I. — Texte de Pline et versions des traducteurs
(Plin., 1. 36, c. i3. ) — Sepultus est ( Porsenna ) sub urbe Clusio , in (juo loco monumentum reliquit lapideum quadratum ; singula latera pedum lata tricentenum , alta quinquagenum, inque basi quadrata intus labyrinthum i/iextricabilem , quo si quis improperet sine glomere lini exitum i ne en ire nequeat.
Supra id quadratum pyramides stant quinque , quatuor in angulis , in medio una, in imo latœ pedum quinum septuagenum, altæ centum quinquagenum , ita fastigiatæ ut in summo orbis œneus , et petasus unus W omnibus sit impositus ex quo pendeant exapta catenis tintinnabula, quæ vento agitata longe sonitus référant ut Dodonæ olim factum.
Supra quem orbem quatuor pyramides insuper, singulœ extant altæ pedum centenum.
Supra quas uno solo quinque pyramides , quarum altitudinem Varronem puduit adjicere. Fabulæ Etruscœ tradunt eamdem fuisse quam totius operis.
Voici la traduction de Dupinet. Je n’en rapporte que ce qui regarde la difficulté à résoudre.
Sur ce quarré y avoit cinq pyramides, dont les quatre estoient « es quatre coins et la cinquième au milieu, et avoient toutes sep- « tante-cinq pieds d’escarrure au pied, et cinquante de haut. A la c cime d’icelles y avoit un gros tymbre de bronze, rond comme une « boule, qui les prennoit toutes, qui encore étoit tymbrée d’un « chapeau à l’impériale. On y avoit plusieurs cymbales attachées à « petites chaînes, lesquelles, agitées de vent, rendoient incessament « un certain carillon quon oyoit de lort loin, ainsi qu autrefois « étoit du temple de Jupiter Dodonéen.
« Sur ce tymbre y avoit encore quatre pyramides, toutes ayant
(') Singula, et non singulo , se trouve dans l’édition princeps.
(2) Je proposerois de lire una.
i3o RESTITUTION
« cent pieds cle haut, sur lesquelles y avoit encore une terrasse, ou « on voyoit cinq pyramides, si hautes que Varron craignit d’en « mettre la hauteur. Toutefois les poètes Toscans disent quelles « étoient aussi hautes que tout le reste du sépulchre. »
Je rapporte de suite la traduction de Poinsinet, parce quelle est conforme à la précédente , quoique dans un françois plus moderne.
« A chacun des quatre coins de cette base quarrée, s'élève une « pyramide, et une cinquième au milieu, larges à leur base de a soixante et quinze pieds, sur cent cinquante pieds de hauteur. Elles « sont toutes couronnées en commun par une seule boule d’airain, « surmontée d’un grand chapeau, d’où pendent à des chaînes des <f cymbales, lesquelles, agitées par le vent, frappent contre la boule « et rendent un son qui se perpétue long-temps, comme autrefois « celui du bassin de Dodone.
« Au-dessus de ce globe énorme, et du chapeau qui le coeffe, « s’élèvent quatre autres colonnes de cent pieds de hauteur chacune, « couvertes d’une plateforme commune, laquelle sert de base à cinq ce autres colonnes encore, dont Varron a eu honte de marquer la cc hauteur. A en croire les traditions toutes fabuleuses des Toscans, « ce troisième échafaudage colonnaire avoit une hauteur égale à celle <v de tout l’édifice inférieur. »
Le résultat du sens donné, par les deux traducteurs, à la description du monument de Porsenna, est, comme on voit, que cinq pyramides de cent cinquante pieds de haut, dont quatre placées à une distance de cent cinquante pieds l’une de l’autre, sur un soubassement de trois cents pieds en carré, avoient en commun, pour couronnement, un globe d’airain de plus de deux cent cinquante pieds de diamètre (presque le double de la coupole de Saint Pierre) et surmonté d’un chapeau probablement encore plus large; que sur ce globe énorme il y avoit quatre autres pyramides de cent pieds, portant une terrasse servant de plateforme à cinq autres.
DU TOMBEAU DE PORSENNA. i3i
Voici la traduction du président de Brosses (l).
« Cette base quarrée porte cinq pyramides, quatre aux angles, une « au milieu, larges de soixante-quinze pieds par le bas, et hautes « de cinquante, dont le faîte soutient un dôme de bronze ou calotte « qui les couvre toutes. De ce toit pendent tout à l’entour, comme « à Dodone, des cloches ou bassins suspendus par des chaînes.... etc. « Au-dessus du dôme, on a élevé un second étage de quatre pyra- « mides hautes de cent pieds; sur la plateforme de celui-ci, un troi- « sième étage de cinq pyramides, dont Varron, etc.... Les historiens « Etrusques la faisant égale à celle de tout le reste du bâtiment. »
D’après cette traduction, le globe et le chapeau sont convertis en une coupole de bronze, qui couvre les cinq pyramides d’en bas, et c’est sur le comble de ce dôme^ que s’élèvent quatre pyramides de cent pieds, portant une plateforme, qui sert de support à cinq autres pyramides. C’est, comme on voit, la même impossibilité physique, la même construction chimérique, la même superposition perpendiculaire de pyramides à trois étages, dont la base, dans les supérieures, porteroit sur la pointe des inférieures.
M. de Caylus(3), dans un mémoire sur l’architecture ancienne, en parlant du monument de Porsenna, 11e le cite que pour en conclure, qu’en Etrurie on avoit, comme en Egypte, fait des pyramides. Du reste , dit-il , que ces pyramides soient rapportées si ridiculement et dune façon si peu praticable , ce n’est point mon affaire.
M. de Caylus est, à ma connoissance, le seul critique qui ait paru frappé de ce qu’il y a de ridicule et d’impraticable dans la disposition dont, soit le texte, soit ses versions, donnent l’idée. Nulle remarque n’accompagne les traductions, et Hardouin n’a fait lui-même aucune note sur aucun des mots de la description. On diroit qu’on se seroit
(0 Mémoires de l’Académie des inscript. , tome XXXV , pages io3 et 104.
(2) Le traducteur dit en note, qu'elles portoient sur le dôme , qui n étoit qu une section d ovale aplati, etc.; voy. ibid.
0) Mémoires de l’Académie des inscript., tome XIII , page 299.
i3a RESTITUTION
contenté de mettre des mots sur des mots, sans s’inquiéter de l’idée ou de l’image qu’ils dévoient donner ou produire.