‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 4)Chapitre 86 sur 100 · DIVERS MÉDAILLONS EXÉCUTÉS DANS LE QUINZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DIVERS MÉDAILLONS EXÉCUTÉS DANS LE QUINZIÈME SIÈCLE

Les trois médaillons que Ton voit représentés sur cette planche sont l'ouvrage de Kittore Pisano , artiste vénitien , qui florissait vers le milieu du quinzième siècle. Lanzi, dans son Histoire de la peinture en Italie, ne lui consacre guère qu'une page (i) : ses talents, sinon comme peintre, du moins comme graveur de médailles , méritaient peut-être qu'on s'en occupât avec plus de détails. L'historien de la peinture avoue pourtant qu'on trouve de cet artiste, dans les musées, un assez grand nombre de médailles de princes, très-dignes de l'estime des connaisseurs.

N° i. — PORTRAIT du roi Alphonse.

D'un côté de ce médaillon est le portrait du roi Alphonse. D'après la date, m. cccc. XLViii. gravée dans le champ du médaillon, ce ne peut être qu'Alphonse V, roi d'Aragon, qui, après s'être rendu maître de Naples, en i44 2 > fut reconnu roi de Sicile. Ami des lettres et des arts, généreux presque à l'excès, il mérita le surnom qui lui fut donné, de Magnanime. C'est à sa libéralité que fait sans doute allusion l'allégorie du revers du médaillon, où l'on voit un aigle posé sur une branche d'arbre, entouré d'oiseaux bien repus qui le considèrent avec respect. La légende est : liber alitas augusta.

N° 2. — PORTRAIT de Pisano.

Il ne s'est donné là d'autre titre que celui de pictor. Il paraît qu'alors le mot peinture était générique; qu'il embrassait tous les arts du dessin.

Nous voyons ici pourquoi les contemporains de l'artiste l'ont toujours appelé Pisanello. Ce diminutif convenait à sa chétive figure.

N° 3. — PORTRAIT du sultan Mahomet.

D'un côté on voit son buste seulement ; de l'autre , il est représenté à cheval , un fouet à la main.

Le médaillon a pour date 1481. Si c'est là la date de sa fabrication, il a été exécuté l'année même de la mort de l'empereur qui y est représenté. En effet,

(1) Stor. Pittor., t. III, p. 24-

Mahomet II mourut le 3 mai 1 48 1 , âgé seulement de cinquante -deux ans : il en avait régné trente -un. Nous serions tenté de croire que ce médaillon n'a été exécuté qu après îa mort de Mahomet, et que l'artiste, en mettant une date h son ouvrage, n'a voulu rappeler que celle de la mort de ce prince, que l'on cite avec raison comme un des fléaux de l'humanité. S'il fut le plus heureux des conquérants, après Alexandre; s'il renversa deux empires, conquit douze royaumes, prit plus de deux cents villes sur les chrétiens, il répandit le sang humain à grands flots, non-seulement dans les combats, ce qui peut-être serait pardonnable, mais froidement, mais en violation des traités les plus saints. Ce fut lui qui, pour qu'on ne lui reprochât plus de se livrer aux illusions de l'amour, trancha de sa propre main , en présence de son armée , la tête de sa jeune et belle captive Irène.

Et ce monstre aimait les arts; il dessinait même assez bien!

Nous n'oserions affirmer que ce médaillon soit de Pisano. Ce qui nous en fait douter, c'est la date qu'il porte. Pisano, qui avait exécuté, en 1448, le portrait d'Alphonse, aurait été bien vieux pour oser entreprendre, en 1481, celui de Mahomet II. Cela n'est pourtant pas impossible. Mais on lit d'un côté du médaillon, sous les pieds du cheval, ces mots : Opus Constantinop. ; ce qui semblerait indiquer que l'ouvrage fut exécuté à Constantinople. Or, il n'est pas vraisemblable que Pisano, dans sa vieillesse, se soit transporté dans cette capitale. On ne cite que deux artistes italiens qui se soient rendus près de Mahomet, le Vénitien Gentile Bellini, lequel encore n'y fit pas un long séjour, tant le tyran lui inspira de terreur, et un graveur des États romains, nommé de Partis, dont on ignore l'histoire. Il est probable que ce médaillon aura été exécuté à Constantinople par cet artiste inconnu, et peut-être d'après quelque portrait de Mahomet II, peint par Bellini , qui , au reste , avait aussi gravé une médaille de cet empereur. Il ne serait donc pas impossible que notre médaillon fût aussi l'ouvrage de Bellini.

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