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brillant sans doute, mais également digne de notre intérêt; depuis le commencement du dix-neuvième siècle, elle attire Fattention des savants et des hommes dJÉtat de TEorope par ses antiquités, Timportance de sa position, et par les grandes réformes politiques et administratives qu'elle a subies.
Le plus ancien nom de cette contrée est Elam ou Elymais, qui vient d'Ëlam , fils de Sem. Daniel, et Esdras rappellent Paras. Elle est encore nommée Achamenia, des Achéménides , ses anciens rois. Suivant Hérodote, ses habitants étaient désignés, à uneépoque très-reculée, sous les noms de Céphènes et à'Artœi. Quant au nom de Perse, sous lequel ce pays est connu des Européens, les érudits sont loin d'être d'accord sur son étymologie : les uns, se fondant sur la fable, le font venir de Persée, fils de Jupiter et de Danaë; d'autres de Fars, ou Farsistan^ Tune de ses provinces, ou du mot arabe Fers, cheval. « Les Arabes, en effet, dit Langlés, ont ainsi nommé cette province à cause de ses haras, du talent de ses habitants pour l'équitation, et de leur goût pour les chevaux; goût si fortement prononcé paimi eux, que plusieurs de leurs anciens noms appellatifs se terminaient en Asp^ monosyllabe persan qui signifie cheval. I^s écrivains musulmans emploient les dénominations de Fars, Adjem et Iran. Le nom d'Iran que porte aujourd'hui l'empire du Schah désignait , sous les Darius et les Sapor, toutes les contrées situées entre la Mésopotamie et l'Inde, par opposition au mot Touran^ par lequel on indiquait le pays des Scythes et les contrées situées au nord de l'Oxus, avec lesquelles ces rois étaient souvent en guerre. Ce n'est que par un sentiment d'orgueil assez ridicule que les faibles monarques de la Perso actuelle ont remis en usage un nom aussi imposant. »
I^s bornes de l'ancien empire perse étaient, i\ l'est, le fleuve Indus; au nord, riaxarte, la mer Caspienne, la chaîne du Caucase et le Pont-Euxin; au sud, la mer des Indes, le golfe Persique et l'Arabie. A l'ouest, les limites n'étaient guère fixes; les guerres continuelles avec les Perses et les Grecs les faisaient changer fréquemment; on peut cependant indiquer la mer Egée comme servant de bornes à l'empire de ce côté.
L'Euphrate partageait l'empiœ en deux parties inégales; le pays qui se trouvait h l'ouest du fleuve comprenait la presqu'île de l'Asie Mineure, la Syrie et la Phénicie; la seconde partie renfermait les contrées situées entre l'Euphrate et l'Indus. Ces ditférentes provinces formaient vingt-trois satrapies. Douze provinces ap|)artenaient h l'Asie Mineure: la Lydie, l'Ionie, la Carie, la Mysie, la Phrygie, la Cappadoce, la Paphlagonie, la Bythinie, la Lycie, la Cilicie, la Pamphylie et la Pisidie. Deux se trouvaient sur la rive orientale de la Méditerranée : la Phénicie et la Syrie.
Les provinces entre l'Euphrate et le Tigre étaient au nombre de trois; c'étaient la Mésofpotamie, la Babylonie, l'Arménie. Entre le Tigre et l'indus étaient l'Assyrie, la Perse proprement dite ou Perside, la Susiane, la Médie, l'Aria, l'Hyrcanie, la Parthie, la Bactriane, la Sogdiane, la Carmanieet la Gédrosie.
Six grands fleuves arrosaient l'empire perse: l'Euphrate, le Tigre, l'Araxe, l'Oxus, le Phase et l'Indus.
L'empire perse est bien loin aujourd'hui de cette immense étendue ; déjà bien des
fois réduit par les envahissements, il était revenu sous Thamas-Kouli-Khan à une assez grande puissance; mais à la mort de ce conquérant, en 1747, il fut de nouveau partagé et forma quatre États indépendauts : le royaume d7ran ou Perse proprement dite, le royaume de Kaboul ou des Afghans, le royaume de Kandabar, et la eanfidération des Béloulchis. Le royaume d*Iran, dont seul nous avons à nous occuper ici, est borné au nord par TArménie et le Schirvan, la mer Caspienne et le Turquestan; à Test par le gouvernement de Hérat , le Caboul et le Beloucbistan ; au sud par le golfe d'Oman et le golfe Persique; à Touest, par la Turquie asiatique. Il est divisé en onze provinces qui sont : 1" Vlrak-adjerni, grande Médie et Parthie; ^ le Tabaristan; 5* la Mazenderan (ces deux provinces composées du pays des Tapyres et de THyrcanie) ; A^ le Guilan (pays des Gelae ou Cadusiens) ; VAderbidjan (Médie Atropatène) ; 6^ le Kurdistan persan (Elymaïs ou pays d'Elam) ; 7^ le Khouzistan (Susiane); 8* le Fars ou Farsistan (Perside) ; 9" le Kouhistan (Carmanie et Persîde); \Qr le/Ctr- VMn (Carmania) ; \ V enGn le Khorasan occidental (Parthyene et Aria).
A ces provinces, il faut ajouter le royaume de Hérat, démembrement de la monarchie de Kaboul, qui avait conservé son indépendance, mais qui, depuis 18i3, est devenu non-seulement vassal, mais même tributaire du roi de Perse.
La Perse actuelle forme un plateau très-élevé qui se joint à celui de TAsie Mineure et de TArménie à Fouest, et qui conGne à Test avec le plateau de l'Afghanistan et du Beloutchistan.
Les principales rivières sont le Kerkhah, ou Kérah, qui porte aussi le nom turc de Karasùu (le Gyndes des anciens), le Caroun^ le Sitareguian, ou Sitaroguian, le Dtvraud, le Séfidroud ou Kizilouzen, le Tedjen on Tedzen, le Bendemir, le Zendehroud, le Schourehroud et le Monrgab (l'ancien Margus).
Il est peu d'États qui aient subi autapt de révolutions que la Perse, surtout dans les temps modernes.
La fondation du royaume de Perse remonte au delà de tous les temps historiques de l'Asie, conséquemment au delà de tous ceux du monde entier. Quoique nous ne puissions pas même fixer d une manière satisfaisante l'époque où s'établit la première des quatre dynasties ignicoles, les Peychdadyens , les Kayanyens, les Achéaniens ou Arsacides et les Saçanides, antérieures à l'invasion des musulmans, il pai*ait maintenant hors de doute, d'après les documents nouvellement découverts dans différents écrivains persans qui nous étaient inconnus, que ces quatre dynasties furent précédées de plusieurs autres, telles que celles des Abadyens, ou Mahabadyens, des Chayens, et des Yecanittns dont l'existence est attestée par Mohamed-Mohsyn-Fany. Malgré l'obscurité profonde qui enveloppe ces mystères historiques, on a tout lieu de conjecturer que sous ces dynasties antérieures, les Persans entretenaient des relations intimes avec les habitants du haut Indostan et envoyèrent dans cette contrée une colonie ; car il parait qu'alors les Persans et les Indous avaient le même système politique, professaient la même religion et parlaient la même langue; de là les nombreuses conformités qu'on remarque entre la langue zend, l'ancien persan, et le samskrit, la langue sacrée des brahmanes. Nous ignorons aussi à quelle époque ces
rommunications auront été rompues , par Teffet sans doute de quelque révolution. Grâce au voile épais qui enveloppe ces temps reculés, Thistoire de la Perse ne commence guère pour nous qu'au règne de Cyrus. Nous savons seulement que Chodoriahomor, roi desElamites ou Perses, avait eu sous son obéissance pendant douze ans les rois de la Pentapole. La treizième année , ces rois se retirèrent de sa domination et la quatorzième Chodorlahomor, marcha contre eux et les vainquit. Il reprit ensuite la route d'Elam , emmenant Lotb , neveu d'Abraham. Ce patriarche ayant appris le malheur de Loth, poursuivit Chodorlahomor avec trois cent dix-huit hommes choisis, Tatteigiiit à Dan, le défit et délivra Loth. Quelle distance de ce prince défait par trois cent dix-huit hommes, aux grands rois ses successeurs marchant à la conquête de la Grèce à la tète de ces armées innombrables dont les pas faisaient trembler la terre! Nous ignorons ce que devinrent les Elamites jusqu'au règne de Nabuchodonosor, qui les subjugua de nouveau, secondé par Cyaxare, roi de Médie, son allié; mais quoique tributaires de l'étranger, les Elamites eurent toujours sur le trône des princes de leur propre nation. La seule famille royale dont on trouve la mention est celle d'Achaemenès ou des Achœmenides, dont Hérodote nous a transmis la généalogie : Achaemenès, Cambyse, Cyrus, Teïspès, Ariaramnès, Arsanaès, Hystape, Darius et Xercès. Cyrus naquit, 599 ans avant Jésus-Christ, de Cambyse, Perse de naissance, et de Mandane, fille d'Astyage, roi des Mèdes; celui-ci, épouvanté d'un songe où il crut voir que son petit-fils le détrônerait, le fit exposer dans un bois; mais le jeune prince fut conservé par Harpage, à qui Astyage avait ordonné de le faire mourir. Il fut élevé avec des bergers, puis s'étant mis à la tète de quelques troupes révoltées, il força Astyage de l'associer à la souveraineté et fonda Tempire des Perses sur la, ruine de celui des Mèdes, l'an 559 avant Jésus-Christ. Il vainquit Crésus, roi de Lydie, prit Babylone, délivra les Juifs de la captivité où ils languissaient depuis soixante et dix ans, et leur permit de retourner à Jérusalem et de rebâtir le temple; il mit fin au royaume d'Assyrie et de Babylone et conquit toute l'Asie. Suivant Xénophon, son historien, il mourut dans la Perse, de sa mort naturelle; mais Hérodote et Justin rapportent que, vaincu, il fut fait prisonnier par Tomyris, reine des Messagètes, et eut la tète tranchée par ordre de cette princesse Cyrus mourut l'an 529 avant Jésus-Christ. Cambyse, son fils, lui succéda.
Dès que ce prince fut monté sur le trône, il songea à porter la guerre en Egypte pour une injure particulière qu'il prétendait , suivant Hérodpte, avoir reçu d'Aroasis; cette entreprise fut couronnée par la conquête de l'Egypte; mais il ternit l'éclat de ses victoires par ses cruautés. Il avait fait mourir Smerdis, son frère, sur des craintes qu'un songe lui avait inspirées. I^es actes de fureur auxquels il se livrait rayant rendu odieux à toute la Perse, un mage, qui avait quelque ressemblance avec son frère, usurpa le trône en se faisant passer pour ce prince. Cambyse se disposait à marcher contre lui, lorsqu'il mourut des suites d'une blessure que lui fit sa propre épée en sortant du fourreau au moment où il montait à cheval. Smerdis se trouva donc, l'an 522 avant Jésus-Christ, paisible possesseur dû trône.
L'Écriture donne à ce prince le nom d*Artaxerce. Un des premiers actes de sa puissance fut la défense qu'il fit aux Juifs de pousser plus loin la construction de leur ville et de leur temple. L'ouvrage demeura ainsi suspendu jusqu'à la deuxième année du règne de Darius. Smerdis chercha par sa bonne administration à se concilier l'affection des Perses; mais il ne put empêcher sept seigneurs, qui avaient découvert sa véritable origine, de former contre lui une conspiration qui lui ravit le trône et la vie après un règne, de quelques mois. Parmi les sept conjurés était Darius, illustre seigneur persan, dont le père, Hystaspe, était gouverneur de la Perse. Ce fut lui que ses complices choisirent pour succéder à Smerdis, et Darius justifia leur choix par son courage, par la sagesse de son gouvernement. Darius monta sur le trône l'an 5ââ avant Jésus-Christ. Il permit aux Juifs de reprendre les travaux de la ville et du temple, interrompus par ordre de Smerdis. Au commencement de la cinquième année de son règne, les Babyloniens s'étant révoltés, il s'empara de leur ville après un siège de dix-neuf mois. Il porta ensuite la guerre chez les Scythes, mais cette expédition ne fut pas heureuse. Il réussit mieux dans l'Inde, où il poussa fort avant ses conquêtes. Megabise, son général, soumit la Thrace; quelques temps après ses généraux se rendirent maîtres de toute l'Ionie. La guerre ayant éclaté entre les Grecs et les Perses , Darius envoya contre les Grecs une armée innombrable qui fut défaite à la fumeuse bataille de Marathon, l'an 490 avant Jésus-Christ. Darius faisait de nouveaux préparatifs contre les Grecs et contre les Égyptiens, qui venaient de se révolter, quand il mourut, 485 avant Jésus-Christ, après un règne glorieux de trente-six ans. Il laissa le trône à Xercès P% Tainé de ses fils, qu'il avait eu d'Atosse, fille de Cyrus. Ce prince, après avoir fait rentrer l'Egypte dans le devoir, marcha contre la Grèce, à la tète d'une armée de 800,000 hommes et d'une flotte de mille voiles. Il jeta un pont sur l'Hellespont et fit couper l'isthme du mont Atbos; lorsqu'il fut arrivé sur le sol de la Grèce, le courage héroïque de Léonidas et des trois cents Spartiates au passage des Thermopyles lui fit connaître à quels ennemis il avait affaire; et bientôt les Athéniens, gagnant sur lui la fameuse bataille de Salamine, le contraignirent de se retirer dans ses États, laissant en Grèce son général Mardonius avec le reste de son armée, qui fut presque entièrement détruite le 2â septembre 479 avant Jésus-Christ , à la célèbre bataille de Platée et à celle de Mycale, qui fut livrée le même jour. Les Perses furent aussi chassés successivement de Byzance et de File de Chypre. Tant de revers abattirent entièrement le courage de Xercès. Ce prince, renonçant à toute idée de conquêtes, ne pensa plus qu'à ses plaisirs. Une pareille conduite lui ayant attiré la haine et le mépris de ses sujetSf Artaban, capitaine des gardes, l'assassina, et plaça sur le trône Artaxercès, troisième fils de Xercès, Tan 473 avant Jésus-Christ. Ce prince fut surnommé Langue Main, suivant Plutarque, parcequ'il avait la main droite plus longue que la gauche. Il fut célèbre par la bonté et la générosité dont il ne cessa de donner des marques pendant tout son règne; il parait être celui que l'Écriture désigne sous le nom d'Assuérus et qui éfiousa Eslher. Artaxercès vainquit les Bactriens, mais devint plus illustre peut-être par l'asile qu'il offrit à Thémistocle, fuyant l'ingratitude des
Grecs. Dans la guerre qu*il soutint contre la Grèce» il essuya une sanglante défaite dans le combat naval que lui livra Cimon , Tan 424 avant Jësus-Christ. Artaxercès en mourant, après un règne de quarante ans, laissa le trône à Xercès II, le seul fils qu'il eût eu de la reine Damaspe, sa femme. Il avait eu dix-sept enfants de ses concubines, entre autres Sogdien , que Ctésias appelle Secydien et Secyndien. Celuici, de concert avec Pbamacyas, Tun des eunuques de Xercès II, s'introduisit un jour chez ce prince, qui, après s'être enivré dans une fête, s'était retiré dans son appartement pour dormir. Sogdien le surprit et le tua pendant son sommeil, quarante-cinq jours seulement après la mort d'Artaxerccs ; Sogdien monta sur le trône aussitôt après avoir commis ce meurtre (424 avant Jésus-Christ). Il ne jouit pas longtemps du fruit de son crime : après un règne de six mois et demi, il fut détrôné et mis à mort par Ochus, l'un de ses frères, qui, devenu roi l'an 423 avant Jésus-Christ, prit le nom de Darius, auquel les historiens ont ajouté le surnom de Nothus, (bâtard), parce qu'il était fils d'une concubine. Son règne, qui dura dix-neuf ans, fut occupé en grande partie à réprimer les révoltes de ses proches et des gouverneurs de ses provinces. Il mourut l'an 404, laissant le trône à son fils Arsace, cpii prit le nom d'Artaxercès. Les historiens grecs lui ont donné le surnom de Mnénon, à cause de sa prodigieuse mémoire.
Artaxercès Mnénon eut à lutter contre son frère Cyrus le jeune, aidé d'environ douze mille Grecs auxiliaires.
Cyrus fut vaincu à la bataille de Cunaxa, l'an 401 avant Jésus-Christ. Il y périt, selon quelques historiens, de la main même du roi, selon d'autres de celle d'un soldat carien ou d'un Perse, nommé Mithridate. Ce fut alors que les Grecs, qui avaient suivi ses fortunes, effectuèrent cette fameuse retraite des dix mille dont Xénopbon nous a transmis le récit. Artaxercès soutint encore plusieurs luttes contre la Grèce, contre Exagoras, roi de Chypre, contre l'Egypte et contre plusieurs provinces révoltées. Arrivé à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, il mourut, après un règne de quarante-trois ans, l'an 36i avant Jésus-Christ. 11 laissa la réputation d'un prince doux et ami du peuple ; mais rien ne contribua tant à le faire regretter que la comparaison qu'on fit de lui avec son fils Ochus, qui, par sa cmauté et son naturel sanguinaire , surpassa les hommes les plus féroces. Parvenu au trône par la mort de ses frères, Ochus prit le nom d'Artaxercès ill; il reconquit l'Egypte, désola Sidon, la Syrie et la Palestine. Enfin ses crimes reçurent leur juste châtiment: il fut empoisonné, l'an 338 avant Jésus-Christ, par l'eunuque Bagoas, dans lequel il avait mis toute sa confiance.
Après la mort d'Ochus, Bagoas mit sur le trône Arsès, le plus jeune des fils de ce roi et fit mourir tous les autres. Mais Arsès ayant laissé entrevoir qu'il connaissait la scélératesse de Bagoas et voulait la punir, celui-ci le prévint en le faisant assassiner. Arsès avait régné environ deux ans. Bagoas n'osant pas s^emparer pour lui-même de la couronne de Perse, la plaça sur la tête d'un de ses favoris, appelé Codoman (l'an 336 avant Jésus-Christ), lequel prit alors le nom de Darius. Ce prince ne jouissait du pouvoir souverain que depuis peu de temps, lorsque Bagoas, qui
avait espéré gouverner tout Tempire sous son nom , reconnut qu'il s'était trompé dans son attente. Dès lors il prit la résolution de se défaire de Darius et prépara du poison pour exécuter son dessein; mais la trame ayant été reconnue, Darius força Bagoas à boire la coupe empoisonnée et se délivra ainsi de ce scélérat.
La seconde année du règne de Darius, Tan du monde 5670, 334 ans avant Jésus- Christ, Alexandre entreprit la conquête de TAsie. Darius, vaincu au passage du Granique, à la bataille d'Issus, et enfin à celle d'Arbelles, s'enfuit dans la Médie, où il fut assassiné par Bessus, gouverneur de la Bactriane, la sixième année de son règne; avec lui finit la monarchie des Perses, deux cent trente ans après qu'elle eut été fondée par Cyrus.
Telle est Fhistoire de cet empire d'après les historiens grecs; elle a au moins le mérite de la vraisemblance, sinon celui de l'exacte vérité. Je ne puis cependant m'empécber de dire quelques mots de celle qui nous est racontée par les écrivains orientaux.
Dans l'origine des siècles, la Perse était peuplée de plusieurs tribus adonnées à la vie pastorale et qui reconnaissaient l'autorité d'un chef amovible. Cet état patriarcal ne put durer, le lien qui unissait les familles se relâcha, les crimes se multiplièrent, et on sentit la nécessité d'élire un chef dépositaire de l'autorité publique et chargé de faire respecter les lois de la nation. Le choix se fixa sur Kaioumarats, être chéri du ciel en qui la vertu se trouvait unie aux plus rares talents. On lui attribue l'extension des limites de l'empire, l'établissement des premières lois civiles, morales et religieuses, la fon:'ation de plusieurs villes, l'invention de la flèche et du javelot, l'extinction des querelles et des animosités particulières, le rétablissement de la paix et de l'union dans les familles. Son règne; suivant la tradition, fut de deux cent quatre-vingt-dix-neuf ans, et sa vie de cinq cents. Houchenk, son petit-fils, lui succéda, car la mort avait moissonné son fils Siamich; son équité lui mérita le titre de Pichdad ou de juste. C'est de ce surnom que les princes de sa famille ont pris la dénomination de Pichdadiens. Cette dynastie, la première, selon les auteurs orientaux, qui ait gouverné la Perse, présente une suite de dix princes dans un espace de 1,259 ans. Plusieui*s d'entre eux se sont distingués par leurs exploits militaires, et l'admiration a consacré leurs noms; d'autres se sont fait remarquer par leur douceur, la justice de leur administration, et la reconnaissance des peuples leur a élevé des autels. Le plus célèbre de ces princes fut Djemchid, que ses succès et sa puissance enivrèrent au point de se croire dieu, mais qui expia son orgueil par la mort la plus affreuse. Ce fut sous le règne de Tun des derniers de ces princes, Manoutchéher, que naquit Roustam, l'Hercule des Pei*sans. L'histoire de ce héros est un tissu de prodiges, ou plutôt c'est l'histoire de tous ceux qui ont porté le même nom. On doit la regarder comme l'œuvre de la poésie et de l'imagination qui se sont plu à attribuer les entreprises dont on ignorait les auteurs à un même personnage, pour le rendre plus digne de leurs tableaux.
Les derniers princes ne furent pas dignes de leurs prédécesseurs^ et avec Kurchasp finit la dynastie des Pichdadiens.
A celle-ci succéda celle des Kaianiens, qui prit son noiA de Tépithète kai, grand, que les princes de cette dynastie placèrent devant leur nom.
Kai-Gobad, premier prince kaianien, le Déiokès des Grecs, selon Volney, était neveu de Kurchasp, et, comme lui, devait la couronne à Zal et à Roustam. Autant le rëgae de Kai-Cobad fut stérile en événements, autant celui de Kai-Kavous, son fils et son successeur, fut célèbre surtout par les exploits, de Roustam. Arrivé k une extrême vieillesse, abandonné de Roustam, que des calomnies avaient détaché de lui, accablé sous les coups de ses ennemis, Kai-Kavous abdiqua en faveur de Kosrou, son petit-fils, qui fui le plus grand prince de la dynastie des Kaïaniens. Son règne fut fécond en exploits auxquels prirent encore part Zal et Roustam. Kosrou ne se rendit pas moins célèbre par ses vertus civiles que par son courage militaire. Dans sa vieillesse, sentant approcher le terme de sa carrière, il voulut se livrer tout entier à la pratique de ses devoirs religieux. Il assembla donc tous les grands du royaume, parmi lesquels Zal et Roustam figuraient au pi'emier rang, et là, en leur présence, il remit les insignes du pouvoir aux mains de Lohrasp, arrière-petit-fils de Kai-Cobad. Peu de jours après, Lohrasp prit possession du trône, et Kai-Kosrou, se dirigea vers la solitude où il désirait finir ses jours dans de pieux exercices.
Le nouveau monarque et les grands voulurent raccompagner. Arrivé au pied d^une haute montagne, Kai-Kosrou s'arrête, prédit un ouragan affreux, de sinistres événements, et ordonne à ce brillant cortège de s'éloigner de lui. Personne ne consent a lui obéir. Vers le. milieu de la nuit, Kai-Kosrou disparaît de sa tente, et dès Taurore, éclate une tempête horrible, suivie d'une neige si abondante que les plaines en furent couvertes à la hauteur de dix pieds. Plusieurs héros qui avaient été à son service périrent sous cette neige. Les âmes pieuses de l'Iran considérèrent la disparition de Kaï-Kosrou comme une heureuse assomption. Cette opinion, reçue parmi le peuple, adoucit l'amertume de ses regrets sur la perte d'illustres guerriers qu'il regardait comme destinés à partager la félicité éternelle dont jouissait le vieux monarque. Trois grands événements signalent le règne de Lohrasp, prince vertueux mais faible: le siège de la monarchie persane transféré de Persépolis à Balk ; les conquêtes de Boudham, prince d'Ispahan, que l'on croit être le Nabuchodonosor de l'Écriture, et la révolte de Kuchtasp, fils de Lohrasp. Kuchtasp, ayant voulu contraindre son père à lui céder une partie de son royaume, échoua dans son entreprise et fut obligé de s'enfuir à Sardes en Lydie, où, sous le nom supposé de Ferouk-Sad, il se rendit célèbre par son courage et son adresse dans les tournois. Plus tard, Lohrasp, instruit des exploits de Ferouk-Sad, et ayant découvert que ce héros n'était autre que son fils, lui pardonna, le rappela près de lui, et bientôt abdiqua en sa faveur.
Le règne de Kuchtasp s'annonçait sous d'heureux auspices; l'Iran commençait à se relever de ses pertes sous son gouvernement ferme et actif; les frontières de l'empire étaient à l'abri de toute invasion. L'apparition subite de Zoroastre vint troubler cette paix et exciter des guerres plus cruelles que toutes celles qui avaient précédé, parce que le fanatisme religieux les suscitait. Kuchtasp, après avoir lutté contre la religion nouvelle , après avoir persécuté et combattu ses partisans; après
avoir tenu Zoroastre lui-même en prison pendant sept années, converti , tout coup è par un prétendu miracle, devint le plus fervent de ses adeptes, et ce fut les armes à la main qu'il l'imposa à ses sujets et qu'il s'efforça de la faire adopter par ses voisins. La mort d'Isfandiar, fils atné du roi , tué en combat singulier par Roustam, et celle de Roustam lui-même, assassiné par son frère Chagad, sont les seuls faits remarquables des dernières années du règne de Kuchtasp.
Ce prince abdiqua en faveur de Behmen, petit-fils d'Isfendiar, et mourut peu de mois après. I^e nouveau roi, Behmen-Ardeschir est, dit-on, l'Artaxercès Longue Main des Grecs. Il épousa sa propre fille nommée Homai, et, de cette union incestueuse , naquit Darab.
A la mort de Behmen-Ardesrhir, Homai prit les rênes de l'État, qu'elle tint d'une main faible et sans énergie jusqu'au jour où elle les remit aux mains de Darab, et alla finir ses jours dans la retraite. C'est à cette reine que quelques historiens orientaux attribuent la construction du palais de Persépolis. A ce Darab succéda Darab, son fils, le Darius-Codoman des Grecs, en qui finit l'empire des Perses.
On sera sans doute étonné, dans une histoire de Perse, quelque abrégée qu'elle soit, de ne voir pas figurer une seule fois les noms de Cyrus, de Darius, dont l'armée fut défaite à Marathon, de Xercès, qui fondit sur la Grèce à la télé d'armées innombrables, et de tant d'autres princes non moins célèbres; mais il existe une telle contradiction entre les écrivains grecs et orientaux , qu'il est absolument impossible de les concilier; et cependant comment admettre que les Grecs aient raconté la vie et les exploits d'un si grand nombre de princes, qui n'auraient jamais existé? Du reste, il est évident que la vérité doit être du côté de èes derniers. La durée fabuleuse de plusieurs siècles, assignée par les écrivains orientaux à plusieurs règnes, entre autres à celui de Djem-Chid, qui aurait occupé le trône sept cents ans, nous donne la mesure de la foi que nous devons ajouter à leurs récits. Revenons donc aux historiens grecs, et reprenons notre histoire à l'époque où nous l'avons laissée. A la mort d'Alexandre, la Perse échut en partage à Seleucus Nicator, l'un de ses généraux qui devint le chef de lu dynastie des Séleucides, qui ne devait être que de peu de durée. Seleucus monta sur le trône l'an 512 avant Jésus-Christ. La Perse lui resta soumise ainsi qu'à Antiochus Soter, son fils; mais l'an 256 avant Jésus-Christ, Arsacc, seigneur parthe ou bactrien, se révolta contre Agatoclès, lieutenant d' Antiochus Théos, successeur d'Antiochus Soter, et fonda l'empire si connu des Parthes ou des Arsacides.
Les auteurs grecs et latins qui ont écrit l'histoire de l'empire des Parthes, se contentant de faire connaître les événements auxquels les Romains se trouvent méhni, n'apprennent que peu de détails sur tous les autres, et les chroniqueurs persans, loin de remplir cette lacune, ne donnent pas même exactement les noms des successeurs d'Arsace. Je me bornerai donc à indiquer ici la liste chronologique des Arsacides, telle qu'elle m'est fournie par l'excellent ouvrage de M. Dubeux. L'an 256 avant Jésus- Christ, Arsace se révolte contre Antiochus Théos, et fonde un empire dans la province de Parthie. Après de grands succès, il est tué dans une guerre
contre Ariararthe, roi de Cappadoce» et laisse la couronne à son frère Tiridate.
En montant sur le trône (an. 255 avant Jésus-Christ) , Tiridate quitta son nom pour prendre celui d*Arsace II. Il fut d'abord battu par les troupes de Séleucus Callinicus, fils et successeur d'Antiochus Théos, et obligé de quitter la Parthie; mais il y rentra ensuite et s'empara même de THyrcanie. II mourut en 217 avant Jésus- Christ.
Artaban I^% son fils» lui succéda. Ce prince gouverna ses États avec gloire, fit une invasion en Médie, et força Antiochus le Grand à reconnaître sa souveraineté, et mourut la vingtième année de son règne. U eut pour successeur son fils Pbriapatius , qui régna quinze ans.
Phraate, fils de Phriapatius, succéda à son père (an 181 avant Jésus-Christ). Il soumit les Mardes et mourut bientôt après cette glorieuse expédition. Préférant la prospérité de FÉtat aux intérêts de ses enfants, il légua la couronne à Mithridate, son frère, qui s'était précédemment distingué par sa sagesse, son courage et sa droitui*e. Mitbridate V' (175 ans avant Jésus-Christ) se montra digne de ce choix; il soumit la Bactriane,la Perse, la Médie, TElymaïde, ainsi que plusieurs autres provinces, et fit même une expédition dans les Indes, où il pénétra plus loin qu'Alexandre le Conquérant. Terrible à ses ennemis, ce législateur, chéri de ses sujets, mourut api'ès avoir régné environ trente-sept ans.
Phraate U, fils de Mitbridate, hérita de son trône, de ses qualités, mais non point de son bonheur (156 ans avant Jésus-Christ). Après quelques expéditions brillantes en Syrie, qu'avaient précédées des défaites sanglantes, il fut tué dans une expédition contre les Scythes en l'année 128 avant Jésus-Christ.
Artaban II, son oncle et son successeur, eut le même sort.
Mitbridate II, fils d' Artaban II, prit alors la couronne (an 124 avant Jésus-Christ). Ce prince mérita le surnom de grand par sa sagesse autant que par ses victoires.
Mnaskirès, fils de Phraate P% succéda à son oncle Mitbridate II (87 ans avant Jésus-Christ). Il soumit Sinatrockès, fils de Mitbridate P% qui voulait lui ravir la couronne. Les guerres civiles qui désolèrent alors l'empire des Arsacides réduisirent le pays à un tel état de faiblesse, que les Arméniens faisaient impunément des incursions dans les provinces parthes, voisines de leurs frontières. Mnaskirès mourut dans un âge fort avancé. Tan 77 avant Jésus-Christ.
Sinatrockès, fils de Mitbridate I^, fut son successeur. Celui-ci, qui était extrêmement âgé, associa à Tempire son fils Phraate III. Après la mort de Sinatrockès, Phraate III, régna seul (an 69 avant Jésus-Christ). Ce prince contracta une alliance 9vec les Romains. Il mourut, l'an 61 avant Jésus-Christ, empoisonné par ses fils. Mitbridale III, fils de Phraate III (an 60 avant Jésus-Christ), avait contribué à bi mort de son père.. A peine sur le trône, il exila son frère Orode, qui conspirait contre lui. Son caractère cruel le rendit bientôt odieux à ses sujets, qui le chassèrent et rappelèrent Orode. Celui-ci, devenu maître de la personne de Mitbridate, le fit mettre à mort Tan 54 avant Jésus-Christ.
Orode signala son avènement par la défaite si fameuse de Crassus, et la destruc-
tion des légions romaines sous les ordres de ce général, en juin 53 avant Jésus- Christ. Les détails de cette expédition célèbre, où Crassus mourut en Romain , après s'être conduit en insensé, sont trop connus pour les retracer ici. Bientôt après, il fit une. irruption dans la Syrie, d'où il fut chassé par Cassius. L'année suivante (50 avant Jésus-Christ), il envoya dans ce pays son fils Pacore, qui n'y obtint pas de grands succès. Plusieurs années après cette expédition, Pacore fut défait et tué par Ventidius ; Orode mourut étranglé par son fils Phrahate, l'an 57 avant Jésus-Christ.
Phrahate IV, profitant de la lutte d'Antoine et d'Auguste, envahit la Médie et l'Arménie. Devenu odieux à ses sujets, il fut chassé; mais il recouvra la couronne par le secours des Scythes. Il fut étouffé, l'an À de Jésus-Christ, par son fils Phrahatacès, qui tomba bientôt lui-même sous les coups d'Orode IL Celui-ci ne jouit que bien peu de temps du fruit de son crime, et au bout de quelques mois il fut assassiné.
Yononès, fils de Phrahate IV, qui était en otage à Rome, fut demandé par les Parthes pour occuper le trône de son père (an 6 de Jésus-Christ). Ayant conservé les mœurs romaines, il ne put se concilier l'affection de ses sujets, qui offrirent la couronne à Artaban , roi des Scythes et du sang des Arsacides du côté de sa mère. Après une guerre qui dura environ deux ans, Vononès fut obligé de se retirer, laissaut la couronne à Artaban.
Artaban III (an 15), tranquille possesseur de l'empire des Parthes, mit son fils Orode sur le trône d'Arménie. Tibère, redoutant les envahissements des Parthes, envoya Germanicus contre Orode. Le général romain chassa celui-ci, et mit nu autre prfnce sur le trône d'Arménie. Artaban III mourut l'an 45 de Jésus-Christ, après avoir désigné Bardanès, son second fils, pour lui succéder.
Bardanès fut bientôt détrôné par Gotarzès, son frère aîné; mais celui-ci, s'étant rendu odieux à ses sujets par sa cruauté, fut obligé de céder de nouveau la couronne à Bardanès. Ce dernier, étant mort (an 47), eut pour successeur Gotarzès, qui laissa lui-même la couronne à Vononès II, prince de la famille royale (an 51). L'année suivante, Vologèse 1'% fils de Vononès , monta sur le trône après le règne très-court de son père. Il envahit ensuite l'Arménie et renouvela les anciens traités avec le sénat de Rome. A sa mort, Pacore, son fils aine, lui succéda. Il régna dix-sept ans, et laissa la couronne à son frère Chosroës, qui attira sur le royaume des Parthes les armes de Trajan, en enlevant l'Arménie à Exedarès que l'empereur y avait établi, et en mettant à sa place Parthamasiris, frère de ce même Exedarès. Vologèse II, fils de Chosroës, monta sur le trône l'an 154 de Jésus-Christ, et mourut en 188. Ce prince fit la guerre aux Romains qui battirent plusieurs fois ses troupes, et aux Scythes qui envahirent la Médie, et dont il ne parvint à se débarrasser qu'en leur donnant des sommes considérables. Monnesès, déclaré roi par les Parthes, régna à la place de Vologèse qui recouvra plus tard la couronne. Vologèse II eut pour successeur son fils Vologèse III , qui entreprit d'arracher l'Arménie aux Romains. De grands succès marquèrent les commencements de son entreprise, mais une longue suite de désastres suivirent ces premières victoires.
Artaban IV (214) fit la gueri*e aux Romains et les obligea à conclure avec lui une paix honorable; mais il perdit dans cette lutte ses meilleures troupes. Un Perse; d'une naissance peu illustre et appelé Ardeschir, Artaxercès ou Artaxarès crut que le moment était venu de reprendre. sur les Parthes la suprématie dont lest. Perses avaient été dépouillés; Artaban, instruit de cette révolte, marcha avec toutes ses forces contre Artaxercès, qui avait une armc^e à peu près égale en nombre à celle de son rival. Après un combat acharné, la victoire se déclara pour les Perses. Artaban fut fait prisonnier et mis à mort par les ordres d'Artaxercès. Ainsi finit l'empire des Parthes api'ès avoir duré près de cinq siècles. Toutefois la race des Arsacides ne fut pas éteinte dans la pei*sonnc d' Artaban. Une branche de cette famille continua à régner sur l'Arménie jusque vers le milieu du sixième siècle de notre ère.
Artaxercès était fils de la femme d'un cordonnier nommé Pabec, et d'un officier appelé Sassan. Après sa victoire sur Artaban, il monta sur le trône l'an 226 de Jésus- Christ, et devint ainsi le fondateur de la dynastie des Sassanides. Artaxercès voulut reprendre aux Romains tous les pays qu'ils possédaient dans l'Asie Mineure, et qui avaient toujours été gouvernés par des satrapes perses depuis Cyrus jusqu'à Darius; Alexandre Sévère vint en Asie, et recouvra, presque sans coup férir, ces provinces dont Artaxercès s'était déjà emparé; mais loi'sque l'empereur fut de retour à Rome, Artaxercès, profitant de son absence, reprit toutes les provinces que les Romains lui avaient enlevées. Ce prince mourut après avoir régné près de quinze ans.
Les Orientaux placent ce monarque au nombre des plus grands princes qui aient paru sur le globe. Ils rappellent de lui un grand nombre de belles paroles, dignes d'un sage et d'un philosophe. On lui attribue deux ouvrages, le Kar-nameh, ou mémoires sur sa vie , et la Manière de se bien conduire qui est un traité de morale appliquée à la vie civile et pi'ivée. Chapour ou Sapor, fils d'Artaxercès (24t), continua la guerre contre les Romains. Il eut à combattre successivement Gordien, Philippe et Valérien. Ce fut lui qui s'empara de ce dernier empereur, et qui ternit sa gloire par sa cruauté envers son prisonnier. Loin de consentir à lui rendre la liberté à aucun prix, il traitait cet illustre vieillard de la manière la plus indigne, jusqu'à lui poser le pied sur le cou, pour montera cheval. Enfin, après l'avoir retenu longtemps dans ce cruel esclavage, il le fit écorcher tout vif. Sapor eut encore à soutenir les efforts d'Odenat, roi de Palmyre et de la reine Zénobie. Il mourut après un règne de trente et un ans. Hormouz ou Hormisdas, et son fils Behram ou Varanne I", régnèrent peu d'années, et eurent pour successeur Varanne II, qui combattit Probus, Carus et Dioclétien , presque toujours avec désavantage. Varanne III, qui monta sur le trône en l'an 293, ne régna qu'une année, et laissa le pouvoir à Narsy ou Narsès qui en jouit pendant sept ans et cinq mois. Ce prince, vaincu dans deux batailles par Galère, qui pénétra jusqu'au delà du Tigre, finit par surprendre les Romains et les tailla en pièces; mais plus tard il fut complètement vaincu, et, rongé de chagrin, ne survécut pas longtemps à ses désastres.
Hormisdas, qui lui succéda, régna, comme son père, sept ans et quelques mois.
Son règne ne fut marqué par aucun grand événement, et son seul titre de gloire est peut-être d'avoir été le père de Sapor II, qui fut roi au moment de sa naissance. Fan 310. Son règne fut un des plus brillants que présente Thistoire des Sassanides. Valeur extraordinaire, rare habileté dans la guerre, politique adroite et raisonnée, prudence, justice dans le gouvernement de ses sujets, il réunit toutes les qualités qui forment un grand monarque. Ce prince soutint courageusement une lutte acharnée contre Constantin, Constance, Julien TA postât, qui y trouva la mort, et Jovien. Après une longue alternative de succès et de revers, Tuvantage se déclara pour les Perses, et Jovien, pour sauver les débris de Tarmée romaine, se vit obligé d'accepter la paix, en cédant à Sapor cinq provinces avec les villes de Nisibe et de Singara. Après ce succès, Sapor fit une expédition dans la Tartarie et dans les Indes. Jovien étant mort environ huit mois après son avènement , Sapor, au mépris de la foi jurée, entra sur les terres de l'empire, pénétra dans l'Arménie et tua Arsace, qui en était roi. L'arrivée d'un général romain le força de rentrer dans ses Élats. Ce fut alors qu'il transporta à Ctésiphon, ancienne capitale des Parthes, le siège de la monarchie. Ce fut le dernier acte important de la vie de Sapor, qui mourut bientôt après. Il avait régné soixante et dix ans, autant qu'il avait vécu. Nous n'avons rien à dire de ses successeurs, Artaxercès II, Sapor III et Varanne IV, qui occupèrent le trône de 580 à 400, époque de l'avènement d'Yezdedjerd, ou Isdidgordès I", un des plus grands rois qui aient régné sur la Perse. A son lit de mort, Arcadius, empei^eur d'Orient, justement inquiet du sort de son fils Théodose II encore au berceau, et redoutant surtout pour lui et pour l'empire les attaques des Perses, pria, par son testament, Isdigerdès d'accepter la tutelle de ce jeune enfant, et de prendre l'empire romain sous sa protection. Isdidgordès accepta noblement et ne démentit jamais son généreux caractère, et tant qu'il vécut, l'empire d'Orient, protégé par ce fidèle allié, jouit d'une paix profonde. Isdidgerdès permit aux chrétiens de bûtir des églises dans toute l'étendue de son empire. Il mourut après un règne de vingt et un ans. Bien différent de son père, Varanne V marqua le commencement de son règne par une persécution contre les chrétiens. Il combattit le pupille d'Isdidgerdès, Théodose II. Il éprouva des défaites terribles, fut vaincu en diverses rencontres par le général romain Ardaburius, et fut enfin contraint de signer un traité de paix, dont l'un des principaux articles fut la liberté pour les sujets perses de professer la religion chrétienne. Le règne d'Isdidgerdès (441-458) fut signalé par l'adjonction à l'empire pei'se d'une partie de l'Arménie par la donation qu'en fit Tigrane, l'un des héritiers d'Arsace. Firouz ou Perozès qui lui succéda , périt dans une expédition contre les Huns blancs , appelés Ephthalites, qui infestaient les frontières de son royaume. Ses fils, au nombre de trente, trouvèrent la mort à ses côtés; un seul survécut, étant alors beaucoup trop jeune pour assister à l'expédition. Les Perses n'osant pas, dans les circonstances diOiciles où se trouvait la monarchie, confier le gouvernement à un enfant sans expérience, placèrent sur le trône (an 482) Palach, ou Balas, frère de Perozès, prince juste mais paisible, qui employa les quatre années qu'il l'oiTupa en vains efforts pour repousser les Ephthalites.
Cobad, Covades ou Cobadès monta sur le trône à la mort de 8on oncle (485). Il parvint à soumettre les Ephthalites. Ce prince, grand guerrier, se rendit odieux k ses sujets par sa sévérité et par les changements qu'il voulut introduire dans les mœurs et la constitution de Tempire; il fut détrôné, et on mit à sa place son oncle Zamasphès (496). Mais au bout de quelques années, Cobadès parvint à s'échapper de la prison où il était renfermé, et revint à la tête des Ephthalites reconVpiérir son trône; il jeta Zamasphès en prison, après lui avoir fait crever les yeux. Le reste de son règne fut occupé par une guerre contre Tempereur Anastase, et plus tard contre les armées de Justinien, commandées par Bélisaire. A la mort de Cobadès, son troisième fils, Cosrou ou Chosroës, dit Anouthirvan^ monta sur le trône (551). Le commencement de son règne fut troublé par une conspiration dont le but était de mettre sur le trône Cobadès, fils de son frère Zamès; il parvint à la déjouer. En 540, an mépris des traités faits avec les Romains, il porta la guerre dans la Syrie et la Cilicie. II prit les villes de Sura et d'Antioche, et réduisit la dernière en cendres. Il finit par conclure une paix aussi avantageuse pour lui que honteuse pour les Romains, qui furent contraints de lui payer une somme considérable. Chosroës ayant en plusieurs occasions violé ce traité, Justinien irrité de son manque de foi, envoya de nouveau Bélisaire contre les Perses, qui se contenta d*une incursion sur le territoire persan, d'où il rapporta un butin considérable. Mais après deux années de campagne, les Romains furent encore obligés d'acheter à prix d'ai*gent une trêve de cinq ans. Chosroës eut, en 550, à réprimer la révolte de son fils Anatoxade, qui s'était fait proclamer roi ; il le vainquit et lui brûla les yeux.
Enfin le long règne de Chosroës ne fut qu'une suite de guerres plus ou moins heureuses contre les Romains; il mourut en l'an 579, après avoir occupé le trône quarante-huit ans. Hormisdas III lui succéda. Il continua la guerre contre les Romains, mais en général avec moins de succès que son père. Il trouva aussi un ennemi redoutable dans un de ses plus braves généraux, nommé Behram ou Varame, qui se révolta par suite de l'injustice du roi. Il en fut de même de Bindoes, autre seigneur, qui avait également à se plaindre de lui. Hormisdas fut détrôné par ce dernier, qui mit à sa place son fils Chosroës II (592).
Chosroës II s'efforça d'abord d'adoucir par tous les bons traitements possibles la captivité de son père; mais n'ayant pu parvenir à apaiser son humeur farouche, il finit par le mettre à moi*t.
Chosroës soutint une guerre sanglante contre le révolté Varame, qui s'était fait proclamer roi; mais avec l'aide des secours envoyés par lempereur Maurice, il parvint à le vaincre. A la mort de Maurice, il refusa toute alliance avec son meurtrier Phocas, et il chercha à reculer les bornes de son royaume aux dépens de l'empire romain. Ainsi commença la guerre la plus sanglante que l'empire ait jamais soutenue contre les Perses, ces opiniâtres rivaux de la puissance romaine. Elle dura vingt-quatre ans, et, pendant les dix-huit premières années jusqu'à la douzième du règne d'Héraclius, ce ne fut pour les Romains qu'une suite perpétuelle de désastres. Chosroës II , moins grand capitaine, mais plus cruel que son aïeul , trouvant l'empire
INTRODUCnON. 205
dépourvu de généraux expérimentés, porta en tous lieux le massacre et l'incendie. Toute FAsie, depuis le Tigre jusqu'au Bosphore, ce pays le plus peuplé, le plus riche , le plus fertile de l'univers, ne fut plus qu'un théâtre d'horreurs. Enfin, en 622, Héraclius remporta sur les Perses une victoire complète : il tailla en pièces leur armée. A partir de ce moment, les combats d'Héraclius contre les Perses furent autant de triomphes. Chosroës, accablé par l'âge et les malheurs qu'il avait si bien mérités, songeait à remettre le trône à l'un de ses fils nommé Merdasas, quand Chirouëeh ou Siroës, son fils aine, le prévint en faisant massacrer tous ses frères au nombre de dix-sept et en s'emparant de la tiare. Il fit jeter Chosroës dans une prison, où il le condamna à mourir de faim; mais comme il vivait encore le cinquième jour après sa condamnation , ce fils dénaturé le fit achever à coups de flèches. Devenu paisible possesseur du pouvoir (629), Siroës fit demander la paix à Héraclius, qui la lui donna à la condition que les deux États conserveraient leurs anciennes limites, que les prisonniers seraient rendus de part et d'auti*e et qu'on remettrait aux Romains la vraie croix que Sarbar avait prise à Jérusalem. Siroës ne conserva que bien peu de temps le trône qu'il avait acquis au prix de ses crimes : il mourut de la peste api*ès un règne de six mois. Rien d'important sous les coui*ts règnes d'Artaxercès III, fils de Siroës; de Sarbar, usurpateur qui le fit périr; de Borane, fille de Chosroës, qui gouverna Fempire sept mois, et enfin d'Hormisdas IV, qui fut tué après avoir occupé le trône quatre ans. A sa mort la couronne échut à Isdidgerdès III (632). Son règne fut fameux par l'invasion des Arabes, qui s'emparèrent de la Perse sous la conduite des successeurs de Mahomet, Omar et Othman. Les célèbres batailles de Zab , de Cadissieh , de Médaïn , la prise et le sac de cette dernière ville, la capitale de Chosroës, portèrent enfin le coup mortel à la monarchie persane, et les efforts qu'elle fit dans la suite pour se soustraire au joug des Arabes ne furent plus que les derniers mouvements d'un corps qui lutte contre la mort. Le combat de Néhavend , que les Arabes appellent la victoire des victoires , parce qu'elle les mit en possession de la Perse entière , acheva de ruiner le parti du malheureux Isdidgerdès, qui fut tué en combattant. Avec lui finit la dynastie des Sassanides et un empire qui avait subsisté avec tant de gloire pendant quatre cents ans. C'est de cette époque que les historiens font dater l'histoire moderne de la Perse.
Les troubles qui agitèrent Fempire naissant des Arabes après la mort d'Othman et l'élection d'Ali, suspendirent un instant le cours de leurs victoires. Cependant bien peu de temps après la mort dTsdidgerdès, ils étaient maîtres de tout le pays depuis les rives de l'Euphrate jusqu'à l'Oxus. Tandis qu'Ali et Moaviah se disputaient le trône, Abdallah, gouverneur de Basrah pour Ali, confia le gouvernement de la partie conquise de la Perse à Ziad, dont la prudence et la justice rappelèrent aux Persans les plus beaux règnes de leurs rois. Sous les Ommiades, les Arabes étendirent leur empire et le consolidèrent. Vers Fan 820 de Jésus-Christ, la Perse recommença à avoir une existence propre. Un certain Taher se déclara indépendant, et fonda la dynastie des Tahérides, qui occupa le trône pendant plusieurs générations. En 875, la Perse tomba au pouvoir de Yacoub, fils d'un certain I^eïs, fondeur de laiton dans
la province de Sistan. Cette profession fit donner à ses successeurs le surnom de Saffarides, du mot arabe saffar qui veut dire fondeur de laiton. Yacoub, après avoir exercé jusqu'à dix-huit ans la profession de son père, s'était mis à la tête d'une bande de brigands , et osa refuser de reconnaître la suzeraineté des califes. Il mourut avant d'avoir consolidé son entreprise ; Amrou, son frère et son successeur, témoigna au contraire une grande soumission au calife, et consentit à recevoir de lui l'investiture du gouvernement des provinces de Flrak-Adjemi, du Fars, du Khorasan, du Sistan et du Tabaristan. Plus tard, à la demande des habitants du Khorasan, le calife Mothaded voulut détacher cette province de ses domaines. Amrou se révolta et, après une lutte assez longue mêlée de succès et de revers, força le calife à revenir sur sa décision au moins en apparence. Mothaded, trop faible, engagea un prince tartare , appelé Ismaël Samani , à enlever à Amrou le gouvernement du Mawaralnahr ou Ti*anso\ane. Amrou fut battu et envoyé à Bagdad, où il fut mis à mort en 901. Avec lui périt la dynastie des Saffarides, qui fit place à celle des Samanides, dont Ismaël devint le fondateur. Ce prince, modèle de toutes les vertus civiles et militaires, n'occupa malheureusement le trône que pendant un petit nombre d'années. Il mourut après un règne de six ans, en 907 de Jésus-Christ (an 295 de l'hégire).
Ses successeurs Ahmed, Nasr, Nouh I*% Abdoulmelic, Mansour, Nouh II, Mausour II, Abdoulmelic II et Montaser régnèrent pendant plus d'un siècle, sans qu'aucun fait important soit venu signaler leur passage. Montaser, après avoir erré de ville en ville avec quelques cavaliers qui lui étaient restés fidèles, fut assassiné par le chef d'une tribu arabe auquel il avait demandé asile et protection (l'an 395 de l'hégire; 1004 de Jésus-Christ). Les princes Samanides n'avaient succédé aux SaSa* rides que dans une partie de leur territoire. Tandis que les premiers régnaient sur le Mav^aralnahr et le Khorasan, une nouvelle dynastie s'élevait dans l'Irak- Adjemi. Imad-Eddoula, fils d'un pécheur de la province de Dilem, nommé Bo¥raïh, fondait celle des Bov^aih ou Dilemites, et choisissait Schiraz pour capitale de son royaume; il partagea son empire avec ses frères Rocn-Eddoula et Moczz-Eddoula qui eurent, l'un le Kirman et l'autre l'Irak. Ainsi s'établirent trois puissances en quelque sorte parallèles. Un prince de la famille de Bov^aih, nommé Aboulfaouaris, ayant fait une irruption dans les États d'un de ses frères, fut vaincu et obligé de prendre la fuite. Il se retira auprès de Mahmoud, le Gaznevide, empereur ou sultan du pays de Ghizneh, l'ancienne Bactriane. Ce prince, dont nous avons déjà eu occasion de parler et de signaler les conquêtes dans l'Indostan, en favorisant le prince fugitif et en lui accordant des secours, affaiblit l'une par l'autre les diverses branches de Bowaih, qui, enfin, furent contraints de céder aux Gaznevides, le gouvernement des diverses' provinces de la Perse, au commencement du onzième siècle. Sous le règne de Mandoud, petit- fils de Mahmoud, les Gaznevides perdirent toutes leui^ possessions en Perse; elles leur furent enlevées en 1037 par Togril, chef de la tribu tartare des Seidjoukides, qui tirait son nom d'un de ses anciens Chefs, appelé Seidjouk. Togril conquit l'Irak-Adjemi et le territoire de Mosoul, et la prise de Bagdad le rendit maître de la personne même du calife, qui fut trop heureux de se racheter, en lui
accordant Tinvcstiture de ses conquêtes qu'il compléta bientôt en s'emparant de tout le reste de la Perse. Togrii, après avoir épousé, à rage de soixante et dix ans, la fille du calife, mourut quelques mois après ce mariage, laissant le trône de Perse à son neveu Alparslan (4065). Celui-ci fut un des plus grands princes qui aient régné sur la Perse. Attaqué par Tempereur d'Orient Diogène, il le battit, le fit prisonnier et le renvoya généreusement. Il mourut de la main d'un oOicier prisonnier auquel il avait voulu lui-même donner la mort.
Son fils Melicshah soumit par ses généraux la Syrie et TÉgypte , et fit la conquête de Bockliara, de Samarcande et de plusieurs autres pays voisins de la Perse.
A sa mort, sou frère et ses quatre fils s'étaient partagé son empire; mais bientôt, à la suite de guerres civiles et par la mort de plusieurs des compétiteurs, il se réunit tout entier dans les mains dcSandjar, le troisième des fils du roi. Après un règne glorieux et jusqu'alors heureux, Sandjar tomba au pouvoir d'une tribu turcomane révoltée, et resta captif pendant quatre années; il parvint enfin à s'échapper et mourut peu de temps après, à l'âge de soixante et treize ans (1157). Pendant les quarante années qui suivirent sa mort, la Perse fut déchirée par les guerres que se faisaient les différentes branches de la famille des Seldjoukides. Le dernier prince de cette race qui exerça le pouvoir souverain sur la Perse fut Togrii III, qui, après avoir vaincu presque tous ses rivaux, devint odieux par les excès de toutes sortes auxquels il s'abandonna. Takasch, roi du Kharizm, aujourd'hui pays de Khiva, excité par les mécontents, entra en Perse, attaqua Togrii, qui fut vaincu et tué l'an 1193. La dynastie des Seldjoukides avait régné en Perse 158 ans. Alaeddin-Mohaméd , successeur de Takasch, conserva l'autorité souveraine en Perse jusqu'au moment où il fut détrôné par Gengis-khan. Alaeddin avait attiré les armes de ce conquérant sur ses États, en faisant massacrer des marchands qu'il envoyait dans le Kharizm, en outrageant son ambassadeur et en refusant de lui accorder satisfaction. Il connut trop tard la faute qu'il avait commise. Les Moghols, semblables aux flots d'une mer irritée, inondèrent le Kharizm, la Transoxane, le Khorasan et la Perse, et portèrent partout le meurtre et la ruine. Accablé sous le poids de ses défaites, Alaeddin perdit à la fois le courage et la raison ; il erra de province en province et se réfugia dans une Ile de la mer Caspienne, où il finit ses jours, abandonné de tous et dans la misère. Djelal-eddin , fils d'Alaeddin, essaya pendant quelque temps, et non sans succès, de résister aux Moghols; mais enfin il succomba à son tour, et par sa mort les Moghols se trouvèrent une seconde fois maîtres de la Perse.
Avant de mourir (12:26), Gengis-khan nomma Oktui-khan son successeur, et chargea son quatrième fils, Touli, de la régence. Ainsi fut fondée en Perse la dynastie des Moghols ilkhaniens. Touli mourut trois ans après son père; il laissa un grand nombre de fils parmi lesquels était Houlagou, qui devint maitre de la Perse. Après un règne glorieux, Houlagou mourut en 126i. Ses successeurs Abaka-khan, Tangodor, ou Ahmed-khan, Ai*goun, Kai-khatou, Baidou-khan, Gazan-khan, AIdjaitou-khan, plus connu sous le nom de Mohammed-Khodabendeh , qui bûtit la ville de Sultanieh, occupèrent le trône avec quelque éclat pendant environ un siècle. Abousald-Beha-
der succéda à son père Khodabendeh , n'étant encore âgé que de douze ans. Pendani sa minorité, la Perse se trouva plongée dans Tanarchie par les désordres des nobles. Abou-sa'id, prince indolent, mais brave, mourut d'une fièvre qu'il gagna dans le Schirvan, où il était allé pour repousser une invasion des Tartares (1335). Ce monarque fut le dernier de la famille de Houlagou qui ait possédé en réalité Tautorité souveraine. Ses successeurs, élevés sur le trône par des grands seigneurs ambitieux, en étaient arrachés dès qu'ils paraissaient contrarier leurs projets. Chaque province de la Perse tomba au pouvoir d'un prince indépendant , et l'empire ainsi démembré devint bientôt la proie des armées de Timour, plus connu sous le nom de Tamerlan.
L'émir Timour, surnommé Lenc, boiteux, naquit à Kesch dans le Mawaralnahr l'an 736 de l'hégire, 1335 de Jésus-Christ. Son père était chef d'une tribu soumise aux khans de Tartarie. Profitant de l'anarchie qui régnait dans sa patrie, Timour parvint à s'emparer successivement du Mawaralnahr, des pays de Caschgar et de Kharizm, du Khorasan, du Candahar, du Caboul, du Sistan et du Mazenderan ; enfin, il en vint à être maitrede toute la Perse. Le conquérant porta alors ses armes victorieuses dans les principales contrées de l'Asie. Il était en marche contre les Chinois et venait de passer llaxarte , lorsqu'une maladie violente l'obligea de s'arrêter à Otrar, où il mourut en 1405.
Timour avait laissé la couronne à son petit-fils Pir-Hohammed-Jehanguir; mais celui-ci trouva un compétiteur dans son frère Khalil-soultan , qui s'empara définitivement du trône après que Mohammed eut été assassiné par son propre ministre. Khalil, sacrifiant tout aux caprices de sa favorite Shadoulmouc, fut chassé par ses sujets, et son oncle Shah-Rokh, fils de Timour, fut mis à sa place. Le règne de ce prince fut occupé tout entier à réparer les maux causés par la guerre. Il mourut en 1446, laissant le trône à son fils Oulougbeg, qu| hérita de ses inclinations pacifiques et de son amour pour les sciences et les lettres. Malheureusement son règne fut court; il fut détrôné et mis à mort en 1449 par son fils Abdoullatif, qui lui-même, six mois plus tard, reçut la juste punition de son parricide; il fut massacré par ses propres soldats. Rien de bien important ne marqua les règnes de Baber, d'Abou-saïd et de Hozein- Mirza. Ce dernier cependant, par les succès qu'il obtint sur ses compétiteurs, acquit le surnom de Gazi ou Victorieux. Le fils d'Hozein Mii^za, appelé Bedi-Alzeman, fut le dernier prince de la race de Timour qui régna sur la Perse. Obligé de fuir devant lesTurcomans qui envahissaient son royaume, il se réfugia auprès de Shah- Ismaël-sophi , qui avait établi sa domination sur quelques provinces de la Perse. Plus tard, Bedi-Alzeman ayant été pris à Tauris par l'empereur ottoman, Selim P' fut enunené à Constantinople où il mourut.
Au commencement du seizième siècle, Shah-Ismaël devint le fondateur de la dvnastie des sophis, qui prit son nom d'un ordre religieux auquel Ismaël appartenait. Une suite de victoires le mit, en moins de quatre ans, en possession de la Perse. Il prit ensuite Bagdad et s'empara de tout le Khorasan , puis de la Géorgie, et mourut à Ardebil en 1523.
Shah-Tamasp n'avait que dix ans quand il succéda à son père. Les principaux faits
INTRODUCTION. 2t>9
qui signalèrent son règne, furent Tinvasion en Pei^se d'une armée ottomane eonimandée i)ar Soliman, qui, api'ès plusieurs succès, fut forcée de se retirer, et la fuite de Tempereur moghol Houmaioun, qui, renversé en 1541 par l'usurpateur Sbyr-khan ou Shère-shah , vint chercher un asile à la cour du roi de Perse, qui le reçut magnifiquennent et contribua puissamment à le i*eplacer sur le trône. Shah-Tamasp mourut en 1576, après un règne de cinquante-trois ans. Ismaël II, qui lui succéda, mourut dans Tannée suivante, laissant le trôncà son frère Mohammed-mirza, dit Khodabendeb, dont le règne fut court et malheureux. Malgré les efforts de son fils atné Harozamirza, et de son brave ministi*e Soliman-mirza, qui tous deux payèrent leur dévouement de leur vie, il fut détrôné par snn fils Abbas. Ce prince introduisit dans ses armées la tactique européenne et il lui dut en grande partie ses succès contre les Turcs, auxquels il reprit Tauris et Erivan, et sur lesquels il remporta plusieurs victoires éclatantes. Shah-Abbas, à Taide des Anglais, qui espéraient succéder aux Por^ tugais, s'empara du comptoir que ces derniers avaient établi depuis plus d*un siècle dans rtle d'Ormouz. Cette conquête n'eut d'autre résultat que l'anéantissement d'un établissement florissant, et les Anglais ne purent jamais obtenir la permission de prendre la place de ceux que leurs manœuvres intéressées avaient fait expulser. Abbas le Grand mourut dans son palais favori, à Farahabad, en 1628, à l'âge de soixante et dix ans. Sam-Mirza, petit-fils d'Abbas, prit en montant sur le trône le nom de^hah-Sefy. Le règne de ce tyran cruel et jaloux fut malheureux et sans gloire. Les Turcs reprirent Bagdad, et le Candahar se souleva en faveur du Grand Moghol. Shab-Sefy mourut à Caschan en 1641.
Son fils, Abbas II, ternit l'éclat de son règne par les excès auxquels il s'abandonna dans ses fréquents moments d'ivresse. Lorsqu'il était de sang-froid, on admirait sa sagesse , sa justice, sa tolérance. Il montra aussi des qualités guerrières, et recouvra le Candahar. Il mourut en 1666.
Shah-Soliman, son fils, fut un prince aimant le luxe et les arts, mais faible, efféminé et dissolu.
Les vingt premières années du règne de Hoseln, son fils, se passèrent dans ce calme profond qui précède souvent un orage. En 1722, une petite armée d'Afghans vint metti*e le siège devant Ispahan , s'en empara ,. et le faible et superstitieux Hoseïn signa une honteuse capitulation par laquelle il abandonnait sa couronne à Mohammed TAfghan. Ainsi finit la dynastie des sophis, qui a dû toute son illustration à un seul nom, à celui d'Abbas le Grand.
Le règne de Mahmoud, le fondateur de la dynastie afghane, ne fut pas heureux. Ce prince n'était pas de force à supporter le fardeau dont il s'était chargé. La Porte et la Russie le dépouillèrent à l'envi de plusieurs de ses provinces, et enfin, ayant perda la raison, il fut étouffé par ordre de sa mère, qui voulut abréger ses souffrances.
Aschraf, cousin de Mahmoud, monta sur le trône en 1725. Ce prince avait de grands talents politiques ; mais à peine commençait-il à jouir de la tranquillité qu'il avait acquise au prix d'une sage administration et de plusieurs victoires, qu'un ennemi bien plus redoutable que tous ceux qu'il avait eu à combattre se dressa de-
vant lui. Lors de la prise d'ispaban par Mahmoud, un fils du sultan Hoseïn, nomme Tliamas ou Tamasp, était parvenu à s'échapper et cherchait à remonter snr le trùœ de ses pères. Vers 4726, il appela à son aide un ancien tailleur de manteaux de peau de mouton qui, devenu chef de brigands, avait autour de lui une bande de trois mille hommes, avec lesquels il levait des contributions sur les habitants du Khorasan. Cet homme, c'était Madir-kouli, devenu si célèbre sous le nom de Thamaskouli-khan et de Nadir-shah.
Avec son aide, et après deux victoires, Tamasp rentra dans Ispahan,aux acclamations du peuple. Ce fut alors qu'il donna à Nadir le nom de ThamaS'koulùkhan , c'est-à-dire le prince esclave de Thamas.
Enfin Aschraf , après de nouvelles défaites, cherchant à s'échapper pour regagner le pays des Afghans, fut assassiné par un Beloutschi , qui envoya sa tète à Shah-Tamasp. Tamasp, rétabli sur le trône des sophis, ne devait pas l'occuper longtemps. Ayant voulu se mettre lui-même ù la tète de l'une de ses armées pour marcher contre les Turcs, il éprouva les plus honteux revers. Nadir, furieux, fit renfermer le prince et proclamer à sa place son fils, âgé de huit mois, sous le nom d'AbbasIII; puis il prit pour lui-même le titre et les fonctions de régent du royaume. Bientôt, le trône étant devenu vacant par la mort du jeune prince. Nadir se fit facilement proclamer et fonda la dynastie des Afschars. Le règne de Nadir ne fut qu'une suite de conquêtes. I^ plus célèbre de ses expéditions fut celle des Indes, d'où il rapporta un butin immense, évalué à plus de 750 millions de francs. La fin de la vie de Nadir fut souillée par les excès et les cruautés les plus abominables. Plusieurs de ses ofiiciers conspirèrent contre lui , et après une lutte dans laquelle Nadir fit tomber sous ses coups deux de ses assassins, il succomba à son tour sous ceux de Salah-bey, capitaine de ses gardes; il avait alors (1747) soixante et un ans, et était dans la douzième année de son règne. Son neveu, Adil-shah, lui succéda; mais celui-ci avait un frère nommé Ibrahim, qui voulut lui disputer le trône. Après plusieurs alternatives de défaites et de victoires, Ibrahim parvint à s'emparer d'Adil par trahison , le fit mettre à mort et se fit proclamer à sa place.
Nadir-shah avait laissé deux petits-fils, Shah-Rokh et Riza-kouli-mirza , qui étant absent lors de sa mort, s'étaient vus exclus du trône par l'usurpation d'Adil; Shah- Rokh , l'atné, qui était gouveraeur de la ville de Mesched, lorsqu'il apprit la mort de son grand-père, marcha contre Ibrahim, qui, plus fort que lui, le défit, le fit prisonnier et lui fit brûler les yeux dans Mesched même, oii il l'avait suivi et dont il s'était rendu maître. Shah-Rokh avait deux fils, Nufiir-ulla-mirza et Nadir-mirza; le premier, en apprenant la captivité de son père , rassembla ses troupes et assiégea Ibrahim au château de Tibs, grande forteresse située sur les confins de Khorasan, et ayant corrompu les officiers d'Ibrahim, il se rendit maître de lui, et le fit mettre à mort. Ainsi, en moins de deux ans, à partir de la mort de Nadir-shah, deux princes furent tués et un troisième privé de la vue. Après la mort d'Ibrahim , le peuple délivra Shah-Rokh, et le mit à la tête de l'État , quoiqu'il fût privé de la vue et que les anciennes lois de la Perse défendissent de placer sur le trône un homme affligé de
INTRODUCnON. 2i I
quelque infirmité corporelle. Nous avons vu, du reste, que cette loi n'était pas toujours bien strictement observée, car Tamerlan était boiteux. Shah-Rokh , loin d'être reconnaissant de sa délivrance, devint jaloux des succès de son fils Nuffer-uUamirza ; il corrompit son ministre Moumin-khan , et le malheureux prince fut fait prisonnier et tous ses biens furent confisqués.
Shah-Rokh fut bientôt puni de son ingratitude; Ahumud-shah, fils de Timoursfaah, qui régnait sur le Caboul, le Candi^har et les diverses contrées situées entre rinde et la Perse, vint assiéger Mesched, qui, après huit mois de siège, tomba en son pouvoir par trahison. Shah-Rokh, détrôné, fut rétabli comme prince des Khorasiens seulement par le roi des Afghans. Alors les gouverneurs des provinces de la Perse se déclarèrent indépendants, et pendant dix ans plusieurs petites monarchies s'élevèrent et tombèrent tour à tour, jusqu'à Tappiirition de Kerim-khan.
Ce prince était sorti d'un rang inférieur, mais par ses talents il était devenu le favori de Nadir-shah. A la mort du prince, il était absent et n'avait joué aucun rôle dans les révolutions qui l'avaient suivie. Un certain chef Bakhtiari, nommé Ali-Merdankhan, s'était emparé d'Ispahan et avait placé sur le trône un jeune prince de la famille des sophis, Shah-Ismaël, âgé seulement de huit ans. Kerim-khan vint se ranger sous les ordres de ce prince.
La mort d'Ali-Merdan-khan, qui fut assassiné, la défaite du gouverneur de l'Aderbidjan et de Hohammed-Hosein-khan, qui s'était emparé de Mazenderan, rendaient Kerim-khan tranquille possesseur de toute la Perse occidentale. Malgré les avantages qu'il avait remportés sur ses ennemis, Kerim jugea prudent de laisser subsister le fantôme de souverain auquel Ali-Merdan-khan avait donné le nom de roi, et il se contenta pour lui-même du titre modeste de vakil, ou gouverneur, qu'il consen a même après la mort de Shah-Ismacl.
Il fixa sa résidence à Shiraz et fut le fondateur de la dynastie des Zends, nom qu'il emprunta à la tribu d'où il était sorti et dont il avait été le chef. Après un règne de trente années, il mourut regretté de toute la Perse, en 1779, à l'âge de quatre-vingts ans.
Ce prince fut un des plus grands monarques qui aient régné sur la Perse ; aux plus brillants talents militaires, il joignait le goût de la paix, des arts et des sciences. Sous son règne s'élevèrent de toutes parts les plus riches et les plus beaux monuments, aussi son nom reviendra-t-il sans c^sse sous ma plume, lorsque je passerai à la description de ceux qui embellissent la Perse. Kerim-khan laissa en mourant deux fils; mais malgré les efforts des principaux généraux qui voulaient placer sur le trône le second de ces princes, Aboul-fath-khan, ce pouvoir tomba aux mains de Zeki-khan, frère indigne de Kerim-khan, qui retint son neveu prisonnier. Ses cruautés le rendirent bientôt odieux à ses sujets, et il fut massacré par ses propres gardes. Aboul-fath-khan fut alors reconnu unanimement; mais ce prince faible et dissolu ne put conserver longtemps l'autorité. Un autre de ses oncles, Mohammed- Sadik-khan, gouverneur de Bassora, se révolta, entra dans Schiraz, fit prisonnier le malheureux prince, le priva de la vue et s'empara de son pouvoir. Sadik-khan
fut à son toar dépossikié, et mis à mort en 1781 par son neveu Ali-Moarad-khan, qui, après un règne court et agité, mourut de maladie (1785). Sadik-khan avait oo fils nommé Giafar-khan , qui était gouverneur des provinces de Beaboon et de Sbos* ter, au S.-O. de Schiraz; celui-ci s'était soumis à Ali-Mourad.
A la mort de celui-ci, il lui succéda, mais seulement dans le gouvemeoient da Fars et du Kirman. Un compétiteur redoutable, Agha-Mohammed, plus connu sous le nom de Teunuque Agtiâ-Héhémet, de la tribu des Cadjars, établit sa domination sur le Guilan, le Mazenderan et sur les villes d'Ispahan, de Ramadan et de Tauriz.
En 1788, Giafar mourut empoisonné. Il eut pour successeur son fils Loufl*Alikhan. Celui-ci devait le trône à Hadji-lbrahim , homme qui joignait la plus parfaite intégrité, la plus profonde sagesse, aux plus brillants talents militaires; mais bientôt il en devint jaloux, et à force de mauvais procédés, il le poussa à la révolte. Agha- Mohammed se joignit à Hadji-lbrahim, et après une lutte acharnée Louft-Ali-khan succomba , il tomba aux mains de son compétiteur, qui lui arracha les yeu;|L et le fit mettre à mort.
Agha-Mohammed se trouva ainsi possesseur de toute la Perse, et fut le fondatear de la dynastie des Cadjars, qui occupe le trône aujourd'hui. Il fut assassiné k Fâge de soixante-trois ans, après avoir été plus de vingt ans maître d'une grande partie du royaume, mais n'ayant été que pendant peu de temps souverain reconnu de toote
la Perse. Il avait désigné pour son successeur Baba-khan, son neveu, qui monta sur le trône sous le nom de Foth-Ali-shah , en 1789. Feth -Ali-shah s'assit sur le trône relevé par son oncle, mais il ne put rendre à la Perse ses anciennes limites. La Russie était maîtresse de la Géorgie; plus tard le Khoi*asan appartint aux Ousbecks; le Kandahar devint une partie du royaume des Afghans; nous verrons que d'autres parties du royaume en furent encore détachées. Il eut à soutenir des guerres sanglantes contre la Russie, surtout en 1803; enfin un traité de paix fut, parla médiation de l'Angleterre, signé à Gulistan en 1813. Le manque, dans ce traité, d'indication précise de la limite des deux États fut cause du renouvellement des hostilités. Dans la campagne de 1826 et 1827, le. prince Abbas-Mirza, fils du roi, déploya un grand courage, un véritable talent militaire; mais enfin il succomba, et fut contraint de signer un traité désastreux pour la Perse, qui fut approuvé par le roi le 22 février 1826. La Russie demeura en possession des provinces d'Érivan et de Nakhitschevan, et reçut une indemnité de quatre-vingts millions de roubles. Quelques autres difiicultés avec la Russie troublèrent encore la fin du règne de Feth-Ali-sbah, qui mourut en 1834 à Ispahan. Son fils Abbas-mirza était mort quelques mois auparavant, et ce fut Mohammed-shah, fils de celui-ci, qui monta sur le trône qu'il occupe encore aujourd'hui.
L'histoire politique de la Perse nous a peut-être entraîné un peu au delà des bornes dans lesquelles le plan de notre ouvrage nous resserre. L'importance de cette histoire, l'abon'dance des faits qu'elle présente, le rôle immense qu'elle joue parmi celles des peuples de l'antiquité, nous servira d'excuse, je l'espère, et on nous pardonnera, avant de passer à la description des monuments, d'ajouter encore quelques
mots pour faire connattre les différentes religions qui ont tour à tour fait régner leurs lois sur cette célèbre contrée.
La religion la plus ancienne que nous connaissions comme ayant été pratiquée en Perse est celle des Chaldéens , dont nous avons parlé en traitant de Ja Babylonie. Au milieu du sixième siècle avant Jésus-Christ , dans la trente et unième année du règne de Darius, fils d'Hystaspe, apparut Zoroaslre, le législateur de la Perse. Ce novateur forma le projet de détruire la religion des Perses pour la remplacer par une autre de sa création. Des connaissances supérieures, une éloquence naturelle et vive, une grande hardiesse le rendaient propre à Tentreprise qu'il tentait. On ignore le lieu de sa naissance, mais ce fut dans rAdzerbaïdjan, Tancienne Médie, qu'il jeta les fondements de sa grandeur future. Persuadé qu'un réformateur doit commencer à en imposer au peuple par un genre de vie extraordinaire, il se retira dans une caverne obscure, et là, s'occupa jour et nuit à la contemplation. Il y étudia aussi les sciences naturelles et y apprit à faire de prétendus miracles, qui ne contribuèrent pas peu à ses succès. En \^n de temps , le nombre de ses prosélytes devint immense. Certain alors de parvenir à son but, il s'occupa de donner à sa doctrine une forme stable en en rédigeant le code. Il appela ce code Zend-Avesta, et comme le style en était mystique et obscur, il y ajouta un commentaire sous le titre de Pa-Zend.
Les dogmes principaux étaient l'unité de Dieu , l'existence de deux principes, l'un bon, Ormouzd, créateur du monde; l'autre mauvais, Ahriman, auteur du mal; l'immortalité de l'âme ; un paradis et un enfer pour la vie future , avec différents degrés de béatitudes et de souffrances.
Les pratiques du culte consistaient : à saluer religieusement, trois fois dans le cours d'un jour, le soleil et la lune, emblèmes de la Divinité vivante et régénératrice; à célébrer les six kiahambar, ou fêtes en l'honneur des six époques de la création ; à faire chaque année un pcJerinage au temple métropolitain du royaume; à prier pour les morts, à distribuer des aumônes, à faire des ablutions. Plusieurs préceptes de cette religion respiraient des sentiments d'humanité, et l'amour de la vertu. Elle exigeait de ses sectateurs la fréquence des aumônes, proscrivait le mensonge, le plus grand des péchés, recommandait la pratique de la vertu, ordonnait de détruire les insectes et les reptiles, mais de conserver les autres animaux, de confier l'éducation de la jeunesse aux ministres de la religion , de les consulter dans toute circonstance importante de la vie, de regarder leurs lumières comme une émanation de celles de la Divinité.
Vers le milieu du troisième siècle de notre ère, sous le règne de Sapor I^, s'éleva un nouveau réformateur. Manès, après avoir hérité, selon les auteurs ecclésiastiques, de la doctrine de l'hérésiarque Terebenthus, commença à en semer une nouvelle en Perse, qu'il avait puisée eu partie dans les écrits des gnostiques et de Zoroastre.
Manès admettait, comme Zoroastre, deux principes incréés et étemels; l'un, esprit de lumière, créateur du monde spirituel et invisible, était un Dieu bon; l'autre, matière et ténèbres, auteur du monde matériel et visible, n'engendrait que le mal. Ces mondes avaient chacun cinq éléments, les ténèbres, les eaux, l'air, le feu et la
fumée, participant à leur nature, et étant comme eux dans une constante opposition. Le destin gouvernait le monde. Au mauvais principe appartenait le règne temporel; au bon le règne spirituel. Dans cette doctrine, Vùme était seule susceptible de résurrection, sans être soumise à un jugement dernier, car elle ne pouvait être responsable de ce qui ne devait être que Tœuvre du destin. Elle se composait d'un mélange de bien et de mal, produit par Faction des deux principes. La faculté de transmigrer même dans le corps des animaux ou des plantes était une de ses propriétés. Hanès, en rejetant FAncien Testament, admettait Fexistence et la venue de Jésus-Christ, pour sauver le genre humain; mais cette venue s'était opérée en esprit, et non sous une enveloppe corporelle. La politique, plutôt que la foi, le |X)rtait à reconnaître cette mission divine; car il s'annonçait pour le Paraclet promis par le légisfateur des chrétiens.
La prohibition du meurtre de tout animal, Fabstinence de toute viande, étaient une conséquence de son système sur la transmigration des âmes. Pour en imposer davantage à la multitude, Manès transcrivit les dogmes de sa doctrine en caractères symboliques sur un livre réputé sacré, orné de peintures, et célèbre en Orient sous le titre de Tengh ou Erdjengh.
Cette doctrine, quelque absurde qu'elle fût, trouva de nombreux partisans , et elle s'est conservée pendant plusieurs siècles dans la Perse et dans diverses autres contrées où elle s'introduisit.
Enfin, au commencement du septième siècle, les sectateurs de Mahomet, en envahissant la Perse sous le califat d'Omar, y ont importé l'islamisme, qui est devenu la religion dominante et presque universelle du royaume.
Lorsque je parlerai de l'Arabie, berceau de cette croyance, j*en signalerai les principaux dogmes. On sait que lorsque Mahomet mourut, il oublia de désigner son successeur. Le choix des musulmans se partagea entre son gendre Ali et Abou- Bekr, son beau-père. De là naquirent deux sectes, dont la rivalité sanglante faillit compromettre Fexistence du nouvel empire et de la nouvelle religion. Les partisans d'Ali prirent le nom de Chias, Chites ou Schiites; ceux d'Abou-Bekr, celui de Sunnites. C'est à la première de ces sectes qu'appartiennent presque tous les Persans. Us ont en horreur les trois premiers successeurs de Mahomet, Abou-Bekr, Omar et Osman, qu'ils accusent d'avoir usurpé la succession légitimement due à Ali. En outre, aujourd'hui encore les Indons des provinces autrefois dépendantes de l'Inde professent la religion de Brahma; celle de Zoroastre, ou le magisme, est suivie par un petit nombre de Guèbres ou Parsis. 1^ christianisme est professé par les Arméniens, divisés en Arméniens proprement dits, et en catholiques romains, leur nombre a beaucoup diminué depuis la cession de l'Arménie persane à la Russie; quelques milliers d'individus professent les dogmes de l'Église nestorienne. Dans les grandes villes on rencontre quelques juifs et quelques sabéens dont la religion est devenue un mélange monstrueux de christianisme, de mahométisme et de magisme. Enfin, dans quelques parties montagneuses du royaume, on trouve encore dos restes d'idolAlrie.
Arrivons enfin à la matière qui doit principalement nous occuper, à Fétat des arts en Perse aux diverses époques de son histoire. Dans aucun temps les Persans n'ont atteint à un grand degré de perfection dans la peinture et la sculpture. Les figures de Persépolis et des autres parties du Fars sont très-défectueuses sous le rapport du goût et des proportions.
Toutes ces sculptures sont généralement de proportion colossale; mais le ciseau des Perses s'est aussi exercé souvent sur une bien plus petite échelle : je veux parler de ces cylindres répandus dans les, différents musées de TËurope, au nombre de plus de six cents (voyez la lettre). Ces cylindres servaient, aux anciens Perses et aux Babyloniens, de cachets ou d'amulettes. On les portait attachés au cou par un ruban qui les traversait et descendait jusque sur la poitrine. Il y en a de toutes matières, métaux et pierres précieuses, en cornaline, en jaspe, en opale, en agathe, en cristal, en ivoire, en hématite, en or et en argent. Les sujets gravés sur ces cylindres sont en général hiératiques, et fournissent les renseignements les plus précieux sur la religion et les mœurs des Chaldéens. Maintenant les Persans semblent avoir entièrement oublié la sculpture, et je ne sais si on trouverait une statue moderne dans tout le royaume.
Nous n'avons aucun monument qui puisse nous donner une idée de l'état de la peinture chez les anciens Perses. Aujourd'hui il y a à la cour une place de peintre du roi, place très-remarquable dans une cour musulmane, où doit être sévèrement proscrite toute représentation humaine; mais on connaît le relâchement des sectateurs d'Ali , regardés comme des infidèles et des renégats par les sévères sectateurs d'Omar.
Les peintres persans emploient de belles couleui^; mais ils ne savent en tirer aucun parti , et n'ont aucune idée du dessin, des eifets de lumière et de la perspective. Ils essayent quelquefois de copier les enluminures d'Europe en habillant les personnages à la persane, et ce sont les productions les moins barbares de leur pinceau. Ils attrapent aussi assez bien la ressemblance dans leui*s portraits. Quant à leurs tableaux, qui généralement représentent quelques faits de l'histoire ancienne, tels que les combats de Roustam , les amours de Chérin et de Kosrou, ou les belles actions de quelque prince des temps modernes, ils n'offrent qu'une multitude confuse de figures disproportionnées d'hommes et de chevaux entassés et confondus de la manière la plus extravagante. Ils ne réussissent réellement que dans les arabesques employées à la décoration des palais et des mosquées; elles sont d'une recherche, d'un fini, d'un précieux, d'une richesse qui étonnent. Souvent on a mis plus de travail et de dépense pour l'ornement d'un plafond que pour le reste de l'édifice.
En architecture, aussi bien qu'en sculpture, les anciens Persans surpassaient leurs descendants; c'est du moins le jugement que nous pouvons porter d*aprc*s les ruines de Persépolis, de Chuster, de Kendjaver et les restes du palais de Kosrou, dans l'ancienne Ctésiphon. Aujourd'hui ce n'est guère que dans les dômes et les minarets que consiste tout l'ornement des édifices modernes de la Perse.
Nous ne trouvons en Perse aucun monument religieux que nous osions attribuer au culte clialiléen ; nous sommes plus heureux pour ceux plus modernes qui ont appartenu à la religion de Zoroastre.
Parmi tant de ruines qui couvrent remplacement de Tantique Persépolis, la vue est attirée par un édifice carré; il a une porte à chaque Tace et quelques colonnes. On pense que c'est Toratoire d'Ormouzd et le sanctuaire où nuit et jour brûlait le feu sacré, symbole du Dieu suprême. Les deux portes qui regardent le nord et le sud sont ornées de deux sculptui*es semblables. On y voit sur chacune trois figures colossales, dont la plus grande est celle du souverain, et les deux autres représentent deux satrapes. On reconnaît facilement le monarque à sa robe médique, à sa tiare élevée et aux autres emblèmes qui le caractérisent. Il est barbu, et sa barbe est frisée eu boucles nombreuses et symétriques; sa main droite s'appuie sur une hache de guerre, sa main gauche tient une fleur de lotus. Derrière le roi un satrape soutient Fombrelle, un autre le chasse-mouche. Au-dessus on voit une figure qui parait la répétition en petit de Timage du monarque et qui est son féroher, son génie tutélaire, tenant un anneau d'une main et élevant l'autre main vers le ciel. Cet être, suivant la doctrine de Zend-Avesta, est le type de la création de rhomme, et reste dans une région plus pure , pour suivre toutes ses actions et partager toutes ses fonctions. Entre les férohers il y a la même hiérarchie, les mêmes rapports de supériorité et d'infériorité qu'entre les hommes qu'ils représentent, en sorte que le féroher du roi est le plus élevé et le plus puissant de tous. La conformation de ce féroher indique son usage et ses attributs : son buste est celui du roi dont il est l'image; la conformité de la posture et des accessoires montre l'exactitude a\ec laquelle il suit toutes ses actions; ses ailes sont les marques de sa nature supérieure, éthérée; enfin le cercle qui l'environne est le signe de son éternité. Revenons à notre monument. Les murs oO'rent deux bas-reliefs qui ont été dessinés par Ker-Porter, et qui représentent des scènes analogues à celle décrite précédemment. Sur le pre^ mier bas-relief est figuré le monarque dans le costume et avec les emblèmes ordinaires; il est assis sur un trône, et derrière lui se tiennent debout trois satrapes, dont l'un porte le chasse-mouche; le second, appartenant à la milice, a l'épëe ceinte à droite à la manière des Perses, et tient le sagaris ou hache de guerre; le troisième s'appuie sur une espèce de verge, le rabdos des Grecs, et représente certainement un chef des employés civils. Au-dessous du trône sont distribués, dans cinq compartiments, des groupes de personnages civils et militaires, formant la suite du roi. Au-dessus est le globe^ilé. Enfin le bas-relief est complété par deux rangées d'animaux purs et impurs , pour indiquer les deux créations d'Ormouzd et d'Ai'ihman, qui composent le monde. Le second bas-relief offre également, dans
la partie supérieure, le monarque assis avec un seul serviteur qui porte le chassemouche.
Le cercle ailé et le fèroher du roi se voient dans le haut, et ici, comme partout ailleurs, la figure du satrape a la bouche voilée, afin que l'impureté de son souffle n'oflense pas la majesté royale. Le trône est soutenu par trois esclaves ou serviteurs, véritables types des cariatides, des Atlas et desTelamons, que les Grecs ne commencèrent à adopter que lorsque Tinfluence de l'Asie se fit sentir à eux d'une manière plus immédiate après la guerre médique.
Cette forme des édifices sacrés des Guèbres est la plus ordinaire , nous en donnons un exemple dans le frontispice de ce chapitre, mais elle n'est cependant pas invariable et sans exception. A Serai, dans le Guylan, on voit encore quatre de ces temples. Leur forme est ronde, leur diamètre est de dix mètres et leur hauteur de quarante. I^s Persans modernes, regardant la religion de leurs ancêtres comme une grossière idokitrie, n'auraient pas manqué de détruire ces temples, s'ils n'étaient construits avec les matériaux les plus solides. On voit aussi à Firouzabad, dans le Fars, les ruines d'un fameux temple des Guèbres*.
Non loin d'Ispahan se trouve une éminence triangulaire, appelée VAteschgah ou endroit du feu, et que l'on aperçoit d'assez loin. Cette éminence est composée de plusieurs couches de rochers; la montée la plus facile est un sentier à l'est; au sommet se trouvent plusieurs édifices, bâtis en terre ou en briques cuites au soleil; ces dernières sont d'une très-grande dimension; entre chaque couche de briques, il y en a une de roseaux, sans apparence de ciment. Les Persans attribuent ces ouvrages aux Guèbres.
Au sommet des montagnes de Naschi-Roustam sont deux autels du feu (voyez la vignette, p. i^4i), taillés dans le roc, et que les Grecs désignent sous le nom de Pyrées. Ces autels se retrouvent sur les médailles des rois perses, et principalement sur celles de la dynastie des Sassanides (I).
Les Grecs ont laissé aussi dans quelques monuments des traces de leur passage sur le sol de la Perse. A Konkovar, misérable petite ville du Kurdistan persan, on a reconnu, il y a quelques années, les ruines d'un grand temple de Diane. A une lieue de Tauris on voit également les vestiges d'un temple; il reste encore des tronçons de colonnes et des tables d'albâtre.
Les mosquées musulmanes varient beaucoup par leur grandeur, leur magnificence, mais leur plan est généralement à peu près uniforme. Ordinairement l'édifice se compose d'une nef couverte en dôme, et de portiques sur les ailes et des deux côtés du portail. Une cour, traversée par un canal ou ornée d'un beau bassin et d'allées d'arbres, en occupe le milieu. Tantôt il est surmonté d'un seul minaret et tantôt de plusieurs, selon la richesse de sa construction. Sous le p>ortail se trouve un bassin , afin que ceux qui viennent prier puissent s'y préparer par des ablutions. L'intérieur est orné d'arabesques , de mosaïques et d^inscriptîons tirées du Coran ;
(i) Voy. Ad. de lx>ngperrier, Mikiailha de» rois sassaniden iii-4". Paris, 1840.
âl8 PERSE.
un tapis couvre le plancher. La nef est toujours tournée du côté de la Mecque; une table de marbre ou un trou pratiqué dans le mur en indique la direction à celui qui fait sa prière; cette marque porte le nom de nUhrab. Une chaire appelée mkmber (trône) est destinée aux kaihib ou prédicateurs.
Au nombi*e des plus belles mosquées de la Perse , on comptait cellel de Sultanieh (planche 36), ville déserte de Tlrak-Adjerni» sur les confins de TAdzerbftidjan, dont on admire encore les immenses ruines, et que l'on croit être l'ancienne Tigranoeerie, capitale du royaume des Parthes. Ces deux mosquées ont été construites au quatorzième sit'cle par le shah Moghol-Mohammed Codabendeh, pour lui servir de tombeau. Ces monuments ont été cruellement endommagés, au commencement de ce siècle^ par un tremblement de terre; l'un d'eux ne présente plus guère que des mines, le second est encore assez bien conservé. Cette mosquée est construite de briques et surmontée d'une coupole haute d'environ quarante mètres sur seize de diamètre, et soutenue par huit grands arceaux. I^ dôme est, à l'extérieur, composé de briques recouvertes d'un vernis blanc et bleu pâle. Les minarets qui, en général, sont M Perse beaucoup moins élevés qu'en Turquie ou dans l'Inde, étaient ici au nombre de quatre et les plus hauts du royaume. L'intérieur de la mosquée est décoré de faïence dorée.
Parmi les mosquées d'Ispahan, la plus belle est la mosquée royale, appelée ailssi mosquée de Shah-Hosein. Elle est située sur l'un des côtés du M^idan ou grattde place (planche 41). L'entrée en est belle, et le portique d'une architecture très-richê. Les portes sont de bronze et entourées de garnitures d'argent à leur extrémité; des fleurs artistement ciselées et des versets du Coran en couvrent les faces. Par ces portes, on entre sous une rotonde, d'où l'on passe dans la cour de l'édifice; celle cour est grande et de forme carrée, et au milieu est un vaste bassin dont les bords sont de jaspe; au côté droit se trouve la mosquée qui est terminée par une coupole, et dont la façâdea deux minarets ; la coupole tombe en ruine; les briques vernissées qui la couvrent se détachent chaque jour. Il en est de même des marches qui composent les escaliers des minarets , dans lesquels il ne sera bientôt plus possible de monter. A l'intérieur, la chaire et toutes les murailles sont incrustées de jaspe, de porphyre et de bois de senteur, où l'on voit gravés divers passages du Coran.
Des trois autres côtés de la cour, l'un est occupé par un beau portique sous lequel on a pratiqué des chambres où Ton va fumer le tabac et boire le café. Des bancs soni disposés en amphithéâtre; au milieu de chaque salle est un bassin plein d^eau courante, pour remplir la carafe du narghileh , la pipe ordinaire des Persans. Aux deux autres côtés de la cour sont les logements des élèves du collège, ou medresseh, qui est joint à la mosquée. Chacun de ces bûtiments a deux étages et douze chambres petites, carrées, couvertes d'un tapis, calmes, silencieuses et parfaitement propres à l'étude.
On remarque encore à Ispahan la mosquée de LouflaUah , qui est assez bien conservée , et celle du Sedr ou du grand pontife, qui a servi de modèle [K)ur la construction de la mosquée royale. Elle n'est pas tout à fait aussi grande que celle-ci, mais elle est aussi belle et aussi riche. Les murailles en sont de même garnies de jaspe, et peintes en azur et en or. Les cours sont remplies de beaux bassins pour les ablu-
MONUMEOTS RELIGIEUX. 219
Uons, et plusieun belles colonnes d'émail vert soutiennent le jubé, qui est tout entier de jaspe.
ATauris, capitale de rAdzerbaïdjaUy les mosquées sont au nombre de plus de deux cent cinquante; la plupart, du reste, sont en fort mauvais état. La mosquée d'Ali-shah est presque toute détruite; on en a reparé, tant bien que mal, le bas où le peuple va à la prière; et le minaret qui est assez élevé. C'est la première qu'on découvre en venant d'Érivan. Cette mosquée a été bâtie, il y a environ six cents ans, par Cojà-Ali-shah , grand vizir de Kasan, roi de Perse, qui faisait sa résidence à Tauris et qui y a été enterré. Tavernier dit avoir vu , dans cette ville, une mosquée superbe que les Persans avaient abandonnée, la regardant comme immonde pour avoir été construite par les sectateurs d'Omar. Ce bâtiment était revêtu en dehors de briques vernissées de différentes couleurs, et décoré en dedans de riches arabesques et d'inscriptions en lettres d'or et d'azur. Aux côtés de la façade étaient deux minarets revêtus de briques vernissées, et terminés par un petit dôme en forme de turban. II est probable que ce monument aura été détruit, lors du tremblement de terre de 17S0, qui bouleversa toute la ville.
La principale mosquée de Tauris a été bâtie l'an 878 de l'hégire. Tout l'intérieur et une partie de l'extérieur sont dorés La mosquée dite des deux tours est remarquable en ce que les deux tours ne sont, à proprement parler, qu'une seule composée de deux étages superposés, le second étage étant plus haut et plus large que l'inférieur.
La principale mosquée de Schiraz, capitale du Fars, est celle d'Atarbeg; vient ensuite celle du Vakil ou du régent, commencée par le Vakil-Kerim-khan, et achevée après sa mort. Le bâtiment est de forme carrée; dans le centre est un réservoir d'eau pour les ablutions. Aux quatre côtés de la cour sont des portiques; sur les murailles sont gravées des sentences du Coran. Au fond de la cour est une salle surmontée d'une coupole, qui est la mosquée proprement dite; elle est revêtue de marbre blanc, ornée de lapis-lazuli artificiel et de trois grandes lampes d'argent.
Dans le centre de la ville est la Musjidi-noo, ou nouvelle mosquée. Malgré son nom, cette mosquée est presque contemporaine de l'invasion mahométane. Dans la cour sont deux grands cyprès, que les Perses affirment exister depuis six cents ans; ils sont appelés Aashuk-Maashuka, ou l'amant et sa maîtresse; ils sont en grande vénération.
Tous ces monuments ont beaucoup souffert du terrible tremblement de terre de 1824. Pas un des dômes ni des minarets n'est resté debout.
Aux environs de cette ville, quelques pans de mur indiquent la place du Mosalla, tant chanté par le poëte Hafiz. Ce Mosalla était, à ce qu'il parait, un édifice consacré à la prière et autour duquel se trouvaient un cimetière et des jardins.
A Téhéran, la plus belle mosquée est très-moderne; elle a été construite par Feth-Ali-shah.
La mosquée royale de Casbin , qu'on appelle Medjid-shah , est une des plus grandes
et des plus belles de la Perse.
SâO PERSE.
Je ne mentionnerai celle d'Ardebil, dans i'Adzerbaidjan , attenante au tombeau de Shah-Abbas, que parce qu'on y conservait une célèbre bibliothèque, regardée comme Tune des plus riches de Tislamisme. Ses plus précieux manuscrits sont allés augmenter la collection de la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg.
Outi^ les mosquées, ou trouve fréquemment en Perse, sur le bord des routes, des espèces de chapelles auxquelles on donne le nom d'iman-zadeh et qui me paraissent répondre aux santons de TÉgjpte, aux marabouts de Barbarie.
MONLMENTS FUNÉRAIRES.
Nous savons par les écrivains grecs que les Perses ne brûlaient pas les restes des morts comme d'autres peuples de l'antiquité. En etfet, il eût été contraire aux lois de Zoroastre de souiller par le contact d'un cadavre l'élément sacré, émanation d'Ormouzd lui-même. L'inhumation était à la fois commandée par l'usage civil et par la loi religieuse. Cependant le choix de la terre qui devait recevoir les dépouilles mortelles des Perses n'était pas arbitraire; les prescriptions religieuses intervenaient encore et désignaient la terre natale, la terre sacrée qui avait produit chaque homme et où chaque homme devait retourner. Les témoignages les plus nombreux et les plus exprès se réunissent pour nous apprendre cette particularité. C'est ainsi que Cambyse fit transporter son père Cyrus en Perse, à Pasargade, non loin de Persépolis. Nous savons que Darius Nothus prépara lui-même son tombeau; et si l'histoire ne nous a rien transmis d'analogue sur les princes suivants, nous voyons Alexandre, observateur si exact et si scrupuleux des coutumes des peuples qu'il combattait, ordonner, après la bataille d'Arbelles, de porter le corps de Darius dans le tombeau de ses pères.
Le monument funéraire le plus ancien que nous trouvions sur le sol de la Perse parait être celui qui existe aux lieux où fut Suze, près de Chouster, dans le Khousistan, et qui, suivant des traditions locales conservées jusqu'à nos jours, serait le tombeau du prophète Daniel. En effet, si nous ne pouvons lui assigner avec certitude une origine aussi reculée et aussi illustre, tout nous autorise, malgré la diflërence des lieux, à le considérer comme un produit de l'art babylonien. C'est un cube de granit couvert sur deux de ses faces d'inscriptions cunéiformes. Au-dessus de ces caractères sont deux rangées de représentations symboliques d'hommes et d'animaux. On y remarque une figure qui a les traits caractéristiques des deux natures, et un monstre qui réunit un corps de sanglier, une tête d'homme avec des cornes et des jambes de bouc. Il serait à désirer que nous eussions de ce monument des dessins plus exacts que ceux que nous possédons, qui sont loin d'être d'accord entre eux. Les rabbins attribuent à ce tombeau beaucoup de prodiges, et les juifs y vont encore en pèlerinage.
Dans le Kerman , à Hamadan , l'ancienne Ecbatane , on montre bien le prétendu
MONUMENTS FUNÉRAIRES. 224
tombeau d^Estlier et de Mardochëe, qui est également en grande vénération parmi les juifs. Ce monument est placé au milieu d'une synagogue, et construit en briques revêtues de bois peint en noir. Cet édifice n'est certainement pas d'une époque antérieure à l'islamisme. Une inscription en hébreu, gravée d'une manière assez grossière sur une pierre placée dans l'intérieur, porte que ce monument fut élevé sur le sépulcre de Mardocliée et d'Esther, par deux pieux juifs, de Casclian , l'an du monde
Dans la plaine de Mourgab, et non loin d'ispahan, est un monument que les habitants appellent Meschedi-madert-Souleiman , tombeau de la mère de Salomon , par suite de l'habitude où^ont les Orientaux d'attribuer au grand Salomon les monuments dont ils ignorent l'origine; Ker-Porter croit reconnaître dans cet édifice le tombeau deCyrus, et, dans la plaine où il est situé, l'emplacement de l'ancienne Pasargade. Cette supposition nest pas dénuée de vraisemblance; car la description du tombeau de Cyrus , qui nous a été transmise par Strabon et par Diodore de Sicile, s'applique assez bien au monument qui nous occupe. Ce tombeau (planche 37) est composé d'une petite édicule exhaussée sur sept assises de marbre, en retrait Tune sur l'autre. 11 est d'une très-grande simplicité, ce qui s'accorderait avec ce que l'histoire dit, que Cyrus prescrivit lui-même pour ses funérailles.
Au couchant de Persépolis s'étend une haute montagne, nommée Mechhed, qui domine les ruines en forme d'amphitéâtre. Dans le flanc de cette montagne on remarque deux tombeaux , les plus intéressants peut-être à tous égards de ceux que l'antiquité nous a transmis, si on excepte les Pyramides d'Egypte. Les habitants appellent ces monuments le cherk-almas, c'est-à-dire le talisman ou le diamant du destin, parce qu'ils croient qu'ils renferment un talisman, et que ceux qui ont voulu y pénétrer ont été arrêtés par les démons gardiens de ce trésor.
L'une des faces de la montagne, composée tout entière de marbre blanc de la plus grande beauté, a été taillée de manière à s'élever presque verticalement. Sur cette immense surface, au milieu de la montagne, et à une élévation de vingt à trente mètres, sont creusés dans le roc les deux tombeaux entièrement semblables (planche 59) de situation, de dimension, d'ornements, de distribution, qui semblent n'être que deux exemplaires du même type. Plus loin , sur la même face , on voit un autre tombeau où sont indiquées les mêmes formes et la même proportion, mais qui n'a pas été terminé. Nous verrons tout à l'heure, qu'à peu de distance de là, sont quatre autres tombeaux, semblables aux premiers, en tout sept' tombeaux , nombre égal à celui des monarques persans de la dynastie des Achéménides, depuis Darius, fils d'Hystaspe, jusqu'à Darius Codoman, le dernier de cette famille. Diodore de Sicile nous a laissé sur les tombes royales de Pers<'*polis des détails qu'il est curieux de rapprocher des relations des voyageurs : « A l'orient de la ville est une montagne éloignée de quatre plèthres, et à laquelle on donne le nom de royale; elle contient les tombeaux des rois. Le rocher a été taillé, et, au milieu de sa hauteur, on voit plusieurs édifices dans lesquels on plaçait les corps des défunts. Ils ne présentent aucune entrée ouverte par la main des hommes; mais ils i*ecevaient les c(M*cueils des
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mortSy apportés par des machines destinées à cet usage. » Si l'on fait abstraction de I*erreur évidente de Diodore, qui place la montagne royale vers le levant de la ville, tandis qu'elle est au couchant, son récit s'accorde pour la distance, Félévation, la forme des monuments avec les observations des modernes. A ce témoignage, nous pouvons ajouter le récit d'un contemporain , d'un témoin qui avait vécu longtemps à Persépolis, et qui, par sa, position particulière, avait dû en connaître tous les monuments; je veux parler de Ctésias, médecin d'Artaxercès IL Par malheur, son ouvrage est perdu, et il ne nous en i*este que quelques fragments cités par Photius et par Diodore de Sicile. Le patriarche Photius a vraisemblablement altéré et abrégé les passages qu'il rapporte, pour en appuyer ses opinions particulières. Diodore de Sicile est plus exact et plus explicite; mais la réunion de tous ces fragments est loin, par malheur, de former un ensemble satisfaisant et de combler toutes les lacunes. Quoi qu'il en soit , Ctésias rapporte dans ces termes une anecdote curieuse sur ces mêmes tombeaux: « Son père et sa mère (de Darius) voulurent, dit-il, contenter leur curiosité et visiter le tombeau que Darius avait fait construire; il leur en coûta la vie. Les prêtres, qui les guidaient au haut de la montagne, ayant aperçu des serpents, en furent si effrayés, qu'ils lâchèrent les cordes; le prince et la princesse se tuèrent en tombant. Cet accident causa beaucoup de chagrin à Darius; il fit couper la tête aux quarante personnes chargées de guiuder en haut de la montagne son père et sa mère. » Toutes les preuves semblent donc être réunies, et il ne nous est pas permis de douter de la destination de ces monuments.
Les deux tombes achevées sont celles de Darius, fils d'Ilystaspe, et de Xercès, son fils et son successeur; celle qui n'est pas terminée est celle de Darius Codoman, qui, détrôné par Alexandre, assassiné par Bessus, ne put achever le palais funéraire qu'il se préparait.
Ces deux tombes, nous l'avons dit, sont entièrement semblables: la description de Tune est la description de l'autre. Elle est taillée dans le marbre, et, au premier coup d'œil, aussi étonnante par ses dimensions grandioses, par ses proportions fortement colossales, que par le fini de l'exécution, par la délicatesse du travail, qui apparaissent dans toutes ses parties. C'est un édifice prodigieux de hardiesse, de patience, de grandeur dans la conception première, et de persévérance dans son accomplissement. Il se compose d'une façade à deux étages , élevés en retraite sur une plate-forme. A l'étage inférieur, oh voit un portique de quatre colonnes, au fond duquel est une porte feinte. Nous savons avec certitude que cette p>orte ne conduit pas à l'intérieur du monument. On y remarque une eflraction produite, sans doute, à une époque reculée, dans le dessein de dépouiller la chambre mortuaire de ses trésoi*s. Du reste, l'examen le plus minutieux n'a montré aucun interstice, aucune trace d'ouverture ou de passage, et tout donne à penser que le sépulcre ne communiquait pas avec cette façade, et qu'on y entrait par une porte qui donnait sur quelque autre parlie de la montagne, et qui, jusqu'à présent, s'est dérobée à toutes les recherches.
Au-dessus de la ix>rte de la façade est une frise à denticules, soutenue par douze
MONUMENTS FUNÉRAIRES. 223
lions disposés face à face, six dans an sens et six dans Tautre. L'étage supérieur présente nne immense travée, composée de deux rangs de figures représentant des Perses armés, avec Tépée à droite, dans la posture d'atlantes et de caryatides, et supportant une sorte de t)aldstrade. Aux deux extrémités sont deux licornes ailées de proportion colossale, dont les pattes de derrière reposent sur des fruits de lotus. Enfin, des deux côtés on voit deux petites figures, probablement des prêtres d'un ordre inférieur, qui ont la main appuyée sur les supports du bas-relief dont nous allons parler. La partie culminante de cette façade est une scène symbolique, sculptée en haut-relief, et dans des dimensions toujours fortement colossales. C'est un homme en costume médique, la tête couverte d'une tiare, appuyé d'une main sur un arc immense, et tenant l'autre main levée en signe d'adoration. En face de lui est un autel, sur lequel brûle le feu sacré, et qui est surmonté d'un globe, et au-dessus, dans une région supérieure , le Féroher. Le personnage principal de cette représentation est, selon toute vraisemblance, le roi, sectateur de Zoroastre, adorant le feu. Au-dessus de l'autel est, comme nous l'avons remarqué, un globe, sur la signification duquel les interprètes ne sont pas d'accord. Les uns y reconnaissent le monde où s'exerce la puissance d'Ormouzd, les autres le soleil, manifestation de Mithra.
Nous avons dit que quatre autres tombeaux analogues existaient à peu de distance. Pour les décrire, nous prendrons principalement p>our guide l'excellente notice publiée par notre ami M. Dubeux, le savant orientaliste persan (i). A quatre milles de Persépolis, et à douze lieues environ de Schiraz, est un rocher de marbre blanchâtre, taillé à pic, et qui s'élève à une hauteur de près de trois cents mètres. C'est sur la face de ce rocher (planche 38), que se trouvent les sculptures et les excavations appelées aujourd'hui kabrestani-guiauran , ou le cimetière des Guèbres , TalûUi'Rousiatn, le trône de Roustam, et plus cx)mmunément Nakschi-Roustam, ou l'image de Roustam.
Les habitants du pays ont adopté ce dernier nom, parce qu'ils croient reconnaître dans les sculptures du rocher, la représentation des combats singuliers et des hauts faits d'armes de Roustam , le fameux héros des temps fabuleux de la Perse : les monuments de Nakschi-Roustam se composent des quatre tombeaux et de plusieurs grands reliefs; les premiers appartiennent, comme nous l'avons vu, à la dynastie des Achéménides, et durent contenir les restes mortels d'Artaxercès Longuemain, de Darius Nothus, d'Artaxercès Mnémon et d'Ochus; les bas-reliefs sont de l'époque bien plus moderne des rois sassanides. Les quatre tombeaux ne diffèrent en rien l'un de Tautre, du moins à l'extérieur. Celui qui fut visité par Ker-Porter forme sur le rocher une retraite de près de cinq mètres. Cette retraite, plus large an milieu, présente l'aspect d'une croix grecque. I^ hauteur totale du monument est d'environ trente mètres, et forme trois étages. Le premier, entièrement lisse, était destiné probablement à recevoir une inscription; le second, où se trouve la porte, est orné de quatre colonnes distantes d'environ sept pieds l'une de l'autre. Ces co-
(1) Monuments anciens et modernes, pubUés sous la direction de M. Jules Gailhaband; in-4*, Paris, Firmin-Didot, S^ livraison.
lonnes ont à leur base des plinthes, qui avancent de cinquante centimètres au delà du niveau de rentrée du tombeau. I^s fûts sont couronnés par des chapiteaux présentant deux têtes de taureau. Ces chapiteaux soutiennent une architrave, qui n'a diantre omement qu'une rangée de modillons. La porte du tombeau est placée entre les denx colonnes du milieu ; sa partie inférieure offre les traces d'une violation ancienne. La largeur de cet étage est de dix-sept mètres. L'étage supérieur est seul décoré de sculptures, que je ne décrirai pas ici, car elles offrent la plus grande analogie avec celles de Persépolis, et ne présentent aucune particularité saillante qui les en distingue.
Nous avons vu que ce monument est placé dans un renfoncement taillé dans le roc; les quatre surfaces que présente le roc dans la partie supérieure sont ornées chacune de trois figures placées l'une au-dessus de l'autre ; celles placées à gauche sont armées de lances; celles de droite, également vêtues de longues robes, paraissent être des pleureurs ; elles tiennent la main gauche élevée à la hauteur du visage, et relèvent le pan de leur robe comme pour essuyer leurs larmes. Ces tombeaux sont creusés, comme nous l'avons dit, à une grande hauteur au-dessus du sol. On ne saurait y pénétrer que par une ascension qui exige beaucoup d'adresse et de courage, et qui présente des dangers et des difficultés très-réels. Niebuhr n'a pu entreprendre ce périlleux voyage, mais il nous a transmis les résultats des recherches d'un de ses amis qui avait visité ces monuments. Corneille de Bruyn a voulu essayer d'y monter, mais, arrivé au bas de la montagne, le cœur lui a manqué; il s'est contenté d'y faire monter des habitants du pays, il est resté près d'eux pour leur donner ses instructions et recueillir leurs observations. Chardin a été plus courageux, mais les renseignements qu'il a donnés sont rapportés avec plus d'exactitude et de détail par Ker-Port(ir.
Ce voyageur fit monter des habitants du pays, qui le hissèrent par une corde jusqu'au tombeau. Après cette ascension de plus de vingt mètres, Ker-Porter pénétra par l'ouverture dans une chambre longue de onze mètres et haute de trois, dont le plafond est noirci par la fumc^e des torches. Au fond de cette chambre, dans de grandes niches, étaient trois coffres de pierre, longs de deux mètres soixante et dix centimètres , sur un de large, dont les couvercles, encore en place, avaient été brisés, sans doute pour y chercher les trésors que l'on enfouissait dans les tombeaux. On s'assura, en y introduisant un flambeau, qu'il n'y avait aucun reste de dépouille humaine. Je ne sais jusqu'à quel point Ker-Porter a raisoi^'en conclure qu'ils n'ont jamais contenu de cadavre, et que cette chambre n'était pas un sépulcre; que c'était ailleurs qu'était déposé le corps du roi. 11 est certain que cette chambre est sans issue. Il y a dans le flanc de la montagne un grand nombre de corridors ou galeries souterraines, qui, peut-être, conduisent à la véritable chambre sépulcrale; c'est un labyrinthe où les routes se croisent et se replient sur elles-mêmes dans tant de tours et détoui*s, qu'on risque de s'y égarer. Chardin s'engagea dans le souterrain, et y pénétra successivement par sept on huit issues, et suivit des voies différentes, mais toujours sans succès. Tantôt des vapeurs méphitiques menaçaient d'éteindre ses flambeaux et de l'étouffer, tantôt des quartiers de rocher, déta-
MONUMENTS FUNÉRAIRES. i-25
chés de la voûte, l'arrêtaient dans sa marche, tantôt le chemin se rétrécissait jusqu'à ce qu'il ne pilt plus y passer la tète.
Le Bniyn fit aussi quelques tentatives qui ne furent pas plus heureuses.
Les monuments de Tépoque des Sassanides se composent uniquement de basreliefs, et sont placés à une hauteur beaucoup moins considérable que les tombeaux, quelques-uns même se trouvent à moitié cachés par la terre et le sable amoncelés; ces monuments forment six énormes tableaux en relief et taillés dans le roc. Sur Tun, on aperçoit Ormouzd qui présente à Artaxercès, fondateur de la dynastie des Sassanides, un anneau duquel pendent des bandelettes, et qui doit être Temblèmc de Tautorité royale. Deux inscriptions en pehivi et en grec, dont Tune est la traduction de Tautre, ne laissent aucun doute sur ce sujet. Un second bas-relief représente une princesse recevant ce même anneau d'un personnage qui doit être le roi son mari. Sur le troisième (planche 58 bis) est un homme à genoux, en posture de suppliant. Comme ce même sujet *est représenté sur les monuments de Chapour ou Sapor I", et que Thomme à pied et Tliomme à genoux portent le costume romain, il est à croire qu'il est ici question de Tinfortuné Yalérien, qui tomba au pouvoir de Sapor. Deux bas-reliefs représentent deux guerriers à cheval et combattant avec lance. Enfin, le sixième et dernier montre un roi placé sur une espèce de tribune et prononçant un discoui*s. Différents personnages sont groupés autour du roi. U y a encore, non loin de là, une autre tombe du même genre, nommée Nakêchi- Radjah, ou le portrait de Radjab. C'est une salle creusée dans le roc et ouverte par en haut. Le fond et les côtés de cette salle sont couverts de bas-reliefs. Une de ces figures, qui représente un roi de Perse de la dynastie des Sassanides, est devenue, on ne sait trop comment, pour les habitants du pays, un héros imaginaire auquel ils ont donné le nom de Radjab. Les têtes de presque tous les personnages ont été mutilées par le fanatisme des sectateurs de Mahomet.
Franchissons maintenant plusieurs siècles, et arrivons aux monuments funèbres érigés par les musulmans. Les funérailles des Persans se font à peu près comme celles des autres mahométans; les corps sont inhumés, soit dans un monument, soit dans un cimetière public. Les seuls guèbresont conservé de leurs ancêtres l'usage de déposer les corps dans une enceinte où ils sont dévorés par les oiseaux de proie.
Au centre de Schiraz, près la Musjidinoo, la nouvelle mosquée, est un très-grand bâtiment appelé Schah-Chérang , ou la lampe du roi; il est considéré comme trèssaint, étant le mausolée d'un frère de leurs imans. Ce monument est très-antique, mais on ne peut fixer la date de sa fondation ; on croit toutefois qu'il date du quatrième siècle de Thégyre. Autrefois magnifique , il tombe maintenant en ruine. 11 fut cependant réparé par Kerim-khan, qui le fit recouvrir entièrement ; mais depuis, il a beaucoup souffert du temps et des injures des saisons. Quoi qu'il en soit, plusieurs des iman^-zadas, ou des descendants des imans, y résident, et sont entretenus au moyen des faibles restes des immenses revenus que possédait autrefois cette fondation religieuse.
Il existe près de Schiraz deux tombeaux très-célèbres en Perse, ce sont ceu% des I . 29
2â6 PERSE.
deux fameux pointes Sadi et Flafiz. Sadi-Mosleh-eddin naquit à Schiraz, l'an 57i de l'h(>gire, 1475 de Ji^us-Christ ; il mourut en 691 de l^égire, 1291 de Jésus-Christ. llaGz-Mohammed-Shems-eddin ne naquit qu'un demi-siècle après la rnoit de Sadi, (paiement à Schiraz; il mourut en 794 de Tliëgire, 1391 de Jésus-Christ. Bien que Kerim-khan ait dépensé 10,000 piastres pour faire réparer et embellir le tombeau de Sadi, ce monument est de nouveau tombé en ruine et ne mériterait aucune mention, s'il ne renfermait les cendres du plus grand poëtcde la Perse. Ce mausolée, situé au pied des montagnes qui lx>rnent le territoire de Schiraz au nord-est, se compose d'un grand bâtiment carré à l'c^xtrémité duquel on a pratiqué deux cellules dans la muraille; celle de droite contient la tombe de Sadi, qui est longue de deux mètres et large de soixante el dix centimètres. Cette tombe est encore dans son état primitif; elle est nx^ouverte d'une boiserie à dessins d'or, sur laquelle on lit une ode du poète, gravée avec soin.
La tombe de llafizestnon loin de Ki, à deux milles de Schiraz, hors de la porte Schah'Mizza-lfamza. Kerim-khan y a érigé une salle des plus élégantes, au milieu d'un beau jardin. Devant le bâtiment sont un bassin et une fontaine. Sous l'ombrage est la tombe du poêle, composée» d'une dalle de marbre blanc de Tauris, longue de deux mètres soixante et dix centimètres sur un mètre trente centimètres de largeur. Cette tombe, plus moderne, recouvre la véritable, et est toute parsem(*e d'inscriptions gravées, tirées des œuvres du poète. Le tombeau de Hafiz est devenu pendant l'été le rendez-vous des promeneurs de Schiraz, qui y trouvent, à leur disposition, une des plus élégantes copies de ses œuvres.
A peu de distance, au nord de la tombe de Hafiz, est un monument appelé Hefttun, les sept corps. On raconte que sept derviches, étant venus d'une grande distance se fixer en ce lieu, y moururent l'un après l'autre, et s'y enterrèrent jusqu'au dernier, qui fut enseveli par les voisins. Kerim-khan a érigé en ce lieu une belle salle longue de neuf mètres sur six, et haute de treize mètres trente centimètres. Un tiers de la hauteur est revêtu de marbre de ïauris, le reste est décoré d'arabesques bleu et or, et de peintures dans le style persan, parmi lesquelles on remarque le sacrifice d'Abraham, et Moise enfant conduisant les troupeaux de son beau-père Jethro. Sur les portes de la salle sont les portraits des poètes Hafiz el Sadi. Autour de cette salle est un beau jardin, où chaque derviche a sa tombe marquée par une pierre sépulcrale. Le tombeau des sept derviches est, comme celui de Sadi, un lieu de promenade pour les habitants de Schiraz.
A un quart de mille seulement de Schiraz esf un grand bâtiment octogone, qui renferme la tombe d'Abdurraham-kha.n, second fils de Kerim-khan, mort à l'âge de douze ans. Celte tombe a deux mètres soixante et dix centimètres de long et un mètre de large; elle est placée au milieu de la salle et couverte d'une pièce de brocart. La tombe est d'un très-beau marbre de Tauris, élégamment sculptée; sur le plat et sur les côtés sont gravées, avec soin, des inscriptions persanes. La sMe est surmontée d'une belle coupole, ornée intérieurement d'arabesques bleu et or, imitant la porcelaine de la Chine.
Kom, dans l'irak-adjemi , ville en grande partie ruinée, est célèbre par les tom-
MONUMEiYl^ FUNERAIRES. 227
beaux des petits-fils et descendants d'Ali, qu'on appelle itnan-zadeh , c'est-à-dire fils d*apôtre$; ce sont les saints des Persans. Au temps de Chardin, ou comptait autour de la ville quatre cent quarante-quatre mausolées ou petites mosquées où ils sont enterrés. Ces tombeaux suffiraient pour faire de Kom une ville sainte; mais il en est un bien plus révéré que tous les autres, qui est visité chaque année par plusieurs milliers de pèlerins, et qui se distingue par la beauté de sou architecture, la richesse des ornements et les trésors (pi'il renferme. C'est, d'après la plupart des voyageurs, celui de Sidi-Falima ou Falime, fille ainée de Mahomet, qui épousa son cousin germain Ali. M. Dubeux lui assigne une origine moins illustre; selon lui, ce monument renfermerait les cendres de Falima, fille de Mousa, fils de DjafarSadik, le septième des douze imansdes Persans, empoisonné par ordre du caille llaroun- Al-Raschid. Enfin, à en croire Tavernier, Sidi-Falima aurait été fille de l'iman lloséiu, qui était fils d'Ali et de Falmé, fille de Mahomet. Quoi qu1l en soit, ce tombeau est réputé sacré; un drap de velours vert, biodé d'or et de pierreries, en cache la vue au peuple; autour est une grille d'argent massif, qui a cinq mètres trente centimètres en carré, et dont chaque barreau est surmonté d'une grosse boule; les préposés à sa garde donnent un certificat aux pèlerins qui ont le moyen de le payer. 1^ belle mosquée qui renferme ce tombeau , ayant beaucoup souffert du temps et des trem- ^ blements de terre, a été refaite par Feth-Ali-schah en i802.
A Kom sont deux autres tombeaux fort élégants renfermant les restes de Schah- Sefy P% et de son fils Abbas II, morts, le premier en iG4l , le second en IGGG.
Au centre de Meckhed, ville considérable du Khoraçan, est le tombeau d'Ali, fils de Mousa, huitième iman de la race d'Ali, surnommé Riza, le favori de Dieu, qui naquit à Médine en 7Go de notre ère. Le tombeau de l'iman Riza est un mausolée très-beau , avec un dùme richement décoré. Trois treillis environnent la tombe. Le premier est en acier trempé, le second en or fin, et le troisième, qui entoure immédiatement le cercueil, est en bois de sandal. Plusieurs voyageurs ont écrit que le dôme était couvert de lames d'or; il est seulement revêtu de cuivre poli.
A Ardebil, ville de l'Adzerbaidjan, sont inhumés Cheikh-Sefy, Ibayder et Ismailschah. Leurs tombeaux, pour lesquels les Persans ont une grande vénération, sont placés sous des dûmes peu élevés et tombent en ruine.
Sur une éminence près d'ispahan se trouve une petite tour ronde surmontée d'une coupole, autour de laquelle on lit une inscription en caractères coufiques. Chardin l'appelle mil-Schalir, la tour du coureur. A cette tour se rattache une anecdote qui m'a rappelé la touchante légende des bords de la Seine, la côte des deux amants.
Un roi de Perse avait promis sa fille à celui qui pourrait courir à pied devant son cheval, depuis Schiraz jusqu'à Ispahan. Un schatir, ou coureur, près d'atteindre le but, sévit forcé par le roi de ramasser d'abord son fouet, puis sa bague. H s'était tellement serré qu'il savait, qu'en se baissant sa mort était cei*taiue; il ne voulut pas cependant désobéir à son prince, il se baissa et mourut. En mémoire de cet événement on éleva le mil-Schalir.
C'est aussi dans les environs dlspahan que s'élèvent les colonnes tremblantes.
regardées par les Persans comme une des grandes curiosités de leur pays. Ce sont deux minarets qui flanquent un édifice élevé sur le tombeau d*un de leurs saints. On fait monter au sommet de chaque minaret un enfant , qui, employant ses forces, ébranle Tédifice comme pourrait le faire un tremblement de terre, l^es Persans attribuent cet effet singulier à la puissance du saint personnage qui repose sous le monument.
Je mentionnerai encore, en terminant, le tombeau du sultan Kasan, mort il y a six cents ans environ. C'est une grande tour ruinée que Ton voit à Tauris, et qu'on appelle Monar-khan-Kasan,
Dans la province de Kurdistan, dans les environs de la ville de Kirmanschah, près de la route de Bagdad à Hamadan, qui correspond à Babylone et à Ecbatane, est une plaine fertile entre des montagnes escarpées. L'une de ces montagnes nommée Bisoutoun, parait être celle que Diodore nomme Bagistan^ et sur laquelle Sémiramis fit pratiquer de si grands travaux ; « Sémiramis, dit Thistorien, ayant mis la dernière main aux ouvrages qu'elle avait entrepris , partit à la tête d'une armée considérable pour la Médie. Parvenue en face du mont Bagislan, elle campa dans le voisinage et y fit établir un parc (n« «<^cl0-«f), qui avait douze stades de tour. Dans l'enceinte de ce parc, situé au milieu d'une plaine, se trouvait une source abondante dont les eaux servirent à l'arrosement de toutes les plantations. Le mont Bagistan est consacré à Jupiter, et sur un des côtés du parc, les rochers taillés à pic s'élevaient à une hauteur de six stades. Sémiramis en fit polir avec soin la partie inférieure, l'on y grava ensuite la figure de la reine entourée de cent de ses gardes, et au-dessus une inscription en lettres syriennes, qui portait que Sémiramis avait fait rassembler les harnais des mulets employés à la suite de son armée; leur seul amas, qui de la plaine atteignit la hauteur de ces rochers, lui avait servi de degrés pour arriver au sommet du mont. »
Le mont Bisoutoun, d'une hauteur de cinq cents mètres, ce qui se rapporte à peu près à la mesure donnée par Diodore, offre à sa base une plate-forme qui semble avoir été destinée à porter un édifice, et a sur ses flancs un grand bas-relief, mutilé en partie par le temps et la main des hommes, car il est coupé par une tablette sur laquelle on avait sculpté un bas-relief grec, et on y voit en partie des inscriptions persanes.
Du reste, ce monument, que ses proportions colossales permettent de découvrir d'assez loin, ne peut qu'avec la plus grande difliculté être examiné en détail. Ker- Porter a tenté de gravir cette côte escarpée, et après avoir couru les plus grands dangers, est parvenu sur une pointe de rocher assez près du bas-relief pour pouvoir dessiner plusieurs des sujets les plus intéressants. Dans l'un d'eux, le principal per-
soDDage est debout, d'une taille plus élevée que ceux qui Tentourent; à sa main est un arc, signe de la puissance royale, et il foule à ses pieds le corps d'un homme. Devant lui sont dix figures d'une taille plus petite, ayant les mains jointes et une corde passée autour du cou. Au-desus est le Feroher. Ce bas-relief est accompagné d'inscriptions cunéiformes. Il est assez probable que ce roi est Salmanasar, vainqueur de Hosée, roi d'Israël (739 avant Jésus-Christ), et conduisant en servitude les dix tribus indiquées par les dix figures.
L'extrémité occidentale du rocher de Bisoutoun porte le nom de Takiboslan, c'est-à-dire la voûte du jardin. Ce rocher est célèbre par les monuments sculptés qui s'y trouvent. Au bas de la montagne sont deux salles taillées dans le roc vif; on y pénètre par de grandes ouvertures en forme de portiques. Dans le fond de la plus grande des salles sont sculptées quatre figures, dont la plus considérable est au niveau du sol. C'est une statue équestre colossale, aux trois quarts en relief. Le cavalier a la tête couverte, ainsi que le corps, d'une cotte de mailles fort bien sculptée; d'une main il tient une lance, de l'autre un petit bouclier. Le cheval, fort endommagé, est harnaché en guerre. Selon la tradition ce guerrier serait Roustam. Cette figure est placée entre deux colonnes cannelées d'ordre corinthien; on voit sur les côtés une double inscription en grec et en pehivi, entièrement indéchiffrable. De ces divers indices nous croyons pouvoir conclure que ce bas-relief est de l'époque des Séleucides, tandis que ceux qui l'accompagnent appartiennent aux Sassanides. Au-dessus de la statue équestre règne une espèce de corniche qui la sépare d'un groupe de trois figures, une femme portant le diadème particulier à la dynastie des Sassanides, un roi et un autre personnage barbu. Les côtés de la salle sont couverts de représentations de scènes champêtres, telles que chasses au cerf et au sanglier, etc.
Ces sculptures paraissent se rapporter au temps de Kosrais-Parviz et de sa femme Chirin, qui, suivant l'histoire orientale, montrèrent une grande prédilection pour le séjour de Kermanschah, et y firent exécuter de grands travaux.
La seconde salle, plus petite que la première, contient seulement deux figures de grandeur naturelle et de demi-relief.
La surface du rocher a été lissée à une grande distance autour des portiques. Sur cette surface polie, au-dessus de l'entrée de la grande salle, sont deux figures ailées, de proportions gigantesques, qui ressemblent aux victoires des Grecs et des Romains.
A côté de la petite salle, et sur le rocher, au-dessus d'une des sources qui en sortent, est un bas-relief avec quatre figures de gi-andeur naturelle, dune fort mauvaise exécution.
Dans le Fars, non loin de la petite ville de Kazzoun, sont les ruines de Chapour, ville bâtie par Sapor V\ M. Morrier y a reconnu les restes d'une citadelle, plusieurs bas-reliefs sculptés sur le roc et offrant des sujets très-variés; ces figures lui ont paru supérieures, sous le rapport de l'art, à toutes celles qu'il avait déjà observées en Perse. M. Alexander en porte le même jugement.
Les ruines les plus importantes de la Perse sont celles de Persépolis. L'emplacement de cette capitale si célèbre de Tempire de Cyrus est au nord-est de Schîraz , près des villages de Merdhact et de Monrgab, au pied de la liante montagne de Coutri-Ramet, montagne de miséricorde ^ toute composée de marbre gris. L'ensemble des ruines s'étend à plus de vingt milles vers le nord ; elles couvrent un plateau d'une forme irrégulière et d'un niveau inégal, où la pente naturelle du sol a été taillée en quatre ou cinq terrasses auxquelles on parvient par des rampes aboutissant h la montagne. La terrasse supérieure porte aujourdluii le nom de Tchel-Minar, les quarante colonnes, non parce qu'il y a ce nombre de colonnes, mais parce que chez les Perses modernes le nonibie de quarante est employé pour exprimer tout nombre considérable et indéterminé.
Ces ruines (planche iO) constituent h peu près les seuls restes que nous possédions de la puissance et de la civilisation perse; car il n'y a presque rien de Suze et d'tcbatane; mais les restes de Persépolis existent encore dans un état de conservation étonnant.
Ce sont des colonnes d'un genre tont particulier, un alphabet presque indéchiffrable; ce sont une langue presque perdue, des bas-reliefs de dimension colossale, des sculptures d'un fini précieux, des figures de proportion gigantesque, ayant parfois des formes étranges. On sait que Persépolis était la principale résidence des monarques perses; elle partageait à la vérité cet honneur avec Ecbatane, Suze et Babylone, mais Persépolis était considérée comme la ville sacrée par excellence, le siège de la religion, le berceau de la monarchie.
Les hommes ont plus contribué que le temps à faire de cette ville un monceau de ruines. Trois cent trente ans avant notre ère, Alexandre, dans un moment d'ivresse, voulut la détruire et y coopéra de sa main; toutefois il ne put anéantir le culte qui s'attachait même à ses ruines. Ainsi nous avons vu que les rois Sassanides, qui s'élevèrent plus tard à la place des Achéménides exterminés par Alexandre, y creusèrent leurs tombeaux comme pour leur assigner le lieu le plus sacré de la Perse.
En 642, Persépolis fut saccagée par les Arabes; enfin en 982 elle fut entièrement détruite par les Turcs.
Tous les monuments de Persépolis sont composés de blocs de marbre du pays, liés sans ciment et par une méthode si parfaite qu'il est très-difficile d'en reconnaître les joints. La surface en est polie et brillante. D'abord se présentent deux escaliers, dans l'un desquels on ne compte pas moins de cent cinquante marches; la largeur en est telle que dix cavaliers pourraient y passer de front. Par cet escalier on arrive de la première terrasse à un vasle portique, composé de quatre masses gigantesques, hautes de seize mètres, oniécs à la surface extérieure de sculptures en hauts-reliefs et de proportions fortement colossales; les taureaux fantastiques qui y sont représentés n'ont pas moins de six mètres de longueur. Après ce portique on rencontrait du temps de Chardin quatre colonnes isolées, qui maintenant sont réduites à deux; elles ont sans doute soutenu de grandes images symboliques et sacrées; peut-être, suppose M. Raoul-Rochettc, tm immense globe doré, symbole du soleil.
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Un second portique ne diffère du premier que par le genre des figures qui en ornent la face antérieure; car elles offrent des animaux monstrueux à double nature, où, à travers la dévastation des mains arabes, on démêle encore des membres de taureaux, d'oiseaux et d'hommes. Le pilier a aussi trois inscriptions cunéiformes, renfermées dans un cadre, et répétant, à ce qu'il parait, le même texte dans les trois langues des Perses, des Mèdes et des Babyloniens.
A la suite du portique que nous venons de décrire, on tourne à droite et Ton parvient à une seconde terrasse par un autre escalier qui n'a rien d'égal au monde. Le développement de cet escalier est immense et il est d'une richesse extrême. La double rampe dont il est formé s'étend aux deux extrémités est et ouest d'une terrasse qui s'avance de quatre cents mètres vers le sud. On admire immédiatement après une seconde double rampe, dc'corée d'un nombre prodigieux de figures, représentant comme une procession, des |>ersounages qui défilent, citoyens et soldats, grands et hommes des classes inférieures, amenant à leur suite des animaux de toute espèce, bœufs, chevaux, dromadaires, moutons et les différents produits de la terre. D'après l'opinion la plus probable, on a figuré ici la fête de réquinoxe, lorsque les anciens Perses allaient au-devant du monarque pour lui présenter leurs offrandes et en quelque sorte leur tribut. Aussi peut-on dire qu'on possède dans ce tableau une statistique de la Perse à l'époque de sa plus grande splendeur, et la série complète, sculptée sur marbre, des habillements, des costumes et des armes propres aux diverses classes du peuple. Un groupe parmi tant d'autres est répété plusieurs fois. Ce sont deux animaux en très-haut relief et d'une dimension fortement colossale, figurés dans l'action du combat. L'un, sous la forme d'un taureau, d'un cheval, d'un âne sauvage ou d'une licorne, est ton joui's terrassé; l'autre, toujours assaillant et vaincpieur, est un lion : c'est l'emblème du triomphe passager du mal sur le bien dans le règne temporaire d'Arihman sur la terre.
Enfin, par les ram[)es que nous avons décrites on parvient à la terrasse principale, où Ton rencontre des colonnades magnifi(|ues, faisant partie d'un seul codifiée dans lequel tous les voyageurs s'accordent à rcH^unnaitre le palais des rois.
C'est à c-ct assemblage de colonnes qu'on a donné le nom de Tchel-Minar, appliqué par la suite à la ville entière. La salle des colonnes parait avoir été isok»eet avoir eu communication par des galeries avec les autres parties du palais. D'aprc'S les piédestaux, on voit qu'il y avait neuf rangées, chacune de six colonnes, en tout cinquantequatre. Aujourd'hui il n'en reste debout que quinze.
Suivant Ker-Porter, la hauteur de ces colonnes ne dépasserait pas seize mètres, bien que des voyageurs leur en aient donné jusqu'à trente. Selon toute apparence la vérité se trouve entre ces deux extrêm<'s. L:i mesure de Ker-Porter est nécessairement au-dessous de la réalité, car le diamètre de ces colonnes à la base est de quatre mètres, et l'entre-i^olonnement de sept mètres trente centimètres. Les chapiteaux consistent en deux demi-bœufs, réduits à la seule partie antérieure et tournés en sens contraires; au milieu ils offrent une échancrure qui pai*ait avoir été destinée a recevoir une jioutre.
Les piédestaux sont d'un travail singulier et ont peu souffert. Les fûts étaient cannelés dans toute leur hauteur.
On croit que les quatre colonnades formaient uue enceinte ouverte où se tenaient les courtisans , et où peut-être le roi même donnait audience les jours de réception solennelle.
Peu loin de là on trouve plusieurs masses de constructions qui doivent avoir été des appartements intérieurs. C'est là surtout que Ton remarque les traces de Tincendie qu'alluma Alexandre. On rencontre d'abord un grand bâtiment carré dans lequel on entre par une porte de granit. La plupart des portes et fenêtres sont intactes et de marbre noir bien poli. A l'entrée, sur les côtés des portes, sont des bas-reliefs représentant différents groupes, chacun de deux figures de grandeur naturelle, un homme tuant un animal fantastique. Sur une autre porte est le monarque avec un de ses courtisans, et un esclave tenant un parasol. A rentrée sud-ouest de cet appartement sout deux grands piliers de pierre où sont sculptées quatre figures vêtues de longues robes et tenant des lances de trois mèti*es de long; ce sont ces gardes des rois de Perse que les auteurs grecs désignent sous le nom de doryphores. A cette entrée, on voit aussi les restes d'un escalier de pierre bleue. De nombreux fragments de piliers, de chapiteaux, de colonnes couvrent le sol environnant sur une grande étendue; quelques-uns sont tellement énormes qu^on se demande comment on a pu les apporter et les élever. Derrière la salle des piliers est le temple carré que j'ai décrit et qui est adossé à la montague.
Dans les environs d'Hamadan, dans l'Irak-Adjemi, s'élevait jadis la superbe Ecbatane, capitale de la Modie, dont Hérodote et Polybe nous ont laissé une si brillante description. MM. Morier et Ker-Porter ont reconnu dans ces ruines remplacement du palais où les monarques perses venaient passer l'été. Il ne le cédait pas en magnificence aux palais de Suze et de Babylone; il était placé au-dessus de la citadelle , regardée comme une des plus fortes places de l'Asie et avait sept stades de circonférence. M. Ker-Porter a reconnu sur la plate-forme où s'élevait ce superbe édifice, les traces des trous où tournaient les pivots de la porte principale. Des fragments de colonnes et des vestiges d'inscriptions cunéiformes sont tout ce qui reste de cette ville jadis si brillante et une des plus riches de l'Asie.
Non loin de Schiraz, au lieu appelé CohSaadi, montagne de Saadi, on trouve les fondations de quelques murs, ruines d'un palais, où, selon la tradition orientale, le roi Djemschid cachait ses trésors. Ce qui ne parait pas douteux, c'est que cet édifice est antique et remonte au moins à l'époque des Sassanides.
Il est assez difficile de deviner si c'est aussi à un palais qu'a appartenu la singulière tour qui se voit aux environs de Téhéran , dans les ruines de Reï, la Rages de l'Écriture. Cette tour (planche 40 6w), bâtie en briques, est ronde, et divisée eu vingt-quatre compartiments, qui forment chacun les deux côtés d'un triangle dont la base a un mètre soixante centimètres. La surface de cette tour présente un zigzag continuel. Au sommet est une inscription coufique, tracée sur les briques. On entre dans la tour par une porte extrêmement ornée. La hauteur de cette tour, suivant
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Ker-Porter, est d'environ dix- neuf mètres; la partie qui la couvrait n'existe plus. En dehors des murs de la ville, on trouve encore une autre tour ronde tout à fait semblable, également découverte ,- mais construite en pierres.
Parmi les palais de la Perse élevés dans les temps modernes, le premier rang appartient à celui dlspahan. Ce palais, construit par Shah-Abbas, égale par sa grandeur et sa majesté les plus beaux palais de l'Europe. M. Morier , à son passage par Ispahan en i809, en a visité la plus belle partie, le TchehelSoutoun ou les quarante colonnes. Cet édifice est situé au milieu d'une place immense, entrecoupée par de nombreux canaux et des allées de platanes. Devant la façade est un grand bassin d'eau limpide. La première salle, élevée d'un mètre soixante et dix centimètres au-dessus du sol et ouverte sur le jardin, a trente-cinq mètres de long sur cinq mètres trente centimètres seulement de profondeur; dix-huit colonnes, revêtues de glaces, en supportent le plafond, qui est couvert de fleurs d'or resplendissantes. Les bases sont formées par quatre lions sur le dos desquels les colonnes semblent s'élever. Les murs et les plafonds sont également revêtus de glaces si artistement disposées, que toute la salle, par la combinaison des réflexions, semble être de cristal. De cette salle on entre dans une pièce voûtée, dont les murs sont également couverts de glaces, et on arrive à la salle principale. Là le plafond ofl*re une grande variété de dômes, de figures diverses, de peintures et de dorures qui feraient honneur au goût le plus civilisé. Les murs sont ornés de peintures. L'ameublement ne se compose que de tapis. L'extérieur de l'édifice menace ruine; cependant l'intérieur est en assez bon état; il sert de divan-kaneh, ou salle d'audience.
Le harem ou palais des femmes tient au TchehelSoutoun, Cet édifice est trèsmoderne. Un passage étroit et obscur mène de l'extrémité du jardin du Tchehel- Soutoun à ce nouveau palais, en passant sous une tour octogone. On entre d'abord dans une cour carrée oblongue, ornée de fleurs, d'allées d'arbres et de bassins, et entourée des chambres des femmes d'un rang inférieur. En tournant à gauche on entre dans une orangerie garnie de jeunes orangers, et nommée Aaringistan. De là, on descend par un seul degré dans la cour principale du palais. Les appartements du roi en occupent tout un côté. La salle de devant est ornée de deux portraits du roi; l'un représente Feth-Ali, assis sur son trône; dans l'autre il est à la chasse, monté sur un cheval richement harnaché, et se disposant à tuer une béte sauvage. On voit encore plusieurs portraits; les plus remarquables sont ceux de Tamerlan, de Gengis-khan et de Djemschid. Les murs sont ornés de fleurs, d'oiseaux et de différents animaux peints avec beaucoup d'art. L'arcade qui fait face à la grande croisée est d'une belle composition de glaces et de peintures. C'est un des plus beaux monuments de l'art de décorer chez les Persans. Le travail du plafond attire 'l'admiration des voyageurs. I^s autres pièces de ce bâtiment sont également bien décorées. Une des portes du palais, appelée Ali-Capi, est encore fort belle, et enrichie des marbres les plus précieux. Au temps des sofis, son seuil était regardé comme sacré. Les appartements d'été sont situés sous la plus grande pièce; le marbre le plus beau couvre les murs et le plancher, et l'eau y tombe en cascade par I 50
des ouvertures pratiquées au rez-de-chaussée du bâtiment. De là on passe aux bains, qui bien que petits sont très-élégants; les dômes sont supportés par des colonnes enlevées aux églises arméniennes de Djulfah.
Le palais de Feth-Ali-shah ou Amaret-Nou, nouveau palais bâti en 1816 aux dépens du gouverneur dlspahan, est, au dire de M. Buckingham, le mieux construit de la Perse; il est même supérieur, sous ce rapport, à celui de Téhéran.
Dans cette nouvelle capitale, le roi habite, ainsi que sa cour, dans VArk ou citadelle, vaste édifice de forme carrée, construit par Kerim-kan. Ce palais , situé au nord de la ville, est défendu comme elle par un mur épais et un fossé profond. La porte, précédée d'un pont-levis, est appelée par les Persans DeriSaadei, porte de félicité. Apres le pont, on trouve la première cour intérieure, qui est très-spacieuse. Ce palais, sans être remarquable par la beauté de farchitecture, se distingue par son immense étendue, par ses jardins et par plusieurs corps de bâtiment qui portent des noms particuliers.
La grande salle d'audience est située sur une espèce de terrasse. Les murs de cette salle, qui est rectangulaire, sont ornés d'arabesques et d'inscriptions en lettres d'or, appliquées sur un fond blanc. Deux hautes colonnes torses de marbre vert la soutiennent par en haut.
Le jour pénètre de l'autre côté au travers de vitraux de couleur très-él^^nts. I^ trône est porté sur plusieurs colonnes de marbre de deux mètres trente centimètres à deux mètres soixante centimètres de hauteur. Quatre autres colonnes, revêtues de plaques d or et d'émail, soutiennent un dais au-dessus du trône étincelant de pierreries.
Dans le Sandhouk-Khaneh, maison de la caisse ou du trésor, le roi garde des sommes énormes en argent monnayé, mais surtout en lingots d'or et d'argent et en pierreries ; on y voit plusieurs trônes, parmi lesquels se trouve le fameux trône du paon , enlevé par Nadir-shah au Grand Mogol.
A trois kilomètres au nord-est de Téhéran, sur le versant de la cbatne de l'Elbourz, Fcth Ali-shah a fait construire une maison de plaisance, nommée Takti- Cadjar, le trône des Cadjars; si l'on n'y reconnaît pas cette magnificence royale qui caractérise les édifices élevés sous le règne des sofis, on conviendra néanmoins que la situation et plus encore la disposition de ce palais d'été le rendent vraiment un lieu de délices. Vu de loin il parait être d'une élévation prodigieuse; mais à mesure qu'on s'en approche, l'illusion disparait, et ce qu'on prenait pour des étages d'un même bâtiment n'est qu'une suite de terrasses en retrait. L'entrée se compose d'une porte très-simple, surmontée d'un pavillon; après l'avoir traversée, on entre dans une vaste cour, dont le milieu est occupé par une allée de cyprès et de peupliers, et coupée à angles droits dans son centre par un canal de pierre. Lapremière terrasse supporte un bâtiment octogone, ouvert de tous côtés en arcades et dont le plafond est soutenu par des colonnes. Le plancher, découpé en plusieurs petits canaux, est traversé par un ruisseau qui vient du haut de l'édifice et passe par toutes les terrasses en formant des cascades. De cette terrasse on parvient à
une autre sur laquelle repose une maison de plaisance très-grande, également bien disposée pour y passer Tété. Cette terrasse conduit à plusieurs autres beaucoup plus élevées que la première et dont le plateau est occupé par de simples réservoirs; enfin on parvient à Fhabitation principale, composée comme toutes les maisons des Persans d'une cour carrée, autour de laquelle règne une rangée de salles et de chambres de dimensions et d'usages divers. Mais Tendroit le plus agréable du Tatki-Cadjar est un pavillon ou belvédère qui en occupe le sommet. La structure en est simple, les décors précieux, la vue ravissante. Le Takti-Cadjar est entièrement construit en briques; un simple mur en terre amalgamée à de la paille hachée entoure cette maison royale. Le roi a fait construire un autre palais à un demi-mille de la Ville; il lui a donné le nom de Niguaristan, pays de la peinture; il y passe le commencement de Tété.
Ces palais d'été, malgré leur magnificence, le cèdent cependant encore à celui que le même prince, Feth-Ali-shah , a créé près des ruines de Sultanieh, et autour duquel s'élève la citadelle de Sulthanabad.
Non loin de Farhâbad, dans le Mazenderan, est situé le village d'Achraf , où Ton voit les restes du magnifique palais bâti par Abbas le Grand, qui voulait y établir sa résidence, et les chantiers de sa marine militaire.
Mentionnons encoi*e le palais des sofis à Casbiu, et celui élevé par Shah-Abbas à Barforousch, l'un et l'autre presque en ruine, et enfin le beau palais bâti par Aga-Mohammed-kan à Asterabad, dans le Mazenderan.
Presque toutes les villes de la Perse ont une grande place appelée le me^dan.
A Tauris ou Tebriz, capitale de l'Azerbaidjan , était le plus grand meidan du royaume; plusieurs foison y avait passé en revue jusqu'à 30,000 hommes; aujourd'hui il n*en reste plus que les vestiges, et la Perse n'en présente aucun qui puisse rivaliser avec celui d'Ispahan.
Le meidan d'Ispahan (planche Ai ) est même regardé par beaucoup de voyageurs comme la plus grande place du monde. Aujourd'hui que cette ancienne capitale est bien déchue de sa splendeur, le meidan est désert et le marché dont les tentes remplissaient toute la vaste étendue ne se tient plus qu'à une de ses extrémités. Ce meidan est l'ouvrage de Shah-Abbas; autour régnent des portiques et des maisons; mais son plus grand ornement est la mosquée royale que nous avons décrite.
Les Persans ont élevé, comme nous, quelques colonnes monumentales : à Firouzabad, dans le Fars, en est une haute de cinquante mètres; mais la plus curieuse de toutes est celle qui fut élevée à Is|iahan par ordre de Shah-Sefy.
Un jour ce prince ayant pris, en présence de plusieurs ambassadeurs étrangers, une quantité immense de gibier, fit tout apprêter le même jour. L'architecte de la cour proposa d'élever au milieu d'Ispahan une tour formée avec les crânes et les cornes de ces animaux et s'engagea à la faire élever sans dépense , et dans le temps que le prince resterait à table. L'architecte avait dans le voisinage une grande ({uantité de terre, préparée pour faire des briques; il mit immédiatement ses
ouvriei*s à Tœuvre, et vint à bout de son entreprise. Quand la tour fut achevée, l'architecte tout joyeux, et comptant sur une bonne récom|)ense, vint trouver le roi qui mangeait avec les ambassadeurs, et favertit qu'il ne manquait rien à Touvrage pour le bien finir que de placer au sommet la tète de quelque grosse béte. Shah- Sefy, échauffé par la débauche et voulant donner aux ambassadeurs la mesure de son pouvoir, se tounia vers Farchitecte et lui dit : « Tu as raison , et on ne saurait trouver une tête plus propre à cela que la tienne. » Cet ordre barbare fut exécuté à riustant.
Telle est la version de Tavernier, mais Kœmpfer rapporte le fait d'une manière plus honorable pour Shah-Sefy. Le roi, surpris de voir cette tour qui s'était élevée comme par enchantement, se tourna vers un de ses ofliciers et lui demanda ce qu'il |)eusait de son architecte. L'oflicier, qui était ennemi de l'artiste, répondit que ce travail laissait à désirer et que certainement il y manquait quelque chose. Le roi Turieux, s'écria : a Tu as raison, il y manque la tête d'une grande béte; qu'on y place la tienne. »
1^ tour des cornes (planche Ai bis) était déjà en fort mauvais état au temps de Chardin et de Kœmpfer; plusieurs crânes s'en étaient déjà détachés.
Toutes les capitales de provinces possèdent un édifice destiné aux audiences du prince ou gouverneur, et appelé divan-kaneh. Celui de Schiraz est un des plus beaux de la Perse. 11 est situé à l'extrémité d'un grand jardin, et l'on y arrive par une avenue de tchinars^ espèce de sycomore. La salle d'audience est très-vaste et de forme oblongue. Un des côtés est ouvert. Les parois, jusqu'à un tiei's environ de leur hauteur, sont revêtues de marbre blanc de Tauris. Le plafond et plusieurs autres parties du bâtiment sont ornés d'émail doré imitant le lapis-lazuli. Devant l'édifice sont trois beaux bassins avec des jets d'eau.
Toutes les villes ont aussi un ou plusieurs bazars ou lieux destinés à la vente des marchandises de luxe. Le bazar-i-Yakil , élevé à Schiraz par Kerim-kan, était regardé comme un des plus beaux de l'Orient; il a été presque entièrement détruit |)ar le tremblement de terre de 1824. C'était une rue longue d'environ cinq cents mètres, bâtie en briques et couverte; vers le milieu était un superbe caravansérai.
Tauris renferme plusieurs bazars; le plus beau de tous, où se vendent les pierreries et les marchandises les plus précieuses, est octogone, très-spacieux et couvert en bois; on le nomme Kaiserieh, ou marché royal. Il a été bûti, l'an 850 de l'hégire, par le roi Hassan, qui faisait sa résidence à Tauris.
Le marché impérial est le plus grand et le plu» beau bazar d'ispahan. Le portail est d'une architecture riche et majestueuse. Il est tout entier de porcelaine peinte, et les balustrades qui Tenvironnent sont revêtues de jaspe et de porphyre. Ce bazar est composé de vastes et longues galeries, remplies de marchandises et de denrées de toute espèce. Au milieu est une large rotonde surmontée d'un dôme très- ('levé.
I^es bains, en Perse, sont très-commodes et méritent Tattention des étrangers; ils
consisteut généralement en deux salies, l'une pour se déshabiller, Tautœ pour les bains. Aux côtés de la première sont des bancs de pierre, élevés à soixante centimètres du sol avec des nattes et des tapis. Le bain est grand, octogone, avec une coupole qui donne le jour et Tair. Aux côtés sont de petites plates-formes de bois, élevées à environ trente-trois centimètres de terre, sur lesquelles on fait ses dévotions avant le bain. Au fond de la salle est un grand bassin de pierre bien chauffé par le moyen de fourneaux ; auprès est un réservoir d'eau froide dont le baigneur a le choix.
Le bain bâti à Schiraz par Kerim-khan passe pour le plus beau de la Perse. A chaque côté de l'octogone est une plate-forme de pierre, élevée à un mètre du sol, dont chacune a un réservoir carré; un jet d'eau joue continuellement au milieu de la salle et rafraîchit l'air. Les parois sont couvertes de peintures et de tapisseries. L'appartement le plus reculé est garni de marbre de Tauris, et décoré d'imitations de lapis. On n'y admet que les grands personnages.
Il est peu de villes de la Perse où l'on ne trouve au moins un des édifices nommés your-khaneh, sorte de gymnase destiné aux exercices du corps. Ces établissements consistent en une chambre dont le plancher est en contre-bas à environ soixante et dix centimètres au-dessous du sol. La lumière et l'air viennent par plusieurs ouvertures faites dans le dôme. Dans le centre est une grande aire de terre c^irrée, bien battue et bien unie, et de chaque côté sont des espèces de niches pour les spectateurs et pour la musique qui y encourage les athlètes. Les Persans se livrent avec passion à ces exercices si favorables au développement des forces. C'est surtout la matinée du vendredi qui leur est consacrée.
A presque toutes les mosquées est joint un collège ou medresseh. Ispahan en possède plusieurs dont le plus remarquable est celui dont j'ai parlé et qui est attenant à la mosquée royale. On n'en comptait pas moins de quarante à Schiraz; la plupart sont en ruine.
Les caravansérais, dont j'ai déjà eu occasion de parler dans le cours de cet ouvrage, sont, comme je l'ai dit, les hôtelleries des Orientaux. Ils sont bâtis en carré, et ressemblent assez à nos cloîtres; ils n'ont en général qu'un étage, et rarement deux. On entre dans la cour par une grande porte (planche 42), et au milieu de chacun des trois autres côtés, est une grande chambre destinée aux I)ersonnages considérables. Le reste du bâtiment est occupé par de petites chambres. Les écuries sont sur le derrière, et le plus souvent on s'y trouve aussi bien que dans les chambres; il y a même des personnes qui aiment mieux s'y retirer en hiver, parce qu'il y fait plus chaud, ces écuries étant voûtées aussi bien que les salles et les chambres.
Le caravensérai royal, élevé à Caschan par Shah-Abbas, est un des plus beaux de la Perse. On en voit aussi de très- vastes à Jarron (planche Aii)^ à Sultanieh et dans beaucoup d'autres endroits du royaume.
Venons maintenant aux habitations des particuliers. On rencontre assez fréquemment en Perse des demeures creusées dans les rochers. Dans le Kerman est une
ville noDiniée Minam, formëe de trois ou quatre cents grottes taillées dans une montagne, et habitées |)ar des pasteurs attachés aux dogmes des aliouUiahs, sectaires inahométans. On voit aussi beaucoup de ces souterrains à Maragha, ville de TAdzerbaldjan, et à Zerdikkast, ville du Fars. On trouve même à Téhéran, près de la porte de Casbin , un vaste espace plein d'excavations larges et profondes qui conduisent à des habitations souterraines, dont plusieurs servent d'asile à de pauvres familles, et d'autres sont des écuries pour les bétes de somme. Ces misérables grottes furent pourtant l'origine de la capitale actuelle de la Perse; en elles consistait le village de Téhéran, que nous a décrit un écrivain persan du quatorzième siècle.
Rien n'est aussi triste que l'apparence d'une ville de Perse. La répugnance que les Persans éprouvent à habiter les maisons <de ceux qui meurent de mort violente, fait que l'on rencontre à chaque pas des habitations abandonnées et tombant en ruine. Le mode de construction des maisons n'est pas propre non plus à Tembellissement des villes; elles sont bâties la plupart de briques cuites au soleil, et recouvertes d'un enduit de boue et de paille hachée ; on les croirait construites entièrement en terre. Ces bâtiments, lorsqu'ils appartiennent aux gens riches, sont cependant assez propres, car alors on les recouvre d'une espèce de chaux colorée de vert de Moscovie, qu'on broie avec de la gomme; cet enduit est susceptible de recevoir un assez beau poli. Ce genre de bâtisse coûte peu et explique la vaste étendue des maisons persanes où chacun a son logement séparé. Ces maisons, si elles ne flattent point la vue, ont la commodité en partage. Au lieu d'une porte large et élevée, elles n'ont ordinairement qu'une entrée assez semblable h un guichet de prison, ayant tout au plus cinq pieds de haut. Un mur élevé et épais environne la maison de tous côtés. La porte passée, au bout d'une allée tr(>s-étroite on trouve une cour spacieuse; un jet d'eau en occupe le fond , et elle est ombragée d'arbres. Le corps du bâtiment a ordinairement quatre étages, y compris le rez-de-chaussée, et est de forme carrée. I^s fenêtres sont aussi grandes que les poilcs, et comme les étages ne sont pas très* élevés, les châssis sont de la hauteur de la chambre.
Les vitrages sont de couleurs variées. Les toits sont tons en terrasses, enduits de terre détrempée avec de la paille et revêtue d'une couche de chaux. Quelquefois on couvre la terrasse de grands carreaux cuits au four, de sorte que la pluie ne s*y arrête pas; mais on a soin, quand il a neigé, de faire enlever la neige de dessus les terrasses, de peur qu'elles ne crèvent. Il arrive souvent dans les grandes chaleurs, que l'on couche sur ces terrasses qu'on appelle bela-kaneh, le haut de la maison. Chaque maison a un divan-kaneh, qui répond à notre salon. Les femmes ont leur habitation particulière que l'on nomme harem-kaneh ou zenaneh. On nomme dékka^ la pièce où le maître couche et prend ses repas.
Toutes les pièces sont voûtées ; les ouvriers persans excellent dans ce genre de constniction.
La manière de se chauffer est économique , mais malsaine. Comme on trouve peu de bois en Perse, on n'y connaît point l'usage des cheminées; les tenno%ir$ les rem-
placent; on appelle ainsi des creux faits au milieu du rez-de-chaussée, dans lesquels on place un grand réchaud plein de braise. Ce fourneau est surmonté d'une petite table sur laquelle on étend un large tapis. Les Persans se rangent en hiver autour du tennour, plaçant leurs pieds sous la table , et se couvrant le corps jusqu'à la ceinture avec le tapis. La chaleur ainsi concentrée s'entretient avec peu de feu et se conserve longtemps; les vapeurs du charbon se dissipent au moyen de soupiraux et de conduits pratiqués sous terre.
A Bouschehr et à Astrabad, principaux ports de la Perse, les maisons sont surmontées d'espèces de tours carrées hautes de vingt-cinq à trente métras, que les Persans appellent badguir ou prend-vent. Ces tours, partagées en divers compartiments ou tuyaux, conduisent l'air dans la maison et la rafraîchissent parfaitement. Plus ces tours sont hautes et plus elles procurent d'air; on les ferme soigneusement pendant l'hiver. Les tours à vent servent principalement pour les appartements des femmes, qui , d'après les usages du |)ays , ne peuvent pas prendre le frais sur les terrasses de peur que les étrangers ne les aperçoivent.
C'est à Ispahan , sur le Zendeh-Rouh , que se trouve le plus beau pont de la Perse. Le pont de Djoulfa, ou d'AHah-Verdi-Khan {planche 42 6ts), a deux cent quarante mètres de long et treize de large; le milieu est réservé pour les hommes à cheval et les bètes de somme; il règne de chaque côté une galerie à arcades pour les piétons, large de trois mètres et haute de huit à neuf. Elle est surmontée d'une plate-forme garnie de garde-fous, à laquelle on monte par un escalier placé dans les tours qui se trouvent aux extrémités des galeries. On peut aussi passer les arches du pont, lorsque l'eau est basse, au moyen d'une galerie qui les traverse, et de pierres de taille qui s'élèvent du lit de la rivière, et sont distantes les unes des autres d'un pas ordinaire. Ce pont est construit en briques et en pierres de taille calcaires fort dures. Les arches sont au nombre de trente-quatre. Il y avait à Ispahan un autre pont non moins magnifique, dont Chardin et Tavernier nous ont laissé la description.
Après ces ponts je citerai encore celui de Dizfoul dans le Khouzistan, un beau pont sur le Talkh-Tchai, entre Merend et Tauris, reposant sur des piles de granit noir ornées de sculptures, celui sur la rivière de Babal près Balfrouch, composé de dix arches, et décoré, à chaque extrémité, de deux obélisques, et enfin celui de Kiril- Ouzen, plus remarquable par sa position pittoresque que par la beauté de sa construction. (Voyez le frontispice,)
Mentionnons encore, en terminant, le fameux aqueduc construit dans le Khouzistan par Sapor P% le canal antique dont les restes existent près de Schiraz, et enfin , dans cette même ville, le puits taillé dans ce roc, célèbre par sa profondeur qui toutefois a été infiniment exagérée par Chardin.
2i0 PKHSK.
Il ne reste en Perse que bien peu de vestiges de murailles antiques; celles de Suze ont presque entièrement disparu. De cette vaste enceinte de cent vingt stades do circonférence, il ne reste que des ruines de terrasses d'un ou deux railles de circuit. J'ai eu occasion de mentionner les restes de la citadelle de Chapour aux environs de Schiraz, où sont encore quelques vestiges d'une très-ancienne forteresse nommée le château de Fahender,
La capitale de la Perse, Téhéran , offre un carré formé d'un mur épais en briques, flanqué d'innombrables tours et défendu par un large fossé. On y entre par six portes ornées de briques de couleur, formant de grossières mosaïques de tigres et autres animaux.
Chaque porte est surmontée d'un dôme. Ces fortifications fort médiocres ont été construites en 1794 par Mehemet-khan , oncle de Feth-Ali-shah. Dans l'intérieur de la ville, une muraille plus forte forme VArk ou l'^ra^, espèce de citadelle où se trouve le palais du roi. L'enceinte d'Ispahan est aujourd'hui entièrement détruite.
Celle de Tauris est composée de briques séchées au soleil, et flanquée, à des intervalles irréguliers, de tours de briques cuites au four. On a cherché à donner à quelques-unes de ces tours la forme de bastions.
Toutefois, ces fortifications, au dire des hommes de l'art, ne pourraient soutenir une attaque régulière. VArk- Ali-shah, ou la citadelle d'Ali-shah est ce que Tauris off*re aujourd'hui de plus remarquable. Abbas-Mirza y avait établi un arsenal oi^nisi» à la manière européenne.
Au dehors de Tauris, au levant, on voit un grand château presque tout détruit, qu'on appelle Cala-Bachidié. il fut bâti, il y a environ six cents ans, par Cojé-Rechid, grand vizir du roi Cazan. Abbas le Grand voyant ce château ruiné, et jugeant qu'il était situé fort avantageusement pour défendre la ville et pour la commander tout ensemble, le fit rebâtir; mais ses successeurs en ont jugé autrement et l'ont laissé tomber en ruine.
Les fortifications qui entourent Schiraz sont assez bonnes; la muraille a douze mètres de hauteur et trois mètres trente centimètres d'épaisseur; de cinquante mètres en cinquante mètres est une tour, et en avant est un bon fossé, ouvrage de Kerim-khan, pi'ofond de vingt mètres et large de dix. A l'extrémité la plus élevée, près de la porte de Bag-shah, est située la citadelle, qui est bâtie de briques cuites. Elle a cent mètres environ de circonférence ; elle est munie de tours rondes et entourée de fossés profonds semblables à ceux de la ville. Cette citadelle est aussi Fœuvre de Kerim-khan ; elle sert de prison d'État. A la porte est une peinture de couleur trèsvive, représentant le combat du héros Roustara et de Deeb-sifeed, le démon blanc. Ces figures sont mal proportionnées, comme toutes les peintures persanes.
La ville de Casbin est entourée d'un mur de terre avec des tours, mais point de r«ssés.
Enfin , on i-encontre Tréquemment, en Perse, des villages Tortifiés pour pouvoir ■■ésister aux incursions des Kurdes. Tel est le village de Kara-iné, situé sur la frontière de rArm^nie et de la Perse. C'est une enceinte fortifiée et garnie de tours, avec un vaste souterrain qui peut renfei'roer les habitants et leurs effets les plus pré
fl[tyir^©py©To
Sojreft l:i Géuigif,
s piirluge encore la vaste LOiiliéi' d'Asie doril nous allons nous occuper, aa haute et baïue Arménie; unt* divisiuu plus ancienne est celle qui lui fut imposte' pur les Romains, qui, en ayant conquis une pallie et l'uvant aRiiesée à l'empire, donnri-ent it cette nouvelle provinctle nom d'Armenia minor, ou petite Arménie.
Elle était bornée :iu noi-d par la CoU-hide. à l'est par l'Aïuiénii' propre, h l'ouest pur la Cappudoie, et au sud par lu Comagéne. L'Arménie actuelle u pour bornes au nord lu mer ■I hi Géorgie et l'AdierbAidjun , au sud le KnrdistiiD et k
â44 ARMÉNIE.
Diarbékir et à Touest les Eyalets de Sivas et de Marach. Ce pays est traversé dans presque toute sa longueur par le Tigre et FEuphrate , qui y prennent leur source. L'Arménie forme un plateau très-éievé, et couronné de montagnes plus élevées encore, parmi lesquelles domine la double cime neigeuse du mont Araral, rendu si célèbre par la légende selon laquelle ce fut sur ce sommet que s'arrêta Tarche de Noé. La hauteur du grand Ararat est de quatre mille cinq cent six mètres; c!eile du petit est de trois mille cent quatre-vingt-deux mètres.
L'Arménie est tombée dans les mains de tous les conquérants qui ont essayé de la soumettre. Haieus passe pour avoir été, dans des temps reculés, le premier qui donna à ce pays des lois et une forme de gouvernement. Sémiramis s'empara de l'Arménie, qui, après avoir été longtemps une province de l'empire des Assyriens, fut ensuite gouvernée par des rois particuliers jusqu'au règne d'Alexandre, qui s'en empara. Durant la minorité d'Antiochus le Grand , plusieurs généraux se rendirent indépendants dans les provinces dont ils avaient obtenu le gouvernement.
Le commencement du règne de Tygrane fut l'époque de la grandeur des Arméniens, et la fin , le temps de leur décadence. Tour à tour soumis aux Parthes et aux Romains , quelquefois aux uns et aux autres en même temps, ils supportèrent tous les malheurs et presque tout le poids des guerres dont leur pays était l'objet et le théâtre. Ces troubles durèrent jusqu'à la réduction de l'Arménie en province romaine, sous le règne de Mnrc-Aurèle. Plus tard ce pays, après avoir formé uue petite principauté grecque en 1080, et un royaume latin jusqu'en 1593, tomba successivement sous la domination des Perses et des Arabes, jusqu'à Sélim II, qui la réduisit au pouvoir des Turcs en 1552. A une époque récente les Russes s'en sont approprié une grande partie.
L'Arménie fut convertie de bonne heure au christianisme. Dans le quatrième siècle de notre ère, lorsque les erreurs d'Eutychius, qu'elle avait généralement adoptées, donnèrent lieu à un concile qui se tint à Chalcédoine, les Arméniens, alors engagés dans une guerre contre les Persans, leurs voisins, négligèrent d'envoyer des représentants à cette assemblée, ainsi que l'avaient fait les autres États chrétiens. I^ concile fut unanime pour condamner les doctrines dont l'examen lui était soumis ; les Arméniens seuls, n'ayant pas pris part à la délibération, refusèrent de donner leur adhésion aux termes de la condamnation. De là naquit un schisme qui malheureusement dure encore, bien qu'à une époque récente on ait pu concevoir respéi*ance de le voir finir. Ceux des membres de cette communion qui vivent dans les États du Grand Seigneur sont soumis à la juridiction du patriarche de Constantinople, tandis que ceux qui habitent la Russie, la Perse et les autres contrées de l'Asie, reconnaissent la suprématie du patriarche d'Ekraiazin, nommé le Catholicos. Ce patriarche a pour suflragants une vingtaine d'évéques, tirés la plupart d'entre les moines. Ces évoques prêchent assis et portent le bâton pastoral, lis obtiennent leur dignité du patriarche, qui lui-même tient la sienne du prince. Les prêtres séculiei*s peuvent se marier ; il leur est seulement défendu de célébrer la messe durant les sept premiers jours de leur mariage; les moines gardent le célibat. La religion des Arméniens ne consiste
guère qu'en pratiques habituelles et de routine. On leur apprend dès leur enfance à faire le signe de la croix , à prononcer le nom du Christ, et à jeûner, c'est-à-dire, h ne manger qu'au coucher du soleil et ù s'abstenir de viande, de poisson, d'œufs, de beurre, de laitage et de vin. Le culte est le même qu'il y a doujjb cents ans. On lit, on chante Tofiiceen langue du pays; la communion eucharistique est générale entre le prêtre et le peuple, sans même en excepter les enfants. Tous mangent du pain consacré et boivent dans le même calice. Les prêti*es arméniens emploient, dans la consécration, du vin pur et du pain ordinaire. Ils soutiennent qu'il n'y a qu'une nature en Jésus-Christ, et que le Saint-Esprit procède, non du Père et du Fils, mais du Père par le Fils. Les Arméniens sont ennemis jurés des catholiques romains, et les musulmans les laissent exercer librement leur culte. Ils sont habiles négociants, avares, sobres, humbles, mais dissimulés et défiants; leurs mœurs sont trèssévères , et ils ont grand soin de soustraire leurs femmes à la société des hommes. Les arfs sont à peu près nuls dans cette contrée, et on peut leur appliquer en grande partie tout ce que nous avons dit de leur état dans la Perse ; nous aurons pourtant à signaler quelques monuments qui ne sont pas sans intérêt.
Nous ne trouvons sur le sol de l'Arménie aucun temple antique digne d'attirer notre attention; il n'en est pas de même des mosquées. A Erzeroum , parmi plus de cent mosquées, celle appelée Oulou-Djami est la plus remarquable, par sa grandeur, du reste, plutôt que par son architecture. Sur le Meldan ou place principale d'Érivan, s'élèvent deux mosquées. La plus belle est celle d'été, dont la façade regarde le nord ; tout l'édifice est construit en briques ; celles qui ont servi à la décoration sont vernissées et peintes de différentes couleurs , comme la faïence ; le tout est surmonté d'une grande coupole flanquée de deux plus petites. La mosquée d'hiver, exposée au sud , fait face à celle-ci. Les deux autres côtés de la place, qui sont les plus longs, se composent d'une suite de cellules n'^servées aux desservants de la mosquée et aux derviches. I^ forteresse d'Érivan renfermait deux mosquées, dont l'une a été convertie en église russe, et l'autre, la plus belle, a été changée en arsenal. Toute la façade de celle-ci est revêtue de faïence vernissée, imitant une mosaïque de vases, de guirlandes de fleurs et d'inscriptions du Coran. Le dôme entier est aussi émaillé et décoré. Les dalles qui forment le pavé sont faites d'une pierre ponceuse rouge, fort employée en Arménie, et qui a coulé des flancs d'un volcan aujourd'hui éteint, le Naltapa. Les deux minarets ont été détruits par le tremblement de terre qui ravagea l'Arménie en i840. Cette mosquée a été construite il y a environ cinquante ans, par Iloussein, dernier sardar ou prince d'Érivan, dépossédé par les Russes. Un asse^ grand nombre de mosquées existe encore dans les ruines d'Ani , ancienne capitale de l'Arménie, à douze myriamètres d'Erzeroum.