‹ Monuments et ouvrages d'art antiques, restitués d'après les descriptions des écrivains grecs et latins, et accompagnés de dissertations archaeologiques (volume 2)Chapitre 12 sur 31 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

XIV. — Témoignages des voyageurs sur les changements survenus dans le temple

converti en église.

J’ai déjà eu occasion de dire et de montrer comment et pourquoi le pronaos du coté oriental, par lequel on entroit jadis dans le temple, avoit été détruit. Le petit plan de l’édifice, par Fanelli {y. pl.I,flg.2), nous fait voir, ce que Spon et Wheler disent aussi W, que les chrétiens, pour faire une église selon les rite$ des premiers temps, durent construire, à l’extrémité de la nef, ce que nos voyageurs appellent un chœur, ce que nous appellerons une apside ou hémicycle. Cette notion est trop précieuse pour que je ne cherche point à l’appuyer de tous les témoignages que l’on connoit moins, et qui se rapportent aux questions à résoudre.

Cornelio Magni, qui visita la Grèce peu de temps après Nointel, après avoir, dans une lettre datée d’Athènes, i5 décembre 1674,

(0 Tome II, page i52.

qG RESTITUTION DES FRONTONS

fait mention des détails et donné les mesures du Parthénon , dit en propres termes : «Au bout de l’édifice, les Grecs ajoutèrent, « selon l’usage de leurs églises, un chœur avec un Sancta Sanctorum , « qu’ils appellent Aiodima, et un demi-cercle avec plusieurs degrés, « pour les cérémonies pontificales, mais le tout aujourd’hui est con- « verti en mosquée, etc. »

Dans les Lettres mémorables du recueil d Antoine Bulifone, nous en trouvons une écrite par un capitaine de l’armée vénitienne, à un de ses amis, en date du 8 juin 1688, qui contient quelques détails sur 1 enlèvement des chevaux et du char de la Victoire, et sur la chute qui en occasiona 1 entière destruction. L’auteur de la lettre fait mention, en décrivant le temple changé en église « de coupoles dont les som- « mités se composoient de mattoni amusaico. Une bombe ( ajoute-t-il ) « tomba sur une de ces coupoles. Le temple en fut tout ruiné, et « beaucoup de statues, de coupoles et de colonnes furent réduites en « poussière » Il n’est pas aisé de se rendre un compte exact de ce récit. Ne seroit-il pas possible de réduire ces notions de coupoles cà la voûte de 1 apside, bâtie en briques, et peut-être ornée de mosaïque ? Les Grecs n auroient-ils pas pu aussi élever, en avant de l’hémicycle, une petite coupole ?

Ces renseignements, trop peu exacts pour qu’on cherche à se faire une juste idée des changements survenus dans l’intérieur de la nef du Parthénon , s’accordent tous cependant , avec le petit plan de Fanelli, à nous faire voir l’extrémité orientale du naos et le pronaos du temple, comme ayant fait place à une construction tout -à- fait nouvelle, et appropriée aux usages du christianisme.

L énorme brèche que nous voyons avoir été faite dans le milieu

(’J A capo di questa machina fu aggiunto da Greci un coro , ail' uso delle loro chiese , con un Sancta sanctorum da essi addimandato Ajodima, c un senti circolo di molti scaglioni per le qfjiciature pontijicali : ma oggi resta tutto convertito tti una moschea, Cornel. Magni. Ibicl. tom. II, pag. 498.

G) Jn alcuni luoghi per ornamento vi erano alcune cupole , di cui estremita se componevano di mattoni a musaico. In una di queste cupole cadde la bomba } ecc. Le/teie memorabili... raccolte da Antonio Buliione. Raccolta seconda.

du fronton oriental doit dater de cette construction : elle ne fut pas produite par les bombes du siège de 1687, puisque nous la trouvons dans les dessins de Nointel, faits en 1674* Cette perte du milieu de ce fronton, où résidoit sans aucun doute le sujet principal de sa composition , fut donc encore une cause de l’erreur où tombèrent tous les voyageurs, privés du parallèle que leur auroient fourni les deux sujets, si leurs frontons se fussent présentés à eux dans un état égal de conservation.

J’aurois sans doute éprouvé, pour contredire leur sentiment, la même difficulté, si je n’eusse trouvé, dans tout ce qui précède, les preuves que le côté occidental n’a pas pu être le côté d’entrée du temple. Maintenant que la preuve, tirée de la vue même du sujet placé du côté de l’orient, ne m’est plus nécessaire, je pourrois m’abstenir de toute hypothèse sur la manière dont la naissance de Minerve auroit pu y être figurée. Si je m’y hasarde, ce n’est pas sans doute, dans la vue de réparer l’irréparable perte des sculptures orientales du fronton, très-anciennement détruit, dans sa plus importante partie : c’est uniquement pour mieux faire comprendre cà l’esprit et aux yeux, par une représentation très-authentique de la naissance de Minerve, et comment ce sujet, exprimé en sculpture, pouvoit être rendu sensible dans le fronton de l’orient, et comment il n’est ni rendu sensible, ni le moins du monde exprimé dans le fronton occidental.

XV. — Gomment la fable de la naissance de Minerve est racontée par les mythologues.

Tous les poètes et écrivains de l’antiquité sont d’accord sur le mythe de la naissance de Minerve. Il n’existe de différences entre leurs récits, que sur le nom d’un des acteurs de cette fable.

« Jupiter (dit Apollodorew ) voulut jouir aussi de Métis, qui prit

(l) Apollod., liv. I, chap. 3.

« toutes sortes de formes pour se soustraire à ses poursuites. Etant « devenue enceinte, elle lui prédit qu’après la fille dont elle alloit « accoucher, elle auroit un fils qui seroit le maître du ciel. Dans la « crainte de cet événement , Jupiter l’avala , tout enceinte qu elle « étoit. Le terme de l’accouchement étant arrivé , il se fit fendre la « tète par Prométhée, ou, suivant d’autres, par Vulcain, et Minerve « en sortit tout armée, auprès du lac Tritonide. »

Je ne me propose ni de commenter cette fiction mythologique , ni d’en expliquer le sens allégorique. Il me suffit d’indiquer le texte du sujet de notre fronton , et de faire remarquer que le fait, tel qu’Apollodore le rapporte , fut raconté de même par Hésiode , dans sa Théogonie; par Pindare; par Euripide, avec la variante de Prométhée au lieu de Vulcain.

Les origines ou naissances mythologiques des divinités formoient , si l’on peut dire, le fonds des croyances païennes, et la théogonie, source de toutes les fables, étoit en quelque sorte l’élément de la Religion. Rien ne fut plus fréquent, dans les ouvrages de l’art, que ces représentations théogoniques. Sur la base de la Minerve, placée par Phidias ^ dans l’intérieur du Parthénon , ce statuaire avoit figuré les naissances de vingt divinités (vigenti dii nascentes'). On y voyoit entre autres celle de Pandore ( Pandoras genesin ). Ne fut-il pas fort naturel au même Phidias, chargé des sculptures du Parthénon, de choisir pour sujet à représenter, dans le frontispice principal du temple, la naissance de celle qui en étoit la divinité ?

Comment peut-on maintenant supposer que Phidias, qui devoit connoître la fable merveilleuse de cette naissance, dont les détails théogoniques sont encore aujourd’hui connus de tout le monde, n’en auroit pas fait son principal sujet, et ne l’auroit pas figurée, sous les traits qui dévoient la rendre sensible aux spectateurs ? On avouera en effet que les adorateurs de Minerve , pour qui la merveille de sa

M Pline, liv. XXXVI, chap. 5.

naissance étoit un article de foi, ne se seroient jamais prêtés, aussi complaisamment que Spon et Wheler, à trouver l’histoire de l’accouchement de Jupiter, chanté par tous les poètes, dans le sujet de la présentation de sa fille , dont personne n’avoit jamais fait mention.

On me demandera peut-être comment le fait de l’accouchement de Jupiter, et de la naissance de Minerve tout armée, sortant de son cerveau, a pu être rendu dans le fronton que je soutiens avoir dû renfermer ce sujet. A cela, je pourrois me borner à répondre que cette question est étrangère à mon objet, si, outre la considération dont j’ai déjà parlé, je ne trouvois sur un monument fort antique le fait dont il s’agit, traité selon tous les textes mythologiques, et traité d’une telle manière, qu’il me semble qu’on ne peut rien imaginer de mieux, pour occuper le milieu du fronton. (Voy. pl. III, fig. 4-)

XVI. — Patère étrusque où est figurée la naissance de Minerve.

On voit à l’Institut de Bologne une patère étrusque, rapportée par Dempster W, par Goriw, commentée par Foggini et dont Lanzi(4)a expliqué les inscriptions. Elle représente la naissance de Minerve qui sort de la tête de Jupiter. La déesse a le casque en tête , le bouclier au bras et la lance en main. Jupiter est assis, tenant d’une main le sceptre, en forme de haste, et de l’autrç la foudre. De chaque côté du dieu, se trouve une femme. A sa droite est celle qu’on reconnoît pour Diane, Junon ou Lucine , qui tient ses deux bras élevés, et semble, par l’action d’une de ses mains, favoriser la sortie du fruit de l’enfantement merveilleux. A la gauche de Jupiter on s accorde a voir Vénus, que son costume à demi nu, le myrtlie et l’oiseau (ou la coco Etrur. Régal., tom. I, pag. 78.

(2) Mus. Etr., tab. 120.

(3) Dissertazioni Cortonesi, tom. 2, pag. y3.

M Saggio di lingua etrusca, tom. 2, pag. 19 1.

lombe) désignent assez. Derrière Junon-Lucine, est Vulcain, encore armé de la hache qui a ouvert le crâne du dieu, et il semble contempler avec admiration le succès de son opération.

Je ne m’arrêterai point à commenter cette composition. Elle l’a été très-doctement par Foggini, et Lanzi n’a fait qu’ajouter, à l’évidence du sujet représenté, la certitude des noms de chaque personnage, noms écrits en caractères étrusques. Le savant antiquaire, comme l’on sait , a retrouvé la clef de cette écriture , et en a montré la ressemblance avec celle de l’ancien grec. Ce fut effectivement de la Grèce que lEtrurie paroît avoir tiré les éléments du plus grand nombre de ses arts, mais bien certainement des sujets qu’ils traitèrent ; et la fable de la naissance de Minerve en est une preuve incontestable.

XVII. — Du dessin de cette patère dans son application au fronton du Parthénon.

Si l’on veut maintenant examiner le sujet tracé sur la patère étrusque, il me semble qu’il peut donner matière à plus d’une considération.

Il faut remarquer d’abord qu’il en fut de l’art de dessiner en creux, sur ce qu’on appelle des patères , à peu près comme de celui des ligures tracées sur les vases de terre cuite, beaucoup trop généralement appelés étrusques. Ces différents objets doivent être considérés comme des produits d’une industrie manufacturière. Quelque degré de capacité qu on veuille supposer aux artistes employés à multiplier ces sortes de travaux, on ne sauroit leur accorder le mérite d’invention, de composition, de ce qui constitue enfin la pensée originale dun très-grand nombre de sujets, que leurs ouvrages nous présentent. Il est bien probable que les fabriques avoient jadis, comme les nôtres aujourdhui, un fonds de ligures, de compositions, de scènes détachées, prises sur d’anciens originaux, sur des tableaux célèbres; que tous ces dessins formoient des types, qu’on copioit avec plus ou moins

DU TEMPLE DE MINERVE. 5i

de fidélité, et qui avaient pu, en se perpétuant, conserver des espèces de patrons de la plus antique manière de dessiner dans les écoles primitives.

Ainsi s’expliqueroit cette excessive différence de goût de draperies, de style , de dessin et de physionomies , qu’on trouve entre les peintures de deux vases contemporains, pour le galbe, la forme, la matière, le vernis, le travail, et trouvés dans le même tombeau, mais cependant séparés, dans leur style et leur composition, par l’espace de plusieurs siècles.

Pareille anomalie de style se rencontre sur les patères étrusques. Quelques-unes s’annoncent par une apparence de manière sans art, ou antérieure à tout art, à toute vérité imitative. D’autres, au contraire, offrent des compositions, des formes, des attitudes, des mouvements et des contours qui indiquent ou l’époque d’un art plus avancé , ou la copie d’originaux faits par les meilleurs artistes.

Dans cette dernière catégorie, il me paroît qu’on doit ranger le dessin, gravé sur cuivre, de la patère où se trouve la scène de la naissance de Minerve. Composition générale , agencement du groupe, caractère des têtes, style des draperies, costume des figures, pose et attitude de Vulcain, rien ne rappelle cette manière guindée, fausse et malhabile des contours, des draperies symétriques, cette absence de vérité, cette roideur gauche, cette affectation de tout montrer de profil, signes incontestables d’ignorance, et qui décèlent l’àge des premiers essais de l imitation chez tous les peuples.

Si le goût de dessin et de composition de cet ouvrage nous eût offert ces traits du style primitif, qui, tant en Italie qu’en Grèce, précéda, dans un laps de plusieurs siècles, l’époque de Phidias, on pourroit supposer que 1 idée de cette représentation de la naissance de Minerve, sur un instrument de sacrifice, sans doute en usage dans le culte de cette déesse, auroit pu se répéter, et, après s être multipliée sous les mêmes formes, comme tous les objets consacrés par

la religion, auroit suggéré au sculpteur du fronton dont il s’agit,

üntention générale de son sujet.

Mais il en est autrement. La composition, l’ajustement, le dessin de cette scène tracée sur cuivre , témoignent évidemment d’un âge où les arts de l’Etrurie, quoique restés, par plus d’une raison, dans un grand état d’infériorité, h l’égard de ceux de la Grèce, en avoient toutefois reçu quelque reflet, et avoient perdu de leur première roideur. Il sera donc permis de croire que les grandes et célèbres compositions du Partliénon d’Athènes, furent plus ou moins reproduites en dessin, et que quelques-uns de ses sujets devinrent les objets d’une imitation libre, pour plusieurs de ces arts subalternes, qui, dans tous les temps, vivent aux dépens des genres supérieurs.

Il seroit alors probable que la patère étrusque auroit été, ce qu’on peut appeler une réminiscence du fronton de Phidias.

Dans tous les cas, et sans pousser plus loin ces conjectures, on trouvera, ce me semble, par la comparaison facile à faire du dessin de la patère ^ avec le sujet à sculpter dans un fronton, que la partie du milieu de ce fronton, vu son élévation, et l’exhaussement tout naturel de son angle supérieur, présentoit, à la composition que j’y restitue, l’emplacement le plus favorable. Minerve s’élevant au-dessus de la tète du dieu , y auroit été placée précisément sous l’angle ; et rien n’eùt été plus facile que l’exécution de ce groupe, surtout lorsqu on sait que les figures de ces frontons, au lieu d’être sculptées en bas-reliefs, pris dans la masse de la matière qui leur sert de fond, étoient toutes des statues travaillées isolément , susceptibles d’être posées de même, et rapprochées les unes des autres, pour former l’ensemble de la composition générale W.

(0 Voyez planche III, fig. 4 et fig. i.

(2) On en a déjà dit un mot ci-dessus, partie II, page 3y.

XVIII. — Du genre de sculpture dans lequel furent exécutés les frontons du Parthénon.

Ce fait , relatif à l’exécution des deux frontons , est important à constater, parce qu’il nous apprend quel fut l’esprit qui dut présider à leur composition , et aussi dans quel esprit il faut aujourd hui en juger.

La découverte qu’on vient de faire, au milieu des ruines du temple d’Egine, des statues nombreuses qui s’y étoient conservées, dans l’état d’une mutilation plus ou moins grande, nous offre l’exemple le plus applicable aux figures des frontons du Parthénon. Les statues Eginétiques sont en trop grand nombre, pour qu’on puisse supposer qu elles ne servirent d’ornement qu’aux acrotères des frontons. La diversité de leurs poses, et celle même de leurs dimensions, exclueroient cette hypothèse. D’après le peu de descriptions que j’ai dues à M. Fauvel, il m’est prouvé que ces statues avoient été composées pour suivre, dans leurs attitudes, les pentes des frontons ou la diminution progressive de leurs tympans.

Cette notion, bien authentique, m’ayant fait soupçonner, que les frontons du Parthénon avoient de même été peuplés de figures en ronde-bosse, et l’enlèvement du char delà Victoire avec ses chevaux, m’ayant encore confirmé ce système de décoration, j’en ai trouvé la preuve écrite dans les relations des voyageurs.

En effet, Spon et Wlieler l’avoient dit, bien que personne ne l’eût remarqué: « Le haut de la façade (je rapporte leurs paroles), que les « Grecs appellent l’aigle, et nos architectes le fronton, est chargé d’un « groupe de belles figures de marbre, qui paroissent, d’en bas, grandes « comme nature. Elles sont de relief entier, et merveilleusement bien « travaillées. » Et plus loin, ils disent: « A la droite est une statue, ‘ qui a 1 a tête et les bras mutilés, habillée jusqu’à mi-jambe. »

La lettre déjà citée {yoy, plus haut, page 46), d’un capitaine de l’armée vénitienne, après avoir fait mention du dégât occasioné au

RESTITUTION DES FRONTONS temple de Minerve, par la chute des bombes, termine en ees termes: E sf rage licite in minutissima polvere restarono moite statue , ecc.

Fanelli , en parlant de ees figures , les appelle des statues : folta saluera di statue ( pag. 3 1 8 ) W.

Il doit résulter de ces notions, que l’art d’ordonner les sujets d’un fronton, au moyen de statues alignées sur sa base, comportoit on ne peut pas moins l’idée d’un ensemble de composition, ou tous les mouvements des personnages, toutes les actions doivent tendre et concourir , avec plus ou moins d’évidence , à un centre commun , c’est-à-dire au développement d’un seul fait, ou du sentiment unique qui les rassemble. Mais il est sensible encore que plus un fronton aura détendue en longueur, plus il sera difficile d’établir un tel accord ; accord que la peinture seule pourroit réaliser par la variété des plans, et par la profondeur des espaces qu elle se procure.

L ordre dorique, vu l’énergie de son caractère, et la grande saillie de ses formes et de ses profils, dut être très-favorable au système de décoration des frontons par des statues. Ainsi, au temple de Minerve, la profondeur du fronton étoit de deux pieds et demi, reculée plus que suffisante, pour recevoir des statues de ronde-bosse dans quelque position qu’elles fussent. Le sculpteur, obligé aussi de conformer les saillies de ses figures à celles des membres de l’architecture , dut préférer l’usage de la ronde-bosse à celui d’un relief très-saillant, qu il eût fallu faire et tailler sur place , à même la masse d’un tympan bâti en marbre. La construction de celui des frontons du Partbénon ne se seroit pas prêtée à cet usage. Nous avons vu que son tympan a voit été revêtu en dales de marbre.

Si donc on veut se représenter une ligne de quatre-vingts pieds de longueur en statues, et nécessairement (à quelques exceptions près)

(') Ces notions ne peuvent plus aujourd’hui être l’objet du moindre doute. Les statues d’Égine, transportées et restaurées à Rome, doivent orner le Musée de Munich. Les restes des statues retrouvées sur les frontons du Parthénon ont été transportés, par mylord Elgin , à Londres, et font l’ornement du Musée Britannique.

sur le même plan, on concevra qu’il 11e put y avoir lieu de la part de toutes ces figures, à être mises en rapport avec le sujet placé au centre. Aussi, comme nous l’avons déjà dit, cette prétention ne paroît point être entrée dans les données des compositions de Phidias.

La sujétion imposée par la forme du cadre où les figures étoient renfermées, avoit dû offrir au compositeur une autre difficulté, qu’il sut vaincre ou éluder avec assez d’adresse. On voit en effet que le tympan d’un fronton est un espace triangulaire, dont la superficie offre un fond qui va toujours en se rapetissant, depuis l’angle du sommet jusqu’aux angles inférieurs. Si les statues appliquées contre ce fond dévoient, par leur proportion, en suivre la diminution progressive, on verroit, dans cette suite de figures décroissantes, une inégalité de mesure, tellement disparate, que l’aspect d’un tel ensemble deviendroit ridicule.

L’art, dans la disposition de ces figures, consista donc à y ménager, à quelques variétés près, un certain moyen terme de mesure et de proportion, ce qu’on obtint, en plaçant les personnages, selon la hauteur qu’ils dévoient occuper, dans une disposition, et avec une attitude qui permissent de les subordonner à l’espace donné. Ainsi, après ceux qui sont debout, dans la région la plus élevée du milieu, on en voit qui sont assis plus haut, d’autres plus bas, d’autres sont agenouillés, comme aux frontons d’Egine, comme la figure prise pour Sabine, dans le fronton occidental du Parthénon ; d’autres sont vus assis tout-à-fait à terre, d’autres sont couchés, dans des poses plus ou moins allongées. Tel est, à un des angles inférieurs du fronton occidental, le personnage que nous avons cru être le fleuve Uyssus; telle la figure de femme qui occupe, dans la même posture couchée, l’angle inférieur correspondant à celui de lTlyssus. C’est faute d’avoir pu connoître ce système de décroissance des statues, par leurs poses, que Stuart s’est vu obligé, dans la représentation arbitraire de son fronton, d’en abaisser le sommet, pour ménager à ses figures des dimensions moins inégales.

RESTITUTION DES FRONTONS Les restes du fronton oriental, qu’a fait dessiner M. de Nointel, sont précisément ceux des figures qui en oecupoient les régions les plus proches des deux angles inférieurs. Aussi voyons-nous ces espaces remplis par des statues, ou des groupes de personnages d’une grande et belle dimension, mais assis fort bas, agenouillés ou couchés. Les deux angles inférieurs, dans leur plus étroit espace, renferment des têtes de cheval , dont la hauteur est parfaitement assortie au local ; mais les dessins de M. de Nointel ne sauroient nous expliquer la raison morale, qui les a fait placer en cet endroit, c’est-à-dire le sujet qu’elles expriment. J’ai assez annoncé que je ne m’étois proposé de commenter et d’expliquer ces frontons, que sous le rapport des deux méprises occasionées par la fausse interprétation du sujet renfermé dans le fronton occidental, et par les changements que le temple avoit subis. Je laisse à d’autres le soin d’établir quelques conjectures, sur les figures de divinités, dont le crayon du dessinateur de M. de Nointel nous a conservé les esquisses.

Page 1