VI. — Explication de Spon et Wheler
\ oyons maintenant comment Spon et Wheler se rendirent compte du sujet principal, existant dans le milieu du tympan. Cest à cette seule partie qu’ils bornèrent leur explication , excepté toutefois un groupe dont 011 parlera plus tard. Ils eurent , il faut le dire , fort raison de chercher uniquement dans ce milieu, l’action ou la scène qui devoit tout a la fois caractériser la composition, et correspondre a la désignation locale quavoit indiquée Pausanias.
Selon eux, il falloit que le sujet de ce fronton fût la naissance de
Minerve, pour être en rapport avec le coté d’entrée du temple, tel
qu ils se létoient donne. Ils reconnurent donc Minerve dans le groupe
de la figure de femme assise sur le char tramé par deux chevaux, et
précédée par une figure féminine , assez mutilée , qu’ils prirent pour la Victoire.
Un des principaux personnages, et le plus grand de toute la coin-
position , placé assez près de l’angle supérieur du fronton , se présentoit à eux sous la figure d’un homme nu , barbu , faisant une grande enjambée, et dont le bras droit paroît avoir été élevé , car l’avant-bras manque , ainsi que celui de gauche , côté vers lequel penche tout le corps. Ainsi nul attribut dans les mains, et du reste aucun accessoire qui puisse caractériser la figure. Spon et Wheler la prirent pour celle de Jupiter. Quant au grand écartement des jambes, ils l’expliquèrent en supposant qu’un aigle avoit dû occuper cet espace. Comme le personnage est représenté marchant à grands pas , ils en firent le précurseur de Minerve, prétendant que Jupiter introduisoit la nouvelle déesse dans le conseil des dieux, placés à sa gauche, et la faisoit reconnoitre pour sa fille. Voila , disent-ils , un petit commentaire sur Pausanias. Nous verrons , j’espère, qu’effectivement leur explication ne repose que sur un véritable commentaire.
VII. — Tradition mythologique sur la dispute de Minerve et Neptune.
Avant tout , consultons ce qu’ont dit les mythologues sur le fait de la dispute de Minerve avec Neptune ; sujet que je prétends substituer ici, à celui de la naissance de Minerve, dont on traitera dans la troisième partie de cette dissertation.
Le combat mythologique dont il s’agit a paru , selon plus d’un critique éclairé, n’ètre autre chose que l’allégorie d’un combat réel qui auroit eu lieu fort anciennement, dans l’Attique, entre les gens de mer ou pirates, et les gens de la campagne ou agriculteurs, au sujet de la supériorité dans le gouvernement de la chose publique. Quoi qu’il en soit de cette explication très-plausible, les deux représentants des deux professions, Neptune d’une part, Minerve de l’autre, combattirent entre eux. Neptune fut vaincu; Minerve, restée victorieuse , prit possession du pays , et donna son nom à l’Attique.
La chose est racontée diversement par les écrivains et les poètes de l’antiquité. On peut en lire le récit dans la Bibliothèque d’Apollo-
RESTITUTION DES FRONTONS dore^. Tous s’accordent sur l’objet de la dispute, sur l’endroit où elle eut lieu, c’est-à-dire la citadelle d’Athènes ou l’Acropolis ; sur le résultat du combat, la victoire de Minerve. Ils varient sur la manière dont le débat fut jugé, sur la nature des juges, et sur ce que Neptune produisit en concurrence avec l’olivier de Minerve. Ainsi Servius (sur Virgile) et Ovide (2), disent que les dieux, ayant promis de donner 1 Attique a celui des deux qui feroit aux hommes le présent le plus utile, Neptune, d’un coup de son trident, fit sortir de la terre un cheval, et Minerve produisit un olivier, etc. Toutefois la tradition la plus commune fut, que Neptune ayant frappé la terre de son trident , au milieu de la citadelle, y fit paroitre un lac qu’on nommoit Erechtéide.
Pausanias nous paroit confirmer cette dernière tradition, comme la plus généralement reçue à Athènes. En effet, quelques lignes avant le passage déjà rapporté, où il parle du Temple de Minerve, il cite entre autres objets quon voyoit dans l’Acropolis, un ouvrage où étoit représentée la dispute de Neptune avec Minerve. Il ne nous dit point de quelle nature étoit cet ouvrage; mais Minerve y faisoit sortir le premier plan d’olivier, et Neptune faisoit jaillir un bouillon d eau ^ jc a) jcl [uct ctvct<pa'ivct)v n.oGuS'cûv.
VIII. — Réfutation (le l’explication donnée par Spon et Wheler.
Etablissons maintenant sur le dessin même de M. de Nointel ( v . pl. I ) et sur les figures originales vues par Spon et Wheler, telles qu’ils les îapportent, le parallèle de la convenance de ces figures avec l’un ou l’autre des deux sujets, de la naissance de Minerve ou de sa contesta-
“) Liv. III, chap. 1 4. Dans sa note sur ce chapitre, M. Clavier, traducteur d’Apollodorc, rapporte es variantes 1 e cette histoire fabuleuse , ou, si on l’aime mieux, de cette fable historique, sclou Varron , cite par saint Augustin, selon Servius et Ovide.
W Géorgiq., liv. I. v. la. — Métam., liv. VI, v. 70 et suiv.
(3) Paus., liv. I, chap. 9.4.
tion avec Neptune. Quant à la naissance de Minerve, trop d’autorités et de témoignages en ont fait connoltre la fable ou l’allégorie, pour que je m’arrête ici à en rendre compte. Voy. plus bas dans la troisième partie. J’ai toutefois besoin, pour le parallèle à faire, de dire que Jupiter portant Minerve dans son cerveau, en accoucha par l’assistance de Lucine et de Vulcain qui d’un coup de sa hache lui ouvrit le crâne.
Il est bien clair que rien de tout cela ne se peut ni voir, ni supposer dans la composition du fronton occidental; et là, ce me semble, devroit se terminer la controverse sur l’opinion de Spon et Wheler.
Mais, disent -ils, nous commentons Pausanias. Eh bien, que dit Pausanias du sujet que vous commentez? Il dit ce qui a rapport a la naissance de Minerve. Or quel rapport peut -on trouver entre l’idée de naissance et d’une naissance merveilleuse connue de tout le monde, et l’idée d’une présentation, idée toute nouvelle, dont jamais personne n’a parlé ? Qui jamais aujourd’hui s’aviseroit de voir là un équivalent du fait ou de l’idée de la création de Minerve?
Selon Spon et Wheler, Minerve est la figure portée sur le char, et ils reconnoissent pour la Victoire cette figure qui précède les chevaux, quoiqu’il y ait lieu de prendre celle-ci pour Minerve ellemême.
Ainsi voilà qu’au lieu d’exprimer l’action fort simple de présenter une personne en la tenant par la main, si l’on veut, ce sera Jupiter faisant l’office de coureur en avant de la Victoire, qui est elle-même en avant des chevaux, et ce sera en char à deux chevaux que Minerve fera son entrée, et tout cela pour signifier sa naissance.
Qu’on admette, si l’on veut, que c’est Minerve qui est dans le char, il semble, que puisque l’on rapproche l’action de sa présentation prétendue, du fait de sa naissance, elle auroit dû au moins se présenter toute armée, telle quelle sortit du cerveau de son père. Au lieu de cela, la figure du char, qu’ils appellent Minerve, est vêtue de la simple tunique à plis flottants. Le dessin de Nointel nous la fait voir
3o RESTITUTION DES FRONTONS
sans égide , sans casque , sans pique , et la draperie qui passe sur le
bras gauche prouve encore quelle n’eut pas de bouclier.
La ligure qui est en avant des chevaux a été prise par Spon et Wheler pour une Victoire, et malgré plus d’une présomption fondée sur la convenance du sujet, que j’opposerai tout à l’heure à celui que je combats, et malgré l’indication de legide, je veux bien l’admettre pour telle (car il me sera assez indifférent que la Victoire soit dans le char, ou à la tète des chevaux). Mais ce que je ne saurois concevoir, eest comment Spon et Wheler, et surtout ceux qui ont répété, et qui répètent encore leur explication, n’ont pas senti le hors de propos, 1 espèce de non-sens d’une Victoire dans l’ensemble de la scène, sous laquelle ils transforment l’action de la naissance de Minerve. En quoi et sous quel rapport une Victoire peut-elle convenir et s adapter à cette naissance, ou à cette présentation, dont l’idée doit remplacer celle de naissance ? Je crois qu’on verra tout à l’heure qu autant cette figure est ici oiseuse et insignifiante, autant elle sera nécessaire au sujet de la dispute ou du combat.
Quant à la figure qui a été prise pour celle de Jupiter, comme elle ne porte, sur le dessin de Nointel, aucun attribut qui la caractérise, il seroit, je 1 avoue, assez difficile d’en porter un jugement absolu, s il falloit faire abstraction des considérations environnantes. L’entière nudité de cette figure , qui paroît n’avoir eu aucun accompagnement de draperie, ne seroit pas, si l’on veut, une disconvenance lormelle à legard de Jupiter, cependant il semble quelle est touta-fait de convenance à l’égard de Neptune. J’en dirai autant et de 1 attitude de la figure et de son action. Quant à l’aigle imaginé par Spon et Wheler pour remplir le grand vide produit par l’écartement des deux jambes, il n’eût réellement été bien placé en ce lieu, que dans le cas où le roi des dieux auroit été représenté assis et porté sur les ailes de son oiseau , comme beaucoup de monuments nous le montrent. C’est effectivement de cette manière que Stuart, dans 1 ignorance où il étoit des dessins de Nointel, mais d’après l’inspira-
DU TEMPLE DE MINERVE. 3i
tion de Spon et Wheler, a imaginé son Jupiter au milieu de la petite composition tout- à -lait arbitraire du fronton, qu’il hasarda de restituer.
IX. — Nouvelle Interprétation des figures placées au centre du fronton occidental.
Je viens de faire voir comment Spon et Wheler ont appliqué à l’idée et à 1 image de la naissance de Minerve, le milieu du fronton occidental.
Voyons maintenant si en reprenant les memes figures, ou les éléments de la même composition du milieu de ce fronton, nous ne trouverons point que, sans aucun commentaire, sans aucune transposition d’idée, toutes ces figures, et chacune de leurs actions, conviennent mieux au sujet de la dispute, ou du combat de Minerve avec Neptune.
Il faut d’abord opter sur l’explication des deux figures de femme, l’une dans le char, l’autre en avant des chevaux, et décider laquelle des deux est Minerve ou la Victoire.
J’ai dit que dans le système de mon explication, le choix m’étoit assez indifférent.
Veut-on, avec Spon et Wheler, que ce soit Minerve qui soit dans le char, et que la Victoire la précède? Eh bien, je ne puis voir là autre chose que le triomphe de Minerve. Je le demande, y a-t-il une image plus claire de l’avantage remporté par la déesse sur le dieu de la mer? Pouvoit-on mieux rendre sensible cette supériorité, qu’en montrant la première , non pas en combat contre son adversaire , mais victorieuse, et paroissant chasser devant elle son ennemi, qu’on voit fuir à grands pas.
Selon cette hypothèse , que j’adopterai si l’on veut , pour ne pas trop contredire le témoignage de Spon et Wheler, qui ont reconnu Minerve dans la figure sur le char, je dirai que l’intention de l’artiste, en représentant la déesse sans armes et avec la simple tunique
flottante, auroit pu être d’indiquer par-là, le triomphe pacifique des arts et de l’agriculture sur la profession de piraterie, qui avoit commencé par être celle du commerce maritime. Le char seul , sans la Victoire qui le précède, n’eût pas expliqué ce qu’il s’agissoit de dire, qu’il y avoit eu débat, ou lutte, entre les deux adversaires, et que lun l’avoit emporté sur l’autre. Comment l’action réciproque pouvoit-elle être mieux rendue à l’égard de celui qui avoit succombé, qu’en le montrant dans un mouvement, et avec une attitude qui semblent très-conformes à l’action d’un homme qui fuit.
Veut-on, d’après une autre manière de voir, dont je laisse chacun juge, que la figure prise pour la Victoire en avant des chevaux du char, soit plutôt Minerve , comme une indication d’égide , dans le dessin de cette figure par Nointel, peut le faire présumer W? L’opinion que je soutiens en acquerra plus de force.
Dès lors le sculpteur aura représenté , dans l’action de se combattre, les deux personnages principaux qui occupent les deux espaces les plus élevés du fronton, près de son angle supérieur (2). Mais ceci exige que je développe deux considérations, qui se rapportent au langage de l’art, employé pour expliquer aux yeux et la contestation des deux divinités, et ce qui en fut le résultat, pour chacune des deux parties.
(0 que j avoîs laissé à 1 option de chacun est maintenant décidé, par le fragment même de cette partie de la Minerve que j ai vu au Musée Britannique, et dont je donne le dessin, pl. I, fig. 3.
(2) M. le colonel Leake reconnoît la figure qui précède les chevaux pour être Minerve. L’égide placée, dit-il, sur sa poitrine le montre clairement, et il avoue que c’est un point convenu par les partisans de 1 opinion contraire. Selon eux, ajoute-t-il, la déesse est vue dans le moment où elle vient de produire 1 olivier , etc. « Mais dans cette hypothèse , continue-t-il, on ne peut expliquer pourquoi « 1 artiste auroit donné un moindre degré d’importance à la déesse victorieuse, et auroit fait de son « rival vaincu la figure principale et la plus saillante de tout l’ouvrage. » — Pour moi, je ne m’explique point comment on peut faire de ceci une objection. Il est d’abord visible que les deux principaux personnages occupent les deux places principales du fronton, celles qui, les plus voisines de 1 angle supérieur, ont le plus de hauteur. 11 est visible ensuite que si on veut remettre une tête sur le corps de Minerve, cette tête sera précisément à la même distance de la pointe du fronton que celle du personnage viril. Il est sensible enfin que Minerve, personnage féminin , devoit être représentée dans une proportion un peu inférieure à celle du dieu, quel qu’il soit.
Premièrement, eet art étant de la sculpture en statues de rondebosse W, comme j’espère le prouver, il n’eût pas été très-facile à l’artiste, de rendre intelligible au spectateur, je ne dirai pas l’action de chacun des contendants , mais cpie cette action et son produit ou son effet, étoient la matière de leur controverse. Admettons que l’un eût fait jaillir un bouillon d’eau, et l’autre un plant d’olivier, rien n’eût dit que cela étoit le sujet d’un débat ou d’une concurrence entre eux. L’art, qui ne peut rendre l’idée de rivalité, de défi , de contestation , que par les signes visibles de l’action et du mouvement, devoit, à l’effet produit dont on a parlé, joindre de la part des personnages rivaux , une pantomime qui exprimât aux yeux ce que le mot combat exprime tout de suite à l’esprit. Je trouve qu’il fut non-seulement convenable, mais nécessaire, de faire voir ici en état d’hostilité les deux personnages. Et véritablement dans les restes des deux figures , cet état me paroît encore exprimé de manière à ce qu’il soit difficile de s’y tromper. Je persiste à voir Minerve menaçante et Neptune dans l’action de fuir.
Mais cette attitude du dernier , dans un art où toute action est condamnée à l’immobilité, pouvoit encore laisser de l’équivoque. L’art devoit donc ajouter l’image ou l’idée visible de victoire, à l’idée ou à l’image de combat.
Cette seconde considération n’étoit pas moins importante , à l’égard d’un combat surtout où la défaite ne pouvait pas être exprimée comme s’il se fût agi d’un combat à mort. La sculpture du genre de celle de ce fronton, ne devoit pas occuper un espace proportionné à un sujet varié, où l’observation de l’unité seroit de rigueur. Elle avoit à remplir un de ces espaces continus en manière de frise, et sur une ligne trop longue, pour que toutes les figures pussent participer à une action unique. L’art du sculpteur suppose alors, qu’il use d’une sorte d’écriture figurée , qui , comme les caractères du discours , parle par
(l, La chose est aujourd’hui hors de tout doute.
succession d’idées ou d’images. C’est pourquoi, dans le sujet qui nous occupe, après avoir mis sous les yeux l’objet de la contestation, après avoir exprimé, par la pantomime de l’action, l’idée de rivalité et de combat, l’art pouvoit, vu la nature de l’espace, faire succéder l’image de ce qui fut l’issue du combat pour les deux rivaux. Ce qu’il pouvoit faire, il le fit, en exprimant ce résultat par la présence de la Victoire dans le char, à la suite de Minerve.
Ainsi, selon moi, se trouvent racontés, de la manière la plus claire, le sujet, le fait et le résultat de la dispute de Minerve et de Neptune.
Si l’on veut jeter les yeux sur l’ensemble de ce fronton occidental, restitué en parallèle avec l’ensemble du même, réduit à l’état où le dessin de Nointel nous le fait voir, on s’apercevra, je l’espère, que, sans rien changer à l’original, je n’ai fait, dans la restitution, que terminer chaque figure, en lui rendant l’intégrité de ses membres, selon l’intention de l’attitude indiquée par leurs restes. Ce que j’ai pu y ajouter, pour compléter l’idée générale de la scène, et remplir quelque lacune, ne change rien au thème dicté par le dessin de Nointel.
Faisant donc abstraction de ces petites additions, je demanderai maintenant si ce sujet, ne pouvant s’appliquer ni à l’idée , ni au fait de la naissance de Minerve, ne présente pas, d’une façon bien plus évidente, un combat entre les deux divinités? Je demanderai si, même en accordant le commentaire tout -cà- fait inadmissible d’une présentation de Minerve, présentation sans aucun rapport avec l’accouchement de Jupiter, les attitudes contrastantes des deux divinités n’expriment pas beaucoup mieux l’idée de leur débat, que celle d’une introduction de la Déesse par Jupiter dans l’Olympe. Cette introduction d ailleurs seroit si singulièrement figurée, que la personne présentée sembleroit aller en sens contraire de son introducteur ?
Je dois maintenant justifier plusieurs des détails, par lesquels j’ai complété ce que la destruction avoit enlevé aux figures de ce fronton.
On sait aujourd’hui que l’usage assez général de la sculpture, dans ccs temps, fut de donner aux statues de marbre, outre des substances
colorantes , beaucoup de détails accessoires de métal. Ainsi voyonsnous que l’on avoit certainement enlevé, au char de la victoire, et ses roues et sa devanture même, qui certainement furent en bronze. Ce n’est donc point un supplément arbitraire , que celui des parties constitutives ou indicatives de ce charw. Ce n’en est pas un non plus que celui des ailes rendues à la Victoire, ni celui du trident placé dans la main de Neptune , ou de la lance et du bouclier que dut porter Minerve.
Ce que je ferai remarquer comme addition, beaucoup plus arbitraire, et dont chacun pensera ce qu’il voudra, c’est le plant d’oliviers du côté de Minerve, c’est ce que j’ai figuré du côté de Neptune, afin de remplir un vide trop considérable, pour qu’on ne doive pas supposer, qu’il fut jadis occupé par quelque figure, probablement en rapport avec Neptune. Ce vide m’a fait penser que, si Neptune fit jaillir de terre un bouillon d’eau salée, la difficulté de rendre cet objet sensible en sculpture , auroit pu faire naître l’idée de placer auprès du dieu de la mer un petit dieu marin , se groupant avec son trident , et versant de l’eau d’une conque.
Du reste, ces additions, qu’on propose ici comme de simples hypothèses, sont telles, que si elles peuvent tendre à confirmer l’opinion que je soutiens, dans ,1e cas où on les approuveroit, elles restent, dans le cas contraire, tout-à-fait indépendantes de ce qui en fait le fond et le point principal.
(0 Je ne saurois comprendre ce que veut dire M. le co*lonel Leake par ce groupe de têtes humaines placées sous les chevaux du char, qu’il a cru voir dans le dessin de Nointel. J’ai le dessin original de Nointel sous les yeux, et je puis certifier que ce qu’on a pris pour des têtes humaines, n’est autre chose que des traits vagues de crayon , peut-être pour désigner quelques débris en cet endroit, traits probablement encore échappés au dessinateur pour remplir un vide, traits enfin tracés sans intention , et dans lesquels, comme dans les nuages, chacun voit ce qu’il veut voir. Il paroît que de copie en copie, ces traits tant soit peu circulaires ont été modifiés et contournés par le graveur, de manière à produire jusqu’à un certain point l'illusion dont M. le colonel Leake a été dupe. La gravure de ce fronton , dans le IVe tome de Stuart , présente effectivement de quoi motiver cette bizarre méprise ; elle a été encore plus fortement articulée dans le IVe tome de la
traduction francoise de Stuart.