‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 2)Chapitre 105 sur 106 · HUIT MÉDAILLES DE SOUVERAINS ET DE PERSONNAGES CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

HUIT MÉDAILLES DE SOUVERAINS ET DE PERSONNAGES CÉLÈBRES

Remarquons d'abord que cest par erreur qu'on à inscrit sur notre planche ce titre : Médailles du dix-septième siècle. Toutes ces médailles, à l'exception des deux dernières, ont dû être gravées dans le seizième, comme on n’en doutera

plus, après avoir lu sur chacune d'elles nos observations.

N° x. — Herr VII, rot d’ Angleterre.

Légende : HENRICUS. VIN. DE. GRATIA. ANGLIA. REX Sur le revers : Erasme, à mi-corps.

Légende : THIN KPEITTOTA SYPPPAMMATA AEISEL : IMAGO AD VIVA EFFIGIE EXPRESSA.

Sur le cmamp, des deux cotés de la téte, on lit:1r.RoT.;et dans l'exergue:1519.

Le revers de cette médaille nous donne la date de son exécution. L'exergue de ce Teyers porte 1519. Ainsi, elle fut gravée la dixième année du règne de Henri VIIT, qui était monté sur le trône en 1509, à l'age de dix-huit ans; et nous le voyons ici âgé de vingt-huit ans. Remarquons que déja son embonpoint parait excessif : vers la fin de sa vie ce monarque était d'une telle grosseur que, lorsqu'il mourut, en 1547, c'était un véritable monstre au physique, comme il l'avait toujours été au moral.

Ty ran aussi capricieux que cruel il avait épousé successivement Six femmes, desquelles deux périrent par ses ordres sur l'échafaud. Mais ce Néron de l'Angleterre qui, comme il le disait lui-même, n'avait jamais refusé la vie d'un homme à sa haine, ni l'honneur d'une femme à ses désirs, n'avait point encore commis, en 119, date de la médaille, tous ces attentats, tous ces crimes qui rendent si exécrable sa mémoire. Il s’occupait alors de discussions théologiques, de controverse, et S'apprêtait déja sans doute à réfuter Luther, dont les opinions, surtout depuis lannce précédente, se répandaient avec une rapidité extraordinaire, et avaient déja été adoptées, en Allemagne, dans plusieurs États. Cette Éolise de Rome, dont Henri VIII soutenait alors si chaudement les intérêts, lui devint bientôt odieuse, et il en sépara pour toujours l'Angleterre.

Dans les dispositions où était Henri VIE, lorsqu'Érasme vint visiter la Grande- Bret:

plus ardents du moine réformateur de l'église d'Allemagne. Nous ne devons done

gene, il devait bien laccucillir; c'était, comme lui, un des antagonistes les

point être surpris de voir, au revers de la médaille d’un roi alors controversiste, celle du savant de Rotterdam, qui se livrait avec autant d’ardeur que le monarque

aux discussions théologiques.

Maintenant Hous prions le lecteur de relire les légendes, tant grecque que latine, qui entourent le portrait d'Érasme. En passant sur les fautes grammaticales que l'artiste a pu commettre dans la gravure de la légende latine, toujours nous apprend-elle que e’est bien là le portrait réel, et fait d'apres loriginal, de lun des écrivains les plus célebres du seizième siècle. Mais, d'après ce que dit la légende srecque, c'est a ses é rits qu'il faut recourir pour le mieux connaitre. Hé bien, ce que nous apprendraient ses ouvrages, quand même lhistoire n’en eût pas fait mention, cest qu'il était excessivement porté à la satire, à Pépigramme; c'est aussi qu'il montra, en maintes circonstances, plus de raison , plus

de justice et de modération que la plupart des théologiens de son temps.

INSEE? L'empereur CuarLes-Quint

Légende : GAROI US V DEI GRATIA ROMANORUM IMPERATOR SEMPER AUGUS REX HIS. ANNO SAT. MDXDIIL. ÆTATIS, SUÆ XL

Charles \ est ici dans ses habits iMPÉTIAUX ; et tenant dans ses mains les emblèmes de Sd puissance, le scepire el le globe. La légende n'omet aucun de ses titres, et de plus nous indique Son age à l'époque où la médaille fut gravée.

[l ne moitié de Ja vie de CE empereur justement célebre, de cet heureux rival de notre Francois [", fut glorieuse et brillante : dix ans après la date que porte

notre médaille, la fortune sembla Pabandonner. Dégouté de la puissance et des

hommes, il céda l'empire à son frère Ferdinand, transmit le trône d'Espagne à son fils Philippe, dont nous verrons bientôt la médaille (au N° A); et pour lui, il alla se confiner dans un eloitre en Estramadure, où il mourut en 1558. On

ne sait pas bien encore Sil se repentit ou non d'avoir abdiqué.

N° 3. — Mamie D'Aurnicue, flle de Charles F.

Légende : MARIA AUSTR. REG. BOEM. CAROLE V IMP. FI

Cette princesse, fille de Charles V et sœur de Philippe IT, épousa Maximilien IT, empereur d'Allemagne, fils de Ferdinand I", frère de Charles V, et en faveur duquel ce dernier avait abdiqué la couronne impériale. Ce sage et généreux empereur Maximilien eut de Marie un assez grand nombre d'enfants, entre

autres, un Rodolphe, qui lui succéda à l'empire.

N° 4. — Paire Il, rot d'Espagne.

Légende : PiiPPUs. AUSTR. CAROLL. V. CÆS. F. PRINC. HISP. ET ANGL. R

a à découvrir l'époque de la fabrication de la médaille.

Cette légende nous servir Philippe d'Autriche nv prend encore que le titre de prince d'Espagne ; mais il

se donne celui de rot d’ Angleterre. Or, ce fut en vertu de son mariage avec Marie, fille de Henri VII, qui eut lieu en 1554, que Philippe put prendre le titre de roi d'Angleterre; et, par labdication de son père Charles V, en 1556, qu'il devint roi d'Espagne, sous le nom de Philippe IL. Ainsi la médaille a été nécessairement gravée après 1554 et avant 1556.

Ce Philippe II n'eut presque aucune des brillantes qualités qui faisaient excuser dans son père une excessive ambition. Fanatique et naturellement cruel, il répandit à flots, dans les Calabres, le sang d’une foule de malheureux qui avaient adopté les opinions de Luther contre les dogmes de l'église catholique (car ces opinions avaient déja traversé les Apennins, et se propagcaient, aussi rapidement peut-être qu'en Allemagne , dans toute l'Italie). Il exerca de bien plus grandes cruautés encore dans les Pays-Bas, tant par lui-même que par des généraux dignes de lui. Ce fut le champion le plus dévoué de la cour de Rome. Il eût voulu voir établis dans le monde entier les tribunaux de linquisition. Rien ne lui causait de si grandes jouissances que le spectacle d'un auto-da-fé où lon brülait quelques centaines d'hérétiques. — Quelques historiens chargent encore sa mémoire du crime d'avoir fait trancher la tête à D. Carlos, son propre fils, sans procédure, sans jugement. Mais on n'a pu apporter de ce crime, commis, il est vrai, dans le secret de son palais, des preuves bien convaincantes. Tout ce que l'on sait, par l'aveu qu'il en fait lui-même au pape dans une lettre qui a été conservée , c'est qu'il détestait ce malheureux fils.

C'est aux physiognomonistes de chercher si dans les traits de ce monarque, rendus sans nul doute avec beaucoup de vérité sur notre médaille, ils trouvent

quelques traces de son dur et implacable caractère

N° 5. — Mure LE, reine d' {ngleterre.

Légende © MARIA IL. REG. ANGL. FRANC ET HIBERN. FIDEI. DEF

NSATRIX

Uniquement guidée par des prélats qui voulaient rétablir la puissance du pape à laquelle Henri VIT avait soustrait l'église anglicane, la fanatique et bigote Marie

COnNIMEer

son règne par les plus violentes persécutions contre les partisans de l’église rivale de celle dont elle suivait les dogmes. Nous ne parlons pas du supplice qu'elle fit subir à la jeune et intéressante Jeanne Gray, ainsi qu'à son

époux, trés-attachés lun et l'autre à la réforme (on peut du moins excuser ce

forfait par quelques motifs politiques); mais un grand nombre de prélats et de ministres gallicans, des femmes, des enfants même, périrent dans les flammes par ses ordres où ceux des fougueux prêtres romains ses conseillers. Pour trouver un appui contre la nation que tant de cruautés révoltaient, et qui commençait à murmurer, ils lui firent épouser, en 1554, Philippe, qui n'était encore

que prince d'Espagne, comme nous l'avons remarqué au sujet de la médaille

qui précède. C'était la donner à un prince non moins cruel et fanatique qu'ellemême. Mais, soit que sa figure lui déplüt, soit par tout autre motif, il ne la put supporter, laccabla de dédains. qui, si l'on en croit quelques historiens, furent une des causes de sa mort, arrivée en 1558, moins de quatre ans après son mariage.

Elle avait trop bien défendu les intérêts de l'église romaine pour ne pas mériter le surnom de Æidei defensatrix, qu'on lit dans la légende de sa médaille

Nous trouvons Ici, dans l'exergue, le non) du graveur . c'est ce Jacopo da Trezso, dont nous avons déja parlé au sujet d'une médaille de la planche LIX, N° 4. Il habitait l'Espagne, comme nous l'avons dit, et y avait acquis une grande célébrité, I nous parait d'autant plus juste de lui attribuer les médailles de ce temps qui sont sur notre planche, depuis Charles-Quint jusqu'à Marie, femme de Philippe IL, que toutes présentent dans l'exécution la même maniere. Elles prouvent en effet que c'était un artiste tres-distingué, et qui méritait les faveurs

dont il à joui N° 6. Une reine d'Angleterre.

Cette médaille est sans légende. Nous croyons y reconnaitre la fameuse

Erisagera qui succéda à sa sœur Marie; mais qui, loin de soutenir le clergé

ise vallicane sur des bases qui l'ont rendue stable, et l'on

papiste, établit Pé

pourrait dire inébranlable. L'histoire lui reproche bien le supplice inutile de Marie Stuart, et quelques autres fautes ou plutôt crimes; mais on ne peut s'empèc her de reconnaitre qu'elle régna avec fermeté, et laissa l Angleterre moins agitée, plus puissante et prospère qu'elle ne lavait trouvée à son avénement

au trône.

N° 7. — CHrisnine, reine de Suede.

Légende : CHRISTINA REGINA

Cest la seule médaille de toutes celles que contient cette planche qui appar-

tienne au dix-septième siecle. Christine était née en 1 La lé

n'aura rien de surprenant, quand on saura qu'à sa mort elle ordonna qu'on

>, et mourut en 1689.

gende ne contient que les deux mots que nous avons cités. Ce laconisme n'inscrivit sur son tombeau d'autre épitaphe que celle-ci : ixit Cuusriva ann. LXIL.

L'histoire de cette reine, qui eut le courage d'abdiquer afin de se livrer entièrement à ses goûts pour les lettres et les arts, est trop connue pour que

nous prolongions l'article qui la concerne. Elle montra une fois de la cruauté et

Joubli des convenances, en faisant égorger sous ses yeux, dans la galerie de

1 | Fontainebleau, Monaldeschi, son amant, qui l'avait trahie, Mais elle fit preuve ,

en d’autres circonstances, de belles qualités et d’un grand caractère.

Disons pourtant que, d'après des mémoires qui ont été écrits de son temps, ses gestes, ses discours, ses manières, surprirent par leur indécence, et scandalisèrent même cette cour de Louis XIV, qui, à cette époque, était loin d'afficher un rigorisme qui ne devint à la mode que plus tard. Un jour elle osa dire, dans les termes les plus obscènes, à la reine elle-même, qu'elle regrettait d'être femme, parce que, si elle eût été de l’autre sexe, elle aurait pu se livrer bien plus librement à toutes ses passions (1

Un voyageur (Misson ), qui la vit à Rome, où elle s'était retirée, mais lorsqu'elle touchait déja à la vieillesse, en trace un portrait qui doit faire trouver ressemblant celui qu'offre notre médaille. Suivant ce voyageur, elle avait le teint, la VOIX et le visage mâles, le nez grand , ainsi que les YEUX, la lèvre de dessous un peu avancée. Cest bien là ce que nous trouvons dans la figure de notre médaille. Il ajoute qu'elle était petite et fort grasse; c'est ce dont la médaille ne

pouvait nous donner aucune idée.

1) Voyez les Mémoires de Brienne, nouvellement publiés, & IL, p. 242

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P.60 MEDAILLES DIT XVI SIÈCLE EN ESPAGNE ET EN ANGLETERRE, Cobra Core de MAI n0e sisi CPE NOR © Dé rarsmétéinsilé Las :

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