NUBIE
appuyées à des piliers carrés. De là on passe dans le pronaos, grande salle taillée dans le roc, et soutenue de même par trois figures de chaque côté, offrant le singulier contraste d'un travail barbare à côté de bas-reliefs d'une fort belle exécution. Viennent ensuite le naos et le secos, également creusés dans le roc. Au fond du sanctuaire est une niche contenant la statue assise de la divinité. Tout <!e temple, qui date du temps de Sésostris, a été dégradé évidemment de main d'homme, probablement par les soldats de Cambyse.
Cest à la même époque qu'appartient Vhémispéos d'Essaboua, ou de Seboua. La partie construite est en grande partie ensevelie sous le sable. Ce temple, sans être un des plus grands, est un des plus complets. D'abord se présente une avenue de sphinx accompagnés de statues colossales, longue de soixante mètres, et précédant un pylône de onze mètres de haut, devant lequel étaient assis deux colosses, et qui donne entrée à Vhyposlylos presque entièrement enfoui , et de là à une colonnade couverte dont les piliers sont ornés de prêtres d'Osiris servant de cariatides, et enfin, au sanctuaire, auquel aboutissaient quelques chambres taillées dans le roc. Ce temple, ainsi que plusieurs autres, dont je parlerai tout à l'heure, fut emprunté par le christianisme, et dans son sanctuaire, au milieu des hiéroglyphes se rapportant au culte des divinités égyptiennes, au fond de la niche même qui contenait Fidole, on voit peinte à fresque une figure de saint Pierre, avec l'auréoh» et les clefs, et on lit autour, en caractères grecs, ntrfouç aicùrrXauç (sic). M. ChampoUion regarde ce temple comme le plus mauvais ouvrage de l'époque du grand Sésostris.
Le temple d'Aramadone ou Amada (voyez le Frontispice), fondé par Thoutmosis III, est situé sur la rive gauche du Mil. Il était entièrement construit, mais aujourd'hui, il est en partie enseveli dans le sable. On est frappé dans ce monument de la simplicité de ses formes, de la justesse de ses proportions, et surtout du singulier mélange qu'il présente. En etfet , Umdis que sa distribution en pronaos et en c^la ou naos rappelle son antique destination, la petite coupole qui le surmonte prouve que, dans des temps plus rapprochés de nous, il avait été converti en temple chrétien. Le pylône n'existe plus; la façade principale, tournée vers le tleuve, présente les restes de la porte et les arrachements des murs des pylônes. Cette entrée conduit à un porche formé de quatre nings de piliers, dont les entre-colonnements ont été bouchés par des murs encore existants en partie. Le rang du fond est composé de quatre colonnes qui semblent être le type de Tordre dorique. Elles ont vingtquatre pans au lieu de cannelures, pas de base, et un simple tailloir sans échine ni listels. A en juger par la liaison des architraves, et par les sections faites irrégulièrement au travers des sculptures , les colonnes ont du êti*e ajoutées postérieurement; il est vraisemblable qu'elles remplacent des piliers qui devaient être pareils aux douze autres.
Une porte, avec des chambranles d'une masse imposante, conduit de ce péristyle à un vestibule sombre qui donne entrée à trois salles différentes. Celle du milieu, qui est la plus grande, et qui fut \e pronaos ^ offre un mélange d'emblèmes propres au paganisme, et de figures consacrées par la religion chrétienne. Les premiers ont
été recouverts d'un euduit de terre, sur lequel on a peint les images du christianisme, et ils ne reparaissent en partie qu'aux endroits dans lesquels Tenduit s'est détaché ou a ^ détruit. Ces sculptures appartiennent à la plus belle époque de Fart égyptien. C'est au-dessus de cette salle que s'élèvent les restes de la coupole.
L'édifice primitif est bâti en grès, mais les constructions postérieures, telles que la coupole, et plusieurs salles voûtées qui s'adossent au pourtour du temple, sont en briques crues. Ces salles, aujourd'hui comblées en partie, n'offrent aucune trace d'ornements et servirent probablement de demeure aux prêtres chrétiens.
La longueur totale de l'édifice n'est que de vingt-trois mètres soixante-deux centimètres, sa plus grande largeur, neuf mètres quatre-vingts centimètres.
C'est à la première période des Lagides qu'appartient le temple de Débout (voyez ia planche), le premier qui se pi*ésente en entrant en Nubie, un peu au-dessus de la première cataracte. Cet édifice, situé sur la rive gauche du Nil, et dédié à Isis et à Sérapis, est précédé de trois grands pylônes. Le pronaos de ce temple est une construction surajoutée, et non terminée, ainsi qu'une chambre latérale en hors-d'œuvre. Le sanctuaire, entièrement couvert de bas-reliefs, parait avoir été dans l'origine une petite chapelle isolée, entourée depuis d'un édifice plus vaste. Ce temple n'a rien de ia grandeur des monuments d'Egypte, mais oifre cependant uu bel ensemble. Je crois pouvoir placer à la même époque la fondation d'un des plus jolis monuments de la Nubie, mais en même temps de l'un des plus petits. Le temple de Cariasse est isolé, sur un mamelon qui domine la rive gauche du Nil. Il reste une pailie de Tenceinte qui s'élevait jusqu'à la moitié de la hauteur des colonnes, quatre de ces colonnes supportant leurs architraves, et une des énormes traverses du plafond. Leurs chapiteaux sont en forme de calices, mais deux des piliers qui accompagnaient la porte sont ornés de têtes de femmes. Cette ruine, aussi élégante que pittoresque, n'a guère que dix mètres de hauteur. A la même période des Lagides appartient le temple de Dakkeh (le Psdcis des anciens). Isolé sur la rive occidentale du Nil, long de trante mètres, il est précédé d'un grand pylône bien conservé. La façade, composée de deux colonnes et des deux extrémités des murs de la cella, offre beaucoup d'analogie avec celle du temple in Antis des Grecs et des Romains. Sur Tarcbitrave sont les restes d'une inscription grecque, évidemment contemporaine de sa construction, preuve certaine que ce monument ne peut remonter au delà du règne de la dynastie grecque.
Sous la troisième période dc^s Lagides, fut élevé le temple de Dandour. On trouve dans cet édifice toute l'élégance, toute la richesse dont est susceptible la sévérité de Tarchitecture égyptienne. De même que celui de Dakkeh , ce petit temple rappelle {Kir la simplicité de sa disposition celle des temples m Antis. 11 est précédé d'une terrasse qui domine le Nil et d'un pylône. Son intérieur est partagé en trois salles revêtues de bas-reliefs. La dernière présente une particularité dont je ne connais guère d'exemple chez les Égyptiens, celle d'une sorte de cachette pratiquée dans l'épaisseur du mur, et qui ne peut avoir eu d'autre but que de cacher le prêtre qui rendait les oracles.