DE M. DENON
l'art de la gravure, à cette époque, se mélait à celui de la peinture ; que les productions de
ces deux arts étaient exécutées par les mêmes artistes; qu'ils y à
ent attaché tant d'importance, qu'après leurs noms sur leurs tableaux ils signaient graveurs, et sur leurs médailles perntres (à
Cet art se répandit par toute l'Europe dans le XVI siècle; mais il faut toujours en rendre graces aux Italiens qui vinrent à Paris sous Francois L°, en Allemagne sous Charles V, et en
Angleterre sous Marie
ils firent, en France surtout, une école qui dégénéra de style, mais
se perfectionna par la finesse du travail (2).
Les vases doivent paraitre, à leur tour, dans l'histoire du gout chez les peuples. Un usten-
sile de première nécessité, non-seulement chez les nations policées, mais même parmi les
sauvages, peut servir à indiquer la tendance de chacune d'elles vers le beau ou le gracieux ;
et en cela, il semble tenir à l'architecture et participer à ses différents genres comme à la per-
fection de ses principes. Une anse chez les Grecs était l'ouvrage d'un sc ulpteur, et sa belle
exécution était récompensée par une espèce d'illustration : des pierres gravées en font foi; et des nations entières, telles que les Etrusques, ont poussé l’art de la fabrication des vases jusqu'à la perfection.
J'ai donc cru devoir réunir une suite des vases égyptiens, dont j'ai pris moi-même les
dessins partout où j'en ai trouvé les formes dans les bas-reliefs; des vases étrusques et des
vases grecs, dont il est bien difficile de faire la part relativement aux formes, et qu'on ne peut
distinguer que lorsque les sujets, le style des peintures et les inscriptions Ôtent toute espèce de doute à l'observateur.
Viennent ensuite les vases chinois et japonais, qui ont ou donné le gout aux autres nations, où l'ont pris chez elles, en joignant quelques bizarreries de leur style à la perfection industielle qui les caractérise.
La bizarrerie des vases indiens ne parait être qu'une corruption qui n'a point de caractère primitif.
Je
contraste entre les produits des nations barbares et ceux des nations policées. Mais
jouterai aux productions de ce genre quelques vases du Pérou, pour former opposition,
Je renvoie à l'illustre et savant voyageur Humboldt, pour se faire une idée juste de l'état des arts chez
un peuple nombreux, opulent, et privé, pendant nombre de siècles, de communication avec
les nations éclairées. Quoique les époques de l'histoire de ces peuples soient absolument igno-
s, les manuscrits hiéroglyphiques et les monuments, tout informes qu'ils sont, indiquent incontestablement une très-haute antiquité.
J'avais trouvé en Egypte, et j'en avais rapporté des marolica : et ce genre d'industrie, que
nous croyions être des temps moyens, est dû, ainsi que tant d'autres découvertes dont se
parent les siècles modernes , à des temps bien plus anciens. Plus les recherches dans l'anti-
quité se multiplient, plus l'ère moderne parait perdre du génie qu'on lui supposait trop libére
lement. Dans un voyage en Toscane, je joignis à mes poteries antiques des morceaux de Zucca
della Rubia , le restaurateur de ce genre, ou, pour mieux dire, le nouvel inventeur de ce que
(1) Fitore P,
can; le restaurateur de la médaille en Italie, signait ses médailles Pézanus Pictor.
(2) On peut citer, à l'appui de cette opinion, en France, Warin sous Louis XIIL. C'est le véritable graveur national.