RUINES D'UNE EGLISE CHRETIENNE , A TORTOSA
(Syrie,,.
Pt. UX.
La plus ancienne mosquée que nous présente la Syrie, est la grande mosquée de Boszra, qui est certainement contemporaine de la première époque du mahométisme, et qu'on attribue généralement à Omar-el-Khattab; une partie de son toit est écroulée. Sur deux des côtés du bâtiment carré règne un double rang de colonnes de beau marbre bigarré et bien proportionnées. Les murs, à l'intérieur, sont couverts d'inscriptions kouiiques en bas-relief et embellis, en outre, de nombreux ornements arabesques; en dehoi*s des murs d'enceinte de Boszra, et à quelque distance, est la fameuse mosquée El-Mebrak. Ibn-Aiïan, qui le premier réunit en livre les feuillets épars du Coran , raconte que lorsque Othman, en venant de l'Hedjar, s'approcha avec son armée du voisinage de Boszra, il ordonna au peuple de bâtir une mosquée sur le lieu même où se coucherait le chameau porteur du Coran Telle fut l'origine de la mosquée El-Mebrak, dont le nom signifie la place où se couche un chameau, ou une halte. Le dôme qui couvrait cette mosquée a été détruit par les Wahabis.
Damas, en syrien Es-Sham, autrefois capitale de l'empire sarrasin, aujourd'hui chef-lieu d'un pachalik, renferme une grande mosquée, qui est l'ancienne cathédrale dédiée à saint Jean; c'est un des plus beaux temples que les chrétiens aient élevés; on admire surtout l'étendue de ses dimensions, la beauté de son dôme et la hauteur de ses minarets. Quelques écrivains pensent que ce temple a été bûti par l'empereur Héraclius, mais les musulmans prétendent, contre toute vraisemblance, qu'il fut construit par le calife Weled dans la quatre-vingt-sixième année de l'hégire, l'an de de notre ère 706 Ce vaste édifice n'a pas moins de deux cent dix-sept mètres de long et cinquante mètres de large, avec une belle cour de marbre, ornée d'un bassin et de colonnes de granit, d'ordre corinthien, soutenant deux rangs d'arcades dont celles du haut sont de moite plus élevées que celles du bas.
Damas renferme plusieurs autres mosquées dignes aussi de l'attention des voyageurs.
Les mosquées d'Alep, quoique nombreuses, n'ont rien de remarquable sous le rapport de l'architecture; la plupart, si elles ne sont pas complètement en ruine, ont beaucoup souffert des tremblements de terre auxquels cette ville a été souvent exposée. Parmi elles, le Djaméc Zacharieh et celle appel^'c El Halawé font exception. La première était, dans l'origine, une église chrétienne; elle jouit encore aujourd'hui d'une grande réputation de sainteté parmi les musulmans.'
Une belle mosquée, construite par le sultan Ibrahim, existait à Gebileck (Byblos ou Ga6a/a); elle a été renversée, il y a quelques années, par un tremblement de terre.
Nous ne ferons plus qu'indiquer une douzaine de mosquées qui existent à Antioche; leurs minarets sont peu élevés et l'architecture des édifices mêmes est médiocre.
La Syrie nous présente un assez grand nombre de tombeaux creusés dans le roc. Aux environs de Séleucie on voit un grand nombre de ces grottes sépulcrales ménagées dans les rochers qui bordent la route et occupées aujourd'hui par des bergers
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et leurs troupeaux. Il y en a qui sont composées de plusieurs pièces communiquant les unes avec les auti'es. On en voit plusieurs du même genre à Gabala, autrefois BybloSy et au nord-ouest de Latakié près le bord de la mer, où existait la nécropole de Tantique Laodicée.
Aux environs de Tortosa, sont de singuliers tombeaux également taillés dans le roc (planche 60). Ces hypogées sont surmontés d'espèces de piliers reposant sur des piédestaux, dont un est flanqué de quatre figures de lions. Parmi les tombeaux construits, ceux de Paimyre sont au nombre des plus curieux de la Syrie; ce sont des espèces de tours carrées en marbre à plusieurs étages, sans ornements dans la partie extérieure, mais couvertes de sculptures et embellies de colonnes à Tintérieur.
A très-peu de distance de Homs, l'ancienne Eniesa, Robinson a vu un mausolée ou plutôt un cénotaphe, qui , d'après une inscription grecque presque effacée, parait avoir été érigée à la mémoire de Caius César. Il est bâti en briques ayant deux étages avec cinq pilastres sur chaque face. L'étage supérieur est d'ordre dorique, le supérieur d'ordre ionique. L'édifice a sept mètres de haut, et le toit est en forme de pyramide.
CONSTRICTIONS CIVILES.
On trouve en Syrie plusieurs théâtres antiques; le plus beau de tous est celui qui existe dans les ruines de Djerash. Il est creusé dans le flanc de la montagne, tout près des murs d'enceinte. L'hémicycle, dont le diamètre est d'environ quarante mètres, fait face à la ville, en sorte que les spectateurs qui se trouvaient assis sur le rang de gradins le plus élevé, pouvaient, dans les intervalles des représentations, jouir de la vue des chefs-d'œuvre d'architecture qui rendaient celte ville si remarquable. Il y a vingt-huit rangs de gradins, larges d'environ soixante-six centimètres sur cinquante de hauteur; ils sont divisés en deux prœcinctionH et, suivant l'usage, partagés en cunei par des escaliei's. H existe à Djerash un autre théâtre qui pouvait contenir un moins grand nombre de spectateurs parce qu'il n'a que seize gradins, divisés en deux prœcinctions^ mais qui était beaucoup plus large, ayant près de cinquante mètres de diamètre.
Je ne parlerai pas des ruines de théâtre moins importantes qui couvrent le sol de la Syrie, mais à cause du nom qui s'y rattache, je citerai quelques restes encore existant à Beyrouth d'un théâtre construit par Hérode Agrippa. Les amphithéâtres sont en bien moins grand nombre dans cette contrée; on en voit cependant un magnifique, vaste et bien conservé, à Rabbat-Amman, l'antique Philadelphie.
La Syrie est sillonnée de restes d'aqueducs qui amenaient dans les villes, l'eau, si . rare et si précieuse dans ces climats brûlants. Nous en trouvons, entre autres, de fort remarquables à Antiocheet à Alep. Ce dernier, qui est découvert en beaucoup d'endroits et qui alimente encore toutes les fontaines, date, dit-on, de l'époque de la fondation de la ville, mais il a été restauré d'abord par la mère de Constantin, et
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CONSTRUCTIONS CIVILES. î)
plus lard , en iâiS , par Al-Melek-el-Daher, fils de Saladin. Les eaux de ces aqueducs étaient assez ordinairement réunies dans un réservoir ou piscine.
Dans les ruines de Boszra et dans le quartier oriental se trouve un de ces réservoirs presque intact; il a cent vingt-sept mètres de long sur cent deux mètres de lai'ge, et il est entouré d'un mur de deux mètres trente centimètres d'épaisseur construit en grandes pierres carrées; il peut avoir sept mètres de profondeur. On suppose qu'il est Touvrago des Sarrasins et qu'il fut fait pour fournir de Teau aux caravanes de pèlerins se rendant a la Mecque. C'est dans ce même but que des citernes , espèces de réservoii's appelés birkeiy sont mcMiagées sur toute la route que suivent les pèlerins.
Enfin, ù Sermein , non loin d'Alep , existent un grand nombre de citernes creusées dans le roc.
Un des travaux les plus importants que les anciens aient exécutés dans cette contrée, est le canal artificiel par lequel la ville de Séleucie communiquait avec la mer. lia environ cinq mètres de large; la première partie, qui a cent soixante-quatorze mètres de long et vingt-sept mètres de haut, est creusée sous le pied de la montagne; le reste, qui peut avoir cinq cent cinquante mètres de long, est taillé dans le roc vif à une profondeur qui varie de cinq à sept mètres. Dans la plaine, ù l'angle sud-ouest de la ville, était un bassin muré tout autour et servant à recevoir les vaisseaux; il communiquait avec la mer par un canal étroit; l'un et l'autre sont maintenant ù sec. Près de l'entrée de cette espèce dé port, est une jetée de douze mètres de large qui s'avance dans la mer d'environ quarante-cinq mètres Elle est construite de très-grandes pierres dont quelques-unes ont sept mètres de long sur deux mètres de large; elles étaient liées par des crampons de fer dont on voit encore les marques. Un peu au nord de cette jetée, il s'en trouve une autre de quati'e-vingts mètres de long sur dix mètres de large.
Nous trouvons en Syrie peu de traces des demeures de ses anciens habitants; cependant, nous ne devons pas oublier les restes d'un palais antique à Rabat- Amman.
Parmi les habitations modernes, il n'en est pas dcTomparable à celle du chef des Dnizes à Beteddein, près de la ville de Deir-el-Khammar (voyez \e frontispice). Ce château est situé, comme l'aire d'un aigle, sur l'un des sommets de la chaîne du Liban; il n'est accessible que du côté de l'est; sur toutes les autres faces, la montagne est comme taillée à pic. Arrivons maintenant aux demeures des particuliers à Damas : les maisons, seulement jusqu'à un mètre environ de leurs fondations, sont en pierre; le reste est en briques séchécs au soleil et recouvertes d'un crépi de chaux. Lt»s murailles sont rarement perc<''es de fenêtres du côté de la rue, ce qui donne à ces maisons l'apparence la plus Iriste et la plus monotone. Il n'en est pas de même à l'intérieur, au moins chez les riches; on y trouve des cours et des appartements d'un grand luxe. Les maisons d'Alep sont généralement construites avec plus de solidité; celles qui appartiennent aux classes aisées renferment une cour pavée avec un jardin sur le derrière; elles ont rarement dIus de deux étages d'élé-