NOTICE SUR LUCAS DE LEYDE
Cet artiste, dont la vie fut si courte, puisqu'il n'atteignit pas sa quarantième année, n'en a pas moins laissé à la postérité un nombre incroyable de tableaux et de gravures. Mais il faut dire que, fils de peintre, il étudia dès sa plus tendre enfance; qu'a douze ans, il peignit, en plusieurs tableauxên détrempe, toute la vie de saint Hubert: que, deux ans après il grava une anecdote, vraie ou fausse, de la vie de Mahomet, et, dans l’année suivante, neuf sujets pris dans la passion de Jésus-Christ. Tous ces ouvrages furent admirés, et aujourd'hui encore les connaisseurs ÿ découvrent un mérite réel
Plus jeune qu'Albert Durer de vingt-quatre ans, il acquit dans la Hollande, d'où il ne
s'éloigna jamais, la réputation dont ce vieux maitre jouissait en Allemagne. Bien que rivaux
en talents, ils ne furent point jaloux l'un de l'autre, et méme ils se lièrent d'amitié (x Lucas
de Leyde, ayant plus approfondi les principes de l'art, surpassait Albert Durer dans la com-
position; mais il lui cédait dans la science du dessin. Tous les deux commencèrent des écoles : en effet, sils n'en sont pas les premiers fondateurs, on peut dire qu'elles n'ont eu que
depuis eux une véritable célébrité
M. Denon se flattait de posséder dans son cabinet de tableaux le portrait de Lucas de Leyde, peint par lui-même très-peu de temps avant sa mort si prématurée, On le voyait dans ce tableau vêtu de noir et coiffé d'une toque à grands bords, tenant dans les mains un cartouche où était représentée une tête de mort : une fleur, et c'était une pensée, était placée sur une balustrade qui se détachait sur un fond de paysage. Cette tête de mort, cette pensée, cette
campagne, dont il avait tant chéri le séjour, indiquent d'une manière bien touchante de
quelles mélancoliques idées était alors affecté ce grand artiste.
(a) Voyez à l'£cole allemande notre Notice sur Albert Durer
EXPLICATION DE LA PLANCHE
Lucas de Levde nous offre saint Christophe tel qu'on le
Dans ce dessin,
représentait de son temps BE porte des cathédrales. Peut-être tout le monde pas pourquoi on lui assignait toujours cette place : c'était afin qu'il püt
ne sait un plus grand nombre de personnes; car il passait pour
être remarque par constant qu'on ne pouvait mourir, ni subitement, ni par accident, le jour où lon avail vu son image il
Lucas de Leyde d donné À son saint des formes colossales 2 il traverse un
fleuve. se servant d'un arbre pour bâton. C’est l'//ercule de nos légendes. Saint Christophe porte, suivant la coutume, le petit Jésus, qui s'appuie d’une et, ce qu'on ne saurait expliquer, le géant parait accablé
main sur sa grosse tête; €
‘un poids si léger.
ou un moine, sur la rive opposée, les regarde passer. Cette
Un ermite
ireonstance est peut-être liée à quelque aventure du saint consignée dans une
car elles ne sont pas toutes identiques : les unes contiennent
e ses légent les ;
es faits que les autres passent sous silence.
Nous regrettons de m'avoir pas à offrir quelque autre dessin de Lucas de
Leyde, quelque dessin qui, sil n'eüt pas mieux prouve le talent naïf de ce
maitre, aurait pu mieux faire juger du mérite qu'on lui accorde généralement
ans /a composition.
1) Nous citerons à ce sujet le vers-proverbe :
Christophorum videas, posteà tutus eus
ÉCOLE HOLLANDAISE