‹ Monuments et ouvrages d'art antiques, restitués d'après les descriptions des écrivains grecs et latins, et accompagnés de dissertations archaeologiquesChapitre 3 sur 9 · ET A LA RESTITUTION DESSINÉE QUE JE PROPOSE · texte numérisé non relu

ET A LA RESTITUTION DESSINÉE QUE JE PROPOSE

Je vais maintenant reprendre, phrase par phrase, le texte de Diodore de Sicile, et mettre en parallèle, avec l’explication textuelle et graphique de M. de Caylus, la manière dont je pense que doit être entendue la description de l’écrivain grec, et que peut être restituée la forme du monument décrit.

FI pcorov [xîv y dp tco ijcôfxctTi KCLTî7H,ivd<rSï] XpuaVv atyvp yAotTOV dpgô^ov, actl TOUT avd

fXlG’OV î7lA\]pC0ŒCtV CipCe)/J.CiTCt)V y CtC.

Primüm autern corpori prœparata erat aurea malleo ducta compages , et illarn ad medium repleverunt aromatibus , etc.

L objet dont il s’agit dans ce passage ne pouvant être rendu d’une manière visible par le dessin, et n’étant susceptible en soi d’aucune difficulté, je my arrêterai d’autant moins, que la version de M. de Caylus, Ou fit sur la mesure du corps un cercueil d'or battu au marteau, etc., me paroit fort exacte, et rendre au juste le sens des paroles.

Je ne suis pas autant de son avis sur la manière d’entendre un mot important de la plirase suivante :

’E7rai >co JV tyiç êvzvç «VêriOêro %u/\v7Ttv p ^;pü(78ç ùpgoÇcov àxpiëcvç ku) 7rspiÀa,/uêctvct)v

TM' ai iCOTCtTCf) TTipitylpilcLV.

Supra capulum additum erat operculum aureum adaptatum diligenter et complectens eircumquaque supremum ambitum.

« Sur le cercueil, dit M. de Caylus, il y avoit un dais ou une « couverture aussi d’or, qui couvroit exactement toute la surface. » Je crois que le mot dais exprime ici un usage peu antique, et une forme dont les paroles de Diodore ne présentent point l’idée : j’irois jusqu’à dire qu’ elles l’excluent, tant cet auteur a pris soin de définir ce qu’étoit ici le >taAu77-T^ Sans doute c’étoit une couverture ; mais de quel genre étoit-elle ? c’est ce que nous indiquent les mots ctpjuLQ^oùv ctKçiCüc et <zffeçi\ug£a,vMv Ttiv àvcoTciTco 7riQityï qziuv ■ Cela ne peut pas s’appliquer à un dais, mais bien à une couverture en forme de couvercle. Telle est en réalité cette représentation de cercueil appelée cénotaphe , dont on use encore aujourd’hui dans nos cérémonies funèbres ; et tel fut, à mon avis, le de notre passage.

Le premier cercueil, ou l’espèce d’enveloppe d’or battu au marteau, faite sur la mesure du corps d’Alçxaudre, étoit recouvert par une représentation ou cénotaphe en forme de cercueil. Ce qui achève de le prouver, et de démontrer que ce n’étoit pas un dais, c’est la phrase suivante :

Taurnç et é7rctm ttz^îvmto (poivoiu; Sict7rçîTY\ç xçuj’otto/kiAtoç. Quant supra circuntjecla erat chlamjs punicea , etc.

Or il faut remarquer que to.utvç se rapporte à c’est-à-dire

à la circonférence du jtaÀtAær^, puisque celui-ci étoit environné,

dans tout son pourtour, d’une draperie pourpre et or; il est visible que c’étoit, comme je l’ai représenté dans le dessin, un cénotaphe, non pas couvrant en forme de dais, mais renfermant le cercueil en manière de couvercle.

Tlaç v\v éQecrav rct tou giTiiXXa^oTOç qttXci.

Juxta quam arma clefuncti posuerant, etc.

Cette position des armes du roi mort, autour de son cercueil, n’offre aucune difficulté, ni au traducteur, ni au dessinateur.

Ms Ta cTs TavTct 7rci^ç'y]0'ctv rw touto nogioutrav dçfActpct%civ , bç xctTiaytîuctçro kcitcl (Av ■m Y.oçv$bv Kctgctçct ^uaîij cpoA/da X&oAoXbYnov , bç w to (Av ttXÛtoç qktoù

7Tt\%fi)V, TO cTs (XYIK0Ç S'dS'îKU.

Post hœc adnioverunt hoc gerendum plaustrum in quo instructa erat caméra aurea juxta verticem, habens squamam gemmis distinctam. Hujus camerce erat latitudo octo cubitum, longitiulo duodecim.

«■ On avoit, dit la traduction de M. de Caylus, construit sur ce « char une voûte d’or ornée d’écailles formées par des pierres prête cieuses. La largeur de la voûte étoit de huit coudées, et sa longueur « de douze. »

Je dois relever ici, dans la traduction du mot zccgctçu par le mot voûte y une méprise que la suite de ces observations fera mieux sentir encore. K en grec, comme caméra en latin, signifie tout tout a la fois voûte et chambre voûtée. Les Grecs en usoient indistinctement, parce que la partie se prenoit pour le tout. Nous verrons, dans le récit de Diodore, qu’il faut entendre par xagdça, tantôt la

DU CHAR FUNÉNAIRE D’ALEXANDRE. s7

voûte seule de la chambre sépulcrale, et tantôt la chambre prise en son entier.

Dans cet endroit , il est certain qu’il faut entendre la totalité de la chambre établie sur le train du chariot. Or, le mot voûte , employé ici par la traduction, n’exprimant en françois que la couverture cintrée de la chambre, donneroit à entendre qu’il n’étoit question que d’un chariot couvert d’un cintre, tandis que nous verrons que le cintre de la voûte reposoit sur des colonnes.

Cette méprise ne se retrouve pas dans le dessin de M. de Caylus(l), et elle est une de celles qui m’ont fait conjecturer que la traduction dont il s’agit avait été faite, en grande partie, sans rapport avec le dessin et indépendamment du dessinateur; car il eût été impossible à celui qui fait porter une voûte sur des colonnes, de faire dans la traduction construire la voûte sur le chariot.

Dans le passage suivant, le traducteur et le dessinateur ne sont pas plus d’accord entre eux, sans pourtant que j’aie pu trouver moyen d’adopter l’opinion d’aucun des deux.

'T 7To Jê tÀv V7ra>^o(p'ia.v , 71 oA ov ro eçyov <3 -çovoç xçvpxç , tm aub/xciTi Tir^ciyœvoç.

Subter subcamerationem thronus erat toto opéré (ou per totum opus ) aureus , figura quaclratus.

La traduction de M. de Caylus porte : « Au-dessous de ce toit et « dans toute sa longueur, il y avoit. un trône d’or carré, qui occu- « poit tout l’espace. »

Pour commencer par la traduction, je dirai en premier lieu cuxaudessous du toit ne par oit pas rendre avec assez de précision tbrb rh vTrcàçoq'icLv : il faudroit pouvoir dire en quelque sorte, sous le dessous

(O Voyez ce dessin, planche III.

du toit. Cette espèce de pléonasme, loin d’en être un dans le grec, me semble être une locution nécessaire pour empêcher ici 1 équivoque ; car il y a naturellement ambiguité en françois, faute dun mot propre pour exprimer le lieu intermédiaire entre le comble et le plafond , que désigne clairement le mot grec yVajoçîa.

Quoique au-dessous du toit ne dise pas tout -à -fait la même chose que sous le toit, cependant le vague des deux locutions permet beaucoup d’incertitude, et nous en avons la preuve par le dessin de M. de Caylus, qui très-probablement n’a été exécuté que sur les mots de la traduction; et c’est là, comme je le ferai voir tout à l’heure, ce qui est cause de l’extrême différence qu’on peut déjà observer, entre la position assignée par M. de Caylus au trône, et celle que je lui donne dans mon dessin.

Il me paroit que c’est le véritable lieu à faire occuper au trône dans toute cette composition, qui forme la première difficulté de ce passage. La seconde est dans les mots •n&è oA ov ro tyyov. La traduction latine de Rhodoman a omis ces paroles : M. de Caylus me semble les traduire par ces mots, et dans toute sa longueur (du toit), et qui occupoit tout l'espace.

Quant à la première difficulté, l’erreur de la disposition de M. de Caylus provient de ce qu’il ne s’est pas rendu compte de l’idée et de 1 acception précise du mot û<&eoço<p/a v, car il place le trône dans 1 intérieur de la chambre, au fond de cette chambre et en bas (voyez le dessin de M. de Caylus, indiqué plus haut). En vain diroiton que, placé là, le trône est au-dessous du toit : oui, sans doute; mais il y est comme y sont tous les autres objets, c’est-à-dire, en tant que dans un bâtiment qui a un toit, tout ce qu’il renferme, et le batiment lui-même, est sous le toit. Or, dire cela, c’est ne rien dire ; et il est sensible qu’il n’y avoit pas lieu d’en faire la remarque insignifiante, plus pour le trône que pour les autres objets. A supposer le trône placé dans le local où le place M. de Caylus, < e qu il eût fallu dire, cest qu’il étoit dans l’intérieur et au fond de la

chambre. Puisque Diodore ne l’a pas dit, et dès que ses paroles indiquent nue place spéciale sous le comble , viio tvw vTrœ^oq'iw , il faut chercher au trône une place qui soit d’accord avec le sens de ce mot.

Cette place 111e paroit être celle que je lui fais occuper entre le cintre du comble et le plafond du péristyle antérieur. Puisqu’il y avoit un esodos, ou vestibule d’entrée, sous lequel étoient les lions, ce vestibule dut avoir un plafond, et ce plafond dut occuper tout le renfoncement du péristyle ou vestibule d’entrée, espace plus que suffisant (en ne lui donnant que trois pieds de profondeur) pour contenir à couvert sous le toit le trône d’Alexandre. L’espace en question faisoit, dans ce petit monument, l’effet du fronton, et en tenoit lieu : c’étoit un fronton circulaire. Et quel emplacement plus convenable pour mettre en scène et en vue l’objet dont il s’agit? Quel endroit plus propre à produire l’effet qu’on pouvoit en attendre ?

Cet emplacement 111e semble être la clef de la composition : si on le méconnoît, on tombe dans le non-sens de M. de Caylus, ou il faut supprimer le mot 3-^ôvcç et chercher à le remplacer par un autre. Mais qui 11e voit que le motif de l’architecte fut de faire entrer dans sa composition, tout ce qui avoit été à l’usage du roi et pouvoit rappeler sa mémoire? Or c’étoit un objet très-digne défigurer dans cet ensemble que le trône d’or où avoit siégé Alexandre.

La seconde difficulté paroit être celle des mots oXov to sçyo v: on peut, traduisant en latin per totum opus , appliquer ces mots à Xçvirïiç : le trône auroit été d’or dans toutes les parties de son ouvrage. On peut appliquer le mot eçyov à l’édifice même (et ce mot est reçu en parlant d’un ouvrage d’architecture) : le trône alors seroit censé occuper toute la largeur de l’ouvrage, c’est-à-dire de l’espace antérieur du monument. Enfin il est un dernier sens que pourroit donner le mot waç egyov, qui signifie, comme l’on sait, accessoire , detail qui ne tient pas au principal corps d'un ouvrage , et ce que nous nommons

3o RESTITUTION

hors-d'œuvre. Or c’est ce qu’étoit, dans la composition du char, de la chambre sépulcrale, et de tout cet ensemble travaillé exprès , le trône d’Alexandre : il y étoit une sorte d’accessoire et de hors-d’œuvre, et par conséquent étranger à tout l’ouvrage, 7 raç oXov to %çyov.

Du reste , 011 va voir que ce qui suit dans le texte ne peut s’arranger avec la disposition imaginée par M. de Caylus, et est merveilleusement d’accord aveclidée et la forme d’un trône, et avec l’espèce d’ornements en guirlandes qui se plaçoient , comme l’on sait , trèshabituellement en dehors des temples et au-dessus des portes d’entrée.

"Eyœv TçctyiXcltpav 7 T^OTOgaç Iktü7Tovç , cov tçtvvto jtç/jtoj %ÇU<to7 S'i7rdtXcu<roi cf i

ÙV KClTCtiïiXQiUCtç'O (JTiUgCt 7ÏO[A7n >tOV , XçCOfJlclïl 7TCtVToS'ct7TOlç £lCt7T(>i7rCt)Ç KCtTYlvQKTgiVOV ■

Subter subcamerationem thronus erat . habens tragelaphorum effigies cctjpas ,

ex quibus penclebant circuli aurei duarum palmarum, quibus suspensce erant corollœ pompales, coloribus omnigenis décoré florentes.

(Traduction de M. de Caylus.) « Il portoit des tragélaphes en relief « représentés à mi - corps , auxquels étoient suspendus des anneaux « d’or de deux palæstes , et ces anneaux portoient une couronne de « pompe, resplendissante et brillante de toutes les couleurs. »

Je soupçonne que le dessinateur auroit pu induire ici en erreur l’auteur de la traduction : toujours peut-011 affirmer que ni l’un ni l’autre n’ont eu une idée nette de l’objet exprimé dans ce passage par le mot tragélaphes. Quelle que soit en effet la forme précise de cet animal capricieux employé à la décoration du trône, il n’y a presque aucun doute qu’il ne lui servit de support, en faisant l’office de ce qu’on peut appeler les jambes ou les pieds d’un siège. Ces tragélaphes, ainsi entendus, portoient le siège, lorsqu’au contraire la traduction de M. de Caylus dit que le siège portoit les tragélaphes. Il y a simplement dans le grec, ixw TçayeAcî'pav 7tçotojuciç htri /7txç, et je ne doute point que

DU CHAR FUNÉRAIRE D’ALEXANDRE. 3i

le traducteur n’eût rendu plus naturellement le verbe (participe) s’il n’eût eu en vue que les mots grecs.

Le dessin de M. de Caylus a pu le détourner de la version qui, étant la plus simple , eût été ici la plus fidèle. Selon moi, cette partie du dessin est aussi une des plus infidèles au sens des mots grecs et à l’idée qu’ils expriment.

D’abord, le mot TçayeAœtpoç , composé de deux mots qui signifient bouc et cerf, indique, dans la figure dont il s’agit, un mélange ou une combinaison de ces deux animaux. M. de Caylus, au contraire, en a représenté séparément les figures. Au bas de son trône on voit des quadrupèdes ailés avec une tète de bouc, et au sommet s’élèvent deux tètes de cerf avec leur cou et une partie de leur poitrail. Cette composition bizarre contredit le texte, et ne repose sur aucun motif de décoration connue, sur aucune autorité puisée dans les ornements de l’antiquité.

Rien, comme l’on sait, n’y est plus commun que ces associations d’animaux, dont les décorateurs et les sculpteurs firent leur patrimoine. Il suffit de citer les hippogriffes, les hippocentaures, les androsphinx , et tant d’autres qui n’ont pas de nom en françois , pour se convaincre que les tragélaphes faisoient partie de ces races d’animaux chimériques empruntés par les Grecs à l’Egypte et à l’Asie.

Aristophane fait dire à Euripide, dans sa dispute avec Eschyle, qu’il n’a représenté dans ses tragédies ni chevaux ailés, ni tragélaphes, comme on en voit dans les tapisseries de Perse W : ov% ïœ7raAMTçvovctç Uct, Af, Vcfg TçzyiÀcïtpüç , et), — a v rolcri 7raçci7riTcto'/xct(nv toIç MïiSikoIç yçcltyovjiv.

Il résulte par conséquent de ce passage que les tragélaphes étoient, comme les chevaux ailés, des animaux fantastiques composés d’espèces diverses.

Nous trouvons, il est vrai, le mot tragélaphe employé par Solin (2). Après avoir décrit les cerfs de la Sytliie, il fait mention d’une certaine espèce de caprice? fs , qu’il appelle ainsi, parce qu’ils avoient de

0) Aristophane, zàrfa.x,ai, vers 937.

M Chap. XIX, pag. 29.

la barbe au menton, et des poils allongés sur les épaules. Saumaise dit en avoir vu un semblable à Paris, qu’on montroit comme une curiosité.

Il est possible que le caprice de décoration appelé tragélaphe ait pris ainsi naissance, en Perse, de quelque espèce de cerf extraordinaire : mais de quelque manière qu’on veuille réaliser ce caprice, il faut toujours convenir que sa forme doit résulter d’une association de deux espèces; et c’est ce qu’on ne trouve point dans le dessin de M. de Caylus.

Si l’on consulte ici l’analogie de ces notions, et celle qu’on tire des exemples de l’ornement antique, il est tout simple d’imaginer que le trône d’Alexandre, fait en Perse, aura été composé, par des artistes grecs, des élémens de ce goût de décoration naturel à l’Asie, et que les tapisseries de ce pays finirent par naturaliser aussi en Grèce. Une multitude de monumens antiques nous font voir cet ajustement d’animaux fantastiques, appliqués aux montans et aux supports des meubles et des sièges. On ne comprend pas qu’il puisse être question d’autre chose à l’égard du trône qui nous occupe.

Cela étant, il y a deux manières d’imaginer ces capricerfs. On peut se figurer les pieds du siège formés en manière de pâte de chèvre, surmontée de la tète et du poitrail d’un cerf barbu ; on peut aussi supposer que le tragélaphe en ornement étoit un composé de pâte de cerf ou de biclie, et de la tète d’un capricorne : cette union me paroît la plus vraisemblable.

« Jusqu ici, dit M. de Caylus, la description ne présente aucune « difficulté; mais elle devient embarrassante quand Diodorc dit que « les anneaux portes par les tragélaphes se/voient à suspendre une « couronne de pompe, resplendissante et brillante de toutes les couleurs. « Il falloit nécessairement, continue-t-il, que les tètes et les anneaux « fussent élevés pour suspendre cette couronne.... Pour accorder cette « nécessité a\ec 1 obscurité du passage, il faut croire que ce trône « avoit un couronnement sur lequel ces tètes étoient placées, dans « l’objet de porter cette couronne. .•>

Tout ceci, à mon avis, n’a paru obscur et difficile à M. de Caylus, que parce qu’il a placé son trône en bas et dans l’intérieur de la chambre : il n’a pu alors se rendre compte de l’emploi du ç’éppa, 7io/j.7rncQv , ni de son ajustement, ni de son effet. Il change les festons ou guirlandes de fleurs en une couronne qu’il fait porter par chacune des deux têtes de cerf placées au sommet du trône : tout cela est une véritable aberration du texte de Diodore.

Le trône, au contraire, situé, comme je le propose, sous le faîte et en haut de l’édifice, on voit disparoître l’obscurité prétendue et la difficulté dont parle M. de Caylus; car alors les têtes étalés anneaux sont nécessairement élevés , comme il le demande. Ces anneaux servent naturellement à l’enlacement des guirlandes de fleurs qui, ajustées autour du trône, pouvoient ensuite retomber avec beaucoup d’agrément des deux côtés de l’édifice. Si l’on ajoute à cette considération celle de l’usage qu’on avoit d’orner de guirlandes l’extérieur des monumens, on conviendra que si, comme l’avoue M. de Caylus, cet ajustement eût été sans vraisemblance et sans objet, quand on place le trône en bas et en dedans, la position extérieure et élevée de ce trône rend très vraisemblable et naturel l’emploi des guirlandes factices, et en même temps prévient ou lève toute espèce de difficulté dans la manière d’expliquer le texte de Diodore.

’EtÛ cfê TCOV IZKçCaV V7TYI^S S’UO'CIVOÇ êlKTVOûTOÇ) iV gi'yêQilÇ Koê'œVClÇ, OOTî 1% 7T0ÀÀ0L'

S'ntç'hfAO.TOç TrçoGTtiTiTiiv tov '\j ,oq>ov to7ç \ yy'iÇuoi.

In acrotei'iis existebat Jimbria reticularis , habens tintinnabula valdè magna, ita ut è multo intervalle) accederet sonitus appropinquantibus.

La traduction de M. de Caylus porte : « Au haut du char on avoit placé une frange formée en réseau, etc. » (Le reste ne donne lieu à aucune observation. )

Celle que je vais me permettre se rapporte à la manière dont la traduction et le dessin que j’examine ont rendu les mots \7r) tüv aKçav, qui veulent dire généralement in snmmo , in sunmiis , mais qui, appliqués à un ouvrage d’architecture, peuvent signifier aussi cette partie qui, à cause de sa position élevée, a pris le nom d 'acrotères.

Je pense que le traducteur s’est retranché dans une explication trop vague, en disant au haut du char; il falloit, ce me semble, spécifier davantage la position. Celle qu’il s’agit d’indiquer ne sauroit être le sommet de la voûte, puisque cette partie, comme nous le verrons tout à l’heure, étoit recouverte d’une étoffe en tapis, et supportoit une couronne d’or.

Généralement, la locution \tti t£v dxçcov, dans Pausanias, qui en use fréquemment, ne s’applique point aux toits des temples : ce qu’il appelle ainsi reçoit ordinairement des statues ou autres ouvrages d’art; or cela ne peut convenir qu’à ces piédestaux placés soit au faite des frontons, soit des deux côtés de leurs parties rampantes (l\ Vitruve a fait connoître et a décrit, sous le nom d’ acrotères , ces sortes de piédestaux qui quelquefois sont continus et régnent au sommet de l’ordonnance : d’où il me semble résulter que ce mot indique bien le sommet , non de l edifice , en y comprenant le toit , mais seulement de l’ordonnance.

Cest aussi a cette place, je veux dire aux acrotères de notre ordre d architecture, que je pense qu’on doit faire régner la frange en manière de réseau d’où pendoient les sonnettes; et, à cet égard, il y auroit plus d’une manière de mettre cet accessoire en rapport avec les acrotères, en suivant textuellement les mots de la description, et sans déparer l’ordonnance.

M. de Caylus ne me paroît avoir satisfait en aucune manière ni à la lettre ni au sens de son auteur, ni aux notions de l’architecture, en plaçant, comme il la fait dans son dessin, la frange en question

(1) Liv. III , chap. III , à la fin.

au-dessous de l’entablement et au niveau des chapiteaux. Soi qu’a^m veuille dire généralement la sommité de l’édifice, soit qu’il signifie seulement celle de l’ordonnance, laquelle est connue sous le nom d ’acrotères ? remplacement imaginé par M. de Caylus ne répond point à la valeur du mot.

Je crois aussi qu’il a mal rendu les mots Suvctvoç S'ix.tvmtoç^ fimbria reticularis , frange réticulaire, par la forme qu’il donne à sa frange : l’intelligence de ces petits détails dépend quelquefois d’un hasard de circonstances. Ainsi M. de Caylus s’est figuré cette frange sous la forme d’une bordure d’étoffe , d’une pente galonnée : l’usage ayant amené de nos jours la pratique des franges en réseau, il y a peu de mérite à traduire fidèlement en dessin les mots grecs. Il me paroit que les sonnettes dévoient faire dans cette frange à peu près l’effet des glands dont on orne aujourd’hui les intervalles du réseau.

K ctra, S% tcLç tvç xctjuctçaç yav/aç , gcp’ Ixaruç b 7rAev(>uç N/kh Xgucryi Tço7raio(poçoç.

Ad angulos autem camerœ , ex utroque latere , erat Victoria aurata tropœijera.

« A chaque angle de la voûte, dit la traduction de M. de Caylus, « il y avoit une Victoire d’or portant un trophée. «

Pvien à objecter contre cette traduction. Le passage grec n’offre aucune difficulté littérale : la seule ambiguité qu’il présente, non au traducteur, mais au dessinateur, est celle qui se rapporte à la manière d’entendre les angles. S’agit -il des angles extérieurs ou des angles intérieurs ? voilà ce que les paroles de Diodore ne déterminent point; et c’est là ce qu’il appartient au dessinateur d’expliquer et de fixer.

M. de Caylus, égaré par le double sens du mot > s’est jDersuadé qu’il falloit ici mettre sous la voûte, c’est-à-dire donner à l’intérieur de la chambre tout ce qui, dans le texte grec, est mis en

rapport avec le mot xct/xdçtt } et il n’a soupçonné que deux manières possibles déplacer les Victoires aux angles; l’une dans la voussure, l’autre aux quatre coins de la chambre, et même, dit-il, du cercueil. Selon lui, il n’est point probable qu'o/z les ait placées dans la voussure ; car on ne les auroit distinguées , ajoute-t-il, qu apres être entré dans l'intérieur et même fort avant.

Je suis aussi de cet avis, et je pense comme lui que ces ornements auroient été là perdus pour la vue; car la chambre sépulcrale n’étoit point destinée à admettre des spectateurs dans son intérieur. M. de Caylus fait la même remarque; ce qui me rend plus difficile à comprendre comment lui, qui n'a point même figuré en treillis l’enceinte de cette chambre, a pu se déterminer à mettre dans son intérieur des statues que personne n’auroit vues, ou qui n’auroient pu être aperçues que par la porte.

Dans le dessin que je propose, l’intérieur de la chambre étant fermé, comme on le verra, par un simple grillage ou réseau d’or, il eut été plus possible d’y admettre les Victoires en question, parce qu’on auroit au moins eu la facilité de les apercevoir au travers des mailles du treillis : cependant j’ai cru cette hypothèse inadmissible.

i° L’intérieur de la chambre, réduit, par les données indispensables de la description et par les convenances non moins probables de 1 architecture, a sa véritable dimension, ne dut guère avoir plus de six a sept pieds de large, espace que remplissoient assez et le cercueil avec son cénotaphe, et les armures disposées autour. Sa longueur ne put guère être de plus de dix à douze pieds, comme on le voit dans le plan; et cela seul prouve que ni le trône, ni les statues des Victoires, ne purent y trouver place.

2° Comme je l’ai dit, ces ornements n’eussent fait aucune figure, enlermes qu ds auroient ete dans 1 espèce de cage qui constituoit la chambre ; et d faut ne point perdre de vue que ce monument funèbre étoit tout a la lois un monument honorifique, où I on avoit cherché

à réunir tout ce qui peut parler aux yeux, autant que le comportait la légèreté de l’édifice.

3° Diodore, en se servant du mot ym'iuç , angles , n’ayant rien spécifié , nous laisse la liberté d’entendre les angles extérieurs de la voûte ; rien n’empêche, par conséquent, de placer les quatre Victoires en dehors , à l’aplomb des colonnes d’angle , et précisément à la rencontre des arêtes de la voûte circulaire : elles auroient posé sur les piédestaux ou acrotères que les anciens, comme on l’a dit, plaçoient au bas des frontons.

Cette position que rien ne contredit dans le texte de Diodore, est d’accord avec l’autorité de tous les monuments; elle a l’avantage d’offrir à l’ordonnance un couronnement, un accompagnement heureux au fronton, et une décoration fort significative à tout cet ensemble. En voilà, je pense, assez sur cet objet : je passe à la phrase suivante du texte de Diodore.

To cT’ èze^e^o/uevou tvv Kctuûçav 7 nçi<?vÀov %çvo"Sv Ù7rtiç%ev, ’e%ov japjxct KiovoKçcivct.

Quocl vero recipiens fornicem erat peristylium aurcum, habebat ionica capitc/la.

La traduction de M. de Caylns dit : « Le péristyle qui précédoit « cette voûte étoit d’or, avec des chapiteaux ioniques. »

Ici se découvre clairement la confusion des deux significations du mot % ujudçct. Rien de moins exact que la traduction : 011 ne sait ce que veut dire ici un péristyle qui précède une voûte, parce qu’en françois le mot voûte , quand il s’agit d’un édifice, a une signification expresse qu’on ne peut appliquer à autre chose qu’à la couverture cintrée de cet édifice. Il eût donc fallu traduire chambre voûtée.

Mais le texte ne seroit pas mieux rendu. Dans le grec, le péristyle ne précède point la KctpctçcL, mais il la reçoit : le mot êjcJV^uêJw prouve qu’il s’agit ici de la voûte, et que le péristyle sur lequel elle retomboit

ne sauroit être ce que la traduction et le dessin de M. de Caylus en ont fait. C’est ici l’erreur principale de l’une et de l’autre, et de là provient l’extraordinaire différence qui existe entre mon dessin et celui que je lui compare.

M. de Caylus a entendu le mot •mçiç’vhov, péristyle, dans le sens qu’on lui donne quelquefois, surtout en françois, lorsqu’on ne comprend sous cette acception autre chose, que la colonnade antérieure qui forme le frontispice d’un monument; mais Treçfauhov signifie en grec, comme son étymologie en fait foi, un colonnade disposée autour d’un édifice.

Or c’est de cette manière , comme la suite le démontrera , qu’il faut expliquer le peristylon de notre monument. La chambre sépulcrale, ou, si l’on veut, son mur grillé étoit environné, tout alentour, d’une colonnade dans le goût des temples périptères : puisque la voûte étoit supportée par les colonnes, wS'txo^vov tw Ttci/xé^av , il faut de toute nécessité qu’il y ait eu des colonnes plutôt sur les flancs, oû M. de Caylus les supprime, que sur le front de l’édifice , oû il les admet.

J’ai déjà fait voir dans la première partie combien il dut y avoir de colonnes, quelle fut leur proportion, et quelles furent leurs mesures : ce seroit bien ici le cas de parler tout de suite de leur décoration, si je ne m’étois prescrit de suivre phrase par phrase le texte de Diodore.

Celle qui suit va, je pense, porter une nouvelle lumière sur la disposition que j’ai adoptée , et convaincre de plus en plus que celle de M. de Caylus ne peut pas s’accorder avec le texte, et blesse toute vraisemblance.

’Er roç cTg toü 'niçiç’vXu d'/ttrvot' riv ^yo'Sà, ro vrocyot; tj7 7tAo>o7 dWryA/aTov, )ta/ 7um>t«ç 7raçaAAwAoyç Çcàocpoçovç tEtci^uç itrvç to'i%qiç i%ov.

Int us peristylium reticulare erat aureurn, cujus trama crassitudo digitalis, et lxabebat quatuor tabulas parallelas signiferas et parietibus œquales.

(Traduction de M. de Caylus.) « Au dedans du péristyle il y avoit « un réseau d’or de l’épaisseur d’un doigt, orné de quatre cadres « parallèles, chargés de figures de la hauteur des murs. »

Rien ne montre mieux que cette traduction, comment il arrive souvent de rendre fidèlement et avec propriété les passages des auteurs, sans avoir rien compris aux choses qu’ils expriment. A quelques variantes près , cette traduction me paroit très-conforme au sens du grec, et je n’en diffère que par l’explication du mot ’/coyç, qui , n’indiquant point la dimension selon laquelle les tableaux étoient égaux aux murs, auroit dû, ce me semble, empêcher de traduire de la hauteur des murs. Je traduis : Eu dedans du péristyle il y avoit un réseau d'or dont le tissu étoit de l'épaisseur d'un doigt , et qui avoit quatre tableaux parallèles chargés de figures, égaux aux murs de la chambre.

Maintenant, si l’on compare les deux restitutions, on se convaincra qu’il y a entre les deux manières d’exprimer ce passage par le dessin, un tel intervalle, qu’il faut de toute nécessité que l’un des deux dessinateurs n’ait point entendu la chose dont il s’agit.

Je pense que la méprise que j’ai déjà relevée sur l’explication du mot 7np'i<rvÂov , est la cause particulière du malentendu dans lequel est tombé M. de Caylus, sur tout ce qui regarde ce passage. Prévenu de l’idée que le péristyle dont il s’agit ici n’étoit qu’un frontispice de l’édifice, il a disposé sa chambre sépulcrale en manière de temple in antis, ayant deux colonnes aux angles de son esodos ou vestibule

4o RESTITUTION

antérieur, et deux autres engagées aux angles du posticum ; dès-lors i’êVToç tS 7ts(>iç-uAx} intus peristylium , lui a paru devoir être un vestibule fermé. Dans sa manière d’entendre le péristyle, l’intérieur de celui-ci ne pouvoit être que la très-petite pièce qne j’ai appelée vestibule ; et c’est là qu’il a cherché à placer le réseau d’or et les quatre tableaux.

Toutefois il n’a pu y parvenir. Quant au réseau, il n’en existe pas la moindre apparence dans son dessin ; et son commentaire prouve qu’il setoit fait une fausse idée de cet objet : il a cru que c’étoit une étoffé d'une épaiseur très-considérable , ce sont ses expressions, et qui né toit pas facile a manier. On se figure difficilement un étoffe d’un doigt d’épais : et puis, quel en eut été l’objet, si, comme il le dit et comme son dessin le donne à entendre, cette étoffe eût été recouverte par les tableaux qu’il place deux à deux, et l’un au-dessus de l’autre, de chaque côté du vestibule? Pvien de tout cela n’est admissible.

A 1 égard des tableaux, la position qu’il leur donne ne s’accorde en aucune manière avec les mots grecs; ils ne sont ni en ligne parallèle , ni égaux aux murs : ils ne sont pas sur une ligne parallèle, puisqu’ils sont les uns en haut, les autres en bas ; ils ne sont point égaux aux murs, puisque, dans le dessin, ils nont que cinq pieds sur trois : d ailleurs, Diodore n’a point restreint les murs dont il parle au seul espace dun pronaos , dont il n’a pas parlé. Placés là, ces tableaux eussent encore été perdus pour les spectateurs ; et si quelque chose est probable, cest que des compositions qui représentoient les exploits d Alexandre dévoient être placées de manière à figurer en dehors. J ajoute, contre l’hypothèse de l’emplacemnt dont il s’agit, une dernière observation que la suite me mettra à portée de développer ; cest que les sujets décrits par Diodore dans chacun de ces tableaux étoient de nature à 11e pouvoir trouver place sur les fonds en hauteur que M. de Caylus a imaginés.

Si maintenant le mot vripiç-vAx est entendu comme ildoitl être, c’esta-dire exprimant une galerie en colonnade autour de la chambre, le

DU CHAR FUNÉRAIRE D’ALEXANDRE. 4i

passage que j’examine n offre aucune difficulté, et le dessin se calque en quelque sorte de lui-même sur la description.

En dedans du péristyle, Ivtoç 7reçiçTu à«, il y avoit un réseau d’or. Que peut être l’intérieur d’une colonnade, si ce n’est l’espace qui existe entre les colonnes et le mur? Aux temples périptères, en dedans de la colonnade, il règne un mur. Notre monument étoit aussi un peripteros : en place de mur il y avoit un grillage d’or ; ce treillis tenoit lieu de mur : la chose est aussi facile à comprendre qu’à justifier. i° Toute cette construction étant métallique et destinée à être traînée sur un chariot, il n’y auroit point eu moyen d’y employer, comme on l’a dit plus haut, de vrais matériaux de construction. La légèreté fut ici une condition indispensable. Puisqu’il falloit à da chambre sépulcrale une enceinte, un mur, rien ne fut plus d’accord avec la légèreté prescrite , et avec la solidité , qui ne l’étoit pas moins, qu’un grillage de métal. 2° Ce mur en treillis laissoit apercevoir du dehors le catafalque placé dans la chambre ; et l’intérêt que ce point de vue devoit répandre sur tout l’ensemble de la composition, me paroît avoir dû suffire, pour engager l’architecte décorateur à donner de la transparence aux murs de la chambre.

Ainsi le réseau d’or, que M. de Caylus ne me paroît point avoir compris, et dont son dessin ne pouvoit faire voir la moindre trace, devient dans le mien, en suivant les paroles de Diodore, le vrai mur de la chambre; et ce mur a la propriété de ne rien cacher : car, je le répète, le vice principal de la manière de traduire et de dessiner de M. de Caylus, est de rendre invisibles tous les objets de décoration. Au contraire dans mon dessin tous est en vue, tout est spectacle.

Si quelque chose devoit l’être, comme je l’ai déjà dit, c’étoient sans doute les quatre tableaux où étoient figurés les triomphes d’Alexandre.

D’abord, que faut-il entendre par le mot 7r'ivcixuç? Il ne me semble point qu’il puisse y avoir de doute. M. de Caylus a pensé que c’étoient des bas-reliefs ; mais quels bas-reliefs! S’il a mal conçu la forme et

l'emplacement de ces objets, il est encore très-naturel que, ne s’étant point rendu compte de la construction du monument sous le rapport de la matière, il se soit peu inquiété de rechercher ce qui convenoit le mieux à la nature de cet ensemble.

Je suis convaincu que, nonobstant le sens propre du mot 7 rivât;, qui veut dire tableau, il y a plus d’une raison pour croire que les quatre sujets qui vont être décrits étoient une réunion de peinture et de sculpture. Rien n’eût été plus propre, il est vrai, à recevoir des tableaux qu’un mur de treillage ; rien de plus d’accord avec la légèreté qui me paroit avoir dû constituer le système de cette construction : mais les mots de la description, to^utov, indiquent si

clairement un ouvrage de toreutique, et cet ouvrage eût été d’ailleurs si analogue à celui du reste du monument, qu’on ne sauroit* s’y méprendre.

Je crois en conséquence que les quatre tableaux étoient quatre frises de sculpture polychrome, régnant tout autour de la chambre. Voilà ce qu’exprime le mot parallèles, AAriAaç, soit qu’011 entende par là un rapport de symétrie, soit que l’on considère leur position comme formant une ligne parallèle avec le plan de l’édifice.

R-este la question de savoir si ces frises occupoient l’intérieur ou l’extérieur des murs. J’ai déjà fait observer plus d’une fois que la chambre, étant fort petite, elle ne dut pas recevoir de spectateurs, que dès -lors tous les objets de décoration qu’on y auroit fait entrer y auroient figuré en pure perte, et n’auroient pu être aperçus que confusément au travers des clathra du "rilla^e : mais c’eût été encore pis pour des tableaux dont on n auroit pas même soupçonné 1 existence du dehors. Dailleurs, la. phrase de Diodore indique et lait conclure que la place des tableaux étoit la même que celle du réseau ou grillage dor. Cest, dit-il, en dedans des colonnes qui étoit le réseau (jui avoit quatre tableaux , etc. Si leur place eut été dans la chambre , il 1 eût dit ; mais, d après ses propres paroles, 011 est autorisé à n’y placer que le cénotaphe et les armes. Rien d’ailleurs n’est plus con-

forme à l’autorité des monuments, que la position que je donne à ces frises ; et c’est la seule qu’il soit permis de leur supposer, d’après les notions et les modèles de l’architecture.

Je crois aussi me conformer strictement aux mots grecs Icrnç toÏç roftoiç, ces tableaux étoient égaux aux murs ; mais cette égalité ne peut pas s’entendre avec la rigueur géométrique. S’il en eut été ainsi, les tableaux des deux grands côtés auroient eu 12 pieds de long sur 8 de haut, et ceux des petits côtés auraient eu 7 pieds sur 7 : ils auroient été carrés. Or, en conséquence de cette hypothèse, la mesure des figures croissant dans la proportion du champ des tableaux, les sujets décrits n’auroient pu y trouver un espace suffisant: ce rapport d’égalité aux murs me paroit n’avoir pu être que celui de la longueur. Dans ce sens, on dit tous les jours d’une frise quelle est égale au mur sur lequel elle règne, et la chose ne sauroit faire équivoque. Nous allons voir par la seule description des quatre tableaux, qu’ils ne purent être autre chose que des frises continues autour de l’enceinte de la chambre.

•* * * * * if +

T QVTCOV S'ê g\v 0 7TÇC0TOÇ Y\ V CLÇfJia, TOçîVTOV , J Ut) XaQvgSVOV ê7 Tl TOVTOU TOV ’ AÀl%CtV-

J'poi/, fxzra Xityat; 'i'XpvTa çxruTT^ov friaTipiTiig cTg ror fiaTiXia gia div in rri^i' S-è^a- 7TUCL X,aQo7T/\.KTgiVïl M dZi^OVCtiV , ClAÀM Ylî^tTCOV fAWÀOÇO j XCtt 7TÇ0 TOVTCùV Q7lXo(Ç)0 fJOl .

O cTê é'iVTtDOÇ TOUÇ iTTC&XQ ÀQuQovVTUÇ TM &içcL7Ti\ci iAityCtV TCtÇ XiX.OO’gyiglVOUÇ 7 TOM-

glKWÇ, àvuCctTCtÇ i^OVTCLÇiK giV TMV 'ig7rçO<J&iV ’lvJWç, iX éè TCûV OTTl&VW M dXêcPovaç, XaQû)- 7T/\iç/u,iVovç rri crvvriQe/ çxiuïï-

O tç)toç t7T7rict)v iXciç gigovgîvaç t&ç \x Talc, 7raçaTaé,i<n avva'yo^âç.

'O ê% TéraçTOç vauç xîxoçgiigevaç ttçoç v avga%iav-

Harum prima erat habens currum toreuticum, et in ipso sedentem Alex anclr uni , in manibus tenentem sceptru/n magnificum : circa regem erat satellitium armis instructum Maceclonum , alterwn verà Persarum melophororum ; et ante ho s hoplophori. — Secuncla habebat satellitium eorum qui sequebantur elephantes bellicosè exornalos , liabentes conscendentes silos in f route Indos , à tergo Macedones armatos consueto apparatu. — Tertia

( habebat ) equitum turmas imitantes instructarum acierum evolutiones. — Quarta autern naves apparatas ad naumachium.

«Dans le premier, il y avoit un char très-bien travaillé, sur lequel « étoit monté Alexandre tenant un sceptre resplendissant. Autour du «roi étoit une garde de Macédoniens pesamment armés, et une autre « de Perses nommés Mëlophores : les pesamment armés avoient le pas. « Le second cadre représentoit des élephans armés en guerre, portant «sur le devant des Indiens, et sur le derrière des Macédoniens avec «leurs armes ordinaires. Dans le troisième, on voyoit des troupes de « cavalerie qui imitoient les évolutions d’un combat. Le quatrième «représentoit des vaisseaux équipés pour une bataille navale.»

Telle est la traduction de M. de Caylus, sur laquelle je ferai d’autant moins d’observations que les points de critique et de recherche auxquels pourroient donner lieu les différents objets de la description sont étrangers à la nature de celte discussion. M. de Caylus n’ayant donné d’ailleurs aucun dessin de ces quatre sujets, qui n’oflrent au fond rien de difficile à retrouver, je me bornerai à faire voir combien ils sont d’accord et avec l’emplacement que je leur assigne, et avec la forme de frise que je crois avoir été nécessairement celle de ces compositions.

Ainsi la première étoit formée d’une suite de quatre groupes , savoir, le char et trois corps de troupes. Il est vrai que la traduction de M. de Caylus sembleroit les réduire à deux corps; mais la phrase de Diodore ne me paroît pas laisser de doute. Il y avoit autour du roi fia 0-aça7rg;a *a0owA/o-/«wi MaMiS'ovœv , omni armorum genere instructa ; il y avoit oXàm Ui^crav pv\Xo<pô^a>v\ et en avant, dit-il, les hoplophores ou armigeri, 71 fi t'Jtmv ovrÀoçbço/. Cela fait donc trois corps de troupes, ou, comme on le dit aujourd’hui, trois armes differentes. Si l’on veut se figurer maintenant l’espace que de voit occuper le cliar, avec les chevaux et ce cortège militaire des hoplophores, des mélophores ^

(' Métaphores y ainsi appelés parce que leurs lances portoient une pomme d’or.

et du bataillon macédonien, on verra que la forme de frise étoit celle qui convenoit nécessairement à une telle composition. Selon toutes les apparences, elle occupoit le coté de l’entrée au-dessus de la porte, et a voit 7 à 8 pieds de long sur un pied et demi en hauteur.

Je présume que le second sujet décrit étoit au petit côté opposé de la chambre : même motif pour une frise.

Cétoit un train d’éléphans armés en guerre : ceux de devant étoient montés par des Indiens, ceux de derrière letoient par des Macédoniens munis de leurs armures ordinaires. On peut se figurer d’après le peu d’esquisses que j’en donne, comment tous ces sujets s’accordent avec la forme de frise que j’ai adoptée.

Les deux derniers sujets s’y ajustent avec la même propriété. Je suis porté à croire qu’ils occupoient les deux frises latérales, par cela que celles-ci avoient quatre pieds de plus en longueur, et que les sujets dont il s’agit, représentant diverses évolutions de cavalerie et des simulacres de combat naval , doivent avoir exigé un emplacement plus spacieux. Ces deux sujets d’ailleurs me semblent se faire pendants; et comme il m’a paru que le char triomphal d’Alexandre devoit avoir la place d honneur, c’est-à-dire celle du frontispice du monument , la distribution des autres sujets ne peut guère avoir été autre que je ne la suppose. Du reste, ces détails sont de peu d’importance, et chacun peut avoir là-dessus telle opinion qu’il lui plaira. Je poursuis la description de Diodore..

Ka) 7rct^9 /Àv Ttiv s/ç Kagdçxv ilaoS'ov 1 ;7TyiçXov A iovreç Xçucro/ , cPêdo^xbreç 7rpoç roùç

ilÇf&OÇiVOfJLéVUÇ'

Ad esodum autem camerce erant leones aurei , spectantes ad ingredientes.

« A l’entrée de la voûte (traduction de M. de Caylus), il y avoit « des lions d’or qui rcgardoient ceux qui entroient. »

Nouvelle preuve de l’impropriété du mot voûte pour traduire ici le mot xa naça, qui veut dire ou simplement chambre , ou chambre voûtée. Ces lions n etoient pas à l’entrée de la voûte ; ils étoient des deux côtés de la porte de la chambre sépulcrale. L’existence seule de ces lions, et le mot eï<roSoç employé par Diodore, prouvent que le péristyle formoit, ainsi que je l’ai pratiqué, et à la manière des temples, un petit vestibule ouvert en avant.

Du reste, nulle observation à faire sur la manière dont M. de Caylus a placé ces lions dans son dessin. Une seule question pourroit s’élever sur leur position. Etoient-ils adossés au mur, de façon à faire face, c’est-à-dire à être vus de face par le spectateur placé en avant du monument, ou, dans cet aspect, étoient -ils de profil P II semble que l’une et l’autre position s’accommodent des paroles de Diodore, et que, soit dans un sens, soit dans l’autre, ils peuvent être censés re^ai'der les entrants.

Le texte suivant va nous offrir de plus sérieuses controverses.

Avctju.wov Jê IxâçTGv tgùv xiôvcov vœîipxe ^pvçSç axavGoç, àvctréivcov \x tou xolt oAtyov

rv f

/jiiXpl TCOV xtovoxçavw.

Ad medium uniuscujusque columnœ erat aureus acanthus , attollens se ab eo paulatim usque ad capitella.

(Traduction de M. de Caylus.) «Entre chaque couple de colonnes « on avoit placé une acanthe d’or qui serpentoit insensiblement « jusqu’aux chapiteaux. »

Je ne saurois dire si c’est la traduction qui a induit M. de Caylus à imaginer l’ajustement tout-à-fait extraordinaire de cette acanthe placée entre des colonnes (yoy. pl. III), ou si cette sorte d’ornement intermédiaire a porté le traducteur à s’éloigner du sens simple et de la version littérale des paroles de Diodore : toujours est -il vrai qu’ici

le traducteur et le dessinateur sont d’un accord parfait, en sorte que réfuter le premier cest combattre le second. Je vais commencer par la traduction.

Le texte grec porte ai >S, /icrov ch h ictçrou tu> v %iova> v, acl medium uniuscujusque columnœ , au milieu de chacune des colonnes. Mais le milieu de chacune des colonnes d’une colonnade est une chose tout-à-fait différente du milieu de chaque entre -colonnement; et dire entre chaque couple de colonnes , comme le porte la traduction de M. de Caylus, c’est définir de la manière la pins précise ce qu’on appelle entre-colonnement. L’entre-colonnement est bien le milieu entre deux colonnes, ce qui signifie que ce n’est pas le milieu de chacune des deux colonnes : or, le grec porte expressément de chacune des colonnes, et il ne peut y avoir d’équivoque qu’en s’aveuglant sur le sens du mot milieu, et en confondant le point milieu de chacun des deux objets avec le point milieu de l’espace qui les sépare. Je ne pense pas avoir besoin de dire que si l’auteur grec eût voulu exprimer ce second point intermédiaire, il se seroit servi du mot [mto%ù9 inter, et n’auroit pas dit hutç-ou tmv j uow, mais simplement S'id jury Tmv xtêvm. Le mot hclg-ov individualise ici les colonnes, et fait à chacune l’application particulière de l’idée de milieu. C’est donc dans chaque colonne qu’il faut chercher le point milieu d’où partoit l’acanthe Je pense en avoir trop dit sur un objet aussi grammaticalement sensible.

Maintenant, si quelque chose étoit capable de mieux faire sentir le faux de cette version, ce seroit le dessin qui probablement l’a inspirée. Il ne faudroit, selon moi, rien moins qu’une résignation absolue, et une obéissance servile à la rigueur d’un texte invariable et incorrigible pour se décider à adopter un agencement décoratif aussi insolite et aussi peu signifiant que celui dont on peut voir le motif, dans un des entre - colonnements du monument de M. de Caylus. ( Voy. pl. III.) On ne sauroit y trouver ni raison, ni goût, ni autorité dans l’antique, et l’auteur n’a pu l’admettre que parce qu’il avoit méconnu

la véritable disposition de toute cette ordonnance. N ayant point environné son édifice de colonnes, n ayant point reconnu le mur grillé de la chambre, et n’ayant dans son élévation qu’un seul entrecolonnement de colonnes engagées, il a pu croire que cette espèce de panneau étoit orné d’un rinceau de feuillages en bas-relief.

Mais rien de semblable ne peut s’accorder avec des colonnes isolées, dont les entre -colonnements offrent des vides réels. Que deviendront ces rinceaux d’acantlie isolés entre les colonnes ? La chose est inadmissible. Resteroit la ressource de les adosser au grillage : mais à quoi bon chercher hors des colonnes un ornement que le texte de Diodore nous prescrit de chercher dans chaque colonne; un ornement qui , dans la décoration , est tellement propre à des colonnes, que le goût nous ordonneroit de 1 y placer, quand les mots grecs ne nous en feroient pas la loi? Y eût-il même incertitude dans le choix, entre un motif d’ornement sans goût, inusité, et un ajustement connu, naturel, analogue aux usages de l’architecture, et surtout dune architecture exécutée en métaux précieux, par conséquent susceptible de tout genre de luxe, il me semble qu’il n’y auroit pas lieu à balancer : mais je crois avoir fait voir qu’il n’y avoit point ici d alternative.

C’est en prenant le texte de Diodore dans son sens le plus rigoureux qu’on voit disparoitre toute espèce de difficulté : c’est du milieu de chaque colonne que prenoit naissance le rinceau d’acanthe qui s’étendoit jusqu’au chapiteau. Que signifie, en effet, ce rapport indiqué entre cette acanthe qui s’élève insensiblement, et le chapiteau auquel elle s’arrête, usque acl capitella, ^x^ T^v Movonectvav, sinon qu’il s’agit d’un ornement particulier aux colonnes? On sait que, dans toutes les colonnes à feuillages, à enroulement perpendiculaire ou torse, le chapiteau est le point d’arrêt ou se terminent ces ornements; et c’est ce que Diodore a exprimé très-nettement ici.

Rien donc de plus naturel que l’explication que je propose, et que la disposition qui s’ensuit : il seroit injuste toutefois de prétendre en

juger par les grands monuments d’architecture que l’antiquité nous a transmis, et où de pareils ornements ne sauroient exister. Ce n’est pas sans doute dans le style grave et sérieux des édifices de pierre ou de marbre, qu’il faut s’attendre à trouver ces badinages d’un luxe décoratif. N’oublions pas que le char sépulcral d’Alexandre peut être regardé, jusqu’à un certain point, comme une sorte de caprice d’architecture. Fait en Asie, et composé des plus précieuses matières, il s’accommodoit merveilleusement de toutes ces idées, que l’imagination orientale fit passer dans la décoration et dans l’arabesque.

Or, c’est dans ce qu’on peut appeler l’architecture décorative des anciens, que l’on trouvera un très -grand nombre d’exemples de colonnes ajustées et ornées, selon le goût de l’espèce décrite par Diodore. Si l’on ouvre l’ouvrage de Piranesi, intitulé la Magnificence des Romains , et si l’on y parcourt le recueil nombreux qu’il renferme, des fragments de colonnes décorées de toutes les richesses de la sculpture, on n’est embarrassé que du choix des motifs d’ornement qu’on peut appliquer aux paroles du texte de Diodore. A presque toutes les planches de cet ouvrage , on voit des colonnes avec des cannelures spirales, des ornements s’élevant par étages jusqu’à la cymaise du chapiteau, des rinceaux d’acanthe tournant par plusieurs révolutions autour du fût. Je citerai, entre autres, les planches VIII, XI, XVI et XVIII de ce recueil.

Lorsqu’on choisit entre les manières dont un rinceau d’acanthe peut se trouver au milieu d’une colonne, en s’élevant jusqu’au chapiteau, 011 s’aperçoit qu’il pourroit y avoir deux opinions sur le sens de ce milieu. Il seroit possible d’entendre ce milieu comme la moitié de la circonférence du fût : alors l’ornement, régnant dans toute la longueur, monteroit du bas de la colonne en haut, au moyen d’une tigette de laquelle partiroient et se répartiroient les feuillages d’un côté et de l’autre.

Mais il me semble que par milieu il faut entendre le point milieu de la hauteur du fût, c’est-à-dire que l’ornement en question dut

5o RESTITUTION

prendre naissance vers le milieu de la hauteur de la colonne, ainsi qu’on le voit à la planche XVI déjà citée ( de la Magnificence des Romains. )

Quand je dis vers le milieu , c’est parce que je crois qu’ici, comme dans une multitude de cas, le mot milieu ou moitié n’exprime pas un milieu géométrique, mais seulement un point intermédiaire quelconque dans un espace donné ; ce qui signifie seulement que l’acanthe ne partoit point de la base de la colonne, comme cela auroit pu être. L’usage est, dans le cas contraire, que cet ornement commence au tiers inférieur de la colonne; et j’ai suivi cet usage dans mon dessin, sans croire m’éloigner du texte de Diodore.

E7rccvco cTé tüç xapapaç pstruv rw k opi/Çriv f (poiviéîç t/Vîipyw O7rai3-pioç , i'fôva,

Xpvçüv retpstvov ’eAaiaç êi/^eyéd’H , r&poçovo r\Atoç ^pouCxÀAav rctç ÙktÎvuç, jc. t. à.

Supra cameram et in medio cacumine erat puniceus amictus subdialis , liabens auream oleœ coronam magmtudinis exuniœ , quam sol radiis suis verberans , etc.

(Traduction de M. de Caylus.) « Au-dessus de la voûte et du milieu « du toit s étendoit un tapis exposé à l’air, surmonté d’une couronne « taillée en feuilles d olivier; elle étoit très-grande, et quand elle étoit « frappée des rayons du soleil, etc. »

Rien de plus exact que cette traduction, sur laquelle je me contenterai de faire observer cette alternative continuelle de signification du mot %cLgapx, qui, pris ici sous le rapport de la partie, veut effectivement dire voûte. Le passage suivant achèvera, je pense, de faire voir le tort qua eu le traducteur de n employer partout qu’un seul et même mot, lorsque ce mot, en françois, n’a pas la double pro- Piieté du mot grec. ]\e voulant user que dune seule locution, comme

le giec, d eut mieux fait de rendre partout y,cig.ctça, par chambre

voûtée.

DU CHAR FUNÉRAIRE D’ALEXANDRE. 5i

Si le passage que j’examine ne comporte aucune objection dans sa traduction, il n’en est pas de même, à mon gré, du dessin donné par M. de Caylus, de cette partie du monument. Rien de plus bâtard que la forme extérieure de sa voûte; rien de plus maussade que tout son couronnement, et de plus mal conçu que Rajustement de la draperie autour de l’amortissement qui porte la couronne. La bizarrerie vraiment révoltante d’un toit ou d’un comble drapé dans sa totalité, et, si l’on peut dire, empaqueté d’une étoffe, auroit sans doute été aperçue de M. de Caylus, s’il n’eût pas, encore ici, transporté dans l’intérieur de la voûte l’ornement de la couverture en pierres précieuses, qui, certainement, formoient les tuiles de cette petite toiture: or, ces tuiles en forme d’écailles dévoient être visibles.

De quoi s’agit-ii donc dans le passage actuel? d’une simple étoffe placée au-dessus de la voûte et au point milieu du comble, xura, /sçyiv twv zopuipti v. Mais il n’est pas besoin de supposer que cette étoffe s’étendoit sur toute la superficie du comble et le cacboit; c’étoit un simple tapis de pourpre. Pourquoi étoit-il là? Le texte l’explique, xpvvüv ç'êçavoi' : il supportoit la couronne d’or; ou du moins cette couronne s’élevoit du milieu de ce tapis.

On pourroit aller jusqu’à soupçonner que ce tapis de pourpre n’auroit pas été d’une étoffe effective. Sa position en plein air, tûxcûSpoç , autoriseroit à croire qu’on auroit imité en métal une draperie réelle; mais ceci importe peu, soit à la traduction, soit au dessin.

Une chose un peu arbitraire pour le dessinateur, c est la manière

dont étoit placée la couronne : le texte ne le laisse point deviner. Cette couronne reposoit-elle immédiatement sur la draperie, ou y avoit-il entre deux un coussin, comme on pourroit 1 imaginer? Etoitelle portée sur une espèce de pieduccio , et l’étoit-elle horizontalement ou verticalement? Vu le manque d’autorités à cet égard, il est permis, sans doute, de se décider pour le parti qui produit le meilleur effet en architecture.

'H «F vvro tvv zay.açictv uct&tS'pct Svo ùxiv ^ovaç. . . .

Qucs autem subter camerarn crat sessio duo liabebat axes , etc.

La traduction de M. de Caylus porte : « Le train sur lequel cette « voûte est posée avoit deux essieux, etc. »

Je ne cite ce commencement de phrase que pour confirmer ce que j’ai avancé dans tout le cours de cette discussion, savoir, que le mot x.a,7rd,pa. a deux acceptions en grec , dont le mot voûte ne sauroit être l’équivalent. Il est hors de doute ici que le train de chariot qui devoit servir d’assiette au monument, et que Diodore dit avoir été v7ro t h Kct/xctpav , sous la caméra, supportoit immédiatement non seulement la voûte, mais le corps de construction sur lequel reposoit cette voûte.

Je borne ici l’analyse des passages de Diodore et leur explication mise en rapport avec la traduction et le dessin de M. de Caylus. Ici finit en effet la partie architecturale de la description : le reste consiste en détails ou omis par M. de Caylus, ou de nature à ne reproduire, soit dans une opinion, soit dans une autre, que de légères controverses. Je me suis, sur de tels objets, abstenu d’un parallèle qui eût inutilement alongé cette discussion; j’en ai réservé quelques développements pour la troisième partie, dans laquelle, je ferai suffisamment connoitre ce qui se rapporte à la fin du texte de Diodore. c’est-à-dire au chariot proprement dit et à l’attelage.

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