MONUMENTS CELTIQUES
Déterminer Tépoque exacte de leur érection, leur degré d'antiquité, c*est une tâche . qoe n*ont point craint d*aborder plusieurs savants, qui se sont laissé entraîner par leur imagination à des suppositions plus ou moins heureuses , plus ou moins hasardes, mais toutes également dénuées de preuves. Sur cette question un seul fait oouft paratt incontestablement acquis à la science; c'est que, excepté dans TArmoriqœ et la Grande-Bretagne, où, ainsi que je Tai dit plus haut, la religion druidique sembla se retrancher pour repousser les eflbrts de la religion des vainqueurs, aucun iMomoient de ce genre ne futilevé, après la conquête, dans le pays asservi par les Romains, à l'exception peut-être de quelques tumulus; et que, par conséquent, OD doit» dans ces contrées, faire toujours remonter les monuments qu'on y rencontre encore à une époque antérieure à celle où chacune de ces contrées fut subjuguée. Nous ne pouvons donc suivre ici d'autre ordre que celui indiqué par la logique; ainsi, marchant du simple au composé, nous partirons du men-hir, de la pierre isolée, pour arriver aux tumulus, aux enceintes sacrées et aux alignements les plift compliqués des monuments de cet âge.
La pierre brute isolée, plantée perpendiculairement dans le sol (voyez le froniisjMCf ), a conservé, dans le langage de l'archéologie, le nom qu'elle portait dans la langiie des peuples. qui l'ont élevée; on l'appelle men-hir, pierre longue, peulvan^ pilier de pierre, ou men-MÔ^ pierre droite. Les men-hirs les plus simples, comme les plus nombreux des monuments celtiques, paraissent avoir eu beaucoup de destinations diverses. Dans deux cas seulement, ils rentrent dans la classe des OMHiuments civils, lorsqu'ils furent employés comme bornes, comme limites des nations ou des propriétés, ou lorsqu'ils servirent à consacrer un grand souvenir.
Plus lard, en parlant des cromlechs, nous verrons le men-hir considéré comme emblème de la divinité; nous devons auparavant parler de sa destination la plus ordinaire» qui fut de marquer la sépulture des braves, usage qui est attesté par les témoi* gnages d'iElien et d'Ossian , et dont les fouilles viennent chaque jour confirmer l'existence par de nouvelles preuves. En effet , aux pieds de ces monuments, on trouve sans cesse des ossements humains, soit seuls, soit accompagnés d'armes ou de trophées de cbasse, tels que défenses de sanglier, cornes de cerf, etc. La hauteur des men-hir varie de trois à dix mètres. Souvent l'extrémité la moins grosse est plantée en terre; quelquefois aussi c'est le contraire.
Quelques men-hirs ont été trouvés charges de sculptures grossières; mais je pense qoe ces sculptures doivent toujours être rapportées à une époque plus récente. Quelques-uns aussi ont été sanctifiés par le christianisme, qui y a gravé la croix 00 quelques autres de ses symboles.
lies iiot-mefiy tables de pierre, pierres levades ou levées, sont des monuments composés de plusieurs pierres, dont les unes sont placées à plat sur l'extrémité des antres, plantées debout dans le sol et servant de support. Les dol-mens se présentent sous trois formes principales. La plus simple est celle que l'on désigne fonsie nom de demi^ol-men, ou dol-men incliné ou imparfait. C'est une pierre unique reposant d*un bout sur le sol, et soulevée de l'autre par une pierre placée de
champ. Tel est le demi-dol-men de Keriand» près Carnac (Jfor6îftafi), dont on a fait, la base d'une croix. (Voyez le froniispiee , i^ pian à droite.)
Le Ikhaven, table de pierre, ou plutôt le irilithe, ainsi que Tindiqae le nom plus significatif emprunté au grec par les modernes, se compose de trois pierres, dont deux servent de support à la troisième, posée transversalement. Ce genre de monuments est assez rare.
Les véritables doUmens peuvent être encore partagés en deux classes, selon quib sont simples ou compliqués. Les plus simples sont composés de quatre pierres seulement, dout trois supportent la quatrième, et forment trois côtés d*une sorte de grotte rectangulaire ouverte du quatrième côté. Tel est le dol-men de Trie (Eure), et celui de Dollon, près Conneré (Sarthe).
Il est des dol-mens composés d'un assez grand nombre de pierres posées de champ, dont souvent quelques-unes servent seulement de clôtures, sans soutenir la table qui ne repose que sur l'extrémité de quelques-uns des supports. Noos en donnons pour exemple la tMe des marchands, à Locmariaker (Morbihan), qu^on peut voir à gauche et au premier plan du frontispice de ce chapitre. Sa longueur est de huit mètres soixante et dix centimètres, sa largeur de quatre mètres, et son épaisseur d'un mètre. Les dol-mens se trouvent en grand nombre en France et en Angleterre. Leur destination religieuse nous semble incontestable. Si Ton en croit certains écrivains romains, c'était du haut du demi-dol-men de grande dimension que les victimes étaient précipitées sur le fer qui leur donnait la mort. Selon toute apparence, les trilîthes furent seulement des autels d'oblatiun. Les dol-mens, au contraire, forent arrosés du sang des victimes, et souvent sans doute de celui des victimes humaines- Une particularité, qui se reproduit souvent, ne permet aucun doute à cet égard; la table de plusieurs dol-mens présente une sorte de cuvette de forme circulaire, destinée évidemment à recevoir le sang des victimes, qui de là s'écoulait par une rigole ou déversoir qui existe encore. Parfois de simples pierres posées sur le sol ont en h même destination; telle est la pierre-autel de Cléder (Finistère). (Voyez la kUre.)
Les allées couvertes, grottes des fées ou roches aux fées ne sont , à proprement parler, que des dol-mens de grande dimension; aussi beaucoup d*antiquaifes les confondent-ils dans une seule et même classe. Le monument de ce genre le plus remarquable par sa conservation, son étendue et la dimension des blocs qoi le composent, est celui qui existe à la porte de Saumur (Maine-et-Loire), sor le chemin de Bagneux, dont il a pris le nom. (Voyez le frontispice^ 2* plan à droite.) Sa longueur totale est de dix-sept mètres cinquante centimètres On cite encore en France les roches aux fées d'Essé (llle-et-Vilaine), de Tours (Indre-et-Loire), et de Locmariaker (Morbihan).
Un monument fort singulier, et dont je ne connais pas d'autre exemple, offre quelque analogie avec les allées couvertes; c'est un double dol-men qui se voit dans un bois à Anglesey, et qui se compose de deux dol-mens isolés, placés à la suite l'un de l'autre. Quant à la destination des allées couvertes, je crois que leor plateforme dut , connme celle des dol-mens, être le théfttre des sacrifices et des oérënonies
MOr^lIMEmS CËLTIQUKS. iil
auxquels le peuple avait droit d'assister^ tandis que Tiutérieur du monument était un sanctuaire où les profanes ne pouvaient pénétrer, et où s'accomplissaient les rites les plus mystérieux.
Parmi les monuments celtiques, les plus étonnants peut-être sont ceux qu'on désigne en France sous le nom de pierres branlantes, tremblantes ou vacillantes, et en Angleterre sous celui de rocking-stone ou de router. Ainsi que l'indique leur dénomination, ces monuments sont composés d'un bloc posé, soit sur le sol, soit svr une autre pierre, de telle sorte qu'un faible effort puisse lui communiquer un mouvement d'oscillation sensible. On peut voir dans le frontispice de ce chapitre, en avant de la grotte aux fées de Bagneux , une de ces pierres branlantes, qui existe dans le vallon de Gros (Puy-de-Dôme).
Il est difficile de fixer d'une manière certaine la destination de ce chef-d'œuvre d'équilibre; la supposition la plus raisonnable, peut-être, est celle qui y voit un instrument de divination, qui indiquait la réponse par le nombre de ses oscillations.
Nous avons vu que la première, la plus simple de toutes les sépultures, fut la pierre brute » le men-hir élevé sur le tombeau : les grands personnages, les familles puissantes réclamèrent bientôt des mausolées plus imposants par leur masse, sinon phM somptueux. Dans ces temps [primitifs , où l'on ne comprenait guère d'antre grandeorque la grandeur matérielle, un grand amas de terre, amoncelé sur la sépulture, devint le mode le plus usité d'honorer les morts, et les pyramides mêmes ne furent peut-être que des tumulus perfectionnés.
On retrouve le tumulus chez tous les peuples de l'antiquité; dans le chapitre que nous consacrerons aux tombeaux, nous aurons à revenir sur ce sujet que nous avons dqk abordé en traitant de l'Asie Mineure ; nous ne devons parler ici que de ceux élerét par les Celtes. Tous les auteurs, aussi bien que les fouilles, sont d'accord pour attester la destination funéraire des tumulus; il est cependant quelques-uns de ees monuments dans lesquels les fouilles n'ont amené aucun résultat; c'est que oen-Uit tans doute, n'étaient que des cénotaphes.
Les dimensions des tumulus sont très- variables; il en est qui s'élèvent à plus de œut cinquante mètres, tandis que d'autres ont à peine un mètre de hauteur. On en fCBOOiitre, rarement à la vérité, qui portent des rangées plus ou moins régulières de men-hirs» et même parfois un dol-men à leur sommet, (\oyez le frontispice.)
Il faut bien se garder de confondre avec les tumulus les buttes naturelles, ou les élévations factices, appelées keep par les Saxons et les Normands, et sur le haut desquelles étaient érigées des tours. Os éminences, auxquelles on donne aussi souvent le nom de mottes, sont faciles à reconnaître à la dépression que pi*ésente leur sommet.
Les tumulus se renconti'ent, soit isolés, soit réunis; les premiers sont les plus coumuns. La disposition intérieure de ces monuments est extrêmement variée; les nus présentent des salles composées de pierres grossières, comme les dol-mens et les allées couvertes, d'autres ne renferment que des espèces de sarcophages, formés de pierres plates; d'autres enfin, comme celui de New-Grange, en Angleterre, ont
fis EUROPE.
des salles avec des voàtes en encorbellement» comme celles que nous avons vues dans les constructions cyclopéennes.^Les Celtes paraissent avoir employé deux modes bien distincts de disposer des dépouilles des morts; ils durent commencer par rinhumation; plus tard, Fnsage de brûler les cadavres s'introduisit» mais sans détruire entièrement celui de confier les corps entiers à la terre. Les deux coutumes paraissent avoir subsisté concurœmment.
Les cromlechs, ou cercles druidiques, que quelques écrivains modernes ont fastueusement nommés thèmes célestes ou cercles astronomiques^ sans s'appuyer sur aucune preuve, sont formés de pierres droites disposées circulairement. Quelquefois le milieu du cercle est occupé par un énorme men-hir. Nous ne pouvons voir dans ces monuments autre chose que ces enceintes sacrées, dont parle Tacite, qui étaient, selon cet historien, en si grande vénération, que personne n'y entrait sans être lié, afin de rendre hommage, par cette attitude humiliante, à la majesté du dieu qui l'habitait; si Ton venait à tomber, il n'était pas permis de se relever, même sur les genoux ; il fallait en sortir en se roulant. Il y avait de ces sanctuaires qui jouissaient du droit d'asile. La pierre qui occupait le centre était regardée comme le symbole de la divinité. Souvent les cercles druidiques sont accompagnés de dol-mens placés en dehors de leur enceinte. M. de Fréminville pense, avec raison, pouvoir en conclure que les Druides ne voulaient pas que leurs sanctuaires fussent souillés par le sang des victimes sacrifiées sur ces autels.
L'Angleterre présente deux enceintes sacrées, bien autrement compliquées que le simple cromlech, tel qu'on le rencontre ordinairement; je ve-ux parler du monument d'Abury et du stone-henge, l'un et l'autre situés dans le Wiltshire.
Le premier est composé d'une vaste enceinte, au milieu de laquelle se trouvent deux autres enceintes, formées de plusieurs cercles concentriques, le tout enlonré d'une sorte de fossé ou de circonvallation. Ce monument était formé de plus de deux cent soixante pierres, ainsi qu'on peut le voir par la vigneUe de ce chapitre qui en présente une vue restaurée. Lorsque le docteur Stukely le visita, en 1723, il retrouva encore en place environ soixante-quatre pierres; aujourd'hui on n*en compte guère plus de trente. A ce grand cromlech venaient se relier deux longues avenues, presque entièrement détruites, terminées elles-mêmes par deux plus petites enceintes, de l'une desquelles il ne reste plus de traces. Un assez grand nombre de tumulus s'élèvent autour de ce monument, et durent contenir les restes de personnages importants qui obtinrent la faveur de reposer près d'un des principaux sanctuaires de leur religion.
Plus étonnant encore, le stone-henge (voyez la platicke) est désigné par les auteurs anciens sous le nom de Chorea Gigantum; sa forme est régulière; il est composé de deux cercles concentriques dont le plus grand a soixante mètres de diamètre. Ces cercles sont formés de pierres debout, espèces de piliers grossièrement équarris, portant d'autres pierres en guise d'architrave, assujetties par des tenons et des mortaises taillés dans la pierre même. Quelques-unes de ces dernières pierres sont très-grandes, et n'ont pas moins de six mètres de longueur, deux mètres
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MOPOÎMENTS CELTIQUES.
de largeur et un mètre d'épaisseur; elles sont taillées avec plus de soiu que celles (|ui servent de supports.
U me reste à parler de certains monuments dont la destination me parait être restée» jusqu'à présent, une énigme indéchiffrable, malgré toutes les suppositions que les savants ont émises, et qui sont toutes aussi peu vraisemblables les unes que les autres : ce sont de longues rangées de men-hirs, que Ton est convenu de désigner sous le nom d'alignements druidiques. Ils sont communs en Bretagne, où Ton peut citer ceux de Ttie d'Ai-z, de Plouliincc et d'Ardeven, dans le Morbihan; ceux de Toulinguet et de KercoUeoch, dans le Finistère; mais aucun ne peut éti*e comparé à celui de Carnac (Morbihan), formé de onze rangées parallèles qui s'étendent encore sur une ligne de plus de trois kilomètres de longueur. Ce vaste ensemble est partagé en quatre groupes principaux qu'on désigne sous le nom d'ciiceintes. La première que Ton rencontre en sortant du bourg de Carnac est celle de Menée, terminée par un segment de cercle qui dut former l'extrémité du monument; viennent ensuite le champ de la fontaine de Verguselle, le champ de Kervarieau que reproduit notre planche, et près duquel se trouve un énorme dolmen, appelé le Roc; enfin le monument se termine aujourd'hui par Tenceinte nommée le champ de Mainieau, mais autrefois il dut s'étendre beaucoup plus loin.
Les Romains ou les Egyptiens n'ont jamais entrepris une tache pins gigantesque, et il est bien difficile de se rendre compte des moyens que les Celtes, si peu avancés dans les sciences mécaniques, ont pu employer pour remuer des masses aussi colossales, et en nombre si incroyable; car on a calcuh'' que, dans le principe, le monument de Carnac ne devait pas compter moins de dix mille pierres, dont trois mille sont encore debout.
liQpilii^ i©ili©i@,
§ i— TEMPLES.
L n'entre pas dans 1^ cadre de c^t oovi^ge de traiter à fond fa question des dîters ordres d'architectui'e; noas ne pouvons cependant noos dispenser de faire précéder br description des (emtples grecs et ronnriné de quelques notions essentielles sirr les règles! qar ont présidé à leur composition.
On appelle ordres d'architecture certaines proportions, certains omemeuCs sur lesiquefsov règle lia colonne et renlabfement de la* foçade d*mi édifice. Les ordres sont au amii b i^ ' ée fviiq, donC trois seolement appartiefaoent à la Grèce, tandis que le^ deux
HG EUROPE.
derniers sont d'invention italienne. Des trois premiers, le plus ancien de tous est Tordre dorique; c'est celui que nous retrouverons dans les édifices de la plus belle (H^riode de Part. Plus tard, s'introduisirent successivement les ordres ionique et corinthien , plus élégants, plus riches, mais moins simples, moins solides et moins majestueux.
Les ordres italiens occupent les deux extrémités de Téchelle architecturale; le premier, le toscan, le plus massif de tous, parait être une réminiscence du dorique, importé en Italie par les colonies grecques.
Le composite, au contraire, formé, ainsi que son nom Undique, d'un mélange du corinthien et de Tioniquc, fut une invention des architectes romains, qui, ne pouvant trouver rien de plus pur, de plus noble que les ordres grecs, et cependant, éprouvant le besoin d'innover, imaginèrent un ordre qui au moins pouvait paraître l'emporter par la profusion de l'ornementation.
On appelle module le demi -diamètre du fût de la colonne, pris k la hauteur du premier tiers. C'est ce module qui sert de mesure pour les diflerents membres qui composent l'ordre entier, et dont les proportions se trouvent ainsi toujours dans le même rapport avec la dimension de la colonne. Je n'entrerai pas dans de plus grands détails, seulement j'indiquerai la mesure des fûts des colonnes dans les divers ordres, ce qui donnera une idée de leur proportion relative.
I^ colonne, y compris sa base et son chapiteau, a, dans l'ordre toscan, le plus lourd de tous, quatorze modules ou sept diamètres; dans l'ordre dorique, seize modules; dans l'ionique, dix-huit modules; enfin, vingt modules dans le corinthiiïn et le composite, les plus élancés, les plus sveltes des cinq ordres.
Les premiers temples de la Grèce étaient de bois; Pausanias (liv. VIII) nous apprend que tel était celui qu'Agamèdes et Trophonius dédièrent à Neptune.
I^s temples étaient nombreux dans toutes les villes de la Grèce; le plus beau et le plus grand étoit toujours consacré à la divinité protectrice de la ville : c'est ainsi qu'on comptait au nombre des temples les plus magnifiques le temple de Miner\*e à Athènes, ceux de Diane à Éphèse, d'Apollon h Delphes, de Jupiter à Olympie, de Vénus à Paplios et à Cythère. Généralement, les temples de ces divinités protecirîces étaient situés dans les lieux les plus élevcvs. I>>.s temples de Mercure se trouvaient dans les forums et les marchés; ceux d'Apollon et de Bacchus, près des théâtres; ceux d'Hercule, près des gymnases, des amphithéâtres ou des cirques; ceux de Mars, de Vénus et de Vulcain, près des portes, en dehors des villes; ceux de Gérés, dans les lieux retirés de la campagne; enfin, ceux dl'^sculape, sur les hauteui-s où Tair était plus sain pour les malades qui venaient implorer les secours du dieu de la médecine.
En général, les temples étaient tournés vers l'Orient, comme plus tard les églises chrétiennes.
Pour leur donner plus de majesté et d'élégance ils étaient exhaussés sur plosieors rangs de gradins; on ap[)elait ce soubassement Kfnwltêftm.
Ix^s temples étaient de forme ronde ou i*ectangulalre.
I^*s édifices ronds étaient en très-petit nombre chez les Grecs, et sormontés de
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coupoles appelées ^«A>f. On nVn trouve que six, iudiqués par Pausanias, et trois seulement étaient de véritables temples; c'étaient : un sanctuaire voisin du temple d*Esculape; le temple de Sparte, où étaient placées les statues de Jupiler et de Venus; enfin, le temple, appelé le Foyer commun («i»; ï«^i«), à Mantinée.
Sur le vaisseau, d'une grandeur extraordinaire, que Ptolémée Philopator, roi d'Egypte, fit construire, il y avait, entre autres, un temple rond consacré à Vénus. ( Athkn., Deipnos., lib. V. )
La forme cii*culaire d'un temple de la Thrace, dédié au soleil , était le symbole du disque de cet astre. Beaucoup plus communs chez les Romams, les temples ronds devaient souvent leur forme à quelque motif allégorique du même genre; c'est ainsi que le temple de Vesta, bâti par Numa, et qui servit de type à ceux qu'on éleva plus tard en Tbonneur de la même divinité, « avait été fait de la sorte, dit Plutarque, pour • représenter par ce globe Tunivei^, dont le feu sacré était censé occuper le centre, B el non pour signifier que Vesta fut le globe de la terre. >
Rome possède un temple circulaire qui présente à sa façade un portique rectangubire, disposition dont ou ne trouve d'analogue que dans le temple de Balbeck, en Syrie; on a déjà nommé le plus beau» le plus pur, le plus intact du monde, le Panthéon d'Agrippa.
On appelait temple manaptère celui qui offrait simplement une coupole portée sur des colonnes disposées en rond, et dont le sanctuaire n'était pas fermé. Nous en avons un exemple dans les ruines du temple de Sérapis, à Pouzzol. Cette forme élégante a étéadoptcMî par les modernes pour la décoration des jardins, et on la retrouve dans les petits temples qui ornent le parc de Trianon, à Versailles, la villa Reale, à Naples, et la villa- Borghese, à Rome.
Les temples rectangulaires avaient reçu différentes dénominations, suivant la disposition des colonnes qui les décoraient.
i* Le temple à antes (in anli$), ou, comme les Grecs rap|)elaient, u x«p«rr«rif, fut le premier à ordonnance régulière selon la classification de Vitruve. L'usage des colonnes au frontispice des temples ne fut pas, dans les premiers temps, d'une nécessité absolue. Lorsqu'un sommier en bois, vu le peu de largeur de ces constructions, put, sans inconvénient, s'étendre d'un mur à l'autre, il y eut un vestibule couvert en avant de la porte, qui se trouva reculée sous cet abri. Loi*sque plus tard Tarchitrave, composée de plusieurs pierres, remplaça la plate-bande en bois, il devint indispensable de la soutenir par l'emploi des colonnes d'une ante à l'autre, c'est-àdire de la tête d'un des murs latéraux du temple à la tête de l'auti^e mur. Le temple fit aniii^ le plus simple de tous les temples à colonnes , présentait donc des pilastres aox encoignures, et une colonne seulement de chaque côté de la porte. Tels étaient le temple d'Athènes, que Stuart appelle temple sur l'Uyssus, et le temple de la Fortoiie à Rome, mentionné par Vitruve.
2* Le temple prosiyle ne diffère du temple à antes qu'en ce que l'on substitua deux Donvellei colonnes aux pilastres et aux extrémités des murs de la ceUa, qui autre fois le proloBgeaieut de chaque coté de la façade.
3* Le ienpie amphifrostgle^ oa donble prostyle, présenUit quatre colomesà ta façade, el quatre k la face postérieure.
V Dans les temples péripièreê, les coloniies entouraient entièrement Tédifiee. Vitruve place six oolonaes h la façade; mais cette règle est loind^étre sans exception, et CD trouve une foule de temples përiptères qui ont un plus grand nombre de eolonnes. C'est k cette catégorie qu'appartiennent les plus beaux temples de rantiqnité.
Il y avait également des temples circulaires périptères, comme ceux de Vesta, i Rome, de la Sibylle, à Tivoli, etc.
5^ Celte colonnade, ce portique régnant tout autour du temple, lui donnait une apparence grandiose, quoique tendant à resserrer la cella, qui restait tonjoum dans des proportions assez étroites. Ce fut ponr remédier à cet inconvénient , tont en OMh servant à Tédifice son aspect noble et élégant, qu'on inventa le temple pseudo-péri^ ptère, ou faux périptère, dans lequel les colonnes des ailes et de la façade postérieore sont engagées dans les murs de la cella, qui se trouve ainsi agrandie de tout respace qui, dans les temples périptères, séparait sa muraille des colonnes an portiqoe^ Le temple de Jupiter Olympien, h Agrigente, était le pins ancien temple pseodo-pérH ptère connu.
6" Un double rang de colonnes entoure les temples diptères. Cette disposition , la plus riche et la plus dispendieuse de toutes, dut être rarement appliquée. Vitmve ne nous en cite que deux exemples , Tun dans Rome, le temple dorique de Quirioas, et l'autre, beaucoup plus fameux, le temple de Diane, coiistmit à Éphèse pur Ctésipbon.
7* Les temples pseudo-diptères étaient de deux sortes : tantôt la façade présentait deux rangées de colonnes isolées , et les trois antres côtés une rangée sen km ent isolée, et une engagée dans le mur de la cella; tantôt on supprima ent ièie n wuC sur ces trois côtés la rangée des colonnes intérieures, ce qn» donna à la galerie ewvirMnante la largeur de deux entre-colonnements. Ermogènes d'Alabanda appKqun cette innovation au temple de Diane à Magnésie; mais c'est par erreur que Vitrvv« Inr en attribue l'invf^ntion, puisqu'on connaît en Sicile un autre temple psendo-diptère, qvi certainement est d'une époque antérieure, le grand temple de SéttmraCe, qol fut érigé à l'époque de la conquête de la ville par les Carthaginois^ 400 ans avaal léênth Christ, tandis qu'Erroogènes ne vivait que sous Alexandre, c'est-ji-dîm vers Tan 330^ avant l'ère vulgaire. C'est sur ce plan, légî'.rement modifié, qn'a été construite i Paria l'église de la Madeleine.
Les colonnes étaient toujours en nombre pair dans les façades des templen, car autreuKnt il s'en fût trouvé une au milieu , devant la porte d'entrée, et snivnnt fV*o« en comptait quatre, six, huit on douze, les temples prenaient la dénonûanlioQ de tétrastyle, hexastyle, octastyle, décastyle on dodécastyle.
Les plafonds des temples étaient ordinairement de bois, tant dans les-plv^ancima» temples, tels que celvi d'Apolh>n, à Delphes (Piim.. Piêk. V, v« t»), qm dMs les édifice» d'une époifue moias reculée. Il y a cependant eu qudqnes*tmnple% qm^ tel» que celui de Thésée à Athènes, étaient surmontés- d'une veMe^ Le toilv to^fonra k
TEMPLES. no
double égoui« éUU foroié de dalles en pierre ou ea m^irbre, de tuiles, et quelquefois de plaques de métal. Les escaliei's qui y cooduisaieot étaient ménagés dans répuisseur des murs, et en forme de vis, comme Pausanias (liv. V) nous apprend qn*ëlaieut ceux de Jupiter Olympien dans TÉlide.
GertaÎDS temples» qu'on appelle liypètres, n'avaient pas de toiture, au moins en partie. Viiruve ne dit pas qu'ils fussent complètement découverts, et M. Quatremère de Qnincy pense que le milieu seul était à ciel ouvert ; le Partliénon était de ce eondbre. Dans ces temples la celb était plus longue que dans les autres, et chaque exirémité avait une entrée et un pronaos. A rintérieur étaient souvent deux étages de colonnes superposées» formant deux galeries comme dans les basiliques; il eu était ainsi an temple de Tégée, dédié k Minerve, le plus beau du Péloponèse, bâti parScopas, dans la 95^ olympiade, et au grand temple de Séliounte.
Les temples étaient généralement assez petits; la cella n'avait que IVtendue nécessaire pour b statue et l'autel, ce qui était suffisant, puisqu'en général clmcun sacrifiait en particulier. Ou ne donna plus tard une grande étendue qu'aux temples d'une divinité protectrice d'une ville ou d'un peuple, et on ajouta parfois h cette étendue en entourant le temple entier d'une enceinte appelée peribolos, comme au temple de Véous k Pompéi » ou en les faisant précéder d'une cour fermée, quelquefois entourée d^uo portique, et dans le pourtour de laquelle se trouvaient les logements des prêtres, ainsi qu'on le reconnaît aux temples d'Isis et d'Ësculape dans la même ville.
Le porche qui précédait le temple, et sous lequel était la porte d'entrée, s'appelait indifféremment /rom, pronaos, prodomos et anticum. Frons désignait cependant plus spécialement la façade proprement dite. L'extrémité oppos^ic du temple portait le nom depoflta«m; quelquefois on y ménageait une pièce appelée opi$iodomo$, destinée il renfermer les ex-^iûolo^ ufu^nfiMvm, et le trésor du temple, ou même le trésor public ; c'est ainsi que les somoies énormes produites par la contribution, tpêfç, que lea villes grecques s'étaient imposée pour subvenir aux fiais de la guerre contre les Perses» furent déposées à Athènes dans l'opistodome du Partliénon.
La cella ou sanctuaire portait également le nom de domos, secos ou naos. Le lieu où était la statue s'appelait ^»xuftùt. Ut. C'était derrière la statue du dieu qu'était souvent ménagée une petite niche , où se plaçait le prêtre pour rendre les oracles ; il y arrivait par un escalier qu'on a retrouvé dans plusieui*s temples antiques» et, entre antres» au temple d'Isis à Pompéi. L'intérieur de la cella était en général plus simple que l'extérieur du temple; cependant, outre Tautel et la statue de la divinité à laquelle le temple était consacré, on y plaçait aussi parfois les images d'autres divinités qui y étaient associées, et qu'on appelait rvftatot (ruf, avec; Uot, temple).
Les murs intérieurs de la cella étaient souvent décorés de peintures. Nous savons que dans le temple de Thésée, à Athènes, Mycon avait peint une amazone et le combat des Centaures et des Lapithes; que, dans le temple des Dioscures, Polygnotte reprélenr mariage avec les filles de Leucippe, et Mycon l'expédition des Argoif etc. Virgile décrit fort au long la prise de Troie, peinte sur les murs du temple de Junon» que Didon venait d'élever dans sa nouvelle ville. Il y avait aussi des
peintures dans plusieurs temples de Rome. L'an de Rome 450, Fabius en avait orné le temple de la déesse Salus, ce qui lui avait valu le surnom de pietor, qui fut conservé à ses descendants. Quelquefois ces peintures n*étaient qu*une teinte plate, comme il a été constaté au temple d^Égine, lors de sa découverte en t8f â.
On n'a plus aucun doute aujourd'hui sur Tusage que firent les Grecs de Tarchiteciure polychrome, c'est-à-dire, de remploi de la peinture à la décoration extérieure des monuments. Primitivement, leurs édiGces construits eu bois étaient. revêtus de cire bleue pour les préserver de la pourriture; lorsque l'emploi de la pierre succéda à celui du bois, on la revêtit de stuc colorié, K,9fi»riç^ ce qu'on doit attribuer en partie à la continuation de l'ancien usage, en partie h l'exemple des Égyptiens. I^iCs Romains eux-mêmes empruntèrent aux Grecs cette coutume, et plusieurs antiquailles ont prétendu avoir découvert des traces de couleur et de dorure jusque sur la colonne Trajane.
Telles sont les différentes formes sous lesquelles se présentent les temples élevés par les Grecs et par les Romains. Nous avons déjà eu occasion de dé<*rire plusieurs de ces temples qui existent en Afrique ou en Asie; jetons maintenant un coup d'oeil sur ceux qui nous ont été conservés sur le sol de l'Europe.
C'est dans l'Ile d'Égine que nous devons chercher le plus aucien de tous les temples grecs, remontant, selon toute apparence, au sixième siècle avant Jésus-Christ. Dès la plus haute antiquité, les ^inètes, doués de ce sentiment du beau qui distingua plus tard la nation entière, cultivèrent les arts, et ils doivent en partie à leur habileté dans le travail des métaux, l'honneur d'avoir introduit dans la sculpture un style supérieur à tout ce qui l'avait précédé. Leur opulence et leur goût pour les arts les portèrent à embellir leur Ile d'édifices et de temples magnifiques. Il y en avait trois peu éloignés l'un de l'autre, dédiés à Apollon, à Diane et ;i Bacchus; le temple d'Esculape était plus loin; un antre était consacré à Vénus, et nous en voyons encore aujourd'hui une colonne debout et sans chapiteau; mais le plus célèbre de tous était celui de Jupiter Panhelleniiis, dont on retrouve les ruines dans la partie nord-est de l'Ile, sur une des collines qui dominent la mer.
Ce temple était hexastyle et périptère; de ses trente-six colonnes, vingt-cinq sont encore en place, soutenant l'architrave presque entière.
Le génie des Grecs devait bientôt dévelop|>er ces premiers germes de l'art. La victoire de Marathon avait procuré la paix h toute la Grèce, et il fallut rétablir les monuments renvors«'*s ou brûlés par les Perses. Sons l'administration de Cimon et de Thémistocle, on vit s'élever p1usieui*s édifices, dont le principal est le temple de Thésée, à Athènes, qui, aiijouixl'hui encore, nous étonne par son admirable conservation, quoique construit 465 ans avant Jésus-Christ, dans la quatrième année de la 77* olympiade. Le temple de Thésée est situé sur une petite éminence qui se détache de la montagne de TAréopage. Il est hexastyle et périptère, et ressemble beaucoup au Parthénon, auquel probablement il a dû servir de type. Il n^avait de sculptures qu'aux dix méto|)es de la face orientale et aux quatre de retour de chaque côté. Ces métopes, la plupart conservées, représentent les exploits d'Hercule et de Thésée.
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