‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 2)Chapitre 8 sur 106 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

M. DENON

SUR de publier, il ne lui restait plus qu'à rédiger l'ouvrage dont il sétait proposé de faire l'occu:

pation de sa vieillesse, cette Æéstoire générale des Arts, dont il parlait sans cesse avec cet

intérêt, cette vivacité qui caractérisait toutes ses conversations, C'était par ce grand ouvr qu'il se proposait de couronner tous ses travaux, de terminer sa carrière; mais il ne songeait pas que sa manière de vivre, des habitudes auxquelles il lui eût été à peu près impossible de

renoncer, ne lui permettaient pas d'entreprendre une œuvre dont Winkelman, nourri de la

lecture de tous les auteurs anciens, et dans la force de l'âge, avait senti toutes les difficultés et n'avait pu exécuter qu'une seule partie. Fous les matins, M. Denon se faisait un plaisir de montrer son immense cabinet, ou plutôt son muste, aux Français et aux étrangers instruits qui venaient le visiter. Il expliquait avec une « omplaisance, un aménité qui les enchantait, le sujet des tableaux ou des sculptures, leur genre de mérite, et retraçait la vie des maitres dont c'étaient les productions : où auraient-ils pu trouver un Ceérone plus éclairé? Les soirées, illes

passait au sein des sociétés les plus distinguées de la capitale, où, dans tous les temps et sous

tous les régimes, il avait été recherché avec cet empressement qui n'admet point de refus. Cette vie était douce, sans doute; mais ce n'est point celle de Fhomme laborieux qui a besoin de longues méditations et de solitude pour tracer le plan d'un travail important, et pour

il laissé pour son

l'exécuter surtout, sans négliger aucune de ses parties. Aussi M. Denon n'a Histoir

des aperçus, de vagues présomptions sur les matières très-variées qu'il se proposait de u

(oi

que des notes qu'il à été impossible de mettre en ordre, et d'où l'on ne peut tirer que

ter. Mais ce qui peut, en quelque sorte, suppléer au déntment des matériaux, ce sont les

conversations instructives de M. Denon, qui, en toute occasion, développait sans réserve, de-

rine des arts, leurs progrès, leur décadence chez les différents

vant ses amis, ses idées sur l'or!

veuples, ainsi que sur les moyens de les faire concourir à l'avancement de la civilisation, à la

prospérité des nations (1

M. Denon, bien qu'il füt parvenu à la vieillesse, pouvait encore se promettre d'assez

ongues années. Il n'avait guère éprouvé, depuis sa jeunesse, d'autres maladies que quels ques accès de goutte. Il jouissait, au reste, de toutes ses facultés physiques et intellec-

tuelles. Sa mémoire était toujours fidèle; son imagination fraiche et vive; et, par un rare

, qu'il devait sans doute à l'inaltérable gaieté de son caractère, il était encore

mivilég 8

accueilli des femmes, que jamais il n'avait cessé de rechercher et d'aimer.

rucre douter, le terme de son

a passion pour les arts accéléra, comme on n'en peut

ieureuse carrière. Il voulut assister à la vente d'un cabinet précieux de tableaux. Le

froid qu'il éprouva, en sortant de la salle de vente excessivement échauffée par la tran-

spiration des nombreux amateurs qui la remplissaieut, lui occasionna une maladie vio-

(1) Tel sera aussi le but de l'ouvrage que, sur la proposition des neveux de M. Denon, j'ai osé entreprendre, Ce qui m'a encouragé, c'est Je désir de rendre à la mémoire d'un ami de trente ans un hommage auquel je ne doute point qu'il eût été sensible, puisque je me propose d'exprimer une partie des idées, des principes qu'il développait pendant sa vie. Combien de fois, dans nos conférences amicales, il s'est plu à esquisser devant moi le vaste plan de l'ouvrage qu'il se proposait d'offrir encore aux artistes et aux amateurs comme une dernière preuve de son zèle pour le progrès des arts! Je voyais bien qu'il

eût voulu m'associer à ses travaux, tant il trouvait de conformité dans nos idées; mais j'éloignais, je l'avoue, toute proposition

à ce sujet, Surchargé d'occupations étrangères aux arts, je craignais de m'imposer une autre tâche, une tâche peut-être

au-dessus de mes forces. — J'ai dit, dans les premières lignes de cette note, les motifs qui ont fait taire mes répugnances.

lente, dont il mourut, après quelques heures de douleurs aigués, le 27 avril 1825, à l'âge de 78 ans.

IL n'a laissé pour hérit

s que deux neveux, pour qui il avait la plus tendre affc

qui honoreront toujours sa mémoire. Ils partag:

ton, et

ent son gout pour les beaux-arts, et regardent comme un devoir de publier le dernier de ses ouvrages, celui qui occupait encore

sa pensée au moment où il fut arraché aux arts, aux lettres , à l'amitié.

Sous quelque aspect que l'on considère M. Denon, il mérite l'estime, l'admiration même

de ses contemporains; et son nom passera avec gloire à la postérité, Il aurait pu prétendre À

des succès dans plus d'un genre; mais il sentit que la nature l'avait principalement destiné

à aimer et cultiver les beaux-arts

et les beaux-arts furent les seules divinités auxquelles il voulut sacrifier.

Il n'en mérite pas moins l'honorable qualification d'homme de lettres. J'ai parlé de la comé-

J'aurais pu ajouter qu'il pu-

die qu'il donna, dans sa première jeunesse, au Théâtre-Françai blia plus tard un petit Roman, tant soit peu licencieux , il faut bien l'avouer, mais dont le style rapide et léger rappelle parfaitement le ton de l'époque où il fut écrit. Pour l'excuser d'avoir offert à ses lecteurs des tableaux plus que voluptueux, il faut dire que cet ouvrage

n'était que le résultat d’une plaisanterie de société. On avait prétendu qu'on ne pouvait,

sans employer des mots obscènes, retracer avec vérité certaines scènes mystérieuses de l'amour heureux. Il soutint l'opinion contraire, et, quelques jours après, il apporta son Roman dans lequel rien n'était voilé, et dans lequel pourtant il n'y a pas une de ces expressions que repousse la bonne compagnie.

Plus tard, dans des ouvrages sérieux, il prouva qu'il savait prendre un autre ton que ce-

lui du badinage et de la galanterie. Dans son oyage en Sicile, et surtout dans son 7 oyage en Egypte, dans ses discours ou dissertations à l'Académie, dont quelques-unes sont imprimées,

on trouve à la fois de l'érudition et de la philosophie. Il a aussi enrichi la Galerie française ,

al auteur, d'un

ouvrage important dont il était le protecteur, on pourrait dire le princi]

asse

grand nombre de notices biographiques, écrites avec gout, et dans lesquelles il appré-

cie dignement les personnages dont il s'était chargé de retracer l'histoire. Nous cite-

rons , entre autres, ses notices sur Claude Lorrain et sur Gérard Audran. Comme diplomate, il montra beaucoup de sagacité; comme administrateur, du zèle et du désintéressement.

Mais c'est principalement comme artiste ou plutôt comme amateur passionné des arts,

qu'il a illustré son nom. Il serait trop long de détailler ici toutes les gravures qu'il a produites : le nombre en est de près de cinq cents à l'eau-forte, dont quelques-unes principales. Nousrappellerons surtout celles qu'il a exécutées d'après embrandt, son grand taureau d'après Paul Poter, etc., ete. Dans presque toutes, on reconnait la facilité de sa touche ; mais il ne

croyait pas qu'il dût s'appliquer à Jénir: 1 gravait, comme il dessinait au c

yon, avec esprit et vivacité. Il ne voulait rien de plus, et ne prétendait point à l'honneur de rappeler dans une estampe la mollesse des chairs, la qualité de telle ou telle étoffe; par

exemple, l'éclat du satin, le moelleux du velours. Mais il était loin de blämer les artistes qui

cherchent péniblement à produire de pareils effets.

À l'Académie des beaux-arts, où il occupa toujours si justement une place, il ne pou-

iques où les auteurs voient ou croient voir dans

vait souffrir ces dissertations métaphys

les productions des artistes ce que ces artistes n'ont jamais songé à y mettre; des finesses ,

des beautés, qui, si elles s'y trouvaient, nuiraient plus qu'elles n'ajouteraient au mérite réel de leurs productions. En effet, l'artiste ne doit avoir qu'une idée, qu'un but; c'est de

rendre avec exactitude, naivement, l'objet qu'il a sous les yeux ou dans son imagination

“nt à mettre de l'esprit où il ne faut que du bon sens, de la

Malbeur aux artistes qui sor science où on ne leur demande que du sentiment. Les éloges académiques, prononcés avec emphase, sur la vie et les talents des artistes, nt encore souverainement; c'était le sujet continuel de ses railleries. Il y aurait

lui déplaisa

désiré plus de naturel et de simplicité. Soit à tort ou à raison, il était loin d'approuver la

manière qu'avait adoptée dans ses éloges le secrétaire de l'Académie des beaux-arts. « Tout

ce que je redoute, disait-il souvent, c’est de mourir avant notre secrétaire perpétuel; car

avons tout lieu de croire que les mänes de M. Denon n'auront point

il fera mon éloge. Jus

jusqu'à présent, le secrétaire per pétuel de l'Académie des beaux-arts n'a point songé

à gémir

à honorer, par l'éloge usité, la mémoire de son illustre collègue. C'était un motif de plus,

pour l'auteur de cette notice, de rendre à M. Denon la justice qui lui est due, de rappeler,

à la tête du dernier de ses ouvrages, ses nombreux travaux, son mérite et ses talents.

Au reste, le gouvernement lui-même, interprète en cette occasion de la reconnaissance

publique, a noblement témoigné qu'il n'oubliait pas les services rendus par un si digne citoyen aux arts et à la patrie : il à fait poser son buste en marbre dans un des vestibules

e pouvait-elle être plus convenablement placée que dans ce

du Musée royal. Où son im

lieu qu'il contribua tant à enrichir? D'un autre côté, ses neveux, pénétrés de vénération pour

un oncle qui fera toujours la gloire de leur famille, ont ait exécuter par son ami, M. Car-

telier, sa statue en bronze; et ils l'érigeront sur la tombe où il repose, à Paris, dans le

cimetière de l'Est

CORRESPONDANCE

ENTRE M. DENON ET M. DE VOLTAIRE

À Genève, le 3 juillet 1775

MoxsiIEUR,

ai un désir infini de vous rendre mon hommage. Vous pouvez être malade, et c'est ce que je crains ; je sens aussi qu'il faut souvent que vous vouliez l'être, et c'est ce que je ne veux pas dans ce moment-ci Je suis gentilhomme ordinaire du roi, et vous savez mieux que personne qu'on ne nous refuse jamais la

ze pour faire ouvrir les battants.

porte. Je réclame donc tout privil

J'étais, l'année dernière, à Pétersbourg; j'habite ordinairement Paris, et je viens de parcourir les treize

“antons dont vous voyez que avec cela vous pouvez trouver en moi quelque

pris la franche liberté chose qui vous dédommage des instants que je vous demande, alors mon plaisir sera sans reproche et deviendra parfait.

Je ne m'aviserai point, Monsieur, de vous faire des compliments; vous êtes au-dessus de mes éloges, et vous n'avez pas besoin de mes humilités : et puisque j'ai trouvé un moyen d'être votre camarade, je me contenterai de vous assurer que vous n'en avez point qui vous soit plus parfaitement dévoué, Monsieur, que Votre très-humble et très-obéissant

serviteur.

DENON

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