AMULETTES ET PETITES IDOI
; — MONUMENTS SYMBOLIQUES, rrc
Ce ne sont pas seulement des monuments de l’art égyptien qui figurent sur cette planche : on à cru devoir y joindre, afin de rendre les comparaisons plus faciles, des monuments analogues de Part chez les Perses, les Étrusques et autres peuples anciens.
On ne voit guère ici que des objets d’une assez petite dimension, des figurines. Mius ces petits objets font peut-être mieux connaitre le goût, les usages, les opinions religieuses et politiques des anciens peuples, que leurs grands monuments D'ailleurs les temples, les palais, les mausolées, ou du moins leurs débris, ont été cent fois décrits par les voyageurs, tandis qu'ils ont dédaigné de jeter des regards bien attentifs sur de simples amulettes, ou des jouets, ou des meubles, ou de simples ustensiles.
Cependant quel juste intérêt n’a pas excité, chez les véritables amateurs des arts de l'antiquité, ce nombre immense de petits objets de toute espèce qu'un voyageur zZélé (A1. Passalacqua) avait recueillis dans les ruines des villes égyp-
tiennes , qu'il a naguère exposés, à Paris, aux observations des hommes instruits,
et dont il a publié un volumineux Catalogue (1). C'est avec la même curiosité et le même profit pour la science, qu'on remarquera, dans la belle collection égyptienne que le gouvernement vient d'acquérir, et dont on a formé dans le Louvre un musée spécial, une foule d'objets antiques en bois, en cuir, en paille même, et de petits meubles et bijoux en ivoire, en or, etc.; et peut-être alors nous conviendrons que notre supériorité dans les arts de l'industrie, et même dans les arts de goût, m'est point, malgré nos machines, nos inventions de toute espèce, aussi grande, aussi incontestable que notre vanité nous portait à le croire.
Il serait trop long et sans doute superflu de décrire minutieusement tout ce qui est représenté sur cette planche; (ce n'est guère qu'en ayant sous les yeux
de tels objets qu'on peut bien les juger). Mais il en est qui pourront donner
lieu à des observations archéologiques qui ne sont pas sans importance.
N°1. — Un petit SCEPTRE surmonté de l'épervier corfjé
? du Pscnenr.
Ce Sceptre est une image symbolique d'Horus, d'apres l'opinion de M. Champollion jeune.
(1) Jorez Catalogue raisonné et historique des antiquités découvertes en Égypte, par M. Passalacqua, de Trieste. Paris, 1826. 1 vol. in-8°
N°». — AMULETTE en terre émaillee
Cette figurine représente, toujours d'après le même auteur, Æmon-Ria à tête
de bélier et debout
NAS Une figurine représentant une femme debout, où, st l'on veut,
une Déesse
Aucun attribut ne la caractérise N° 4 TYPHON assis
Cette figurine est en terre cuite émaillée.
lei les traits de Typhon, le cruel frère d'Osiris, quoique hideux , ont quelque chose de l'homme ; mais il était souvent représenté sous la figure ou d'un loup, ou d’un crocodile, où d'un hyppopotame, animaux, comme lui, redoutables
N° 5. — S'ARDOINE gravée, destinée à remplir le chaton d'une bague.
Sur cette pierre est gravée, de relief dans un creux, une figure d'homme vue
de profil, mais incomplète par le haut. Elle est assise sur un trône dont le côté
apparent est décoré de diverses figure Au-dessous sont trois lignes ou bandes qui contiennent d'autres figures » la première , deux homimes et deux femmes qui semblent ramper; la seconde , quatre éperviers séparés par des feuilles de lotus; la dernière, un crocodile renversé.
Le travail de cette pierre, parfaitement gravée, ne semble pas appartenir à
l'ancien art égyptien.
N° 6. — Un TYPHON, en terre émaillce.
Voici encore un Tyruow. qui n'est pas moins hideux que celui du N° 4. Sa coiflure est un peu différente.
N° 7. — Figurine représentant PHRE debout.
Nous avons déja parlé de cette divinité égyptienne (planche V); mais, si on
veut encore mieux la connaitre, on peut consulter le Panthéon égyptien, pl. XXIV N° 8. — DEÉESSE assise.
Sa tête est couverte de divers ornements symboliques.
Su) N° 9. — L'animal appelé ICHNEUMON.
L’/chneumon est une espèce de rat auquel les habitants d'Héracléopolis rendaient les honneurs divins, comme à un être bienfaisant, parce qu'il cherche sans cesse et casse les œufs des crocodiles.
N° 10. — Un FAUTOUR en repos.
Cette figure est en bois colorié.
N° 11. — Un HOMME sans tête, les mains liées derrière le dos.
üt être celle d’une victime dont on vient d’abattre
Cette petite figure, qui pa la tête, est en terre émaillée ou porcelaine verte. M. Denon l'avait déja publiée dans son oyage en Égypte (voyez la pl. XXVI de ce Voyage). Il nous apprend qu'elle fut trouvée à Thèbes: et il ajoute : «Ce petit torse, d'une belle exécution, « parait, pour le style, être du siècle de Michel-Ange.» Il en faut conclure qu'il wappartient pas à l'art égyptien; car cet art a toujours contrasté singulièrement
avec le gout qui dominait, en Italie, dans les productions des arts au sub siècle. N° 12. Une MAIN, en bois, tenant un rouleau Rien m'annonce encore ici que Ce soit une production ég ptienne. N° 13. — Résidu de BAUME, ayant la forme d'un Crercueu.. Lorsque les embaumeurs avaient terminé leur travail, ils formaient quelquefois, avec le reste du baume ou bitume qui leur avait servi, des figures quelconques qu'ils joignaient à la momie.
N° 14. — Un OISEAU.
Il est en bois colorié
NET Sn 7 4SQL E de femme, en bois, qui appartenait & un cercueil de
momue.
Ce Masque est d'un très-beau travail. Ses yeux, qui avaient été imcrustés en
bronze ou en émail, sont détruits.
N° 16. — Un ÉPERVIER couché.
Cet oiseau est en bois colorié. Sa tête est ornée d’un disque surmonté de
deux cornes de bélier, du milieu desquelles s'élèvent deux grandes plumes.
E) N° 17. — CYNOCÉPHALE, en terre cuite.
N° 18. — 7ETE humaine, en terre cuite.
Cette Tüte, ainsi que le Cynocéphale de Particle précédent, formait le couvercle
de lun de ces vases improprement nommés Canopes. Elle est d'un beau travail N° 19. — VASE funéraire, d'albätre.
Le couvercle est surmonté d’un cynocéphale , et sur le ventre sont tracées
plusieurs lignes perpendiculaires en caractères hiéroglyphiques. N° 20. — COUVERCLE de vase funéraire.
Ce couvercle, d’albâtre oriental, est surmonté d'une tête d’épervier.
N° 21. — TETE de chacal, en serpentine, formant le couvercle d'un vase
funéraire.
Les oreilles du chacal ont été brisées.
N° 29 et 23. — SCARABÉE, en cornaline.
Le N° 53 offre le dos, et le N° 22 la partie plate de ce scarabée; partie sur laquelle sont gravés trois chevaux vus de front, comme s'ils étaient attelés à un char.
Le travail de cette pierre rappelle le style étrusque
N° 24 et 25. — HÉMISPHÉROIDE, en sardoine , gravé en creux.
M. Kélix LararD, qui à obtenu, en 1895, le prix proposé par l'Académie royale des Inscriptions et Belles - Lettres, sur une question relative au culte et aux mystères de Mithra (1), a bien voulu se charger de l'explication de ce monument symbolique, ainsi que de celle de deux autres monuments du même genre, qui sont représentés sous les N° 26 et 27, 28 et »g. Voici les trois Notices, ou dissertations archéologiques , qu'il nous à communiquées :
(1) Le Mémoire de M. Lajard, augmenté d'un nombre considérable d'observations nouvelles et de monuments inédits, sera incessamment publié, sons le titre de Æecherches historiques et archéologiques sur le culte de Mithra en Perse, dans l’Asie-Mineure et dans l'empire romain. Get important ouvrage formera 2 volumes in-4°, et sera accompagné d'un Atlas d'environ 5o planches.
auteur a acquis, à la vente du cabinet de feu M. Denon, les trois monuments dont il donne ici l'explication. Il possédait déja une suite nombreuse et trés-précieuse d'antiquités persépolitaines, fruit de ses voyages en Orient et
des relations constantes qu'il a entretenues avec ce pays. La seule collection de ce genre qui puisse étre comparée
à la sienne, quoiqu'elle lui soit inférieure, est celle du Musée britannique, depuis qu'un acte du parlement y à
réuni tous les monuments persépolitains que feu M. Riche , résident d'Angleterre à Bagdad, avait recueillis en Pers
et dans li Turquie d'Asit
« Les N°® 924 et 25 de cette planche offrent la représentation d'un monument du genre de ceux qu'on appelle persépolitains. Sa forme est celle d'un hémisphéroïde comprimé sur deux côtés; il est percé, dans le sens de son petit diamètre, d'un large trou qui était, sans doute, destiné à recevoir un cordon, au moyen duquel on pouvait attacher ou suspendre le monument sur une partie quelconque du corps. La matiere est une sardoine légèrement rubanée.
« Un lion s'élancant de droite à gauche au-dessus d'un taureau à bosse, accroupi et placé de gauche à droite (1), est gravé en creux sur la base du monument.
« Ce sujet, qui est ici à peine thauché, se retrouve fréquemment sur des monuments de même forme (2), et sur plusieurs cônes dont le travail est beaucoup moins barbare (3). Il rentre dans la classe de ces représentations symboliques dont nous parlerons avec quelque détail, à l'occasion du cône et du cylindre qui sont figurés sur cette même planche VII
28 et 29); et il se compose de deux animaux qui, dans les mystères de Mithra,
26 et 2 5
aient, l'un le symbole du principe humide; l'autre, le symbole de la sécheresse et de la
leur (4).
« Le mouvement impétueux du lion figuré ici, et sa direction d'orient en occident, carac-
isent suffisamment la chaleur solaire, et forment, par leur opposition à l'attitude passive
du taureau et à sa direction inverse, une de ces antithèses que les anciens ont souvent em-
ir l'auteur de cette notic montré dans
ployées pour parler à l'imagination des initiés
un mémoire sur le culte et les mystères de Mithra, qui a été couronné par l'Académie des
inscriptions et belles-lettres, que le taureau, symbole de la vie en géné al, était, en particu-
rion humide; et c’est, en effet, à l'action opposée de l'eau et de
lier, un des symboles de la ré la chaleur solaire, et à la combinaison violente de ces deux principes, l'un actif, l'autre passif, que tous les êtres ayant vie doivent leur existence, suivant les croyances cosmogoniques des sectateurs de Zoroastre.
« C'est probablement par suite de la même idée que dans l'ancien zodiaque des Mages de la Perse, le taureau se trouvait le premier signe où le soleil entrait à l'équinoxe du printemps, époque du renouvellement de la vie. Le lion servait à marquer, dans ce méme zodiaque, le solstice d'été, ou le domicile du soleil pendant sa plus grande exaltation.
« Il serait facile, sans doute, de citer des faits nombreux qui prouveraient que le taureau et le lion furent employés dans les mythes et les monuments de la plupart des peuples de l'antiquité avec la signification symbolique que nous venons de leur attribuer; mais nous devons nous borner à rapporter ici quelques observations qui achèvent de démontrer directement que telle fut la signification de ces deux animaux dans les livres de Zoroastre, et sur
les monuments anciens de la Perse.
« C'est ainsi, par exemple, que dans le Zend-Avesta, le même mot gueié (5), qui signifie
taureau, signifie aussi {4 vie, et que le premier être créé par Ormuzd y est appelé le rau-
(1) Le sujet de cemonumentse trouve reproduit, sur la planche VIT, dans un sens inverse à celui qu'indique l'original.
(2) Voyez M. ne Sacx, Mémoires d'histoire et de littérature orientale; Paris, 1818, in-4°, pl. IL, fi
W. Oüsecev’s Travels in various countries of the East, ete.; London, 1819-1823, 3 vol. in-4°; tom. I, pl. XXI, fig. (3) 11 est fréquemment aussi représenté sur plusieurs médailles de l'Asie-Mineure
icut aride et ardentis naturæ sacramenta leones Mithræ philosophantur, dit Tertullien (4dv. Marcion., lib. 1,
cap. 13, pag. 372, A; ed. Rigalt.). — Conf. Euniprn. ên Bacchis, vers. 1016 et 1017.— Ærtan., de Natur. animal., lib. XII, cap. 73 lib. V, cap. 39.— On ne peut s'empêcher de rappeler ici que les Grecs et les Romains ornaient de
têtes et de griffes de lions la plupart de leurs candelabres et des autels qu'ils destinaient à porter du feu
(5) Contraction de gueiéhé. Voyez Zend-Avesta, tom. Il, pag. 452.