ARMÉNIE
James Morier a vu aussi au village de Mama-Khatoun , situé au sud d^Eneroum , une mosquée assez intéressante. Suivant la tradition locale» un Turc devint amoureux d^une belle Arménienne qui mit pour prix à son amour la construction d^une mosquée y d*un bain , d'un earavansérai et de quelques autres édifices. Le Turc, en satisfaisant à ce désir, donna au lieu même le nom de Mama-Khatoun, qui était celui de la femme qu'il aimait. On entre dans la mosquée par une petite cour de laquelle un péristyle voûté conduit sous le dôme, dans la salle principale, où est un pupitre de pierre.
Quoique le dôme soit couvert de végétation et que Tunique minaret soit tombé en partie, Fédifice est encore généralement assez bien conservé, et, par sa belle construction, il peut rivaliser avec tout ce que Tarchitecture arménienne produit de plus parfait encore aujourdliui. Tous ces édifices sont toutefois loin de pouvoir être comparés aux mosquées de Tinde ou de la Perse, que nous avons décrites; c'est donc aux monuments chrétiens que nous devons nous arrêter, et là se présenter^ d'abord un édifice de premier ordre , l'Ëkmiazin , résidence du patriarche.
C'est à huit kilomètres environ d*Érivan, au pied du mont Ararat, que se trouve le célèbre sanctuaire des chrétiens arméniens, et le lieu pour lequel ils ont le plus de dévotion. Ils l'appellent Ekmiazin , c'est-à-dire la descente du fils unique engendré, et ce nom, disent-ils, a été donné à ce lieu parce que Jésus-Christ y apparut à saint Grégoire l'illuminateur, premier patriarche, qui fonda l'Église principale sur un temple de la déesse Anahid (Vénus), l'an 270 environ, sous le règne de Terdat ou Tiridat, roi d'Arménie. Les mahométans le nomment Utch Klissa, les trois églises, parce que, outre l'église du couvent, il y en a deux autres assez proches. Ces églises, étaient construites au milieu d'une grande ville, auti^fois capitale de l'Arménie. Vagarchabad, en perdant ce titre, en 544, commença à tomber en ruine. Les patriarches cependant y conservèrent leur siège jusqu'en 452. Plus tard, ils allèrent s'établir à Tovin, nouvelle résidence des souverains; et ce ne fut qu'en i441 qu'ils revinrent à l'Ëkmiazin. La ville avait disparu, et il n'en reste plus qu'un grand tas de pierres de taille que Ton croit avoir été une porte et un misérable village moderne. Les églises existent encoi*e, mais la principale, tombant en ruine dès 6i8, a été restaurée à cette époque par le patriarche Gomidas. Le monastère même n'a été fondé qu'en 524, sous Nei*sès II , vingt-huitième patriarche.
L'Ëkmiazin est séparé du village par une place de deux cents pas. Son extérieur est celui d'une forteresse; les murs, flanqués de tours, sont l'ouvrage du catholicos Simon, qui occupa le siège de i763 à 1780. On entre d'abord dans un bazar; puis dans une grande cour, longue de quatre cents pas, au milieu de laquelle est l'église. Le côté occidental est habité par le patriarche ; le nord et l'orient par les cellules des moines; au raidi s'étend le long réfectoire construit de 1730 à 1735; les tables et les sièges sont de pierre de taille; un petit dôme s'élève au-dessus de la place occupée par le catholicos quand il prend part au repas.
L'église principale, l'Ëkmiazin proprement dit (planche 43) est un bâtiment fort massif et fort obscur en forme de croix, entièrement construit en lave noire, à
rcxception des clochers et du portique , qui sont de lave rouge. Les piliers qui soutiennent la coupole sont de lourdes masses de pierre, hautes de vingt-quatre mètres; le dôme et les voûtes n'ont pas plus de légèreté. L'intérieur de Tédifice n'a aucun ornement de sculpture, mais il est peint à grandes fleurs à la manière persane. L'église a trois absides tournées à l'orient ; en avant de celle du milieu, plus grande que les deux autres, et sous le dôme, est l'autel en pierre assez bien décoré. Des deux autres absides, l'une sert de sacristie, l'autre de trésor. L'église ne renferme ainsi qu'un seul autel, ce qui est conforme aux usages du culte arménien. D'après leurs rites, de même que d'après celui des autres chrétiens d'Orient, l'on ne célèbre les saints mystères qu'une fois le jour en une église, et loi*s seulement qu'il s'y trouve quelques fidèles pour y participer. Ainsi, il n'est pas nécessaire d'y avoir plus d'un autel en chaque église. Les Arméniens tiennent comme article de foi que l'autel occupe l'endroit où saint Grégoire, leur apôtre, vit Jésus-Christ, un dimanche au soir, étant en oraison, et où il lui parla. Ils assurent que Jésus-Christ fit autour de ce saint, avec un rayon de lumière, le dessin de l'église, et qu'il lui commanda de la faire bâtir sur la figure mémo qu'il avait tracée. Ils ajoutent qu'en même temps la terre s'ouvrit à l'endroit où est cette pierre ; que Notre-Seigneur jeta par là dans l'abtme les diables qui étaient dans les temples d'Aiménie et y rendaient des oracles, et que saint Grégoire fit ensuite couvrir cette ouverture d'un marbre. Ils racontent qu'Abbas le Grand enleva ce marbre, qu'il le mit au trésor royal de Perse, et qu'il fit mettre à sa place une pierre qui y est aujourd'hui. La tradition arménienne prétend aussi que ce même centre de l'église est le lieu du sacrifice de Noé. Le grand clocher a été bâti au dix-septième siècle; un des petits fut démoli vers la même époque, et depuis n'a point été relevé.
Le monastère de l'Ekmiazin renfermait une curieuse bibliothèque, un trésor pi*écieux et une imprimerie qui rendait d'assez grands services. Les Russes, dans la campagne de 1805, s'empar(>rent du couvent, pillèrent l'église, le trésor, la bibliothèque. Les Persans qui vinrent ensuite firent des cartouches avec les livres, et fondirent les caractères de Fimprimerie pour faire des balles.
Les deux autres églises ont été fondées à la même époque par le roi Tiridate, qui se convertit à la religion chrétienne, les fit élever au lieu même où il avait fait mai*tyriser les deux vierges Caiane et Ripsimé, qui étaient venues chercher en Arménie un asile contre la persécution.
L'église de Sainte-Caiane est située h environ sept cenfs pas de l'Ekmiazin. Sans remonter positivement à l'époque de la fondation, sa construction très-simple dénote une haute antiquité. Elle ne présente rien de remarquable que le tombeau vide où avait été déposé le corps de la sainte. Du temps de Chardin , elle était abandonnée; aujourd'hui elle est desser>'ie par un prêtre, l'un des moines du couvent. Le portique sert a la sépulture des patriarches.
Sainte-Ripsimé, à deux mille pas de l'Ekmiazin, est plus vaste que Sainte-Caiane; elle est bâtie en foime de croix avec une coupole au milieu , et semble être un des premiers essais de l'architecture arménienne. La coupole est de forme elliptique ;
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Hous le roaitre-autel est un petit caveau où Tiridate avait fait déposer le corps de la sainte; on y montre des pierres qui ont été tachées de son sang.
La chapelle Saint -Jean -Baptiste, k Karhni, est peu postérieure à Sainte- Kipsinié; c'est un petit édifice carré à quatre frontons, avec un campanile rond an centre, le tout orné de fenôtres à plein cintre et de niches grossières. Sur le mont Ararat était Téglise des apôtres Saint-André et Saint-Mstthieu, qui datait du septième siècle; cet antique monument a été complètement détruit par les éboiilements qui ont eu lieu sur le village d'Arkhouri, à la suite du tremblement de terre du 20 juin 1840. Les Aiméniens avaient une grande dévotion pour ce lieu , croyant que Noé y fit sa première demeure lorsqu'il sortit de Tarche. Ils prétendent aussi qu'on y a trouvé les corps de saint André et de saint Mathieu.
Dans les ruines d'Ani on trouve une grande quantité d'églises qui paraissent dater du commencement du Bas-Empire; les détails, ornements et chapiteaux sont gracieux, originaux, n'appartenant à aucun style classé, mais tirant toute leur beauté de leur originalité même. On y trouve un grand nombre d'inscriptions en arménien ancien.
En revenant d'Ani à Erzeroum par une route qu'aucun Européen ne parait avoir suivie, à la fin de l'année dernière , i844, MM. Lotiu de L.aval et Charles de Gatînes ont découvert sur une colline une magnifique église grecque abandonnée, de forme ronde, d'un style qui annonce la meilleure époque du Bas-Empire. L'intérieur est grandiose et richement orné. Non loin de là , les mêmes voyageurs ont trouvé un édifice aussi curieux et mieux consei*vé encore, qui n'a certainement jamais été visité , étant hors de tout chemin , mais dont le style moins pur atteste une origine moins ancienne, sans doute voisine du dixième siècle. C'est un monastère converti en mosquée. Il est assez remarquable que les Turcs aient laissé subsister plusieurs figures de saints qui décorent le pourtour du chœur. Sous l'invocation de saint Jean, au haut de la ville d'Akhaltsikhé, sur le point qui fut le plus vivement défendu par les Turcs, lors de la prise de cette ville par les Russes, en i8S8, s'élève une église du style arménien le plus simple. (Voyez la vignette, p. S53 ) L'intérieur n'est éclairé que par les fenêtres de la coupole dodécagonale , qui repose au centre de quatre frontons. Réparée plusieurs fois, cette église présente l'aspect le plus bicarré, par l'habitude qu'ont lés Arméniens d'employer comme matériaux les pierres des cimetières; il en résulte une espèce de mosaïque de sculptures et d'inscriptions, et souvent des monuments d'un haut intérêt se trouvent ainsi sauvés d'une destruction certaine. L'un des bas-reliefs, du style \q plus barbare, représente la dédicace de l'église.
Trois autres anciennes églises arméniennes existent près de Baïrout, snr la route de Trébizonde à Erzeroum.
Au fond de la vallée de la Karhni-tchai, qui s'est formée dans les flancs volcanisés du Maltapa, au milieu d'un aifreux chaos de rochers et de débris entassés, s'élève une terrasse portant le monastère de Kieghart. Ce couvent, quoique abandonné, est parfaitement conservé et comprend deux églises et quatre oratoires. Une église
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seulement et un oratoii*e sont bâtis en pierre de taille; tout le reste, y compris le couvent même, est creusé dans le roc.
Un des couvents les plus considérables de TArménie est celui de Eouer-Virab, église sur le puits; ce nom lui a été donné, dit-on, parce qne Téglise est bâtie sur un puits où riiistoire d'Arménie rapporte que saint Grégoire fut jeté et miraculeusement conservé pendant treize ans. Ce monastère est situe sur les confins du territoire d'Érivan, au midi d'Ekmiazin.
Malgré la protection que les musulmans et les Russes accordent aux couvents arméniens , ceux-ci n'en sont pas moins exposés souvent à des déprédations de la part des hordes de Kurdes qui infestent la contrée; aussi les moines sont-ils obligés, dans beaucoup d'endroits, de mettre leur demeure en état de défense. Près du mont Ararat et de la sourcede TEuphrate, s'élève, sur la rive gauche, un de ces monastères ; à voir de loin ses tours antiques, ses hautes murailles, on le prendrait plutôt pour une forteresse que pour la i*ésidence de quelques pieux anachorètes. Si quelque voyageur se présente demandant l'hospitalité, ce n'est qu'en tremblant qu'ils lui jettent du haut des murs une échelle de cordes au moyen de laquelle il pénètre dans leur demeure. Un autre couvent fortifié se trouve entre Diadin et Bayazid. Le général Gardanne et sa suite, envoyés en ambassade en Perse par Napoléon, en i807, eurent occasion, en passant, de délivrer ce couvent, assiégé par une bande de brigands.
MONUMENTS FUNÉRAIRES
Parmi les monuments funéraires de l'Arménie, il en est un qui, s'il est bien peu intéressant sous le rapport de l'art, ne peut éti*e passé sous silence, à cause du grand souvenir que la tradition y rattache. L'Arménie n'a pas de plus vieux sanctuaire que le Naktchevan , dont le nom signifie la première descente. Ce lieu , où le pèlerin va saluer le tombeau de Noé, a travei*sé tous les siècles, empruntant à chacun d^eux quelque monument, témoignage de sa gloire passée. Nous verrons qu'il fut le lieu de la résidence des Atabeks de d'Aderbeidjan ; pour le moment nous ne devons nous occuper que du tombeau qu'une tradition antérieure à l'introduction du christianisme en Arménie attribue à Noé.
Il est fâcheux de ne pouvoir ajouter foi pleine et entière à l'authenticité de cette légrade; mais nous devons avouer qu'un autre tombeau existant à Rarac en Syrie est également attribué à Noé. Le tombeau arménien a été renouvelé dans le douzième siècle, et une superbe mosquée fut alors élevée auprès en l'honneur du patriarche. Ce mausolée, aujourd'hui presque entièrement ruiné, était un massif quadrangulaire flanqué de contre-forts pentagonaux et élevé d'environ quatre mètres, construit en briques et décoré de petits filets bleus disposés comme un ouvrage de vannerie. Un côté seul est un peu conservé.
Au même lieu s'élevait une tour appelée la tour des Kans, ou Alahek^Kambm ,
àoO ARMÉNIE.
lombeau des Atabcks. Elle avait élé érigée par le premier des Atabeks de I^Aderlieldjan, le fameux Ildeghis, surnommé Cliems-Eddin, soleil de la religion, qui i*égna de i 146 à i 172; c'était une tour décagonale, couverte de riches ornements de style persan et surmontée d^une demi-coupole sans aucune décoration; ce monument a été renversé par le tremblement de teri*e de 1840.
M. J. Morier décrit une toml)e assez singulière qui existe à Mama-Khatonn, à côté de la belle mosqu(*e dont nous lui devons également la connaissance. Cest une espèce de petit temple rond situé au milieu d'une enceinte circulaire dans laquelle on entre par une porte d'architecture sarrasine, et sur Parc de laquelle est gravée une inscription cufique. Dans l'enceinte sont plusieurs tombes. L'intérieur du petit temple est richement décoré, et au-dessous est une chambre souterraine. Des tombe» d'une grande élégance se voient aussi à Akhiat, sur le lac de Van.
Les toml)eaux des particuliers sont d'une grande simplicité; souvent ils consistent en un tronçon de colonne, une pierre taillée en bahut, une dalle, quelquefois une espèce de sarcophage dont l'extrémité se prolonge en forme de col et de tête d'animaL
CONSTRUCTIONwS CIVILES.
Le sol de l'Arménie nous présente des ruines d'un haut intérêt par leur antiquité. Comme, jusqu'à ce jour, aucune dc^couverte n'est venue assigner une destination religieuse à ces vénérables débris, nous avons cru devoir les ranger parmi les monuments civils supposant qu'ils ont appartenu à des palais ou à des habitations particulières. La ville de Van, sur le bord du lac de ce nom, parait avoir été d'une grande importance dans l'antiquité. Moïse de Khorène, écrivain arménien du cinquième siècle de notre ère, nous apprend que la fameuse S<''miramis, après avoir joint l'Arménie à ses autres conquêtes , attirée par la belle situation de Van , voulut y fonder une résidence royale et y exécuta des travaux dignes de sa grandeur. Cet historien parle avec admiration d'une montagne artificielle que Sémiramis éleva au nord de la ville actuelle et sur laquelle était placé le palais royal. Il cite encore des châteaux, des pavillons et des jardins qui s'élevèrent comme par enchantement dans le voisinage et qui faisaient de ce pays un séjour délicieux. Ce qu'il y a de certain , c'est que de tout temps Van a été appelée par les Arméniens Schamirama-Gerd, Semiramidocerte, ville de Sémiramis, et qu'une grande partie des monuments dont parle Moïse de Khorène subsistent encore. Le docteur Schultz, jeune savant allemand envoyé par le gouvernement français en 1827, et assassiné avant la fin de son voyage, a retrouvé la colline formée d'énormes quartiers de roches, et qui supporte la citadelle aciuelle (1), fort
(i) Nous afons le bonheur de pouvoir donner sur cette localité si curieuse des renseignements précieux et tout récents, puisés dans la correspondance d*un de nos amis , M. Charles de Gaiines , jeune et entreprenant voyageur qui , en ce moment encore , explore les parties les plus inconnues de TArménie et de la Perse, en compagnie de M. Lottin de Laval, envoyé par le gouvernement firançais.
CONSTRUCTIONS CIVILES. 25i
peu redoutable avec ses murs de terre et ses mauvais canons, mais inaccessible par sa position. Cette colline s'étend de Touest à Test sur une longueur de deux kilomètres, et une hauteur de près de deux cents mètres. Quand Moïse de Khorène a écrit que ce rocher était Touvrage de S('*miramis et composé d'énormes pierres rapportées, évidemment il parlait de ce qu'il n'avait pas vu. Ce travail surpasserait tout ce que l'imagination pourrait concevoir, et d'ailleurs la simple inspection suffit pour convaincre que la montagne est naturelle et nullement factice.
Le rocher contient une espèce de palais souterrain, des pièces immenses creusées dans le roc avec un art et une patience admirables, car la pierre est des plus dures. Plusieurs de ces salles ont sans doute servi de tombeaux aux rois assyriens, car on y a découvert des restes d'urnes et d'ossements. Il n'est pas rare de rencontrer sous ces voûtes des débris de statues et de monuments antiques. La surface extérieure du rocher à pic est couverte d'immenses inscriptions cunéiformes. M. Schuitz a envoyé de cette ville des copies de plusieurs d'entre elles, un peu différentes de celles qu'on voit sur les murs de Babylone. Ces inscriptions sont au nombre de quarante-deux, dont une n'a pas moins de quatre-vingt-dix-huit lignes et de quinze mille caractères. Il paraîtrait que les rois de Perse successeurs de Cyrus partagèrent le goût des antiques monarques de l'Assyrie pour le séjour de Van ; car, parmi les différentes inscriptions cunéiformes, la seule qu'on ait pu lire porte, suivant M. Saint-Martin, le nom de Xercès, fils de Darius. Une de ces inscriptions est gravée sur le rocher à plus de cent mètres du sol, et il y en a au moins soixante-dix à pic au-dessus; il est donc impossible d'en approcher, et on ne peut la copier qu'à la longue-vue. On arrive aux autres par des escaliers taillés dans le roc, mais étroits, usés et sans aucun appui du côté du précipice.
On rapporte que Tamerlan voulut achever de détruire ces vénérables restes de l'antiquité, mais ses efforts échouèrent contre la solidité des constructions.
Des ruines moins anciennes existent à Ani, une des an(;iennes capitales de l'Arménie, qui a disparu dans un tremblement de terre, suivi d'un épouvantable incendie, il y a environ sept cents ans. Ces ruines ont été décrites et visitées par Ker-Portcr, et je dois à M. Charles de Gatines des renseignements plus modernes. La ville est encore tout entière garnie de ses murailles et de ses tours, mais à l'intérieur tout est ruines et décombres.
Nous avons décrit les édifices religieux qui s'y trouvent; nous n'avons ù nous occuper ici que du | ahiis des anciens rois d'Arménie, qui s'élève à l'extrémité occidentale de renccinle. A son étendue, on le prendrait pour une ville; il est si magnifiquement d^kroré au dedans et au dehors qu'une description, dit Ker-Porter, ne saurait donner une idée de la variété et de la richesse des sculptures qui en couvrent toutes les parties, ni des dessins eu mosaïque qui ornent le sol de ses salles innombrables. Tous les restes d'édifices que renferme cette ville excitent l'admiration par la solidité de la bâtisse et l'excellence du travail.
Parmi les édifices modernes, on remarque, en Arménie, plusieurs beaux caravausérais. Un des plus importants existe à Érivan, à cinq cents pas environ de la
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ritadelle ; il a été bâti à la 6n du dix-septième siècle. Le portail n'a pas moins de soixante et dix mètres de largeur, et forme une Ijelle galerie remplie de boutiques où Ton vend toutes sortes d'étoffes. Le corps de Fédifice est carré, il contient trois grands logements et soixante petits avec de vastes écuries et d'immenses magasins.
AMama-Kathoun, dont j'ai plus haut décrit la mosquée, est un grand caravansérai, composé comme à l'ordinaire d'une cour, avec une porte à l'est, et entouré de petites chambres toutes construites avec autant d'élégance que de solidité. Deux salles voûtées, de cinquante mètres sur quarante, sont destinées à recevoir les animaux qui accompagnent les caravanes. Au milieu de la cour est une chambre voûtée destinc'e probablement à servir de refuge contre les grandes chaleurs. C'est au môme usage que servent des chambres ménagées dans le pont d'Érivan.
Les maisons d'Erzeroum sont en général petites, bâties de pierres et de bois, quelquefois de briques séchées au soleil^ elles ont des terrasses où l'herbe pousse en telle abondance que les bestiaux y trouvent leur nourriture et que lorsqu'on voit la ville du haut d'une éminence, le toit des maisons peut à peine être distingué lie la plaine qui se trouve à leurs pieds. Les croisées sont fermées par du papier au lieu de vitres. Les montagnes contiennent un assez grand nombre de villages, dont toutes les habitations sont creusées dans le rocher même.
Bitlis est peut-être la seule ville d'Arnu'nie dont les habitations soient construites en pierres de taille.
Les bazars sont en grand nombre, ils sont souvent ornés de dômes; mais tous sont couverts de terrasses qui servent de promenade au public, et communiquent entre elles par des ponts jetés sur les l'ues.
La plupart des rues des grandes villes d'Arménie sont pavées, mais à la manière des villes d'Orient, c'est-à-dire de telle sorte que ce pavé semble plutôt destiné à rompre le cou des voyageurs qu'à leur faciliter la marche.
I^*s fortifications arméniennes ne seraient en général nullement en état de résister à une attaque régulière. La vue que nous donnons de Bayazid (voyez le frontispice) pourra donner une idée de Taspect que présentent les villes fortes de ce pays. La forteresse d'Érivan est au moins remarquable par son étendue ; elle pourrait passer pour une petite ville. Elle est ovale, n'a pas moins de trois kilomètres de circonférence et renferme plus de huit cents maisons. Cette forteresse a trois murailles, surmontées de créneaux, flanquées de tours, mais sans aucune régularité, et pi*otégée seulement par un fossé qui, étant creusé dans le roc, n'a pas plus d'un mètre cinquante centimètres de profondeur. Le côté nord-ouest est seul inattaquable, s'élevant sur le bord d'un précipice de plus de deux cent mètres de profondeur, au ond duquel coule le Zenguy, qui divise* la ville en deux parties. Quant aux murailles.
CONSTRUCTIONS MILITAIIUS. 553
gi-ûi-f à leur conslnietioit en terre et en briques crues, \a pinie leur fait plus demul i|ue ne pourrait faite le cnnon. Cette forteresse fut bâtie par les Turcs en 158S; les Persans la prirent en 1604 cl augmentèrent ses défenses. En Itila, elle essuya un sit^ de quatre mois, et les Turcs ne purent, avec leur artillerie, entamer ses munrilles de terre glaise. Le roi de Géorgie, Héi-aclïus II, eu fit le si^e inutilement en 1779; le prince Tsitiauuf ne fut pus plus heureux en 1804, à la tête d'nne armée russe; le prince Paszkcvîtz la prit d'assaut en 1827.
La citadelle d'Erzeroum, située dans la partie la plus haute de la ville et presque au centre, est entourée d'une double muraille de pierre grise et dure, Qanquée d'espèces de bastions et percée d'embrasures pour les canons. Les quatre portes sont revêtues de plaques de fer; mais aucune d'elles ne mérite d'éli'e décrite. M. James Morier a peine à croire que ces travaux puissent être un ouvrage musulman. Sa rirconférencc, selon Kîniieir, est de près de quatre milles anglais.
On voit encoi-e à Érivan une tour fort singulière, dont il est dilTuile de connalli-e l'époque et ta destination (voyez ta kttre). EUle porte des inscriptions dont les caractères sont semblables à ceux de l'éiTitiii-e arménienne, mais que cependant les Arméniens ne peuvent comprendi'e. Celle tour remonte évidemment à une époque très-reculée; elle est vide et nue à l'intérieur. On voit en dehors et tout autour plusieurs ruines qui semblent indiquer une enceinte dont la tour aurait occupé le centre.
Celte tour offre une grande analogie avec le tombeau des Atabeks, à Nakchivan. Près de ce dernier monument , on voyait encore naguère ime poi-te ogivale sans ornements, flanquée de deux tourelles découronnées, seul reste de l'enceinte élevée au douzième sièrie par Abou-Giafar-Moliammed, le second des Atabeks. Ce curieux échantillon du style persan a été renversé pr le tremblement de loi-re de 1840, et il n'en reste plus de li'aces que dans l'atlas du voyage de M. Dubois de Munlpéreux.
âiii EllHiiii.
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'Asie Minpiire psI une pn-sqn'ile. (|iii sVlPiid i'i l'ocridenl de l'Asie, enli'e l'Europe el l'Afriqrip. Ce nnm nfr reninnte pns itu delà des derniers empei'eiii's rontaîits; it a du Sun origine à l'idf'e gf^néralement reçne à cette époque que l'isllime qui st'pare crlle piôiinsule du reste de l'Asip riail l)eaii<'oup plus i-essern' qu'il no Tesl en réîiliti-. B<>aucoiipdr);(Vtgrapl)es di-Bignenl cette contre sous le nom d'Anatolie, mais dans un sens plus restreint, rAnatnlieou Anadoli nVsl que la partie seplenliinnale du (tays, dont le , et It- nopd-psl jmr le l.ivas. Lre traits qui ipliie de l'Asie Mineure sont les vastes riialues