III. — Casque et tète de la Minerve
Afin de conserver quelque ordre dans l’analyse de cette statue , je commencerai par son sommet, et je parcourrai, toujours en descendant, les diverses parties de son ensemble. Il y a encore une autre raison pour procéder ainsi : il nous est en effet parvenu quelques gravures antiques, oû se trouve représentée une tête de Minerve, dont le casque et l’ajustement ont des points de rapprochement trèssensibles, avec les descriptions de l’ouvrage de Phidias. Or, rien n’est plus propre que ce rapprochement, à nous mettre, dès l’entrée de cette recherche, sur la voie qui peut conduire à la connaissance
0) En supposant un plafond horizontal.
Où Voyez ibid. Jupiter Olympien.
du type spécial, et du caractère d’ajustement distinctif de la Minerve dont il s’agit de retrouver l’idée.
Quelques savants et judicieux critiques ont déjà aperçu le rapport qui existe, entre la tète casquée de la Minerve du Parthénon, telle que l’a décrite en partie Pausanias^, et celle d’une gravure antique, dont le baron de Stosch a donné la copie, pl. XIII, de ses Gemrnœ antiquœ cœlatœ. M. l’abbé Barthélémy, dans sa table de l’évaluation des monnoies d’Athènes^, avoit commencé à rapprocher les points de similitude, qui se laissent apercevoir, entre la pierre gravée d’Aspasius, donnée par Stosch , les tetradraclimes du second coin d’Athènes , et quelques détails de la description de Pausanias. On ne sauroit dire si Stoscli avoit saisi réellement les traits de ressemblance de la gravure d’Aspasius qu’il commente , et de la Minerve de l’Acropolis d’Athènes qu’il cite, tant sa citation est incomplète et fautive (3à Eckel paroît, dans son commentaire sur ce buste de Minerve, avoir eu l’intention du même rapprochement^. Mais M. Levesque, dans la première excursion de sa traduction de Thucydide, sans avoir eu connoissance des conjectures précédentes, a établi le parallèle des deux tètes en question, et l’a porté à un degré de vraisemblance, qui nie dispensera de produire d’autres preuves à cet égard, que la confrontation de la pierre antique avec les paroles de Pausanias. (/A pl. II, fîg. 3. )
Un sphinx (dit-il) est sur le milieu de son casque , et de chaque côté de celui-ci sont exécutés des griffons, pwco t*sv ovv *7n*urcti oi tco xp ave/ 2<piyyoç eixcov . xcit exarepov ch tu xpctvsç ypvn ttw; avtv t7rapyc&(rpevoi
Si maintenant on compare à ce texte, soit la pierre gravée d’Aspasius, soit le tetradrachme d’Athènes, il est certain qu’on y trouve une très-grande conformité, dans ce qui doit s’appeler le style et
(0 Liv. I, chap. 24.
(2) Anacharsis, tome 7, i)age 282.
''•*) V oyez page 17, planche XIII.
(4) Choix de pierres gravées du cabinet impérial, planche XVIII, page 45. C5) Liv. I, chap. 24.
l’ajustement du casque. Une difficulté reste cependant, lorsque Ton cherche une parfaite identité en ce genre. En effet, la gravure de la pierre dAspasius, par Bernard Picart, et qui en développe en grand les détails, nous fait apercevoir sur ce casque plus d’objets que n’en contient notre description, et laisse quelque incertitude sur la position des griffons. On y voit, à la vérité, le sphinx placé au milieu du casque, et qui en supporte la principale aigrette. Rien de plus d’accord avec Pausanias. Ce casque est du genre de celui des Taxiarques, qu’Aristophane^1) nous apprend avoir eu trois aigrettes (Tpuç Ào<p«ç g^omç), et chacune des aigrettes secondaires ou collatérales, y est soutenue par une ligure de cheval ailé. On observe la même disposition d’aigrettes et de supports, sur les tetradrachmes du second coin d’Athènes; en sorte que la chose paroissant avoir été d’usage, l’on peut dire que de chaque coté du casque de la Minerve du Partliénon, il y avoit un animal ailé. Mais, sur la pierre gravée de Stosch, le casque a une oreillette relevée de chaque côté, et sur cette oreillette est encore gravée une autre espèce d’animal ailé, ou de griffon. Ici donc, lorsqu’on rapproche le récit de Pausanias de la pierre d’Aspasius, s’élève cette triple question : Pausanias a-t-il entendu par les deux côtés du casque, le double endroit qu’occupent, au haut de ce casque, à droite et à gauche du sphinx, les deux animaux ailés, qu’il appelle griffons; ou bien, ayant omis ces objets toutefois beaucoup plus considérables, a-t-il fait mention par les mots, des deux côtés , de ce que nous appelons les oreillettes? Y avoit- il, comme sur la pierre d’Aspasius, de petits griffons ailés? Ou bien encore le graveur Aspasius a-t-il mis sur sa pierre, plus d’objets que l’on n’en voyoit sur le casque de la Minerve du Partliénon ?
Cependant le tetradrachme d Athènes passe, et avec assez de vraisemblance, pour avoir présenté dans son type, une image quelconque de la Minerve du Partliénon; et cà tous égards, l’autorité de son
1 Vristopli., com. de la Paix , intermède II du chœur à la fin de l acté.
analogie est plus puissante clans cette matière, cpie celle de la pierre d’Aspasius. Puisqu’on y voit aux deux côtés du sphinx deux animaux ailés, supportant les secondes aigrettes, il doit paroître vraisemblable que le même ornement existoit aux mêmes endroits du casque de la statue de Phidias, et que c’est de ces animaux ailés, placés là, que Pausanias a parlé.
Au reste plus de discussion sur ces détails, ni ne conduiroit à la solution de cette légère difficulté, ni ne profiteroit à l’objet principal de cette recherche. D’une part, les ouvrages que l’on compare à la description de Pausanias, ne doivent, pas plus que leur description, se donner pour des répétitions fidèles de leur original; et d’autre part, comme je l’ai déjà dit, il s’agit plus ici de constater le genre du casque et le style de la tête de Minerve, que de déterminer, avec précision, le nombre et la place rigoureusement certaine de chacun de ses accessoires. Or, il y a dans les rapprochements qu’on vient de voir, plus que n’en exige la critique du goût, pour nous mettre à même d’affirmer que la tête de Minerve , décrite par Pausanias, étoit coiffée d’un casque, absolument du même genre que ceux du tetradraclime d’Athènes, et de la pierre gravée d’Aspasius.
Dès lors on peut assurer que l’espèce du casque donné par Phidias à sa Minerve étoit, de toutes celles que l’on connoit, la plus riche et la plus travaillée. Cette sorte de casque, dont plusieurs statues nous ont aussi conservé de fidèles représentations, offroit une multitude d’ornements divers. Outre le sphinx, et les deux animaux ailés qui occupoient, sous le panache et les deux aigrettes, la partie supérieure du casque, il y avoit sur la circonférence du front, une rangée de chevaux en relief, et vus de face, au nombre de huit. Les oreillettes relevées, de manière à découvrir l’oreille, recevoient aussi des figures, et toute la partie du derrière de la tête, ainsi que celle qui embrassoit le col par derrière, étoit travaillée en forme d’écailles.
Je ne sais, mais il me semble que quand les paroles de Pausanias
n’auroient pas donné à connoitre la forme, le goût et le genre d ornement du casque adopté par Phidias, l’espèce seule et le caractère de sculpture appliqué à cet ouvrage, nous auroieut induits à présumer, que le style de la pierre d’Aspasius, étoit celui qu’il couveuoit de lui affecter. Qui ne voit que ce style, ainsi que celui du tetradrachme d’Athènes, appartiennent spécialement à cette branche de la sculpture, dans laquelle l’artiste, procédant par des moyens plus variés, plus composés , et mettant en œuvre le luxe des métaux et des matières précieuses, se trouvoit naturellement porté à multiplier les accessoires, les détails et les richesses?
Si donc, comme cela paroit probable, Aspasius fit une répétition, en petit, de la Minerve du Partliénon, dans le buste, dont on voit ici la gravure^1), il me semble que l’on ne doit attribuer à aucune autre cause ce luxe de parure , et cette multiplicité d’ornements ; et je ne crois pas qu’il soit nécessaire de supposer, comme l’a fait le baron de Stosch, que cette tète représente une divinité pentbéïque. Ainsi les pendants d’oreilles qu’on y voit, eu manière de grappe de raisin, ees colliers dont les grains ont la forme dTm gland, purent exister de même dans la Minerve de Phidias, et le tetradrachme dont on a parlé, contient des indications à peu près semblables.
Nous n’avons aucune autorité sur la matière dont fut fait le casque de Minerve, mais tout porte à croire que ses ornements furent en or, se détachant sur un autre métal, ou sur un métal d’une autre teinte. Probablement aussi la tète du sphinx fut d’ivoire.