XI. — Du tombeau d’Auguste, à Rome
Je pense que nous trouverons ce moyen de conciliation dans la description fort abrégée aussi, que Strabon nous a donnée d’un trèsvaste monument, du mausolée d’Auguste, voisin du Champ-de-Mars, à Rome. On y remarque, dit-il le mausoleum , lequel consiste en une grosse levée de terre, établie proche du fleuve, 7r^oç tco ^otcl/xco ( c’est le mot dont Hérodote s’est servi pour le monument d’Alyates), sur un très -haut soubassement, bâti en marbre blanc, i7n Kçïwn S'oç u'IvXyiç (second rapport entre les deux monuments). Il se terminoit à son sommet par la statue en bronze d’Auguste. Mais voici une particularité, qui, bien qu’énoncée sans aucun développement, donne naturellement lieu à quelques conséquences, selon nous, très -applicables au monument d’Alyates et propres à en donner une bien plus grande idée. Strabon ajoute que le mausolée d’Auguste offroit, jusqu’à son sommet, des plantations d’arbres toujours verts (probablement de cyprès), xoçvQvç toi ç ctud-oiXecri tcov S'îvtycov <ruvnçe<peç.
Nous ne croirons pas, sans doute, que la magnificence du mausolée d’Auguste se seroit bornée à être un monticule de terre
(') Pausanias, liv. II, cliap. 29.
(2) Strabon, liv. V, page 236; traduction française, tome II, page 212.
RESTITUTION
rapportée, et sur la pente duquel il y auroit eu des arbres plantés.
Ce qui reste encore aujourd’hui de ce vaste tombeau, et qui se réduit à la partie circulaire delà périphérie inférieure, nous montre, qu’outre le soubassement de marbre , il y a voit encore d’autres parties construites. Aussi, d’après l indication de ces vestiges et la notion que Strabon nous a donnée, on n’a point hésité à restituer, il y a déjà long-temps, la masse d’un monument qu’on mit jadis au nombre des merveilles du monde. On a été jusqu’à lui donner plus de deux cent cinquante coudées de hauteur^, en établissant dans toute cette élévation des terrasses circulaires , les unes en retraite sur les autres. C’est dans le sol de ces terrasses qu’étoient plantées des rangées de cyprès, qui, d’étage en étage, arrivoient jusqu’au sommet, axçt
Ainsi, l’idée de terrasses par étages et plantées d’arbres, loin de contredire, confirme au contraire, la notion de Strabon. Sans doute, un tel monument pouvoit s’appeler xu/aoc, agger. Mais qui ne voit, d’autre part, l’énormité de dépenses qu’exigea la construction de tous ces murs destinés à retenir les terres, et surtout portés à une si grande élévation ?
Ne nous seroit-il pas permis maintenant de supposer, en faveur du récit d’Hérodote, et de l’admiration qu’il éprouva pour le tombeau d’Alyates, que cette entreprise, qui ne le cédoit qu’à celles de l’Egypte et de Babylone, au lieu de n’être qu’une simple butte de terre naturelle ou rapportée, auroit pu aussi, sans cesser d’être XM^a ynç, présenter un composé de terrasses, circulant par étages solidement construits, et s’élevant à une hauteur, que les mesures données de son soubassement, permettent de porter à quatre ou cinq cents pieds? (voy~. la planche ci-jointe, n° 3.)
(') Voy. Sepolcr. Antichi, pl. LXXII.