J^ I. — HOTEI^ DE VILLE, BEFFROIS
ES hôtels de ville, maisons communes, mairies, palais publics, se retrouvent dans toutes les villes, sièges d'une administration municipale ou d'un gouvernement républicain.
C'étaient donc, après les églises, les monuments les |)lus considérables de chaque ville , surtout au moyeu âge où les franchises et chartes de communes avaient une bien autre importance que de nos jours, l^s hôtels de ville.ne sont plus guère aujourd'hui que des bureaux; au moyeu âge, ils étaient le sii^e nps que le symbole des lil>ertés publiques. Il en était de môme des bef- , qui souvent Taisaient partie de Tbôtel de ville même, et qui contenaient
une cloche dont le son appelait le peuple dans toutes les circonstances solennelles. Le beffroi et Thôtel de ville étaient en quelque sorte à la commune ce que le donjon et le château étaient à la féodalité. La suppression d'une commune entraînait celle de son beffroi; ainsi nous voyons Henri , roi des* Romains, ordonner, en 1226, d'ôter la grande cloche et de démolir le beffroi de la ville de Cambrai, à laquelle il avait retiré le titre de commune, pour punir les habitants de leur rébellion.
En France, aux treizième et quatorzième siècles, les hôtels de ville furent assez ordinairement établis sur les portes de ville. La cloche du beffroi se trouvait soit dans un campanile placé au sommet de Tédifice, soit dans une des deux tours qui en flanquaient rentrée ; nous pouvons citer comme exemple de cette disposition, les hôtels de ville de Guérande, de Loches, de Bordeaux, etc. Plus tard, ces édifices prirent un plus grand développement, et dans les quinzième, seizième et dixseptième siècles, s'élevèrent de magnifiques monuments que nous allons passer rapidement en revue.
La maison que Jacques Cœur, argentier de Charles VII, fit élever à Bourges, en i445,a été depuis 1682, transformée en hôtel de ville; c'est une des plus charmantes productions de l'art ogival au quinzième siècle.
Au commencement du siècle suivant, fut construit l'hôtel de ville de Saint-Quentin, dont le style est moins élégant, mais le plan plus régulier. Celui de Douai n'offre l'architecture ogivale que dans Tune de ses parties, et dans son beffroi qui est d'une assez grande élévation. J'indiquerai encore l'hôtel de ville de Compiègne, singulier édifice ogival, celui de Montauban, ancien château des comtes de Toulouse, ceux de Lyon , de Beauvais, et je me hâterai d'arriver à celui de Paris, que des additions récentes viennent de placer au premier rang parmi les monuments de la capitale.
Cet édifice est un de ceux qui retracent le plus de souvenirs, et dans son histoire se résume toute celle du pouvoir civil de la cité parisienne La municipalité de Paris, devenue si illustre et si puissante, n'était dans le principe qu'une petite association de marchands, sous le nom de hanse de Paris. I^ première maison où se tenaient les séances de la hanse de Paris, était située à la Vallée de la Misère, près la pjace du Grand-Châtelet; on la nommait la Maison de la marchandise. Plus tard, le lieu des séances fut transféré dans une maison voisine, qui fut appelée le Parlouer aux bourgeois. Ce fut seulement en 1357, que les bourgeois de Paris achetèrent une maison située sur la place de Grève, et qui fut désignée sous le nom de Maison aux pUiers. Celte maison fort simple n'était distinguée des demeures des particuliers que par deux tourelles. Jusqu'en 1532, ce fut là que les échevins tinrent leurs assemblées, et qu'habita le prévôt des marchands. Au commencement du seizième siècle, la Maison aux piliers étant devenue insuffisante, on décida la construction d'un bâtiment plus vaste. Le 15 juillet 1533, Pierre de Viole, prévôt des marchands, en posa la première pierre. L'éditice avait été cpmniencé dans le style ogival, mais en 1549, un architecte italien, Dominique Boccardo, dit Cortone, présenta à Henri II, un nouveau plan qui fut adopté, mais dont l'exécution ne fut terminéequ'en 1605, sous Henri IV. Depuis cette époque, l'hôtel de ville était i*esté ce que nous Je voyions
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HOTELS DE VILLE, BEFFROIS. i75
encore il y a quelques années. Une pensée d'agrandissement fut conçue par Napoéon en i8i i , et un habile architecte, M. Godde, fut chargé de présenter des projets ]ue la chute de Tempire ne permit pas de réaliser. Cette pensée fut reprise en 4832, ii le même artiste, auquel fut adjoint M. Lesueur, donna les nouveaux plans qui sont lojourd^hui presque entièrement exécutés , et ont plus que quintuplé l'étendue de rédî6ce primitif sans en détruire le caractère.
La Belgique est la contrée de l'Europe qui présente les plus admirables hôtels de ville. Celui de Bruxelles (voyez la planche)^ commencé en i40i , fut achevé en 4442. Il est de style ogival, et renferme une cour rectangulaire, comme le plan de l'édifice lui-même. I^ tour qui le domine ne se trouve pas au milieu de la façade, parce que 'un des côtés du monument a été conduit moins loin que ne le comportait le projet le Tarchitecte. Cette belle tour, de forme pyramidale, a cent vingt-deux mètres de lauteur; à son sommet est la statue, en cuivre doré, de saint Michel, foulant aux Meds le dragon.
Plus petit, rhôtel de ville de Louvain est peut-être encore plus étonnant que celui le Bruxelles. On peut affirmer hardiment qu'aucun édifice au monde ne surpasse '«lui-ci en élégance, en délicatesse, en richesse d'ornementation. Commencé en 1448, il fut achevé en J495, et la ville de Louvain n'épargna rien pour laisser aux iges futurs un témoignage éclatant de son goût et de son opulence.
L^hôtel de ville de Bruges, monument bien conservé , de style ogival , fut construit m 1377, par le comte de Flandre Louis de Maele, qui en posa la première pierre. La grande salle est la partie la plus remarquable de l'édifice. Le plafond, morceau Lrès-curieux, forme une voûte en bois à arcs pendants, dont les extrémités étaient lestinées à supporter des candélabres.
L'hôtel de ville de Gand forme l'angle de deux rues, et, sur chacune de ces rues, présente un style entièrement différent. La façade principale, qui doit appartenir aux dernières années du seizième siècle, est une suite monotone de colonnes rangées sur trois étages, d'ordres dorique , iouique et corinthien. L'autre côté de l'édifice est de style ogival et d*une très-grande richesse; il date de 1484.
L'hôtel de ville d'Ypres, auquel est réunie la halle, est un immense monument du quatorzième siècle, entièrement bâti en pierres de taille, surmonté d'une belle tour, et bien conservé.
L'hôtel de ville d'Audenaerde, de petite dimension, est un charmant édifice ogival; il est malheureusement en mauvais état, et son élégante façade aurait grand besoin d'être réparée.
Fjifin, l'hôtel de ville d'Anvers est le plus grand de la Belgique, après celui de Bruxelles, mais il est loin de pouvoir lui être comparé. Bâti en 4560, sur les dessins de Corneille Floris, brûlé en 1576, il fut reconstruit en 4581, tel qu'on le voit aujourd'hui. Sa façade, de plus de quatre-vingts mètres de longueur, est composée de cinq ordres d'architecture élevés au-dessus d'un ordre rustique, et décorée de statues.
En Hollande, nous trouvons l'hôtel de ville de Deift, bel édifice de la fin du
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«eizième siècle, celui de Leyde, plus remarquable par son étendue que par son style, et enfin celui d'Aoïsterdani , qui a été depuis longtemps converti en palais.
Dans les États de la confédération germanique, Brème nous présente un bétel de ville, Rathhaus, digne de rivaliser avec ceux de la Belgique; cet édificea étéconstruit en 4465, et peut être regardé comme un des plus précieux produits de Farchitecture ogivale. Les hôtels de ville d*Augsbourg et de Nuremberg, sont aussi dignes de remarque.
Les États prussiens nous offrent deux hôtels de ville très-intéressants, ceux d'Aix-la-Chapelle et de Cologne. L'hôtel de ville d'Aix-la-Chapelle est un vaste et majestueux édifice, construit au quatorzième siècle, sur l'emplacement de Tancien palais de Charlemagne. Son architecture de style ogival est remarquable par sa régularité et sa hardiesse. La façade sur la place est encore d'un bel effet quoique dépouillée des statues des empereurs couronnés à Aix, et malgré les détériorations que cet édifice a éprouvées lors du funeste incendie de 1556. Cette façade présente trois étages seulement dans sa partie verticale, et trois autres dans les combles qui sont d'une hauteur extraordinaire. £n avant est un bel escalier double avec une rampe de pierre et une balustrade de fer. Aux extrémités s'élèvent deux tours; celle située à l'est, est appelée tour de Graniu, et sa fondation est bien antérieure à celle de l'hôtel de ville. A l'ouest est la tour de la cloche, contenant l'horloge de la ville, et la cloche dite des partes.
L'hôtel de ville ou RcUhhaus de Cologne date du treizième siècle ; mais primitivement il n'avait pas la même étendue qu'aujourd'hui. La partie la plus ancienne est le rez-de-chaussée, et au premier étage une grande salle où jadis s'assemblèrent les députés de la hanse. Le beau portail de marbre fut bâti de i 569 à 1 57i ; il a été récemment restauré. Il est composé de deux ordres superposés, et décoré de bas-reliefs et d'inscriptions relatifs à Jules-César, Auguste, Agrippa, Constantin le Grand, Justinien, et l'empereur d'Alleniagne Maximilien; le bas-relief au-dessus de la grande porte, représentant le combat d'un homme et d'un lion, rappelle le courage do bourgmestre Gryn, qui, soutenant les droits de la ville contre Angebert II, fat exposé par deux chanoines à la fureur d'un lion qu'il tua. La tour qui s'élève à l'extrémité de l'hôtel de ville date de 4407 à t414; elle est entièrement construite en pierres de taille, et était autrefois décorée de statues qui n'existent plus.
L'hôtel de ville d'Inspruck, en Tyroi, était fameux par son toit d'or, qui ne mérite guère sa réputation; loin de recouvrir l'hôtel de ville, ce toit ne revêt qu'un petit balcon, jeté au dessus de la porte principale. Voici ce que la tradition rapporte à ce sujet. Pendant une sédition, l'archiduc Frédéric avait été obligé de se cacher, mais ne voulant pas quitter le pays, il s'était engagé au service d'un meunier du voisinage. Après les troubles, le prince reparut, et ses ennemis croyant que la misère l'avait réduit à servir le meunier, lui donnèrent le uom de Frédéric à la bourse vide. « Bourse vide! s'écria le prince. Les manants I Je saurai bien leur prouver que je l'ai pleine. » Et il fit revêtir d'écaillés d'or Tavant-loit de l'hôtel de ville, folie qui lui coûta, dit-on, 200,000 écns. On ne sait si réellement ce toit a jamais été