‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 2)Chapitre 84 sur 106 · dans le cabinet d'estampes · texte numérisé non relu

dans le cabinet d'estampes

de la Bibliothèque du Roi, par l'abbé Zant, savant Italien qui a publié un

mieux constatée. Elle fut découverte à Pari

ouvrage intéressant où il traite de l'origine et des progres de la oravure sur bois et sur cuivre (1

C'est pour conserver la mémoire de cette découverte que M. Denon crut

devoir dessiner et graver lui-même le portrait de Pabbé Zani, que lon voit sur notre planche, au-dessous de la gravure de P /ssomption de la Fierce. L'auteur de cette gravure, qui aura bientôt quatre siècles d'existence, fut

l'orfevre florentin Maso Finisuerra, dont nous allons bientôt nous ocenper.

On à fait de nombreuses et longues dissertations, non sur l'origine de la gravure proprement dite, car de temps immémorial on a gravé, soit en relief,

soit en creux, sur le bois, la pierre, les métaux, mais sur lorigine de Part de

tirer des empreintes où épreuves d’un dessin gravé en creux sur une planche de métal. L'Allemagne disputait la gloire de Pinvention à l'ftalie. L'estampe que

nous donnons ici doit, à ce qu'il nous semble, t

niner toutes les discussions.

En effet, si lon peut citer quelques estampes qui lui soient antérieures, ce sont des estampes tirées de gravures en i le très-

la date de

n TT £ ief sur bois. Il existe en ce g

vieilles estampes, el, entre autres, un Saint-Christophe, qui porte

Re) Ab

ni s d’une date

>); et peut-être quelques cabinets de curieux en possèdent

encore plus ancienne. Mais on n'a pu jusqu'à présent

Jduire aucune estampe,

Si ! : her 5 £ PPS sp 5 ürée de planches gravées en creux sur métal, qui soit antérieure à lan 1 2: 07 O

c'est précisément la date qu'il faut donner à notre gravure de F {ssomption de la Vierge.

Les premières productions de l'imprimerie en caracteres mobiles sont à peu

près du même temps (entre 1449 et 1455 ); mais cette invention, dont lAllemagne se glorifie à juste ütre, n'a pu avoir aucune influence sur l'art d'imprimer des gravures en taille-douce, art dont les procédés sont différents en plusieurs points essentiels, et qui fut découvert en Italie à la même époque, comme le

prouve la gravure de Maso Finiguerra.

1) Materiali per servire alla Storix dell Origine e Progressé dell incisione in rame e in leguo, ete.; da Pietro Zani. Parma, 1802

Voyez Essai sur l'Origine de la Gravure en bois et en taille douce; par Jansen. Paris, 1808, € 1, p. 106

\u quinzieme sie le, les orfèvres étaient de tous les artistes Les plus employés. [ls modelaient, ciselaient, gravaient, et quelquefois aussi peignaient. Mais c'était surtout dans Fexécution des rrelles quils cherchaient à déployer leurs talents. Nous concevons qu'il faut expliquer ce terme de Nrelle, qui nest guëre connu que des artistes et des amateurs: et toutefois nous ne nous arrêterons pas longtemps sur ce sujet, qui a été fort bien traité dans un ouvrage qui vient de paraitre, et auquel nous renvoyons les lecteurs qui voudraient plus de détails sur un procédé alors fort usité, et maintenant oublié ou plutôt négligé (1).

L'art du miello, en latin rigellum cet art était connu des anciens), avait pour but de rendre plus distinets, plus apparents, les dessins gravés en creux sur des métaux quelconques, mais principalement sur lor et l'argent. Pour y parvenir, il fallait remplir d'une substance qui contrastät avec la couleur du métal, les tailles, même les plus délices, de la gravure. L'argent, le cuivre et le plomb, mélés avec du soufre et du borax, et fondus ensemble, formaient une substance

noirütre , qui, incrustée dans ces tailles par un procédé qu'il serait Lrop long de

écrire, faisait ressortir fortement le dessin tracé, surtout sur l'argent. C'est là ce qu'on appelait nieller (en latin miorescere, noircir On sent bien que dans tout cela le principal mérite de lartiste était d'abord

de bien graver son sujet. Il ne songeait à le ateller que lorsqu'il était content de

son travail; aussi à mesure qu'il gravail remplissait-il de noir de fumée les tailles

déja faites, et, pour juger de leur plus ou moins de vigueur, prenait-il l'empreinte

u dessin sur de la terre glaise qui emportait le noir introduit dans les tailles

ii représentait en relief tout le dessin. S'il voulait conserver plus long-temps une épreuve de son dessin, Partiste coulait du soufre fondu sur la terre glaise, et il

avait alors, en creux, tout son travail. tel qu'il était sur le métal. On conserve

ans les cabinets de curiosités plusie rs de ces épreuves sur soufre d'ouvrages

eslinés à recevoir le zrello; et, comme elles sont assez rares, on les regarde

comme des objets d'un trés-grand prix

Quoique le papier de chiffon eût commencé à être d’un usage assez commun

es le treizième siecle, on m'avait point songé, même au milieu du quinzième ,

à l'employer, en le mouillant, à un tirage d'épreuves d'un dessin gravé, et à le substituer ainsi à la terre glaise et au soufre fondu. Le hasard, dit-on, fit connaitre ce facile procédé : un lourd paquet de linge mouillé fut déposé inconsidérément sur une planche d'argent que gravait lorfevre Waso Finiguerra, afin de la nieller ensuite. L'artiste, en retirant le paquet de linge, vit avec étonnement que le drap qui lenveloppait retenait l'empreinte parfaite du dessin qu'il avait com-

mencé, I ne lui fallut pas un grand effort de génie pour imaginer qu'un papier

1) Voyez Essai sur les Nielles, gravures des orfévres florentins du quinzième siècle, par Duchesne aîné. — Paris,

1826, 1 vol. in-8°

mouillé, et forcé par une forte pression de remplir toutes les cavités d’une planche gravée, conserverait l'empreinte fidèle du dessin qui y était tracé. Dèslors les orfèvres nielleurs ne tirèrent plus autrement des épreuves de leurs planches; et l'art d'imprimer les gravures fut trouvé. Dés-lors aussi on songea à graver des dessins sur des planches de cuivre, non

plus pour les nieller ensuite, mais uniquement pour se procurer, par le moyen de

| IMpPressION, UN @

and nombre d'épreuves de ces dessins. En effet, dix ans après la découverte de ce procédé, nous voyons déja des livres ornés d'estampes; le

Ptolémée, imprimé à Bologne, par exemple, qui porte la date de 1462 (a).

Revenons à notre gravure de PÆssomption de la F'ierge D'après tout ce que

nous venons d'exposer, on n'aura plus de peine à croire qu'elle est une des pre-

miéres épreuves, et peut-être la première épreuve sur papier que Maso Finiguerra ait ürée de la planche préparée pour recevoir la composition métallique qui devait en faire un nielle, Cette planche, qui était un de ces ustensiles d'église que l'on

nomme paix (2), était en argent, et avait été demandée à l'artiste par l'église

de Saint-Jean de Florence. IT la livra, miellée, en 1452, et en recut le paiement, comme on le voit par les registres de cette église. Elle voa été conservée jusqu'à nos jours; mais elle est aujourd’hui dans le Musée de Florence.

Il en existe deux empreintes en soufre : lune, que possede le comte Durazzo,

à Gênes, parait avoir été tirée avant que le travail füt achevé; Pautre, qui est

à Stowe, chez le duc de Buckingham, offre le travail aussi complet qu'il l'est sur la planche originale.

L'épreuve sur papier dont nous donnons ici la copie est non-seulement précieuse parce que cest un monument unique qui peut servir à constater l’origine d’un art utile, devenu une source de richesses pour plusieurs pays, mais aussi parce qu'elle indique d’une manière certaine les étonnants progrès qu'avaient déja faits les arts du dessin à cette première époque de leur renaissance en

Europe. En effet, la composition est simple, n'a rien de bizarre; les figures très-

nombreuses en sont bien dessinées, et ont une expression juste et naïve.

Quant au sujet, nous le trouvons décrit avec la plus grande exactitude dans

à eu occasion de citer.

louvr:

ge sur les nielles, que nous avons dé «Jésus-Christ, dit Pauteur, assis sur un très-grand trône, et coiffé d'un bonnet

semblable à celui des doges, pose, à deux mains, une couronne sur la tête de

la Vierge, qui est assise sur le même trône et inclinée vers lui, les bras croisés

(1) On a prétendu qu'il ÿ avait erreur dans cette date, et qu'il fallait lire 1482. Quelques savants bibliographes , et entre autres M. Brunet, dans son Manuel du Libraire, sont de cette opinion ; mais Millin, dans son Dictionnaire

des Beaux-Arts (article Gravures, & 1, p.760), les réfute victorieusement, et prouve qu'il n’y a nulle inexactitude

dans la date de cette édition du Ptolémée. — Voyez cet ouvrage, loco citato; et surtout Lanzr, Storia pittorica, Se tue

(2) Ces Paix sont encore en usage dans les cérémonies de l'église. Ce sont de petits plats d'argent que l'on donne à

baiser à ceux qui assistent au sacrifice de la messe, en prononçant ces mots : Pax recum. Cest de là que vient leur nom.

(0 sur la poitrine. En bas, au milieu, saint Augustin et saint Ambroise sont à genoux : à droite (1), on voit debout un grand nombre de saintes, parmi lesquelles on distingue sainte Catherine et sainte Agnès : à gauche 2) sont tous

les saints, aussi debout; leur tête on remarque saint Jean-Baptiste. Aux deux

côtés du trône plusieurs anges sonnent de la trompette, et dans le haut d'autres soutiennent une banderole sur laquelle on lit : ASSUMPTA EST MARIA IN CELUM AVI EXERCITUS ANGELORUM. Cette inscription se lit à rebours (3), ainsi que les noms AGOSTI lugustinus et ABRvs ( /mbrostus), qui sont écrits sur le haut du vêtement de ces deux saints (4). »

Les conservateurs du cabinet des estampes de la Bibliothèque du Roi ont retiré des cartons cette estampe si précieuse , puisque c'est probablement la première qui ait été imprimée sur papier; re après lavoir fait encadrer avec

honorablement dans le cabinet, où viennent ladmirer tous

soin, ils l'ont plac

les amateurs francais et ét

A gauche sur notre copie 2) À droite sur notre copic ) Elle est dans le sens ordinaire, c'est-ä-dire de gauche à droite, dans notre copie

j) Essai sur les Nielles, ete, p. 182

PLANCHE XLVIL.

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