russes sont parvenus dans la Daourie à étendre leurs limites au delà des monts jusqu'aux rives de l'Amour. Le lac Palcate, les monts Alak et les monts Belar séparent il l'ouest l'empire chinois des Kirguises, des Usbeks et autres peuples indépendants de la véritable Tartarie. En même temps que la domination chinoise s'approchait dans le nord et le nord-ouest de la frontière de la Russie asiatique, elle s'étendit, a l'ouest et au sud-ouest, sur les sacrées et vastes contrées du Thibet, et devint pi-esque limitrophe des possessions anglaises du Bengale. Les petits pays de Sirinagiie, de Népaul et autres, el les monts Garrow sont de ce cAté la deniièi-e barrière entre l'empire chinois et l'Inde. Plus à l'est, la province chinoise d'^'un-nan touche it l'empire birman.
L'océan Oriental, sous le^ divers noms de golfe de Tunkin, mer de Chine, canal de Formose, mer Bleue, mer Jaune et mer du Jupon, baigne les côtes de l'empire chinois sur une étendue de sept cent soixante myriamètres, à prlir des frontières du Tunkin, jusqu'à l'embouchure du fleuve Amour. L'empire chinois, compris dans CCS bornes, s'étend en longueur h environ cinq cents myriamètres, en comptant depuis Cashgar jusqu'à l'embouchure de l'Amour; sa plus grande largeur, des monts Sayanski à la pointe méridionale de ta Chine vis-à-vis de l'tle d'Hai-nan, peut être évaluéeà trois cents myriamètres. La superficie de cet empire contient ainsi presque le
dnième de celle de la terre habitable. Suivant les auteurs chinois , la population ne serait pas moindre de 400,000,000 d'habitants ; mais un calcul qui paraît plus probable réduit ce chiffre à i80 millions.
La Chine se divise en dix-huit provinces : celles de Chen^ et Kanr^ou, de Kanrêi et de Pe^he-li s'étendent le long de la fameuse muraille. Celles de Chan^4oung, Kiang-^ou, Ngan-^io^, Tche-kiang et Fo-kien sont sur la mer orientale; celles de Kamg-Umg, de Kang-si, d'I an-nan et de Se-tchuen sont les bornes du midi et de roccident; enfin, le milieu est occupé par les provinces de H-nan, de Ho%»rkan, de Baupè, de HoéHcheou et de Kiang-si.
Le pays des Mandchous se compose des provinces de Ching-king, Ghirin, Sakha- UanFOula, La Mogholie se partage en pays des Moghols et pays des Khalkha. Enfin, hi Dzongarie, le pays des Kherghis et le pays des Torgots, forment la contrée désignée par les Chinois sous le nom de Thian-Chan-Pélon. Nous ne parlerons pas ici des Boutan et des Thibet, également soumis à la Chine, mais qui , par leurs monunentSy leur religion, leurs usages, nous ont paru mériter d'être traités séparément. L'empire chinois, indépendamment des provinces que nous venons de passer en revue, se compose d'iles nombreuses. Les principales sont : Hay-nan, dont le nom signifie mer du Sud; Chang-tchuen, Chan ou Samian, célèbre par le tombeau de saint François-Xavier que Ton y voit encore; Hyamen ou Anconi, le meilleur port de l'empire; les Iles des Pong-Hon, celles des I>ekega, enfin Tai-ouan ou Formose, la plus remarquable et la plus importante de toutes, située vis-à-vis de la province de Fo-kien.
La prise de possession de Formose par les Chinois eut lieu seulement en i683, sous le règne de Kang-hi. Elle aurait été occup('*e successivement par les Japonais et les Hollandais.
La surface de la Chine varie considérablement de hauteur dans ses différentes parties; elle s'élève généralement en terrasse, depuis la mer vers l'ouest, mais sans cependant foimer de montagnes remarquables.
Ce pays est coupé par cinq chaînes qui sont des prolongations du plateau central de l'Asie, et des Alpes thibétaises et mogholicnnes. La plus considérable est la chaîne méridionale ; elle embrasse les fertiles provinces de Kan-si , Kang-tong et Fo-kien au sud, et les provinces non moins riches de Hon-nan et de Kang-si au nord. Elle se dirige de Test à l'ouest, et apW's avoir atteint les limites du Fo-kien, elle tourne au nord-est, puis elle se bifurque en deux branches secondaires qui coupent transversalement le bassin du Yang-tsé-kiang , dont je vais parler tout à l'heure. Quelques montagnes de cette chaîne sont d'un accès très^iflScile. Il y demeure des peuplades sauvages, habituées à résister à l'autorité chinoise; ces peuplades desrendent fréquemment dans la plaine et y répandent la désolation et la terreur.
La Petcha ou Sturaar, la plus haute montagne de la Chine et la deuxième de
l'Asie, fait partie de cette chaîne; elle est élevée de 6,M8 mètres au-dessus du
niveau de la mer.
It«
Ij' Miliiig <|ui sépare les pmviiK'es (lf> Knii^-si et rlf Kaii^loiig hri apptrtie ■'galt'meiil ; il n'a que mille iiii'tnis, mais le peu dVIévation îles miiritutnies qui l sfnenl de reinture fait ressortir sa bailleur.
I^s inonlitf;nes de ta Chine les plus inléres!>antes h connaître après la grande rhalnal méridionale sontcoUesqui se r.ippnKheul le plnsde la mer. on lesmimlai^nesdu nordi
l*s luoiilagnes du nord de la Chine sont presque tontes à pic, et elles présentei pour ainsi dire dans toutes leurs parties un sol aride et nu. Elles paraissent avtn été ombragi'-es par d'immenses forets, mais aujourd'hui leurs Oancs et leurs son dégiirnis ne pn-scntent plus que des productions soulFreleuses et raboug;ries deux principaux Heuves sont le Yang-lsê-kiang; et le Hoant{-'ho. Le premier, (|U(I quelques gtkignqihes euitipi^ens ont appelle à tort le fleuve Bleu (aucune dési)çniiliat de ce genre ne lui l'iait appliqua par les Chinois), prend su source dans le Kokonor^ pays entre la Chine et le Thibet. à peu de distance des sources du fleuve Jaune, se jette dans l'Océan au delà de Nanking, après un coui-s de trois cent vingt myri»« mètres. l.e Hoang-ho ou fleuve Jaune prend sa source dans le même pays. maÎM tournant bientôt \ers le noi-d, non moins bnis(|uemcnt que le Tsé-kiang, versli sud, il traverse la grande muraille, fait un coude autour du territoire des OctousîJ traverse de nouveau la grande mumillo, coule droit au sud, et forme la limite dw Kan-si e( du Chen-si; de là, il tourne soudain à l'est et se jette dans la mer a trente-quatrième degié de latitude. Son cours est presque aussi étendu que <'e1aj du ïang-tsé-kiang.
Un grand nombre d'autres fleuves et rivières arrosent le sol de la Chine; leitfl eâux limoneuses fécondent les campagnes et procurent fi la navigation intèrieuH des avantages inappréciables., Lej» lacs abondent dans quelques parties de la Cbinejl celui de Cong-ting-hou, dans la pi-ovincc de Hoii-kau, a plus de trente-deux mvrii mètres de circonférence.
Hou-han, capitale de la province, veut dire pays dts lac». \/; lac Poyaug-hoa/j dans la province de Hoang-si, a une circonférence de seîîie myriamètrrs; il r les eaux de quatre grandes rivières, sa navigation t^st Irès-ilangereuse pendant plih sieurs mois de l'année.
Indépendamment de ces lacs et de ces rivièi'es, les Chinois ont un grand r de canaux artificiels, qui, comme autant d'artères, font circuler la vie dans tous h membres de cet immense empii-e.
Dans un pays d'une aussi vaste étendue, la température doit nécessairement i*tra I très-variée. La difl'érence qui existe entre les provinces est due principalement, d'un côté, à l'iniluence qu'exercent les grandes chaînes de l'Asie centrale; d'un autre cAté, à la proximité d'un immense Océan. I^s provinces maritimes sont exposées à des ouragans terribles. IjPs trombes se montrent fréquemment dans les parages de la Chine et notamment dans le golfe de Tonkin. Dans les régions méridionaleB voisines du tropique, les chaleurs son! Irès-fortes, tandis que dans les parties ri septentrionales et occidentales, le froid est beaucoup plus intense que dai l'onlrées de l'Europe sitées dans la même latitude.
iMKODUCTION. iiS
Nous trouvons |m*u de notions sur la Cliinc dans les auteurs de Tantiquité, bien qu'il paraisse prouvé que ce pays n'était pas inconnu aux Romains. U est bien avéré aujourd'hui que les Seies mentionnés par Horace et par d'autres écrivains latins ne sont point les Chinois; mais aussi il sei*ait impossible de ne point les reconnaître dans les peuples qu'Arius dési^^e sous le nom de Sinoe ou Thinoe^ et qu'il nous peint établis dans les parties les plus reculées de TAsic et remportant les soies écrues et manufacturées qui venaient en Occident par la voie de Bactria. On sait à quelle haute et fabuleuse antiquité les Chinois pi'étendent faire remonter l'existence de leur empire. Nous ne nous appesantirons pas sur ces temps mythologiques où fleurirent les Fou-hi, les Chin-nong, les Hoang-ti et leurs successeurs immédiats, qui, comme les héros et les demi-dieux de la fable ont été investis d'attributs surnaturels pour avoir, par leurs talents on leur coui'age, retiré les hommes de la barbarie primitive.
La partie fabuleuse de Thistoii-e de la Chine commence avec Pouan-kou, qui est représenté nîcouvert de feuilles, vX sur h^ipiel on n'a que des notions très-confuses. Suivant les annales chinoises, son règne a été suivi de celui d'une foule d'autres princes portant des noms qu'on peut regarder comme de pure invention et qui auraient régné plusieiii's milliers d'années avant Fo-hi. A ce dernier, on devinait rinvention de récriture et aussi celle de plusieurs instruments de musique, des observations astronomi<]U(^s, etc. Fou-hi (que l'on confond souvent et à tort avec Fou 4)u Bouddha) et ses deux successeurs, Chin-nong et Hoang-ti, sont appelés les trois empereurs, et passent pour avoir introduit les arts industriels. Chin-nong inventa le labourage et les instruments nécessaires à la culture de la terre, ainsi que le secret de faire du sel; il étudia les vertus des plantes, découvrit leui's propriétés malfaisantes et leurs qualit<'\s salutaires; il passe aussi pour l'inventeur de la médecine. Son successeur Hoang-ti, suivant la chronologie chinoises serait monté sur le trône â,Gi8 ans avant Jésus-(>hrist. Au dire des (Chinois, jamais règne ne fut plus heureux ni plus glorieux. Hoang-ti attela les boMifs et les chevaux aux chars, donna les modèles des premières maisons régulières, perfectionna la monnaie, accéléra les progrès de la ni(*decine, distribua h;s terres et jeta les fondements de plusieui^ grandes villes.
Aux trois empereurs sucHMMlèrent les cinq souverains, désignations qui semblent également arbitraires et en réaliti'* sans valeur.
Le premier de ces princes, (>hao-Hao (2597 avant Jésus-Christ), avait hérité des vertus de Hoang-ti, et son règne fut un des plus heureux dont on ait gardé la mémoire. Son successeur Ichouen-llio (!2515 avant Jésus-(ihrist) étendit par la la conquête les frontièies de la Chine, en les portant au nord jusqu'à la Tartarie, au sud jusqu'à la Cochinchine, à Touest jusc|u'au grand désert de Cobi, et à Test jusqu'à la mer. l'i-ko (:24:25 avant Ji^us-(>hrist) fut également un grand prince. La Chine l>énit encore son nom pour avoir établi des docteurs destinés à Tensf^ignement de la morale; mais il introduisit la polygamie en Chine en épousant quatre femmes. Otte institution qui a traversé les siècles est arrivée jusqu'à nous, elle est devenue
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uae source de uiuux (Xtur les souverains de lu Uiiue el {luur la Chine elle-mi^ini Son fils Tehi lui suoc<kla (2506 avant Jësus-Clirist), mais on ne le compte {Min parmi les cinq souverains. Ses vices le firent détrAner, et on choisît |joup le rem placer Vao (2558 avant Jésufr-ChrisI). Yao et Clian, les deux dei-niere des cîiu souverains, furent le modèle .de tous les empereurs chinois. Ou dit que Yao déshé>^ l'ita son fils et choisit pour lui succéder Clian à cause de ses vertus.
Suivant la tradition, Yao sentant approrher la vieillesse voulut cédei' l'einpire 1 un ministre dont il avait souvent rais la sagesse à Tépreuve. Celui-ci refusa, trouvant trop faible pour soutenir le jmids d'une couronne, mais il indiqua k s souverain un laboureur, nommé Chaii, qui, malgré les mauvais traitements, s'était jamais écarté du respect qu'il devait à ses parents. Y'ao fil veuir Cfaan et li^ donna le gouvememeitt d'une province, et apn>s une épreuve de trois ans, il lui G épouser ses deux filles et l'associa aussitôt à i'empii-c.
Le choix de l'empereur rêvant est encore aujourd'hui la r(>glc de succession etfl l'aîné ne siicri'do pas de préféi-ence.
Sous le règne de Chan, les Cliinois placent une inondation «gue quelques i^ersonnefl ont crue identique au déluge de Moïse. Pour ■■econnaître le mérite de Yu , qui sut J va y employant huit années, faire écouler les eaux de cette vaste inondiition, Clia le choisit pour son successeur. Avec Yu commence la dynastie des Hîa, envir( âtXXI ans avant Jésus-Christ.
A cette dynastie succéda celle des Ciiang, dout le dernier ( 1 1 IM) avant Jésus-Christj J fut le sanguinaire et barbare Tcheou-wang.
L'histoire de ces deux dynasties n'est encore qu'un tissu de fables.
A la fin, le peuple se souleva contre Tcheou-wang, proclama Wou-waug (le r martial), qui fonda la dynastie des Tcheou, Confucius, qui fut à peu près conter poniin d'Uérodote, a laissé les plus ancîcnues chroniques que nous possédions dant les cinq king et les quatre livres classiques. La période authentique parait dater d la dynastie des Tcheou du temps de laquelle vivait ce philosophe. La dynastie ded Tcheou comprenait plus de huit siècles, et, allant jusqu'à l'année 340 avant Jésu Christ, fut marquée en Chine, non-seulement par la naissance de Confucius, maïu aussi par l'upparitton de deux i-éformatenrs, l^o-Kiun en Chine, et BouddbM dans l'Inde.
A la mort de CouTucius, en 477 avant Jésus-Christ, la Chine était divisée i plusieurs petits royaumes. I« roi de Tsin depuis longtemps avait augmenté sa fore aux dépens de celle de ses voisins ; il combattit contre six antres royaumes, et les forçt^ à l'eeonnaltre sa suprt'matie. Son territoire commença dès lors à pi-endre i'asp( d'un empire; il formait la moitié de la Chine moderne, il était situé au nord ( grand Kiang, mais cet empire à peine formé, éLiit destiné à être démembré plus tardJ
(]e fut ce premier empereur, Chi-hoang-ti, qui construisit la grande muraille.
Vei-8 l'année 201 avant Jésus-Christ, la famille des Han monta sur le trAne, Av« cette dynastie commence l'une des époques les plus célèbres de l'histoire de I Chine. Ce fut alors que les Tartares. par leurs déprédations, devinrent un objet
d'inquiétode pour les paisibles Chinois. C'étaient les mêmes Hing-koue (nations errantes) auxquels le premier empereur avait vainement opposé la grande muraille. Les premiers empereurs de la dynastie des Han essayèrent de gagner leur amitié en leur donnant leurs filles en mariage. Ce qui n'empêcha pas, sous le neuvième empereur, Youen-ti , une nouvelle invasion tartare.
Ces querelles fournirent aux Chinois roccasion d'arriver, au temps de Trajan, jusqu'aux bords de la mer Caspienne. Déjà quelques années auparavant , en l'an 94 de notre ère, un ambassadeur, envoyé par l'empereur dans le but de chercher à nouer quelques relations avec le monde occidental, avait atteint l'Arabie, mais n'avança point au delà. L'empereur Marc-Aurèle, en Tau i6i , essaya d'envoyer dans le même but une ambassade en Chine, mais cette expédition échoua. La dynastie des Han finit eu 260, pour faire place à celle des Tsin, qui, ainsi que je l'ai dit, aurait, selon quelques auteurs, donné son nom à la Chine.
A l'extinction de cette race de souverains, l'an de Notre-Seigneur Jésus-Christ 4i6, la Chine fut divisée en deux royaumes principaux. Nanking était la capitale du royaume du midi, et Ho-nan celle du royaume du nord. Pendant deux cents ans, cinq dynasties se succédèrent rapidement. La règle de l'hérédité était sans cesse ▼iolée par le plus fort. L'histoire de cette pcTiode n'est qu'une suite de révoltes et de crimes. A la fin, en l'année 585, les royaumes du nord et du midi furent réunis pour la première fois en un empire dont la capitale fut Ho-nan.
Le dernier empereur des cinq dynasties fut bientôt après déposé par Li-Youen , qui fonda , en l'an 622 , la dynastie des Tang.
Tài-Stong, le second empereur de cette dynastie, fut l'un des monarques les plus renommés de la Chine. Les jésuites nous ont appris que sous son règne, en i625, quelques missionnaires catholiques découvrirent, à Si-gan-fou (l'une des principales villes de la province de Cheu-si), une inscription en caractères syriaques constatant la première introduction du christianisme en Chine en 625, par certains évêques nestoriens, qui avaient été chassés vers l'Orient par la persécution romaine. L'une des particularités les plus remarquables de l'histoire des Tang est le pouvoir qu'usurpèrent les eunuques du palais.
Le troisième empereur était tellement gouverné par une de ses femmes, qu'en mourant il la laissa investie de la souveraineté, contrairement aux lois de l'empire. La reine, après avoir occupé le trône pendant vingt ans, le légua à son fils.
Le dernier empereur de la dynastie mit fin au pouvoir des eunuques. Il les extermina avec l'aide d'un chef dont il réclama l'assistance. Ce chef s'acquitta de sa tâche à merveille, mais il tua l'empereur et son héritier, puis, après une série d'horribles cruautés, il mit fin à la dynastie des Tang, Tan 897.
Le pays fut donc encore une fois plongé dans un état de guerre civile et de désordre, et de nouveau livré aux prétendants. Cette époque, qui dura environ cinquante-trois ans, est appelées dans les (chroniques chinoises les Steou-ou-tai, les cinq dernières successions. La population de la contrée nommée actuellement Liaotong, à l'extrémité orientale de la grande muraille, se trouvant encouragée par
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les troubles qui agiluieul la Chiiiu, lit avec succè» ptusieuit im'ursiuiis sur loire de l'empiri-.
Apres plusieurs guerres oîvik's, Tui-'l'sou, le pi-eniier ciiiiitiitfui' de h dyii; des Song. fut ('levi^ au trône par tes chefs militaires «t eependunt le irgne des Song fut rmiiiemnient littéraire, ce que l'oit doit sans doute à l' imprimer le qui commeiiça â lleurir enCbinoà cotte époque, duq cents ans environ avant son apparition en Europe.
Les Song furent des princes éclairés et civilisés, mais ils uVtaieut point Ik'Uîqueux., et le récit de leurs acliouK n'est qu'une suite de concessions et de compromis houleUK avec les Turtares orientaux, appelés Kin (d'où sont sortis les Mundcliuus qui régnent matiilenant sur la Chine | , jusqu'au moment où les Mogliols on Tartares occidentaux prirent possession de l'empire sous Klionbilal-klian.
Wei-tsong, troisième de la dynastie, se fit ^escla^e des eunuqtii's et ne laidu p à éprouver les conséquences de sa faiblesse et de son imbécillité !
Les Tartares orientaux fondirent sur la Chine, s'emparèrent des (irovinces dii nord et meoacèi-ent le pays tout entier. Ils devaient loulefols être repoussés, non par les Chinois, mais par les Mogliols qui les batliieal. Ces peuples habitaient les pays qui s'étendent depuis les provinces nord-ouest de la Chine, jusqu'au Thîbet et jusqu'à Samarcaude. Ils avaient déjà conquis l'Inde , lorsque les Chinois énervés les appelèrent pour les pj-oti'ger contre les Kin. Us se rendirent à leur invitation, el. pour se récompenser de leur peine, Hubjugmi-ent aussi leurs protégés.
Les Kin fuient repoussés, leur principale ville fut emportée d'assaut, et la moi*! de leur prince mil fin monicntaiiément a leur puissance; mais les Tartares qui survécurent furent les ancélivs des conqnénints Mandchous.
A l'avènement de Khoubilai-bhun, premier empereur de la dynastie des Y. la religion dominante des Tartares était celle de Itonddha ou Vo dont le grand lai du Tliibet est le chef; les livres des autres religions furent proscrits et brûlés, et le bouddhisme n'a jamais été aussi llorissant que sous lu dynastie tartare mogholc. Khoubilai étidilit le si*^ de son gouvornemenl dans la province de Pe-tchi-li et dans la ville de Chiin-ton-fou, plus connue sons le nom de Péking (cour du nord). Malgir l'habileté de ce prince qut , plus qu'aurua autre, était capable de jeter les fondements d'une domination durable, l'apathie, l'insouciance de ses successeurs furent telleSi qu'au bout d'un peu plus de huit ans. l'empliv leur échappa et le neuvième empei se vit forcé de céder le tiùne à un Chinois.
Hong-vou , le premier empereur de la dynastie des Mong , qui expulsa les Moghols en 15<>6, avait été domestique dans nu monastère de bonzes ou prêtres de Bouddlia ; s'étant joint à un corps nombreux de révoltés, il devint bientôt leur chef, et après s'étn^ i-endii mattre de quelques provinces méridionales, il défit les troupes de l'empereur dans une grande butadle; les Chinois se réunirent à lui de lnutes parts; après avoir traversé le Henve Jaune, il força Chan-ti à fuir vers le nord, nù il mourut peu de temps après, laissant le soldat de fortune luiiilredn li'('it il monta en prenant le nom de Tai-Tson (grand ancétivi.
llea^^H irev^^H
Is nouvel empereur essaya dVtablir sa ré»dence à Fong-Yang-fou, ville où il ëteit nf; mais la position peu avantageuse de cette ville, le força bientôt de Tabandonner pour Nanking. Quant à Péking; il Térigea en principauté en faveur de Tun de ses plus jeunes 61s, nommé Yong-lo. Celui-ci ayant plus tard succédé à Tempire en transporta de nouveau le siège à Péking, en i408. Ce fut vers la même époque (en 1405) que Timour ou Tamerlan mourut en route, au moment où il marchait à la conquête de la Chine.
Peu d'années après le passage du cap par Vasco de Gama , les Portugais firent leur première apparition à Canton. La conduite qu'ils tinrent d*abord donna d'eux mw idée peu favorable; mais lorsque dans la suite ils se posèrent comme les compétitenrs des Hollandais et des Anglais, les contestations que souleva leur avarice mercantile contribuèrent à les placer sous un point de vue encore plus désavantageux. Après Perestrella et Perez de Andrada, Ferdinand Mendez Pinto, gr✠à cet exploits et à l'exagération avec laquelle on les a décrits, a rendu son nom fimem entre les premiers aventuriers du Portugal. Arrivé à Ning-Po, avec un ëqaipage composé de hardis vauriens de son espèce , il apprit de quelques Chinois qu'il existait au nord-est une tle où étaient situés les tombeaux de dix-sept rois dÛBois avec tous les trésors qu'ils renfermaient. Aidé de ses compagnons, il réussit à découvrir le lieu et pilla les tombeaux dans lesquels il trouva une énorme quantité d'argent; mais ayant été attaqué il fut obligé de se retirer avec une partie seulenent de son butin.
A lenr retour, les aventuriers fuirent assaillis par un coup de vent dans le voisinage de Nanking, et quatoi*/(' d'entre eux, qui échappc'rent la vie sauve, furent pris ptr les Chinois et envoyés , après avoir subi divers mauvais traitements , à Nanking fliéaie, où ils furent condamn('*s à être fouettés et à perdre chacun un pouce. On les conduisit ensuite à Péking, et ce fut pendant la route que Pin ta eut occasion d'étudier les mœurs des pays qu'il traversait. Condamné, ainsi que ses compagnons, à nne année de travaux pénibles , il fut mis en liberté avant l'expiration de ce temps par les Tartares mandchous , qui envahirent le pays. Il se joignit à ses libérateurs et vh, pendant qu^il était à leur service, un des principaux lamas, qu'il appelle kmrpape.
La première ambassade portugaise , et naturellement la première d'une puissance européenne à Péking par voie maritime, eut lieu dès io20.
L'ambassadeur, Thomas Perez, après une foule d'humiliations, fut enfin arrêté, dépooilK de ce qu'il possédait, jeté en prison, et, à ce que l'on suppose, mis à mort.
Les diverses ambassades qui se succédèrent à Péking durant trois siècles furent accueillies de différentes manières, mais toujours sans succès pour nouer de6 relatimit de commerce. Telles furent les négociations d'Alfonso de Melo.
Ce fut vers le milieu du dix-septième siècle que les Portugais s'établirent à Macao, la seule colonie européenne qui ait été, avec un succès très4M)mé il est vrai, fondée sur la côte de la Chine. Il parait qu'ils ont. eu « dès 1537, un abri momentané sur le
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CllINK.
t'ivnge. Peu à p<ni ils prii'i^nl picil, ils ïun-nl aiit<>risi>s ù se Mlir <)es maisons; enfin les petits mandarins tolprèrenl coninif un surcroît de p»|uiliition l'établissement d'un goiivememenl interne, rt l'aflluence de prêtres qui clierclièrejit à convertir, les Cliinoïs.
En 1573, les Chinois ëlcvi'-rent nn mur en travers de l'isthme pour séparer Mat de l'tle do Hîaug-Chao. Un mandarin civil fut nommé di>s les premiei-s temps: rt^side dans la ville et lu gouverne an nom de l'empei-enr de la Ciiine. Cet ollicier, qu'on ap[K>llË un Tso-taug, surveille attentivement les habitants et adresse des rapports h ses supérieurs. Les PortugaÎH ne peuvent pas bittir de nouvelles <^lises ou de nouvelles maisons sans une permission expresse. 1^ seul privilège qi aèdent est oelui de se gouverner par eux-mêmes, tandis que la population chinoise est placée sons le contrôle des mandarins.
Les PiM'tngais, à diverses reprises, ont envoyé des ambassades à Pékîng depi leur débarquement en Chine. La dernière eut lieu en 1753. Elles pr('senl d'un côté, le spectacle ordinaire de l'arrogance, et, de l'autre, relui de la mission.
Ce fut aussi sous les Ming que les jésuites s'établirent en Chine. En l'an Wanli, treixiêrae Ming, occupait le trùne, lorsqu'une guerre éclata avec les Tartares orientaux, qui donnaient aloi'S ù leur pays (actuellement Moukden) le nom de Man- (clieou ou Maudcbou (ri'gion entière). Nous avons déjfi vu qu'avant lu conquête moghole et sur la fin de la dynastie des Hong, les mi^mes Tailares orientaux , sons le nom de Kin, ou race d'or, avaient subjugué quelques ]>arties de lu Chine, et avaient ensuite été chassés par les Mongols,
I./Orsque le dernier des Moghols, descendu de Khoultilaï-klinn , eut été expi de la Chine par le fondateur de la dynastie des Ming, ils cherchèrent parmi les Tartares orientaux, et de leurs alliances avec les indtgt-jies sortirent Bogdoi'khans ou princes mandchous qui devaient renverser les Ming.
Tien-Ming, l'ancêtre de la famille aujourd'hui régnante, pénétra, sous Wan-I dans la province de Péktng à la tête de cinquante mille hommes, et se disposait k metti'e le siège devant la capitale, lorsqu'il fut repoussé et contraint de se retirer momentiinément à Liao-Tong, au noiil de la grande muraille. La guerre recommença ensuite et fut continuée avec divers succès jusqu'à l'uvénement au IrAne du dernier Ming, en 1627. Ce prince parut ne pas compi-endre le danger qni le menaçait; au lieu de repousser les Tartares, il mécontenta tellement ses propres sujets qu'une partie d'entre eux se soulevèrent contre lui. Lechef de^ rebelles subjugua les provinces de Ho-nan et de Chen-sî, égorgea les principaux mandarins, puis, pour gagner le concours du peuple, il l'alfranchit de tout impAt. Oite politique lui réussit à tel point, qu'U fut bientôt en mesure d'envahir Péking avec une nombreuse armé<<. L'empereur, pi'éférant la mort à la honte d'être pris par les factieux, poignarda sa lille unique et se pendit ensuite, l'an Ifi43 de notre ère.
Après la mort du souvei-ain, l'usurpateur ne rencontra plus d'oppn dans la capitale, où il fui reçu avec ('nt|)ousiasme.
!rtil\^^
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lepi^H iten^^H
tares Han- [iiéte us le ■ lient
INTRODUCTION. lil
Une fuis Pékiug toiiibi'' au pouvoir des Mandchoux, toutes les provinces septen- Irionales, ainsi que la plupart de celles du midi , reconnurent aussitôt la domination étrangère; mais plusieurs milliers de familles chinoises avaient abandonné leur pays pendant la lutte, et vingt-cinq mille d'entre elles au moins s'étaient transportée^ à Formose. Cet accroissement de population fut la principale cause qui contribua à Fei^pulsion des Hollandais de cette ile, en 10:22.
Atteint d'une maladie mortelle, le conquérant eut le temps de placer sur le trône son fils Chun-tchi, alors en bas âge (Tan 1644 de Jésus-Christ). O fut ainsi que conunença la dynastie tartare-mandchoue, dont le sixième empereur occupe aujourd'hui le trône.
La dynastie fut surtout consolidc'e par Kang-hi, le deuxième roi tartare, et peutêtre le plus gi*and monarque qui ait r<''gii('^ dans ce pays. Ce n'est pas sans quelque raifton que les missionnaires jésuites ont comparé son règne à celui de Louis XIV et de Pierre le Grand, dont Kang-hi était contemporain. A plusieui's titres, en effet, Fempereur chinois se monti'a leur digne émule, et la durée de son règne, qui fut de soixante ans, est un trait de ressemblance de plus avec celui du grand roi de France.
Kang-hi se rendit surtout célèbre par la conquête du pays des Eleuts ou Kalmouks.
Yong-Tching, son successeui*, ne se distingua que par sa persécution contre les prêtres catholiques. Kien-long, qui monta sur le trône en 1736, et qui, comme Kang-hi, régna soixante ans, fut digne de lui.
Ce fut près de lui qu'en i793 lord Macartney fut envoyé en ambassade.
Lorsque Kang-hi eut accompli soixante ans de règne, il remit le sceptre dans les mains de son fils; mais il survécut peu ù son abdication. Kia-King n'était guère propre à soutenir la dignit<'' de son père; tout entier à ses plaisirs, il passait sa vie dans les orgies et dans la société des histrions. 11 mourut en i820, laissant le trône à son second fils, Tao-Kouang.
II y a trois croyances religieuses à la (^hine. I^ doiUrine de Confucius ou Confutzëe, appelée Yu, celh» de Fo on le bouddhisme, et la secte de Lao ou les rationalistes. 11 ne faut pas croire cependant que ces trois cultes soient sur un pied égal. Le confucianisme est l'orthodoxie ou la religion de l'État, et les deux autres, tolérées en tant qu'elles ne heurtent point la première, sont plutôt discrédité(^s qu'encouragées par le gouvernement. Lt»s doctrines de Confutzée sont encore révérées aujourd'hui, et elles ont même consc^rvé leur suprématie sui* le culte national de la dynastie tartai*e, tandis que les superstitions absurdes des deux autres ont été tour à tour embrassions et rejct('*es par les divers souverains du pays.
La doctrine de Confutzée , considérée comme un dogme religieux , n'en a cependant point le caractère essentiel, puisqu'elle n'est point annoncée comme transmise par la Divinité, mais n'est que l'opinion d'un homme, à la vérité réputé le plus sage qui ait honoré l'espèce humaine. Les principes de Confutzée sont des conceptions d'une haute sagesse; il i*econnait un Être suprême, il estime que la raison humaine en est une émanation, que la loi religieuse se borne à pi'escrire de se conformer à
Hi CHINE.
la loi do nature et aux lumières de rentendement. Ses préceptes sont en conséquence de ces principes. Travailler à se connaître, afin de perfectionner son être, étudier la nature des choses, afin de distinguer ce qui peut être obtenu et par conséquent doit être désiré et recherché; donner de bons exemples, afin de contribuer à Tamendement de ses semblables: tel en est le résumé.
Les sectateurs de Coufutzée, en admettant un Être suprême qui dirige toute chose, croient cependant, ainsi que les philosophes grecs, que le monde est éternel, ce qui forme une contradiction évidente. Ils adorent ce maître de l'univers, mais sans aucun culte ostensible, sans autels, sans prêtres; ils lui rendent hommage par un sentiment intérieur, persuadés, ainsi que d'anciens philosophes, que l'hommage le plus agréable à la Divinité est de se rapprocher d'elle par la rectitude et la sainteté des actions, et de lui ressembler par la vertu.
On prétend que dans cette secte on est divisé sur la croyance de l'immortalité de rame ; les uns croient que les âmes des méchants périssent avec leurs corps , que l'âme du juste survit seule, et que cette survie est sa récompense; d'autres croient que l'àme par son essence est nécessairement immortelle : mais dans l'une et l'autre de ces opinions on ne croit point à des récompenses. On pense que l'excellence de la vertu suffit pour la faire aimer et pratiquer.
Lao-Kiun et Fo sont les fondateurs des deux sectes qui, subordonnées à celle de Confucius, ont plutôt influencé que divisé la population chinoise.
La religion de Fo, ou, selon la prononciation de Canton, Fout'h, est celle de Bouddha, avec la forme sous laquelle elle existe au Thibet, à Siam, en Cochinchine, dans l'empire d'Annam,eh Tartarie et au Japon. Si le bouddhisme est ainsi disséminé loin de l'Inde, son berceau, la cause doit en être attribuée à la persr'*cution que lui firent éprouver les brahmines, qui le considéraient comme une hérésie.
Selon les Chinois, le bouddhisme s'introduisit dans leur empire soixante-cinq ans environ après notre ère, sous le règne de Ming-ti, de la dynastie des Han.
Les Samanéens, Ho-chang, ou prêtres, vivent ensemble dans des monastères attenants aux temples de Fo. Ils forment en Chine une société de mendiants. Leur costume ressemble beaucoup à celui du clergé catholique.
L'histoire de la Chine raconte que, sur le milieu du dixième siècle, l'empereur Kien-ti, qui fonda la dynastie des Song, envoya trois cents Samanéens ou prêtres bouddhiques dans l'Inde pour y chercher les livres et les reliques de leurs dieux.
Quoi qu'il en soit, la situation actuelle du culte de Fo en Chine est loin d'être florissante; les magnifiques édifices, fondés dans des temps plus prospères, tombent aujourd'hui en ruine, et il est rare de rencontrer une pagode en bon état.
Quant à la doctrine de Lao-Kiun ou de Lao-tsé, elle parait avoir quelque analogie avec celle d'Épicure; elle recommande la vie tranquille et contemplative; elle admet d'ailleurs l'astrologie et la magie; ses sectateurs ont des monastères et une sorte de culte extérieur. Cette doctrine fut surtout en grande faveur sous la dynastie des Thang. En 674 l'empereur ordonna que les enfants des gi*ands et des princes ,
INÏRODlICnON. 123
de même ceux que du peuple, étudieraient le livre de la raitan et de la vertu de l^iao-tsé, et subiraient des examens sur cette matière.
Quelques années auparavant , en 666, l'empereur Kao-tsoung était allé au temple érigé en Thonneur de Lao-tsé, qu'il regardait comme un de ses ancêtres.
Les mahométans entretient en Chine vers le septième siècle, et plus tard ils vinrent par mer à Canton. Après la dynastie moghole des Youen, ils se répandirent dans tout le pays, et maintenant ils y sont en grand nombi*e. Non-seulement cette religion est aujourd'hui tolérée, mais encore ses sectateurs sont admis sans peine aux emplois du gouvernement dont les chrétiens sont rigoureusement exclus.
Nous avons vu que les missionnaires avaient reconnu des tmces de Tintroduction du christianisme en Chine vers le septième siècle. Marco Polo aflirme que dans une ville des environs de Nanking, sur les rives du Yang-tsé-kiang, il y avait de sou temps deux églises de chrétiens nestoriens, qui avaient été bâties en i274, lorsque Tempereur confia pendant trois années le gouvernement de cette ville à un nestorien appelé Har-Sachis.
Le premier pape qui parait avoir envoyé des missionnaires, dans le but de convertir les Tailares et les Chinois à la foi catholique, est Innocent IV.
Le moine Giovanni Carpini, qu'il députa Tan 4246 en Russie vers Baata-khan , sur les bords du Volga, fut conduit à la cour tartare moghole, précisément dans le moment ou le grand khan allait être installé. Carpini fut étonné des immenses trésors qui furent étalés sous ses yeux, et i*evint porteur d'une lettre amicale après avoir été parfaitement bien traité. La grande ressemblance qui existe entre les rites des bouddhistes chinois et ceux du culte catholique le flatta beaucoup plus que les superstitions ne le scandalisèrent , parce qu'il en induisit qu'ils étaient déjà chrétiens, ou qu'au moins ils ne tarderaient pas à l'être.
En 4258, Rubruquis fut envoyé de la même manière par saint I^ouis pendant la croisade. Rubruquis avait pour mission d'obtenir l'amitié des Moghols; il arriva après maintes fatigues a la cour du grand khan, où, comme son prédécesseur, il remarqua la ressemblance qu'offrait le culte laraaïque avec le catholicisme romain ; il en conclut que ce culte devait tirer sou origine d'un christianisme corrompu , peut-être même de celui des nestoriens.
Jean de Cor\'ino, envoyé en Asie l'an 1288 par le pape Nicolas IV, est le pi*emier qui réussit à répandre la foi catholique romaine en Chine. Il arriva à Khau-Balikh (c'était ainsi que lesTartares nommaient Péking), fut accueilli très-gracieusement par l'empereur, malgré les attaques des nestoriens, dont il avait excité la jalousie, et obtint l'autorisation de construire une église avec un clocher et des cloches. De O>rvino baptisa, dit-on, plusieurs milliers de convertis et instruisit une multitude d'enfants dans les principi*s du christianisme et les éléments de la langue latine. La nouvelle de ses succès parvint jusqu'à Clément V , qui le nomma évêque de Khan- Balikh, et lui envoya un nombreux corps de prêtres pour l'aider dans ses travaux. A la mort de Corvino, il est probable qu'aucun homme aussi capable et aussi entreprenant que lui ne se présenta pour lui succéder; car l'établissement qu'il avait
H4 CHIiNE.
fondé paruit avoir été supprimé, ou tout au moins avoir dégénéré jusqu'au point d'être devenu totalement insignifiant.
Ce fut en 1552 que le fameux apôti'e de TOrient, saint François-Xavier, dont on a raconté tant de miracles, mourut à San-Chan ou Saint-Jean. On voit encore aujoui*d'hui les ruines de son tombeau que Févéque de Macao avait autrefois coutume de visiter tous les ans pour y célébrer la messe et en lapporter un morceau de terre consacrée.
En 1579, Michel Ruggiero, jésuite italien , arriva à Canton et fut rejoint, au bout de quelques années, par Mathieu Hicci, qui peut, à juste titre, être considéré comme le fondateur de la mission catholique. Grâce à sa tolérance et à son habileté celui-ci obtint d'immenses succès. Après dix-sept ans de séjour en Chine, il alla à Pékiug, où il fut bien reçu. D'autres jésuites vinrent se réunir à la mission, et leur succès eut été très-grand s'ils eussent conservé le même esprit de tolérance.
Le jésuite le plus distingué par ses talents et son érudition fut le père Adam Schali , Allemand de naissance. Il arriva à Péking dans le temps où la dernière dynastie chinoise des Ming était sur le point d'être renversée du trône par les Tartares mandchoux.
Au moyen de l'influence exercée par un chrétien chinois, nommé Paul Siu, qui était Colao, et de ses vastes connaissances dans les sciences physiques, Schali s'acquit l'estime générale de la cour. Il conserva l'emploi qu'il y remplissait, même après que les Tartares se furent rendus maîtres de l'empire. Le premier empereur mandchou , Chun-Tchi , l'éleva à la dignité de président du conseil astronomique.
On autorisa les jésuites à bâtir deux églises à Péking, et de nouveaux missionnaires eurent la permission d'entrer dans le pays. Parmi ces derniers, Ferdinand Verbiest, jésuite flamand et homme d'une science remarquable, devint le coadjuteur d'Adam Schali. Lorsque Khang-hi monta sur le trône à huit ans, les querelles entre les jésuites et les dominicains gâtèrent tout. Schali mourut de chagrin , et Verbiest fut obligé de rester caché quelque temps. Lorsque Khang-hi , libéral et éclairé, régna par lui-même, Verbiest devint président du conseil des astronomes, et par son influence les missionnaires chassés obtinrent la permission de retourner à leui*s églises. Sous ce prince, la situation du christianisme en Chine fut infiniment plus prospère qu'elle ne l'est aujourd'hui , après un siècle et demi.
Le décret par lequel Kang-hi autorisa, en 4692, l'exercice de la religion chrétienne fut abrogé par son successeur, Yong-Tching, qui chassa des provinces les missionnaires qui étaient toujours en hostilité avec les autorités et entre leurs divers ordres. Ce fut surtout l'intolérance des dominicains qui fut fatale aux progrès des* missions. En 1708, Tounion fut envoyé par le pape Clément XI, comme vicaire apostolique, pour tâcher de faire rentrer la paix au sein de l'Eglise naissante, mais ses efforts furent vains et n'obtinrent aucun succès. En i720 le patriarche Mezzabarba fut à son tour envoyé de Rome comme légat, dans le but d'aplanir les diflicultés qui s'étaiejit élevées sur les points controversés; mais il ne put, malgré
ses concessions, panenii* à conjurer l'orage. A la fin, les missionnaires* furent dénoncés formellement par un décret impérial de Yong-Tching, en 1723. Quelques moines seulement furent tolérés à Péking; un petit nombre d'autres restèrent cachés dans les provinces , mais la plupart fuirent amenés à Macao avec Finjonction positive de quitter le pays.
Les jésuites, plus éclairés que les dominicains, paninrent à se réconcilier avec la cour. Ignatius Kœgler fut nommé par Tempereur président du conseil des astronomes, avec un titre honorifique. A Taccession de Kien-long, en 4736, la haine que ce prince avait conçue contre les mauvais prêtres qui travaillaient en secret à la mine de son autorité, le conduisit à les rechercher avec une extrême vigilance. Dans presque toutes les provinces, plusieui*s d'entre eux étaient restés cachés sous des déguisements. Ils furent emprisonnés et leurs prosélytes prirent la fuite ou rentrèrent dans le devoir. Pour mitiger la rigueur de ces persécutions, les jésuites de Péking n'épargnèrent ni les prières, ni les présents, mais ce fut sans beaucoup d'effet, jusqu'à ce que le décret de i785, qui fut publié environ cinquante ans après l'élévation de Kien-long au trône impérial, rendit la liberté aux moines emprisonnés et les autorisa soit à rejoindre leurs frères à Péking, soit à retourner en Europe.
Depuis cette époque jusqu'à ce jour, la mission catholique romaine a été* en déclinant et a eu à souffrir plusieurs pei*sécutions.
Selon le relevé fait par le P. Marchini , procurateur de la mission de la propagande à Macao, le nombre des ecclésiastiques européens en Chiné s'élevait en 1840 à vingt-neuf, et celui des chrétiens indigènes à environ deux cent mille. Depuis cette année, le dernier des Européens a été renvoyé à Péking, mais quelques autres continuent à rester cachés dans les provinces.
Les efforts continuellement répétés des Européens pour nouer avec la Chine des relations commerciales étendues, n'avaient guère eu plus de succès jusqu'à ce jour que leurs tentatives de propagande. Nous avons vu que les premiers essais datent du temps même de Marc-Aurèle , et qu'ils furent renouvelés par saint Louis au treizième siècle. Nous avons donné un aperçu des tentatives un peu plus fructueuses des Portugais. Les premières ambassades moscovites, les plus célèbres de celles envoyées par terre, ont été celles d'Isbrand-Ides, en 4693, et d'Ismailoff, qui fut député par Pierre le Grand, en 1719. Catherine I^, en 1727, envoya le comte Vladislavitch en Chine, avec le titre d'ambassadeur extraordinaire. I^ première tentative des Anglais pour lier des rapports avec la Chine remonte à 1596. Trois vaisseaux furent alors équipés et mirent à la voile, sous le commandement de Benjamin Wood, qui était porteur de lettres de la reine Elisabeth pour l'empereur. Une nouvelle tentative eut lieu en 1664. Depuis le commencement du dix-huitième siècle les Anglais furent continuellement gênés dans leur commerce, même à Canton, le seol port qui fût ouvert aux Européens. Cet état de choses ne changea pas, lorsqu'à la fin de 1741, le commodore Anson, dans un voyage autour du monde, à bord dn Ceniurion, vint aborder à Macao.
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En 1788, le colonel Calhcart fut envoyé d'Angleterre comme ambassadeur eu Cliine, à bord de la frégate la Vestale, Sa mort, arrivée eu route dans le détroit de la Sonde, arrêta entièrement la mission pour un temps et la frégate revint en Angleterre.
Ce ne fut qu'en 1792 que le projet fut renouvelé sur une plus vaste échelle. En conséquence, lord Macartney partit d'Angleterre au mois de septembre 1792, à bord du Lion, vaisseau de soixante-quatre canons, et accompagné de sir George- Léonard Staunton, en qualité de secrétaire de légation. L'un des principaux objets de la mission de lord Macartney était d'obtenir, s'il était possible, de l'empereur la permission de commeirei* à Ning-po, à Chusan, à Tien-tsin et à d'autres endi'oits outre Canton. Toute discussion sur ce point, et en réalité sur tout ce qui touchait aux affaires , fut soigneusement éludée par les ministres chinois et les mandarins durant le séjour de l'ambassade à Péking. Cependant , dans sa lettre au roi d'Angleterre, l'empereur n'omit pas d'établir nettement que le commerce anglais devait être strictement limité au port de Canton. Depuis, les efforts de M. Robert , en i805, et de M. John Crawford plus récemment, n'ont pas eu plus de succès.
Le gouvernement anglais envoya, en i8i6, une nouvelle ambassade, ayant à sa tête lord Amherst. On espérait pouvoir obtenir l'autorisation d'avoir un résident anglais dans la capitale , ou celle de trafiquer dans quelques-uns des ports situés sur la côte nord-est.
. Cette mission, sans avoir en apparence un résultat bien positif, a été suivie d'un long intervalle de tranquillité et de liberté. Effectivement depuis i 816 le commerce anglais n'a été suspendu que par le décret qui a amené la guerre de 1841 et 1842, et le traité qui a fait tomber la barrière qui pendant tant de siècles avait isolé la Chine du reste de la terre.
Les arts du dessin sont loin d'occuper en Chine le rang élevé que nous lui assignons en Europe. Étant moins encouragés , ils ont dû nécessairement être moins cultivés. Le gouvernement, en effet, a toujours eu pour politique d'empêcher le goût du luxe de se répandre.
Dans les ouvrages qui n'exigent pas une observation rigoureuse de la perspective, ils se montrent quelquefois assez habiles. Ils peignent des insectes, des animaux, des fruits et des fleurs avec beaucoup de talent, et rien ne saurait égaler l'éclat et la variété de leurs couleurs. Des artistes chinois ont souvent été employés à Canton et à Macao par des naturalistes anglais qui leur faisaient dessiner des animaux et dos plantes; convenablement dirigés, ils peuvent en effet exécuter des ouvrages très-corrects. Ce qu'ils ne comprennent pas, ce sont les ombres qu'ils n'emploient jamais. Le genre de peinture le plus estimé est le lavis sur le papier ou sur la soie. Leurs couleurs ont surtout le plus vif éclat lorsqu'ils emploient un papier, qu'on appelle à tort papier de riz , et qui n'est autre chose que la moelle d'un arbre. Son aspect est celui du velours blanc et sa consistance celle du pain azyme.
Les Chinois sont aussi assez habiles dans la peinture sur verre, mais ils ignorent
INTRODUCmON. Ii7
Tart d'incorporer cette peinture au verre par le moyen de la cuisson, bien qn^il» y excellent lorsqu'ils peignent sur la porcelaine.
Les Chinois ne sont pas plus avancés dans la sculpture; cependant ils rachètent leur ignorance de Fart de la taille du marbre ou de la pierre par une assez grande habileté dans le modelage. C'est pour cette raison que les images de leurs dieux , an lieu d'être sculptées , sont modelées avec de l'argile. Ces figures sont toujours Têtues 9 et les draperies sont assez habilement exécut^'*es.
Leurs modeleurs imitent parfaitement en petit la figure d'un homme dans trois ou quatre séances d'une heure chacune; ils font ces figures avci! une espèce d'argile bien préparée , ils la peignent ensuite en couleurs natui*clles; il y en a d'une ressemblance étonnante et d'un prix très-modique. Ils font aussi des figures d'une matière plus solide, qui ressemble à l'albâtre ou à l'agate suivant la couleur. On prétend ' qu'elles sont faites avec une pâte composée de riz cuit , de chaux et d'alun , et que ce mélange prend la dureté et le poli du marbre parla simple dessiccation et sans le secours de la cuisson. Il est facile de retrouver le type primitif de l'architecture chinoise. M. de Paw, dans ses recherches sur les Chinois, a touché ce point avec autant de justesse que de sagacité : a A la Chine , dit-il , on ne saurait se méprendre sur l'objet qui a servi de modèle aux premiers bâtiments; on y a conti'efait une tente. » Et cela est très-conforme à tout ce que l'on peut savoir de plus vrai sur l'état primitif des Chinois qui ont été, comme tous lesTartares, des peuples nomades, logeant sous des tentes avec leui*s troupeaux, avant d'avoir des villes. Nous trouvons ce type très-lisiblement écrit dans la configuration de leurs toitures; car il ne peut y avoir que la forme des tontes ou des pavillons en toile qui en ait été le modèle. Quoique des bâtis de charpente s'y soient par la suite assujettis et associés, la moindre connaissance de la marche des inventions du besoin , nous apprend que si la charpente avait donné le type primitif des constnictions, elle n'aurait jamais pu procéder par des assemblages aussi légers et des formes aussi éloignées de la ligne droite. Aussi voyons-nous que les couvertures de tous les édifices sont recourbées et arrondies par le haut. Comment mieux imiter les contours d'une toile qui se prête à tous les caprices de la main qui la dirige sur le bâti léger qui lui sert de soutien? Une particularité caractéristique de ces combles est qu'ils ne reposent point sur les maltresses murailles, mais sur la charpente, c'est-à-dire sur les colonnes de bois, et là se trouve encore la réunion des doubles toits dont on a souvent besoin pour couvrir les murailles. Il est une qualité caractéristique que l'on doit signaler dans l'architecture chinoise. Cette qualité, plus matérielle à la vérité qu'intellectuelle, est la gaieté. Ces combles et ces doubles toits brillants de tons, dont l'effet est comparé par les poètes chinois aux nuances de Tarc-en-ciel , ces portiques diaprés de toutes sortes de couleurs, les vernis étendus sur toutes les parties des édifices, l'accord de ce genre de décoration avec les formes légères des bâtiments, tout cela concourt à donner à cette architecture un air de fête que l'on chercherait . en vain chez tout autre peuple. On doit encore reconnaître comme une qualité de l'art de bâtir des Chinois, l'accord de son goiU d'ornement ou de décoration avec
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ses formes et sa composition. Qu'on n'y cherche pas toutefois ces ornements de sculpture auxquels Tidée se reporte naturellement quand on parle d'ornements. Rien de semblable ne s'y remarque. L'art d'orner un édifice à la Chimî n'y est autre chose que celui dont peut donner l'idée l'art que nos ouvriers apportent à la confection des meubles ou des objets d'un luxe capricieux. Dans le fait, ils traitent un bâtiment, sous le rapport de l'ornement, comme une armoire. La beauté consiste dans la précision et la propreté du travail. On vernit les colonnes, on colore les toits, on peint les murailles. I^s couleurs les plus belles, les plus brillantes, les plus inaltérables sont le premier mérite des édifices réputés les plus beaux. Si on y l^eint des figures, le mérite du dessin est le dernier que l'on cherche à atteindre. Lorsqu'on veut porter à leur plus haut point le luxe et la durée des ornements, on emploie la porcelaine peinte de ces couleurs brillantes que le feu rend inaltérables. Quant à l'art proprement dit des ornements, ce n'est à la Chine rien autre chose que l'art des découpures. Les châssis des fenêtres, les panneaux de boiserie offrent tous les entrelacs, tous les compartiments imaginables.
Les matériaux employés par les Chinois sont le bois, la brique, la pierre, le marbre et le fer. Parmi les bois, le premier rang appartient au bambou, au bois de fer et surtout au nan-mou, arbre dont le bois passe pour être incorruptible.
Quand on veut, disent les Chinois, faire un bâtiment qui n'ait point de fin, il faut y employer le seul bois de nan-mou. La brique a été employée à la Chine dès la plus haute antiquité; mais souvent ils l'ont employée sans être cuite et simplement séchée au soleil.
Ce qui a rendu assez rare dans ce pays les constructions en pierre et en marbre, ce n*est certainement ni le manque de matériaux ni la crainte de la dépense. La prodigalité de quelques empereurs ne permet pas d'admettre cette dernière supposition; ce n'est pas non plus le manque de pierre; toutes les provinces en ont abondamment , et les rues de quelques villes sont pavées en marbre de toutes sortes de couleurs, et qui sont plus communs que la pierre. Serait-ce la difficulté des moyens de transport? Mais les jardins des empereurs ont été remplis d'énormes rochers qu'on y a transportés; leurs palais reposent sur d'immenses blocs d'albâtre; de grandes dalles de marbre forment toutes les marches de leurs escaliers. Ce n'est pas enfin la difiiculté de tailler la pierre, parce qu'on l'emploie dans beaucoup d'ouvrages publics. Si l'on ne bâtit pas en pierre, on en a donné pour raison la crainte des tremblements de terre; mais il parait que plus que toute autre chose le climat s'oppose à l'emploi de ce genre de matériaux. Dans les provinces du midi , la chaleur et l'humidité qui l'accompagnent rendraient fort malsaines des maisons bâties en pierres. Selon les missionnaires de Péking, de semblables habitations dans la région du nord, seraient , pendant plus de la moitié de l'année sujettes aux mêmes inconvénients. Si l'on en croit ces récits, les froids de l'hiver et les malignes influences d'un climat humide s'opposent donc aux bâtiments en pierres.
Quoi qu'il en puisse être de ces causes météorologiques, il se pourrait que, dans un pays où rien ne change, la force de l'habitude et de la routine aient contribué
à perpétuer dans les bâtisses l'emploi du bois qu'on peut dire y être général.
Les livres de construction des Chinois, que nous appellerions traités d'architecture ou de Tart de bâtir, ne contiennent pas une seule fois l'idée ni le terme de proportion. Tout se réduit à fixer pour toutes les sortes de bâtiments, et d'une manière uniforme, la grosseur et la hauteur de la colonne. Tout support perpendiculaire doit avoir de hauteur sept fois son diamètre. lii-dessus se règlent les mesures de tout le bâtiment dans toutes ses parties.
Les colonnes à la Chine n'ont point de chapiteau. Deux causes principales ont produit la privation de cette partie si universellement admise par tous les autres peuples. La première tient à l'absence réelle de ce qu'on appelle architrave ou entablement; la deuxième à l'usage des doubles toits. Le premier toit ou l'inférieur n'étant ordinairement qu'un véritable auvent dont la descente doit nécessairement cacher le haut des colonnes, toute espèce d'ornement à cette place a dû paraître superflu, et la pensée n'a pas même dû en venir dans l'esprit des constructeurs. Les colonnes ont généralement un diamètre égal dans leur hauteur. De même que nous attribuons l'origine de nos colonnes de pierre aux troncs des gros arbres qui vont en diminuant graduellement, de même les Chinois semblent avoir emprunté les leurs aux bambous qui sont minces et égaux dans toute leur longueur.
On voit, d'après ce que nous venons d'exposer, que toutes les parties de l'art de bâtir des Chinois sont complètement d'accord entre elles. Aucun style, aucun goût étranger n'ayant pu s'y mêler, cet art a reçu son développement d'une manière conforme aux besoins immuables et aux ressources invariables du pays et du génie de ses habitants. Ainsi, l'esprit de routine a retenu et retient encore depuis un grand nombre de siècles l'architecture chinoise dans un état stationuaire, dont toutefois les relations qui s'établissent entre ce pays et l'Europe peuvent faire supposer qu'elle finira enfin par sortir.
La légèreté des constructions des Chinois et la fragilité des matériaux qu'ils y emploient expliquent l'absence presque totale de monuments antiques dans toute l'étendue du Céleste Empire. Cette architecture est si éphémère que c'est avec raison que M. Barrow dit que si, par quelque accident, la ville de Péking, la plus vaste et la plus populeuse cité du globe, venait à être abandonnée, il ne faudrait pas beaucoup de siècles pour en faire disparaître jusqu'aux derniers vestiges, et pour qu'on cherchât vainement le lieu on elle anrail existé.
Nous ne connaissons en Chine qu'un seul temple souterrain. Il est situé entre Macao et Canton, et dédié à la déesse Kouan-Yin, Tune des principales idoles bouddhiques. Il est creusé dans un rocher de pierre calcaire haut au moins de trois c«nt cinquante mètres. On ne peut y aborder qu'en bateau, attendu qu'il s'élève
perpendiculaîrenient sur le bord de la rivière. L^ouverture naturelle qui existait dans le roc a été élargie par les hommes. Les cellules des prêtres sont creusées dans la pierre et superposées les unes aux autres. On y monte par des escaliers également taillés dans le roc. De la façade de Tétage du milieu pend une énorme masse de stalactites du poids de plus de mille kilogrammes, et qui semble menacer de tout écraser dans sa chute.
Le Poo-ta-Ia (planche 25), grand temple situé près de Zhehol ou Je-ho, en Tartarie, est un des plus singuliers édifices religieux de Tcmpire chinois. ^ temple, construit au dix-huitième siècle par Tempereur Kien-Long, présente plutôt Taspect d'une énorme forteresse, percée d'innombrables meurtrières, que celui d'un monument sacré. Il a cent quatre mètres de hauteur; son toit est entièrement doré.
Les bâtiments qui Tentourent contiennent plus de dix mille cellules, dont chacune a son ouverture sur Tun des côtés de la façade. Les murs et obélisques revêtus d'or et d'argent , les statues précieuses de Bouddha s'y trouvent en quantité prodigieuse, et huit cents lamas desservent ce temple consacré au culte de Fo.
La ville de Canton ne renferme pas d'autres édifices considérables que ses temples; mais le nombre de ceux-ci n'est pas moindre de quatre cents, tant grands que petits.
Le Kouang-Hio-Tsé ou temple du resplendissant devoir filial est un des plus vastes; il est situé dans l'enceinte de la ville, près de l'angle nord-ouest. D'iounenses terrains sont affectés à l'entretien des prêtres qui sont au nombre de deux cents.
Si l'on en croyait une tradition évidemment mensongère, cet édifice daterait du règne des trois empereurs, c'esirà-dire de près de trois mille ans avant Jésus-Christ.
Après ce temple, le premier rang appartient à celui qui est situé de l'autre côié du Tigre, ou Tcbu-Kiang, en face des factoreries européennes, ou Hans.
Cet édifice est d'une étendue immense. C'est un long parallélogramme composé de vastes bâtiments. Des chapelles construites ti*ansversalement forment dans l'enceinte une quantité de cours plantées d'arbres touffus et disposées en jardins pittoi*esques suivant le goût chinois.
En avant du temple est un vaste espace également planté d'arbres et pavé au milieu de larges dalles de granit ; cette espèce de chaussée conduit au premier portique, dont l'entrée est gardée par deux figures colossales de l'aspect le plu3 effrayant; ce sont celles de deux guerriers mythologiques appelés Tchin-Ri et Tchin-Long.
On pénètre ensuite dans une cour que l'on traverse sur la continuation du sentier de granit qui, passant sous plusieurs portiques, conduit à la principale chapelle, consacrée à une sorte de Trinité femelle; les divinités sont assises sur une espèce de rose ou de lotus, les jambes croisées à la mode orientale, et le doigt sur la bouche, dans l'attitude du silence et du recueillement. I^ur stature est gigantesque, et elles paraissent être de bois très-bien doré. Plus loin, dans une autre chapelle, est une autre Trinité, c'est celle de Confutzée, à laquelle les Chinois rendent un culte de vénération. Il y a peu de particuliers chez qui l'on ne trouve cette triple figure de matière plus ou moins riche. Une troisième grande chapelle contient une figure
MONUMENTS REUGIEUX. i31
d^lme grandeur et d'une grosseur monstrueuses; rattitiide, rembotipoînt de son eorps» l'air de satisfaction qui brille sur son visage, tout représente un moine béat. G*est un pauiehai, c*est*à«dire« suivant les Chinois, un homme jouissant du bonheur cëleite. Ce temple est desservi par trois cents bonzes.
Dana un faubourg de Canton, à quelque distance au nord des factoreries, est un aatlne temple qui renferme une centaine de prêtres. Ce temple, en y comprenant les terrains qui sont dans sa dépendance, occupe une superficie de plusieurs ares. Dans une partie de Tédifice, on voit une image de Bouddha, et dans l'autre une idole de Kouan-Yin, la déesse qui faU aitentwn aux cris des morteh et les secourt. Cette divinité est principalement adorée des femmes.
Le grand temple de Macao (planche U) est un des plus élégants édifices de Tempire; mais aussi il n*en est point dont Taspect soit moins approprié à sa destination. Ses portiques gracieux et coquets semblent bien plutôt former rentrée d'un lieu destiné au plaisir que donner accès à un sanctuaire consacré à la prière.
Sar le Yang-Tse-Kiang, non loin de sa jonction avec le canal impérial et près de la grande ville de Quat-chow, est une lie que sa beauté a fait nommer Kin-Shan« rile d*or, cette Ile est couverte de temples appartenant à tous les cultes de la Chine, et semblant rivaliser entre eux de richesse et d'élégance.
L'empereur Hong-vou avait fait élever dans sa ville natale de Fou-yang-fou un temple qui existe encore. C'était auparavant une petite chapelle où Hong-vou, ayant perdu ses parents, se retira d'abord, et servit pendant quelque temps comme valet de cuisine. Lorsque, devenu ensuite soldat, puis chef de révoltés, il s'empara du trdne, il voulut reconnaître les secours qu'il avait reçus dans sa misère des bonzes de Fou-*yang-fou, et fit ériger un temple magnifique en place du petit sanctuaire qu'ils desservaient. Ce temple fut appelé Long-hing-si, le temple d'où le dragon est sorti, parce que le dragon à cinq griffes figure dans les armes de l'empereur.
J'excéderais de beaucoup les bornes dans lesquelles je dois me renfermer si j'essayais, non pas de décrire, mais seulement de signaler les innombrables temples qui couvrent la surface du Céleste Empire. Les portes mêmes des villes en sont presque toutes surmontées. Ce travail serait d'ailleurs sans intérêt. Dans leurs édifices sacrés comme dans tous les autres, les Chinois ne paraissent avoir suivi d'autre guide que leur imagination vagabonde, et il serait impossible de tirer de l'examen de leurs constructions religieuses, une théorie de l'art suivie et paraissant soumise à des règles quelconques.
Les mosquées sont assez nombreuses en Chine, et sont une nouvelle preuve de la tolérance religieuse qui règne en ce pays ; les voyageurs en signalent un grand nombre, mais il n'en est pas qui, par leur importance, soient dignes de notre intérêt. Il en est de même des ^lises chrétiennes, qui sont toutes petites et construites sur ce modèle à peu près uniforme adopté par les jésuites au dix-septième et au dixhuitième siècle sur toute la surface du globe.
A chaque pas, on rencontre eu Chine des constroctions pleines d'élégance et d'un aspect parfois véritablement merveilleux; je veux parler de ces tours à plusieurs étagf*s
i3â CHINE.
improprement appelées pagodes par les Européens, et dont le véritable nom est Ta.
Leur destination est un problème dont nous n'avons pas encore la solution, et qui, depuis plusieurs siècles, embarrasse les voyageurs et les antiquaires.
Staunton suppose que ces tours ont pu servir de vigies ; Charpentier pense qu'on a dû les construire pour faire passer promptement des avis d'un lieu à un autre par le moyen d'un système de signaux. Mais comment croire qu'on aurait déployé un aussi grand luxe dans des édifices d'un emploi aussi vulgaire? Il est aussi une remarque que n'ont point faite ces voyageurs : c'est que les étages de ces tours sont toujours en nombre impair depuis cinq jusqu'à onze; ce qui suppose nécessairement une règle fixe établie par quelque intention mystique.
M. Davis croit retrouver dans les tours à neuf étages, un symbole des neuf incarnations de Wishnou, dont Bouddha est la neuvième ; dans les tours à sept étages, un rapport avec les sept Bouddhas que l'on dit avoir existé à différentes époques. Quelque ingénieuses que soient ces suppositions, on ne peut guère les admettre, à moins de trouver une explication analogue aux pagodes de cinq ou onze étages. Quoi qu'il en soit, pour nous il est évident que ces singuliers édifices se rattachent au culte; aussi n'avons-nous pas hésité un moment à les classer parmi les monuments religieux.
Les Ta ne diffèrent guère entre elles que par la hauteur et le nombre des étages; quant à la disposition, elle est toujours la même, et un seul exemple suffira pour donner l'idée la plus juste de tous les autres édifices de cette classe.
Nous avons choisi celui qui est le plus justement célèbre et à plus d'un titre, la fameuse Tour de porcelaine regardée comme la merveille de la Chine. Cette tour (planche 25), située près de Nanking, doit son nom aux plaques et aux tuiles de porcelaine vernissées et peintes qui la revêtent. Quant à la construction proprement dite, elle est simplement en maçonnerie.
Cet édifice est isolé au milieu d'une vaste enceinte carrée environnée de portiques.
La tour est octogone ; son diamètre est de treize mètres trente centimètres à sa base; sa hauteur totale de soixante et dix mètres. Ses étages sont au nombre de onze. L'escalier en spirale bâti dans la partie solide du mur qui entoure un espace vide s'élève jusqu'au sommet. A chacun des angles extérieurs des toits, pend une clochette de cuivi*e, que le moindre vent fait résonner. Des images de Bouddha et de la déesse Kouan-Yin sont placées dans des niches aux côtés de l'escalier.
I^ plus beau monument de ce genre, après celui de Nanking, est celui plus moderne de Seou-Tcheou, également revêtu de porcelaine et orné de clochettes.
Dans une partie presque déserte de la ville de Tong-chou-fou , lord Macartney vit un de ces monuments qui portait toutes les traces d'une haute antiquité. Il est construit en briques ; ses deux pi*emiers étages, vastes et solidement bâtis, n'ont ni portes, ni fenêtres; on n'y aperçoit aucun vestige d'escaliers, ni aucun moyen de gagner la porte qui est au troisième étage. Ces étages, au nombre de onze, ne sont distingués que par une espèce de corniche ou saillie en briques. Toutes les parties du monument sont couvertes d'herbe et de mousse, mais parfaitement bien conser-
vées. Selon les Chinois, sa fondation serait antérieure à celle de la ville, et même à la construction de la grande muraille.
Le dessin que le P. Kircber a publié comme représentant la tour de porcelaine de Nanking, avec laquelle il n'a aucun rapport, pourrait bien être celui de la tour de Tong-chou-fou. Il reproduirait assez bien la description de lord Macartney.
Dans la ville de King-Tcbeou, province de Pe-tche-li, est une tour également à onze étages. On cite encore parmi les plus élégantes celle qui domine File d'Or, don( je viens de parler tout à Theure.
MONUMENTS FUNÉRAIRES
L'usage de brûler les morts est loin d'être général en Chine; les tombeaux innombrables qu'on y rencontre en sont la preuve.
La forme des tombeaux importants est à peu près partout uniforme. Leur plan serait assez exactement représenté par Va grec (voyez la vignette, page îAi). Ces tombeaux sont très-vastes et souvent décorés de figures d'animaux en pierre. Les plus célèbres de tous sont le Loang-hi, sépulture du père de l'empereur Hong-vou, à Fou-yang-fou, et le magnifique mausolée élevé en l'honneur de Confutzée. Quant aux tombeaux des personnages moins riches ou moins élevés en dignité, la forme en est aussi variée que dans nos cimetières européens, et souvent, le monument consiste comme chez nous dans une simple pierre, couchée ou debout, portant une épitaphe. On croit que le choix heureux du terrain et de l'heure de la sépulture a la plus grande influence, non-seulement sur la destinée du mort dans l'autre monde, mais aussi sur celle des survivants en celui-ci. Aussi ce choix est-il l'objet de fréquentes consultations, qui sont pour les bonzes une de leurs principales sources de revenus.
Les palais mêmes de l'empereur sont des édifices peu importants par leur masse; la beauté, pour les Chinois, ne consistant ni dans la grandeur, ni dans l'élévation des bâtiments; tout le luxe étant pour eux dans la quantité. Ce goût s'explique peutêtre aussi par leurs mœurs. Les empereurs ont un sérail et ils tiennent leurs femmes dans des maisons séparées les unes des autres. Il faut donc à chacune de ces habitations toutes ses dépendances particulières : ses jardins, pièces d'eau, etc.
La villa impériale de Hoa-Kew-Shan que nous avons choisie pour exemple (planche 26) peut donner une idée du singulier aspect de cet assemblage d'édifices.
Celle de l'empereur Kang-hi à Zhéhol ou Je-ho, en Tartarie, fut admirée par lord Macartney qui y fut reçu par l'empereur.
Une autre villa fort belle était celle construite dans l'Ile d'Or par l'empereur
Rien-Long; malheureusement elle est en grande partie détruite. Cependant un appartement a été conservé avec un respect religieux par les Chinois; c'est la bibliothèque de Tempereur. On y voit, gravés sur le marbre, quelques vers composés par ce prince, et dont les caractères sont un fac-similé de son écriture.
La plus magnifique des résidences impériales est naturellement celle de Pékîng; mais du reste, là comme partout ailleurs, cette magnificence consiste moins dans la noblesse et Télégance de Tarchitecture que dans la multitude des bâtiments, des cours et des jardins que ce palais renferme. Il a plus de quatre kilomètres de circonférence; les abords en sont défendus par un large fossé sur lequel on a jeté un pont qui représente un énorme dragon; ce dragon qui est de jaspe noir, parait être d'une seule pièce, tant les pierres en sont bien liées; les pieds servent de piliers; le corps forme l'arche du milieu; la queue en forme une autre, et la .tète une troisième. L'intérieur du palais ressemble à une petite ville, on y trouve une grande quantité de maisons, où habitent les ofiiciers de la cour et les artisans attachés au service de l'empereur. La demeure du prince est vaste, la façade est chargée de peintures et de dorures; l'intérieur n'est pas moins riche; on y voit, en meubles et ornements de luxe, tout ce que la Chine, l'Inde et l'Europe produisent de plus beau et de plus recherché. Les jardins dépendants du palais couvrent une superficie d'une grande étendue qui est accidentée çà et là par des montagnes artificielles de quinze à vingt mètres de hauteur, et par des vallées qu'arrosent des cours d'eau. Les montagnes sont chargées d'arbres odoriférants , et sur le sommet s'élève un kiosque élégant destiné à la retraite ou au plaisir.
Si des résidences impériales nous passons aux demeures des particuliers,' nous serons étonnés de la ressemblance frappante qu'elles offrent avec celles dont on a découvert les restes sous les cendres et les scories de Pompéi. Elles consistent ordinairement en un rez-de-chaussée divisé en plusieurs appartements situés le long du mur de face et éclairés seulement par des croisées qui ont vue sur une cour intérieure.
La principale pièce après celle d'entrée sert à recevoir les visiteurs; elle sert aussi de salle à manger ; derrière sont les appartements particuliers dont les portes sont des rideaux de soie ou de coton.
Dans les parties les plus froides de l'empire, la plupart des chambres ont des lits en briques recouverts de feutre; sous ces lits sont pratiqués des fourneaux pour les échauffer. Toutes les maisons un peu importantes ont trois portes d'entrée : celle du milieu ne s'ouvre que dans les grandes occasions , ou pour recevoir les hôtes illustres, tandis que les autres plus petites sont pour le service journalier; elles sont ornées, des deux côtés, de lanternes portant le nom et le titre du propriétaire. Les fenêtres sur la rue sont garnies de papier de Corée à travers lequel on ne peut voir du dehors; les fenêtres intérieures sont en gaze de soie dont les peintures ou les broderies représentent des fruits, des animaux, des insectes, etc.
Les plus grandes maisons chinoises ont rarement d'autre escalier que les quelques marches qui les élèvent au-dessus du niveau du sol. Il arrive cependant que, dans les villes où l'espace est plus précieux, les maisons et les boutiques ont un étage
au-dessus du rez-de-chaussée, et souvent sur le toit une plate-forme en bois, destinée soit à prendre le frais, soit à faire sécher des marchandises.
Les fondations sont extrêmement solides; dans les environs de Canton, elles sont ordinairement de granit.
Les murs sont de briques bleues et souvent décorés d'ornements en stuc. Les toits sont formés de tuiles creuses ou imbrices, comme dans beaucoup de parties de FEurope et principalement en Italie. Un riche Chinois a ordinairement deux habitations : Tune pour ses affaires, et Tautre pour ses femmes. Il est assez difficile de comprendre comment les Chinois n'en sont point venus à donner plusieurs étages à leurs maisons, quand nous voyons, dans certaines parties de Tempire, des populations immenses n^duites à habiter sur Teau dans des barques, appelées champans. A Canton, par exemple, le nombre des gens qui vivent sur le Tigre est égal au tiers de ceux qui habitent la terre; on porte leur nombre à 300,000, et celui des cham^ pans à 60,000; ils occupent les deux rivages dans une étendue de plus de douée kilomètres. Il ne faut pas croire que cette cité sur Teau ne soit composée que de bateaux habités par le peuple. On y trouve des rues garnies de riches et élégantes boutiques, et de loin en loin, à côU* des petits champans des pécheurs, des ouvriers, et des portefaix, se dressent des embarcations immenses, hautes de plusieurs étages, peintes, dorées, chargées de vases de fleui*s, ornées à l'intérieur de lustres élégants et de meubles somptueux. Ces embarcations sont ou des hôtelleries, ou des lieux consacrés aux fêtes et aux plaisirs. On pourrait encore citer les innombrables habitations flottantes des villes de Sou-Tchaou et de Te-chene. Il arrive souvent que des familles pauvres n'ont à terre d'autres habitations que de vieilles barques hoi's de service, qu'ils couvrent tant bien que mal de toits de paille ou de roseaux. Ces misérables cabanes sont principalement en usage sur les bords de la mer; celles dont nous donnons le dessin (voyez le frontispice) ont été prises à Macao.
En Chine, les théâtres ne sont en général qu'une sorte d'estrade, construite en plein air. Comme la comédie, chez les Chinois, ainsi que chez les Grecs et les Romains, fait partie du culte religieux, les théâtres sont presque toujours situés vis-à-vis des temples, faisant face à l'autel principal. C'est par la même raison que leurs pièces sont continuellement remplies de cérémonies religieuses.
U arrive parfois qu'on élève des théâtres sur des piliers, au milieu de la rue, laissant en dessous un passage pour ne pas gêner la circulation.
Les arcs de triomphe (voyez la lettre) y appelés Pay-leou, sont très-communs en Chine; ils ornent le carrefour d'un grand nombre de villes dans chaque province.
Dans la seule ville de Yu-Yao-hien, Duhalde en compta sept ou huit, qui se touchaient presque les uns les autres. C'est qu'à la Chine ces monuments ne sont pas seulement, comme chez nous, destinés à rappeler de grands faits politiques; souvent ils sont consacrés à honorer la vertu la plus humble : belle institution dont aucun autre pays ne nousoffre d'exemple. Il arriveaussi que quand un particulier a construit un édifice, un pont, un quai, un temple pour l'utilité publique, la reconnaissance nationale élève en sa mémoire des arcs de triomphe qui perpétuent le souvenir du bienfait.
excitent l'émulation, et entretiennent les hommes dans les sentiments de bienfaisance.
Les peintures et les dorures font principalement la beauté de ces édifices, car pour les proportions elles sont mesquines et sans grâce, et Tentablement semble écraser les quatre maigres piliers qui les soutiennent et qui forment les trois ouvertures ou portes. La plupart des Pay-leou ont pour ornement des figures d'hommes et d'oiseaux, des fleurs fort ressemblantes, et travaillées à jour, qui sont comme liées ensemble par des cordons en saillie, vidés nettement et engagés les uns dans les autres sans confusion.
Duhalde remarque que sous ce rapport les arcs de triomphe nouvellement érigés en quelques villes n'ont rien qui approche des anciens; la sculpture y est fort épargnée et parait grossière; tout y est massif. Cependant, dans les anciens conmie dans les nouveaux Pay-leou , l'ordre est le même ; mais cet ordre est bien différent du nôtre, surtout par la proportion des parties. On n'y remarque rien qui ressemble à nos chapiteaux, ni à nos corniches. Ce qui a quelque rapport à nos entablements est d'une hauteur qui choque un œil accoutumé à l'architecture européenne. Toutefois cette hauteur est d'autant plus du goût des Chinois, qu'elle donne plus de place aux ornements qui accompagnent les inscriptions.
Les Chinois élèvent quelquefois des édifices commémoratifs d'une autre forme et d'une construction plus solide. Près de Sou-tcheou est une espèce de gros pavillon ou édifice carré, à double toit, couvert de tuiles jaunes, et environné d'une muraille percée à jour par le haut, et ornée de figures diverses. C'est un monument que les mandarins ont érigé en mémoire d'une visite de l'empereur Kang-hi. On a gravé sur une pierre de cet édifice l'instruction que l'empereur fit au vice-roi pour le gouvernement de la province.
Non loin de là, est un monument analogue, élevé à la même occasion, dans la ville de Sou-tsien-kien.
Le plus considérable des travaux exécutés à la Chine est, après la grande muraille, le canal Impérial ou Yu-Leang-ho. Ce canal, sans égal au monde, affranchit entièrement les Chinois de la navigation côtière pour le commerce intérieur de l'empire. Il fut principalement construit par Khoubilaï-khan et ses successeurs. Il s'étend depuis Péking jusqu'à Hang-tcheou-fou et Zeytoun; il est navigable pour les vaisseaux, et a six cents milles géographiques de longueur. Toutefois le canal proprement dit, en d'autres termes le Tcha-ho ou fleuve des écluses^ commence seulement à Lin-tsing-tcheou, dans la province de Chan-tong, et se prolonge au delà du fleuve Jaune. La principale rivière qui l'alimente est le Ouéi-ho, qui, après avoir pris naissance dans le Taï-chan (province de Chan-tong), se jette dans le canal à sa plus haute élévation et dans une direction perpendiculaire à son cours. Ses eaux frappant avec force contre un retranchement en pierres qui supporte le bord occidental, se précipitent en partie vers le sud et en partie vers le nord. A cet endroit est le temple du rot dragon, ou génie aquatique, qui est censé avoir pris le canal sous sa protection.
Un des principaux mérites de ce travail gigantesque, est qu'il sert en même temps
à dessécher le pays mai^écageux qu'il traverse depuis Tien-tsin jusqu'au Yang-tsékiang. La vaste côte près de Hoaï-ngan-fou , près du fleuve Jaune, s'étend sur une surface d'environ trois milles au-dessous du niveau de la mer» Si un accident survenait à la digue, la destruction totale de la ville serait certaine^ Ce canal est, du reste, plus étonnant par sa largeur, sa profondeur et son immense étendue, que par les diflicultés qu'a pu présenter sa construction, la nature n^y ayant apporté que des obstacles faciles à surmonter.
Les routes sur des levées sont très-communes eh Chine; elles ont ordinairement trois à quatre mètres d'élévation au-dessus de la campagne, et huit à dix mètres de largeur au sommet; elles sont en général bien entretenues. La plus remarquable en ce genre est le chemin Impérial, qui conduit de Péking à Zhéhol; il a vingt-deux myriamètres de longueur et est entièrement restauré à neuf deux fois chaque année. Il occupe le milieu de la grande route destinée aux voyageurs vulgaii*es. Il a trois mètres trente centimètres de large, trente-trois centimètres de haut et est fait avec un mélange de sable et de terre glaise, si bien battu, qu'il a la solidité du ciment. 1^ propreté de ce chemin égale celle du parquet de nos salons d'Europe, car on le balaye et on l'arrose continuellement.
Dans la province de Kang-tong , entre lu ville de Nan-hiong-fou et celle de Nanquan, qui est la premièi^ de la province de Kiang-si, est une grande montagne, nommée Mei-sin , sur laqueHe on a pratiqué un chemin d'un peu plus de quatre kilomètres, bordé de précipices aifreux. Du haut de la montagne, la vue s'étend fort loin dans l'une et l'autre province; on y voit une espèce de temple, bâti en l'honneur et à la mémoire du mandarin qui a fait ce chemin admirable, le plus célèbre de la Chine, parce qu'il réunit l'orient et le midi de l'empire.
I>es seules constructions peut-être dans lesquelles les Chinois paraissent développer de véritables connaissances architecturales sont les ponts, répandus en si grand nombre sur la surface de l'empire. Les arcades sont très-bien faites, et il est probable que les Chinois ont connu la construction de la voûte longtemps avant les Grecs et les Romains.
Le plus beau de tous les ponts est celui de Suen-tcheou-fou , dans la province de Fo-kien, jeté sur un bras de mer assez dangereux. Il a plus de douze cents mètres. Il est soutenu par deux cent cinqu^ite-deux gros piliers, terminés de part et d'autre en angle aigu , pour rompre la violence des flots. Ce pont n'a point d'arcades, mais de simples architraves, reposant sur des pieds-droits et occupant l'espace d'une pile à l'autre ; il est bordé de balustrades enrichies à distances égales de globes, de lions et de pyramides |)osés sur des bases. Toutes les pierres sont d'énorme dimension et parfaitement taillées. On a peine à comprendre qu'on ait pu élever des masses aussi considéi'ables sur des piliers assez hauts pour laisser passer d'assez gros navires.
A Fou-tcheou-fou , capitale de la même province, est un pont presque aussi étonnant. La rivière qu'il franchit n'a pas moins de deux kilomètres de largeur, elle est divisée en petits bras par plusieurs Iles, dont on a fait un tout en les réunissant par des ponts. Le principal a plus de cent arcades, bâties de pierres blanches
et garnies sur les deux côtés de balustrades sculptées, sur lesquelles s'élèvent, de dix en dix pieds, de petits pilastres carrés, dont les bases fort massives ont la forme d'une barque enfoncée.
ATchang-tsing-hien, petite ville de la province de Chan-tong, est un pont de neuf arches, soutenu par de grosses piles carrées de pierres fort hautes, de sorte que le ceintre de Tarche est assez petit; il commence par une grosse culée et finit par un long talus, soutenu par sept petites arches qu'un gros massif de pierres sépare des autres. Les têtes de^ poteaux qui soutiennent les garde-fous de pierre, sont taillées assez grossièrement en figures d'animaux. Le tout est d'une espèce de marbre, tirant sur le noir, mais grossier et sans être poli. Le pavé est fait de grands quartiers du même marbre.
A Y-tcheou, dans la même province, est un autre pont de marbre dont les gardefous sont de même ornés de figures de lions. Au sortir de la ville de Sou-tcheou est un pont de pierre d'environ dix mètres de large et sept cents mètres de long. Le tiers, qui forme le milieu de sa longueur, est arqué; le reste est horizontal. Non loin de là, sont deux autres ponts de soixante et dix et quarante mètres. Celui de Fee-ching-sé est d'une rare beauté. Il est construit en pierres de taille et sa longueur est de quarante-cinq mètres.
Les ponts chinois sont quelquefois d'une hardiesse dont nous avons peine à nous faire idée. Tel est celui qui existe dans la province de Chen-si {planche 27). On peut le comparer, pour sa dimension , aux plus grands travaux exécutés en ce genre par les Romains, mais il leur est bien supérieur par sa légèreté.
Je pourrais encore citer les beaux ponts de Tan-yang, de Tchin-kiang, etc. On rencontre fréquemment à la Chine des ponts extrêmement élevés, afin de ne pas interrompre la navigation, mais qui aussi ne peuvent servir que pour les piétons. Tels sont ceux qui traversent les nombreux canaux de la ville de Chao-king. On passe ces ponts en montant des escaliers plats et doux, dont les marches ont au plus huit centimètres de hauteur. Quelques-uns de ces ponts, au lieu d'arches, ont une seule pierre qui a parfois jusqu'à sept mètres de longueur.
Les canaux de Canton sont également coupés par un grand nombre de ponts. Les Chinois connaissent aussi depuis plusieurs siècles ies ponts suspendus, introduits si récemment en Europe. On en voit un, dans la province de Chen-si, qui est comparable à tout ce que nous avons exécuté de plus étonnant, au pont de Fribourg en Suisse, à celui de la Caille en Savoie. Sa légèreté est telle qu'on ne l'appelle que le pont volant. Son tablier, qui n'a pas moins de cent trente-trois mètres de longueur, est à cent soixante-six mètres du niveau du fleuve qui séparait les deux montagnes que le pont a réunies.
Le P. Duhalde cite un pont de bois fort solidement construit, avec la chaussée couverte de terre, qu'il a vu près du village de Pe-keou.
Les Chinois qui, pour leurs usages particuliers, n'élèvent que des constructions pour ainsi dire éphémères, ne sont, comme on vient de le voir, arrêtés par aucune dépense, aucun travail, pour les édifices d'utilité publique. Cette magnificence
parait encore dans la construction des quais qui bordent les rivières et les canaux. On est surpris de voir leur longueur et Ténorme dimension des blocs de pierre dont ils sont revêtus.
Il est peu de monuments aussi célèbres dans le monde entier que la grande muraille de la Chine, s'étendant, depuis les bords du golfe de Pe-tche-li, 5*" i/â est de Péking, jusqu'à Si-ning, 45*" ouest de cette capitale, sur un espace d'environ deux cents myriamètres. On a calculé que les matériaux employés à la construction de ce monument vraiment prodigieux pourraient ceindre deux fois le globe dans sa plus grande largeur d'un mur de deux mètres de hauteur sur soixante et dix centimètres d'épaisseur. Il commence par un gros rempart de pierre élevé dans la mer, à l'orient de Péking; il est terrassé, revêtu de briques, et sa hauteur varie de sept à huit mètres. Il est assez large pour que cinq ou six cavaliers puissent aisément y marcher de front.
Les portes de la grande muraille sont défendues au dedans par des forts assez importants. Le premier, à l'orient, s'appelle Chang-hai-koan ; il touche à la muraille qui , 'k partir du rempart bâti dans la mer, s'étend pendant quatre kilomètres dans un pays plat et ne commence à s'élever sur les penchants des montagnes qu'au delà de cette place. Ce fut le général chinois qui y commandait qui appela les Tartares de la province voisine de Lea-tong, et fut ainsi cause de la conquête de l'empire des Chinois qui se croyaient si bien défendus par leur insurmontable rempart.
Toutes ces murailles sont crénelées (planche 28); elles couronnent les collines les plus élevées, descendent jusque dans les plus profondes vallées, traversent les fleuves sur des arches, et sont doubles à tous les passages importants.
Environ tous les quatre cents mètres le rempart est flanqué de tours massives ou de bastions. Le corps de la muraille consiste en un massif de terre retenu de chaque côté par un parement de maçonnerie et couronné d'une plate-forme en briques. La hauteur totale, en y comprenant les créneaux, est de sept mètres. Le toit repose sur un soubassement de pierre , dont la hauteur varie de soixante et dix centimètres à un mètre, selon les inégalités du terrain. L'épaisseur du mur à sa base est de huit mètres et se réduit à cinq à la plate-forme. Les tours ont treize mètres carrés à leur base , et vont en diminuant jusqu'au sommet où elles n'en ont que dix ; leur hauteur totale est d'environ douze mètres; dans certains endroits, cependant, la tour a deux étages et seize mètres de hauteur. Les briques sont, comme d'ordinaire en Chine, d'une couleur bleuâtre, et ont à peu près quatre cent six millimètres de long, sur deux cent trois de large, et près de cent huit d'épaisseur. Telle est du moins la grande muraille dans toute la province de Pe-tche-li ; mais dès qu'on la quitte pour passer dans celle de Chan-si, vers Tien-tcbing-oueï , la muraille
commence à n'être que de terre battue ; elle est sans créneaux et sans l'evëtement , peu large , et haute au plus de cinq mètres.
Cependant, quand on a passé Cha-hon-keou , elle est revêtue en dehors de briques, et parmi ses tours il y en a quelques-unes qui sont fort larges, et bâties de briques sur une base de pierre; mais elle ne continue pas toujours de même. Le fleuve Hoang-ho, bordé de guérites où des soldats font sentinelle jour et nuit, tient lieu de grande muraille vers les limites qui séparent la province de Kan-si de celle de Chan-si. Au delà du Hoang-ho, quand on va vers Toccident dans la provin(!e de Chen-si, la muraille n'est plus que de terre; elle y est basse, étroite, quelquefois ensablée; cpr elle est dans un terrain plat et sablonneux, et en quelques endroits tout à fait ruinée. Mais d'autre part, rentrée est défendue par plusieurs villes considérables, telles queYu-long-kien, Ning-bia, Lan-tcheou , Sou-tcheou et Si-ning.
Les montagnes sont si hautes dans le district deNing-hia,qu'à trois myriamètres de la ville, elles tiennent lieu de muraille dans Tespace d'environ quatre myriamètres. On trouve ensuite une muraille de terre, jusqu'à la petite ville de Tchouang-lan, au delà de laquelle il n'y a plus de murailles, mais un fossé médiocrement large, excepté dans les gorges qui sont voisines de Si-ning, et qui sont murées comme celles de la province de Chen-si.
Les empereurs de la dynastie des Hing bâtirent un mur additionnel intérieur à l'ouest de Péking; il ceint une partie de la province, à partir de l'extrémité orientale de la grande muraille.
Dans le temps où la grande muraille a été construite, elle pouvait présenter une barrière infranchissable à des peuples qui ne connaissaient pas l'artillerie, et qui ne savaient, comme les Tartares, faire la guerre qu'à cheval. Aujourd'hui un pareil rempart serait en Europe d'une faible défense , et serait loin de valoir une ligne de places fortes.
Les villes de la Chine sont presque toutes entourées de murailles plus hautes pour la plupart que les maisons qu'elles renferment. Ces murailles forment en général un carré dont les quatre côtés font face aux quatre points cardinaux.
Parmi ces murailles, les plus hautes et les plus épaisses de toutes sont celles de Péking, qui semblent avoir servi de modèle à toutes les autres. Comme l'antique rempart de l'empire , la muraille de Péking a été construite avec des décombres , des pierres de rebut, de la terre et des briques. Sa hauteur est d'environ dix mètres, le parapet étroit est crénelé, mais les créneaux n'ont aucune ressemblance avec les embrasures régulières pratiquées en Europe pour les canons. Il est rare, en efl*et, d'y voir des pièces d'artillerie , quoiqu'il y en ait toujours près des portes. L'épaisseur de la muraille, à sa base, est de près de sept mètres, mais comme elle va en diminuant, elle n'en a plus que quatre à son sommet. Devant chaque porte est une esplanade, enclose d'un mur demi-circulaire et formant une sorte de place d'armes. Au-dessus des portes s'élèvent des tours à plusieurs étages, destinées à servir de caserne aux soldats qui les défendent. Le mur, tous les cinquante mètres environ, est flanqué de bastions de la même hauteur, qui forment une saillie de près de dix mètres. 1^
CONSTRIÎCTIONS MILITAIRES.
Ul
pliipail (les plaiiK de Pékiiig l'epréseiilent un fosbt' plein d'eau fjiii ceJRt compteli-ment les eàtég de la ville; cependant, il est witain qu'en I8lt> la partie nurd-esl n'a\ait pas même un fosst^ sec.
La niiiratlle de Nankinjj éluit semblable à celle de Péking, mais on n'y a [kis pu découvrir le moindre vestige de fossés. L'em'einte qu'elle forme est |ieul-i*lre plus étendue encore que celle de la capitale, mais la plus grande partie ne eonlient que les mines des éditices qni la 'couvraient, et la cité de Kiang-ning-fou, comme on l'appelle aujourd'hui, n'en occupe qu'une faible partie.
1^ muraille de la partie de Canton, désignée hou& le nom de Cité tarlare, parait remonter à une liaute antiquité. Elle est bâtie en brique, haute de plus de treize mètres, mais elle n'a pas non plus de fossc-s. On cite encore, parmi les plus fortes et les plus entières, les enceintes de Ilo-kien-fou, dans la province dePe-tclie-li, el celle de la ville forte de Tching-kiang.
Outre ces grandes pl.ices foiles, le sol de la Chine, et surtout les eûtes cl les bords des rivières, sont couverts de forts comme celui qui défend l'entrée du Tigre ou celai qui s'élève à plus de trente mètres au milieu de la ville de Fou-yang-fon , ou de fortins isolés construits exactement sur le modèle des tours qui flanquent leurs murailles. Ces fortins ont quatoi-ze à quinze mètres de hauteur; on y entre par une voûte pratiquée à une certaine élévation au-dessusdu niveau du sol, et qui, par conséquent, n'est accessible qu'au moyeu d'une échelle, que la garnison a soin de retirer après elle. Ces tours carrées ont deux étages, sont crénelées et défendues par quelques pièces de canon; mais leurs murailles n'ont guère que trente-trois centimètres d'épaisseur et ne pourraient résister un seul instant à l'artillerie européenne. Je ne ferai qu'indiquer, en terminant, les forts de Nossa Senora de la Guia. de San Francisco de la Peina et autirs, qui défendent Macao; ils sont l'ouvi-age des Portugais, et comme tels, ne doivent point attirer ici notre attention.
E pays que nous nommons Thîbet vst appelé . par ses habitants Ptoue ou Piouokoucliim ; ce dernier nom est composé de deux mots, dont t'un, Pioue. signifie sopleotrionul, et Tatitre, Koackim. neige; ainsi la réunion de ces deiii mots veut dire pay» neigeux du nord. Ce pays est aussi appelé Gang-Djean-Yoal (empire de la neige); il doit ces deux dénominations aux neiges éternelles qui couvrent les sommets de ses hautes montagnes. Le Tliibel forme la partie méridionale du grand plateau de l'Asie centrale: il est borné au nord par le Turkestar chinois, et par le pays de Kockonor; à l'est el an sud-est, par la Chine: au sud et à l'ouest, par l'Asham, l'empire des
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Birmans, le Boutan et Tlndostan, dont elle est séparée par la chaîne de THimalaya. On sait que la plus haute montagne du globe, le Dawalagiri, fait partie de cette chaîne ; il est élevé de sept mille huit cent vingt et un mètres au-dessus du niveau de la mer. Outre celle de THimalaya , ce pays est coupé par plusieurs autres chaînes moins élevées, mais qui cependant présentent aussi d'imposants glaciers.
Une contrée aussi montagneuse ne peut manquer de contenir un grand nombre de lacs; le plus considérable porte le nom de Terkiri, il a environ cent huit kilomèlres de long et trente-six de large; les cartes chinoises placent plusieurs autres lacs dans la partie septentrionale. Un lac, situé au sud de HIassa, et que nos cartes appellent Jambro ou Pa-Eté, est d'une configuration fort extraordinaire. C'est une vaste tranchée, d'environ huit kilomètres de large, entourant une lie qui a près de quarante-huit kilomètres de diamètre.
Le Setlidge, tributaire du Sind, le Gange, le Braho-napoutra , l'Yrawaddi, le Dzangoo , le Kiri-cha-kiang et le Sandjou ou Gagra, arrosent ses vallées, ou prennent leur source dans ses montagnes et ont leur embouchure dans Tocéan indien.
Le Braho-napoutra, appelé aussi Sampou, est le principal de ces fleuves; il prend naissance dans les mêmes montagnes que le Gange ; il se dirige d'abord à l'est et au sud-est, et parcourt un espace de cent quarante-quatre myriamètres, jusqu'aux confins du Thibet et de TAsham , il se dirige ensuite au sud-ouest et coule dans l'embouchure du Gange après un cours de cinquante-six myriamètres.
Le climat se ressent de la position élevée de ces contrées; il est généralement froid, toutefois les vallées sont fertiles et jouissent d'une température assez chaude; la vigne y croit et l'on y cultive même le riz avec succès. I^ Thibet est riche en métaux; les entrailles de ses montagnes recèlent des mines d'or, d'argent, de mercure, d'arsenic, de plomb. On y trouve aussi des pierres précieuses, du sel et du salpêtre.
Le Thibet est divisé en quatre grandes provinces: à Pouest, le Ladak ou petit Thibet; à l'est, le Kham, et dans la partie centrale, le Tsang et le Ouc. On remarque, parmi les villes, Ladack, Tchoumarte, Deba, Bourang-dakla, Gartope et HIassa, la dernière est la capitale de tout le Thibet.
La population du Thibet se compose de deux races différentes : les véritables Thibétains, appelés Bodh, et les Moghols, appelés en thibétain Hor et Sogh-bou, littéralement Nomades des prairies. Les Bodh se distinguent des Moghols par leur physionomie, qui n'a rien de tartare, mais qui tient plutôt de celle des juifs; les femmes sont en grande considération chez les Thibétains, qui ont généralement adopté la monogamie. Ils sont d'un naturel très-doux, et tellement tolérants en matière de religion, que souvent ils donnent leurs filles en mariage à des mahoïnétans» Us mangent sans aucun scrupule les mets préparés par des personnes d^une autre religion, ce qui dans l'Inde serait regardé par les brahmines comme une souillure presque ineffaçable.
Au midi du Thibet s'étend un petit pays montagneux, borné au midi par l'empire Anglo-Indien et Tempire Birman. On le désigne aussi parfois sous le nom de petit
Tbibet. Il est divisé en deux provinces, celle de Daeho, dont la capitale est TassisudoD, et celle de Bisni, qui porte le nom de sa principale ville.
Le climat du Boutan est tempéré si on le compare avec celui du hautThibet; cependant les hivers y sont aussi rigoureux. Le pays est beaucoup moins riche que le Tbibet sous le rapport minéralogique ; il ne contient que quelques mines de fer et de cuivre.
Gengiskan fit la conquête du Thibet en 1206, et sous ses premiers successeurs la partie occidentale du pays fut totalement dévastée par les Mogols. Depuis lors le Thibet a été plus ou moins soumis aux empereurs de la Chine.
Les rois de ce pays portaient le titre de dheba; le dheba Sandje, s'étant révolté, fut tué par Hadzang, kan de Lhassa. Celui-ci envoya un ambassadeur à Pékin pour annoncer cette nouvelle. Cette démarche lui fit décerner par Tempereur de la Chine le titre de dheba; mais un autre rebelle envoya des troupes au Thibet sous le commandement du Mogol Tzering-Dodjoub, qui tua Hadzang et fit prisonnier son fils Sourdzou, sous prétexte de rétablir la religion menacée, mais en réalité pour s'emparer du pays. Les Thibétains invoquèrent le secours des Chinois ; ceux-ci exterminèrent les révoltés; la paix fut rétablie, et le dalai-lama qui, depuis la création de cette dignité, au milieu du quinzième siècle, n'était que le chef de la religion dominante, fut mis en possession du Thibet par une ordonnance impériale de 1720. Maintenant le dalaï-lama envoie annuellement à Pékin une ambassade avec des présents pour Tempereur et ses frères , ses ministres et autres grands personnages de la cour. Environ mille soldats chinois, distribués dans ce vaste pays, suffisent pour maintenir un peuple aussi indolent que celui du Thibet.
La conquête du Thibet ne s'était pas cependant opérée sans résistance, et les Chinois avaient eu k soutenir plusieurs guerres avant d'y établir leur suprématie. Une fois devenu définitivement vassal du Céleste Empire, le Thibet avait joui d'un long repos et d'une grande prospérité jusqu'en l'année 1792. A cette époque, une nation belliqueuse habitant les montagnes de Népaul, qui bornent le Thibet au midi, prit tout à coup les armes et entra sur le territoire du teschou-lama. Cette invasion ne pouvait pas éprouver beaucoup de résistance de la part d'un peuple qui n'entretient point de soldats et est à peu près étranger à l'usage des armes. Aussi les progrès des Népauliens furent excessivement rapides; mais après avoir ravagé le pays et pillé les trésors amoncelés depuis des siècles à Teschou-Loumbou, les Népauliens se hâtèrent de regagner leurs montagnes en emportant leur butin.
A la première nouvelle de cet attentat, l'empereur de la Chine envoya une nombreuse armée au secours des Thibétains. Le général chinois atteignit les Népauliens dans la vaste plaine de Tingri-Meldan qui se trouve à mi-chemin du Népaul à Teschou-Loumbou. Les Népauliens y étaient redescendus après avoir enfoui dans leurs retraites inaccessibles les richesses dont ils s'étaient emparés. La bataille fut sanglante et la victoire bravement disputée, mais enfin elle se déclara du côté de la bonne cause, et les Népauliens, malgré tous leurs efforts, furent complètement défaits. Us furent ensuite vaincus de nouveau dans une seconde bataille et se réfugièrent dans