‹ Monuments et ouvrages d'art antiques, restitués d'après les descriptions des écrivains grecs et latins, et accompagnés de dissertations archaeologiques (volume 2)Chapitre 11 sur 31 · XII. — Côté droit du fronton · texte numérisé non relu

XII. — Côté droit du fronton

Je passe au coté droit du fronton, pour le spectateur, et j’en décrirai les figures, à partir de celle de Neptune.

J’ai déjà dit que le dessin de Nointel fait présumer, par le grand vide à la gauche de Neptune, qu’un objet quelconque devoit l’avoir autrefois rempli. Immédiatement après, vient dans le dessin, une figure assez foiblement indiquée, et un peu trop mutilée, pour qu’on puisse prononcer quelque chose de probable sur ce quelle fut, et sur ce quelle fit dans cette composition. La restauration que j’en donne est également insignifiante, et je n’y attache aucun sens déterminé.

La figure de femme assise, qui la suit, est tout à la fois plus claire à expliquer, et plus facile à restaurer. Il lui manque la tête et seulement la main gauche; mais le reste est entier. Sa draperie légère, qui s entrouvre de côté, laisse paroître à nu la cuisse et la jambe gauches.

(*' Académie des Inscriptions, tome XXIII, page a5 6.

DU TEMPLE DE MINERVE. 4i

Le pied droit repose sur un poisson , qu’on peut supposer être du genre des dauphins Il y a lieu de penser, d’après eet attribut, que la figure est une divinité marine, et l’on peut choisir, ce me semble, entre Thétis et Amphitrite.

Vient ensuite un groupe bien conservé d’une femme drapée, assise un peu plus bas, pour suivre le rétrécissement du tympan. Elle est vue de face, et elle tient deux petits enfants. On ne sauroit guère élever de doute sur son explication. J’y ai vu Latone avec ses deux enfants, et je l’ai restituée selon cette idée.

On ne peut hasarder qu’une interprétation fort arbitraire sur le groupe suivant. Le dessin laisse voir de profil une femme assise toutà-fait à terre, entièrement drapée, dont la partie supérieure semble avoir éclaté du côté gauche , comme par l’effet d’un fil dans le marbre. Cette cassure permet toutefois de soupçonner que la tête de cette femme fut voilée. Sur ses genoux repose, vue de face, la figure d’une jeune fille entièrement nue, moins une petite draperie, qui tombe de la cuisse gauche; ses avant-bras sont cassés. Seroit-il permis de supposer que cette jeune fille seroit Vénus, sur les genoux de Thalassa?

En suivant l’ordre de ces restes de statues, la figure que le dessin indique immédiatement après est trop mutilée, trop insignifiante, pour qu’on veuille essayer de lui donner la moindre dénomination ; je me suis contenté, dans ma restauration, d’en compléter la masse, selon l’indication approximative de son mouvement.

Les deux statues qui terminent de ce côté la série des personnages, sont évidemment composées dans l’intention d’obéir à l’espace, toujours décroissant, du fronton, et c’est pour répondre à la figure couchée de l’autre côté, et que nous avons cru être le fleuve Uyssus,

(0 M. le colonel Leake, qui a voulu voir dans de simples traits de crayon sans forme, des têtes humaines sous les chevaux du char, se refuse ici à croire au poisson si nettement figuré sous le pied droit de cette figure. Il est possible (dit-il) que ce soit une pure invention du dessinateur. Apparemment que cette divinité marine contrarioit son système de naissance de Minerve, commentée par 1 idée de présentation de la déesse aux dieux de l'Olympe.

4s RESTITUTION DES FRONTONS

qu’on a placé ici une femme couchée et drapée , mise par son attitude en rapport avec celle qui la précède, et paroit être d’une nature juvénile. Il 11e seroit pas improbable qu’on eut voulu y représenter Bacchus et Libéra ?

Je ne m’étendrai pas davantage en conjectures, sur chacun des personnages que je viens de passer en revue. De quelque manière qu’on veuille les interpréter, on ne fera jamais que des suppositions gratuites et impossibles à vérifier , pour la plupart. Si l’on veut admettre que les divinités, rangées d’un côté et de l’autre des deux personnages principaux, ont dû l’être ainsi, comme étant du parti de l’un ou de l’autre, après la difficulté de les reconnoltre toutes pour ce quelles furent, viendroit celle de deviner quel lien d’idée mythologique, ou d’opinion religieuse, les unissoit au culte de Minerve ou à celui de Neptune.

Ce que je voulois prouver, je crois l’avoir fait, en montrant par le discours et par le dessin, que toutes ces déités, quelles quelles soient, que Spon et Wheler, selon leur paraphrase du sujet désigné par Pausanias, font assister à la présentation que Jupiter fait de Minerve, ont encore plus le droit d’assister Là , comme constituées juges de la contestation de Minerve avec Neptune.

XIII. — De la restitution purement imaginaire de ce fronton, par Stuart.

Peut-être trouvera- t-on excessif le soin que j’ai pris d’opérer une démonstration, dont l’unique but seroit de relever deux méprises, auxquelles on pourroit n’attacher que peu d’importance, malgré toutes les contradictions qui en résultent. J avouerai que cette contestation est un peu moins sérieuse que celle des deux divinités, puisqu’il s’agit uniquement du nom d’un fronton, et point du tout de donner son nom à une ville.

Toutefois, à part l’intérêt qu’on peut mettre à décider, ce que représente effectivement le sujet contenu dans le fronton, dont le

dessin de M. de Nointel nous a si heureusement conservé l’ensemble, il m’a paru que ce dessin , légèrement tracé , quoique fidèle dans ses masses, ne pouvoit pas avoir la propriété d’en faire deviner l’effet ou l’ensemble pittoresque, surtout à ceux qui n’ont pas appris, soit h lire dans une esquisse ce quelle sous-entend, soit à compléter les figures que le temps a mutilées.

J’ai cru, qu’outre ce que la restauration des figures en litige rendroit de clarté à leur signification, le reste de la composition rétabli approximativement dans des traits plus terminés, pourroit redonner, quant à l’art, quelque idée d’un ouvrage aujourd’hui anéanti, ou inspirer à quelque autre le désir de faire mieux. Une semblable restitution est toujours une sorte de reprise exercée sur le temps et la destruction. On ne sauroit regarder comme perdu, tout effort qui auroit réussi à ressaisir quelques traits d’un des plus beaux édifices de l’antiquité.

J’y ai encore été encouragé par les essais aussi légers qu’inutiles qui en ont été faits. Stuart voulant donner une idée d’un des frontons du Parthénon, ne pouvoit s’appuyer sur rien de positif. Il n’eut, comme on l’a dit, aucune connoissance des dessins de Nointel. « Cependant « (dit-il), d’après les fragments que j’ai vus, et surtout d’après les « descriptions de Spon et Wheler, j’ai essayé dans la planche 6, de « donner une idée de ce que ce fronton pouvoit être dans son état « d’intégrité ; non certes que j’aie eu la prétention de présenter une « restauration bien fidèle de cette partie du monument. J’ai seulement « voulu montrer quel effet devoit produire un si vaste fronton « rempli de sculptures de la plus belle exécution. »

En examinant cet essai de Stuart, on y est d’abord frappé d’une chose, c’est que la composition qu’il a imaginée, soit d’après quelquesuns des restes qu’il vit, soit, comme il le dit, d’après la description de Spon et Wheler, ne peut s’appliquer ni à l’un ni à l’autre des sujets dont Pausanias a donné l indication, et ne convient pas mieux au prétendu commentaire de la naissance de Minerve. On n y voit ni ce sujet, ni la présentation de Minerve par Jupiter, ni sa contestation

avec Neptune. C’est un assemblage purement arbitraire de figures de divinités, où l’on peut encore s’étonner de ne pas trouver les groupes du fronton oriental, qui dévoient y exister au temps de Stuart. Je suis porté à croire que cette restitution fut tracée tout-à-fait d’idée à Londres, loin des lieux et des temps qui auroient pu la mieux inspirer.

Ceci, au reste, ne sauroit devenir un objet de reproche pour Stuart. Il a suffisamment déclaré qu’il n’a voit voulu donner qu’une idée de l’effet d’ un semblable ouvrage.

Je ne dirai pas autre chose non plus. Mais je dois faire observer que j’ai eu sur Stuart l’avantage de la fidélité dans la composition, de la connoissance exacte du nombre des personnages, de leur pose, de leur mouvement, de leur ajustement, de leurs dispositions respectives, enfin d’avoir opéré d’après un dessin tracé sur l’original. Or, ce dessin ne sauroit être suspecté d infidélité ni dans les masses, ni dans les rapports généraux de ses figures et de ses groupes. S’il y a manque de détails, il ny a rien d ajouté, rien de controuvé. Cent autres figures en bas-relief du même monument, comparées et aux dessins de Stuart, et aux originaux en marbre, comme aux empreintes en plâtre qu’on doit à M. le comte de Choiseul, attestent la véracité du dessinateur de M. de Nointel. Je donne enfin les figures de ce fronton, quand Stuart fut obligé de les imaginer.

Il faut encore prévenir qu’il s’est trompé sur la proportion, que le genre de sa composition l’aura probablement induit à donner au fronton qui la renferme. Lui-même nous fournit la preuve, dans les mesures dont il a si bien accompagné chaque partie de l’ordonnance de cette architecture, que le fronton dont il s agit est trop surbaissé. Il a trouvé ioi pieds (anglois) , dangle en angle, à la marche supérieure du frontispice du temple . Or, pareille mesure d’angle en angle pour 1 architrave. Cette mesure est encore celle qui résulte de 1 addition des mesures partielles, sur son dessin, tant des diamètres des colonnes, que de leurs entrecolonnements. Mais la mesure qu’il donne en hauteur, au tympan de son fronton restauré, est de 1 1 pieds

6 pouces (anglois). Si donc, ouvrant le compas sur cette mesure de n pieds 6 pouces , on la porte sur la largeur du temple , on trouvera à celui-ci 116 pieds de large au lieu de ioi. Preuve que le tympan du fronton restauré est surbaissé, dans le dessin de Stuart, de plus d’un pied.

Je dirai, dans la troisième partie, pourquoi Stuart fut ainsi porté à changer la mesure du fronton en hauteur, pour l’accommoder à sa composition.

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