ROMAINE
A Rome, tant sous le Bas-Empire que dans le moyen àge, il y eut toujours plus de peintres, de sculpteurs, d'architectes, que dans les autres cités de l'Italie. C'était le berceau d'une religion nouvelle qui avait succédé au paganisme; c'était le siége ordinaire de son premier pontife ; et, sinon dès l'origine du christianisme, du moins peu après son adoption par les empereurs,
s pour
tion,
les papes sentirent combien les arts pouvaient être utilement employ à propag quel prestige leurs productions devaient exercer sur des peuples depuis si long-temps habitués à voir partout, à vénérer des images de dieux, peintes ou st ulptées. Un nouveau culte sans statues, sans peintures, qui n'eût voulu que convaincre les esprits sans émouvoir les sens de la multitude, n'aurait point trouvé de prosélytes. Aussi est-ce à Rome que l'on conserve le plus d'anciens monuments du culte chrétien. Combien on en découvre dans les catacombes ! et ils sont mélés à ceux que des Romains, obstinés dans leurs anciennes croyances, continuaient d'y placer; on y lit les noms du Christ et des apôtres à côté des noms d'Apollon, de Mercure, etc. Les plus anciennes églises offrent de méme, mais en plus petit nombre, des fresques qui datent des premiers siècles du christianisme. Tous ces monuments, il est vrai, sont extrêmement défectueux, presque barbares ; mais, s'ils offrent la preuve de la décadence entière des arts, ils attestent aussi que du moins ces arts n'étaient pas entièrement oubliés ni
népligés.
D'après cet exposé, il semblerait que l'école romaine a dû être la plus ancienne de toutes; et cependant il n’en est rien. Ce n’est point lorsque des artistes de tout pays, doués de talents divers, ne suivant point de règles communes, couvrent de leurs productions informes un pays quelconque, que l'on peut dire que ce pays a une école: c'est, comme nous l'avons observé ailleurs, lorsqu'un grand maitre apparait tout à coup chez un peuple, y excite
l'admiration, impose, pour ainsi dire, à des disciples, à ses successeurs, sinon sa manière,
du moins son goût, quelque chose de son style, et réforme les anciennes pratiques, c'est alors
qu'avec lui commence une nouvelle ère dans les arts, une écoce. Or cette révolution n'arriva
à Rome que vers la fin du quinzième siècle, ou plutôt dans le seizième, c'est-à-dire au temps du Pérugin et de Raphaël.
Bien qu'aucune ville en Europe ne puisse s'enorgueillir autant que la ville sainte, de posséder en si grand nombre d'excellentes productions dans tous les arts du dessin, tant de monuments, tant de chefs-d'œuvre, on ne cite cependant que très-peu d'artistes dans l'école romaine proprement dite. C'est qu'une foule d'artistes qui sont venus l'enrichir des fruits de leur génie, appartenaient à d'autres écoles, et qu'après y avoir travaillé quelques années, ils allaient porter leurs talents dans quelques autres contrées, ou retournaient dans leur patrie. En effet, on ne connait guère que deux artistes célèbres qui soient de Rome même, Juleskomain et Andrea Sacchi.
Aussi, comme le remarque Lanzi (1), a-t-on quelquefois prétendu qu'il n’a point existé d'école romaine, où du moins qu'une telle école ne pouvait être assimilée à ces écoles bien
caractérisées
, que l'on désigne par les épithètes de orentine, lombarde et vénitienne. Mais ce
1) Storia pittorica, t. IL, p. 1
roue ur, — 3° partie
LA
m'est vraiment là qu'une dispute de mots. Tout artiste né dans les Etats romains et qui à
travaux à Rome, a bien droit sans doute d'être inscrit parmi les maitres
exécuté d'importi
de l'école romaine: et c'est assez inutilement, selon nous, que Lanzi a employé plusieurs
pages de son ouvrage à répondre aux rigoristes connaisseurs qui ne veulent point admettre d'école romaine { :8r l'existence de cette école-que dans/le cs Ent faire On ne pourrait nier l'existence de cette école que dans le cas ou elle n'aurait pu se ture
déterminé; or qui ne sait que depuis Raphaël,
remarquer par aucun caractére spécial et bi le plus grand des maitres de toutes les écoles et de tous les pays, on a toujours reconnu
dans les productions des artistes qui lui ont succédé à Rome, la science de la composition et
du dessin, la beauté et la noblesse des formes, la grandeur du style, la justesse des expres-
sions, portée seulement jusqu'au degré où elle ne détruit pas trop la beauté
Ces qualités, qu'on ne peut leur contester, ils les devaient à l'observation continuelle et à l'étude des monuments antiques dont ils étaient entourés. A des hommes qui avaient incessamment sous les yeux des statues telles que l'Apollon du Belvédère, le Gladiateur,
l'Antinoùs, ete., ete., il n'était pas permis de représenter, soit Adam, soit Moïse, soit Jésus-
Christ, avec la naïve mais ignoble simplicité des artistes de l'Allemagne, de la Flandre et de
la Hollande Mais, par une compensation assez ordinairc Ce n'est pas une merveille, dit le bon Félibien cité
les arts, les artistes de l'école romaine
dar
ne se sont point distingués par le colo
par Levesque (1), si le goût romain étant extrémement occupé de toutes ces parties (dans lesquelles excellait Fécole romaine), le coloris, qui ne vient que le dernier, n'y trouve plus de place. L'esprit de l'homme est trop borné et la vie est trop courte pour approfondir toutes
les parties de la peinture, et les posséder parfaitement toutes à la fois. »
1) Dictionnaire des Arts, v” École
ÉCOLE ROMAINE
PLANCHE LXXXVIIT.