‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 2)Chapitre 85 sur 106 · PLUSIEURS GRAVURES EN TAILLE-DOUCE, DU QUINZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

PLUSIEURS GRAVURES EN TAILLE-DOUCE, DU QUINZIÈME SIÈCLE

Dans Pexplication de la planche précédente, nous avons dit comment Part

d'imprimer sur papier les gravures en taille-douce fut heureusement découvert

au milieu du quinzième siècle : nous voyons ici les premiers essais qu'on fit de

cet art; nous n'osons pas dire ses progres, tant sont médiocres, même défec

tueuses, les gravures à l'examen desquelles NOUS CONSACrETONS quelques lignes

La plus considérable, celle qui occupe le bas de la planche, est la seconde de deux gravures qui ornent Pédition du poëme du Dante, publiée à Florence, en 1481, avec un commentaire de Christophoro Landini, et qui est devenue très-rare; elles sont placées à la tête des deux premiers chants, et ont été imprimées avec le texte. On trouve des exemplaires de cette édition qui ont

dix-sept autres eslampes; mais elles ont été gravées postérieurement à l'impres-

sion du livre, et ajoutées ensuite à quelques exemplaires (1) Quant aux deux anciennes gravures de cette édition, elles ont de lintérèt en ce qu'elles sont un monument de la gravure en taille-douce à une époque si

voisine de son origine. L'une, qui ne se trouve point sur notre planche, est placée au premier chant, et représente le Dante au milieu de lobseure forêt qu'il décrit dans les premiers vers de son poëme, el fuyant à l'aspect du terrible lion et de la louve qui s'offrirent à sa vue; la seconde, la seule dont nous devions

une explication, puisque c'est la seule dont nous donnons ici une copie qu'on

peut re garder comme un fac-simile, est à la tête du second chant, dont les trois premiers vers sont gravés au bas de Pestampe, mais très-mal orthographiés ici,

comme dans l'original. Les voici tels qu'il faut les lire:

LO GIORNO SE N'ANDAVA, E L'AER BRUNO lOGLIEVA GLI ANIMAI CHE SONON TERRA D'ALLE FATICHE LORO:

Cette gravure représente, à ce qu'il semble, la maitresse du Dante, la belle Béatrice, qui apparait à Virgile, et l'invite à servir de guide aux enfers à son poète bien-aimé, dont la mort la séparée. Plus bas sont les deux poètes qui déja voyagent, en conversant, vers le pays des ombres.

C'est d’après V

et la gravure à Baldini, orfèvre de Florence, tous deux artistes célèbres à la fin

sari qu'on attribue le dessin de cette estampe à Sandro Boticelli,

1) Voyez Manuel du Libraire, par Brunet, article Dante.

du quinzieme sivele (1), du mérite desquels cette gravure pourrait bien ne pas

donner une haute idée; mais il faut se rappeler que cest là un premier essai

dans un art à peine connu, dans un art à son enfance, la chalcographie.

Dans l'une des deux autres estampes que lon voit au-dessus de celle-ci est représenté un vieillard à grande barbe, probablement un saint, qui sappuie dune main sur Finstrument de son supplice (une scie), et tient de l'autre main un livre ouvert.

Cette estamnpe est du plus ancien graveur de lPécole germanique , Wartin

Schoenguauer, dit Martin Schoen, qui naquit à Auesbour

(2), vers 1430, et mourut en 1486, à Colmar, où il s'était établi. Il était à la fois orfevre, peintre et graveur. La gravure que nous donnons ici porte son chiffre accoutumé.

C'est encore, à ce qu'il semble, une sainte qu'il faut voir dans l'autre estampe, à la droite du spectateur, bien que la tête de là femme qui y est représentée soit ornée de quelques rameaux qui peuvent être de myrte. Mais sa longue chevelure, trés-néoligée, flottante sur ses épaules, ajoute encore à sa physionomie sérieuse et mystique. D'une main elle relève un pan de sa roide et volumineuse robe; de Fautre elle tient un vase d’où élève une flamme; et cest sans doute un emblème de son ardente piété.

Les lettres 1 x. que lon voit au bas de l'estampe semblent indiquer que cest un ouvrage d/srael Jan Mecheln, contemporain de Wartin Schoen, dont nous venons de parler.

Dans ces deux vieilles estampes on peut déja S'apercevoir de quelques progrès de la gravure. Par exemple, ici les ombres sont formées de traits qui se croisent, tandis que dans la gravure du Florentin Baldini, dont nous nous sommes d'abord occupés, elles ne sont indiquées que par des traits tracés presque tous dans le

mienne sens

Quant à la croix qui est au haut de notre estampe, elle à été aussi lithographiée d'après une estampe ancienne, dont l'auteur ne nous est pas connu. On y a mis un fond en or, parce que l'on à cru que éétait là une empreinte d'un nelle (3), ouvrage de quelque orfevre qui, profitant de la découverte de Waso Füuguerra, aura voulu tirer des épreuves de sa gravure avant de remplacer le noir de fumée

qui remplissait les tailles, par une composition métallique de la même couleur.

— Nous ne donnons tout ceci pourtant que comme une conjecture,

1) Laws, Storia pütorica, etc., & 1, p. 107

(2) M. Levesque (Dictionnaire de Peinture et Gravure), le fait naître à Culmbach 3) Voyez, à la planche précédente, l'explication de ce mot

Loir

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