‹ Monuments et ouvrages d'art antiques, restitués d'après les descriptions des écrivains grecs et latins, et accompagnés de dissertations archaeologiques (volume 2)Chapitre 18 sur 31 · XI. — Du serpent et du sphinx · texte numérisé non relu

XI. — Du serpent et du sphinx

La place que je lui ai donnée dans mon dessin, en le groupant avec la partie inférieure du bouclier, m’a paru être la seule qui puisse lui convenir, pour qu’il soit visible en face, mais surtout pour concilier les deux descriptions de Pline et de Pausanias. Car sur ce point leurs récits diffèrent.

Selon les paroles du texte de Pline, il y avoit sous la lance de Minerve un sphinx de bronze, et sub ipsa cuspide œream sphingem. Suivant Pausanias, c’est le serpent qui est près de sa lance, kcli ttAwiov t« J'oçaroç cfya}t&>i/ Pour admettre ensemble ces deux accessoires, selon le sens de chacun des deux passages, il faudroit que le serpent se fût trouvé groupé et avec le sphinx , et avec le bas de la lance , ce qui auroit fait confusion et surcharge d’accessoires dans un seul point. Il y a ici deux suppositions probables, l’une que Pausanias auroit omis de faire mention du sphinx d’en bas , et se seroit mépris , en plaçant le serpent du côté et tout près de la lance. L’autre hypothèse est que Pline se seroit trompé, ou plus probablement encore quelque copiste, en écrivant cuspide pour casside. Si l’on adoptoit

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cette correction ou cette variante, que je ne trouve toutefois dans aucune édition, alors le sphinx dont parle Pline, et que les connoisseurs admiroient, seroit le même que nous avons vu, d’après les paroles de Pausanias, placé sur le sommet du casque. Meo*» /xtv i7ny,tnai oi

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De quelque manière que l’on fasse accorder les deux textes, il me paroit qu’il ne doit y avoir aucun doute sur l’existence du serpent aux pieds de la statue. Car Pline et Pausanias en font également mention, et l’on peut joindre à leur témoignage, celui de Plutarque, dans son traité d’Isis et d’Osiris. A son avis l’intention de Phidias, en employant ce symbole du serpent, réuni à la figure de la Vierge (ainsi appeloit-on Minerve), avoit été de signifier, qu’il falloit donner des gardiens à la virginité : tco cb tvç AÛyvaç tov ty&x,ovTa, QuJ'ictç 7 raçg- 6«*ê . . . coç tciç (xw 7 Tct^évxç <puAaxnç Sicfiivdç P). Minervœ simulachro draconem Phidias addidit, significans Virgines custodiâ opus hahere.

Pausanias ne donne point à ce serpent une signification aussi allégorique. Selon lui c’étoit le symbole d’Erichtonius. Rien ne prouve mieux combien chez les anciens eux-mêmes, le sens d’un grand nombre de signes, étoit resté, ou devenu équivoque, et combien sont hasardeuses aujourd’hui les tentatives que Ion fait pour soumettre à un système uniforme d’explication, des choses qui jadis, ne procédant peut-être pas dune source unique, ne se rapportoient peutêtre pas non plus à un but bien déterminé.

Nous ignorons de quelle matière fut le serpent de notre Minerve. M. de Caylus avance, par méprise sans doute; car je n’ai pu trouver sur quel fondement, que ce serpent étoit de bronze ainsi que le sphinx; ce qui lui donne lieu de s’écrier : Quel alliage de couleurs et de matières ! On a peine à concevoir leur agrément (î). Pour moi j’ai plus de peine encore à concevoir comment on peut s’étonner de l’alliance

■-*) Plut, de Isid. et Osirid., sur la fin.

(2) Mémoires de l’Académie, tome XXV, page 319.

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du bronze avec l’or, dans un travail de ce genre, surtout lorsqu’il fut si facile de donner au premier de ces métaux les teintes les plus en accord avec tout l’ensemble.

Incontestablement Phidias employa le bronze dans plus d’une partie de cette composition, et en vue d’introduire quelques variétés de ton parmi ses accessoires. Peut-être l’économie seule lui conseilla-t-elle d’user d’un métal moins cher, peut-être aussi en usoit-il, pour assortir , en quelque sorte , les matières à la qualité même des divers objets représentés. Qui sait encore si cet emploi d’un métal commun n’étoit pas un petit artifice de l’art , un moyen de contraste , propre à faire mieux ressortir la richesse et l’éclat de l’or?

Quoi qu’il en soit, si nous devons en croire Pline, sur la place qu’il fait occuper au sphinx, sub ipsâ cuspide , ce sphinx fut de bronze. Je crois qu’on peut affirmer que la lance fut du même métal. On doit être d’autant plus porté à le croire , que cette arme tenue par la main droite, fut très certainement le support obligé de l’armature qui passoit dans le bras, et qui le soutenoit en l’air, comme on peut le voir dans les dessins. PL II et III.

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