‹ Monuments et ouvrages d'art antiques, restitués d'après les descriptions des écrivains grecs et latins, et accompagnés de dissertations archaeologiques (volume 2)Chapitre 17 sur 31 · X. — Ornements du bouclier · texte numérisé non relu

X. — Ornements du bouclier

Le bouclier de la Minerve du Parthénon étoit devenu célèbre dans l’histoire, sous plus d’un genre de rapports étrangers à l’art. Mais il paroit à cet égard, encore, n’avoir pas joui d’une moindre réputation. Nous avons sur l’estime que les artistes des âges suivants lui portèrent, un témoignage d’une espèce qui sans doute ne fut pas rare dans l’Antiquité, mais dont il n’est pas fort commun de trouver la preuve authentique, parmi le peu d écrits qui nous restent sur ces matières. Je veux dire que ce bouclier fut imité et copié par les statuaires postérieurs , dans des monuments, sans doute du même genre.

A vingt stades d’Elatée on trouvoit, selon Pausanias, le temple de Minerva Cranea , et le simulacre de la déesse étoit de la main des fils de Polyclès. Il paroit qu’ils l’avoient représentée dans un tout autre ajustement, que celle du Parthénon; car elle étoit (dit l’écrivain) habillée en guerrière, iv-Mvao-fMvov açev Ainsi ce n’étoit pas une copie.

Cependant les auteurs de cet ouvrage empruntèrent à Phidias le bouclier de leur Minerve. K eu i7ni^yct<pai tu eta‘<mS‘i to AÜmm yu^uiict itu tu ctcnAi tuç xaAVumç ctvro AÜuveticov Uaflivu. Imitatio ex Clypeo Miner vœ quœ vocatur Athenis Virgoft. Polyclès, selon Pline, florissoit dans la cent deuxième olympiade; il est probable que ses bis auront appartenu à la période suivante, dont Pline a fixé le plus grand éclat vers la cent dixième olympiade. Ainsi cette copie aura été faite un siècle après Phidias.

Le bouclier de la statue du Partbénon dut avoir, d’après la position que nous lui assignons, à peu près quinze pieds de hauteur. Il étoit orné de bas-reliefs sur ses deux surfaces, dont l’une étoit concave et l’autre convexe. Sur la première étoit représenté le combat des Dieux et des Géants; on voyoit à la surface extérieure la guerre des Amazones. Scuto ejus , dit Pline, in quo Amazonum prœlium cœlavit, intumescente arnbitu parmœ ejusdem concavâ Deorum et Gigantum dimicationem W. Je ne m’occuperai ici, ni de commenter ces sujets qui font été tant de fois par les antiquaires, ni même d’en rechercher la liaison avec le sujet principal. Quant à la guerre des Dieux et des Géants, on sait que Minerve y joua un des premiers rôles, et sans doute le statuaire lui donna sur son bouclier une place distinguée. On comprend moins le rapport qu’avoit la guerre des Amazones avec Minerve, quoiqu’on en aperçoive un très -naturel entre ces femmes guerrières et la déesse de la guerre. Au reste , c’étoit le sujet favori des Athéniens, et ce sujet fut aussi tellement favorable à la sculpture, qu’on pourroit soupçonner les artistes de l’avoir accrédité avec prédilection.

Mais je l’ai dit, je m’occupe de ees objets, moins sous le point de vue de l’érudition , que sous celui de l’art et de la disposition. Il m’a donc semblé , que les deux combats n’avoient pu être sculptés et traités qu’en manière de frise, laquelle régnoit tout alentour de la cir-

(0 Pausanias, liv. X, chap. 34.

W Pline, liv. XXXVI, cliap. 5.

conférence intérieure et extérieure du bouclier. C est de cette façon

qu’est figurée dans le dessin que je présente , une partie du combat des Dieux contre les Géants. Je dis une partie, parce que le dessin ne permet pas d’en montrer davantage. D’ailleurs, dans l’original même, ce côté dut être aussi interrompu par la statue et ses draperies. Il n’y eut que le côté extérieur dont la totalité put être embrassée par le spectateur. ( Voyez pl. III.)

Ce fut aussi le côté le plus célèbre , et c’est à lui que se rapportent les diverses anecdotes qu’on a citées , et quelques autres traits , que les écrivains nous ont conservés. J’ai déjà rapporté ù) le passage d’Aristote, où il est question du portrait que Phidias avoit fait de sa figure , parmi les personnages de cette composition. La proportion de ceux-ci dut être au moins de deux pieds et demi, d’où l’on peut conclure que l’on devait y saisir facilement les traits qui constituent la ressemblance. Aussi le portrait de Phidias n étoit pas le seul qu’on y reconnut. Plutarque nous apprend que l’artiste y avoit introduit celui de son protecteur. Le statuaire s'étoit représenté sous la forme d’un vieillard chauve, qui de ses deux mains tenoit une grosse pierre élevée. (Voyez pl. III ces deux figures empruntées d’un vase grec peint représentant le même sujet.) Quant à Périclès, il étoit vu aux prises avec une Amazone. Son bras étendu et armé d’un javelot, déroboit une partie de son visage. Mais ( dit Plutarque ) la précaution même employée pour dissimuler sa ressemblance , étoit précisément ce qui la faisoit remarquer de toutes parts. (C’est ainsi que je traduis ce ce passage, qu’on a toujours trouvé obscur, et qui me paroit avoir été mal compris ) . ... %at th IleçiKÀeuç eiYOva. 7rot,yYctXvv evsQ une (xa^o/uivov 7rçGç A/jiciÇovct- T 0 ch (TXïifici tyiç xaçoç clvcltuvu crvç £oçv ttpo thç ofieoç tu n içntteuç 7ri7roiY)-

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Figura manus attollentis hastam prœfacie Pericles artificïose facta fuit quasi tegere vellet similitudinem undique perspicuam <2\

(0 Voyez ci-dessus.

(3) Plut, in Pericl., tomel, page 169.

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Ce passage signifie donc, que Phidias n’osa pas faire ouvertement le portrait de Périclès. 11 étoit déguisé lui-même sous la forme d’un vieillard chauve, jetant une grosse pierre. Il fit Périclès lançant un javelot, et vu de manière, que son bras cachoit une partie de sa tête jusqu’aux yeux. Dion Chrysostome confirme cette particularité : On rapporte j dit-il, que Phidias n'a introduit la figure de Périclès sur le bouclier de Minerve que d'une manière cachée. «a ch km uvtov ÀaG cov

i7T0lY\(TïlV Ct)Ç QCUTIV 17TI THÇ a(77 Tléoç.

La chose s’explique et par l’histoire de Périclès , et par la connoissance que nous avons de la manière de penser des Athéniens. Ce peuple jaloux de toutes les espèces de distinctions qu’il n’accordoit pas, ne paroit point avoir souffert que les ordonnateurs des travaux publics, ni ceux qui les exécutoient, y inscrivissent leurs noms. Plutarque s’est trompé sans doute , lorsqu’il dit que le nom de Phidias étoit écrit sur la base de la Minerve. A la vérité le piédestal du Jupiter dOlympie portoit cette inscription : Phidias fds de Charmides m'a fait. Mais cest que, chez les Eléens , il régnoit l’usage contraire, comme en fait foi ce grand nombre de statues décrites par Pausanias dans l’Altis, et portant le nom de leurs auteurs. Cicéron d’ailleurs plus croyable sur le fait en question, que Plutarque, avance formellement, que Phidias plaça son portrait sur le bouclier de la Déesse, ri ayant pas eu la liberté d'inscrire son nom. Phidias suisimilem speciem inclusit in clypeo Minervœ cum inscribere non liceretS 2) Son propre partrait ainsi que celui de Périclès, placés sur le bouclier, étoient donc une manière indirecte, soit d’éluder la loi, soit de blesser l’usage. Cela doit suffire pour nous expliquer les précautions prises par Phidias dans la composition des deux portraits. Et l’on voit en même tems, ([ue dans une démocratie , où le droit d’accuser étoit aussi illimité quant aux personnes, et quant aux choses, la dénonciation dut trouver là plus d’une occasion de s’exercer.

(l) Dion Chrysos. oral, 12, au commencement. (’•) Cicer. Tuscul.,liv. I, cliap. i5.

DU PARTHËNON. ioi

Il y avoit par exemple, à Athènes, tant de prétextes ou de motifs à l’accusation d’impiété; on pouvoit y regarder comme sacrilèges, tant d’actes qui cliangeoient de forme et de couleur au gré des passions du moment , que tout naturellement l’application de ces deux portraits sur le bouclier de Minerve, dut passer pour une profanation de la sainteté de son image. Il paroit que l’accusateur Ménon (x) n’ayant pu réussir à attaquer Périclès , en la personne de Phidias , sous le rapport de dilapidation et d’infidélité dans l’emploi de l’or appliqué à la statue, on se rejeta sur le fait des deux portraits, et que cette accusation, jointe à d’autres griefs, dont on vouloit se faire un moyen d’atteindre Périclès, fit condamner Phidias à la prison. Il n’y mourut pas cependant , comme Plutarque l’avance. Cela est démenti par trop d’autres circonstances. Si l’on en croit un passage d’Aristophane w , Phidias prévint les suites du jugement et parvint à s’y soustraire, en s’éloignant d’Athènes. Il passa en Elide , où il exécuta son Jupiter Olympien. Par dépit contre les Athéniens, il voulut en faire son chef-d’œuvre. Ce le fut en effet, et la Minerve du Parthénon se trouva placée au second rang. Certes il n’y eut jamais ni de plus heureuse calomnie, ni de plus louable vengeance.

Je ne trouve aucun renseignement qui confirme ce que l’on peut croire sur la matière dont étoient formés les bas-reliefs du bouclier. Ils furent probablement d’or, se détachant sur un fond de bronze qui faisoit le corps de l’ouvrage. Il n’est pas à présumer que ces légers détails, où l’or devoit être employé avec plus d’économie, aient fait partie des dépouilles que le tyran Lachares enleva du temple de Minerve. Pausanias raconte (3) que menacé d’être forcé dans, la citadelle, par Démétrius fils d’Antigonus, qui d’abord avoit favorisé sa tyrannie,

(0 Plut, in Pericl.

(’) Aristophane, apvivTi vers 6o4- H cura usv yap aurri; r, pçs <I>si<5ia; -pa'a: vwo uov, causa prima fuit Phidias fuga pænas luens. npaxTeiv xcawç ne signifie pas précisément être exilé, mais bien avoir à souffrir d’un mauvais traitement. D où l’on peut conclure que Phidias subit une condamnation quelconque.

(3) Paus., liv. I, chap. 25.

il s’enfuit, en emportant les boucliers d’or du temple (ce qui n’a 'aucun rapport avec le bouclier de Minerve). Mais les paroles suivantes y sont plus appliquables , ksu olvto tïiç A (Waç to ctyciX/xct tov 7reçiaiçiT0v xoaixov. Au reste Lachares ne jouit pas long-temps du fruit de son sacrilège. L’opinion qu’on avoit de ses richesses le fit tuer par les Coronéens. Peut-être les Athéniens recouvrèrent-ils alors les objets d’ornement enlevés à leur Déesse. Dans tous les cas, ou ceux du bouclier n’avoient pas été volés, ou ils furent rétablis et restitués. Car plusieurs siècles après, les écrivains dont j’ai invoqué plus haut le témoignage, et Pausanias qui écrivoit sous Hadrien, virent la statue de Minerve, avec tous ses accompagnements et tous ses détails accessoires. De ce nombre étoit le serpent.

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