‹ Monuments et ouvrages d'art antiques, restitués d'après les descriptions des écrivains grecs et latins, et accompagnés de dissertations archaeologiquesChapitre 2 sur 9 · LA DESCRIPTION GÉNÉRALE DU MONUMENT · texte numérisé non relu

LA DESCRIPTION GÉNÉRALE DU MONUMENT

Je dois avant tout mettre sous les yeux du lecteur le texte original du passage entier de Diodore de Sicile. Je raccompagne de la version assez fidèle en latin de l’ancien traducteur Rhodoman. Quant à la traduction françoise, je n’ai cru pouvoir adopter ni celle de l’abbé Terrasson, ni celle de M. de Caylus, qui, bien que préférable, se trouve en opposition, sur beaucoup de points, avec la manière dont je propose d’entendre et les mots et les objets de la description. C’est pourquoi je me suis déterminé à présenter ma propre version, que je soumets d’ailleurs, ainsi que la restitution en dessin, au jugement du public. Du reste, la traduction de M. de Caylus se trouvera reproduite en détail, comme point de comparaison, dans l’analyse de chacune des phrases du texte grec, qui formera la matière et le sujet de la seconde partie.

« Dabord on avoit préparé et fait au marteau, sur la mesure du « corps (d’Alexandre), un cercueil d’or, qu’on avoit rempli, jusqu’à « moitié, d’aromates destinés à répandre une bonne odeur, et à prête server le corps de la corruption. »

« Sur le cercueil on plaça une enveloppe, qui embrassant sa surface « extérieure s’y adaptoit exactement. »

npôTov [xèv yàp tô (7cop.aTi jtaT£<7/ieuac07i ^pucoiïv Principio autem cadaveri loculus mallei wpuprftaTov àppÇov, /.al tout’ àvà picov i-lr'coi- ducturâ ita fabricatus erat, ut probe qua- <rav àfcoL/.a-ojv twv aiaa Su vapivwv t r,v eùwrLav /.al draret; quem usque ad medium aromatis, t/;v Siaii.ov/iv 77ap$-/£o6ai tw Èttscvco Si tï; quæ et fragrantiam et durationem cadaveri

« Par dessus on avoit étendu un tapis de pourpre magnifiquement « brodé en or, autour duquel on avoit étalé les armes du roi mort, « pour que tout servit à rappeler ses exploits. »

« On fit ensuite approcher le chariot destiné au transport. »

« Sur ce chariot on avoit établi une chambre voûtée, dont le som- « met ou la couverture en or, étoit ornée decailles formées par des « pierres précieuses. Sa largeur étoit de huit coudées, sa longueur de « douze. »

« Au dessous du plafond du comble, tout l’espace étoit occupé par « un trône d’or carré, orné de figures en relief de tragélaphes, « d’où pendoient des anneaux d’or circulaires de la grandeur de deux « palmes, et à ces anneaux s’attachoient des festons (ou guirlandes) « en fleurs de toutes sortes de couleurs. «

« Aux acrotères régnoit une frange en réseau, avec de fortes son- « nettes pour annoncer de loin lapproche du char. »

« Aux angles de la voûte s’élevoit de chaque côté une figure de « Victoire en or, portant un trophée. »

« La voûte étoit portée par un péristylon d’or, dont les colonnes « avoient des chapiteaux ioniques. »

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preberent, referserant. Supra capulum aureum erat tegmen exacte adaptatum, quod summum circumquaque ambitum complecteretur. Supra lioc circumjecta erat cblamys punicea, perquam décora et auro variegata, juxta quam arma defuncti posuerant, eo consilio ut speciem illam totam rebus ab eo gestis accommodaient. Tum pilentum quo funus transvehendum erat admoverunt, in cujus vertice aureus fornix, squamam liabens è lapillis nobilibus coagmentatam octo cubitûm latitudine et longitudine duodecim, exstructus erat. Iluic fastigio subjectum erat solium ex auro, figura quadratum, in quo tragelaphorum capita expressa, iisque aurei binorum palmorum circuli annexi; unde corollæad pompam concinnatæ variis coloribus

« En dedans du Peristylon (ou colonnade environnante) il y avoit « un réseau d’or, dont la trame étoit de l’épaisseur d’un doigt, ayant « quatre peintures parallèles, remplies de figures. Ces tableaux étoient « égaux aux murs (de la chambre sépulcrale). »

« Dans le premier tableau on voyoit un char richement travaillé « en métal. Alexandre y paroissoit assis, tenant en main un sceptre « magnifique. Autour de lui marchoient la garde Macédonienne tout « armée, et le bataillon des Perses appelés mélophores; en avant « étoient les oplites. »

« Le second tableau se composoit du train des éléphants équipés « en guerre, ayant en avant leurs Indiens, et par derrière les Macé- « doniens avec leurs armures ordinaires. »

« On avoit figuré dans le troisième tableau des corps de cavalerie, « imitant les manœuvres, et les évolutions d’un combat. »

« Le quatrième représentoit des vaisseaux en ordre de bataille fou « armés pour la bataille). »

^o<pov toîç syyiÇoufïi. Kora t àç Tvjç xap.apaç

yomaç, sep’ éjcacr/iç v)v lAsupâç vlxv) ypuov) rpcm aïo- <pdpoç. To $’ Èx&Eyo'p.Evov tt)v xap„apav xsptcxu7.ov y puoouv ’jTTr.pycv , eyov îamxà xiovoxpava* evtoç dè tou 77£p’.XT'jÀ0'j d ijctuov Y)v ypucouv , to xàyo; TV) ttào/.y, daxTuXiaîov , xal mvaxaç ~apa.7Ar')v0u; A>ocpdpouç TETTapaç ’itquç toÎç Toiyoïç lyov.

Toutmv 6 p.èv TïpwTOç 7|V éywv app.a Topsuxov, xai xaOv'p.evov kl toutou tov ÀTi^av^pov, p.£xà yEÎpaç eyovTa cxr-Tpov ^laTCpEiTEç’ xfip't clè tov (3a- Aea pxa p.èv Ù7r?,py£ ÔEpaTOia xaGioTAtTp.svv) Maxcdoveov , aTAv) ricpowv p//]7.o(popwv , /.a.l TTpO TOU-

TtOV ÔTrXoÇOpûl ■ 6 ^EUTEpOÇ ciy £ TO’JÇ £7T aX07.0U-

OoùvTaç tv) 0£paiï£la È7.£<pavTaç XEXo<7p.v)p.Évouç xoXep.ixwç , àvaoaTaç é'yovTa; ex piv tôv £p.rpoc0£v ivcLùç, ex oè tûv otcioGev Maxe^ova;, xaGcoTAicp.É-

pulcherrimè tanquam flores renidebant. In summo limbria exstabat reticularis, tintinnabula eximiæ magnitudinis continens,ut ex longiore intervallo sonus ad propinquantium aures perferretur. Ad angulos testudinis fornicatæ, in singulis lateribus, Victoria stabat tropæum gerens. Peristylium quod fornicem excipiebat, ex auro eonflatum, Ionica capitella liabebat; intra quod aureum rete crassitudine contextûs digitali, tabulas ex ordine quatuor signiferas et parietibus æquales præferebat.

In prima erat currus cælo elaboratus, et residens in boc Alexander, sceptrumque manu décorum tenens. Circa regem satellitiumerat armisinstructum hincMacedonum, inde Persarum melofororum, et ante bos armigeri. In secunda stipatores sequebantur elephantes bellico ritu exornati , qui in b onté Indos, in tergo Macedones armis consuetis indutos vehebant. In tertia visebantur equi-

« A l’ésodos cle la chambre (ou sous le vestibule) il y avoit des « bous d’or, placés de manière qu’ils sembloient regarder les entrants. « « Au milieu de chaque colonne étoit une acanthe d’or, qui s’élevoit « insensiblement jusqu’au chapiteau. »

« Au dessus du faîte et au milieu de la voûte, se trouvoit étendu, « en plein air, un tapis de pourpre, sur lequel posoit une couronne « d’olivier d’une grande dimension. Elle étoit d’or, et lorsque les « rayons du soleil frappoient dessus, l’éclat s’en trouvoit repercuté « de manière à produire de loin l’effet des éclairs. »

« Le train du chariot sur lequel reposoit la chambre voûtée, avoit « deux essieux, autour desquels tournoient quatre roues à la persienne, « dont les rayons et les jantes étoient dorés. Les bandes seules étoient « de fer. Des tètes de lion d’or, dont les gueules mordoient un fer de cc lance (qui en faisoient l’écrou), étoient l’ornement des moyeux. »

« Au milieu de la longueur du chariot, et au point central de la « chambre, étoit adapté, avec beaucoup d’art, un pivot sur lequel

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H cp û-à tv,v x.agapav x.aGacipa cïuo alyav a£ova; , o'j<i~£p èè'.vauov Tpoyol napcim Tarrapeç, cov ûw/ipye Ta p.ev TAayia , ai rU jcv7]|ûSeç x.aTax.aypvTco piv ai , TO oa rpoc-JUTTOv toi; aàacpeci pa'po; , ct^vipouv* tcov àaovcov Ta xpoayovTa y puera JcaTemteuacTO , xpo- Top.aç éyovTa AaovTcov cr'.ovvviv o^xç x.aTay oucra;. Kaxa ôa p.acov to pvy.o; ecyov xdXov av/ippocriiavov p.7)yav'.y.co; av pacrv) tt, x.apapx , côtt3 âuvacrQai cba

tum turraæ, qui conglomerationes acierum iraitarentur. In quarta naves ad pugnam expeditæ stabant. Ad testudinis ingressum aurei leones ad intrantes respectabant. Medium columnœ uniuscujusque aureus obtinebat acanthus paulatim ad capitella sese extendeus. Supra cameram, circaverticis medium, aureus erat tapes subdialis, auream oleæ coronam habens magnitudinis eximiæ, quarn sol radiis suis verberans, fulgidum tremulumque efliciebat splendorem, ita ut fulguris ex intervallo speciem exliiberet.

Cellæ testudini subjectæ axes duo suberant, quos circum volvebantur Persicæ rotæ quatuor, quarum modioli radiique inaurati erant ; pars autem terrain allapsucontingens, ferrea. Extrema axium prominentia constabant ex auro, leonumque faciès bastam mordicus tenentes præferebant. Circa mediam vero longitudinem in medio fornice mecha-

« lédifiee, maintenu en équilibre, conservoit son niveau, se trouvant « ainsi garanti contre les secousses, et préservé des inconvénients « de l’inégalité des mauvais chemins. »

« Il y avoit quatre timons, à chacun desquels étoit attaché un « quadruple rang de jougs; quatre mulets étoieut attelés à chaque joug. « Le nombre des mulets étoit de soixante et quatre. O11 avoit choisi « les plus forts et les plus hauts. Chacun d’eux avoit sur la tète ime « couronne dorée, des sonnettes d’or aux deux côtés de la mâchoire, « et autour du cou des colliers chargés de pierres précieuses. »

Ayant pour objet de montrer l’accord de l’ensemble du dessin qui accompagne cette dissertation, avec l’ensemble du texte descriptif de Diodore de Sicile, je 11e crois pouvoir mieux faire que de suivre, dans le développement que je vais lui donner, l’ordre même qu’a suivi l’historien grec dans son récit. Laissant donc de côté ce qui fait le commencement de ce récit, et qui se rapporte uniquement au cercueil d’Alexandre, à ce qui lui servit d’enveloppe, aux accessoires qui l’environnèrent dans l’intérieur de la chambre sépulcrale, accessoires étrangers à l’ouvrage architectural qu’il s’agit de retrouver, et dont la critique trouvera sa place dans la seconde partie, je vois que la description abrégée de Diodore comprend deux sortes d objets susceptibles

toutou tt)V y.a;j.apav àcoXarrov eivat y.arà robç ceicy.obç z. al dvcjy.aXo'jç totcouç ‘ -STTaocov 8’ ovtcov pu- ;aüv , ey.acmp TSTpaoTOt^la Çsuycov , tet-

xapwv dpudvcov êx.x<jT<p (auyei TTpocfbLu.sycov , coct£ roùç àravTaç vip.tdvou; etvai é^vfxovTa y. al T£ccapaç, £~0,cAcy|X£vo’j; Talç T£ ptoy.caç )tal toÎç àvaoTYigacivéy.a<7To; à a toutcov sGT£<pdvwTO y.ey o’jccop.svw CT£;pdvto, y. al ~ap’ éy.ax£pav tôv ci aydvcov £l/£v èçvipTT)ja£vov y.toècova ypucoOv , ~£ pl tou; xpayvfXouç y).towvaç Moxo^V/yTOuç.

nicâ arte polus (cardo) adaptatus crat, ut per liunc testudo in succussionibus et iniquitate locorum sine jactatione esse posset. Quatuor temonescùin essent,unicuiqueordojugorum quadruplex adjunctus erat, quaternis midis jugo alligatis, ita ut omnium mulorum numerus esset quatuor et sexaginta, robore ac proceritate corporis selectissimorum. Quisque liorum coronâ deauratâ redimitus erat, et utrique maxillæ tintinnabula ex auro, et monilia gemmis constipata collis appensa erant.

d’être considérés séparément, savoir : la chambre sépulcrale, et le chariot qui la porta, avec X attelage qui la traîna.

Comme le point le plus important est sans doute celui de la chambre sépulcrale, puisqu’on peut dire qu’elle constituoit le monument même, et l’ouvrage de l’art proprement dit, je dois commencer par bien faire connoître la nature de cet ouvrage, c’est-àdire de sa matière et de son travail, les dimensions générales de sa masse, les proportions de son ordonnance, le genre de son architecture, la distribution des détails de ses ornements, et le goût de sa décoration. Ce sera le sujet unique de la première partie. Je renverrai a la troisième partie de cette dissertation ce qui regarde la description du chariot et son attelage.

Pour établir et pour pouvoir donner une idée précise de ce que

fut ce monument, la première considération doit être celle du genre

de matière qui composa sa structure. De là dépend, plus qu’on ne

sauroit le dire, la connoissance élémentaire et de scs formes, et de

ses rapports, et de son goût. Faute de partir d’une donnée fixe en ce

genre, on reste dans un vague d’explications qui n’expliquent rien,

on ne voit rien avec netteté, et l’on risque d’appliquer à un ouvrage

d exception, des procédés de construction banale, qui ne sauroient

ni lui convenir, ni même physiquement lui appartenir. Tel est, à

mon avis, une des principales raisons de l’impropriété, qui frappe

dans le projet de restitution présenté par M. de Caylus. ( Voj . pl. III.)

En le voyant, on peut croire que, dans l’édifice qu’il nous montre,

il ne s agit d autre chose que dune construction faite avec des maté-

1 ‘aux oïdinaires. Rien ny indique, et ne peut faire présumer qu’on

se soit îendu compte d une structure destinée à rouler sur un chariot,

d un édifice mobile enfin, qui devoit parcourir une immense étendue de pays

DU ClIAll FUNÉRAIRE D’ALEXANDRE. n

Toutefois cette destination est ce qui peut le mieux faire deviner, si l’on manquoit de preuves, quel fut le genre et quel fut le système de construction de notre monument. Il est clair que sur un train de chariot, on 11e put solidement établir, pour être traîné de Babylone en Egypte, qu’un bâtis métallique. Aucune autre espèce de matériaux, exposée aux secousses d’un roulement quelconque, et à beaucoup d’autres inconvénients, n’auroit pu conserver son assemblage. En pierres, fédifice se seroit décomposé, et eût d’ailleurs offert, sur un bâtis de charpente, un poids hors de mesure. Le bois plus léger n’auroit probablement pas eu une consistance suffisante.

Au reste, il ne peut y avoir ici aucun doute. Quoique le fait d’une construction métallique, fait que je pose comme incontestable, ne soit pas expressément énoncé par Diodore de Sicile, sa certitude résulte des notions partielles de la description. En effet, pour laisser de côté toutes les inductions de détail, je trouve que l’édifice se réduit à trois parties distinctes, les colonnes, les murs, et la voûte (ou couverture). Or il est constant, d’après les propres paroles de l’écrivain, que les colonnes formant le péristyle, c’est-à-dire les colonnes régnant autour de la chambre, étoient d’or, TcspérruÀov /pjaouv, que le grillage qui formoit les murs de clôture de la chambre étoit d’or, àfoToov y,v /pocroüv, et que la couverture ou la voûte étoit d or, vrjjyjyL /pu or,.

Maintenant pourroit s’élever cette question : Doit-on prendre au pied de la lettre le mot /pu croc? Je répondrai que le grec ayant un autre terme pour dire doré, /.î/puaw/ivo;, dont Diodore n’use point, il resteroit à supposer qu’ici, comme cela aura dû arriver plus d’une fois, l’esprit d’exagération, ou des notions inexactes auroient porté à donner, ou à prendre pour de l’or, ce qui n’en auroit été que limitation. Il semble cependant que tout autorise à admettre ce luxe, et cette profusion de magnificence, si on considère, soit celui qui en devenoit l’objet, soit le pays oû l’ouvrage fut fait, et l’abondance d’or qu’on sait y avoir régné à cette époque. Mais il faut dire que rien n’est plus

indifférent dans la discussion qui nous occupe. Que l’ouvrage ait été d’or ou de métal doré, ce qu’il nous importe d’avérer, c’est que le monument consistoit dans une construction métallique.

La matière du monument ayant dû être le métal, il faut encore se rendre compte du genre de travail qui lui fut analogue. Le métal, comme on sait, s’emploie de deux manières dans les ouvrages de la statuaire, soit par le procédé de la fonte dans un moule, soit par les pratiques de cette partie de l’art que les Grecs appeloieut Toreutique. La foute n’eût guère été applicable à toutes les parties de détail, et aux ornements divers d’une composition architecturale. 11 nous paroit bien probable que l’on prépara d’abord une armature métallique, composée de barres montantes pour les colonnes, de bandes horizontales pour recevoir les parties de l’entablement, et de bandes cintrées de distance en distance, pour supporter les ornements de la voûte.

On peut donc se figurer l’ensemble de l’armature, comme une sorte de cage composée de barreaux, qui formèrent un tout solide, dont les diverses parties étoient liées et scellées entre elles. Telle devoit être lame invisible de 1 ordonnance. Rien de pins simple alors que d imaginer 1 œuvre de 1 architecture, comme un revêtement de plaques d’or travaillées au marteau, et devant s’ajuster les unes aux autres par compai timents, selon le galbe des colonnes, et la mesure ou la forme des autres objets. Une plus minutieuse énumération de ces procédés sot tir oit par trop, de ce qui est l’objet principal de cette discussion.

Sl le genre du monument nous a indiqué le genre de sa matière, et si celle-ci nous a conduit a reconnoître 1 espèce du travail mécanique, cette soi te de travail nous explique encore sa conformité avec

gout que la desc i iption nous lait voir, comme ayant été particulier a ce monument. Or, cette recherche d ornements, cet assemblage d objets 1 iehes et varies, de métaux brillants, de pierres précieuses,

DU CHAR FUNÉRAIRE D’ALEXANDRE. i3

de reliefs coloriés, de rameaux d’acanthe tournant autour des colonnes, tout cela n’est-il pas spécialement du ressort de la Toreutique (ou sculpture sur métaux), partie si brillante de l’art des Grecs, dont les ouvrages de l’orfèvrerie florentine des quinzième et seizième siècles avoient en partie rappelé les traditions? On sait assez que le génie des arts, qui emploient les ressources des métaux précieux, admet et comporte une bien autre diversité de composition dans l’emploi, le choix et l’ajustement des détails décoratifs, que ne peut le faire la gravité de l’architecture, avec les matériaux solides, et dans les masses imposantes de ses bâtiments.

C’est donc sous le point de vue du genre de travail et du genre d ouvrage dont on vient de donner l’idée, qu’il nous semble qu’on doit considérer le char funéraire d Alexandre. On sera plus disposé encore à adopter ce point de vue technique de l’art, si l’on réfléchit que ce monument métallique ayant été d’une petite dimension, on doit le juger beaucoup moins comme une production de l’art de bâtir, que comme une œuvre de décoration.

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La dimension du monument a été donnée par Diodore de Sicile de la manière la plus précise. Il n’y a lieu à aucune incertitude, comme on le verra dans la seconde partie.* Qu’on entende le mot grec x,a[jt,dcpa dans l’une ou l’autre signification, soit comme voûte, soit comme chambre voûtée , sa longueur étoit de douze coudées et sa largeur de huit.

Il y a, je le sais, quelques diversités d’opinion sur l'évaluation de la coudée et son rapport avec les mesures modernes. Les uns lui ont donné près d’un pied et demi (Danville est de ce nombre); M. de Caylus l’a réduite à un pied quatre pouces. Comme en général les écrivains anciens, lorsqu’ils donnent les mesures des monuments, ne paroissent point avoir tenu compte des fractions, et portent ce qu’on

i4 RESTITUTION

appelle le compte rond > j’ai pensé qu’on pouvoit en faire de même, surtout dans une restitution, ou la rigueur arithmétique est tout-àfait indifférente.

Cest pourquoi j’ai donné, dans la proportion indiquée par Diodore, dix-huit pieds à la longueur de 1’édifîce., et douze pieds a sa largeur.

C’est donc sur un plateau de dix-huit pieds en long et de douze pieds en large qu etoient établies les colonnes du péristjrlon. Ces colonnes étoient d’ordre ionique. En leur donnant un pied de diamètre et deux diamètres et demi à leurs entrecolonnements, il dut y avoir aux flancs de l’édifice six colonnes avec cinq entrecolonnements. Les petits côtés, ou ceux du pronaos et du posticum dans la même proportion, eurent quatre colonnes, en comptant celles des angles, et trois entrecolonnements d’à peu près deux diamètres et demi de largeur. Les colonnes ayant un pied de diamètre, il est probable que la largeur de la petite galerie entre la colonnade et ce qui formoit le mur de la chambre intérieure, étoit la même que celle des entrecolonnements; déduisant donc deux à trois pieds de chaque côté dans la largeur totale, il est à présumer que l’intérieur de la chambre n aura pas eu plus de sept à huit pieds de large. Si l’on veut maintenant faire les mêmes déductions pour la longueur, en donnant de quatre a cinq pieds de profondeur à la partie de devant du péristyle où étoient les lions d’or, et deux à trois pieds seulement au posticum , on trouvera que la chambre aura pu avoir dans son intérieur de dix à douze pieds de long.

Cet espace est, comme on le voit, dans la proportion de la masse totale, cest-a-dire dun tiers plus long que large. Or, cette étendue etoit plus que suffisante pour contenir et au-delà le cercueil avec sa représentation, plus les draperies et les armures rangées à l entour. Mais outre d autres invraisemblances accumulées dans la restitution de M. de Ca} lus, on voit que 1 emplacement n’eût pu suffire pour y placer 1 1 le trône du Roi et les statues des Victoires. Je ne parle pas des ta-

DU ClIAR FUNÉRAIRE D’ALEXANDRE. i5

bleaux qui, placés dans ce local, selon son hypothèse [y. pl. III, fig. 2), eussent été tout-à-fait invisibles, comme 011 le fera sentir ailleurs.

Les colonnes étant d’ordre ionique durent avoir de sept à huit diamètres, c’est-à-dire de huit à neuf pieds de hauteur, avec hase et chapiteau. Si l’on donne à l’entablement le cinquième de la hauteur de la colonne, qui sera un pied et demi, on peut supposer que la voûte aura eu le tiers de l’ordre avec l’entablement, c’est-à-dire à peu près quatre pieds d’élévation, toutes proportions conformes aux usages de l’architecture. On trouve dès lors que la hauteur excéda fort peu la largeur. Quant à la voûte, sa hauteur paroit indiquée par celle du troue d’Alexandre placé entre la voussure et l’entablement, il est difficile de lui donner moins de trois ou quatre pieds.

Je n’ai pas compris dans la supputation de ces mesures celle du soubassement qui dut faire partie du chariot, et qu’il faut regarder dans mon dessin comme plus ou moins arbitraire. Si l’on veut de meme compter l’ornement accessoire de la couronne d’or placée au sommet, de quelque façon qu’on l’imagine posée pour servir d’amortissement à tout cet ensemble, je 11e vois aucune difficulté de fixer toute l’élévation à compter du dessus des roues du chariot, comme ayant pu être de quinze à dix-huit pieds.

La disposition de cet ensemble fut des plus régulières. Le plan étoit celui d’un periptère, ayant quatre colonnes à chacun de ses fronts, et six à chacune de ses ailes. Dans l’architecture grecque, quand on connoit les dimensions d’un plan, 011 présume avec certitude le nombre de colonnes qui durent y trouver place. Or, ici les mesures de largeur et de longueur du monument étant données, et le genre des colonnes étant connu, il n’y a presqu’aucun doute sur la manière dont elles étoient réparties. S’il s’agit, par exemple, des faces antérieure et postérieure de cette œdicula , il ne peut y avoir de choix

qu’entre le nombre de deux et celui de quatre colonnes, puisque le nombre trois placeroit une colonne dans le milieu, ce qui seroit une absurdité; et il n’y auroit point eu assez d’espace pour le nombre cinq. Mais on voit que le nombre deux auroit donné un entrecolonnement unique, large de dix diamètres, chose invraisemblable, dès qu’on est forcé d’admettre qu’au siècle d’Alexandre l'architecture avoit acquis des règles d’ordonnance et de proportion invariables.

Sans doute, s’il étoit permis de supposer que le monument n’eût eu qu’une colonne à chacun de ses quatre angles, la combinaison dort on vient de parler seroit très admissible, mais le texte de la description ne permet pas cette hypohèse. Diodore se sert du mot 'rrepiçiAov , ewo; tou rapiçrûou. Dès lors il ne peut y avoir eu de colonnes, selon le sens précis de ce mot, autour de la chambre, que de deux manières : ou adossées au mur, c’est-à-dire au grillage servant de clôture à cette chambre, ou isolées et en avant, c’est-à-dire laissant un espace entre elles et ce mur grillé. Mais l’adossement des colonnes est contredit ici par plus d’une considération; enfin les mots svto; tou Tcspîç'u'Xou désignent clairement l’espace régnant entre les colonnes et le mur de la chambre.

Puisqu’il y eut clés colonnes isolées dans les ailes ou le long des flancs de l’édifice, il fiiut admettre que leurs entrecolonnements furent réguliers. Dès lors on ne voit ni par quelle raison, ni en vertu de quel caprice, l’architecte cpii auroit donné aux entrecolonnements des ailes deux pieds six pouces de large, auroit donné aux colonnes des fronts un entrecolonncment de dix pieds en largeur. Le nombre de deux colonnes aux fronts, ne pouvant s’accorder ni avec le texte de Diodore, ni avec les plus simples errements de l’architecture, ni avec la disposition des flancs de l’édifice, il doit rester comme prouvé qu’il y eut quatre colonnes aux fronts du monument, et qu’il fut ce qu’on appelle un tetrastyle. Ainsi les quatre colonnes doivent donner un entrecolonnement pour le milieu, et un de chaque côté de celui-ci. En admettant deux pieds et demi pour chacun des trois

entrecolonnements on trouve sept pieds et demi qui, joints aux quatre pieds des diamètres de colonnes, font onze pieds et demi, proportion équivalente, sauf quelques légères variétés, à la mesure de la largeur, qu’on a portée par forme de compte rond à douze pieds.

S’il est nécessaire d accorder que le péristylon eut dans les fronts de ledifice quatre colonnes, il n’y a plus lieu «à discussion sur le nombre des colonnes latérales. Les colonnes, dans toute architecture régulière, devant être disposées à intervalles égaux, il ne s’agit plus que de chercher combien de colonnes d’un pied de diamètre, espacées entre elles de deux pieds et demi, purent tenir sur une longueur de dixliuit pieds. Le nombre en est évidemment de six, lesquelles font six pieds, auxquels il faut ajouter cinq entrecolonnements de deux pieds et demi, faisant douze pieds et demi. Donc la longueur totale seroit dix huit pieds et demi, mesure, à une fraction près égale, à la dimension générale déjà donnée.

L édifice étoit donc un parallélogramme environné de seize colonnes ioniques, portant un entablement sur lequel venoit retomber la voûte, comme l’expriment avec la plus grande clarté, les paroles de Diodore, to à s éx-^s^ogsvov ttjv x.ag.àpav Tcepfciû.ov, péris tyliurn quod fornicem excipiebat. C’est bien sur les colonnes que s’élevoit le berceau métallique, qui devoit former tout à la fois couverture cintrée en dedans et comble à extérieur. Il ne seroit point naturel que la charpente métallique dont il est question ait été reçue par le mur en grillage , qui composoit comme le naos de cette œdicula. Très naturellement c’est sur les colonnes que s’appuyent les pièces d’une toiture ; et la voûte circulaire étoit ici le véritable toit.

L’ordre employé dans notre monument, ayant été 1 ordre ionique, cette seule notion suffiroit pour nous apprendre que 1 on doit se conformer, pour son entablement, aux règles ordinaires suivies par tous les architectes de l’antiquité, pour les membres et les profils qui formèrent le couronnement de cet ordre. Aussi ne croyons-nous pas qu’il soit besoin d’en dire plus à cet égard.

Une seule particularité nous semble avoir été ajoutée à l’entablement; c’est cette sorte de réseau qui, selon les paroles du texte, régnoit aux acrotères, et qui, comme nous espérons le montrer avec plus de détail, devoit s’élever au dessus de la corniche. Là étoient suspendues les clochettes dont le bruit annoncoit de loin l’arrivée du char. Les mots grecs indiquent précisément une de ces sommités, que désigne le mot acrotère. On ne sauroit entendre cette sommité du point culminant de la voûte , puisque son sommet étoit occupé par la draperie de pourpre et par la couronne d’or. C’est aussi en cette place au dessus de 1 entablement , mais comme le portent les paroles du texte, aux angles de la voûte, que dévoient nécessairement être situées les quatre V ictoires d or portant des trophées. Il nous a donc paru que le réseau rempli de clochettes devoit s’étendre d’un des massifs ou acrotères de chaque Victoire à 1 autre. Il y a ainsi , lorsqu’on remet ensemble les parties décrites d’un ouvrage d’architecture régulière, des points incontestables, quoique la description ne les énonce pas d’une manière formelle. Outre 1 usage qui les fait connoitre, il faut encore admettre comme preuve, 1 impossibilité oû l’on seroit de trouver à ces objets un autre emplacement.

Une des particularités de notre monument, et dont la véritable image avoit tout- à- fait échappé à M. de Caylus, est celle du mur en grillage qui formoit l’enceinte de la chambre où étoit le corps d’Alexandre. Ce n’est pas sans raison que nous nous servons ici du mot mur. Le texte grec, comme on le verra, l’emploie de même, en parlant des peintures qui avoient, dit-il, la même longueur que les murs de la chambre, t otç t iorouç.

Ce mur d’enceinte étoit donc un réseau d’or, c’est-à-dire un grillage formé par une espèce de cordeau, iCkovSt] , trama textus. Ce mot indique la chose avec beaucoup de précision. Comme le cordeau devoit avoir, selon Diodore, la grosseur du doigt, il faut inférer de là qu’il s’agit d’une véritable grille réticulaire , au travers de laquelle on apercevoit ce qui étoit contenu dans l’intérieur de la chambre, c’est-à-dire le cercueil du roi enfermé dans une représentation couverte d’une draperie de pourpre, sur laquelle et autour de laquelle se voyoient rangées les armures du conquérant.

Rien ne prouve mieux ce que nous avons énoncé dès l’abord, savoir, que toute cette structure étoit métallique.

11 n’y a maintenant rien de plus clairement démontré, par l’ordonnance seule de toutes ces parties, quand le texte même ne le confirmeroit pas, que la place des quatre peintures qui représentoient les exploits d’Alexandre.

C’est, dit la description, sous le péristyle même que le mur en réseau d’or, avoit (pour traduire littéralement) quatre peintures parallèles et égales aux murs. Ce rapport d’égalité avec les murs est assez bien désigné par le mot parallèles , qui les fait voir comme for-

niant une ligne parallèle en longueur avec le plan de ledilîce. Nous discuterons encore ailleurs ce passage, et nous espérons prouver avec plus d’étendue, que cette correspondance de mesure des tableaux avec les murs ne doit pas s’entendre d’une manière absolue, comme si chacune des peintures eût occupé la totalité de l’espace de chaque mur. Ce mur, comme on l’a dit, étant un grillage au travers duquel on devoit voir l’intérieur de la chambre, les tableaux si on les supposoit de la grandeur des murs, en tous sens, auroient empêché d’apercevoir les objets de cet intérieur. Il paroît bien plus naturel de croire que les peintures dépendantes des murs en grillage, et d’une mesure égale à chacun, auront été ce qu’on appelle des tableaux en forme de frise, occupant le haut de chaque mur, selon les pratiques adoptées dans l’architecture de plus d’un temple , et particulièrement du Parthénon d’Athènes, sous la galerie duquel régnoit dans le haut du mur, une frise égale à sa longueur, sculptée en bas-relief de trois pieds d’élévation.

Outre l’analogie des exemples, la disposition dont nous parlons semble prescrite par plus d’une considération que l’ouvrage même fait naître. D’abord il est constant que du coté où fut la porte d entrée, il n’y eut place que pour une frise régnant au-dessus. Si 1 on se rappelle que la hauteur des colonnes, et par conséquent celle des galeries étoit de huit pieds, en donnant six pieds à la porte, et peut-être encore quelque chose pour son chambranle, cette frise n aura guère pu avoir plus d’un pied et demi de haut. Si ensuite on veut se rendre compte des sujets décrits par Diodore, comme ayant été la matière de ces peintures, on est tout naturellement forcé de se les représenter, sous l’aspect de compositions, ou les figures forment des séries de personnages à la suite les uns des autres. Ce sont, par exemple, différens corps de troupes avec des armures différentes qui piécèdent, accompagnent ou suivent le char qui porte Alexandre. Ailleurs c est un train deléphans armés en guerre, précédés par des Indiens, et suivis par des Macédoniens.

Comme un très grand nombre d’exemples nous fait voir, dans les monuments construits de l'architecture antique, des frises de basreliefs en terre cuite ou en marbre, auxquelles on avoit ajouté les couleurs de la peinture, j’ai présumé que les pinakai ou tableaux de la description auroient pu être des ouvrages métalliques en bas-reliefs, qui auroient, par des teintes colorantes, joué le rôle de tableaux. Ceci au reste n’est autre chose qu’une supposition

gratuite.

Mais ce qui nous paroit incontestable c’est que ces sujets, soit peinture, soit sculpture peinte, ne sauroient se supposer, comme l’a fait M. de Caylus (vojr. pl. III, fîg. 2), avoir occupé l’intérieur de la chambre sépulcrale, où ils n’auroient été vus de personne, et où ils n’auroient contribué en rien à la décoration de l’ensemble. Lorsqu’on envisage le monument dans sa nature et dans sa destination, il est évident que tout le luxe de l’art, avec les ressources de la décoration dut se porter à l’extérieur, puisqu’il 11e devoit avoir de spectateurs qu’en dehors, et que dès lors tout ce spectacle de décoration auroit été en pure perte dans un intérieur, où l’on 11e pénétroit pas. D’où je conclus que rien n’a pu être plus mal imaginé, que la position des peintures occupant le dedans de l’édifice. Mais nous aurons encore occasion de revenir sur cet objet.

L’ensemble de la description est la preuve que tout, dans cet ouvrage, fut dirigé et combiné pour l’aspect extérieur du monument. L’arcbitecte évidemment porta de ce côté, c’est-à-dire en vue de l’effet à produire au dehors, tous les moyens de la décoration. L’éclat même de la matière, ainsi que sa richesse, furent une partie principale du mérite que naturellement l’art d’orner sait tirer de la beauté ou de la rareté des métaux précieux. Ainsi c’étoit surtout par son brillant que se faisoit remarquer la grande couronne d’or,

placée comme amortissement au sommet de 1 édifice. Il falloit que ses feuilles eussent reçu un poli extraordinaire, et ce que les orfèvres appellent aujourd’hui du mot bruni, pour réverbérer, comme elles le faisoieut, les rayons du soleil, de façon à produire les vibrations, ou les espèces d’éclairs dont parle la description. Une draperie de pourpre setendoit au-dessous d’elle, sur une partie du comble, qui avoit sa couverture formée au lieu de tuiles, par des pierres précieuses disposées eu manière d’écailles. La recherche de la magnificence décorative ne sauroit aller plus loin.

11 suffit au reste de rapprocher tous les détails de la description, et de jeter un coup d’œil sur la restitution figurée que nous en présentons, pour se convaincre que le luxe des ornements ne pourroit y trouver une place qui ne soit déjà remplie. Il n’y a pas jusqu’aux colonnes qui, recevant autour de leur fût des rimeaux d’acantlie, dont for probablement se détachoit du fond par une teinte différente, et sans doute aussi par une variété de travail, ne permettent pas d’imaginer quelque chose de plus riche en fait de colonnes. On a vu qu’aucune partie de l’ordonnance n’étoit restée sans quelque objet propre à fixer les yeux et à commander l’admiration.

Cependant le frontispice ou la face antérieure du monument nous paroît avoir réuni dans son aspect, le plus grand nombre de ces objets. De ce côté en effet, outre ceux qu’on a déjà parcourus, se présentoient les deux lions d’or, placés chacun à un des côtés de la porte, comme pour en garder feutrée. On voyoit particulièrement dans le comble dont il occupoit le vide, comme celui d’un fronton, le trône d or dÀlexandre orné de festons et de fleurs factices, dont

les guirlandes suspendues aux anneaux des pieds du siège, pouvoient retomber avec beaucoup d agrément jusque sur l entablement.

il resteroit maintenant a décrire ici, et le chariot qui porta cette

DU CHAR FUNÉRAIRE D’ALEXANDRE. s3

masse avec son mécanisme, et les attelages de mulets qui la transportèrent; mais ces détails purement techniques, j’ai pensé qu’ils trouveroient plus convenablement leur explication dans les parties suivantes, où, décomposant phrase par phrase la description de Diodore, j’essayerai de montrer toutes les méprises dans lesquelles M. de Caylus est tombé.

Je ne me suis attaché dans cette première partie, qu’à recomposer tous les objets qui forment particulièrement l’ouvrage de l’art. Je me flatte que si le lecteur a pu réunir dans son imagination tous les éléments de la description qu’on vient de parcourir, et qui ne sont autre chose que le développement du texte de Diodore de Sicile, il verra que cette description est tout-à-fait, en discours, la même que celle dont je présente la traduction en dessin. Que reste t’il à présent pour confirmer la vérité de ce dessin? C’est de montrer qu’il n’y a aucune de ses parties, qui ne puisse se calquer sur chacun des passages et des mots de l’écrivain grec.

Cette analyse, qui va faire la matière de la seconde partie, achèvera, je l’espère, de prouver que si, de ces divers passages remis ensemble, on vouloit tirer le programe exact du tout, et des parties principales de notre monument, il seroit difficile à l’artiste qui n’auroit aucune notion de la restitution que je présente, de ne pas en reproduire, sauf quelques légèrs détails, insignifiants par eux-mêmes, une image essentiellement ressemblante.

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