XI. — Côté gauche du fronton
En commençant par l’angle gauche du fronton, pour le spectateur, il m’a paru que la figure couchée CO, à laquelle il manque la tête et un bras, auroit pu être le fleuve Ilyssus. C’est selon cette hypothèse que j’ai complété la ligure. Pausanias nous apprend qu’aux deux angles d’un fronton semblable , celui du temple de Jupiter à Olympie, Pæonius de Mende (en Thrace), avoit placé, d’un côté, l’Alphée, et de l’autre, le Cladée, fleuves de l’Elide.
Le groupe qui vient après , et dont Stuart a reproduit l’ensemble dans un dessin fort correct, qui confirme celui de Nointel, représente deux figures, l’une d’homme assise à terre, drappée à mi-corps, l’autre d’une femme ayant un genou en terre, et s’appuyant du bras droit sur le personnage quelle accompagne. L’intention de ce groupe indique assez bien deux époux. Spon et Wheler crurent y voir les portraits d’Adrien et de Sabine son épouse.
Ces voyageurs ont éprouvé plus d’une sorte d’illusion sur tout ce qui regarde le Parthénon, et je ne saurois passer ici sous silence, celle qui tient à l’ensemble des sculptures de ses frontons. Us crurent ( je rapporte leurs paroles ) que les sculptures des deux frontons, netoient pas si anciennes que le corps du temple bâti par Periclès. Us se fondèrent sur ce que le marbre des sculptures des frontons, est plus blanc
(0 Stuart nous en a donné un dessin beaucoup plus grand et bien plus arrêté que ne l’est celui de Nointel.
que celui dont est construit l’édifice. Mais cette différence a pu provenir de plus d’une cause. L’abri du fronton , sous lequel elles se trouvèrent, n’a-t-il pas contribué à les préserver de certaines intempéries ? Disons ensuite qu’il put être fait, dans les carrières du mont Penthèle , un choix d’une qualité plus fine pour les statues que pour les colonnes. Enfin, sans prétendre, avec des voyageurs plus récents, que les figures du fronton sont de marbre de Paros, plus d’une carrière offrit aux Athéniens les variétés de marbre dont ils pouvoient avoir besoin. Rien d’ailleurs n’autorise à penser, que Périclès auroit laissé incomplète la partie la plus importante du temple de Minerve.
Je présume que cette idée de la ressemblance d’Adrien et de Sabine son épouse fut, de la part de Spon et Wheler, un effet de cette habitude qu’avoient alors les antiquaires, de tout expliquer par l’antiquité romaine. On pourroit alléguer que la flatterie avoit substitué , aux anciennes tètes , les tètes de l’empereur et de l’impératrice , sur les corps du groupe dont il s’agit. Mais ces tètes existoient encore au temps de Stuart, et l’artiste anglais, qui les vit et les dessina de près, eut bien plus de loisir et de moyens que ses prédécesseurs, pour s’assurer et de cette substitution de têtes, et du fait de la ressemblance, dont parlent Spon et Wheler. Toutefois, il dément formellement leur opinion, sans hasarder la moindre conjecture pour la remplacer. Ce genre de recherches n’entroit point dans les travaux de Stuart. Et puis, qu’auroit pu lui dire alors ce groupe isolé, et séparé de tout l’ensemble dont il avoit jadis fait partie?
Encore aujourd’hui seroit-il fort difficile, vu le manque d accessoires symboliques, d’affirmer à quelles divinités peut être appliqué ce groupe. Si la figure de l’homme barbu peut servir d’indicateur, il sera possible d’opter entre Vulcain, Pluton et Hercule. Je me suis permis, dans ma restauration, d’en faire un Hercule, groupé avec Hébé.
Je serois porté à reconnoitre , dans le groupe suivant, composé d’une femme drappée assise, d’un enfant qui s’appuie sur elle, et d une
4o RESTITUTION DES FRONTONS
autre figure féminine debout, les trois personnages mystiques de Cérès, de sa fille et du petit Iaclius, cet enfant de Cérès, dont il est fait si souvent mention dans les mystères éleusiniens. Je renvoie , sur cet objet, à la dissertation de Freret^, pour y trouver de nombreuses preuves que ITaclius des mystères de Cérès, n’avoit mytliologiquement aucun rapport avec le Bacclius des Grecs. C’est pour mieux expliquer mon hypothèse, que j’ai placé la ciste mystique dans la main de la figure que je suppose être ici Cérès.
Il se pourroit que la figure qui est sur le fond , derrière les chevaux, eût été Mars. Mais, à défaut d’indication suffisante, on peut supposer que c’est simplement l’écuyer de la déesse. Ce qui reste de cette figure dans le dessin de Nointel, sa position et son attitude, semblent se prêter à motiver cet emploi. Toutefois, rien ne permet de la caractériser par un nom particulier.