‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 2)Chapitre 13 sur 106 · FRAGMENT D'UN ECRIT · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'UN ECRIT

d'arts. Je ne me proposai d'autre but que celui de satisfaire mon goût, d'autre plan d'économie que de n'acheter que de belles choses. J'ai toujours pensé que c'était l'acquisition des

choses médiocres qui ruinait l'acquéreur,

arrivai à Venise. Le célébre cabinet de Zanetti (1) était resté indivis: et, dans tous ses successeurs, il n'avait laissé aucun héritier de ses talents et de ses goûts. Je ne pouvais tout acheter à la fois; mais quarante dessins du Parmesan , soixante du Guerchin, me parurent un tr

rdé comme

sor. J'offris une somme déterminante de la moitié de tous ces objets : je fus re

un fou; et dès-lors, tout ce qui restait à Venise de trésors parti

Is en ce genre me fut pro- 086 el apporté. Je me sauvai de Venise pour ne pas épuiser plus que mes moyens. I I Î [ ]

Après un an d'absence, je revins à Venise, rapportant de nouveaux objets d'arts, très-pré-

cieux. Les héritiers de Zanetti me reprochèrent d'avoir défloré leur cabinet : pour leur prouver le contraire, je leur offris une telle somme du reste, qu'il me fut abandonné. Il avait été

composé par l'homme le plus instruit, le plus soigneux et le plus véritablement amateur.

Auteur d'un ouvrage trés-recommandable sur l'histoire de l'école de Venise, et qu'il faut citer

toutes les fois qu'il est question de cette école, il était tout à la fois graveur et banquier; ce

qui le mettait dans le cas de faire acheter dans toute l'Europe tout ce qui était annoncé en

vente de plus curieux, de garder ce qui lui convenait et de vendre le reste. C'est ainsi qu'il

avait rassemblé, et que je me trouve posséder la collection la plus choisie des Marc-Antoine,

des Rembrandt, des Lucas de Leyde, des Callot, ete. P

leurs annales, vinrent ensuite. Guidé par mon instinct, ce que je ne possédais pas et qui

ssesseur de grandes beautés, les curiosités. qui sont le luxe des arts et les richesses de

me plaisait, me parut important. Des jalons posés me firent voir les lacunes: et je cherchaï à les remplir, autant que mes moyens et les circonstances me le permettaient.

Quelques boites de laque dont la perfection du travail avait excité mon admiration, m'inspirèrent le désir de posséder quelques morceaux de la merveilleuse industrie des Chinois, de ce peuple patient et délicat. Je mis bientôt une différence, dans mon admiration, entre

le Japon et la Chine; et aussitôt après, je me procurai d

s antiques de ce genre, apportés de

ces deux pays par nos premiers jésuites missionnaires. Ce fut ainsi que je rassemblai des

vases, des bronzes, des figures, des portraits, des dessins et des étoffes. Il en résulta que, la

dispersion des cabinets de MM. de Chaulnes, Bertin et Saint-Foix ayant eu lieu, je me trouvai avoir la seule et la plus varite des collections de ce genre.

Quelques médailles que javais trouvées moi-même dans la Pouille et en Calabre, m'en

firent acheter en Sicile. Je n'osai me proposer de faire une grande collection dans ce

enre ;

mais bientôt j'en possédai une qui du moins pouvait indiquer en partie les diverses pé-

riodes de l'art numismatique, Paris et le temps ont rempli les lacunes; et il m'a été possible de rassembler, dans cet art, tous les monuments propres à en constater la naissance, croissance, décadence, renaissance et extension chez tous les peuples.

Le XV: siècle, non moins intéressant en numismatique qu'en toute autre partie des arts,

me parut avoir été négligé par les dissertateurs et les compilateurs. Je voyais pourtant que

(1) Peu après, M. Denon fera connaître quel était ce Zanetti, amateur éclairé et écrivain estimé.

Page 1