ACCOMPAGNÉE D’UNE PLANCHE
RESTITUTION
DU
Préambule.
Deux sortes d’études et de connoissances peuvent avoir quelque obligation aux recherches et aux travaux qui ont pour but de faire sortir des descriptions d’objets d’art et de monuments antiques, non seulement leur idée pour l’esprit, mais encore leur image pour les yeux.
On conçoit d’abord ce qu’il y a de curieux, et ce quil peut y avoir d’utile, à reproduire en dessin des ouvrages entièrement perdus, soit pour l’artiste qui ne sait point interpréter les textes anciens, soit pour le philologue qui, tout en traduisant les textes, est rarement en état de confronter à sa version, l’image renfermée dans les mots.
Mais le second genre d’études, je veux dire la critique des textes, peut aussi être redevable à ce travail, d’un nouveau moyen d’interpréter certains passages, d’en vérifier l’exactitude, et de relever les erreurs des copistes.
S’il arrive, par exemple, que la traduction fidèle d’une description de monument nous donne un résultat, que le simple bon sens dénonce comme tout-à-fait impossible, on conclura, ou que l’écrivain nous a débité une fable, ou que quelques erreurs de copie auront produit, dans les détails de la description, des invraisemblances qui la rendent fabuleuse.
Quelquefois aussi, il peut arriver qu’une fidélité exagérée, dans la version de certains mots susceptibles d’une double entente, prête
RESTITUTION
une absurdité tout-à-fait gratuite à la description d’un monument, faute, par le lecteur ou le traducteur, d’avoir pu s’en figurer une image propre à faire disparoître, avec l’ambiguité des mots, l’obscurité de la chose décrite.
J avouerai que j’ai pendant quelque temps éprouvé cet embarras à l’égard de la description, donnée par Pline, du monument de Porsenna, à Clusium. Cet embarras me paroissoit résulter de l’emploi de quelques mots du texte , dont le vrai sens pouvoit cependant être déterminé par la nature même des choses. Mais l’accord des traducteurs et des commentateurs à prendre ce texte au pied de la lettre, nonobstant l’absurdité qu’ils 11e pouvoient s’empêcher de reconnoitre dans une description, que Pline lui-même semble avoir décréditée par le mot fabulositas , me faisoit juger qu’il n’y auroit aucune restitution raisonnable à faire d’un monument qui, d’après l’interprétation reçue, ne présenteroit qu’un assemblage impossible à réaliser.
Cependant je n’eus pas plus tôt soumis cette description à une autre critique, je parle de celle du dessin, qu’il me parut, qu’en donnant à un seul mot, lequel produit tout l’équivoque, non pas un autre sens, mais une autre application du même sens, l’ensemble du monument et chacune de ses parties, tout en se calquant, si l’on peut dire, sur le texte précis de la description, pouvoient offrir la composition la plus raisonnable.
Il me sembla, en conséquence, que Pline, simple copiste ( comme on le verra) d’une description qui n’est pas de lui, avoit pu, comme tous les traducteurs de son passage, se laisser prendre à la signification trop mathématiquement littérale de quelques mots, et que, se figurant le monument d’après l’idée tout-à-fait absurde, que ces mots peuvent présenter, il avoit dû rejeter le tombeau de Porsenna dans la région des hyperboles fabriquées par l’ignorance, ou par l’amour du merveilleux.
Je vais rapporter le texte de Pline, et ensuite les interprétations qui en ont été laites à ma connoissance.