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leurs montagnes, détruisant derrière eux toutes les voies de communication. Ces obstacles n'arrêtèrent pas le général chinois, et bientôt les Népauliens se virent forcés de demander grâce, de restituer tout ce qu'ils avaient enlevé, et de se reconnaître tributaires de la Chine. Alors le général chinois se retira avec son armée ; mais, avant de s'éloigner, il eut soin d'établir plusieurs redoutes sur les frontières méridionales du Thibet, et il y laissa des soldats pour les défendre. Depuis cette époque la tranquillité du Thibet n'a pas été troublée.
La religion dominante, au Thibet et au Boutan, est le lamaïsme, qui ne diffère du bouddhisme, ou de la religion de Fo, que par quelques points; elle doit probablement son origine à l'un des disciples de Bouddha. On dit qu'elle fut d'abord reçue dans la partie du Thibet voisine de l'Inde, et que c'est à cause de cela que cette contrée est devenue la résidence du grand lama. Elle pénétra ensuite dans le pays des Tartarcs mandchoux, et de là elle se répandit à la Chine et au Japon. Bouddha est désigné au Thibet sous le nom de Mahamounie, mot sanscrit qui signifie le grand saint, ou sous celui de Dherma-Rajah.
Le chef de cette religion, ou plutôt son Dieu, est le dalaï-lama qui, ainsi que je l'ai dit, est maintenant à la fois souverain spirituel et temporel. Le grand lama sort rarement de son palais et se tient toujours renfermé dans le fond d'un temple, entouré de ses prêtres, qui lui rendent tous les hommages dus à l'Être suprême. Ces prêtres portent eux-mêmes le nom de lamas; ils cherchent à persuader au peuple que le dalai-lama ne meurt point; pour cette raison ils l'appellent le Père éternel. Le grand lama est, bien entendu, mortel comme les autres hommes; tout l'art de ses ministres consiste, à sa mort, à lui substituer un autre lama, de même taille et à peu près de même figure, et comme, par respect, lorsque les dévots viennent l'adorer, ils se tiennent à distance, la supercherie est assez facile. En outre, le temple où il se place pour recevoir leurs hommages est toujours faiblement éclairé, afin qu'on ne puisse distinguer les traits de son visage.
Quoi qu'il en soit, la puissance même spirituelle du dalaï-lama n'est pas reconnue universellement. Deux sectes divisent presque toute la Tartarie , depuis le Turkestan jusqu'à l'extrémité orientale du continent. Elles sont distinguées par les noms de gyllonkpa et de chammar; chacune des deux sectes a trois principaux lamas. Les chefs de celle des gyllonkpas sont le dalaï-lama, le teschou-lama, et le taranautlama. Le premier réside dans le Pouta-la, ce temple célèbre que j'ai eu déjà occasion de décrire, l'autre à Teschou-Loumbou, et le troisième à Kharka. Cette secte est établie dans presque tout le Thibet , et elle s'étend, dit-on, jusque dans la province de Seurra, qui fait partie du Dékan. Les chammars ont également trois chefs : le lama, appelé le deb-rajah , le lama-sobrou-Naouang-namghi et le laroa-gassatou. Tous trois résident dans le Boutan ; leurs monastères sont séparés, mais à peu de distance les uns des autres, parce que le pays n'a pas beaucoup d'étendue. Le chef des chammars qui sont au Thibet se nomme Gongso-Rimbochai, et réside à Sakia.
Ces deux sectes se distinguent par la couleur du costume de leurs prêtres; le jaune est la couleur favorite des gyllonkpas; chapeaux, robes, ceintures et jusqu'à
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leurs chapelets, tout est de cette couleur. I^ rouge est adopté par les chammars. Ils se rasent le visage et la tête. La continence est la principale vertu que leur règle leur recommande. Us sont aussi obligés de prier continuellement, aussi les voit-on sans cesse rouler entre leurs doigts les grains de leur chapelet. Une autre pratique religieuse fort singulière, consiste à faire tourner sans cesse un petit baril peint et doré placé sur un axe dans une caisse, et à répéter en même temps la formule sacramentelle: Oum mauniepaimi oum, dont j'aurai occasion de parler plus tard. Les trois préceptes principaux qui font la base de leur doctrine, sont d'honorer Dieu, de n'offenser personne, et de rendre à chacun ce qui lui appartient.
Outre les lamas ou prêtres, il existe au Thibet un grand nombre de moines appelés gylongs. Les jeunes gens que Ton destine à cette condition entrent dans les monastères à Tàge de huit ou dix ans. Ils portent dès lors le titre de touppa; on leur donne l'éducation qui convient à leur âge et aux devoirs auxquels ils sont destinés; à quinze ans ils sont admis parmi les tohbaSj qui composent la classe inférieure de Tordre. Quand ils ont atteint l'âge de vingt et un ou de vingt-quatre ans, on leur fait subir un examen rigoureux, et si on les juge suffisamment instruits, on les élève au grade de gylong. S'ils sont favorisés , ou qu'ils aient de grands talents, on les met à la tête de quelque monastère, et dès qu'ils occupent une de ces places, ils sont décorés du titre de lama.
Il existe aussi des couvents de femmes appelés Annie-Gombah.
La civilisation est en progrès dans le pays qui nous occupe, et les sciences sont cultivées par le clergé; presque tout le peuple sait lire et écrire; quant aux arts, ils ne s'appliquent guère qu'aux usages religieux et ils sont en général encore moins avancés qu*en Chine, surtout dans le Boutan. Nous y trouverons cependant quelques monuments dignes d'attirer un moment notre attention.
Nous avons décrit, en parlant des monuments de l'empire chinois, le magnifique temple de Pouta-la. Ce temple parait être le type de tous ceux du Thibet, mais il leur est de beaucoup supérieur par sa magnificence et son étendue.
n en est cependant un qui peut figurer avec honneur, même après lui. Je veux parler du temple principal de Illassa , appelé en thibétain HIassei-Tsiokan, et en mogol Tkhé-Tjao. Selon les traditions du pays, il fut construit parla princesse chinoise Wyn-Tchène, mariée au souverain du Thibet en 641. On y trouve encore aujourd'hui les statues des divinités révérées à cette époque. Au lieu d'une muraille, il est entouré d'un bâtiment à deux étages, qui, aussi bien que le temple lui-même, est recouvert de toiles dorées. Nous citerons encore les temples de Ouandichi et de Tassisudon. On voit toujours des temples plus ou moins importants près de tous
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les uioiiastèi'es des gylougs. Des idoles semblent être mises en sentinelle pour en garder Tavenue. Il est foii difticile pour un étranger d'y pénétrerf
Le temple appelé Kugopea (planche 27) , situé à l'extrémité nord-€st du monastèi*e de Teschou-Loumbou, est d'un aspect fort extraordinaire. Cet édifice vaste et élevé contient les portraits de tous les souverains lamas qui ont r^né dans le pays, ainsi que la représentation de différents sujets de la mythologie thibétaine. En outre, il est spécialement consacré à diverses cérémonies mystiques. . On remarque aussi parfois dans le Thibet et dans le Boutan de singuliers monuments religieux dont nous ne connaissons d'analogues dans aucun autre pays; c'est un simple mur de quatre à cinq mètres de long, deux mètres de haut et soixante et dix centimètres d'épaisseur. Sur les deux côtés de ce mur sont des planches sur lesquelles sont sculptés en relief les mots Oum tnaunie-paimi oum. Malgré tous ses efforts, M. Turner n'a jamais pu avoir une explication satisfaisante de cette phrase, que les habitants du Boutan et du Thibet regardent comme sacrée et qu'ils répètent sans cesse en guise de prière. Quant aux monuments qui portent cette légende , comme l'inscription commence de chaque côté par un bout différent, les dévots ont grand soin de longer le mur de manière à ne pas en voir les mots à contre -sens, ce qui serait regardé comme un pi*ésage funeste. M. Turner signale des monuments de ce genre à Telagong, à Chouka, à Kepta, à Pauga, à Nomnou, à Ouangoka, auprès de Tassisudon, et en divers autres endroits.
On trouve quelquefois cette même inscription gravée sur les rochers en trèsgrandes lettres; on la lit même sur la pente de quelques montagnes, et alors les lettres, formées par des pierres, sont si grandes que l'on ne peut les distinguer et les lire qu'à une grande distance.
On trouve dans les montagnes, non loin de Teschou-Loumbou, une sculpture gigantesque qui offre beaucoup d'analogie avec les fameuses idoles du Bamiam de l'Afghanistan; c'est une figure colossale de Mahamounie, la principale des divinités du Thibet et du Boutan. Elle est sculptée en relief sur un immense rocher et dans l'attitude ordinaire des idoles de ces contrées , c'est-à-dire les jambes croisées. Cette figure est très-ir régulière et très-mal travaillée; mais si on ne peut faire l'éloge des talents du sculpteur, on doit au moins louer sa patience , car cet ouvrage a dû lui coûter un temps considérable.
Nous avons vu que les monastères sont en grand nombi*e dans le Thibet et le Boutan. Le plus beau et le plus considérable de tous est celui de Teschou-Loumbou, qui sert de résidence au second lama. Il est composé de trois ou quatre cents maisons habitées par des g)'longs. Il renferme en outre beaucoup de temples, de mausolées et le palais du pontife. Ce monastère est situé dans le creux d'un rocher très-élevé ouvert du côté du midi. Les bâtiments sont tous en pierre et il n'y en a aucun qui ait moins de deux étages. Les toits en sont plats, et garnis d'un haut parapet en terre et en fascines dont le bas est saillant et forme une corniche revêtue de maçonnerie. Ijc fascinage a trois ou quatre pieds d'épaisseur et l'extérieur, en est fait avec tant de
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soin qu'à une certaine distance il ressemble à de la maçonnerie. Il est peint en brun foncé, usage généralement adopté dans ces contrées pour distinguer les édifices religieux. Cette couleur, contrastant avec la blancheur des murailles, produit un effet assez agréable. Il est difficile de se rendre compte de l'emploi de ces parapets en fascines. Peut-être doit-on l'attribuer à des motifs d'économie ou au désir de rendre les toits moins pesants ; peut-être aussi est-ce pour que dans les temps de dégel , la neige filtre plus facilement à travers les fascines qu'elle ne coulerait par les gouttières qui se bouchent souvent.
Le monastère de Thanseu est dans une situation analogue à celle de Teschou- Loumbou ; il est placé dans le flanc concave d'une montagne. Les cent cinquante maisons qui le composent forment plusieurs rues bien alignées; ces maisons sont petites et assez régulières; les murs sont bien blanchis, et ont dans le haut, suivant la coutume, une bande d'environ un mètre de large peinte en rouge brun. Les templeSy les dômes dorés et les demeures des principaux prêtres forment un ensemble aussi magnifique qu'imposant.
Le monastère de Tessaling, fondé par le teschou -lama à la fin du siècle dernier, occupe un terrain de plus d'un kilomètre de circonférence, entouré d'une muraille. Le palais du lama est au centre, et les autres bûtiments servent à loger trois cents gylongs.
Je signalerai encore le vaste monastère qui couronne la montagne de Pomœla ; il egt surtout remarquable par son admirable situation.
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Quand un homme meurt, au Thibet ou au Boutan, on rapproche sa tête de ses genoux, on lui place les mains entre les jambes et on le maintient ainsi avec des cordes; puis on le revêt de ses habits ordinaires, et on le met dans un sac de cuir ou daus un panier qu'on suspend à une poutre. On le pleure, on invite des lamas à dire des prières, on porte aux temples du beurre que l'on fait brûler devant les images divines; tous les effets du défunt sont donnés aux lamas. Quelques jours après la mort, on porte le corps sur les épaules à un lieu consacré à cet usage , et on le livre aux découpeurs. Ceux-ci, l'ayant attaché à une colonne en pierre, le coupent en petits morceaux qu'ils donnent à manger aux chiens, ce qui s'appelle V enterrement terres^ tre. Quant aux os, on les pile dans un mortier, on les mêle avec de la farine grillée et on en fait des boulettes qu'on donne encore aux chiens ou aux vautours. Dans ce dernier cas, on appelle ce mode de sépulture l'enterrement céleste. On regarde ces deux manières d'être enterré comme portant bonheur au défunt. Les cadavres de ceux qui n'ont pas assez d'argent pour payer les découpeurs , sont jet('*8 à l'eau, Ca'IW s<'»pnlture, qu'on appelle aquatique, pass<» pour un grand malheur, et les fa-