THIBET ET BOUTAN
milles s'imposent les plus durs sacrifices pour en préserver les parents qu'ils ont perdus.
Dans certaines parties du Tbibet, on laisse aux vautours le soin de disposer seuls des cadavres : on place sur les montagnes des édifices carrés en pierre, surmontés d'une plate-forme sur laquelle on expose les corps à la voracité des oiseaux de proie. A côté du monastère de Teschou-Loumbou est une enceinte assez spacieuse destinée à cette exposition des morts; elle est située contre un roc perpendiculaire, et entourée des autres côtés par de bautes murailles que Ton a sans doute construites pour épargner aux vivants le dégoût et l'borreur que pourrait leur causer la vue de ces affreuses dépouilles. Le centre est totalement découvert; dans le fond est un passage étroit et bas par lequel pénètrent les chiens et autres animaux carnassiers. Les corps sont précipités dans le charnier du haut du rocher. Les Thibétains imitent en cela les parsis de Tlndostan et de la Perse, et leurs édifices funèbres ont la plus grande analogie avec les dakmeh des descendants des anciens mages.
Quelquefois aussi les corps sont brûlés sur un bûcher. Cet usage s'applique principalement aux dépouilles mortelles des lamas d'un rang inférieur. Leurs cendres sont recueillies et mises dans de petites statues de métal qui ont une place assignée dans les temples.
On conçoit que tous ces différents modes de disposer des dépouilles des morts ne donnent lieu à l'érection d'aucun monument funéraire ; aussi en chercherions-nous vainement dans les contrées qui nous occupent, si l'usage n'était de conserver tes restes des souverains lamas et de leur élever un mausolée, habituellement de forme pyramidale.
Un des plus beaux est celui construit à la fin du siècle dernier pour servir de sépulture au teschou-lama dans le monastère de Teschou-I^umbou (Voyez la lettre). Ce tombeau est bâti de pierre brute et de mortier; il a plus de largeur que de profondeur et sa hauteur est considérable. En avant est un portique élevé sur un grand soubassement. Au-dessus de ce portique et précisément dans le centre du bâtiment est une fenêtre garnie de rideaux de moire noire; sur les murailles sont peintes en or le soleil, la lune et ses différentes phases. Une bande de couleur brune règne tout autour du bâtiment, un peu au-dessus de la fenêtre; au-dessus de cette bande, on voit sur la façade une tablette où l'on a écrit en grandes lettres d'or la phrase mystique : Oum maunie paimi oum. Vient ensuite un espace blanc, et toute la partie de la façade qui est au-dessus et qui a environ quatre mètres de haut est peinte en rouge ; la frise et la corniche sont peintes en blanc. On voit au-dessus des angles de l'édifice des espèces de bornes ou de colonnes d'environ un mètre soixante centimètres de haut et d'un mètre de circonférence; elles sont de métal richement doré, et surmontées d'un ornement léger en forme d'amortissement. Plusieurs de ces colonnes sont couvertes de drap noir et ont de divers côtés des bandes d'étoffes blanches perpendiculaires et transversales, qui forment des croix bien distinctes. Enfin, au-dessus du tout s'élève un toit richement doré, supporté par de légères colonnes et décoré de tètes d'animaux fantastiques.
CONSTRUCTIONS CIVILES. \bi
Les palais du Thibet et du Boutan sont bien loin de la somptuosité de ceux de la Chine ou de ITnde. Ils n'ont en général qu'un étage ou deux au plus, et ressemblent bien plus à une grange qu'à la demeure d'un souverain ou d'un grand personnage.
Le palais de Tassisudon (planche 50), capitale du Boutan, s'élève vers le milieu de la vallée ; i\ est bâti en pierre et forme un carié long. La façade est d'un tiers plus longue que les côtés. I^s murailles ont plus de trente pieds de haut et sont un peu en talus. A la moitié de leur hauteur est un rang de fenêtres garnies de rideaux de crin qu'on ferme tous les soirs. Au-dessous des balcons on a percé de très-petites fenêtres qui semblent plutôt destinées à donner de l'air que du jour. I^ palais a deux entrées; la première, qui fait face au midi, a un escalier en bois dont les marches sont bordées de bandes en fer; cet escalier est pratiqué dans l'épaisseur de la muraille; l'autre entrée, qui est la principale, fait face au levant; on y monte par un escalier en pierre.
Le palais de Panoukka, qui occupe le second plan de notre frontispice, ressemble extérieurement à celui de Tassisudon, mais il est plus spacieux ; il est bâti à l'extrémité d'une péninsule dont un côté est baigné par les eaux du Patchieu , et l'autre par celles du Matchieu, qui bientôt se confondent. A peu de distance de Tassisudon, sur le sommet d'une colline, est un palais à deux étages, habité par le lama Ghassatou. C'est un simple pavillon carré sur lequel s'en élève un second de même forme, mais plus étroit. (Voyez le premier plan du frontispice,) Cette forme est celle de tous les palais de second ordre. Telle est celle de ceux de Zemrigatchi et de Teschou-Lounibou. Ils sont même parfois plus simples encore, comme on peut en juger par celui qui sert d'habitation au lama Tessaling (planche 29), dans le monastère de Teschou-Loumbou, auprès du Kugopea.
On comprend que, si telle est la simplic^ité des palais, les maisons des particuliers doivent être loin d'avoir une apparence magnitique. Au Thibet elles ont la forme et la grandeur de nos fours à briques; elles sont bâties avec des pierres qu'on élève les unes sur les autres, sans les lier par aucune espèce de mortier, et à cause du vent qui règne continuellement dans ces contrées, on n'y fait que trois ou quatre petites ouvertures afin d'y donner du jour. Le toit forme une terrasse entourée d'un parapet d'un mètre environ de hauteur. Il est ordinairement surmonté de quelques piles de pierres, sur lesquelles on plante, soit un petit drapeau, soit une branche d'arbre, soit une corde garnie de morceaux de papier ou de chiiïons de toile blanche, comme la queue d'un cerf-volant. Quand cette corde est tendue, d'une maison à l'autre, elle devient, suivant les Thibétains, un contre-charme infaillible.
Les maisons des Boutaniens sont plus simples et plus grossières encore ; elles sont pour la plupart composées de bois, et on les chaufle en faisant du feu sur une
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large pierre placée au centre de la pièce principale. La fumée n'a d'autre issue que la porte et les fenêtres, aussi est-il presque impossible de respirer dans ces habitations lorsqu'on n'y est pas accoutumé. Dans quelques parties du Boutan, les habitations sont élevées sur des poteaux, mais le bas est clos et sert à serrer des marchandises on du bois. Les maisons sont parfois construites entièrement en bambou, et ressemblent presque complètement à celles du royaume de Siam. On rencontre cependant dans quelques villes ou villages des constructions un peu plus solides et qui se rapprochent de celles du Thibet. Le village de Marichom, par exemple, contient une vingtaine de maisons carnées, bâties en pierre avec de Targile au lieu de mortier. Les murs de ces maisons ne sVlèvent pas perpendiculairement, mais ils sont inclinés vers le centre. Le toit, qui dépasse beaucoup les murs, est très-bas et composé de planches de sapin, supportées par des poutres et des chevrons de même bois et assurées contre les efforts du vent par de grosses pierres qui les chargent, ainsi qu'on le voit, en Europe, aux chalets de la Suisse. I^s étages de ces maisons sont plauchéiés, et il y a des portes à deux battants qui tournent sur des pivots et se ferment sur un montant qui est dans le milieu de l'entrée. Le plafond est fort élevé, et il y a ordinairement à chaque chambre un ou deux balcons qui donnent de l'air et du j(3ur dans l'appartement et où l'on s'assied pour prendre le frais. Toutes ces maisons ont un grenier où l'on serre le bois de chauffage, les gros meubles et les provisions.
Les Thibétains et les Boutaniens n'ont point la coutume d'élever des arcs de triomphe ou pay-leou, comme les Chinois; mais, comme ceux-ci, ils consacrent quelquefois des constructions d'un autre genre au souvenir des grands hommes ou des événements importants. Devant le temple principal de Hlassa est un monument en pierre, à moitié ruiné, élevé en 822, en commémoration de la paix conclue entre la Chine et le Thibet.
Les acqueducs, très-nombreux dans ces contrées, sont aussi primitifs que les autres constructions; ils sont faits avec de gros troncs d'arbres creusés, qui sont, en quelques endroits, posés dans la terre qui couvre les rochers, et dans d'autres soutenus par de longs poteaux plantés sur le bord des précipices.. Ces acqueducs rustiques se prolongent quelquefois pendant plusieurs kilomètres.
Il me reste à parler des constructions dans lesquelles ces peuples semblent avoir déployé le plus d'industrie ; je veux parler des ponts, qui ne peuvent manquer d'être en grand nombre dans un pays sillonné par tant de rivières et de torrents.
Les plus simples de ces ponts, malgré leur construction ingénieuse, n'en sont pas moins fort effrayants pour ceux qui n'y sont point habitués. Ils consistent en deux fortes cordes de lianes bien tordues et placées parallèlement ; un cerceau entoure ces deux cordes. Le voyageur s'assied dans le cerceau et tenant de chaque main une des cordes, il se haie doucement et franchit ainsi un abyme que l'Européen n'ose souvent contempler qu'en frémissant.
On trouve déjà un perfectionnement dans le pont appelé Selochazum , près du
COiNSTRlICTlONS CIVILES. 155
château de Durbi dans le disti*ict de Paro. La construction de ce pont, destiné seulement aux piétons, est fort singulière. Ce sont deu\ chaînes distantes Tune de Tautrc d'un mètre trente centimètres, tendues parallèlement au-dessus de la rivière et passant sur une pile de pierres élevée sur chaque bord. Elles sont attachées derrière ces piles a une grosse pierre assurée par beaucoup d'autres. Des planches de vingtquatre centimètres de large sont suspendues longitudinalement par des lianes entre les chaînes, au-dessous desquelles elles sont baissées d'environ un mètre trente ceu-' limètres. Le pont a vingt-trois mètres de long ; on en change les lianes tous les ans. Les planches sont mobiles, de sorte que si quelque liane casse, on peut raccommoder cet endroit sans toucher au reste.
Il est un autre genre de pont suspendu, que nous avons trouvé déjà dans plusieurs contrées de l'Asie , et qui semble âtre le type de ceux construits depuis eu Europe. Un des plus remarquables est celui de Chouka dans le Boutan (voyez la vignette, p. i55). Ce pont traverse le Tchintchica à vingt-quatre kilomètres environ de Murichom. Ia". tablier, élevé de onze mètres au-dessus des eaux, et long de quarante-quatre mètres sur une largeur de deux mètres, est soutenu par cinq chaînes fortement retenues par deux massifs de maçonnerie; des bambous placés eu travers composent le plancher, et d'autres qui forment les parois du pont rendent le passage moins dangereux. Il est difficile, cependant, de se défendre d'un sentiment d'effroi lorsqu'on sent le terrible balancement qui est imprimé au pont par le passage des voyageurs, bien qu'on ait soin de ne jamais traverser qu'un seul cavalier à la fois. Ce pont passe, aux yeux des indigènes, pour une merveille; aussi le croient-ils l'ouvrage d'un être surnaturel qu'ils appellent Dewta Tchuptchup.
Arrivons maintenant aux ponts reposant sur des supports. Les plus simples, tels que celui de Saftabaerry, se composent d'un plancher de bambous soutenu par des poteaux fourchus. Ces ponts sont assez solides pour les piétons, mais il serait imprudent de s'y exposer à cheval, ou de vouloir y faire passer des bestiaux ou des bétes de somme.
Le pied du roc où on a construit le château de Durbi est baigné par le Tchintchica-Patchica, que traverse* un pont fait avec des pontifes de sapin, sur lesquelles on a placé transversalement des planches du même bois, fixées par des liens de bambou. Quoique les ponts de cette espèce soient d'une structure fort simple, ils ne manquent pas de solidité; ils ont d'ailleurs un grand avantage, c'est de pouvoir être enlevés très-facilement.
I^e pont d'Ouandipore, dans le Boutan, est d'une construction remarquable; il est tout entier en bois de sapin, et on n'y a employé ni fer, ni aucun autre métal. Il a trois entrées, c'est-à-dire une à chaque bout, et la troisième sur une chaussée qu'on a construite au milieu de la rivière. Du (!ùté du chemin de Tassisudon, l'entrée du pont est au milieu d'un bâtiment carré construit en pierre, et dont le haut est garni de balcons.
I^ première partie du pont occupe près des deux tiers de la rivière et a trentesept mètres de long; les deux côtés en sont obliquement élevés et supportent le mi- I 20
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lieu, qui esl horiKontalement posé, et qui par ce moyen se trouve de quelques pieds plus haut que le sol de Tentrée. Un quadruple rang de poutres, dont les bouts sont assurés par de la maçonnerie, supporte les berges aux abords du pont. Le pont est, dans toute sa longueur, garni de chaque côté d'une légère balustrade. La seconde partie du pont, c'est-à-dire celle qui va de la chaussée à la montagne, est horizontale ; elle porte d'un côté sur la chaussée même, et de Tautre sur un triple rang de poutres. De pont a maintenant pn's de deux cents ans, et sa parfaite conservation est une preuve de la longue durée du térébinthe, sorte de pin qui* a été employé dan^ sa construction.
On rencontre dans ces conlrt^»s bien peu d-exemples de ponts de pieire; cependant, au Thibet, au pied du château de Païnom, dans Fendroit où la rivière a le plus de largeur, on voit un pont poilé par neuf piles, d'une structure ti*ès-grossière à la vérité. Les pierres qui les composent ne sont ni taillées, ni liées par du mortier; mais pour les assurer on y a entremêlé de grands arbres avec leurs branches et leurs i*acines. Des pouti*es qui vont d'une pile à l'autre, portent des pierres plates qui sont assez mal assujetties. Ce pont, tel qu'il est, est encore un des meilleurs du Thibet; car la plupart, comme nous l'avons vu, sont fort dangereux, ou au moins fort effrayants.
Quoique fort peu belliqueux, les Thibétains et les Boutaniens ont un gi*and nombre de forteresses, répandues sur toute la surface de la contrée qu'ils habitent. On y a même reconnu quelques camps retranchés qui offrent beaucoup d'analogie avec ceux des Romains : tel est celui de Saftabaerry qui est formé d'une longue et haute levée formant un carré, et défendu par deuv bastions.
Le château de Chaka est un des plus forts du Boutan. C'est un grand édifice carré, placé sur une hauteur et qui n'est accessible que par un escalier, au sommet duquel se trouve l'entrée défendue par des portes fort grandes et foit massives.
Le château de Ouandipore est placé à l'extrémité d'un roc fort étroit et fort élevé, qui se trouve entre deux rivières, le Matchieu-Patchieu et le Ttchanchica, dont les eaux se réunissent immédiatement à l'extrémité de l'angle aigu que forme sa base. Ce château est construit en pierre; les murailles en sont hautes et solides. Il n'y a qu'une entrée du côté de la façade, et devant cette entrée est une grande plateforme. A environ cent pas du château est une tour ronde bâtie sur une très-haute éminence, et tout autour de laquelle il y a non-seulement des parapets, mais aussi des meurtrières pratiquées dans le mur. Cette tour peut contenir beaucoup de monde ; elle commande tout le devant de la montagne, et dérobe la vue du château, même à une très-petite distance. Le château est de la même époque que le pont qui
CONSTIlliCTIONS MIMTAIIIKS. IM
W,j conduit ; ils sont rotivmgf du laniii Sebruu, qui sViiipant ilu Boulaii il y a cnviruii I doux rents ans.
Citons enfin, t^n terminant, tes chillcnux de Paro, Af^ Dcinkk;i-Teung, de Pliari, ei \ celui dp Thansea-Tcun^ . dont les tourelles otFri'ot liint •l';nKdii^rr avrr roltr'^ ijiii I fl»nt|naient nos chilteaux du moyen àgp.
3Ti^©©iyi©ir[)0iK]-
'itHi'iiir. (Il) Jn|i<>ii i-sl forint' <]<> [ilusifrii's (Irs siliiiVs d»n» le (tiuiid Otrari liorriil, à Vt^f ik' b Chine. Il est cnmpm entre les lit!- et t IS ,if. loiigiludp uciPiilaiR, et \t^ â9" ffl iT" ili- liililiKlr iiiériilinnalf. Ses liiuites siiiil, au nord, les Mes 'IVrr<ikaï et kunriles: au sud, le ^r.inil Oi'i>3n el la mer Urienlale, un Tlioiiit^-hai des ChinoU; h Vvsl. le grand Oif'titi; à riineNt, In rnnni ociidental de hi
iÀinif!. la mer tin J:t|ii I ht iManclie de
Tiirtai'ie. Outre un grand numbiv de plus snd-tiueiit deux cimsidérnlileA, l'une r
petite iles, cet empira en i>llre n
Kiu-siu ou Bongo, et l'autre Sikokr, mais qui Iv a>dent ce|)^nda)it enaui* ii b plti»
importante de toutes, celle de Nipon, situi^e au nord-est des deux précédentes.
I^ géographie de Kœmpfer a été rectiri(''e par des voyageui*s plus modernes, suivant lesquels Ttle de Riu-sio a, du nord au sud , à peu près vingt royriamètres de largeur, et dans sa plus grande longueur trente-deux myriamètres. L'Ile de Sikokf a (|uatorze myriamèlres de longueur sur huit de largeur.
La grande lie de Nipon se dirige du sud-ouest au nord-ouest et n'a pas moins de cent vingt myriamètres de longueur; mais elle est si étroite dans toute son étendue, que dans le milieu elle ne présente pas plus de douze myriamètres de largeur, quoiqu'elle puisse en avoir le double à compter d'une extrémité à l'autre de deux espèces de promontoires qui font saillie de chaque côté de Ttle, mais non pas en face l'un de Tautre.
Geti dans l'Ile de Nipon que se ti*ouvent le>s deux principales villes de l'empire. Yedo, capitale et résidence du koubo ou souverain politique, est située dans une baie au sud-est de l'tle; le port est si peu profond qu'un vaisseau européen serait obligé de jeter l'ancre à la distance de cinq lieues. Miaco, chef-lieu du pouvoir spirituel, demeure du souverain e(;clésiastique ou dairi, et la seconde ville de l'empire , est située dans les terres à environ quinze myriamètres au sud-ouest de Yedo dans une plaine unie. C'est dans cette ville qu'on frappe la monnaie; et la cour du dairi étant composée de gens de lettres, c'est là que s'impriment tous les livres. Après les deux capitales on peut encore nommer Nagasaki, la ville la plus connue du Japon, parce qu'elle est la plus voisine des factoreries hollandaises établies dans l'île de Desima, et Simoneseki, Muni, Osakka, Sakai, etc. On évalue à quarante environ le nombre des villes du Japon. •
1^ plus ancien nom connu que les <^lnnois aient donné à ces iles est Yang-hou (magasin du soleil); ils les ont ensuite appeh^es Nou-Kom (royaume des esclaves), dénomination changée depuis en celle de Ge-pon (lieu du jour ou du soleil). Nipon ou Nifon est une altération de ce mot, et signifie eu japonais origine du soleil. Les naturels la nomment encore Ten-Ra (sous le ciel). Marco -Polo désigne le Japon sous le nom de Zipangu, qui n'est autre chose que le nom chinois Zy-pen-koué ( royaume de l'origine du soleil); enfin actuellement les Chinois les nomment Sippon et Zepouen.
L'empire est partagé en dix nagions ou do fort inégales pour l'étendue et pour la population. A l'exception de deux d'entre elles, qui se composent des petites Iles Iki et Tsou-Tsima, les huit autres sont subdivisées en plusieurs provinces ou kokf, et ces dernières se subdivisent encore en districts ou kori. \jes kokfs sont autant de principautés dont les chefs sont vassaux de l'empereur; on en tompte de soixante à soixante et dix.
Les princes gouverneurs des provinces sont investis d'un pouvoir héréditaire; mais aussi ils sont soumis à une responsabilité sévère, et non-seulement ils répondent personnellement de leur administration, mais encore leur famille reste en otage dans la capitale. On donne le titre de daimio aux princes du premier ordre, et celui de siamio à ceux du rang inférieur. L'indépendance de ces petits monarques va
INTRODUCTION. i59
chaque jour s'affaiblissant. Le système du séogoun, koubo ou empereur, est de rainer peu à peu ce système féodal. Sur ce grand nombre de princes, tous maîtres chez eux autrefois, il ne reste plus que ceux de Kalga, de Satsouma et de Sendaï qui paraissent avoir conservé quelque indépendance; les autres ne sont plus que des espèces de gouverneurs. Le séogoun a en propre cinq provinces, formant le Gokogio, et qui sont gouvernées en son nom par des gouverneurs nommés obanjos..
Composé d'Iles seulement , cet empire ne peut avoir de longues et larges rivières. Les plus importantes sont dans Nipon et dans la partie occidentale de File où le versant a le plus d'étendue. Là coulent le Yodo-Gawa, qui sort du lac intérieur Kva-no-Mitsou-Oumi , et qui se jette dans le golfe d'Osakka; le Kiso-Gawa, le Tenrio-Gawa (rivière du dragon céleste) qui a trois embouchures dans la mer; le Kamanafi, coupé presque dès sa source en deux branches qui ne se réunissent plus; TAra-Gawa, dont Tun des bras passe à Yedo, sous le fameux pont de Niponbas, dont j'aurai occasion de parler plus tard; TOukami-Gawa , le Figami-Gawa, le Kasaba-Gawa et le Mogami, le plus grand fleuve de la province de Deva, réunion de plusieurs rivières qui descendent des montagnes. Parmi les fleuves du Japon, on peut encore citer la Yoto-Ga^a, qui coule au sud-ouest du lac d'Oitz, le principal du Japon; TOomi, que l'histoire du Japon assure être sorti de terre dans une nuit; VUjin, appelé Ojen par Thunberg, enfin la Nogafa, VOgin^Gawa, la Suri-Gawa, la SalhGafca et VAska-Gawa. On a compris sans doute que le mot japonais gatoa signifie rivière ou fleuve. On remarquera la frappante analogie qu'il ofi're avec le mot arabe ouad, qui a le même sens et duquel est dérive le français gave.
Le sol de l'empire japonais est fort inégal, et presque pailout couvert de montagnes assez élevées; mais Tagriculture a su cependant en tirer parti, et la terre est partout admirablement cultivée, même jusqu'au sommet des montagnes. La principale est celle de Fiirt, qui est couverte de neiges pendant presque toute l'année. Plusieurs de ces montagnes sont volcaniques. Dans la province de Figo est un volcan qui est presque continuellement en éruption. Plusieurs Iles de cet archipel sont aussi des volcans dont le principal est dans le voisinage de Firando.
On n'a que peu de données positives sur l'origine des Ja|K)nais , qui néanmoins parait être la même que celle des Chinois, quoique, selon Koempfer, la langue que parie l'un de ces peuples n'ait aucune analogie avec celle de l'autre; mais si l'on compare la langue de la Corée, la terre la plus proche du Japon, avec la langue chinoise, on trouvera peut-être le lien d'affinité entre elles. 11 est possible que les Japonais aient quitté le continent lorsque la société, chez eux et chez les Chinois, était encore dans l'enfance, et du temps, joint à une civilisation diflërente, il sera résulté un langage particulier à chaque nation, bien qu'ayant une origine commune.
Kœmpfer divise en trois périodes l'histoire japonaise, la première fabuleuse, la seconde douteuse, la troisième certaine.
La première remonte bien au delà de l'époque où l'Écriture sainte place la création du monde. I^es Japonais disent que, pendant cette période, leur empire fut successivement gouverné par sept grands esprits célestes, et que le dernier de ceux-c!i
iOO JAPON.
ayant épousé une déesse, il sortit de cette union une race de cinq demi-dieux , dont l'un régna 250,000 ans, et le cinquième plus de 800,000. La première de ces demidivinités était la fille du soleil, nommée Tensio-daï-sin, ou le grand esprit de la clarté. Les Japonais croient que leurs dairis ou empereurs spirituels descendent de Ten-sio-dai-sin , et que par conséquent leur famille n'a pas d'origine humaine.
Kœmpfer entremêle la seconde période avec Thistoire des Chinois. Cette partir de son ouvrage démontre que les Japonais eux-mêmes reconnaissent du moins qu'ils ont tiré de la Chine la forme de leur gouvernement, et qu'ils lui doivent les premiers progrès tle leur civilisation, l^s annales chinoises racontent elles-mêmes que vers l'an 4195 avant Jésus-Christ, les habitants de la Chine orientale, opprimés par l'empereur Wou-y, s'embarquèrent en très-grand nombre, hommes, femmes et enfants, et gagnèrent les Iles voisines où ils fondèrent des colonies.
Sin-Non, un de ces monarques chinois dont les Japonais parlent dans leurs annales, survint ensuite, et sans doute à la tête d'une armée considérable d'aventuriers, bien que la chronique n'en parle pas, car on pourrait difiicilenient expliquer comment seul il aurait pu conquérir le pays. Ce prince est représenté avec une tête de taureau, ou du moins avec des cornes, comme ayant enseigné l'agriculture et l'art d'élever les troupeaux.
Depuis Sin-Non d'autres colons arrivèrent encore, enti*e autres trois cents couples de jeunes gens des deux sexes, qui, d'après un rét'it évidemment allégorique, furent envoy('*s par l'empereur Tsin-chi-llouang-ti , sous la direction de Ziko-Fouk, médecin habile, vers File imaginaire de Fo-rai-sun pour y chercher le breuvage d'immortalité. Ijà chronique ajoute qu'après avoir vainement cherché l'Ile et la précieuse source, cette troii|)e de Chinois aborda au Japon l'an 209 avant Jésus- Christ. Le conducteur de ces émigrés mourut sur le mont Fousino-Yama , et comme il importa dans le pays des arts et des sciences qui y étaient inconnus, on lui rendit après sa mort les honneurs divins.
La troisième |)ériode, où celle des faits positifs, commence en même temps que l'établissement de la succession héréditaire des empereurs ecclésiastiques, c'est-àdire soixante-six ans avant Jésus-Christ. Durant cette période, cent sept princes de la même dynastie gouvernèrent le Japon, jusqu'au moment où les princes s'emparèrent de l'autorité suprême. En général le règne de ces princes fut pacifique. 11 est vrai qu'à de grands intervalles les Tartares mandchoux et les Coréens envahirent le Japon, mais ils en furent toujours chassés par la valeur des habitants.
Sous le règne de Gônda, quatre-vingt-dixième dairi ou empereur spirituel, les Mogohls, après avoir quatorze ans auparavant conquis la (Uiine, rassemblèrent de grandes forces pour se rendre maîtres du Japon. Des récits exagéivs font monter à (|uatre mille le nombre de leurs petits navires, et à vingt-quatre mille hommes (*elui de leur armée; mais du moins il est probable que les nombreuses jonques chinoises en portaient une très-formidable. Tout cet armement, comme l'invincibh* armada de Philippe 11, fut dispersé et détruit par une tempête, que les Japonais attribuent pieusement aux (livinit<'*s protectrices*de leur empire. Ix* P. Aniiot nous
iMiiourcrioN. nii
■ dnnn^ dan* itn ouvrage ivst<' muniisci-it , et (\m cxistn à la Iiibliorli^'qiM> royale, l'Iiisloire île c«tle expédition J'uprf>5 les auteurs chinois. Suivant eux, elle eut lieu en ranm'-e 12»! de l'ère rlir^lienne.
L'ariuf'e eliinoîse, réunie à celle des Coréens, formait a^al mille hommes. Les Coréens n'avaient pas moins de cent vaisseaux de guerre. A peine ht dixième partie de cet armement put-il ècliapper à l:i Tiii'ear des flots.
Les duiris, énervés par une possession tranquille el incontestée, laissèrent peu à peu régner sous leur nom les koubo» ou seogoans, chefs de leur milice, et commandants des armées. BientAl ees ofUciers devinrent dtt véritables maires du palais sous des rois fainéants. Aussi quand, vers 1 190, le séogoun Yoritomo , de la famille des tihensi, eut, apr^s une longue guerre civile, sauvé le da'iri régnant des ambitieuses trames de la famille des Féike, le chef vainqueur fut nommé généralissime et lîxa sa résidence à Kania-Konra.
De cette victoire datèrent les empiétements des séogouns, mais l'usurpation ne fut eonsnmmi'-e (pi'au seizième siècle. Ce fnl en 1583 que cette grande révolution s'opt'-rj dans la forme de l'empii-e japonais. Le koubo, ou empereur séculier s'empara du pouvoir suprême, et depuis cette époque le dalri est toujours renfermé et pivsqiie gardé h vue, de peur qu'il n'essaye de reprendre l'autorité dont jouirent autrefois ses prédécesseuis, et le koobo est maintenant le seul véiilable monarque 4Jii Japon, bien que le daïri, étant le chef spirituel de l'empire, occupe dans l'ordre hiérarchique un rang plus élevé. Le koulio se garde bien de lui disputer ces vains privilèges, et il conserve toujours quelque apparence de soumission; aiusi, dans les afluircs importantes qui touchent à la politique du pays, pour nue innovation législative, pour une question diplomatique, le IlouIh) ne manque pas d'envoyer un ambassadeur à sou collègue pour obtenir son approbation. Os démarches consultatives se font avec nue grande pompe ollicielle, alin que le peuple en soit frappé et reste convaincu de la bonne hai-monie qui W'gne entre les deux empereurs. Outre cet échange constant de polite-sses et de marques de déférence, il est rare qu'une fois Ions les cinq ans, le koubo uc vienne pas en grande pompe rendi-e visite au dalri dans su résideuce de Miaco.
La cour ecclésiastique ne s'occupe plus que de litti^rature, et le daïri , dans sou palais de Miaco, est loi» d'être entouré du même éclat qu'autrefois.
C'est aux Portugais, comme on sait, que nous devons la découverte d'une roule par mer aux Indes orientales, et c'est le hasard qui a procuré à ces navigateurs la découverte de l'archipel du Japon. Selon le P. Charlcvoi\, ce fut sous le ri-gne du cent sixième daïri, vers l'an 1542 de notre ère et 3302 ans après la fondation de la monarchie japonaise par Syn-mu, qu'une lenipéle poussa les Portugais sur les cAtes du Japon. Ki-rnand Mendez Piuto, dont j'ai esquissé rapidement )i^ aventures en parlant de la Chine, ayant quitté les Mandchoux qui l'avaient délivré, lui et ses compagnons, de l'esclavage pénible qn^ls avaient si bien mérité, se fraya un chemin jusqu'à la c6le, et s>ml>arqua de nouvejiu pour ISing-po. Abandonnés par ti-ahisou, dans une Ile inculte, ils étaient sur le point de mourir de faim, quand un pirate tes
prit à son boni. Bi(<iitdt aprH, des vents coutratrca les ponssèrent sur le* JajHin. A son retour à Ning-jw, Pirito fit f) M'f. crimitatrioles un tableau st séduisant de tout ra qu'il avait vu , qiic reux-cî se hilli-ri'iit dVnvoy<'r une gmiido i>\pi'-di(ïon an Ja|K>n. Elle ne fut pas tri^s-heureusti ; plusieurs vaisseaux se pc'rdiront, et Pinto lui-mi^nie, entraîne^ vers Liou-tehéou, fut aceusci avec ses cnmpnpinns d'avoir lue quelques nntureiN de retle Ile à l'époque où les Portugais ^'étaient empaiV's àt Malnccn. Or, comme on avait dit au roi que les Portugais «^(aienl des pirates ordonna que Pinio et les autres avonlurîers fussent écarleli-s, et qn'on nx| leurs membres après l'ewvnlion. Ils l'eliappèront em-ore h ee danj-er grâce à l'intervenlion de quelques femmes du pays; Pinto retourna h Malaeen plus lard, en 1550, nous le voyons encore figurer dans une mission an Ja|>on, Portugais furent três-bîeii reços, et firent, pendant pri'S de cent ans, un conu très-lucratif que les Espagnols partagèrent ensuite avec eux, lorsque les di nations furent soumises à un ni^me souverain. Ij!s Anglais comniereèrent aMi pendant qudque temps avec le Japon: mais par un Iraili', pass*' en ItiOl, i^ntrê l'empereur du Japon et les ilollandais. ceux-ci supplantèrent tous leurs rivaux, et conservèrent la possession exclusive du rommerce du Japon. Ils en tirèrent, dans le commencement, un profit immense; mais on l'a ensuite tellement ressem*, qu'il se réduit maintenant à bien peu de chose. Le gouvememcnl japonais avait commeno; par accorder aux Hollandais une tout autre liberté que celle qu'ils ont maîntenanl. ils pouvaient envoyer cinq, six ou sept vaisseaux dans le port de Firando. autant d'or, d'argent et autres marchandises qu'ils jugeaient h propos; lenr c< merce n'était pas limité. Dans la suite, il leur fut enjoint de traRS|mi'ter leur facl rerie, qui jusque-là était dans la ville de Firando, dans l'Ile de Desima, voisine la ville de Nagasaki , et l'on fixa la somme an delà de laquelle ne di'vatt pas moni leur commerce annuel. Au commencement du dix-huitième siècle, on restreignit trois et ensuite à deux le nombre des vaisseaux qu'ils pourraient envoyer chaque année; enfin les prohibitions s'étendirent jusque sur la quantité et la qualité de leurs marchundises, ce qui réduisit leur commerce h deux millions de Dorii environ cinq millions de notre monnaie.
Les Chinois commerçaient avec le Japon de temps immémorial, et leur privil< ne leur a jamais été contesté; ils sont peut-être les seuls Asiatiques commerçant admis dans l'empire.
En 1665 , Colbert avait pi-ojeté l'envoi de quatre grandes ambassades en Perse, en Chine . à la cour du Gi-and M(%hal i>t au Japon. Fi-angoîs Carron avait été chargé d'aller représenter la France dans ce dernier pays ; il avait reçu des instructions prudentes, dont voici quelques passages : « Vous dire?., sur l'article de la religion, que celle des Français est de deux sortes : l'une la même que celle des Espagnols l'auti-e la même que celle des Hollandais; que Sa Majesté ayant appris que i-cligion des Espagnols était désagivable au Jupon, elle a ordonné qu'on y de ses sujcHs qui professent la religion des Hollandais. On fera une objectii savoir, si le roi de France dépend du pape comme le roi d'Espagne et d'autres:
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s qu'il n'en dépend point, le roi de France ne reconnaissanl )>ei'S(inii<' au-dessus de lui, et qu'il est Tuoilede voir la nature de la dt'peudance de S» Majesté ' à l't^ard du pape, pur ee qui arriva, il y a dis ans, pour un outrage Tait à Konu> en la personne de l'ambassadeur de Sa Hajesti^ {\e duc de Cr^qui): car le pupc ne l'ayanl pas fait réjKirer assez tôt. Sa Majesté envoya une armée en Italie, dont tous les princes et le pape même ayant été elfrayés, le pape lui envoya un légat a lalern (le cardinal Chigi). chargé de supplti.!itions tri^s-liunililes et très-instantes, aux- (juelles Sa Majesté ayant eu égard, rappela ses troupes, déjà campées sur les terres du pape. » Ces précautions singulières furent sans utilité; le mauvais succès de l'ambassade en Perse tit renoncer à celle du Jajion. La France n*est depuis revenue k aucuu projet de (x genre. Les Anglais ont essayé ù plusieurs reprises, et h l'aide de différentes rases . de nouer avec le JajHtn des relations lucratives, mais loujoun sans succès. Les Américains n'ont pas été plus heureux.
Les [tusses ont fait aussi quelques tentatives pour lier d<>s relations commerciales avec le Jajwu. G; fut pour la première fois en IBOi, qu'une expédition ofliciclle, aulorist'e par le czar, parut dans les baies ja|)onaises; mais l'ambassadeur, M. Rcsanolf, n'obtint aucun résultat. It'uutres essais u'ont pas été plus fructueux, et les Hollandais ont conservé le monopole exclusif, qu'ils exercent dans l'Ile de Desima. Cette Ile peut, à certains égards, iJtre considért>e comme un faubourg de Nagasaki. Le gouvernement loue celte lie aux Hollandais, ainsi que les maisons qu'elle contient. Quand la marée est bassf;. Desima n'e^t séparée de la ville que par un fossé, mais au moment du flu\ elle communique avec la terre ferme par le moyen d'un pont; elle n'a pas plus de trois cent cinquante mètres de long sur cent cinquante de large; il n'a pas été dilDcile de renfermer une part^ille étendue de terrain dans un enclos de planches avec deux portes : l'une, du coté de la ville, donne sur le pont; l'autre, du ct)té de la mer. ne s'ouvre que quand il s'agit de décharger ou de charger des vaisseaux. Des Ja{>onaîs gardent |>endant le jour la porte de terre, qui reste fei'mée pendant la nuit.
l.e m<^me systi'me n^ligieux règne dans toutes les lies du Japon; mais il se divise eu nue multitude de sectt», qui, à la vérité, se it'duisent à deux principales. Chacune de ces sectes a ses temples et s(?s idoles, en grand nombre et la plupart hideuses; du reste il règne entre elles beaucoup de tolérance, et elles se soulfreni réciproquement avec une grande indulgence. Elles ont toutes ]iour base le lamisme ou chanianismc, d'où sont également déri\ées les religions des Indous, des anciens Égyptiens , des Hébreux, des chrélieus, etc. KHes ont un chef commun, le da'iri (seigneur), qu'on ap{H'lle aussi Vo ou Codai (race élevée), Tenca (prince céleste), Tai-Ten-Sin (fds du ciel), Mtkad-Do (grand prince). On voit que la puissance du dali'i a beaucoup d'analogit! avec celle du pape chez U's chrélieus. ApiTS leur mort , les dairis sont mis au rang des kami* ou demi-dieux.
Quoiqu'on ne reconnaisse |)as de s<'t'te dooiinante, il y eu a, comme je l'ai dit, deux inlinimenl plus rei>andues que h-s aulrrs. celles de Sinlo et de Boudsdo. Le culte du premier est originaire du pays el le plus aiuicn; mais il a maintenant (x'u
de purlisuus. La ivlît^ion ilo Sîiitu (reli^inn des ii'n ou des kamis, deux muts syoO= uymes, sigiiiliunt hubiîant* dr» rieux) iHuît très-simple avimt que l'un y tnli'odutsil une foule de pratiques et de »'rt-inoiiies étrang^reit. Sou origine se perd daus la nuit lies temps, et il y u tout lieu de prràutner que tes idi'es simples et pures de son foDd.iteur ont M olisaircies et à peu près dénaturées par ses successeui's. Cependant iU reconnaissent encore aujourd'hui un Être siiprémR, la dtVsse Ten-sio-daï-sin (le gnirnl esprit de la ]umjf>rc}, qui a fixé son s^our au plus haut des riea\ et qui est regardée comme !u souctie céleste d'où sont descendus les daïrîs. CVst en t nom qu'iU prononcent les serments les plus sacrés, mais ils ne lui rendent a ut-un culte; ils lu croient trop au-<lessus d't^tix pour ;ivoJr besoin de leurs hommages â de leurs adorations, et ]iour faire attention aux misérables intéi-éts des mort En conséquence, ils invoquent, comme médiatrices, une multitude de divinili iaréneui-es, uppeU'es Siiigo-Zin, qu'ils supposent pi'é^ider k toutes les passions, à tous les étals, à tous les produits de U terre, etc., comme l'ont cru aussi t(!S Grecs et les Romains. On voit que la nécessité d'nne médiulion quelconque s'est fuit s dans presque toutes les i-eligions.
Les Sintos croient à rintmorlalité de l'ilnic; leur pnrudis se nomme Takc ka-icara, et leur enfer ISe-no-kaun. Ije paradis se trouve immédiatement au-dessiu du ciel ; les peines de leur enfer consistent seulement , pour les âmes des mécliants, à eri-er dans les aire jus<iu'ii ce qu'elles aient expié leurs fautes. La doctrine de la métempsycose leur est inconnue, et cependant ils s'abstiennent de toute nourritafaiÇ animale, ayant en horreur l'elfusion du sang.
Depuis l'intruduelion de la secte de Bondsdo au Japon , celle de Sinto a admi dilTérents dogmes et pratiques qui lui étaient absolument étrangers. Malgré ces inuovalions, elle est encore la moins déraisonnable de l'empire. C'est la relîgioi koubo, qui est obligé d'aller une fois par an en personne, on an moins d'envoyer un ambassadeur, h quelque temple pour olTrir de riches présents.
I«s Japonais ont des pitHres séculiers et des religieux, et ceux-ci connaiss seuls les mystères de la religion. Ces prêtres ne font pas d'otHces réguliers, n il est des joui-s de fête que l'on célêbfe à des é|K>qnes fixes. La gaieté règne dans h cérémonies du culte, parce qu'ils considèrent les dieux comme des êtres qui i plaisent â dispenser le bonheur; mais il parait qu'il n'en a pas toujours été de méi et qu'en des temps plus anciens quelques victimes humaines tombaient sous | couteau du pi-étrc: ainsi pour conjurer des divinités malfaisantes, telles que Kiot sin-rio, le dragon à neuf tètes, du mont Tokakousi, on lui immolait de jeunes c joUes filles, des jeunes gens des plus beaux et des premières familles. Aujourd'hni , les sacrifices faits dans les joui-s de fête se bornent à des offrandes de divers mets, de rix, de poisson, de chevreuil, etc. Outre le premier jour de l'année et trois ou quatre autres fêtes solennelles, le premier jour de chaque mois est considéré comme sacré. Toutefois les {Kirtes des temples sont ouvertes toute la journée, et les dévols peuvent y entrer à toute heure pour y faire leur prière ou bien déposer leurs aum/itM L'accès des temples n'est pas défendu aux étritn^rs et souvent même il i
en son auc-u n I
lortel^^^l ivinil4^IV ions, à i Grecs fait seDlJi^^J
au-flessu^^^ ants, de la -itBMj^J
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i.NTuoimcnoN.
iiiri
ces iHJiRn-s sucn's lorsque les aiiboi^^ s« tmuvent Ctit' [ilciiii-it.
La secte de Boiidsdo D'est autre que celle di- Bouddlia, qui, ainsi que je l'ui dît.
[ passa de C<>ylan duns l'Inde, et de là vînt au JDfwn, en traversant lu <:iiim> et lu
I Corée. On fixe h l'an 543 de notre ère, selon les uns, à l'un 55S. selon d'auti'es.
I IVpuqye de son introduetion uu Jupon.
Ko ei'tic année, disent les unnales ja|>onaises, l'un des princes coivens envoya iH anibassadeiir au duïn Kiu-mej-ten-o. Ce personnage était porteur d'une image de I Bouddba et des livres sacrés de sa religion. Ainsi celle doctnne éti'angèi'e s'introduisit d'alwrd dans les palais des (•raiids; de là elle se répandit dans lu nuiltilndc, [ qui préférail ses jit'utiques sévères, ses l^éréInonies [lompenses aux rites simples I et purs du culte de Sinto. L'engouement devint ennlitgieux; les conversions furent 1 innombrables. Non-seulement ou demanda des pd'tivs bouddhistes h la Corée et fi lu Qiine, mais une fonle de Japonais allèrent dans les monastères du eontînenl étudier la nouvelle croyance pour venir ensuite la préeber dans leur pairie. La chose en ' vint au point que plusieurs dalris, issus des dieux du Sinto, suivirent secrt'temeni I la loi bouddhique, et que des princes de leur Tamille se rasinenl la t^te et devinrent ' bonzes. Eu KtiÔf )e cinquantième da'lrï se convertit ouvertement; il plaça dans son palais des images bouddhiques, et se fit expliquer les livres canoniques de cette foi. Quand le bouddhisme Tut ainsi devenu le culte dominant et populaire, les empereurs le firent i-ccoiinaitre comme religion de l'iïtar. Cet aele politique s'uccompltl sans eonirdînte et sans persécnlîon. Il en résulta ce Tait singulier que les siutolstcs eux-mêmes adoptèrent te bouddhisme sans croire à une abjuration, et que peu à peu les deux cultes se confondirent aux yeux du vulgaire. Il est vr^ii que le bouddhisme I adopté quelques maximes étningères, et n'est pas toujours d'accord a\et^ luimOme : car on ne compte pas moins de huit sectes principales, qui se partagent ses , adeptes; mais il a conservé le dogme de la I ni ns migra lion des âmes, dont les pins perverses sont supposées passer dans le corps des animaux jusqu'à ce qu'elles soient entièrement purifiées. t>;s sectateurs de Boudsdo ap()ellent l'Être supi-éme Amida, el le diable Yemma. Les temples sont ouvei-ts Ions les jours pendant loule l'année et ti'ès-fréqneulés . surtout le» jours de fêle, où ils deviennent même di-s es|K'ces de render^vous de plaisii-.
Les Japonais ont des moralistes ou des philosophes, dont la doctrine est appelée
ihuta et a des rapports avec celle des épicuriens. l>-s individus qui l'ont adoptée
, reconnaissent avec confiance que h source lu plus pure du plaisir est lu vertu; ils
[ admettent une Ame de l'univers, mais Ils n'adoreul point les dieux inférieurs et il»
I n'ont ni culte, ni lemplcs. Par une singularité remarquable, la perstTutiun exeiTée
contre les chi'éliens a considéi-ablement diminué le nombre des épicuriens du
Japon, qui, pour détourner lessoup^'ons, se sont empressés de retourner aux dieux
de leur pays. Il existe aussi une secte de |)rêlres up[)elés Yaina-boti»; ee sont des
espaces d 'an ac bore tes, qui habitent les montagnes, el auxquels le jM'uple attribue
i wienee surnaturelle el le don de ma^ie. Ils ditlei-enl des anii-es prélii-s
I bouddhistes en ce qu'ils se murienl e[ muiigenl de ta viande. I.eur vie se passe en
pt'lei'iiiagcs duns \fs, liiiuU lieux igui «oui tt'piiti-s luihils. Parmi lus l'vligiitns Jupon on |>cu( cricoïc citer lu Jot^triiie ik- Con-fii-TKi!^ , »p]>elée le Sucdo. Ce vers Tan 384 de J(%iis-<lhrUt, et sous \e n'-giio du dairi Own-Tt-mi, qu'arrivci de Corée des hommes \ers<>fl dans lu religion des lettrés chinois. Ces savants a| tÈrent à Miucu le Uim-t/u, livre de Coii-ru-Tzée, le préi!ieiit(>reiit au duiri et l'ei Ijuèrenl à l'un de ses fils; ilepiiis ce (eniju cvtte doctrine sWt répandue Japon, mais sans acquérir cependant unu trés^raode itillueuce. Entîn un lrou%'c oucorc au Japon la croyance des Axnos, esp<'Te de dualisme qui se profi^sse sans temples ni pnHres.
tU'S l'an (510, c'est-à-dire très-peu de (euqis apn'-s la ditcouverle du Jagiun [lar les Portni^is, arrivèrent les pjemiers missionnaires jésuites. Ils se n'paiidireul dans tout le royaiiuie, uu moyen des renseignements que leur donna un jeune Japuuais. qui était venit se faire i)aptisor il Goa. L'entreprise réussit au delfi des espér des missionnaires. Plusieurs priiiees japonais, tels que ceux d'Ariuia, de Boiiogo d'Amoura et plusieurs auti'es, embitissèreut le christianisme; enfm, les jési acquirent une telle consistance qu'ils envoyèrent une ambassade japonaise an Gi'éguire XUI, avec de riches présents. Les succès et les immenses richesses leur produisait le commerce enflèrent tellement l'orgueil des Portugais, qu'ils tardèrent pas à se rendre odieux â leurs hôtes. Dès 1389, des ordres rigoureux exterminer tous les chrétiens furent promulgués, et exécutés avec tant d'activité, dans le c^jurs de l'année suivante, il y eut plus de vingt mille |)ersonnes raitîes mort. Ces persécutions n'empêchaient pas les conversions, car elles niontèixtnl à plus de doute cents en ]59l et 1S92. Le koubo lui-inéme, nommé Fi-dc-Jori, aiusi que sa cour et son armée, avait embrassé le christianisme. Il ne tenait donc qu'ui Portugais de se maintenir; mais leur oi-giieil et leur avarice, les vains projets jésuites, la conduite insolente d'un év^ue envers un prince japonais, contribut d'ubord à rendre odieuse la religion qu'ils professaient et dont les principes pi condamnaient leur conduite. Non contents de la position avantageuse (. vaieni, ils voulurent s'immiscer dans les alfaires de l'État, et leur fatale ambil amena tes dernières catastrophes. Ou vit en iil07 les pcrséculions rccommei avec pins de violence que jamais. Toute espèce de prédication fut sévèi interdite et la jtlus grande partie du clergé chasst'-e. Ce fut alors qu'on relégua négociants daus l'Ile de I>esinia. Sur ces entrefaites, les Portugais ne méditait rien moins que de détràncr l'empereur; celte conspiration fut découverte les Hollandais, ipii étaient en guerre avec eux ; dans un vaisseau qu'ils leur prir se trouva une Icllrc d'un oflîcier japonais, nomme Moro, adi-essée au roi de Portugal |>our l'instruire du complot. U'anti-es lettres, du même Moro, adressées à Macao, conKrmérent le couteau de la première. Le gouvernement japonais oidonna alors que tous les chrétiens qui ne voudraient pas abjurer, seraient chassies ou mis il mort. Otie persécution dura quarante années sans se ralentir, et ne finit qu'aprw l'anéanlissement iiidical du chrisliaiiisme jau Japon et la destruction du des Portiigaisdans ses (les. Trente-sept mille ehréf iens, réduits au désespoir, s'élaii
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réfugiés dans la forteresse de Sîmmabarn; après y avoir été assiégés et forcés, ils forent tous massacrés en un même jour, en 4658. Depuis c^tte terrible époque, la religion catholique a été en horreur au Japon, de nos jours encore plus d'un pieux missionnaire y a vu sa sainte mission couronnée par le martyre, et tous les ans. dans une cérémonie publique, on foule aux pieds, la croix, Timage de Marie et les autres symboles du christianisme. Hâtons-nous d'ajouter que la haine seule et la Jalousie ont fait accuser les Hollandais de n'avoir obtenu leur monopole qu'à la condition de participer eux-mêmes à cette démonstration sacrilège.
La littérature est chez les Japonais assez florissante; et chaque année il sort des imprimeries de Miaco un grand nombre de livres, traitant principalement des sciences naturelles. Leur théâtre est aussi assez riche et offre beaucoup d'analogie avec celui des Chinois. La peinture et la sculpture en sont aussi à peu près au même point que chez les habitants du Céleste Empire; cependant il est à remarquer que les Japonais s'appliquent plus volontiers à reproduire des objets réellement existants qu*à inventer ces monstres fantastiques qu'affectionnent tant les Chinois.
L'architecture n'a pu faire de grands progrès chez les Japonais, et aucun de leurs édifices ne peuvent entrer en comparaison avec ceux de l'Europe ou de certaines parties de l'Asie. Les fréquents tremblements de terre auxquels sont sujettes leurs Iles ne permettent que des constructions en charpente; aussi ne pouvons-nous espérer d'y rencontrer un gi*and nombre de monuments anciens, et les idoles et les monnaies sont probablement les seuls objets d'une haute antiquité que l'on puisse trouver dans ces contrées.
Les temples, appelés mia, sont très-nombreux au Japon. Selon Kœmpfer, de son temps on n'en comptait pas moins de vingt-sept rtiillc sept cents, en y comprenant sans doute les chapelles dépendantes des temples principaux ; ils sont ordinairement bAUs hors l'enceinte des villes, sur des éminences et dans les plus beaux sites, et ils sont précédés de majestueuses allées de cyprès. Devant l'entrée se trouvent d'ordinaire les deux chiens Koma-inu , et devant le sanctuaire de Ten-sio-daï-sin , ses deux compagnons, Fino-o (le roi du feu) et Mitza-o (le roi de l'eau). Les images de ces deux personnages sont aussi portées dans toutes les processions faites en l'honneur de la déesse. Les mias , quoique d'une construction fort simple, ne laissent pas 9 joints aux habitations des prêtres, de former des édifices assez vastes; ils consistent en plusieurs appartements et en galeries, et la façade off're des portes et des fenêtres que, selon la coutume du pays, on peut enlever à volonté. Les toits forment de chaque côté une saillie suffisante pour former une galerie qui entoure le temple et sous laquelle le peuple se promène. On ne remarque à l'intérieur aucune idole, aucune figure qui soit censée représenter l'Être invisible et suprême, quoi-
i68 JAPON.
c|u*oii y conserve quelquefois dans une boite une petite image, qui est celle de quelque divinité secondaire à laquelle est consacré Tédifice. On place fréquemiii^Dt au centre du temple un large miroir de métal poli , qui est destiné à rappder aoi dévots que de même que les taches du corps se peignent fidèlement dans ce miroir, de même les défauts de Tâme ne peuvent demeurer cachés aux regards pénétrants des immortels. Le plancher est couvert de nattes de paille. Chacun de ces temples est desservi par une multitude de prêtres , dont les fonctions se bornent à entretenir la propreté dans le lieu saint, à allumer les lampes et les bougies, et à renouveler les fleurs et Tencens.
Au Japon comme dans Tlnde, il est quelques temples bien plus célèbres, bien plus vénérés que les autres. On y va en pèlerinage avec autant d'empressement qoe les Indous à Bénarès ou à Jaggernaut, que les musulmans à la Mecque. Tel est surtout le temple d'Isie, consacré à la divinité suprême Ten-sio-dai-sin ; il attire une aflluence prodigieuse de pèlerins. C'est peut-êti*e un des plus anciens et en même temps Tun des plus petits temples du Japon. Il est près de tomber de vétusté, malgré les soins qu'on prend de Tétayer. Il ne contient autre chose que le miroir symbolique et des morceaux de papier suspendus à la muraille pour indiquer, par leur blancheur, que personne d'impur ne doit approcher 4u sanctuaire. C'est principalement à ce temple que le koubo envoie des ambassades lorsqu'il ne peut s'y rendre lui-même. C'est un pèlerinage que les pei*sonnes des deux sexes doivent faire une fois dans leur vie, n'importe à quel âge. Beaucoup de dévots le font tous les ans.
Au chef-lieu de la religion de Sinto, à Miaco, le plus beau temple et le plus digne d'attirer l'attention, est celui de Daibouts. Il est soutenu par quatre-vingt-seize colonnes; ses deux étages sont eu retrait J'un sur l'autre, et sont surmontés d'un double toit, dont le supérieur est supporté par de gros piliers de bois peint. L'intérieur du temple est pavé en carreaux de marbre blanc, sorte de luxe dont il n'existe guère d'autre exemple au Japon. Cet édifice pèche un peu par le défaut de lumière. La statue de Daibouts od grand Bouddha, placée au milieu, est colossale; elle est assise sur ses jambes croisées, à la manière des divinités indiennes, dans le calice d'une fleur de Lotus. Cette figuœ était autrefois de bronze doré; mais le tremblement de terre de 1662 l'ayant tout ù Aiit dégradée, on la remplaça, en 1667, par une statue de bois, recouverte de papier doré. La hauteur totale de ce colosse est de vingt-sept mètres, dont vingt-quati'e pour la statue et trois pour la fleur de Lotus.
Il existe à Miaco un autre temple qui le cède à peine à celui de Daibouts en grandeur et en magnificence. C'est celui de Kwanwon ou Quanvon; sa longueur est surtout considérable et hors de propoition avec la largeur et la hauteur. La statue du dieu, égsilement colossale, a trente-six mains et est environnée des figures des innombrables divinités qui lui sont subordonnées. I^ taille de ces idoles est graduée de telle sorte, qu'elles semblent disposées en amphithéâtre; et qu'on peut les embrasser toutes d'un seul coup d'oeil , bien que leur nombre s'élève à trente-trois
mille trois cent trente-trois, chiffre mystique consacré par la religion japonaise.
Le temple principal de la grande divinité japonaise Ten-sio-dai-sin est le Malkou., situé près d'Ouza, dans la province d'Yzé; il fut fondé par le onzième dairi, quatre ans avant Tère chrétienne. C'est un édifice très-simple, entouré de sept autres temples, dédiés h différents dieux et génies.
Non loin de là, sur le mont Nouki-Nouko-Yama , se trouvent vingt-quatre autres chapelles, formant un Ghe-kou (temple extérieur), consacré aux esprits tutélaires. On y invoque le dieu Toyo-ke-o-daï-sin, regardé comme le créateur du ciel et de la terre. Ce dieu est le patron du dairi, qui lui rend de fréquents hommages. Le Ghe-kou date de la même époque que le Naï-kou ; il est entouré de quatre autres monuments religieux, consacrés à la terre, à la lune, au vent, etc.; seize chapelles on sanctuaires sont dans le voisinage, et huit autres se trouvent un peu plus loin. Toute cette terre d'Yzé, en général, est remplie de temples et de lieux de sacrifices; r*est là terre sainte du Japon. \je père de la déesse Ten-sio-dai-sin était nommé Fatsman; son principal temple fut bâti Tan 570 avant Jésus-Christ, à Ouza, dans la province de Bounzen. Fatsman est le dieu de la guerre; il veille à l'intégrité du territoiro.
Parmi les divinités bouddhiques figurent au premier rang le dieu Amida ou Xaca, et son fils Canon. Un des temples les plus remarquables du Japon est dédié à ce dernier; il se trouve près d'Osakka (planche 31 ) : c'est un édifice élégant, entouré de magnifiques jardins; il est desservi par deux cents prêtres, qui tous habitent les dépendances du temple.
Dans la même ville existent plusieurs autres temples, dont un, dédié à Daïbouts, ne le cède guère en grandeur et en magnificence à celui de la même divinité à Miaco. Il fut construit, vers l'an 161-4, par Fendegori, fils du dairi Taïcosama. Cet édifice, suivant Pygneyra, coûta plus de trois millions et renferme plus de mille idoles colossales, sans compter les petites.
A quarante-huit kilomètres d'Yedo est le temple de Miko, l'un des plus célèbres du Japon: il s'élève sur l'une des plus hautes montagnes de l'empire, nommée Niko on Nitgeoo, et située dans la province de Couzouqui. Ce temple, en grande vénération, attire un nombre considérable de pèlerins.
Enfin je citerai encore le grand temple voisin de Saccai , dans la province de Quïo, ceux qui couvrent toutes les hauteurs qui environnent Nagasaki; mais je bornerai là cette revue, qui serait aussi fastidieuse qu'inutile si je voulais y comprendre les innombrables édifices sacrés dont le sol du Japon est presque entièrement couvert : dans la seule plaine de Zéran , pivs du lac d'Oitz , Kœmpfer en a compté au moins trois mille.
MONUMENTS FUNÉRAIRES
Les corps des grands personnages obtiennent seuls au Japon les honneurs du bûcher; les restes mortels des gens de condition moyenne ou inférieure sont, aujourd'hui surtout, presque toujours rendus à la terre. Chez les Japonais, comme chez les Chinois, on célèbre en Thoimeur des morts la fameuse fête des lanternes; mais en outre Tusage est, comme chez les chrétiens, de visiter les tombeaux ù certaines époques de Tannée.
Les monuments funéraires des Japonais sont de la plus grande simplicité; le plus souvent ils consistent en une simple pierre. On voit dans le voisinage des villes et des villages, et généralement auprès des chemins et sur les hauteurs, un gmnd nombre de ces pierres sépulcrales debout, et chargées d'une multitude de figures et d'inscriptions en lettres dorées. Quelquefois ces pierres sont brutes et sans aucune sculpture.
Le monument funéraire le plus singulier, au moins par sa destination, que nous présente le Japon, est une chapelle qui s'élève près du grand temple de Hiaco: on le nomme Mimi-tsouka (la tombe des oreilles). 1^ nez et les oreilles des Coréens tués dans une bataille contre Tayko sont enterrés dans cet endroit; après la bataille, ce prince les avait fait saler et envoyer au Japon dans des barils.
Le plus beau comme le plus vaste des édifices civils du Japon est naturellement le palais de l'empereur, à Yédo. C'est une espèce de ville, environnée de remparts et de fossés pleins d'eau, sur lesquels s'abattent des ponts-levis. L'enceinte, qui n'a pas moins de six kilomètres de circonférence, renferme, outre le palais de l'empereur, celui du prince héréditaire, qui en est séparé par de larges fossés remplis d'eau et par des murailles en pierre. D'autres qi^rtiers sont habités par les princes du. pays, les grands seigneurs, les divers agents de l'empereur et par les familles des princes gouverneurs des provinces.
Le palais même de l'empereur est construit sur une hauteur; aussi, bien qu'il n'ait qu'un étage, il domine toutes les autres constructions renfermées dans son enceinte; comme c^nx des Chinois, il consiste en un nombre considérable de bâtiments séparés, dont les toits sont pour la plupart om(ïs de dragons dorés. La principale pièce est le Sen-sio-siki (le salon des cent nattes), du nombre de celles qui, selon l'usage, en couvrent le plancher; il a deux cents mètres de long sur cent de large. I^es colonnes et les plafonds sont de bois de cèdre, de camphrier et d'autres bois précieux; mais tout l'ameublement consiste dans des nattes blanches, garnies de franges d'or. C'est là que se réunissent, dans les occasions solennelles, les princes
CONSTRUCTIONS CIVILES. ni
et autres grands dignitaires; quant à l'empereur, il. donne ses audiences dans une salle moins vaste, où il est assis sur un tapis. Le palais est surmonté d'une tour carrée, marque de pi*ëéminence qui, dans cette ville, est interdite aux autres princes, lesquels à leur tour jouissent do la même prérogative dans leurs propres domaines. Cette tour est composée de plusieurs étages richement décorés.
Le palais du dairi, à Miaco, ne le cède guère en étendue et en magnificence à celui de son collègue le koubo, h Yedo. Cette vaste enceinte est de même bornée de toutes parts par des murs et des fossés. Au c^tre est une immense tour carrée, d'où rayonnent dans toutes les directions treize rues, habitées par les grands dignitaires. Le koubo lui-même a aussi un palais à Miaco, palais construit en pierre de taille et environné de deux fossés, Tuu sec et Tautre plein d'eau.
Après ces palais du premier ordre, on peut encore admirer celui d'Onuay {planche 32), non moins célèbre par la beauté de ses jardins, réputés les plus magnifiques du Japon, que par la grandeur ai la richesse des constructions. H si* compose de quatre corps de logis, entourant une cour re(*tangulaire, et surmontés à chaque angle d'un pavillon à quatre étages en retrait les uns au-dessus des autres. Devant la face principale se développe un immense escalier, décoré à la moitié de sa hauteur d'une espèce d'arc de triomphe fort élégant. La plupart des palais des princes gouverneurs sont autant de forteresses, aussi ne peut-on les séparer des constructions militaires, parmi lesquelles ils trouveront place.
Les maisons japonaises n'ont que deux étages, avec des boutiques ou des ateliers sur la rue. En avant sont tendues des bannes poui* garantir du soleil et de la pluie les ouvriers, les marchands, ou leur étalage, (|ui n'est pas disposé avec nioijis d*art et d'élégance que chez les Chinois. Les maisons qui n'ont pas de boutiques sont séparées de la rue par une es[)èce de cour entourée de murailles : cette cour sert à recevoir la suite qui accompagne les visiteurs. Les hôtels des gens riches et des seigneurs sont plus vastes et plus beaux, mais pas plus élevés que les maisons des particuliers; ils sont aussi reconnaissables aux armoiries des propriétaires, qui sont peintes, dorées et sculptées sur la façade. Les maisons japonaises, généralement construites en bois, revêtues de placage et blanchies en dehors, semblent être bâties en pierre de taille. Toutes les pièces qui composent la charpente sont placées horizontalement ou verticalement; on n'en voit aucune disposée obliquement, comme en Europe. On entrelace parmi ces poutres minces et carrées, des cannes de bambous que Ton recouvre d'une épaisse couche de mortier, composé de terre glaise, de sable et de chaux; quelquefois les murs des maisons, dans les villages ou petites villes, sont recouverts de morceaux d'écorce attachés à de petites lattes, pour empêcher l'eau de dissoudre le niortiei*.
On comprend combien, avec ce genre de construction, les incendies doivent être fréquents et terribles; aussi, dans les grandes villes comme Yedo, Miaco, Nagasaki, on a presque toujours le soin d'élever auprès des maisons un magasin bàli en pierre, où, en cas d'a<'<*ident , on peul mettre à Tabri les objets h*s plus pn'»cieux.
ni JAPON.
Ces maisons sont couvertes de tuiles épaisses et pesantes ; celles des pauvres ne le sont que de planchettes, taillées comme des tuiles et chai*gées de pierres pour les maintenir, ainsi que nous le voyons pratiquer en Suisse. Ce toit excède toujours de beaucoup le corps de la construction; on y ajoute souvent encore un appendice pour couvrir une galerie étroite, construite devant les fenêtres. Plusieurs tringles carrées, plantées en terre et clouées par le haut à ce petit toit, servent à soutenir des nattes de jonc que Ton baisse ou que Ton roule à volonté. Ces espèces de jalousies ont le triple avantage d^ mettre les habitants de la maison à Fabri de la curiosité des passants, de les garantir du soleil et d'empêcher la pluie de détruire les carreaux de papier qui seuls garnissent les fenêtres, car les Japonais ne connaissent ni le talc ni les verres à vitres. Chaque corps de logis n'est composé que d'une grande pièce qui peut être divisée en divers appartements, selon le goût et le besoin du propriétaire. Les cloisons qui forment ces distributions intérieures sont simplement des châssis sur lesquels on colle du papier fort et transparent; ces châssis s'ajustent avec autant de célérité que de justesse dans des coulisses pratiquées aux planchers supérieurs et inférieurs. Les personnes qui occupent les diverses chambres ne peuvent voir d'une manière distincte ce qui se passe chez leurs voisins, mais elles ne peuvent manquer d'entendre jusqu'au moindre bruit. Le plancher supérieur est en général assez uni et formé de planches bien assemblées au moyen de rainures et de mortaises; au contraire, les planches sur lesquelles on marche, et qui sont soutenues par des lambourdes à quelques centimètres du sol , sont fort mal jointes , mais aussi elles sont toujours couvertes de nattes très-épaisses. La salle de réception a un plancher plus élevé. Les murs et les plafonds des appartements sont tendus en papier orné de fleurs peintes. L'usage des cheminées est absolument inconnu ; quand la température l'exige, on place au milieu de la chambre un vase de cuivre plein de braise allumée, semblable au focane Ou brazero des Italiens et des Espagnols. Quant au foyer de la cuisine , il consiste eu un trou carré, au centre de la pièce; ce trou est revêtu de pieri*eset environné de nattes. Une ouverture dans le toit donne issue à la fumée.
L'étage supérieur sert de garde-meuble et de grenier, et rarement est habité. Les maisons des personnes de condition sont divisées en deux appartements : d'un côté est le logement des femmes, qui ne paraissent jamais; et de l'autre côté est l'appartement du mari. Les femmes jouissent de plus de liberté dans les maisons des marchands. Chaque maison a sa petite cour, plantée d'arbres et de fleui*s; aussi l'appartement situé sur le derrière et donnant sur cette espèce de parterre est-il le plus recherché. Enfin il n'y a presque pas d'habitation qui n'ait sa salle de bain, presque toujours située à l'une des extrémités du logis. Les rues des villes sont cailloutées et en général en bon état; devant les maisons régnent des trottoii^s dont l'entretien est à la charge des propriétaires.
Les routes, dans toute l'étendue de l'empire, sont également l'objet de soins tout particuliers; elles sont ferrées, larges et garnies de fossés pour l'écoulement des eaux. Comme les seigneurs du pays, aussi l>ien que les Hollandais, sont obligés de
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faire tous les ans un voyage à la cour de Tempereur, on sable la route, on la balaye et Ton enlève toutes les ordures avant qu^ils ne passent; on a même soin d^arroser le sol pendant les chaleurs. Au reste, Tabsence des voitures a roues rend Tentrctien des chemins très-facile. Les distances sont marquées par des bornes milliaires, qui, pour tout Fempire, ont un point de départ commun au ponl de Miponbas, situé dans la ville d'Yedo. Ce pont est, comme tous ceux de IVmpire, construit en bois; il n'offre rien de remarquable; cai* sa longueur n'excède pas vingt mètres. Les ponts les pins longs de IVmpire sont : celui d'Okosaki , dans la province de Mikava (soixante et dix-neuf mètres), celui d'Iodo (deux cent soixante et dix mètres), et enOn ceux de cèdre jetés sur la Jedogana , dans la ville d'Osakkà; leur longueur varie de cent à cent vingt mètres.
Beaucoup de villes du Japon sont entourées de remparts et de fossés, mais la plupart sont simplement défendues par une citadelle, qui est la demeure du gouverneur.
Parmi les premières, Tune des plus fortes est Kvano, ville grande et belle de rOsvari, l'une des plus riches provinces de l'empire. Kvano est environnée de fossés et de murailles percées de meurtrières; elle est en outi'c protégée par deux citadelles.
La citadelle d'Osakka , l'une des cinq villes impériales, dépendant directement du koubo, celles de Sanga, capitale de la province de Fisen, de Kokoura , capitale de la province du même nom, sont regardées comme les plus importantes de IVmpire, après les palais fortifiés d'Yedo et de Miaco, et aussi après le palais do Firando (planche 33), qui passe pour l'une des merveilles du Japon. Celui-ci est bâti sur le sommet d'un rocher, et composi'^ principalement d'une tour à plusieurs étages, qui par la multiplicité de ses toits otlVe quelque analogie avec les pagodes chinoises. Un large fossé et un mur dVnceinte enveloppent cette construction centrale. L<»s casernes pourraient recevoir au besoin une garnison d'un millier de combattants. On monte au fort par des gradins pratiqu<''s dans le roc, et divisés en trois rampes par des lignes de rochers que l'on n'a point travailkVs. Un second mur d'enceinte, percé de douze portes, environne l'édifice principal.
Enfin, je mentionnerai une autre espèce de défense très-commune au Japon, et qui offre beaucoup d'analogie avec les tours qui commandent le cours des rivières de la Chine : je veux parler de petits fortins, simples pâtés de pierres, [)ercés à distances égales d'ouvertures rondes pour les pièces de canon. Tel est celui qui est placé à la tète du cap cpii forme l'un des cotés de la baie; où se trouve h» port de Nagasaki.
Les côtes du Japon présentent une grande quantité de ports, mais la plupart in-
commodes pt mal «nlivlonuiî. Ils manquent Ki'"^'">l<'nK'J)l de prorandeiir, et 1 navires (1*11(1 tonnage nn ]wu Tort sout souvent L-onlruii)t)> de mouiller h une grande dislanee de la terre. Il en est rependant quelques-uns où m^nie les navires eitrop<'«n»^ Irouveniienl nn tibii commode. Tel esl celui de Piogo, ville située ditiii* la baie et en face m*me d'Osakka. ('* port est Irès-vasle et ouvei't dn càté du midi. Celte oxjiosition lu rendiiit It-ës-dangereux , et l'un ne venait y mouiller qu'en Iretnblanl : ce fut ponr obvier à ce gmvu inconvénient que l'empereur Feki a fiiil cunslniirc nne digue qui rompt la violence des vagues. Celle digue n coâté des Konimes inealenlable-s et la vie à une foule d'onvrieni; rlle sVIrvc trt-s-peu au-dessus de la surface de la r ci on la pi-ciuliait viilontiers pour un banc do sable.
iâiii,©iiiia
nLT en i^tunt la plus ridio des satrapies qui roinpoNuiptit le grand cinpire des Persis, lu Bidtylonm élail en m^me lemps la moins éleuduc. On lui donnait aussi le nom de Chaldi^; qiiiiiquc ('ft iicini, à proprement parler, ne convienne qu'à U partie située lers le golfe P«rsiqne ; enfîn on appelait eiKore celte rontrée la Plaine de Sennaar; c'est ainsi (juVIlc est désignée dans rÊcrîlure, qui fait partir de ce lieu la dispersion du genre humain. Li Haltylouiiétait l>omr>e h l'est par la Sustane, au &uil, yiar le golfe Pei'sique: à l'ouest, par l'Aimliie dêaujourd'liui \e .VnriUxon . l'an-osail dans toute
no BABYLOME.
sa longueur, et les Babyloniens avaient creusé plusieurs canavix qui faisaient communiquer ce fleuve avec le Tigre, auquel du reste il se réunit plus bas près de Koma, pour ne plus faire qu'un seul et même fleuve, qui porte le nom de CAa(-e{-.4ra6.
Aujourd'hui la Babylonie a cessé d'appartenir à Fempire persan ; elle fait partie de la Turquie d'Asie et de la province appelée Irak-Araby ou pays dlrak ou d'Iran. Elle a pour limites le Kourdistan et l'Al-Djezireh au nord, la Perse à l'ouest « le golfe Persique au sud-êst , et le gi*and désert de TArabie au sud et à l'ouest. Sa longueur, du golfe Persique à la frontière kourde, est de soixante-huit myriamètres; sa plus grande largeur est de vingt myriamètres, et sa plus petite de six.
L'histoire de la Babylonie est celle du berceau du genre humain : à chaque page nous y retrouvons ces noms fameux qui nous ont frappés dès les premières lectures de notre enfance; aussi aucune histoire peut-être n'est-cUe plus propre à exciter notre intérêt, à réveiller nos souvenirs, à enflammer notre imagination.
Babylone fut la capitale de l'un des plus puissants et certainement du plus ancien des empires du monde.
Cent ans environ après le déluge, plus de deux mille ans avant Jésus-Christ, Nemrod, fils de Chus, pelit-fils de Cham et arrière-petit-fils de Noé, fonda avec Babylone le premier empire des Assyriens. Nemrod, dit l'Écriture, fut un violerU chasseur devant Dieu, En se livrant et en exerçant la jeunesse à la chasse, image de la guerre, il se préparait des armées fortes et aguerries, capables de seconder ses projets ambitieux; car Nemrod fut un grand conquérant, et selon toute apparence le premier et le plus ancien de tous ceux qui ont ambitionné ce nom.
Le règne de ses successeurs est couvert d'une obscurité impénétrable jusqu'à la réunion de Babylone et de Ninive. Assur, père des Assyriens, avait fondé cette dernière ville sur le Tigre, non loin du lieu où s'élève aujourd'hui Houssoul, dans l'Al-Djezireh ou Mésopotamie. Bélus, l'un de ses descendajits, conquit la Mésopotamie et la terre de Sennaar, et se rendit maitre de Babylone. Ce fut lui qui , après sa mort, fut divinisé et devint la principale divinité des Babyloniens. Ninus, fils de Bélus, conquit la Susiane, la Perse, la Médie, l'Hyrcanie et la Bactriane. Il était dans la destinée de ce grand prince de voir sa gloire éclipsée par une femme que, d'un rang obscur, il avait élevée jusqu'à lui , et qui paya ses bienfaits de la plus noire ingratitude. Sémiramis empoisonna, dit-on, son époux pour rester seule maîtresse du trône oii il l'avait fait monter. L'époque précise du règne de Sémiramis est encore incertaine, mais toutefois il parait hors de doute qu'on doit la placer plus de dix-neuf siècles ayant l'ère vulgaire. Ninus, assiégeant la ville de Bactres, aurait peut-être vu échouer tous ses eflbrts sans le secours et le génie de Sémii*amis, femme d'un de ses premiers ofliciers, née à Ascalon, en Syrie. Sémiramis fournit à Ninus le moyen d'attaquer et de prendre la citadelle, et par là de se rendre maitre de la ville , où il trouva des trésors immenses. Ninus conçut pour elle une violente passion; et son infortuné mari, efl^rayé par les terribles menaces du roi, s'étant donné la mort, Sémiramis devint reine de Babylone. Après la mort de Ninus, Sémiramis occupa le trône. De ce moment , elle ne songea plus qu'à immortaliser
son nom et à se montrer digne du haut rang où elle était parvenue, en couvrant la bassesse de sa naissance par la grandeur de ses entreprises. KUe embellit Babylone, agrandit Fempire par ses conquêtes, porta ses armes dans TÉgypte, PÉthiopie, la Libye et jusqu'au delà de ITndus; elle s'appliqua enfin surtout à protéger les arts et les sciences. C'est à son règne que remontent les principales découvertes astronomiques des Clialdéens. L'oracle de Jupiter-Ammon avait prédit à Sémiramis que sa vie finirait quand son fils Nynias lui dresserait des embûches, et qu'après sa mort une partie de l'Asie lui rendrait les honneurs divins. A son retour de sa malheureuse expédition des Indes, elle découvrit que son fils conspirait contre elle et qu'un de ses principaux officiers lui avait offert son concours. Elle se ressouvint alors de Toracle de Jupiter-Ammon, et avertie que la fin de sii carrière approchait, elle pardonna aux conspirateurs qui étaient tombés en son pouvoir, abdiqua volontairement l'empire entre les mains de son fils, et se déroba à la vue des hommes dans l'espérance de jouir plus tôt des lumneurs divins, comme l'oracle le lui avait promis. Elle mourut bientôt, à l'âge de soixante-deux ans, après en avoir régné quarante-deux.
Si Sémiramis avait montré sur le trône tout le génie, toute la force et le courage d*un homme, son fils Nynias, s(*mbla avoir changé de sexe avec sa mère. Efféminé, indolent, voluptueux, livré aux plus honteuses débauches, il se re|)osait du gouvernement sur des ministres qui abusaient de leur autorité. Ses successeurs pendant trente générations suivirent son exemple, et enchérirent encore sur s(»s vices, l^ur histoire est complètement inconnue et à peine en retrouve-t-on quelques traces dans les saintes Ecritui'cs ou dans les auteurs de ranti(|uité. Du temps d'Abraham, l'EcTiture parle d'Amraphel, roi de Sennaar qui suivit, avec deux autres princes, Chodorlahomor, roi des Élamites dont il était i>eul-étre tributaire, dans la guerre que ce dernier fit à cinq rois du pays de Chanaan. Vers Tan \W)\ avant Jésus-Christ, l'empire d'Assyrie fut mena(*é par les concpiètes de Sésostiis; mais comme ces conquêtes furent de peu de durée et ne furent pas continuées par les successeurs du roi égyptien, elles laissèrent l'c^npire d(\s Assyriens dans son premier état. L'Écrituii» nous apprend que Fan 11\ avant J«'\sus-Chiist, Phul, roi (h»s Assyriens étant venu dans la terre d'Israël, Manahem roi des dix tribus lui donna mille talents d'argent , afin qu'il le sivourut et qu'il alfermit son règne (Uois, I. Il, ch. XV, v. \\) et 20). On croit que ce Phul est le roi qui fit |M'»nitence avec tout son peuple à la prédication de Jonas. On pense aussi (ju'il fut le pèn» d<» Sardanapale, d(»rnier roi des Assyriens dont le véritable nom était Saidan-IMinl, Sardan, fils de Phul.
Sardanapa le surpassa tous ses pré<lécesseurs en Inxe, en mollesse, en lâcheté; il ne sortait point de son palais et pass:tit sa vie an milieu d'nn<» troupe de femmes, habillé et fardé comme elles, vi s'occnpant comme elles à filcM*. Arbace, gouverneur desMWes, Bélésis, gouverneur de Babylone, et plusieurs autres grands de l'empire, irritées de voir tant de gens de courage soumis à un prince plus mou et pins efféminé que les femm<»s mêmes, formèrent ccmtre Sardanapale une ccmspiration. Au premier bruit de cette révolte, le roi s<» cacha au fond de son palais. Obligé ensuite de se mettre
en campagne avec quelques troupes qu'il avait ramassées à la hâte, il fut vaincu et obligé de rentrer dans Ninive, où il s'enferma, espérant que les révoltés ne pourraient réduire une ville si bien fortifiée et munie de vivres pour un temps considérable.
En effet le siège traîna en longueur; mais un débordement du Tigre ayant renversé vingt stades de murailles, Sardanapale comprit qu'il était perdu; il réunit sur un bûcher ses femmes, ses eunuques et ses trésors, et s'y brûla avec eux. Ainsi finit, en l'an 747 avant Jésus-Christ, un des plus puissants empires du monde. De ses débris se formèrent trois royaumes, celui des Mèdes, qu'Arbace, le principal chef de la conjuration, rétablit dans leur indépendance, celui de Babylone qui fut donné à Bélésis, et celui de Ninive dont le premier roi se fit appeler Ninus le jeune.
Bélésis ou Nabouassar, que l'Ecriture appelle Baladan, après un règne de douze ans, eut pour successeur sur le trône de Babylone, son fils, Merodac-Baladan, celui qui, selon l'Écriture, envoya des ambassadeurs au roi Ëzéchias pour le féliciter sur sa convalescence ; il avait, comme nous venons de le dire, fondé le royaume de Babylone à la mort de Sardanapale. Cet empire devait être de peu de durée. Soixante ans plus tard, l'an 687 avant Jésus-Christ, Asarrhadon , roi de Ninive, réunit la monarchie de Babylone à celle de Ninive, recomposant ainsi en partie Tancien empire d'Assyrie. Saosduchin , Nubuchodonosor ou Nebuchadnesar P% fils et successeur d'Asarrhadon, maintint d'abord sa domination sur l'Asie par la victoire de Bagau; mais bientôt la mort d'Holopheme, son général, l'anéantissement de son aimée devant Béthulie, et enfin l'invasion des Scythes et la mort de Nabuchodonosor même, laissèrent le royaume sans défense. Nabopolassar, soutenu par les Mèdes, se révolta et partagea l'Assyrie avec ses alliée, après en avoir fait périr le roi , l'efféminé Sarac-Sardanapale appelé aussi Chynaladanus (626 avant Jésus-Christ). A partir de ce moment, Ninive perdit son importance, et Babylone devint seule capitale de Tempire. Nabuchodonosor II, fils de Nabopolassar, est un des princes les plus célèbres que mentionne l'Écriture; il repoussa Nechao, roi d'Egypte, réduisit la Syrie révoltée, conquit le royaume de Judas (558 avant Jésus-Christ), détruisit Jérusalem, ses palais et son temple, emmena son peuple captif à Babylone, prit Tyr, après un siège de onze ans, et ravagea l'Egypte sous Amasis et Apriès.
Arrivé au faite de la puissance, Nabuchodonosor, dit l'Écriture, fut changé en bété, c'est-à-dire qu'il fut atteint d'une folie furieuse, que l'on regarda comme une punition de son orgueil , et qui dura sept années , pendant lesquelles les rênes du gouvernement furent dans les mains de la reine Nitocris. Evilmerodach, son fils, puis Nériglissor et Laborosoarchod , qui lui succédèrent, ne purent arrêter la décadence de l'empire.
Au dernier de ces rois succéda Labnity ou Nabonit, que l'Écriture appelle Balthazar. On croit que ce prince était fils d'Evilmerodach , et par conséquent petit-fils de Nabuchodonosor. Ce fut sous son règne que Cyrus, roi des Perses, envahit la Babylonie. Ep vain Balthazar réunit ses efforts à ceux d'une puissante ligue formée de presque tous les rois d'Asie, le moment fatal annoncé par les prophètes était arrivé pour Babylone. On sait que pendant que les ennemis assiégeaient la ville, Balthazar
au milieu d*un grand festin, vit une main qui écrivait sur la muraille les trois mots terribles : Mane, Tecel, Phares ^ que Daniel expliqua. Ces mots étaient la sentence qui condamnait Baltbazar, et lui annonçait que son royaume lui était ôté et donné aux Hèdes et aux Perses. Cette nuit même, la ville fut prise, Baltbazar fut égorgé. Ainsi finit, en Tan 556 avant Jésus-Christ, Tempire Babylonien, après avoir duré deux cent dix ans depuis la destruction du grand empire des Assyriens. Cyrus détruisit en grande partie la malheureuse ville que Dieu avait condamnée.
Les rois de Perse, maîtres de Babylone, achevèrent de la ruiner en bâtissant Ctésipbon, qui lui enleva ce qui lui restait d'habitants. Alexandre avait bien eu la pensée de rétablircette ville et d'en faire la capitale de son empire ; mais la mort du conquérant empêcha l'exécution de ses projets, et anéantit avec eux le dernier esi>oirde Babylone. Elle fut si universellement, abandonnée qu'il ne reste plus que Feneeinte de ses murailles, et elle était réduite à cet état au temps même de Pausanias. Les rois de Perse, la voyant déserte, en firent un parc où ils enfermèrent des bétes sauvages pour la chasse. « Les bétes sauvages s'y retireront, ses maisons seront remplies de dragons, les autruches y viendront habiter, etc. (Isaie, ch. XIII, v. 21.) Mais c'était encore trop que les murs de Babylone subsistassent; ils tombèrent en plusieurs endroits et ne furent pas réparés; enfin Babylone, devenue entièrement déserte, n'a jamais été habitée depuis, et bientôt peut-être ses derniers vertiges auront disparu de la surface de la terre.
Quelques mots maintenant sur la religion des Babyloniens, c'est-à-dire des Chaldéens; elle mérite une attention toute particulière par le rôle important qu'elle joue dans les écrits de tous les anciens et en pailiculier dans l'Écriture sainte, et aussi par l'influence qu'elle exerça sur la religion des Grecs et des Romains. Les deux principales divinités babyloniennes, celles dont les images se multiplient le plus sur les monuments, sontBel et Mylitta. Si d'après les différents documentsqiie nous fournissent les écrivains de l'antiquité grecque et hébraïque, et d'après la comparaison des figures de Bel qui nous ont été conservées en assez grand nombre, et qui notamment sont gravées sur ces cylindres répandus maintenant dans toutes les collections de l'Europe^ on veut se faire une idée complète des images de ce dieu et des symboles qui Pentouraient, on devra le représenter debout, une jambe devant l'autre dans l'attitude de la marche , la tête, soit imberbe, soit barbue coiffée d'une tiare radiée, tenant d'une main une couronne et de l'autre un poignard, un sceptre ou une épée, tantôt les symboles du soleil et de la lune, signes nécessaires dans une religion qui n'était autre que le culte des astres.
La plus importante divinité des Chaldéens, après Bel, était Mylitta, cette déesse Nature, celte expression de l'humide princi|)e générateur de tous les êtres dont les Grecs ont des reproductions variées dans la Diane d'Éphèse, la Junon de Samos. Son simulacre était assis sur un siège radié, vêtu d'habits splendides, avec les fruits du pavot et de la grenade, emblèmes de sa fécondité; la figure était vue de face, position qui indique le disque de la lune, et le corps s'appuyait sur un lion. Devant lui deux chiens s'élançaient en se croisant; à ses pieds était un autel sur lequel étaient
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placées des têtes de béliers, signe de l*équino\e; à côté de lui une étoile et un croissant, signes du soleil et de la lune.
A ces deux grandes divinités babyloniennes, il faut enjoindre une troisième, c'est Nebo ou Nabo, dieu médiateur entre le principe du bien et celui du mal, comme le Camillus des Étrusques, comme THermès des Grecs, comme le Mercure des Latins. Quelque effacé que soit ce symbole après avoir passé par tant de mythologies, on le retrouve également dans le culte de Mithra, et ses représentations se voient sur plusieurs monuments assyriens. Berose nous fait encore connaître une autre divinité babylonienne , THercule Sandès , que Ton voit sur les curieuses médailles de Tarse. Il y est représenté debout sur une base carrée, vêtu d'une peau de lion avec un carquois attaché sur ses épaules, et un vase ou une couronne à la main.
Telles sont les principales divinités qui étaient adorées , dans la Babylonie.
Quant aux temples qui leur étaient consacrés, et aux autres édifices élevés par les peuples qui habitent cette contrée, ils méritent un examen tout spécial par leur style, leurs caractères particuliers, et par leur antiquité, qui date pour quelques-uns presque du déluge de Noé.
Le caractère dominant de Tarchiiecture babylonienne, caractère qui se retrouve également dans la sculpture, c'est sa proportion colossale : tel est le fait qui résulte des récits anciens comme des ruines qui subsistent encore; telle est l'impression que Babylone a laissée, dans le temps de sa splendeur, à des hommes en garde contre tout sentiment d'admiration, comme étaient les prophètes hébreux, ou à des hommes étrangers de races, de mœurs, et préoccupés par conséquent d'idées différentes, comme Hérodote et les compagnons d'Alexandre.
Peut-être les Grecs ont-ils exagéré un peu les dimensions des principaux édifices; peut-être ont-ils cru trop facilement aux témoignages intéressés des prêtres qui voulaient rehausser l'éclat de leurs dieux en agrandissant les monuments élevés eu leur honneur; mais un fait évident, palpable pour ainsi dire, que l'admiration ne saurait défigurer, c'est l'élévation des maisons particulières. Hérodote, qui avait parcouru l'Egypte où les demeures n'avaient qu'un étage, et qui était né en Grèce où les habitations étaient également peu élevées, vit avec étonnement dans cette ville immense plusieurs étages les uns au-dessus des autres, et des maisons pour ainsi dire amoncelées. Jérémie exprime la même idée lorsqu'il désigne Babylone sous le nom de montagne, et les ruines de cette ville par celui de montagne de combustion, expressions qui se retrouvent dans le texte grec de Bérose, tel qu'Eusèbe nous l'a conservé.
Les matériaux qui servaient à construire de si grands édifices contrastent singulièrement avec eux. Des briques tantôt séchées au soleil, tantôt cuites au four, liées ensemble par de l'asphalte et séparées par des couches de roseaux, suffisaient pour élever ces bâtiments gigantesques et ces masses solides qui semblaient destinées non à la vie d'un peuple ou d'une société, mais à l'éternité tout entière. On conçoit que de semblables matériaux étaient peu favorables à la beauté de l'architecture, à Télégance et à l'harmonie des formes; et en effet voyons-nous ces constructions exé-
INTRODUCTION. i8«
Gâtées dans un style barbare qui sacrifiait lu perfection des détails à l'imposante grandeur de Fensenible. Un autre trait général de rarchitecture babylonienne, c'est le revêtement des murs extérieurs, et ici c'est moins un ornement arbitraire qu'une nécessité imposée par le mode de construction et par la nature des matériaux employés. En effet, si toutes les briques de l'antique Babylone qui sont parvenues jusqu'à nous sont couvertes de cette écriture, de ces caractères cunéiformes qui sont encore pour nous une énigme indéchiffrable (voy. la lettre) , ce serait une erreur de jXînser que ces briques présentaient leurs faces couvertes d'inscriptions, de manière a ce que les murs des monuments devinssent un vaste livre où chacun pût lire les annales de Teropire, les dogmes de la religion ou les préceptes de sa morale. Il n'en était pas ainsi, et c'est un fait que tous les voyageurs ont observé; on posait les briques sur leur côté plat, où l'inscription était gravc^, de sorte que les caractères étaient cachés par le ciment et perdus dans le mur. Il semble que ce singulier peuple écrivait pour n'être pas lu , et faisait tout pour cacher à la postérité ce qu'on aurait cru que ces innombrables inscriptions devaient lui révéler. On trouve bien quelquefois des briques qui portent leurs inscriptions sur la tranche, et il en existe plusieurs au musée Britannique; mais il est probable que cette tranche n'était pas celle qui formait le côté extérieur du mur. Ainsi, ce n'était que par la ruine complète d'un édifice babylonien que les documents dont ses matériaux étaient couveils pouvaient se produire au jour. Cette remarque nous explique comment les inscriptions n'excluaient pas la coutume dé peindre h^s murs des monuments de Babylone. Ce revêtement se faisait en général au moyen de l'émail; mais il était employé de deux manières différentes : tantôt il était posé à plat sur le mur, de manière à faire corps avec lui et à confondre toutes les briques dans une teinte uniforme; tantôt il était appliqué en saillie de manière à présenter des bas-reliefs. Nous avons des exemples de l'un et l'autre de ces deux modes. On a transporté en Euro[)e, et notamment dans le cabinet de Paris, des morceaux de briques vernies, soit à une seule couleur, soit à couleurs variées. Souvent même, par ce procéd<î on traçait sur des pierres des dessins' de fleurs ou d'ornements, et M. Mignan a reproduit dans son voyage une rosace peinte en émail sur une brique, rosace qui présente la plus grande analogie avec celles que l'on retrouve sur ('ertains vases italo-grecs. M. de Beauchamp rapporte que l'on découvrit à Babylone, dans l'une de ses ruines, une chambi*e sur laquelle était représentée une vache en tuiles vernies, avec les symboles du soleil et de la lune.
Quant a la peinture proprement dite, il ne nous en reste aucun échantillon; tous les produits de cet art ont péri en traversant les siècles, ou sont enfouis sous des monceaux de ruines.
La sculpture babylonienne nous a laissé beaucoup de cachets ou d'amulettes, beaucoup de ces fameux cylindres gravés dont je parlerai en traitant de la Perse. Elle s'exerçait aussi sur une bien plus grande échelle; et pour elle aussi, comme pour l'architecture, la majesté, la beauté étaient la gi*andeur colossiile, les proportions gigantesques.
Ia* prophète Daniel nous a transmis la mesure du colosse, haut de cinquante
coudées, que Nabuchodonosor II avait élevé dans la plaine de Babylone. Enfin chaque jour amène la découverte de bas-reliefs de proportion colossale taillés dans le flanc des rochers ou sur les parois des monuments.
La plaine qu'occupent les ruines de Babylone (voy. le frontispice), resserrée de plus en plus par le désert, est couverte, dans une étendue de plus de sept uiyriamètres, de débris amoncelés, de collines char)<écs de ruines, de canaux à demi comblés. Les ruines commencent à un lieu nommé Escanderia, mot dans lequel on retrouve le nom d'Alexandre, qui, comme Nemrod et Sémiramis, représente un âge de Tart babylonien. On rencontre des monceaux de briques qui, à mesure que Ton avance, deviennent plus fréquents et plus élevés, et enfin Ton voit de toutes parts et à perte de vue des chaînes de petites collines surmontées de briques qui, seules peuvent indiquer les détours et les embranchements des rues anciennes. Loi*squ'on s'avance dans la ville en suivant le coni*s de l'Euphrate, on voit s'élever sur les deux côtés de colossales ruines; elles sont plus nombreuses sur la rive gauche ou orientale, mais la plus grande, le Birs-Nemrod, dont je parlerai bientôt, est sur la rive droite ou occidentale.
Le monument le plus considérable de la rive gauche est une tour de forme carrée bâtie de briques cuites au four et couvertes d'inscriptions cunéiformes, et surmontée encore de restes de constructions; elle présente une circonférence de deux cents mè* très. Le temps n a pas été la seule cause de la ruine de cet édifice. Depuis la des* truction de Babylone par Cyrus, il a été une carrière inépuisable pour tous les peuples qui se sont succédé. Des fouilles y ont été opérées dans tous les sens, sans plan, sans souci de l'ensemble , suivant la nécessité du moment ou la commodité des lieux; en sorte que , sous cet assemblage confus de briques jetées çà et là, il est impossible de retrouver le plan primitif de l'édifice, et l'on ne saurait s'engager sans danger dans ces vastes souterrains sans issue et sans air qu'y a creusés la main des hommes. Néanmoins la position des ruines, leur aspect général , la richesse des débris qu'on y trouve, tout fait penser que c'est là la tour carrée sur laquelle était bâti le grand temple de Bélus. Une circonstance particulière vient donner un grand poids à cette conjecture. D'après une tradition locale, on avait enterré une ancienne idole babylonienne dans le sable près de ces ruines. M. Rich fit faire un fouille, et au bout de plusieurs jours de travail , il trouva un lion grossièrement sculpté en granit gris. Il crut que c'était à cette image que s'appliquait la tradition, et ne poussa pas plus loin ses pénibles recherches. M. Ker-Porter vit le lion découvert par M. Rich , mais déjà mutilé et privé de la tête ; il se livi*a à de nouvelles fouilles et , plus heureux que son devancier, il aperçut une statue d'homme de granit gris renversée, haute de neuf pieds et large de trois, et qui par son style barbare semblait remonter à unehauteanti-
quité. Elle est encore maintenant à demi enfouie dans le sable et exposée aux mutilations qui ont déjà frappé le lion. L'origine de la tour et du temple de Bélus se confond dans les traditions bibliques avec celle de la tour de Babel. Quelques voyageurs modernes ont cru retrouver à la fois les deux monuments dans une seule ruine, le Birs- Nerorod, sur la rivedroite de FEuphrate : c'est une erreur évidente, les deux monuments étaient distincts et les traces du feu du ciel que porte le Birs-Nemrod ne permettent pas d^y méconnaître un moment le monument du fol orgueil des enfants de Noé.
La tour de Bélus , sur le côté oriental de FEuphrate, fut commencée à une époque très-reculée; mais sa construction ne fut pas terminée, ou du moins avait déjà souffert des atteintes du temps lorsque, dans un temps postérieur, sous Nebucbadnezar, le Nabuchodonosor de FËcriture (605-562 avant Jésus-Christ), elle prit sa forme définitive. Ce prince élevait à la fois sur la rive droite un édifice semblable, sinon par les dimensions, au moins par le plan général. Le temple de Bélus était une pyramide carrée par sa base et qui, suivant Hérodote, présentait un stade de largeur sur chacune de ses faces, et un stade de hauteur. Malheureusement, il est difficile de décjder de quelle sorte de stade veut parler Hérodote. S'il entend le petit stade, chacune des dimensions de Fédifice sei*ait de cent mètres; mais si au contraire Fhistorien veut indiquer le stade persique dont il se sert souvent pour les mesures itinéraires de des contrées, la tour de Bélus avait cent soixante mètres de largeur et de hauteur, huit mètres de moins que la grande pyramide de Memphis. Le temple de Bélus était isolé au milieu d'une enceinte carrée comme lui , et qui présentait deux stades sur toutes ses faces. Cet espace dont l'usage, sous le nom de péribole^ est passé de l'Orient dans la Grèce et à Rome , servait à l'habitation des prêtres. La tour de Bélus était composée de huit étages en retrait, genre de construction très-usité dans l'Orient, et que nous avons retrouvé dans les édifices bien plus modernes de l'Inde. On montait d'un étage à l'autre par des escaliers extérieurs. Au centre de l'édifice était une grande salle ornée de sièges somptueux et destinée à servir de lieu de repos. Au faite s'élevait le temple de Bélus dans lequel il y avait une table d'or et un lit de même métal, mais sans aucim simulacre. La statue du dieu, cachée dans une chapelle intérieure, était d'or, ainsi que les meubles et les deux autels. De ces autels, le plus petit servait aux sacrifices des animaux à la mamelle et le plus grand à celui des animaux adultes. Outre la première statue qui était assise, il y en avait une autre debout, un pied devant l'autre et dans la position d'un homme qui marche; elle était en or, travaillée au repoussé, et présentait une hauteur de douze coudées. Telles sont les richesses que contenait le temple de Bélus , richesses qui, suivant les calculs d'Hérodote, ne s'élevaient pas à moins de cinquantequatre millions de francs, et dont les rois Modes successeurs de Cyrus s'emparèrent successivement. Ainsi fut accomplie la prophétie d'Isaïe : « Bel a été rompu, Nabo a été brisé ; les idoles des Babyloniens ont été mises sur des bétes et sur des chevaux; ces dieux que vous portiez dans vos solennités lassent par leur poids les bétes qui les emportent. Ils ont été rompus et mis en pièces; ils n'ont pu sauver ceux qui les portaient, et ils ont été eux-mêmes enlevés captifs. »
La lettre de Jérémie qui suit la prophétie de Baruch nous donne sur ces simulacres les plus précieux détails, et nous apprend que le roi allait les adorer tous les jours. U est évident qu'il faut entendre par là non pas les rois mèdes, qui professaient une autre religion et qui ne résidaient pas à Babylone, mais les anciens rois chaldéens. Outre ces statues d'or, le temple de Bélus contenait des images de toute forme et de tout métal , et possédait les riches offrandes dont Tavaient décoré la piété des fidèles. Diodore prétend qu'il y avait une statue en or, haute de soixante pieds et du poids de quarante talents; mais il semble qu'il est ici l'écho d'une de ces exagérations nationales dont aucun peuple n'est exempt. Sur le faite de l'édifice étaient placées trois statues d'or battu, de grandes dimensions, qui représentaient les divinités désignées par les Grecs sous les noms de Zeus, Rhea et Hera. La première, celle de Bel, qui est souvent le symbole du soleil, était debout un pied devant l'autre, dans la position de marcher. Cette attitude se retrouve dans une foule d'images des dieux égyptiens et est reproduite également dans les monuments du premier âge de la Grèce. La seconde figure, celle de Rhea, c'est-à-dire de MylUta, était cette déesse Nature, qui, transportée dans la mythologie hellénique, avait sous différents noms des temples à Éphèse, à Paphos, à Perga.
Sur la plate-forme qui dominait tout le monument était un observatoire où les prêtres se livraient, suivant les dogmes de leur religion, à l'étude assidue des révolutions célestes. Le résultat de leurs observations, inscrit sur des briques cuites au four, qui, lors de la conquête des Grecs, remontaient , dit-on , à dix-neuf siècles, fut adressé par Alexandre à Aristote. Les murs des étages inférieurs étaient Clément couverts d'inscriptions cunéiformes. Outre ces inscriptions, les murs du temple présentaient des images d'animaux monstrueux, dont Bérose nous a laissé la description. « Il fut un temps, dit-il, où tout était ténèbres et humidité, au sein desquelles se produisirent des êtres monstrueux sous des formes singulières. C'étaient tantôt des hommes à deux ailes, ou à quatre ailes, et à double visage, ou des hommes qui réunissaient les deux sexes, hommes et femmes à la fois; tantôt d'autres hommes qui avaient des cuisses et des cornes de boucs, ou des pieds de cheval, ou la partie supérieure du corps d'un homme et la partie inférieure du corps d'un cheval, comme les hippocentaures. Il se forma aussi des taureaux portant des têtes humaines, des chiens à quatre corps qui se terminaient en poissons, des chevaux à tête de chien, des hommes avec des têtes et des corps de chevaux ou des queues de poissons, d'autres animaux avec les foiiiies de monstres de toutes espèces. En outre des poissons, des reptiles, des serpents et d'autres bêtes étranges qui ont changé entre elles de figure. » Telles étaient les images consacrées dans le temple de Bélus. Alexandre, lorsqu'il conçut le projet de prendre cette ville pour capitale de son empire, voulait rendre à ce temple son antique splendeur. Strabon qui nous donne ces détails, assure qu'il aurait fallu dix mille hommes pendant plus de deux mois pour déblayer seulement le temple des ruines qui l'entouraient et qui avaient fait partie des habitations sace4*dotales. Quittons un moment les ruines de cette ville infortunée pour aller visiter les curieux vestiges
CONSTIUICTIONS CIVILES. 485
d'un temple situé non loin de Bagdad, dans un lieu appelé Akar-Couf. Sur un monticule artificiel , semblable à ceux sur lesquels sont bâtis tous les monuments attribués à Sémiramis, s'élève un amas informe de briques cuites au soleil, haut de quarante mètres environ, et qui, selon toute apparence, fut la base d'un temple et d'un observatoire, édifices inséparables chez les peuples qui professaient le sabéisme. L'aspect gigantesque de ces débris, leur apparence de vétusté ont fait penser à quelques voyageurs que ce temple avait été fondé par Nemrod, petit-fils de Cham, et arrière-petit-fils de Noé (2230 ans environ avant Jésus-Christ) , et cette conjecture se trouve justifiée par la ressemblance des noms. Dans la Genèse (ch. X, v. 10) nous lisons : « La ville capitale du royaume de Nemrod fut Babylone, outre celles d'Arach, d'Achad et de Chalauné, dans la terre de Sennaar. » On ne peut manquer d'être frappé de l'analogie du nom de la ville d'Achad avec celui de la localité actuelle Akar-Couf. Il est aussi à remarquer que le père de Nemrod se nommait Kousch. A quelque distance de là, on voit près de l'Euphrate, dans un lieu appelé Baursa-Gisara , jadis Borsa ou Borsippa, un monceau de ruines qui sans doute ont appartenu au temple fameux du soleil et de la lune qui , selon Strabon , existait à Borsa, ville autrefois le siège d'un collège célèbre de prêtres chaldéens.
MONUMENTS FUNÉRAIRES
Nous ne trouvons pas sur le sol même de la Babylouie de monuments funéraires remontant à des époques recul('»es. Nous rencontrerons en Perse des tombeaux d'origine et d'art babyloniens; mais nous n'avons à signaler ici qu'un seul mausolée digne d'attirer notre attention, c'est celui de Zobéide, la femme célèbre du calife Haroun-al-Raschid. Cet élégant monument (planche 35) s'élève aux environs de Bagdad, au milieu d'un vaste cimetière. C'est un édifice octogone, à deux étages, surmonté d'un cône, revêtu d'espèces d'écaillés. Ce monument date des premières années du neuvième siècle.
« La terre n'avait qu'une seule langue et qu'une manière de parler; et comme ces peuples étaient partis du côté de l'orient , ayant trouvé la campagne de Sennaar, ils y habitèrent, et ils se dirent l'un à l'antre : Allons, faisons des briques, cuisonsles au feu. Ils se servirent donc de briques comme de pierres, et de bitume comme de ciment. »
» Ils s'entredirent encore : Venez, faisons-nous une ville et une tour qui soit
\m BABYLOME.
élevc'e jusqu'au oiei , cijt l'cndons notre nom célc*bre avant que nous ne nous dispersions en toute la terre. » (Genèse, eh. XI , v. 1 , 2, 5 et 4)
Ainsi parlaient les iiommes, petits-fils de Noé, Tan du monde 4757 (2247 ans avant Jésus-Clirist). Otte ville, c'était Babylone ; cette tour, c'était la tour de Babel , le Birs-Nemrod, dont les ruines gigantesques frappent encore nos regards étonnés. Ce monument, le plus antique sans doute qui soit parvenu jusqu'à nous, s'élève sur la rive droite ou occidentale de TEuplirate. Ije nom de Birs-Nemrod, qu'il porte aujourd'hui, est dérivé du phénicien Birlha, palais, et signifie donc palais de Nemrod; et en effet, ce fut le violent chasseur devant le Seigneur, ce fut Nemrod qui fonda Babylone et présida à la folle entreprise de la tour de Babel, cette entreprise que nous payons bien cher chaque jour en étudiant ces langues innombrables que Dieu introduisit aloi*s parmi les hommes pour les forcer de laisser inaccompli leur projet téméraire. Ce vaste édifice (planche 54), situé à près de deux kilomètres du fleuve, et cependant compris encore dans l'enceinte de l'ancienne ville, est de forme oblongue, irrégulière; il a six cent quatre-vingt-quatorze mètres de circonférence, et sa hauteur inégale varie de seize à vingt mètres à l'occident, jusqu'à près de soixante et dix mètres à l'orient. Cette immense terrasse est surmontée d'un reste de murailles de briques cuites, et non simplement séchées au soleil, haut de douze mètres et divisé en trois étages; par sa construction et ses matériaux il. parait avoir fait partie d'appartements intérieurs. Des monceaux de briques, des pans de murailles entiei*s se sont détachés et jonchent le terrain. Tous les voyageurs ont remarqué avec un vif étonnement et une profonde émotion d'immenses masses de briques vitrifiées comme par l'action d'un feu violent, symptômes éclatants de quelque grand désastre, signes évident de la foudre qui a renversé ce monument de l'orgueil de nos pères. Le voyageur anglais Mignan a dessiné et fait graver pour son ouvrage une de ces masses vitrifiées, haute de quatre à cinq mètres. De l'examen de cette ruine il résulte que ce monument était construit en pyramide, et s'élevait à une trèsgrande hauteur.
Les ruines de Babylone nous offrent les restes d'autres monuments, qui, pour remonter à une époque un peu moins reculée, appartiennent cependant à une haute antiquité, et n'en sont pas moins dignes de tout notre i*espect par le grand nom historique qui s'y rattache. On a déjà compris que ce nom est celui de Sémiramis, la plus illustre parmi toutes les femmes qui portèrent le sceptre et la couronne.
Sur la rive droite de FEuphrate, non loin de la tour de Babel, s'élevait le vieux palais des rois de Babylone ; il n'avait pas moins de six kilomètres de circuit. En face, de l'autre côté du fleuve, fut construit un nouveau palais de douze kilomètres de circonférence ; il était environné d'une triple enceinte de murailles, séparées l'une de l'autre par un espace assez considérable. Les murailles, aussi bien que celles de l'autre palais, étaient embellies d'une infinité de sculptures qui représentaient au naturel toutes sortes d'animaux. On y remarquait surtout une chasse où Sémiramis à cheval lançait un javelot contre un léopard, et où Niuus, son mari, perçait un lion.
CONSTKLCnOiNS CIVILES. 187
C'est dans ce dernier palais qu'étaient ces fameux jardins suspendus (|ue les Grecs avaient mis au nombre des merveilles du monde. Les historiens ne sont point d'accord sur l'origine de cette prodigieuse construction. Selon les uns, elle serait l'ouvrage de Sémiramis; selon le texte de Bérose, qui nous a été conservé par Diodore de Sicile, les jardins auraient été bâtis par Nabncbodonosor pour reproduire aux yeux de sa femme Amestris, princesse mède, les forêts de son pays qu'elle regrettait; enfin, on les attribue aussi avec quel(|ue vraisemblance ù Mitokris, mère de Labonit on Baltbazar, dernier roi de Babylone, le même qui fut détrôné et tué par Cyrus, l'an 558 avant notre ère. Quoi qu'il en soit, ils étaient composés de plusieurs terrasses superposâmes, dont la plus élevée égalait en hauteur les murailles de Babylone; ces terrasses étaient soutenues par des galeries avec des plafonds plats et non voûtés que Diodore ap|>elle <ri^iyycf , et tout l'édifice était fortifié d'une muraille de sept mètres trente centimètres d'épaisseur qui Tentourait de toutes parts. Sur le sommet de ces plafonds on avait placé de grandes pierres plates de plus de cinq mètres de longueur sur un mètre trente centimètres de largeur. Dessus, était une couche de roseaux enduits d'une grande quantité de bitume, sur la laquelle il y avait deux rangs de briques liées fortement ensemble avec du mortier. Le tout était recouvert de plaques de plomb, et sur cette dernière couche était posée la terre du jardin. Ces plates-formes avaient été ainsi construites, afin que l'humidité de la terre ne pénétrât point les plafonds et ne les détériorât pas. La terre qu'on y avait transportée était assez profonde pour laisser tout développement aux racines des plus grands arbres. On montait d'un étage à l'antre par de vastes escaliers qui portaient aussi des |K)m|H>s pour faiie montei* l'eau de rKn|)hrate jusqu'à la plate-forme la plus élevée. Dans les différentes étages, on avait ménagé de grandes et magnifiques salles bien éclairées et avant une vue admirable.
Les ruines qui subsistent encore (voy. la viyneUe, p. iOO), olfrent ù |KMne quelques traces de ces gigantesques travaux; cependant les habitants les appellent encore Alcasr, le palais, et il ne faut pas oublier que c'est dans ce palais qu'Alexandi-e rendit le dernier soupir. Il est encore un autre ti'moin que l'on prétend avoir tra- \ersé les siècles pour dire lui aussi à la postérité : Ici furent les jardins de Babylone. Au milieu de celle terre désolée et stérile, s'élève seul, sur la place des jardins sus|MM)dus, un arbre portant tous les caractères de la plus haute vétusté, à demi dcH^hiré par le temps, et ne montrant plus qu'au bout des branches une apparence de végétation. Cet arbre, suivant la tradition mahométane, fut préservé par Dieu dans la destruction générale , afin (|u'Ali pût y attacher son cheval. Du reste, tes naturalistes l'ont reconnu pour appartenir à une espèce qui ne se retrouve que. dans l'Inde, et (pii par consé(iuent est étrangère au pays. Voilà ce qui reste de ces jardins célèbres dont nous |>ossédons une esix'ce d'imitation en mîniatui'e dans les dix teirasses chargées d'arbies de l'Ile Borroméis dans le lac Majeur en I^mbardie. Sf'miramis avait fait réunir les deux rives de l'Euphiiite par un pont qui avait deux cent huit mètres de long sur dix de large. Les arches étaient bâties de grosses pierres qu'on avait Vm^s ens<'mble a\ec des chaînes de fer et de plomb fondu. Bauwolf, qui
voyageait en 1S74, ayant visité les ruines de Babylone dans une saison où les eaux
étaient basses, en vit des i*estes assez considérables, et Hignan a découvert dans le sable des crampons de fer qui entraient vraisemblablement dans sa construction. Si Ton pouvait faire des fouilles sur les bords de TËuphrate et les débarrasser des sables qui les encombrent, on découvrirait sans doute quelqu'une des portes des vingt-cinq passages souterrains qui communiquaient du palais au fleuve; et si les recherches étaient heureuses, peut-être rencontrerait-on quelques traces de ce fameux tunnel, bâti par Sémiramis, suivant Diodore, et par Mitokris, suivant Hérodote, qui allait d'un palais à Tautrc en passant sous le lit du fleuve, ouvrage regardé longtemps comme fabuleux et que les travaux exécutés de nos joui*s en Angleterre ne permettent plus de regarder comme impossible.
lie long de la rive orientale de TEuphrate, un long monticule de briques s'étend du nord au sud; sa hauteur est d'environ quarante pieds; sa largeur varie suivant les accidents du fleuve. C'est le quai construit par Sémiramis qui mit ainsi une digue infranchissable au débordement des eaux.
Je ne parlerai pas de l'innombrable quantité de ruines de maisons et d'autres édifices qui couvrent encore l'emplacement de Babylone. Ces constructions, n'ayant plus ni formes ni nom , ne se recommandent que par le souvenir de la ville fameuse dont elles firent partie. Nous franchissons bien des siècles avant de retrouver sur le sol de la Babylonie un édifice digne d'attirer notre attention. Ce n'est qu'au troisième siècle de notre ère qu'on peut faire remonter les ruines qui s'élèvent non loin du Tigre, à douze kilomètres de Bagdad, et dans l'enceinte de l'ancienne Ctésiphon. L'emplacement qu'occupent ces ruines est d'accord avec la tradition locale pour y faire reconnaître le palais des Sassanides, de cette dynastie qui monta, l'an 226 après Jésus-Christ, sur le trône de Perse qu'elle occupa pendant plus de quatre cents ans. Le nom même de ces restes, Takht-Kesra, c'est-à-dire voûte ou palais de Cosroès, est une nouvelle preuve de leur origine; car on sait que le nom de Cosroès fut très-commun dans la dynastie des Sassanides. Les ruines Consistent en une vaste façade, bâtie en briques cuites au four; au milieu est une grande arcade, et des deux côtés, quatre rangs de petites arcades feintes, ou niches, entremêlées de grandes colonnes sans base, sans chapiteau, qui dans leurs dispensions et leur espacement entre elles n'ont aucune concordance. L'arcade du milieu a près de trente-trois mètres de hauteur, sur vingt-cinq mètres de largeur et cinquante de profondeur. L'édifice entier a quatre-vingt-cinq mètres de longueur. Tout dans ce monument indique un art peu avancé; on n'y remarque nulle proportion, nulle harmonie dans • la distribution des parties, nulle intelligence du but et des lois de l'architecture. La colonne, dépouillée de tout ce qui caractérise Tordra, ne supporte rien, et perd avec son utilité presque tout son mérite, les arcades feintes, entassées sans meSare, sans ordre, ne sont plus qu'un vain placage. En eflet, ce qui constitue la principale beauté des œuvres d'architecture, c'est l'appropriation de chaque partie, de chaque ornement même, au monument tout entier, c'est le rapport parfait entre sa forme et son usage, entre ses proportions et les lois générales de la pes;mteur. ^
CONSTRUCnONS MlLFl AIRES- 189
Il est curieux de remarquer l'analogie frappante que présente dans sa marche la décadence des ai*ts chez les peuples les plus éloignés les uns des autres, et par la distance des lieux, et par la longueur des siècles. Les preuves que nous avons signalées ici de Tétat de barbarie où étaient tombés les arts dans la Babylonie sous la dynastie des Sassanides, nous les retrouverons toutes dans les monuments élevés en Italie ou en France sous les princes du bas-empire ou sous les rois des deux premières races. Ces rapprochements singuliers pourraient se faire entre presque tous les pays qui, après une civilisation brillante se sont trouvés par Teffet des révolutions politiques, et plus encore peut-être, par une sorte d'influence fatale de la destinée, descendus tout à coup du haut degré de splendeur où ils s'étaient élevés. Nous aurons encore plus d'une fois l'occasion de signaler ces rapports, qui cessent d'étonner quand on pense que la nature humaine est partout la même, et que, sur elle, les mêmes causes doivent nécessairement produire partout les mêmes effets.
L'architectui*e militaire des Babyloniens, de même que leur architecture religieuse ou civile, avait pour but la grandeur matérielle plutôt que l'élégance des formes ou la savante combinaison des lignes. Mais là, au moins, cet usage, dont une idée singulière et fausse de la beauté était l'origine, avait un avantage réel, puisque cette grandeur matérielle ne pouvait manquer d'ajouter beaucoup à la force' de ces ouvrages destinés à la défense. Les murailles de Babylone, élevées par Sémiramis, étaient célèbres dans toute l'antiquité par leur proportion colossale. Elles étaient épaisses de vingt-cinq mètres, et leur hauteur n'était pas moindre de cent dix-sept mètres, selon Ctésias; Darius les réduisit à vingt-cinq, en punition d'une révolte. Leur circuit était de trois cent soixante-cinq stades, en mémoire du nombre des jours de l'année solaire. Ces murailles étaient entourées d'un vaste fossé, rempli d'eau et revêtu de briques des deux côtés. La terre qu'on eu avait tirée en le creusant avait été employée à faire les briques dont la muraille était construite. Le plan de l'enceinte était rectangulaire, et chaque côté de ce grand carré avait vingt-cinq portes d'airain ; aussi voyons-nous, dans l'Écriture, Dieu promettant à Cyrus la conquête de Babylone, lui dire : « Je marcherai devant vous, je romprai les portes d'airain. » (Isaïe, chr. XLV, V. 2.) Entre ces portes, et aux angles, étaient plusieurs tours élevées de trois mètres trente centimètres au-dessus du niveau de la muraille. Des vingt-cinq portes de chaque côté du carré partaient autant de rues qui aboutissaient aux |>ortes du côté opposé, de sorte qu'il y avait en tout cinquante rues qui se coupaient à angle droit. De ce rempart gigantesque à peine reste-t-il aujourd'hui quelques traces, et dans leur chute ses débris sont venus combler de nouveau le fossé d'où ils étaient sortis. C'est
BABYLONIK.
uinsi que :i'est accomplie lu terrible pi^diclioii d'Isa'ie. ■ Celle grande Bubyluiie, i-pttc reine entre les royuunies du monde, qui avait portt^ dans un si gmnd éclat l'oi^ueil des Cbaidéens, sera détniite comme le Seigneur renversa Sodome H Gomori'be.
n Elle ne sera plus jamais liabit^'e, el elle ne se rebiltîi-a point dans la suite de tous les siècles; les Arabes n'y dresseront pas mt^me leui-s ttmles, et les pasienrs n'y viendront ]>oinl pour se i-epos(>r.
» L'Iioninie y sera phis rare que l'or, il seni plus pn't.'ieux que l'ur le plus pur. •> (Isaie. cil. Xlll, v. l». ■âOel 2t.)
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iK!« loiigifmps rcmpîrc de Perse a figiin- nu lireniier niiig iiarnii tes empSivs de l'Asie, bien loiigtenipR il a ueeii[3é les eeitl boiielies (le lit renommif du hniît de sa piiis&im'e et de ses e(iti([iii>tes, nu an moins de ses ex|M*dilioiïs militaires. An seul nom de lu Pei-$e, qui ne se i'ap[)elte lu cii-livntnee des IsfaélileK eaptifs à B:ibylonr, W bnlailles de Hartitlioii el (le Salamiiie. Im virloircs d*AleKandre, la dtTuitede Crassus, le triomphe de Sapor sur Valc^rien, les conquêtes de Thiimas-koulïkhiin. et les derniers revers des armws periM noire esimt un rftle plus pacifique, mnim