A ATHÈNES
Le Temple de Minerve, appelé le Parthénon, dans l’Acropolis d’Athènes, occupoit une superficie d’environ deux cent vingt pieds de long, sur à peu près cent de largeur; cette dernière mesure, qui étoit exacte en pieds grecs, l’avoit fait surnommer hecatonpeclon. Il se composoit d’un mur environné, dans toute son étendue, d’une colonnade isolée, appelée peristjlon , qui régnoit avec une symétrie parfaite aux deux fronts de l’édifice, dont l’un étoit le pronaos, ou le côté antérieur du temple; l’autre, ou Y opisthonaos , en étoit le côté postérieur. De l’un et de l’autre de ces deux côtés étoit un double rang de colonnes, et au fond de chacun, .étoit pratiquée une porte. La seule différence qu’on y pût remarquer étoit que , de ces deux portes, l’une donnoit immédiatement entrée dans le naos (le temple proprement dit); l’autre s’ouvroit sur une pièce de cinquante-cinq pieds de long et quarante de large, située derrière le naos, dont on vient de parler. On l’appeloit opisthoclomos ; c’est-à-dire la salle postérieure du temple. Du reste rien à l’extérieur, au moins dans l’architecture, n’indiquoit le côté antérieur ni le côté postérieur de
l’édifice. A en juger soit sur l’élévation, soit sur le plan, chacun
auroit pu s’y méprendre.
Il n’est pas étonnant que, dans l’état où étoit cet édifice vers la fin du dix-septième siècle, presque tous les voyageurs qui le visitèrent (r), dénués des connoissances architectoniques et archéologiques qui se sont multipliées et répandues depuis, aient commis la méprisé dans laquelle nous verrons qu’ils furent en quelque sorte forcés de tomber, tant sur ce qui fut le côté antérieur du Parthénon, que sur le sujet renfermé dans le tympan de l’un des deux frontons, encore très-bien conservé de leur temps.
Leur seule lumière fut le très-court passage de Pausanias sur ce monument; comme cet écrivain ne désigne aucun des deux fronts du temple, par sa situation orientale ou occidentale, que nous ont fait connoitre les plans des nouveaux voyageurs, ils ne trouvèrent dans les paroles de l’écrivain grec qu’une désignation vague, et devenue, de leur temps, très-facile à interpréter selon le sens contraire à la vérité. De là, comme on va le voir, l’erreur sur le côté antérieur ou d’entrée du temple, et par suite sur le sujet du fronton placé audessus de cette meme entrée.
Il faut, avant tout, rapporter le texte même de Pausanias :
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In templum, quod Parthenona vocant , in illud introeuntibus , quœ in appellatis aquilis résident } omnia pertinent ad Minervœ natalitia. A posteriori vero parte, est Neptuni et Minervœ contestatio de terra atticâ.
(Littéralement) «Pour ceux qui entrent dans le temple appelé « Parthénon , tout ce qui occupe le fronton se rapporte à la naissance « de Minerve. Du côté postérieur est la contestation de Minerve contre « Neptune, sur la possession de l’Attique. »
(0 On peut dire tous : — Nointel, — Cornelio Magni, — Spon et Wheler, — La Guilletière , — Fanelli, — 1 auteur de la Lettre dans le recueil de Bulifon.
On voit que Pausanias n’a désigné les sujets des deux frontons, et les deux frontons, que par l’opposition de l’un des deux à celui qui se trouvoit du côté où l’on entroit dans le temple, et il n’a désigné ni l’un ni l’autre des deux frontispices du temple, par sa situation du côté de l’orient ou du côté de l’occident.
Aujourd’hui que, connoissant sous ce double rapport leurs positions respectives (l), nous savons que le côté qu’on a prétendu être celui de l’entrée du temple, et dont le fronton a été réputé devoir renfermer le sujet de la naissance de Minerve, est le côté occidental; nous nous servirons de ce mot pour le désigner, et par conséquent nous appellerons oriental le côté opposé.
Ces deux appellations convenues, la question sera celle-ci :
Le côté occidental étoit-il le côté antérieur ou d’entrée du temple; et le sujet du fronton occidental, dont nous avons la composition (dans le dessin de Nointel), représente-t-il la naissance de Minerve?
On voit que cette question en contient deux, dont la discussion peut servir à leur solution réciproque. Si en effet nous parvenons à déterminer d’une manière certaine, lequel des côtés, occidental ou oriental, fut le côté antérieur ou d’entrée du temple, nous saurons par le texte précis de Pausanias, quel fut, des deux sujets, celui qui appartient au fronton de ce côté. D’autre part, si, d’après le dessin de Nointel, nous parvenons à rendre indubitable, que le sujet représenté dans le fronton occidental, ne pouvant point s’appliquer à la naissance de Minerve, est celui de sa dispute avêc Neptune, nous serons contraints de reconnoître, avec Pausanias, que le côté de ce fronton ne fut pas celui de l’entrée du temple.
Commençons parla première partie de la question, ou, si l’on veut, par la première question. Le côté occidental du Parthénon était- il le côté antérieur, autrement dit, le côté d'entrée du temple ?
(') Tous les voyageurs sont d’accord sur ce point.