‹ Monuments modernes de la PerseChapitre 23 sur 54 · REI · texte numérisé non relu

REI

Au Sud-Est de Téhéran, & à 4 kilomètres de distance de la porte de la ville, une route à travers la plaine conduit à un joli village appelé Chah-Abd-oul-Azim, du nom d’un Imamzadeh ou descendant d’Ali, dont le tombeau, situé dans cet endroit, est un objet de vénération & un lieu de pèlerinage pour les chiites; grâce aux jardins & aux vergers qui l'entourent, cest en même temps un rendez-vous de promenade pour les habitants de Téhéran. Ce village, qui compte plus de quatre cents familles, des bains & des caravansérails, un bazar & des boutiques, est situé au milieu des ruines & sur les débris mêmes de cette antique ville de Reï qui, dans l'antiquité, se plaçait, par son importance, à côté d’Echatane, de Persépolis & de Babylone, & qui, par son étendue & par le chiffre de sa population, comptait, à quelques époques de son histoire, parmi les plus grandes cités de l'Asie. Aujourd’hui c’est à peine si, en traversant cette contrée voisine de Téhéran, on rencontre quelques monticules, quelques restes de maçonnerie qui avertissent le voyageur qu’autrefois, dans ces lieux, existait une immense cité, une capitale, & encore les débris que l’on y découvre ne datent que de la seconde & plus moderne période de son existence, celle qui commence avec l'islamisme. L'ensemble de ces ruines occupe une étendue de 2,100 mètres du Nord au Sud & de 2,250 mètres de l'Est à l'Ouest; tout ce vaste emplacement est situé au pied d’un chaînon qui part de l'Elborz. Sur le principal rocher isolé, l'on voit les débris d’une citadelle, des restes de murs & de tours en terre dont quelques-unes sont revêtues de maçonnerie en blocage. On y voit aussi des ruines de constructions en briques cuites au four, que les Persans enlèvent chaque jour pour les employer aux constructions qu’on exécute à Téhéran.

Au centre de tous les monticules & des murs d'enceinte se trouve une tour circulaire (planche LXIID) construite en bonnes & fortes briques cuites; elle a 16 mètres 6o centimètres de diamètre à l'extérieur, & 11 mètres 20 centimètres à l’intérieur. Sa face extérieure est formée de vingt-deux cannelures triangulaires terminées vers la partie supérieure par trois rangs de voussures superposées, & d’une frise portant encore des fragments d’une inscription en caractères cufiques (planche LXIV). La partie supérieure, qui se terminait par une coupole, est entièrement ruinée. La hauteur de la tour, non compris la frise d'inscription, est de 20 mètres; la porte, à l'Ouest, est encadrée d’un chambranle couronné par une corniche à trois rangs de petites voussures, comme cela se voit dans les monuments de l'architecture arabe. La porte, à l'Est, n’a plus qu’une voussure ogive & son encadrement a disparu. Au-dessus de cette porte l'on voit, dans l'épaisseur du mur, le vide d’un petit escalier en spirale à l’aide duquel on montait au haut de la tour. Sir W. Ouseley nous apprend que, selon la tradition répandue dans le pays, il était d’usage d'annoncer à la ville de Reï les victoires remportées sur l'ennemi au moyen d’un drapeau rouge arboré au haut de cette tour.

Vers la partie Est & en dehors des enceintes & des ruines, on voit plusieurs tours construites en maçonnerie de blocage. Une de ces tours est encore bien conservée & l'inscription cufique qui l'orne est faite avec de petites briques cuites au feu incrustées dans la maçonnerie. Cette tour a 11 mètres 8 centimètres de diamètre à l'extérieur & 8 mètres 2; centimètres à l’intérieur, sur une hauteur de 12 mètres, y compris l'inscription. Sa porte vise au Sud; elle est à voussure ogivale à l'extérieur & à plate-bande à l’intérieur, à la hauteur du centre de la voussure. On voit encore vers la partie supérieure, à la hauteur de 7 mètres, deux petits escaliers construits dans l'épaisseur du mur pour monter au haut de la tour. La voüte & la coupole n'existent plus; il ne reste des autres tours qui se trouvaient parmi ces ruines que leurs bases : elles sont carrées. Ces diverses tours ne se rattachent À aucun des murs d'enceinte.

Rien parmi ces débris dont on peut encore déterminer la forme ne nous reporte dans la haute antiquité; les inscriptions comme les constructions elles-mêmes sont de la période musulmane, par conséquent, les plus anciennes ne sauraient aller au delà du vi siècle de notre ère.

À côté de ces ruines d’un autre âge, on voit, sur la face de deux rochers, deux bas-reliefs très-modernes sculptés sur une surface polie. Celui qui est au nord-est des ruines représente Felh-Ali Chah à cheval, combattant un lion. Celui au nord-ouest, éloigné du premier d’un kilomètre, représente, dans un grand cadre, le même monarque assis sur son trône, & entouré de plusieurs des princes ses fils & de ses ministres. Au bas du rocher jaillit une source abondante d’eau fraîche et limpide. Nous donnons ci-dessous une reproduction de ce dernier bas-relief.

Disons maintenant quelques mots du passé de Reï. Cette ville nous est connue sous le nom de Rhagès par le Livre de Tobie, où elle est citée (chap. I, v. 14) comme une ville de la Médie. L'historien d'Alexandre le Grand, Arrien, nous raconte que ce conquérant s'arrêta à Rhagès pendant cinq jours, en cessant là de poursuivre Darius fugitif, & la date de cet événement se laisse assez bien fixer à l'an 331 avant notre ère. Il y a cependant ici une difculté. Strabon (iv. XJ, c. xvur) nous apprend que l'un des généraux d'Alexandre le Grand, Séleucus Nicator, fondateur de la dynastie des Séleucides, bâtit la ville de Rhagès & l’appela Europos; il faut donc admettre ou que la ville de Rhagès n'existait pas encore du temps d'Alexandre le Grand & qu’Arrien a voulu seulement dire que son héros s'arrêta pendant cinq jours dans l'endroit (ri) appelé depuis Rhagès, ce qui, du même coup, prouverait que le Livre de Tobie est postérieur à l’ère d’Alexandre le Grand, ou bien que le mot bârr de Strabon doit être entendu dans le sens de restaura, rebârir. Sous les Arsacides, 224 ans avant J.-C., Reï s'appelait Arsacia, & dans le n° siècle de notre ère elle fut, selon Athénée, la résidence des rois parthes & la plus grande des villes de Ja Médie. Reï prit un développement considérable dès le premier siècle de l’islamisme & fut appelée Cheikh oul belad (Cheikh des cités), soit à cause de son antiquité, soit à cause de son importance. Nous omettons de donner ici, d'après un géographe persan, Amin-Ahmed-Razi (de Reï), le chiffre des maisons, des mosquées & colléges, des bains, des caravansérails, &c., tant ce chiffre nous paraît exagéré. Sous la dynastie des Bouïdes & sous celle des Seljoukides, Reï fut plus d’une fois la capitale de la Perse, mais souvent éprouvée par des dévastations & des tremblements de terre. La décadence complète de Réï date de l'invasion des Mongols en 1221, époque à laquelle, selon les récits exagérés habituels aux auteurs orientaux, sept cent mille individus auraient été passés au fil de l'épée. Sous l’un des plus illustres souverains mongols de la Perse, Ghazan-Khan, Reï fut en partie rebâtie & repeuplée; mais ce ne fut qu'une lueur passagère. On n’en entend plus parler durant tout le règne de la dynastie des Séfis, & il est même probable que c’est la population de Reï qui a fourni le premier noyau à la ville de Téhéran. Ce qui nous confirme dans cette supposition, c’est que l'on voit sans cesse, encore de nos jours, les

habitants de Téhéran chercher dans la banlieue des briques & d’autres matériaux pour leurs constructions.

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