V. — De l’état des deux frontons au temps de Spon et Wheler
Eu entrant dans cette seconde partie, je pose en ces termes la question qui doit en être l’objet : Le dessin des figures du fronton occidental, tel que il/, de Nointel nous l’a donne', peut-il s’appliquer au sujet de la naissance de Minerve, ou doit -il s’appliquer au sujet de
sa dispute avec Neptune P On a déjà dit qu’à l’époque où visitèrent Athènes les principaux voyageurs qu’on peut consulter, savoir : La Guilletière en 1669, Cornelio Magni, M. de Nointel, Spon et Wheler, Fanelli et le capitaine vénitien dont la lettre est dans le recueil de Bulifone, c’est-à-dire depuis 1674 jusqu’en 1687, avant que le temple eût éprouvé l’explosion des bombes vénitiennes, le fronton oriental étoit plus d’à moitié détruit. Toute la partie du milieu avoit disparu. Je pense avoir indiqué plus haut la vraie raison de cette destruction. Fanelli, qui étoit au siège d’Athènes, nous montre ce fronton ainsi écliancré dans deux de ses dessins. Cest en cet état quil avoit été vu plusieurs années auparavant par Spon et Wbeler. C’est ainsi que nous l’a représenté M. de Nointel (ou son dessinateur)^) en 1674. Il n’y restoit plus que sept figures plus ou moins mutilées, occupant d’un côté et de l’autre, l’espace qui alloit en se rapprochant des angles inférieurs du fronton.
Or ces figures fort éloignées du centre, où l’on avoit dû placer et le sujet principal, et les personnages les plus en rapport avec l’idée essentielle de la composition , ne pouvoient guère , dans leur état de mutilation surtout, aider à trouver le moyen de remplir cette énorme lacune. Je dirai encore par la suite pourquoi et comment , soit la nature du champ ou se trouvoient distribuées les figures des frontons , soit le système de leur composition , tout contribuoit à y rendre assez peu intelligible le langage de la sculpture. A chacun des angles inférieurs de ce même fronton, le dessin de Nointel nous fait voir une tête de cheval. Si l’on s’en rapporte à Spon et Wheler, qui allèrent à Athènes deux ans après M. de Nointel, il ne restoit plus qu’une seule de ces deux têtes. Nouveau sujet de préoccupation pour eux Instruits par Pausanias, que le fronton
(0 Voyez la planche III, fig. i.
(2) Nous savons aujourd’hui à quoi nous en tenir sur ces tètes, qui sont au nombre de trois dans le Musée Britannique, et qui durent être au nombre de quatre dans le fronton , comme on le verra par la suite.
RESTITUTION DES FRONTONS postérieur du temple avoit du représenter la dispute de Miuerve avec Neptune , ils crurent voir dans cette tête le fragment d’un cheval marin, par conséquent l’indication d’un sujet de composition dont Neptune avoit fait partie. Toutes les figures de ce fronton , disent-ils, sont tombées, excepté une tête de cheval marin qui étoit la monture ordinaire de ce dieu.
Cette tête de cheval fut pour ces voyageurs une autorité nouvelle, qui leur persuada de plus en plus, que le fronton oriental aux deux tieis détruit, avoit ete le fronton postérieur. Cependant, comme en fait foi le dessin de Nointel (vojr. planche III, fig. i ), il n’y avoit dans ses restes aucun motif, aucune intention de figure ou d’action, propre «à devenir l’indication d’aucun sujet. Car enfin il peut être permis de demander à Spon et à Wheler, sur quel fondement ils jugèrent que cette tête de cheval dont ils parlent, est celle d’un clreval marin. On comprend qu’une queue de poisson, des écailles, des nageoires et d’autres particularités semblables, puissent caractériser le corps de cette espece d animal fabuleux. Mais à quoi peut se faire reconnoltre cette tete toute seule, pour avoir appartenu à un être semblable? J’ignore comment le marbre original put produire cette illusion sur nos voyageurs; mais je devine encore moins comment on peut s’y prêter aujourd’hui, et la soutenir sur le vu du dessin de Nointel. Ce dessin, je l’avoue, ne me parolt rien présenter qui puisse légitimer cette apparence. Quelques traits faciles du crayon léger de Carrey (l>, indications vagues de quelques parties ombrées dans cette tete, sont tout ce qu’on y remarque; mais ces traits ne donnent aucune forme. Il faut des yeux prévenus et fort complaisants pour y
W On trouve sur le reçue,! des dessins du Parthénon dus au zèle de M. de Nointel, une note en date de 1811, qui porte que le dessinateur de M. de Nointel, s’appeloit Jacque Carrey, né à Troyes en r646, mort en ,1726, et qu’il étoit élève de Ch. Lebrun. - Nous trouvons dans Corneho Magni cette note. - Il stgnor Ambasciator invaghito di si gran rarit'a conducendo seco un pittor
finZ72eîloVaUa CI V 11 co1 Castellano per concerter seco il commodo dipoter
inviar quello alla Citadella , per copiar a chiaro e scuro quel bei combattimenti da me di sopra no-
minati. ( Cornelio Magm. Viaggi per la Turchia, tom. II, lett. 6, p. 498. ) P
DU TEMPLE DE MINERVE. a5
voir des apparences de cheval marin. On doit au reste se souvenir que le dessinateur de M. de Nointel, ainsi que nous l’apprennent Spon et Whelcr (t. 2, p. 148) , fit tous les dessins du Parthénon de bas en haut, sans aucun échafaud, et dans un espace de peu de semaines.
Je ne saurois encore m’empêcher de faire observer que la prétendue tête de cheval marin , la seule que disent avoir vue Spon et Wheler , et les deux bien visibles que nous présente le dessin de Nointel , placées au lieu qu’on leur voit occuper, dans le plus étroit espace de chacun des angles inférieurs du fronton, semblent être là, si étrangères à toute la composition, qu’on ne soupçonne pas quel lien d’idée auroit pu les mettre dans un rapport, quel qu’il fût, avec Neptune , dont on veut cpiun cheval marin ait été la monture. De quelque manière qu’on explique ces deux têtes de cheval , aux extrémités du fronton oriental , il vaut mieux dire qu’il n’y avoit réellement, pour la divination de la composition perdue, aucun renseignement à tirer des restes et des fragments de sculpture qui s’y étoient conservés.
Laissons donc , pour le moment , toute discussion sur ce fronton oriental , qui , vu dans l’original et dans la réalité , n’a pu rien apprendre aux anciens voyageurs , sur le sujet de ses sculptures, et dont le dessin est encore plus stérile pour nous, en renseignements sur ce qui fait l’objet de la question actuelle. Quand j’aurai constaté ce que représenta le fronton occidental, je me permettrai de hasarder une conjecture sur la restitution du sujet qui orna le tympan de l’autre.
Spon, Wheler et les autres voyageurs qu’on a cités, virent dans sa presque totalité l’ensemble des sculptures du fronton occidental. Le dessin de Nointel nous y montre dix-huit figures, sans compter les chevaux du char , qui existoient intègres , moins quelques parties isolées qu’il eût été facile de restituer. Fanelli t1) nous apprend qu’après
(0 Atene Attica, pag. 3ij.
RESTITUTION DES FRONTONS la prise de la citadelle par les Vénitiens (en 1687), et le bombardement qui avoit ruiné une partie du temple , et sans doute endommagé ce fronton, il y restoit encore un bon nombre de figures, et surtout ce qu’on appeloit le groupe de Minerve , avec les chevaux , que le doge Morosini voulut enlever pour le transporter k Venise; mais que dans 1 opération de lenlevement, un des deux chevaux tomba et se brisa en morceaux. Piombo a terra Vuno de’ separati corsieri, e diviso ni scaglie , rimase languida a prima vista quella spiritosissima numerosa unione. Il paroit que depuis cette époque la dégradation du fronton augmenta de manière à ne plus offrir que des restes , ou des tronçons de figures méconnoissables. En 1749, lorsque Dalton le dessina, il y restoit encore deux torses d hommes renversés sur sa base, et les débris de huit figures, que le dessin de cet architecte nous indique. En 1708, Stuart ny vit plus que les restes des trois figures dont on aura occasion de reparler.