‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 2)Chapitre 10 sur 106 · M. DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

M. DE VOLTAIRE

M. DENON A M. DE VOLTAIRE

Pas, le 5 décembre 1770:

Si je n'ai joui que quelques instants, Monsieur, du bonheur d'être près de vous et de vous entendre ;

un peu de facilité à saisir la ressemblance a prolongé ma jouissance; et, m'occupant à retracer vos traits,

j'ai arrêté par le souvenir le plaisir qui fuyait avec le temps.

Les secours d'un artiste habile, ceux d'un ami aussi aimable par le

graces de l'esprit que par les qualités du cœur, tout à concouru à décorer et à éterniser l'hommage que je voulais vous faire d'un talent que vous venez de me rendre précieux : je désire qu'il soit auprès de vous l'interprète de la reconnaissance que je conserve des politesses vraiment amicales par lesquelles, pendant mon séjour à Ferney, vous avez voulu absolument me prouver notre confraternité Je suis, ete.

DENON

M. DE VOLTAIRE À M. DENON

À Frnnev, le 20 décembre

De ce plaisant calot vous avez le crayon ; Vos vers sont enchanteurs, mais vos dessins burlesques Dans votre salle d'Apollon,

Pourquoi peignez-vous des grotesques

pouvais, Monsieur, mêler des plaintes aux remerciments que je vous dois, je vous supplicrais

très-instamment de ne point laisser courir cette estampe dans le public. Je ne sais pourquoi vous n'avez dessiné en singe estropié, avec une tête penchée et une épaule quatre fois plus haute que l'autre. Fréron

et Clément s'égaieront trop sur cette caricature.

Permettez que je vous envoie, Monsieur, une petite boîte de bouis, doublée d'écaille, faite dans un de nos villages. Vous y verrez une posture honnête et décente et une ressemblance parfaite, C'est un grand malheur de chercher l'extraordinaire et de fuir le naturel, en quelque genre que ce puisse être.

Je vous demande bien pardon. J'ai dû, non-seulement vous dire librement ma pensée, mais celle de

tous ceux qui ont vu cet ouvrage. Je n’en suis pas moins pénétré, Monsieur, de l'estime sincère et de la

reconnaissance que vous doit votre très-humble et très-obéissant serviteur.

VOLTAIRE

CORRESPONDANCE

M. DENON A M. DE VOLTAIRE

Monsieur

M. Moreau n'a pu me remettre que dans ce moment la lettre et la boîte que vous eu la bonté de m'adresser. Je vois avee plaisir le zèle que vos bons villageois mettent à vous plaire; j'applaudis à leurs efforts, et je reçois la boîte comme un cadeau, qui m'est agréable parce que je la tiens de vous

Je suis en vérité désolé de l'impression que vous à faite mon ouvrage. Je ne plaidk

ii point sa cause : mon

but est manqué, puisqu'il ne vous à pas fait le plaisir que je désirais. Mais je dois vous rassurer sur la

sensation qu'il fait iei : on le trouve plein d'expression; chacun se l'arrache, et ceux qui ont l'honneur de vous connaître assurent que c'est ce qui à été fait de plus ressemblant. C’est un grand malheur en peinture, comme en autre chose, de voir les objets autrement qu'ils n'existent. Pardon, Monsieur; mais j'ai dû non-seulement vous faire l'aveu de mon erreur sur ce portrait, mais vous dire naturellement et

pour votre tranquillité, tout ce que ]

savais du succès de cette estampe.

le suis, avec un profond respect, ete.

M. DE VOLTAIRE À M. DENON

A Frnxey, le 24 janvier

le suis bien loin, Monsieur, de croire que vous ayez voulu faire une caricature dans le goût des

plaisanteries de M. Hubert.

J'ai chez moi actuellement le meilleur sculpteur de Rome, à

qui ma famille à montré votre estampe : il a pensé comme pensent tous ceux qui l'ont vue, On l'a prié d'écrire ce qu'il fallait faire pour la corriger je vous envoie sa décision (1

Il court dans Paris une autre estampe, qu'on appelle mon Déjeuner

on dit que c’est encore une plaisanterie de M, Hubert. J'avoue que tout cela est assez désagréable. Un homme qui se tiendrait dans l'attitude qu'on me donne, et qui rirtit comme on me fait rire, serait trop ridicule.

et s'il

er l'ouvr. révolté ici tout le monde;

Vous m'auriez fait plaisir si vous aviez pu corri ge qui

en était encore temps, ma famille vous aurait beaucoup d'obligation. Je n’en suis pas moins sensible à

votre bonté, et je n'en estime pas moins vos talents. Je vous supplie de ne rien imputer à une fausse délicatesse de ma part. Je sens bien que vous n'avez fait beaucoup d'honneur; mais je vous prie de pardonner à mes parents et à mes amis, qui ont cru qu'on avait voulu me tourner en ridicule,

Je suis honteux de vous fatiguer de nos représentations. Soyez trè

-persuadé du respect et de l'attachement

qu'aura toujours pour vous votre vieux confrère.

VOLTAIR

(1) Voici cette décision, que je trouve jointe à la lettre de Voltaire

Étant consulté sur cette estampe, je erois que, pour la corrige

, il faudrait premiérement : Mettre le portrait d'ensemble ; — moins maniérer la tête; — venir la dessiner d'après nature; — prendre un parti sur l'effet total; — enfin, rendre la chose plus

pittoresque,

« Les défauts que je trouve : L'épaule trop haute; — M. de Voltaire n'a pas de dessus d'yeux; — le nez est trop long, et le

front aussi; — la bouche n'est pas bien, parce qu'elle cercle trop. »

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