XII. — Des semelles de la chaussure de Minei’ve
Ce qui reste «à décrire de détails appartenant à la statue proprement dite , regarde sa chaussure. Rien n’a plus prêté à la critique des censeurs du genre de sculpture, dont je cherche à développer et à justifier le goût, que cet ornement placé par Phidias sur la semelle des sandales de sa Minerve. Rien en effet n’est moins compatible avec les pratiques et les habitudes de la sculpture moderne. Il faut pour se faire à cette idée, penser d’abord, qu’il s’agit d’un colosse de trente-sept pieds, sur lequel les plus petites parties lisses étoient d’assez grands espaces. Il faut ensuite se souvenir de ce que j’ai dit plus haut, savoir, que l’on considéroit ces sortes de colosses, à peu près comme le décorateur envisage un monument d’architecture ,
DU PARTIIÉNON. io5
c’est-à-dire sous le rapport des ornemens qu’il peut recevoir. Mais avant de discuter les objections élevées contre cet ajustement, il faut se rendre compte du genre de la chaussure en question , de l'épaisseur des semelles, et par conséquent de la hauteur du champ qu’occupèrent les has-reliefs.
C’est Pline qui nous a transmis cette notion, et c’est uniquement, comme on l’a déjà dit, par ces légers détails, qu’il a prétendu faire voir, comment le génie de Phidias savoit réunir dans ses monuments, à la conception des plus grandes masses, l’intelligence des plus petits accessoires. In soleis W vero Lapitharum et Centaurorum dimicationem. Adeo momenta omnia artis illius compacta f uere. Sur les semelles il représenta le combat des Lapithes et des Centaures. Il peut y avoir deux manières d’interpréter la dernière phrase : l’une en laissant subsister le mot momenta seroit, tant toutes les qualités de son art , c'està-dire^ tous les genres de talent se trouvoient réunis en lui ; ou bien l’on pourroit dire, en lisant monumenta, tant tous les monuments de son art furent pleins , remplis , abondants en sujets , et riches en détails.
Mais il y a dans la phrase qui fait l’objet principal de ce paragraphe , un mot qui peut prêter à un double sens plus réel, et que je dois prévenir. C’est le mot solea , qui signifie quelquefois la chaussure prise en général, et non pas simplement la semelle. Or l’on pourroit, pour éluder l’application des bas-reliefs sur les semelles, supposer que les figures, comme il y en a des exemples dans l’antique, auroient occupé cette partie de la chaussure qui couvroit le dessusde-pied. A quoi je réponds d’abord que si solea peut quelquefois signifier toute la chaussure, c’est en tant que celle-ci se compose d’une semelle attachée par de simples courroies. Or l’emploi des courroies repousse la supposition dont on vient de parler. Je réponds ensuite, que quand cette hypothèse seroit admissible, par la signification du mot, les dimensions du monument s’accordent à la repousser. La
(0 Plin. , liv. XXXVI, chap. 5.
proportion de tout cet ensemble nous a déjà fait voir, et l’on prouvera encore tout à l’heure , que Télévation du piédestal ne dut pas être moindre de huit à dix pieds. Si donc les figures dont il s’agit se fussent trouvées comme brodées sur la partie supérieure de la chaussure de Minerve , on comprend que , par le fait même de cette position, elles n’auroient pu être saisies ni presque aperçues par Eœil du spectateur, placé nécessairement à plusieurs pieds au-dessous.
La seule raison du point de vue démontre que la position de ces figures ne fut pas horizontale , mais bien verticale. Et l’on verra, que, dans la proportion de la statue, la superficie formée par l’épaisseur des semelles fut très -susceptible d’admettre des figures, faciles à distinguer d’une distance de huit à dix pieds, qui n’en étoient que cinq ou six pour l’œil du spectateur. C’est ce que va nous montrer le résultat des notions qu’on a recueillies sur les chaussures des anciens.
Je n’ai pas le dessein d’entrer ici dans la recherche des variétés que comporte cette partie du costume antique. La seule que j’ai quelque intérêt à faire connoître, est celle qui regarde la hauteur des semelles. Or entre leurs diverses espèces, il y avoit celle que l’on appeloit Tjrrhénienne. Ces sortes de semelles, qui, nonobstant leur hauteur , dévoient être légères et flexibles , se composoient de liège. Quelques antiquaires prétendent même que ce nom de Tyrrhénienne leur vint, de ce que l’on tiroit le liège de la Tyrrhénie, ou ce qu’on nomme en partie aujourd’hui la Toscane, pays qui a toujours produit en abondance, soit sur les bords de la mer, soit dans les montagnes, l’arbre dont l’écorce forme le liège.
La chaussure tyrrhénienne n’étoit pas faite d’un seul morceau de liège. On l’élevoit sur trois ou quatre épaisseurs de semelle. C’est ainsi qu’étoit pratiquée la chaussure des acteurs de théâtre, à laquelle on donnoit le nom de cothurne. On en voit une semblable à la muse tragique , sur le bas-relief des muses du Capitole. Plusieurs statues fort connues ont les semelles tyrrhéniennes. Telle est aussi une petite muse assise, que cette chaussure auroit pu faire restaurer dans une
autre intention. Telle est la figure dite la Junon du Capitole. Sa semelle présente l’indication de plusieurs semelles cousues l’une sur l’autre, à moins qu’on ne prenne ces différentes coutures pour un simple ornement ou un jeu du ciseau.
Ce peu de notions suffiroit pour rendre compte de l’épaisseur des semelles de la Minerve du Parthénon, et faire présumer le genre de sa chaussure. Mais Pollux nous a transmis un renseignement décisif sur l’identité de la chaussure tyrrhénienne, avec celle que Phidias donna à sa statue. Voici ce qu’il dit au mot T ummikcc.. — to kcltclS'vixoi Zvàjvov TêTçacJo.jCTt'Àov , 0; ch i^ctvnç ^ crctvSctAiov yctç r\v , vTtoS'wGi aura
QuS'iaç tvv aQm#v (i). Calceamentum ligneum quatuor digitorum, Lora aui'ea, sandalium enim erat. Hoc Mineivœ induit Phidias.
Cette chaussure étoit donc du genre de celles qu’on appeloit Sandalium, sandale, c’est-à-dire, que la semelle n’étoit attachée au pied qu’avec des courroies, et non du genre des souliers creux, qui couvroient le dessus du pied. Ainsi les ornements en figures ne furent pas sculptés horizontalement sur la chaussure. Ainsi ils le furent sur la hauteur de la semelle et dans son épaisseur, et l’épaisseur d’une semelle tyrrhénienne étant de quatre doigts, c’est sur cette mesure qu’on peut supputer la dimension de celle d’un colosse tel que celui du Parthénon.
Quatre doigts font deux pouces et demi de haut. S’il falloit argumenter à la rigueur de la mesure naturelle et ordinaire donnée par Pollux, et la multiplier par six, selon l’échelle de proportion de la Minerve, 011 trouveroit que la hauteur de ses semelles auroit été de quinze pouces. Mais ces mesures dans les statues ( et nous en avons la preuve) étoient subordonnées à beaucoup d’autres convenances que celles de la mode. Il est probable d’après les exemples cités plus haut, que les statuaires réduisoient, et avec beaucoup de raison, la dimension tyrrhénienne. Vraisemblablement Phidias en fit autant
(0 Onomasticon , liv. VII, chap. 22.
Mais on peut croire qu’il donna au moins dix à douze pouces d’élévation aux semelles de sa chaussure. Selon ce calcul, les figures des Centaures et des Lapitlies auroient toujours pu avoir huit à dix pouces de hauteur, et même une plus grande proportion, selon leurs attitudes plus ou moins inclinées ; or cette grandeur fut très suffisante pour qu’on ait pu en jouir et les voir très-commodément, à la distance d’où le spectateur étoit tenu de les considérer. Car ces petits sujets, sur lesquels on a tant multiplié les censures, ne dévoient être vus, qu’à mesure qu’on s’approchoit du colosse, et lorsque l’œil cessoit de pouvoir en embrasser l’ensemble. Alors on jouissoit de ces détails, qui loin de nuire, comme on l’a répété plus d’une fois, à l’effet général, ne pouvoient d’aucune manière en faire partie.
XIII. — Quelques observations sur les détails de cette sculpture.
Rien deplusfutil, à mon avis, que la plupart des reproches adressés à ces grands ouvrages de l’art antique, par les critiques modernes. Il semble à les entendre que tous ces petits bas-reliefs d’ornements, répartis sur les divers accessoires des colosses d’or et d’ivoire, étoient autant d’objets dominants, capables de faire diversion à l’impression générale, qu’on devoit recevoir de leur masse, en détournant la vue, ainsi que l’esprit, de l’attention due à l’ensemble.
Mais rien de tout cela ne pouvoit avoir lieu comme on se l imagine.
Du point de distance d’où l’œil devoit embrasser la totalité de la composition, ces détails diminuoient trop à la vue, pour être, les uns saisis dans leur intégrité, et les autres même aperçus. Us n'étoient donc pas en état d’opérer la distraction qu’on suppose. Ni combat, ni rivalité d’effet, n’eussent été possibles entre une masse en ronde bosse de trente à quarante pieds, et des détails en bas-relief d’un à deux pieds de proportion. L’impression de grandeur , et celle de l’unité, si importantes, il est vrai, à ménager dans de tels ouvrages,
11e pouvoient se trouver , ni affaiblies, ni altérées par d’aussi légers accessoires. Autant vaudroit dire, que les broderies d’un manteau détruisent l’effet de la figure qui en est habillée. Or tous ces détails de bas-reliefs dont il s’agit, n’étoient que les broderies d’un grand ensemble. Disons encore, qu’ils étoient dans les ouvrages de l’art, une imitation de ce qu’on voyoit tous les jours dans les usages de la vie , et dans ce qu’on peut appeler la nature en ce genre. Les guerriers portoient ainsi des casques, des cuirasses, des boucliers ornés de bas-reliefs. Pourquoi l’art auroit-il privé les statues, de ces ornenements consacrés par les pratiques les plus usuelles.
Mais, objecte-t-on, si ces détails étoient trop légers pour nuire à l’effet principal, du point de distance d’où l’ensemble devoit être vu, s’ils étoient à peine sensibles à l’œil, ils étoient donc inutiles; 011 peut donc toujours les condamner comme rédondants et objets de luxe. L’objection, comme l’on voit, changeroit de face, et alors il faudroit répondre que les ouvrages de la sculpture, comme ceux de l’architecture (disons mieux comme tous ceux de la nature, comme tous ceux qui sont du ressort non de l’apparence mais de la réalité) ont, il est vrai, un point de vue principal, mais que ce point de vue ne s’oppose pas à ce qu’il y en ait d’autres. Rien n’empêchoit d’approcher de ces colosses, comme rien n’empêche d’approcher de la colonnade d’un temple.
Il entre dans les principes du goût et de la convenance , en architecture, que la masse générale du monument, fasse de loin un effet, et un autre effet de près. De loin, l’œil aperçoit à peine ces ornements délicats, dont tous les membres de la mo dénature , sont en quelque sorte brodés. La nature des choses le veut ainsi. Ces détails, s’ils étoient trop sensibles, détruiroient le plaisir que notre aine trouve dans la perception d’un grand tout, et de l’effet qui résulte de son unité. Mais comme d’autres points de vue remplacent ce premier aspect, au plaisir de l’ensemble et de la totalité, succède aussi celui que procurent les parties et leurs détails. Se plaindre de ce qu’on 11e
IIO restitution de la minerve
peut ni à la fois, ni également jouir de l’ensemble, et de ses plus petits accessoires, ce seroit accuser la conformation de notre manière dêtre, de nos sens , et de notre esprit. Mais trouver mauvais qu’il y ait des détails , qui ne puissent être aperçus dans un monument , qu’après qu’on a embrassé son ensemble, et les taxer, a cause de cela, d inutiles, et les appeler un luxe vicieux, parce qu’ils ne concourent pas nécessairement à l’effet général, cest blâmer lart, de procéder dans ses ouvrages , comme la nature procède dans les siens.
Je ne m’arrêterai pas davantage sur cette controverse oiseuse. Car au fond personne ne s’est encore avisé de censurer sous ce rapport les œuvres de l’architecture. Mais j’ai voulu tirer de ce parallèle la conclusion, que ce qui est vrai, légitime et nécessaire dans les monuments de cet art , l est aussi dans certains ouvrages de la sculpture.
Le statuaire ne peut pas, plus que l’architecte, vous faire voir du même point de distance, et les grandes masses dun colosse, et les détails de ses parties. Pourvu que ces détails ne produisent aucune confusion dans l’ensemble, vous n’avez aucun reproche à leur faire. Après avoir joui de l’ensemble du colosse, vous en approchez-vous ? les ornements partiels vont vous présenter un autre genre de plaisir, auquel l’effet du tout, dont il n’est plus question , ne sauroit nuire. Voudriez-vous jouir tout h la fois des deux ? vous demandez ce qui ne se peut; et c’est parce que cette réunion de jouissance et d effet est impossible , que le vice dont on se plaint est imaginaire.
Le goût cependant pourroit se permettre une prévention contre cet emploi de petites parties, et de détails multipliés dans un grand ouvrage. On pourroit soupçonner 1 artiste, qui s y adonneroit trop, d’être capable de négliger en faveur de ces travaux subordonnés, le grand caractère qui fait le premier mérite des œuvres colossales. Il arrive en effet, assez naturellement, que le penchant qu on a pour les détails, et que l’habitude de faire en petit, rapetissent la manière de sentir, de voir et d’exécuter. Rarement le même homme excelle
DU PARTHENON. m
dans des ouvrages de dimension si opposée. C’est ainsi qu’en peinture, par exemple, on semble croire que le genre de la miniature est incompatible avec ce qu’on appelle le grand genre, et exclut les qualités du talent requis pour l’histoire.
A cela, il y auroit plus d’une réponse, qui exigeroit aussi plus d une distinction. Mais qu’y a-t-il besoin de s'arrêter à l’égard de Phidias, et à de telles objections et au soin de les détruire, lorsqu il est constant qu’aucune d’elles ne peut s'adresser à lui, lorsque l’on sait, qu’aucun artiste n’eut une plus grande manière , et qu'un de ses principaux mérites fut d’avoir réuni tous les genres , et d’avoir été également grand dans les plus petits, œqualem magnificentiam fuisse et in parvis? w (Je serois porté à croire qu’ici le mot magnificentia doit être pris dans le sens positif de sa composition. )
A vouloir donc appeler la simple critique du goût , et sur ces matières et sur les bas-reliefs des semelles de la Minerve du Parthénon, je conçois que ces bas-reliefs, dans leur application à la partie dont il s’agit, pourroient donner lieu à deux questions relatives, l’une à la mesure, à la quantité d’ornements qui doivent trouver place dans un ensemble de décoration, l’autre à la convenance des parties, où, dans une statue surtout , on peut se permettre de placer de tels ornements. Quant à la première question, il faudroit peut-être avouer, ce qui l’a déjà été par moi ailleurs, que chaque genre de sculpture ayant ses qualités et ses défauts correspondants, l’abus de la toreutique ou sculpture sur métaux , fut de multiplier les ornements au delà de ce que comporte souvent la véritable richesse. Et quant à la question de convenance, je crois qu'on n'y trouveroit de réponse, que dans la manière dont on avoit autrefois l’habitude d’envisager les simulacres religieux.
Il faut en effet se persuader, que ces grandes images des divinités placées dans les sanctuaires des temples , n’y figuroient pas unique-
(') Pline, liv. XXXVI, chap. 5.
ment sous le simple rapport de l’art que nous y cherchons aujourd’hui. Les combinaisons théoriques d’effet, de perspective, d’ensemble, d’harmonie qui entrent exclusivement dans notre manière de voir et de juger ces grands monuments de l’esprit religieux d’autrefois, netoient pas à beaucoup près jadis aussi dominantes, que nous semhlons le croire, aujourd’hui, que ces monuments sans rapport avec nos croyances, ne sont plus pour notre imagination que des œuvres de l imitation.
Si, comme je l’ai fait entendre, les colosses d’or et d’ivoire se considéroient à peu près comme les ouvrages de l’architecture , c’est-àdire comme susceptibles d’offrir aux compositions de l’art de nombreux emplacements, ces sujets décomposition, ces bas-reliefs, ces frises en figures, y étoient aussi, comme dans les édifices, destinés ii remplir une fonction historique ou religieuse ; et cette fonction première l’emportoit souvent sur les considérations alors très-secondaires, de la théorie du goût, dans l’art d’employer et de distribuer les ornements.
On sait assez d’où procéda en Grèce cette habitude d’employer l’art du dessin, à la représentation des idées mythologiques, comment cet art, né de Récriture, ou né avec elle, en conserva toujours quelques propriétés, et comment, dans la sculpture surtout, le point de vue de l’agrément, dut souvent rester subordonné à celui de l’utilité , particulièrement lorsqu’il s’agissoit des effigies religieuses. J’ai développé ailleurs quelques-unes de ces considérations, et d’autres encore qui se rapportent à l’école, dans laquelle parait s’être formé l’art primitif des Grecs, c’est-à-dire à l’origine de ce goût qui emploie les figures, jusqu’à un certain point, dans l’intention et selon l’esprit de l’écriture.
La religion, qui s’étoit spécialement approprié ce goût, exigeoit donc que l’artiste employât son talent , à devenir l’interprète et l’historien de toutes les croyances sacrées , de toutes les traditions théogoniques. Il falîoit qu’un monument tel que la Minerve du Par-
DU PARTHÉNON. ij3
thénon, offrit au spectateur, non pas seulement ce que nous en exigerions aujourd’hui, je veux dire un ensemble de rapports capable de plaire au goût, mais un ensemble de faits mythologiques. Il falloit qu’un semblable monument servit la religion, en reproduisant, sous des formes plus parfaites, les anciens éléments des croyances mystiques. L’on pourroit dire, à cet égard, qu’un ouvrage de ce genre, selon l’esprit des Grecs, et selon la manière d’être de leur culte, étoit, ce que seroit pour nous, un nouveau traité de théologie dogmatique ou d’histoire sainte.
C’est ce que présentoit effectivement, si l’on peut s’en permettre la comparaison, l’ensemble des sujets exécutés par Phidias, sur le piédestal de la Minerve , ouvrage aussi varié qu’étendu , et dont il me reste à parler.
XIV. — Du piédestal de la statue, et des bas-reliefs dont il étoit orné.
Il nous est parvenu peu de notions sur ce grand travail. Nous ne devons dans la réalité qu’à Pline , et au peu de mots qu’il en a dits , le moyen de nous former une idée assez vraisemblable de cette partie du monument.
On peut conclure d’un passage du rhéteur Thémistius, que les basreliefs et la décoration du piédestal , occupèrent long-temps Phidias. « Quoique cet artiste, dit-il, frit fort habile à représenter avec l’or et « l’ivoire la figure des dieux et des hommes, cependant il avoit besoin « de beaucoup de temps et de loisir pour ces ouvrages. On dit en « effet que dans l’exécution de sa Minerve, il employa un assez long « espace de temps aux travaux du piédestal de la déesse. » u kcu acpocf^ss hv (rocpoç o (pîiJ'/aç ev Xçum zat êAndiavu /uoç<pn v S7 TiJ'u^a<rai §uctv « avf]^c>J7Tivnv Xçovu yt iS'îno jc ou %oAïiç 7rAuovxç aç tc t tçyct. XiyzTcti ouv wizct iS'wfj.iuçyu tuv AQsvuv , ovJ'i aç tuv Y.çiTnS'cL tviç /xcvnv oAiyx xçovx 7 rçoçJ'mQr'vcti. Eiiamsi ad expriinendam auro atque ehore Dei atque hominis effigiem va Ida peritus esset Phidias, nihilominus tamen ad opéra perficienda multo indigebat tempore
n4 RESTITUTION DE LA MINERVE
atque otio. Fertur itaque quando Minervcun sculpebat non pariim tem-
poris in sofam deœ basim impendisse.
Rien de plus croyable, sans doute, si l’on réfléchit à l’étendue qu’avoit ce piédestal , par conséquent à la grandeur des superficies qui furent couvertes de ligures, et au nombre très considérable de sujets en bas-reliefs, répartis sur ces surfaces, toutes choses qui se concluent sans difficulté, des proportions du monument, et de la courte notion de Pline.
In base autem quod cœlatum est Pandoras genesin appellavit. Ibi dii sunt viginti numéro nascentes{l\
« Sur la base est gravé ce qu’il a appelé la naissance de Pandore. «■ On y voit la génération de vingt Divinités. »
Cette courte mention a été, entre les critiques, l’objet de quelques difficultés dont je dois rendre compte. M. Heyne, entre autres, dans une note de sa dissertation sur les diverses époques de Pline, a émis une opinion qui tend et à changer le sens du passage en question, et à corriger son texte.
J’ai déjà rapporté une partie de cette opinion, en traitant de la Victoire, et j’ai tâché de faire voir, que celle dont les trois mots de Pline donnent l’idée , devoit être celle que la statue tenoit dans sa main. Je ne reviendrai pas sur cette discussion. Quelle que soit encore, à cet égard, la manière de penser de MM. de Caylus et Falconet, j’accorderai, si l’on veut, que la Victoire placée dans la main du colosse, n’empêche pas d’admettre qu’il ait pu s’en trouver encore une dans les bas-reliefs du piédestal. La chose, comme on le verra, selon ma manière d’entendre la composition de ce piédestal, n’a rien que d’admissible. Je dirai toutefois que je trouve deux invraisemblances, dans l’application qu’on feroit de la mention de Pline, à cette Victoire supposée sculptée sur le piédestal. La première est que Pline auroit négligé de parler de ce qui étoit un objet frappant dans cet ensemble,
(0 Pline, liv. XXXVI, chap. 5.
pour s’occuper d’une figure de bas-relief, confondue avec cent autres. Le second point d’invraisemblance me parait être , qu’une petite figure faisant partie d’une si nombreuse composition, ait été au milieu de tant d’autres objets remarquables, un sujet d’admiration particulier. Victoria prœcipuè mirabili.
Mais j’arrive au point le plus important de l’opinion de M. Heyne. Selon ce savant critique il n’y auroit eu d’autre sujet représenté sur le piédestal, que la naissance de Pandore, quoique les paroles de Pline en désignant ce sujet, dont Pausanias aussi a fait mention, nous donnent l’idée d’un autre sujet, et qui devoit en renfermer un grand nombre , savoir la génération de vingt divinités.
Ce qui paroît avoir engagé le savant professeur à repousser le sens offert par le texte de Pline , c’est l’idée qu’il s’est formée de la manière dont pouvoient être représentés ces sujets. Vingt divinités (s’écrie-t-il) y étoient figurées au moment de leur naissance ! Quelle idée se faire d'un pareil sujet ? Les dieux étoient-ils là sous la forme d'en fan s nouveau-nés ? ou leurs mères étoient-elles représentées dans l accouchement ? C’eût été, d'une manière , comme d'une autre , un motif fort bizarre et bien uniforme . (l) Et en conséquence M. Heyne ne doute point qu’il ne faille supprimer du texte de Pline , le mot nascentes , comme étant une addition de quelque glossateur ignorant. Selon lui les vingt divinités ne dévoient paroitre dans cette composition, que comme assistant cà la naissance de Pandore, ou concourant à sa formation. Je ne parlerai pas ici d’une autre opinion que le même savant a émise ailleurs, sur ces vingt dieux , opinion suivant laquelle ils auroient été placés comme autant de statues debout sur la base, Insistebant undique basi. Cette dernière proposition se réfute d’elle-même.
Je répondrai à la première, que pour changer un texte aussi clair ([ue celui de Pline, et dont le sens n’offre aucune contradiction, soit
(0 Sammlung an tiqua rischer aufsætze, part. I, pag. 229 et 2J0. (a) Nov. comment., tome I, deuxième partie, page 109.
ii 6 RESTITUTION DE LA MINERVE
en lui-même, soit sous le rapport de l’art, il faudroit d’autres raisons et de plus péremptoires. De ce que la naissance de Pandore étoit représentée sur le piédestal, il ne s’ensuit pas, ce me semble, que les naissances de vingt, ou de dix-neuf autres divinités, n’aient pu y être sculptées aussi. Et de ce que Pline et Pausanias ne citent que ce personnage, est-il permis de conclure, d’après l’esprit d’abréviation dans lequel ils rédigèrent leur notice, qu’il n’y avoit pas d’autres naissances de dieux ? Il me paroît au contraire que la naissance de Pandore fut simplement un des vingt sujets théogoniqu es. Et l’espèce de ce sujet auroit pu révéler au savant critique , comment la sculpture savoit représenter la naissance des dieux, sans faire voir des enfants au maillot, ou leurs mères dans T accouchement. Certes on avouera avec lui, que cette Eicon de traiter de semblables sujets, eût été, comme il le dit, bien bizarre et bien monotone.
Mais pour peu qu’on commisse l’Antique, on aperçoit qu’il n’y eut point de sujets plus propices à l’art, plus féconds en variétés de composition, que ceux qui ont rapport à ce qu’on appelait la génération des dieux. Sans citer à l’appui de ce que j’avance, le témoignage de ce grand nombre de bas-reliefs antiques, où sont exprimés ces sujets, il doit me suffire, je pense, de rappeler leur simple dénomination. La seule idée que retracent à l’esprit soit la naissance de Minerve, de Vénus, de Baccbus, soit celle de Diane, d’Apollon, de l’Amour, ne suffit-elle pas, pour faire sentir, sous combien de formes ingénieuses allégoriques et dramatiques, la main de l’art savoit reproduire tous les faits relatifs, à la théogonie des Grecs? On peut donc affirmer, ou que Phidias fit exprès le choix de ces sujets , ou que si on les lui ordonna, jamais plus heureuses combinaisons n’exercèrent le ciseau du statuaire. Et je conclurai que, si pour réformer le texte de Pline, il n’y avoit ici d’autre raison, que le ridicule ou le mauvais choix des sujets dont ce texte donne l’idée, jamais on n’auroit fait une correction , avec moins de motif et de nécessité.
Mais nous avons vu que Phidias, d’après le passage deThemistius
[Voy. plus haut ) , dut employer un long espace de temps, à l’exécution de ce piédestal. C’est bien aussi ce que donne à connoître la notion de Pline, tout abrégée quelle puisse paroitre. Dans la description la plus concise, peuvent être renfermés des sujets très-variés et trèsétendus. Il est possible, il est même probable, que les viginti Dei nascentes de Pline , auront fourni au statuaire une centaine de figures; et Ion va voir que ce nombre est très d’accord avec les dimensions des différentes surfaces de la base.
J’ai montré, au commencement de cette dissertation, ce que pou voit être la hauteur du piédestal. Elle résulte nécessairement des deux données qui nous sont connues, celle de la hauteur du temple et celle de la hauteur de la statue. Or nous avons vu qu’il ne pouvoit rester qu’une dixaine de pieds, proportion très- conforme à la méthode suivie par les anciens, dans le rapport des statues avec leurs bases, et très-conforme encore au système du genre colossal, dont on faisoit emploi dans l’intérieur de beaucoup de temples. (/ ojr. pl. I.)
J’ai pris sur ces dix pieds à peu près six pour les figures, je donne les quatre pieds restants aux profds du socle et de la corniche. Il me faut justifier maintenant la disposition, telle que je l’ai adoptée, des sujets de bas-reliefs rangés sur deux lignes, l une au-dessous de l’autre. Une fois qu’on admet le genre de sujets indiqué par Pline, il faut nécessairement admettre aussi, que chacun d’eux, dans l’esprit de la chose, et aussi dans le goût de la sculpture antique, dut exiger quatre ou cinq figures. A quelque degré qu’on veuille diminuer ici le nombre des personnages, il ne sera jamais possible de les réduire à une seule rangée de figures, occupant un champ de six pieds de hauteur , c’est-à-dire , ayant une proportion relative à cet espacement. Plus les figures ont de hauteur , plus aussi elles tiennent d’espace en largeur, et la surface antérieure du champ occupé par les bas-reliefs, auroit contenu, au plus, huit figures de cinq a six pieds de proportion, ce qui ne peut s’accommoder avec les sujets nombreux quil faut y placer.
Dès qu’une seule ligne de figures ne se prête point au programme de Pline, on se trouve naturellement induit à partager les champs où les surfaces de la base, en deux zones, ce qui diminuant de moitié la dimension des figures, tend à les multiplier au quadruple. Les deux grands cotés auront pu ainsi facilement , sur une surface de seize à dix-sept pieds de long, et de six de haut, admettre trente personnages chacun ; et en accordant vingt figures pour chacun des deux petits côtés, il serait facile de justifier le nombre de cent, que je me suis permis de présumer approximativement. (. Voyez pl. I.)
On peut procéder encore dans cette conjecture, dune autre manière, cest-à-dire par la répartition des sujets donnés, dans les deux rangées qu’ils auroient occupés , sur les quatre faces de la base. Ainsi chacune des deux rangées des deux grandes faces, auroit compris trois de ces sujets. Ce qui donneroit douze sujets pour les grands côtés. Les deux petits en auroient eu chacun quatre, deux à chaque rang. En tout vingt naissances de Dieux. DU sunt viginti numéro nascentes.
Il me paroit inutile de citer ici aucune autorité en faveur de cette répartition de bas-reliefs, par rangées horizontales, l’une au-dessus de l’autre. L antiquité est pleine de semblables dispositions de figures , sur les autels, les cippes, les piédestaux, etc., et je terminerois ici cette dissertation, si ce que j’ai avancé plus haut, de la priorité de la Minerve du Parthénon sur le Jupiter d’Olympie, ayant été un objet de discussions entre les antiquaires, n’exigeoit un examen d’autant plus important, qu’il me mettra à même de réfuter l’opinion, que beaucoup se sont formée, d’après Plutarque, de la destinée de Phidias. J’abrégerai ces détails qu’on trouvera avec plus d étendue dans un autre de mes ouvrages (C
(l) V oyez l'ouvrage intitulé le Jupiter Olympien .
XV. — De l’époque précise où fut exécutée la Minerve du Parthénon.
Certains points chronologiques, et leur coïncidence avec l’état des faits que nous voulons prouver , me paroissent devoir lever tout doute à leur é«;ard.
C’est à la deuxième année de la 85e Olympiade, que la chronique d’Eusèbe place la confection de la Minerve du Parthénon çaS'ictç tuv eÀetpavTiw A Owav zvromî. Il faut effectivement que la statue ait été faite a cette époque, pour que les faits et les détails historiques qu’on va rapporter puissent s’y appliquer.
Remarquons d’abord que la 83e Olympiade est celle où Pline fait fleurir Phidias. Or les époques de l’existence des grands artistes doivent toujours être celles de quelques événements importants, auxquels ces époques s’attachent. La mort de Cimon arriva la quatrième année de la 82e Olympiade. C’est donc à la 83e que se rapporte lepoque du pouvoir de Périclès. C’est alors qu’il conçut, et entreprit les grands travaux d’embellissement d’Athènes, dont il donna la direction à Phidias. De cette époque a donc pu commencer l’exécution de la Minerve, ce que va nous prouver la date où elle dut être terminée.
Elle dut l’être nécessairement avant la deuxième année de la 87e Olympiade, de laquelle, date le commencement de la guerre du Péloponèse; puisque l’or de la statue fut mis par Périclès au nombre des ressources éventuelles du trésor public, avant d’entreprendre cette guerre.
Mais l’accusation relative à la malversation prétendue de Phidias, dans l’emploi de l’or, est encore très-antérieure à. la guerre déclarée du Péloponèse. Les simples notions de l’histoire le prouvent, savoir les faits précurseurs de cette guerre, le decret d’interdiction contre Mégare, ensuite la résolution prise de donner des secours aux Corcyréens contre les Corinthiens. Tous ces moyens, qui furent ménagés par Périclès pour amener la guerre, demandèrent plusieurs années.
Or la guerre des Corinthiens contre les Corcyréens (l), guerre qui fut comme le premier anneau de celle du Péloponése, date de la deuxième année de la 85e Olympiade. Ce qui coïncide parfaitement avec la date
où fut terminée la Minerve.
Thucydide déclare formellement, que la guerre du Péloponése fut un effet et une suite de ces premières hostilités. Telles furent (dit-il), avant de prendre les armes, les contestations; tels furent les différents qui s’élevèrent entre les deux partis (Sparte et Athènes), ils commencèrent dès l’affaire de Corcyre et d’Épidamne. Or, on voit que Périclès ménageoit et préparoit par ces démêlés, le moyen d’amener une guerre qui absorbât, dans un intérêt public et un péril général, l’attention du peuple, et la détournât des petites intrigues du parti qui lui étoit opposé.
C’est encore ce qui résulte de la notion d’Aristophanes, qui, dans sa comédie de la Paix(2), représentée long-temps après, donne pour cause de la guerre du Péloponése, l’accusation portée contre Phidias et ce qui s’ensuivit. Cette accusation ne fut pas celle de la prétendue soustraction de l’or, mais celle de sacrilège et dont on a rendu compte
plus haut. Or dans cette accusation, le parti contraire â Périclès se proposoit d’arriver jusqu’à lui; et voilà ce qui le détermina à pousser les choses jusqu’à la guerre pour se rendre nécessaire. Il paroit que son pouvoir n alla point jusqu’à soustraire Phidias a une accusation, qui devoit avant tout tomber sur l’artiste, en tant qu’auteur des deux portraits. Le défendre ou le protéger sur ce fait, eût été s en déclarer inutilement complice. Phidias subit donc une condamnation. On ignore à quelle peine, mais ce 11e fut certainement pas la mort, comme beaucoup l’ont répété; les paroles d’Aristophanes ne permettent pas de le croire , mais il paroit qu’il y eut de quoi l’engager à fuir d’Athènes.
(0 Voyez le canon chronologique de Larcher. (2) Vers 6o4-
Le texte de Philochorus portant, qu’à la suite de l'accusation (l) Phidias s’enfuit en Elide, s’accorde avec l’historique d’Aristophanes.
Tout par oit donc ici être en rapport, et concourir à prouver que la Minerve fut achevée vers le milieu de la 85e Olympiade. Nous avons vu que Phidias avoit pu commencer ce travail dès la 83e Olympiade. Or un espace de huit à dix ans, dut suffire pour porter ce monument, et le temple même, à leur dernier point d’achèvement, vu l’extrême activité avec laquelle on sait que Périclès poursuivit l’exécution de ces travaux.
A cela M. Heyne a objecté que Phidias ayant eu la direction (comme le dit Plutarque) des travaux entrepris par Périclès, il doit aussi avoir dirigé la construction des Propylées qui date de la troisième année de la 85e Olympiade. Il pense que cet édifice étant la clôture de la citadelle, dut se terminer en dernier, qu’il n’y aura eu lieu pour Périclès à rendre des comptes, qu’à la fin de tous ces travaux, et que les accusations contre Phidias n’ont dû aussi avoir lieu qu’alors. Toutes ces considérations ne valent pas une raison. Phidias a pu être employé par Périclès à la direction des travaux dont il s’agit, et n’avoir pas terminé les Propylées. Périclès a pu être obligé de rendre des comptes partiels de chaque ouvrage, et les accusations que l’intrigue suscita contre Phidias, ont pu être intentées avant l’achèvement des Propylées.
M. Heyne ayant en vue de prouver que le Jupiter d’Olympie fut exécuté dans la 8ie Olympiade, c’est-à-dire long-temps avant la Minerve du Parthénon, a intérêt dans cette opinion, de détruire celle des scholiastes, et d’autres sophistes postérieurs, qui, par un malentendu et un double emploi du même fait, ont transporté en Elide et l’accusation de malversation, et la condamnation de Phidias. Car comment accorder ces récits avec les dates authentiques des travaux d’Athènes? Le père Corsini W avoit déjà fait remarquer, que si Phi-
W EicptOv) ym <puywv eiç Hliv , ARISTOPH., Scliol. ad versum Gu5. (2) Fasti attici, part. II, tome I, page 219.
RESTITUTION DE LA MINERVE (lias eût été condamné pour vol à la peine de mort en Élidé, ni son nom n'eût été placé avec honneur sur le piédestal du Jupiter d’Olympie , ni sa famille n’eût été chargée à perpétuité de l’emploi de conservateurs du monument A1)
Le même père Corsini a établi par deux passages de Pausanias, un point de fait et de chronologie, qui démontre l’époque à laquelle dut être exécuté le Jupiter Olympien. Il s’agit de la victoire du jeune Pantarcès , dont Phidias représenta la figure en has-relief , sur la traverse antérieure du trône de Jupiter. Or Pantarcès fut couronné dans la 86e Olympiade. Donc, conclut Corsini, s’il remporta le prix à cette époque, Phidias n’aura point exécuté le Jupiter d’Olympie dans la 8 ic Olympiade, puisque ce jeune garçon, non-seulement n’eût pas été dâge encore à pouvoir remporter le prix [inter pueros) , mais même n’étoit pas né.
M. Heyne croit encore avoir trouvé en faveur de son opinion, un renseignement dans Pausanias, qui nous apprend que le temple et la statue d Olympie, furent faits du produit des dépouilles enlevées par les hléens sur les Piséens et leurs alliés , lorsqu'ils vainquirent ces peuples et sacagerent Pise. Cherchant à quelle guerre cela peut s’appliquer, il nen trouve pas d’autre, que celle qui eut lieu, depuis la troisième année de la 78e Olympiade, jusqu’à la première année de la 81e, et qui finit par la défaite entière des Messéniens, ou la prise dlthome. Cest du butin de cette guerre, que M. Heyne croit, avec grande vraisemblance, que furent faits et le temple et le colosse d’Olympie. Or, comme de là, à la 83e Olympiade il trouve un espace de tems suffisant pour I exécution de ces ouvrages, il conclut que le Jupiter Olympien a pu être exécuté avant la Minerve du Parthénon.
Mais encore ici nulle preuve contre l’époque du jeune Pantarcès, contre le témoignage de Philochorus, qui fait fuir Phidias en Elide, la deuxième année de la 85e Olympiade, et contre toutes les probabi-
W Pausanias, liv. Y.
DU PARTHÉNON. ia3
lités qui établissent, qu’ayant quitté l’Attique pour venir en Elicle , il s’y fixa avec sa famille.
D’ailleurs quelle nécessité, que le produit de la guerre de Pise ait été de suite, et sans délai, employé à la confection du colosse olympien ? Qui sait combien d’années le temple même aura été à bâtir?
Enfin comme il est de toute nécessité que la figure du jeune vainqueur Pantercès se couronnant lui-même, ait été faite après la 86e Olympiade, ce fait rapporté par Pausanias, prouve clairement, que Phidias ne mourut point en prison à Athènes, comme le dit Plutarque, à la suite de l’accusation qui auroit eu lieu, la deuxième année de la 85e Olympiade.
Le seul motif qu’on pourroit avoir de prétendre, que le Jupiter d’Olympie fut fait avant la Minerve du Parthénon, seroit une déférence très-inutile au passage de Plutarque, dont on a parlé, passage qui ne peut se concilier avec rien. Car si Phidias fit en Elide après la 86e Olympiade et la statue en bronze, et la figure en bas-relief de Pantarcès, il ne mourut donc pas à Athènes, ni au temps, ni pour le fait que Plutarque rapporte. Le passage de Philochorus reste dans toute sa force, et il résulte de là que le Jupiter Olympien fut un monument postérieur à celui de la Minerve du Parthénon.