EMPIRE BIRMAN
compter; les Péguans, bien éloignés de soupçonner un acte de rébellion de la part d'un homme de si peu d'importance, portaient toute leur attention sur des provinces plus éloignées, si bien qu'ils n'avaient alors à Monchabou que cinquante soldats qui traitaient sans cesse les Birmans avec la hauteur la plus insultante. Alompra, profitant du moment où quelque nouvelle injustice avait irrité ses compatriotes, rassembla ses partisans, et passa au fil de l'épée les cinquante Péguans. Après cette actiou, Alompra cacha cependant encore ses intentions pour gagner du temps; il écrivit à Apporaza pour l'assurer que le meurtre des Péguans était l'effet d'une querelle imprévue dont il était très-afiligé. Apporaza, qui ne voyait en lui qu'un rebelle peu redoutable, donna des ordres pour qu'on le tint dans une étroite prison lorsqu'on l'aurait amené de Monchabou , et se contenta d'envoyer un corps de troupes dans cette ville, pour remplacer celles qui avaient été égorgées. Ce détachement s'approchait sans défiance, lorsque tout à coup Alompra parait à la tête de ses braves, et, fondant sur les Péguans, les taille en pièces comme les premiers. Après ce succès, Alompra résolut vaillamment de marcher sur Ava, et de profiter de la terreur où était Dotacheu, neveu d'Apporaza, qui y commandait en son absence, pour frapper un coup décisif avant qu'il eut le temps de rassembler les corps nombreux de Péguans répandus dans les provinces. Le succès couronna encore les armes d'Alompra; Dotacheu ne l'attendit pas, et tous ceux des Péguans qui ne purent ou ne voulurent pas suivre leur chef furent massacrés par les Birmans. Alompra envoya Shembuan, le second de ses fils, pour commander dans la capitale, et mettre une garnison dans la citadelle. Ces événements eurent lieu dans l'autonme de 1753. Tant de revers éprouvés coup sur coup par les Péguans alarmèrent Beinga- Délia, qui commença à craindre pour ses propres États; en conséquence, au mois de janvier 4754, il équipa à Syriam un grand nombre de chaloupes de guerre, dont le commandement fut donné à Apporaza, avec l'ordre de soumettre les insurgés. La flotte s'avança sans autres obstacles que ceux que présente en cette saison le peu de profondeur des eaux de la rivière d'Ava, jusqu'aux eu virons de la ville de ce nom; eu ce lieu, l'attaque de petits détachements birmans, postés sur le rivage, n'arrêta pas encore sa marche; mais devant le fort d'Ava, Apporaza trouva des diflScultés et une résistance auxquelles il ne s'attendait pas ; il crut plus prudent de livrer une bataille décisive que de perdre du temps dans les opérations d'un siège, dont la durée et le succès étaient incertains. Apporaza laissa donc Ava derrière lui, et se rendit avec toute sa flotte à Keoum-Meoum, où il trouva Alompra prêt à le combattre. L'action fut longue et sanglante, et quelque temps indécise; mais Shembuan ayant fondu sur les derrières de Tennemi avec la garnison du fort d'Ava, les Péguans furent mis en déroute complète, et la plupart furent massacrés dans leur fuite. Ce revers, loin d'accabler les Péguans, ne fit que les irriter; sous prétexte que l'ancien roi des Birmans, prisonnier à Pégu, venait de former une conspiration dans laquelle étaient entrés les principaux de sa nation qui se trouvaient auprès de lui , le 45 octobre 1754, les Péguans s'armèrent, et après avoir massacré le malheureux monarque, ils égorgèrent tous les Birmans qu'ils purent atteindre, sans distinction
nsTRODi'crios.
t'ftge ni de sexe. Cet acte sanguinaire eut des cRels terribles; les Birmans, qui étaient en grand nombre dans l'ancien royaume d'Ava, counirettt aux armes, et dans le délire de la vengeance, avec non moins de barbarie que ccu\ qui leur avaient donnt^ un si funeste exemple, ils massacrùrent tous les Péguans qu'ils rencontrèrent.
Alompra, poursuivant le cours de ses succès, battit en m(^me temps sur les eaux et sur la terre les forces des Pèguans devant Prome. puis il marcha sur I^nnzai, s'en empara, et lui donna le nom de Mayah-Oim (rapide conquête), que cette ville a toujours conservé depuis. Alompra chercha à faire alliance avec les Anglais, et â cet effet envoya une dêputalion à M. Brooke, l'ésidant à Ni'^rais, et chef de toutes les factoreries anglaises; il parut avoir réussi d'abord, mais bientAt les Anglais lui ayant donné lieu de suspecter leur bonne foi, Alompra s'en vengea en faisant massacrer tous les colons anglais de Négrais. La 21 avril , Alompra livra aux Péguans une bataille décisive. Ceu\-ci, découragés, s'enfuirent à Syriam, et plusieurs mt^me ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils furent dans la capitale. Alompra se fut bientôt empaié de Syriam, et dès que ta saison le permit, il vint mettre le siège sous les murs mémos de Pégn. Bientôt, la famine força le roi de Pi'gn à demander la paix et à envoyer cumme gage sa fille an vainqueur. Alompra accepta les conditions, et épousa dans son camp la fille du roi ; mais celui-ci ayant refusé plus lard d'exécuter plusieurs des articles du traité, la ville, réduite à la dernière extrémité, fut obligée de se rendre au vainqueur. Le roi fut fait prisonnier contre la foi jurée, cl la ville livi-ée au pillage. De ce moment, Alompra n'eut pas de peine ù consolider sa puissance, et il »e préparait à attaquer même le royaume de Siam, qu'il voulait joindre à ses domaines, quand la mort le surprit le IS mai 1760, à l'âge d'environ cinquante ans. laissa la jouissance paisible de sa triple couronne à l'alné de ses fils, Namdogéc- Praw. Le rj^e de ce prince fut court, et rempli de troubles; il eut sans cesse à combattre des rebelles, parmi lesquels figurèrent son fri'i'e, son oncle et deux de aes généraux. En mourant, il laissa pour successeur un fils encore enfant, nommé Moœieu; maisSfaembuan, le second fils d' Alompra, s'empara du tràne, au préjudice de son neveu; il augmenta encore par ses armes la puissance de son royaume, fit la conquête du royaume de Siam, qu'à la vérité il ne garda que peu d'années, cl repoussa une armée de cinqimnte mille Chinois descendus dans les plaines que baigne l'Irawaddy; mais il ternit sa gloire en faisant périr l'ancien roi de Pégu. Beinga-Dclla, sur la plus frivole accusation.
A Shembuan succéda son fils Schenguza; ce prince cruel, lâche et sans énergie, fut détrôné en I78S par Momien, fils de Kamdogée-Praw, et légitime successeur d'Alompra, et périt de la main d'un de ses officiers qu'il avait offensé.
Homîen n'avait été qu'un instrument dont s'étaient servis les conspirateurs pour crpérer une révolution ; sous prétexte d'incapacité, il fut déposé, emprisonné et mis à mort sans jugement, api'ès un rt'gnc de onze jours. Hendragée-Praw. quatrième fils d'Alomprj, avait tout préparé et conduit; il se fil reconnaître souverain des deux ropumcs de Pégn et d'Ava, et par son talent et son courage sut se montrer
KMPIUK B1KMA>.
<li^Re <l'occu[>er le ti'Ane qu'avait illiiiitiv son \ii-rc. Il iijoula ik sa iloublé oouroiuie ceUt' du royiiumo d'Arrakan, et se Gl ('(-dcr uue {uirtîc tlu territoire siamois; enfin ce fut lut qui fouda la ville d'Aniarapoorj , dont il fit la <.-apilJiIe de IVmpirc.
Dès lors commença (tour re pays une ère de tranquillité que fuUlit interrompre un <lém<^)é survenu avec les .Vnglaîs du comptoir de Chittagnng, accusas d'avoir favorisa les déprédations de quelqui^s pirater inalai»; mais ce dilTm'nd fui ré^léù l'amiable pur un Iraité, H ce fui & la suite de cette négociation que le major Syiniv Tut envoyé, eu 1703, en ambassade vers Mendnigét-Praw. C'est la relation écrilc par le major Symes qui nous n fourni les premiers doriiments jWMtifs sur cetl'coDtnV jusque-là si ])eu connue.
A partir de c«tte époque, la liimne harmonie régna entre l'empereur et les Anglais pendant dix-sept ans : mais, en 1811, un seigneur birman, uomméKJnberrin. s'iHant révolté contre l'empereur, celui-ci soupçonna les Anglais de l'avoir favorisé, et depuis lors jusqu'à la mort de Mendragée-Praw, arrivée en 1819, lu coufianc^ fut détruite, et les deu\ partis semblèrent s'observer sans cesse.
Dt-s qu'il fui monté sui- le Irône. le suc<:e.sseur de Mendragée-Praw transporta le siège de l'empire d'jVmarapoora à Ava, qui reprit une partie de son ancienne splendeur, et dont la population , réunie à celle de Saïgaing ou Zikkba'im , phci-e sur lu rive opposée du ileute, est évaluée aujourd'hui à plus de trois cent mille habitants. Divers îneidents contribuèrent, de 1819 h 1824. h entretenir la division entre ce prince et les Anglais, jusqu'au jour où on devait en venir h une rupture ouverte.
L'empereur birman , s'élant empaix' du jiays d' Assam , se trouva voisin immédiat des possessions anglaises. Le Brahmapoolre séparait les deux territoires; au milieu de ce Qeuve était l'Ile de Chapury, occupée par un poste anglais; l'empereur pré lendit qu'elle formait «ne dépendance de l'Assam. et sans déclaralion de guerre pn^ulable, il s'en i-endit maître en janvier 1824- Dès lors s'engagea une lutte qui coula beaucoup de sang de part et d'autre, et qui se termina jKir un traité portant la cession formelle à la d'ande-Bretagnc dos quatre provinces d'Arrakan, Mei^y, Tavay et Yeah; il y était stipulé en outi'e que l'Assam, le Katcliar, le Zeatungct le Mannipore seraient gouvernés par des radjahs au choix de la Compagnie; enfin, que rem)>ereur payerait pour les frais de la guerre la somme de 24,000,000 de francs. Ce traité fui signé Ji Vandahn, oii campait l'armée anglaise, panenue aloi-s Ji quatre-vingts kilomètres de la capitale.
Cette guerrtî avait coûté à lu Compagnie anglaise plus de cent millions, et il n'est pas bien certain que les avantages qu'elle retira du Wallé d'Yandabo. quelque défavorable (]u'il fiU à l'empereur, aient pu compenser ses pertes en hommes et ses dépenses en argent. Que sont pour la Compagnie ces faibles nvanlages, mis en balance avec la haine de tons les peuples malais irrités contre les Anglais par cette expédition, au]>rès de l'inquiétude remuante que les souvemins voisins montrent depuis la guerre h laquelle ils doivent la connaissance des futurs projets de l'ennemi, et en même temps celle de leur force pour lui résister? Aussi l'entreprise a-t-el)e été considérée dans l'Inde, par tous les hommes sensésj comme impoliliqne et
pouvant amener plus tard de fatals résultats pour les intéri^ts de la Compagnie.
Quoi qu'il en soit, après le traité politique, la Compagnie songea à faire une convention commerciale, et M. Craufurd se rendit, en 1827, à Ava pour y accomplir cette mission; c^est à cet envoyé que Ton doit les notions les plus exactes et les plus récentes sur Tintérieur de Tempii^e des Birmans. Dans cette même année, un prince dn sang, nommé Tharawaddi, a détrôné Fempei^eui*. Ce prince se montre peu disposé à favoriser les Anglais, et on peut s'attendre à voir recommc^ncer les hostilités d*on moment à Tautre.
La religion des Birmans est le bouddhisme, mais moins pur que dans Tile de Geylan, et évidemment mêlé de dogmes appartenant à la mythologie chinoise ; ils adorent le réformateur sous le nom de Gaudma ou Goutama. La haine qu'ils portent aux Indous, qui composent en grande partie Tarmée anglaise, fut certainement une des principales causes de leur résistance héroïque et acharne^ pendant la guei*re de 4824 à 1827. Les Birmans disent avoir reçu leur religion des habitants de Ceyian, qu'ils nomment Zehou. D'après leurs moines, les rhahaans, le bouddhisme passa de Zehon à Arrakan, et de là à Ava et probablement en Chine.
Sans cesse occupés des guerres intestines ou étrangères, il était difficile aux Birmans de faire de grands progi*ès dans les arts, que la paix seule peut faire fleurir. La peinture est chez eux c(4ui de tous les arts qui est le moins avancé; la sculpture a fait plus de progrès; (^lle s'exerce suitout à faire des idoles du dieu (Soutama, dont il y a une grande manufacture à Orde-Roua-Kieock ; mais les artistes qui les exécutent suivent tous une routine invariable et n'ont guère d'autre mérite qu'une grande habileté de main, due à une immense pratique appliquée sans cesse au même objet.
Les Birmans paraissent avoir poussé assez loin l'art de la fonte; car au nombre des principales curiosités que renferme leur empire on cite une statue colossale d*airain du dieu Goutama, et cinq images de Rakaus, ou démons, de même métal. Ces objets faisaient partie du butin trouvé par Mendragc^e-Praw à la prise d'Arrakan, et qu*il fit transporter dans sa capitale d'Amarapoora. Je pourrais encore citer conune preuve de l'habileté des Birmans dans cet art la grande cloclu^ d(^ Rangouii, qui a trois mètres quinze centimètres de hauteur sur deux mètres cinq centimètres de diamètre et trente-trois centimètres d'épaisseur. Une inscription en langue /^a/f, gravée sur cette cloche, indique qu'elle a été fondue en 1780.
Un des plus singuliers édifices religieux de l'empire birman rappelle les dagobahs de rinde et de Ceyian. Le temple de Kommodou, placé sur une éminence qui permet de Tapercevoir de fort loin, a précisément la forme d'une cloche, mais il ne pn'>sente aucun vide à Fintérieur. Ce gigantesque édifice n'a pas moins de c<*nt mètres
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d'élévation , bien qu'il ne soit point surmonté d'une flèche. Cesi sans doute le monument le moins élégant de toute la contrée, mais c'est. aussi le plus étonnant de tous par sa construction. Tout prouve d'ailleurs qu'il est très-ancien, et par sa forme et la grandeur imposante de sa masse il semble destiné à résister pendant bien des siècles encore aux ravages du temps. Le toit de ce temple a été autrefois très-richement doré, et des débris de galeries de bois, dont la peinture et la dorure ne sont pas encore tout à fait effacées, se voient épars autour de la pyramide. Il est probable que ces ornements ont été souvent renouvelés depuis la construction du temple. Kommodou fut jadis un lieu célèbre par sa sainteté, et il est encore en grande vénération. Les Birmans attribuent l'édification de ce temple à des êtres surnaturels, et la font remonter à une époque antérieure à Moïse. Ces fables sont sans doute inventées pour voiler l'ignorance où l'on est sur l'origine de Kommodon- Praw; mais, quoi qu'il en soit, ce n'est qu'une preuve de plus de son antiquité reculée.
Il est un autre édifice dont l'ensemble est bien plus saisissant encore, mais dans un genre tout opposé; je veux parler de la fameuse pagode de Rangoun, magnifique temple bouddhique nommé dans le pays la pagode dorée. Quand on arrive par la route de Rangoun , il faut gravir d'abord une centaine de marches au sommet desquelles se présente de plain-pied l'avenue qui conduit à la principale chapelle {planche 19). Celle-ci a, comme le temple de Kommodou, la forme d*ane cloche posée sur des assises inégales, mais elle est surmontée d'une flèche aiguë richem^it dorée et ciselée, et s'élevant à la hauteur de cent trois mètres. En avant du monument, dans une espèce de cage de fer peinte en rouge foncé et ornée de dorures, se voit la figure de Goutama.
Autour du grand temple se dressent une foule de praws ou petites pagodes, flanquées de figures monstrueuses, offrant quelque analogie avec les sphinx d'Egypte, et ayant tantôt des têtes d'hommes, tantôt des têtes d'animaux (voyez la iMre). Quand l'un de ces praws, dédiés à Goutama, tombe en ruine, au lieu de le restaurer, on en élève sur-le-champ un autre à ses côtés, de sorte que l'avenue de la grande pagode est toute bordée de ces monuments. Cette foule de flèches, cette réunion de petits édifices où s'abritent les fidèles, ces diverses parties de constructions, chargées de dorures et de mosaïque, saisissent le regard et imposent l'admiration.
A Pégu est aussi une pagode magnifique, appelée le temple de Schoe-Madou (du dieu d'or). Ce temple (voyez la vignette, page 82) est élevé sur une double terrasse rectangulaire ; la première a trois mètres trente centimètres d'élévation au-dessus du sol, et la seconde a six mètres soixante centimètres au-dessus de la première. De grands escaliers de pierre conduisent aux terrasses, aux côtés desquelles sont les habitations des rhahaans ou prêtres, dont la hauteur varie d'un mètre trente centimètres à quinze mètres soixante centimètres. Chacune de ces demeures n'a qu'une seule chambre, assez spacieuse, construite avec des planches, et couverte en tuiles ; les poteaux qui les soutiennent sont tournés avec élégance. A chaque angle de la seconde terrasse on a construit un temple qui n'a que vingt-deux mètres de
MONUMENTS REUGIEUX. 77
haut, mais qui du reste est exactement semblable au grand. Sur la façade de celui qui est m sud-ouest on voit quatre figures gigantesques, faites en maçonnerie, et raprésentant le génie du mal; elles sont moitié homme et moitié quadrupède, ■wwes» et tenant une énorme massue sur Tépaulc droite. Ces monstres sont les gudîens du temple, et répondent aux rakouss des Indiens, aux rekhas des Javanais.
Le grand temple est une pyramide, construite en briques et en mortier, dans hqoelle il n*y a aucune espèce de vide ou d'ouverture; il forme à sa base un octof et il s^arrondit en s'élevant. Chaque face de Toctogone a cinquante-quatre de long, ce qui donne Ténorme circonférence de quatre cent tit-^nte-deux A deux mètres de hauteur est un soubassement en saillie, sur lequel sont potées, à égale distance Tune de l'autre , cinquante-trois colonnes pyramidales de Mof fliilres de haut, et de treize mètres de circonférence à leur base. Au-dessus, ■ne antre saillie, est un nombre égal de pyramides semblables, d'égale dimen- • L'édifice est entouré de moulures circulaires, et la corniche est chargée d*oniement8 qui ressemblent à des fleurs de lis. Au-dessus des dernières moulures, •ont d^anlres ornements en stuc, pareils au feuillage d'un chapiteau corinthien, et k toni est oouronné par un tée en fer doré , surmonté d'une aiguille et d'une girouette t dorées. Ce (ëe est une sorte d'amortissement, en forme de coupe l'en- , qui se voit sur tous les édifices sacrés de forme pyramidale. L'inauguration de cet omenient est un acte religieux, solennel, et sftcompagné de fêtes et de rijonimnoes. Le Ue du temple de Schoë-Madou a dix-neuf mètres de circonférence; il est supporté par une barre de fer plantée dans la pyramide, et attachée par de ptMwes chaînes qui y sont fixées. Beaucoup de clochettes sont suspendues autour du tf^ et agitées par le vent, elles font entendre un tintement continuel. La hauteur tolak de Tédifice est de cent vingt mètres; suivant les traditions conservées par les rhahaans, sa fondation remonterait à plus de deux mille trois cents ans.
Le temple de Scboê-Dagon (le Dagon d'or), situé à trois kilomètres au nord de Bangoun, est un très-grand édifice; quoique un peu plus bas que le temple de SchoS-Madou, il est encore plus richement orné. La terrasse qui le supporte a été construite sur une éminence de rochers, dominant toute la campagne voisine; aussi le temple se voit-il de très-loin. L'escalier qui conduit sur la terrasse a plus de cent mardies; elles sont en pierre et un peu dégradées. Le tée et la pyramide sont dotes, et quand le soleil les frappe, ils ont le plus éblouissant éclat. Autour sont un frand nombre de petits temples, dont beaucoup tombent en ruine; car ou regarde connue une action bien plus méritoire d'en construire de nouveaux que de réparer ks anciens.
Le temple de Schoe-Zigoun, à Pagahm, n'est ni si vaste, ni si bien bâti que ceux que nous venons de décrire; il n'a pas plus de cinquante mètres de hauteur. De chaque côté du chemin qui y conduit, est une rangcV de pratrs, la plupart en ruine, coome partout ailleurs. La terrasse qui supporte le temple est spacieuse, et |>avée de grands quartiers de pierre; on y voit aussi un grand nonibi*e de petits temples dorés et chargés de sculptures.
78 EMPIRE BlRiMAN.
Daus la même ville de Pagahm, qui eut autrefois une grande splendeur, et fut, dit-on, la résidence de quarante-cinq rois birmans, on trouve une immense quantité d'autres édifices religieux. Ils sont d'une structure toute particulière ; au lieu d'une mince aiguille, placée sur une vaste base, et s'élevant à une très-grande hauteur, ces temples conservent le même diamètre jusqu'auprès de leur sommet et se terminent tout à coup en pointe, disposition qui manque absolument d'élégance. Parmi les plus anciens, la plupart n'ont point été bâtis sur une base pleine; une voûte en forme de dôme, et sous laquelle on {XMiètre par quatre portes ogivales, supporte l'énorme et massive construction dans laquelle est enchâssée l'image de Goutama.
Après ces édifices, je puis encore citer les pagodes nombreuses d'Ava, parmi lesquelles on distingue le Schoë-Gonga-Praw, non par sa grandeur et sa magnificence, mais par la vénération qui s'y attache; le Logatherpou-Praw, qui renferme une statue colossale de Goutama, formée d'un seul bloc de marbre; les temples pyramidaux qui entourent Chagaing, ville située sur le bord de l'Irawaddy, et jadis résidence impériale; les innombrables pagodes d'Arrakan et de Mayahoum; le beau temple de Denoubieu, qui semble avoir été bâti sur le modèle de celui de Schoè- Madou, mais sur une plus petite échelle; ceux de Kioum-Zeik, plus remarquables par leurs dorures que par leur grandeur; la pagode de Loga-Niendah, masse énorme de maçonnerie sans élégance, placée sur une terrasse demi-cii*culaire, avec une base peinte des couleurs les plus vives, et une coupole richement dorée; enfin, les temples de Maiday, que rendent si pittoresques les bosquets de manguiers et de tamarins qui les ombragent.
MONUMENTS FUNÉRAIRES
Nous avons peu de détails sur les monuments funéraires de l'empire birman, qui en général paraissent peu dignes d'attention ; cela s'explique assez facilement par l'usage de bi'ùler les corps des personnages importants, et de jeter à l'eau ceux des pauvres. Le major Symes cite cependant un tombeau moderne, érigé sur le bord de l'Irawaddy, à peu de distance d'Ava. C'est un petit bâtiment de forme oblongue, construit en briques, à un seul étage, et ayant huit ou neuf portes du côté de la rivière.
Les changements fréquents de résidence des empereurs birmans ont nécessairement donné lieu à la construction de palais dans leurs diverses capitales. Celui d'Ava se distinguait des autres habitations de la ville par son étendue plutôt que
par 81 magnificence extérieure ; mais Tintérieur était d'une grande richesse.
Le palais du roi à Arrakan était situé au milieu de cette ville ; il était très-vaste, en- Tiromié d*nne triple enceinte de murailles, et renfermait des richesses immenses qui devinrent la proie des vainqueurs, loi*s de la prise do cette ville par Mendragée-Praw.
La nouvelle capitale d'Amarapoora n'est située qu'à huit kilomètres environ de Tandenne Ava, sur une presqu'île qui sépare l'Irawaddy d'un lac accru par les eaux de cette rivière. Les débris de l'ancienne capitale ont ser^î à construire la nouvelle, et on a mis tant d'activité dans cette construction, qu'Amarapoora est devenue en pen de temps Tune des plus belles et des plus florissantes villes de l'Orient. Le palais de l'empereur est un vaste bâtiment en briques, auquel on arrive après avoir tm^iené plusieurs cours spacieuses; la dernière, qui contient le lotou, ou grande laiie d*audience, est immense. Dans cette enceinte est une cour intérieure, séparée par une muraille de briques, et comprenant le palais et tous les bâtiments nécessairea à la maison du roi. Le lotou est d'une grande magnificence; il est soutenu par toiiante ei dix-sept colonnes, distribuées sur onze rangs, et placées à quatre mètres environ de distance les unes des autres, ce qui permet d'évaluer à quarantekidt mètres sur trente-deux l'étendue totale de la salle. Le fond est occupé par ue grande jalousie dorée qui comprend toute la largeur de l'édifice, et au centre de laquelle est une porte qui, lorsqu'elle est ouverte, laisse apei*cevoir le trône. Les princes de la famille impériale ont aussi leurs palais à Amarapoora , mais ils sont bien moins riches que le palais impérial. Celui-ci, toutefois, est presque égalé par le kioum, résidence du grand prêtre de l'empire, désigné par le titre de Siredaou. Ce bAtiment est peut-être dans son genre le plus magnifique de l'univers; il est entièrement oonstruit en bois, et sa disposition est la même que celle du Kioum-Dogé, dont je vais parler tout à l'heure; mais il est beaucoup plus vaste et majestueux. Ses nombreuses rangées de colonnes, dont quelques-unes ont vingt mètres et qui sont tontes couvertes d'or bruni, produisent un efibt merveilleux.
Non loin de là est le Kioum-Dogé, ou couvent royal, qui est presque aussi remarqoaUe. On entre d'abord dans une cour spacieuse*, euvironnée d'une haute muraille de briqneSv au milieu de laquelle est le Kioum, édifice uon moins extraordinaire par son genre d'architecture que par la magnificence de ses ornements et la pro- Ittsion d*or que l'on i-encontre dans toutes ses parties. Il est tout entier en bois, et les toits, qui s'élèvent les uns au-dessus des autres à cinq étages, diminuent de grandeur à proportion de leur élévation. Chacun d'eux est bordé d'une corniche artistement sculptée et richement dorée. Le corps de bâtiment , élevé à quatre mètres de terre, est supporté par cent cinquante gros poteaux; une balustrade dorée, et biaarrement sculptée, environne l'extérieur de la plate-forme; enfin tout le bâtiment est entouré d'une large galerie. A l'intérieur est une salle magnifique, supportée par nne tolonnade majestueuse. Les colonnes du centre ont au moins seize mètres de hauteur, ei sont dorées depuis le sommet jusqu'à un mètre trente centimètres de la base, qui est peinte en rouge. Une cloison, formée par des jalousies dorées de cinq à six mètres de hauteur, divise la salle en deux parties égales du nord au sud. Les espaces
KHPIIIR BIIIMAN.
entre les colonnes varient de quali-t
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iiiMti-s, et le nombre de ces dernières.
y compris u'Iles qui suutiounfnt ia t^dlme, est au muins de cent; t-llcs ilioiinnonl de liautt^ur ù mesure qu'elli-s appriK-lieut des exlrcniitt^s, de sorte que la dei-niêtc raugw n'a guùre plus de cinq nii'tres. Le Las des colonnes est enveloppé d'ntu' fenille de pluniL jxxir le pi-éiiervcr de l'Iiiimiditi^ L'ue statue en marbre dore, cl repn'senlant Goulania ;issi8 sur un lr6nc d'or, est placée au cenlre de lu cloistin.
Bt-aucoup d'uiitre» kioumi se trouvent dans les environs : celui appelé Knebang- Kiaum, couvent de l'immortaliti-, se fait remarquer par sa nèche ou pitualh. de cinquante mètres de haut<>ur. C'est le lieu où son( c\)>osés les corgts des siredaiius. La grande salle est fort belle cl soulrntie par Irciite-six piliei-b, ditul plusieurs ont treize mètres de hauteur.
Dans les' mines du vieil \\ù soûl celles du l>ogallier|Miu-Prdw. autrefois ri'sidemc du siredanu: sou leniple était d'une gnmde ricliesse; ou y admire eucoiv une statue colossale de marbre de Goutama, haute de huit mètres, quoique assise. Il est évident que le temple avait été construit après l'idole, dont la pi'OjHirtion est li^'lle qu'elle n'aurait pn passer par la [torle.
Les kîounis ou couvents des rhahaans sont d'une stractui'c ditTén-nte de Celle des maisons ordinaires; ils ont beaucoup d'analogie avt^ les édi6ces chinois; ils ont des toits à plusieurs étages, soutenus (tar de fortes colonnes, et ils ne sont composes que d'un seul appartement ouvert de tous côtés, oti l'un voit quelquefois des sculptures faites avec beaucoup de soin, et représentant divers symboles de la divinité.
Les maisons des particuliers , dans tout l'empire birman . sont constniites en planches, et élevées sur des poteaux de bois de bambou, dont la hauteur est proportionnée it rimportaDC« du propriétaim. Les kioumt et les demeures des grands sont ordinairement élevés au-dessus du sol de deux à trois mètres; les habitations des hommes d'un rang inférieur et des paysans ne le sont que d'un mètre au plus. La distinction consiste aussi dans le nombre d'étages dont le toit est composé.
Lorsque les grands de l'empire birman voyagent par eau , on leur construit des maisons sur le rivage, dans les endroits où ils ont envie de s'ari-élcr. Cet usage s'observe encore plus exactement pour l'empereur; soit qu'il voyage par terre, soit qu'il s'embarque, partout où il fait balte, on élève aussitôt un bAtiment d'un ordre d'architecture qui lu! est spécialenicut réservé. Ces édifices sont construits avec des matériaux qu'on se procure toujours aisément, des bambous, des ratans et des joncs. La structure en est si simple, qu'une maison spacieuse, commode et assortie au climat, peut être bâtie en un jour. On conçoit que de paivilles demeures présentent peu de solidité, et peuvent i^tre facilement renversées par lèvent; mais aussi telle est la légèreté des matériaux qui les composent, qu'il ne peut en résulter aucun accident pour les habitants.
l^-s seuls édifices en brique sont les palais et les temples; l'empereur a défendu l'emploi de ces matériaux aux particuliers, parce qu'il craint, dit-on, que sous le piV'texIe de bâtir des maisons solides, on ne couslriiis'' qiK'lques forteresses qui pourraient élre dangei-euses pour le repos de l'État.
Un mot encore sur quelques habitations assez singulières. Pivs de Neoudah, le rivage oriental de l'Ii*awaddy présente un rocher élevé de trente à quai*ante mètivs ; à peu près à la moitié de cette hauteur sont des ouvertures donnant acci's à des cavernes autrefois habitées par des ermites qui les avaient creusées eux-mêmes, et qui Bravaient de communication avet*. les hommes que pour recevoir des vivres qu'on allait leur porter au bas du rocher, et qu'ils montaient avecr une corde.
Presque toutes les villes, et même les villages, des Birmans sont entourés de palissades, genre de défense dans lequel cette nation est fort habile (voyez le froniitpiee)f mais souvent aussi ils présentent des fortifications plus solides et plus durables.
L^ancienne ville de Pégu était entourée d'un fossé et d'un rempart qui durent être on ouvrage considérable, à en juger seulement par les ruines qui subsistent encore. Cette enceinte formé un carré de près do deux kilomètres sur chaque face ; le fossé est comblé en plusieurs endroits, soit par les décombres qu'on y a jetés, soit pai* râboulement de ses propres parois; il parait avoir eu environ quai'ante mètres de hrge et trois à quatre mètres de profondeur. Il serait difficile de dire au juste quelles étaient les dimensions de la muraille, mais le major Synies croit qu'elles n'avaient pas moins de dix mèti'es de haut, et ti'eize mètres d'épaisseur à leur base; elles étaient construites de bi'ique et d'argile, (*t flanquées de bastions éloignés Ton de Tautre de deux cents mètres environ. Au milieu de chacun des quatn* cotres de Tenoeinte, était une porte de dix mètres de large, devant laquelle on li'avorsait le fossé par une chaussée qui était défendue par des retranchements dont il ne reste plus aucun vestige. Ijà nouvelle ville de Pégu n'a qu'une enceinte de pieux dr trois à quatre mètres de haut.
Près de la ville mmlerne de Prome ou Piayé-Mieu, sont les ruines de l'ancienne; elle forme un i>etit pentagone dont l'enceinte était bàti(* eu brique, et par sa situation elle devait être très-forte. La nouvelle ville est g:irnie de palissades terrassées à l'intérieur.
L'ancien Ava était divise'; en haute et basse ville, toutes deux forlitiiTS. I^i basse, qui était la plus étendue, est encore en grande parti(* eutouive d'un mur de dix mètres de haut, au pied duquel est un foss<'; large et profond que traverse une chaussée en 'terre; le mur est revêtu eu dedans d'une levw également en terre. Ia\ ville haute, sorte d'acropole, n'avait qu'environ un kilomètre de circonfénMice ; s(»s fortiBcations étaient bien plus épaisses, et cept'ndant aujourd'hui elles tombent on ruines.
On peut encore reconnaître à Pagahm les vestiges d'un fort b:\ti en bricpie; mais la forteresse la plus importante de l'empire birman est celle d'Amaraponra. I it
EMIMIIE BIUMAS.
Celte dtadelle est spiicieiise , régiiliî^re et solidemeni bâiie ; les remparts sont tre il'luvés, protégé» pur tin jiaraptït, flanqués tin bsstiuns. ooii&truits a\tK soin, et entoun-K d'un fossé large et profond revêtu d'une esciU'pc et d'une contrescarpe en brique, et toujours plein d'eau. Les portes sont garnies de canons, et des ouvrages avancés défendent la tête des (lonts qui traversent les fossés, tl y u quatre portes principales, une au milieu de chaque façade; il y a aussi une plus petite lM>rte de chaque ciité de la grande, à une égale dislance de cette dernière et de L'angle du foi't, ce qui donne un total de douze portes. Chacun des c-otés du fort a (■nviron quatre mille huit cents mj.-tres de long. Chaque busliou, ainsi que chaque porte, est couvert d'un toit en tuile, supporté |>ar quatre poteaux de bois. A chaque angle du fort est un temple dort* qui a plus de trente mètres de hauteur, mais qui ne jH'ut Hni comparé ii eeu\ que nous a\ons décrits.
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^^^^^^ ifi^Sttfttfv ^ i'oyaumi> d« Siaiii, l'InHo-Cliin
^^^^^^ '^'^P^RSK^ '"'''^ tmniigaiiiit^tiquc, csl Ijurno à Test par le
^r ^ l'oyaume ^'Anani, au sud par la presqu'île de
^^ JjSBd^M^^^^jk ii Mabcca el le golfo de Siam , à l'ouesl par rcm~
JI^^^^^^^^^BêÊL pin. birman, au nord par ce nK^n»; empire et
' par la Chine. Sa population est évaluée à deux
- millions iiuit œnt mille liabitaals. Ce pays est
l'ofraé d'une grande valli^e Ir^'^-fertile, encais-
f sée par de liaules munlagncs, el arrosée par le
fleuve Meinatn ou Minam, qui le parcourt dans
toute sa longueur, et est navigable en tout
mps depuis Sia-Tliya jnsqu'à la mer. La configuration de celle contrée offre lieau-
«p d'analogie avec celle de rËgy])te, et cette analogie est rendue pins rrap|Kiote
Ki
uov.viME m-; si\M.
eni'iiti' {mr li- <li-l>i)rilrnk-iit |imiMJii|tif «lu Meinaiii, qui, à (lartir du mnis tie étécombri-, vii'iil ri'ililîsi'r \v sol, di! nn>MH' i)m^ celui de rf^tj'iilf esl enrii-lii [wr les iiiiiiidatioiis HUUUi'IUii du Nil. CotiiiQO cv ]uiys est situé tout l'iitit'i* sous la /Ame lorride. et (|u'uue contm? aussi lirAlanli- uVst liabitahie qu'au{)rf>s des ritit^^, les Siamois l'ont entrecouptV d'une inlinit<'- de canaux, sur les lioids desquels sontlKlIis les villes «t les villages.
Ainsi qu'il arrive pour uue foule de désïgnulious adoptées par Its Eumpéens. le nom de Siam t^t inconnu aii^ Siauiois, qui se dt^ignenl eux-mi-nies par relui de Tliai. U' nom de Sïam est dû aux Portugais qui l'ont peut-i^lre cmprutili'- ù la langue lie Péjfu, dans laquelle ee mot a la iiit'nie sipiReatioii que le Thaï des Siamois. Ilhn^, intl^tidnnt. Que» qu'il en soîl . anjuurd'liui encore, les Chinois et les Malai% appi-llent les lialiilunls de ee pys, Smm , et les Birmans le» désîgucul inditTén-m* lueiit [Kir les noms de Shan ou de Youdras; celle dernii-ir dénomination est liit'e de Vfiudia ou Voudra, leur atieienne capitale.
La résidence actuelle du roi est Bankocb, ville de quati-e-viii^-di\ mille âmes.
1a-s Siamois se sont montrés |ii-n jiiloii\ de conserver leurs annales, et les niauuscrils qu'ils possi'deni en petit iiomlire, ne |M'rmett(!ul pas de remonter bien luuit dans leui' histoire avec quelque espuii- Tonde de ii'iieontrer la vérité.
I,'ère'des Siamois date de la mort de Sommona-Codom , leur pruphf'te, c'esl-àdii-e de l'an 544 avant Jêsus-<:iiri$l. Voici li>fi ipielques notions qu'il nous a été possible de recueillir sur ces temps recuits de leur liisloii'e. Le premier mi dont ils aïeul conservé le souvenir est Pra-Poal, qui n-gna vers l'au 1500 de leur viv. et tenait sa cour dans une ville nommik- Tohai-Pop{H>Malionacou , et dont aujoui-d'hui il ne reste plus le moindre vestij^e. Le dernier des di\ rois qui lui succédèrent transféra le siéfje royal dans une autre ville dont la situation el le nom sont égaleuu-nt inconnus. Onze rois i-égnêrenl aprt-s lui, sans changer de rapîtate jusqu'à Pra-Poa-Noome-'rbclcseri , qui, en 1731 de leur ère, obligea tout son peuple ù le suivre à Loi'outa'i, et de là à Pipeli , qu'il (it bi^lîr pour être le siège du royaume. Quatre autivs rois lui succëdèi-enl, dont le dernier, Klianiatitoudi, commença à bâtir la ville de Siam en 1894, et y établit sa cour; ainsi la fondation de Siam remonterait à Tan 1500 apri-s Jésus-Christ. Depids Ithamatitoudi , on compte vingtcinq rois, ayant appartenu à dilférentes dynasties, jusqu'à celui auquel Louis XIV envoya un ambassadeur. Pendant cette péi-itHle. h dater du commencement du seizième siècle, l'histoire de Siam parait prendi'e quelque authenticité. Eu 1302, nous voyons le roi de Siam essayer, mais sans succès, la conquête de la presqu'île de Malacca. En tSl I, des relations s'établirent entre les Siamois et les Poi-tugais du comptoii' de Malacca. Un siècle et demi se passe ensuite en révolutions intérieures un en invasions étrangères, et ee n'est guère que vers la fin du dix-septième sit-cle que ces annales reprennent quelque vie et quelque intérêt. Trois fervents apôtres de la soitiété des missions rrançaîses r<'Solui'eut d'aller convertir les Siamois à la i-eligion chrétienne; c'étaient Lamothc- Lambert, évéque de Beryte, Pallu, évéque d'Héliopolis, et Cotolendi. évéque de ililélello]>olis. .\près des peines sans nombre ,
el uu voyage de deux années, les trois missionnaires arrivèrent à Siaiu vers 1662. A cette époque régnait dans ce pays un prince éclairé et ami des progri's, Tchaou- Maraia» qui les accueillit avec bienveillance, et leur fit présent d'un terrain sur lequel ils fondèrent le séminaire de Saint-Joseph. Bientôt des chrétiens, chassés de la Cochinchine, par la persécution, vinrent se mettre sous la direction des trois évéques, à qui le hasard réservait bien d'auti*es succès. Un aventurier grec, nommé Constantin Phalcon, fils d'un cabaretier de Céphalonie, était parvenu à s'insinuer si airant dans les bonnes grâces du roi de Siam , qu'il était devenu son premier ministre. Cet homme, dans le dessein de s'affermir dans ce poste, et peut-être de s'élever plus haut encore, chercha à se faire un titre aux bonnes grâces de I^uis \IV en persuadant à Tchaou-Naraïa d'envoyer une ambassade au roi de France. I^s ambassadeurs siamois furent reçus à Versailles avec la plus grande magnificence; ils étaient chargés de proposer un traité de commerce entre les deux nations, et de faire entendre que le roi de Siam n'était pas même fort éloigné de se faire chrétien. Louis XIV ne voulut pas être longtemps en reste avec Sa Majesté Siamoise : le S7 septembre 4687, une ambassade française paraissait dans le Meinam; elle se cxMnposait du chevalier de Chaunumt et de MM. d(^ Gerlx'ret et de la Loubère, chefs de la députation, de M. l'abbé dit Choisy, de cinq missionnaires, et de quatorze* jésuites. Parmi ceux-ci était le P. Taohard, qui, sous le. titre de mathématicien, cachait des instructions secrètes plus ('tendues que les pouvoirs de l'ambassadeur lai-méme. Un corps de huit cents hommes accompagnait l'ambassade. Au point de \ue religieux, les résultats de cette démarche furent nuls; il n'en fut pas de même sous le rapport politique*. On obtint que des giu'nisons françaises occuperaient Bankoek et Hergui, les deux bouloards du royaume. Constantin Phalcon aida de tout son pouvoir au succès de ces négociations, comptant sur Tappui des Français pour la réalisation de ses projets ultérieurs; mais dès l'année suivante, \c roi étant tombé malade, deux favoris, Monpit et Pitrarcha, parurent partager les chances de recueillir son héritagi*. Pensant sans doute avoir meilleur marche* du pi*emier, Phalcon venait de se déclarer pour lui, quand Pitrarcha fit assassiner son compétiteur et arrêta de sa main h; premier ministres au moment où il se rendait chez le roi, qui était au lit de mort. Vainement de Farges, commandant des forces francises, voulut-il accourir au secours de Phalcon , la révolution fut consommée le 5 juin 1688. Une esp(*ce de capitulation, signée avec de Farges, stipula que le royaume de Siam serait évacué par les garnisons de Bankoek et de Mergui. Les missionnaires furc*nt insultés dans la capitale même du royaunu*, et les évêques eurent de la peine à sauver même leur tête. Le séminaire de Saint-Joseph fut pillé, plusieurs prêtres subirent l'horrible supplice de la cangue. M. de I^mothe-Lambert resta pendant un jour entier à ki merci de la populace (|ui lui arracha, un à un, les poils de la barbe, le traîna dans la ville, et ce ne fut qiïe demi-mort qu'il fut livré aux geôliers. Quant à Phalcon, il eut la tête tranchée, et sa veuve, apn*s avoir été sur le point d'être reine, fut condamnée par le successeur du roi de Siam à servir dans la cuisine, et mourut dans cette triste condition. Enfin l(*s persécutions dimi-
86 IlllYAllMt: DE -SIAM.
nut-renl , i-t elles iivaii-iit ccssi- c]ttan(l le P. TiK-liiiril rv|uirul à BanluM-k , en 1690 , nvec deux tnandarins qu'il ranieuuit do France comme metisugei's de ymix. De nouveaux pourparlers eurent lieu, à l;i suite desquels IVvéqiie, lii'ê de prisuu. fui remis à la ti^le tlii st-minaire rvstaurè.
l/UHurpatcur Pitrurcba n'gan jusqu'en 1700, l'poquo à laquelle son fils prit su place. Sa dynastie, qui régna jusqii*en 17li7, eut (teii à démêler avec les puissances euruptk'uue^, mais eu n;vanche ses voisins lui cuus)!'i-ent de cruelles alarmes. Nous avons dit, en luirlaut de l'empii-e birman, comment Alonipra projeta, en 17G0, lu c<mquêtc du roysumc de Sîam, conquête qui fut accomplie en 1707 par son lîU Slienibiian, qui bientôt toutefois fut forcé d'abandonner ces nouvelles contrt'es qu'il venait d'ajouter ii son empire. Après le di-part des Birmans, une réaction ayant eu lien, nii prince chinois en profita pour s'empai-er du trftne, et se faîi* proclamer sous le nom de Pbia-Tak; ce fut lui qui transféra le siège de l'empire de Siam ou Sio-Thya, a Bankock. Après un W'gne d'aboiil sage et ferme, ce prince se livra à de si singuliers excès de tyrannie et de superstition, que le bruit se répandit qu'il avait perdu la raison. Un général en profita pour soulever l'armrâ, mettre le roi à mort, et se faire proclamera sa place. Il conserva le sceptre justpi Vu 180U, occupé sans cesse à repousser les attaques des Birmans, tâche qui dut ('tre continuée par son successeur jusqu'à sa mort, en 1634. Ce demier a laisst' le trOne il un fils naturel qui l'occupe encore aujourd'hui.
Deux religions se partagent les liabitaiits du royaiinie de Siam. Lu plus ancienne et la plus répandue est celle qui a été précitée, six siècles environ avant Jésus-Christ, ))ar un prophète nommé Sommona-Codom, qui est dcvx'nu le li'gislaleuf et l'objet du truite des Siamois. L'histoire de ce pei-sounage est envelop|)ée de fables et dltbsiirdités qui ne permettent de rieu dire de bien certain sur ce qui concerne sa vie. l\ {Kiralt probable qu'il était originaire des Indes, et que c'était un des skamtnans habitants de la presqu'île en d<H.';i du Gange, comme son nom semble l'indiquer. Cept^ndant les Siamois disent que sou véritable nom était Codom, mats qu'ayant embrassé la profession de talapoin ou religieux, il prit le nom de Sommona qui, en langue balù, signifie lalapoin des bois. On prétend qu'une tleur lui donna naissance, et cependant, ce qui est assez dillicile à concilier, on le fait tïls d'nn roi de Tèvc- Lança, p;iys que les ludieus l'egardent comme faisant partie de l'Ile de Ccylan; et pur une autre anomalie, on lui donne pour mère une vierge qui serait devenue enceinte par la vertu du soleil. On ferait plusieurs volumes des prétendus miracles, el des pi'étendues belles actions attribuées par les Siamois à Sommonu-Codoni. Ils citent entiT autivs, parmi ses inépuisables actes de charité, que n'ayant un jour rien h donner à des tala{>oins moni-ant de faim, il tua sa femme et ses enfants et leur eu distribua la chair. Quoi qu'il eu soit de celte merveilleuse vertu, Sommona-Cudom ne fut pas exempt de quelques faiblesses humaines: il wonla l'espi'it de vengeance, et s'oublia justfu'à tuei' un homme qui était son ennemi. Ce crime ne demeura pas impuni ; rùm<- de la victime passa dans le coi-ps d'un porc , et Sommona-Codom , ayant eu le malheur de manger de la cliair de cet animal . fui attaqué d'une violtmte
MONUMEINTS REUGIEUX. 87
colique qui l'emporta à Tàge de quatre-vingts ans. Sa mort fut singuiièi*e comme Tavait été sa naissance; car il disi)arut tout à coup, semblable à une étincelle qui s^évanouit dans Tair. Avant de quitter le monde, il recommanda à ses disciples de lui ériger des statues (voyez le frontispice) et de bâtir des temples en son honneur.
Parmi ses disciples, on en distingue deux célèbres par leui*s veilus et leur sainteté : le premier, nommé Pra-Mogla , est placé dans les temples à droite de Sommona- Cod<Mn; le second, nommé Pra-Saribout , est à sa gauche. Sommona-Codom est presque le seul objet du culte des Siamois; c'est à lui sc^ul que s'adressent toutes leurs prières; mais ils sont persuadés que son pouvoir est restreint aux seuls Siamois, et qu*il n'a aucune autorité sur les autres peuples.
La religion bouddhique a été introduite dans le royaume de Siam en Tan 658 de noire ère : mais elle compte aujourd'hui un très-petit nombre de partisans.
Les arts sont bien moins avancés encore dans le royaume de Siam que dans aucun des pays que nous avons parcourus jusqu'ici. L'engourdissement du corps des Siamois semble se communiquer à leur esprit, et de même qu'ils craignent d'agir, ainsi ils évitent la fatigue de penser; aussi les arts y languissent dans une étemelle enfance. Ce n'est pas que les Siamois n'aient une imagination vive et facile; leur esprit n'aurait besoin que de cultui*e, et si la paresse que donne le climat n'était un obstacle à son essor, on verrait briller le flambeau des arts et des sciences dans un pays où à peine jette-t-il quelques ran^s étincelles.
La Loubère dit bien avoir vu dans un temple une peinture dont les couleurs étaient très-vives, mais il avoue qu'il ne croit pas que ce fut un ouvrage de main siamoise. Les Siamois, comme les Chinois, font peu de c^s de l'imitation exacte de la nature; ils veulent de l'extravagance dans la {x^inture, comme tous les Orientaux aiment le merveilleux dans la poésie; ils imaginent des arbres, des fleurs, des oiseaux, des animaux fantastiques. Ils donnent quelquefois aux hommes des attitudes impossibles; mais le véritable mérite de leurs ailistes consiste dans une facilité qui donne une apparence de naturel à ces créations bizarres de leur imagination.
Leur sculpture est plus grossière encore, et les statues qui décorent leurs temples sont complètement nulles sous le rapport de l'art. Us sont un i)eu plus habiles dans Tait de la construction; ils savent cuire la brique et faire d'excellent ciment; néanmoins leurs bâtiments de brique sont ch' |)eu de durtH», parce qu'ils ne font cpie \es poser sur le sol, sans les asseoir sur des fondations solides; ils négligent cette précaution même pour leurs fortifications.
MOM MENTS RELIGIEUX.
Il serait diflicile de trouver aujourd'hui des traces des temples magnifiques qu'ont décrits le P. Gervaise et Kœnipfer; il est même probable (|ue ces monuments n'<mt jamais existé que dans les <'H*rits de ces voyageurs, (*Mr de la liOubc're n'en fait