‹ Monuments modernes de la PerseChapitre 25 sur 54 · L'ANCIENNE ECBATANE · texte numérisé non relu

L'ANCIENNE ECBATANE

Voici une ville dont le nom nous reporte vers la haute antiquité de l'Asie occidentale : Hamadan, l’ancienne Ecbatane, rivale de Babylone & de Ninive. C’est peut-être la seule ville de l'Asie qui, éprouvée comme toutes les autres par des vicissitudes sans nombre, subsiste presque sous le même nom, à peu près sur le même emplacement où elle fut bâtie primitivement il y a deux mille cinq cents ans. Elle fut construite, comme nous l’apprend Hérodote, par Déjocès premier, roi mède de la Perse dont la dynastie fut dans la suite renversée par Cyrus, monarque issu de race perse. Le père de l'histoire nous a laissé une description assez détaillée de cette ville & du palais de Déjocès. Dans la Bible (Esdras, VI, 2), Ecbatane porte le nom d'Akhmeta, & les quelques lignes que nous y trouvons sur cette ville, nous apprennent que c’est dans la citadelle bâtie sur une hauteur que se trouvaient les archives de la monarchie des Mèdes dévolue plus tard aux Perses. C'est encore la citadelle d'Echatane qui servait de dépôt aux trésors de Darius & plus tard à ceux d'Alexandre le Grand, trésors qui se montaient à plus d'un milliard de notre monnaie, & dont une partie fut volée, comme l'on sait, par Harpalus, trésorier du monarque macédonien.

Sous les successeurs immédiats d'Alexandre le Grand, sous les Arsacides (rois parthes), & sous les Sassanides (du m° au vn° siècle de notre ère), Echbatane n'occupe pas précisément la première place parmi les villes de la Perse, mais elle paraît avoir souvent servi à ces monarques de résidence d'été, à cause de la température beaucoup moins élevée que celle des autres grandes villes de ce vaste empire. En effet, grâce, en partie, à sa position très-élevée au-dessus du niveau de la mer, & en partie au voisinage du mont Elvend (Alvend, Brontès des anciens, Arvand des livres Zends), Hamadan, qui est situé à quelques kilomètres au Sud-Est de cette montagne, passe pour être extrêmement froid, & les poëtes arabes & persans, s'ils vantent la végétation luxuriante de ses plaines, & la parure riche & variée de ses jardins, exhalent des plaintes amères sur l'air glacial & pénétrant que l’on respire à Hamadan pendant une bonne partie de l’année. Hamadan est situé par 34° $3' lat. Nord & 48° 33! long. Est; il fait partie de l'Irak persan & plus particulièrement de la contrée désignée par le nom de Djebal : pays de montagnes.

On a remarqué que, contrairement à ce qui a lieu pour presque toutes les grandes villes anciennes & modernes de la Perse, qui sont bâties dans la plaine, Hamadan, comme Rome & comme Constantinople, s'étalait, lors de sa plus grande étendue, sur plusieurs collines. La ville actuelle occupe dans la plaine une partie seulement de l'emplacement de l'antique Echatane; son territoire est arrosé de cours d'eau qu’alimentent les nombreuses sources qui jaillissent du mont Elvend. Un torrent, dont l'eau, d’une rare limpidité, s'écoule en tourbillons floconneux, arrive de cette montagne & traverse la ville, du Sud au Nord. Plusieurs ponts, d’une seule arche ogive, sont construits sur ce cours d’eau, établissant une communication entre les quartiers juifs & arméniens bâtis sur un plateau élevé entouré de quelques pans de murs d'enceinte flanqués de tours rondes en brique & en pisé. C'est autour de ce plateau que la ville est groupée, se prolongeant du Nord au Sud. Les produits végétaux de Hamadan sont ceux des plateaux élevés; on y trouve surtout une grande variété de plantes médicinales, à tel point que, dans l'opinion des Orientaux, il s’en trouve qui guérissent toutes les maladies. Le safran de Hamadan passe pour être le meilleur qu'il y ait au monde. Les bêtes féroces, les reptiles & les insectes nuisibles sont presque inconnus à Hamadan.

Hamadan fut conquis par les musulmans en 24 de Fhégire (644 J. C.) & passa successivement sous la

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domination des khalifes, sous celle des Bouides, des Gaznevides, des Seldjoukides, des Mongols & des dynasties qui ont régné en Perse avant & après la conquête de Timour. Tantôt capitale d’une grande partie de la Perse, tantôt donnée en apanage à des princes du sang, livrée souvent au pillage & au massacre, cette ville n'eut depuis la conquête musulmane que quelques éclairs de bien-être & de splendeur. Sous les Séfis & après leur chute, Hamadan fut plus d’une fois le théâtre de la guerre entre les Persans & les Turcs. Aga-Mahommed-Khan, Kadjar, y fit démolir la citadelle moderne.

Parmi les musulmans illustres connus en Europe, un nom se rattache à celui de Hamadan : c’est celui du célèbre Avicenne qui y naquit, & qui, se sentant très-malade à Ispahan, où il était vizir du prince de ce pays, se hâta de regagner sa ville natale pour y mourir. En effet, il y mourut, quelques jours après son arrivée à Hamadan, en 1036 de notre ère. Le Canon d’Avicenne est enrichi de la description d’un grand nombre de plantes des contrées de l’Elvend,

Le territoire de Hamadan offre encore çà & 1à des débris, dispersés sur son sol, d’une antiquité reculée. Un grand nombre de fragments mutilés gisent sous les quartiers de la ville moderne & dans les alentours; ils sont en pierre calcaire & en granit. Parmi ces débris l'on voit un fragment de lion ronde bosse, très-dégradé, mais qui accuse encore un beau galbe de sculpture ancienne. Est-il de l'époque médique ou séleucienne? C’est ce qu'on ne saurait dire. Selon la tradition du pays mentionnée par l'historien arabe Masoudi, ce lion aurait été apporté de l'Inde par Alexandre le Grand, & aurait été longtemps regardé par les habitants de Hamadan comme le palladium de la ville, croyance cruellement démentie lorsque, en 319 de lhégire (931, J. C.), le conquérant deïlemite Merdavidj, s'étant emparé de Hamadan, fit mettre en pièces ce lion colossal. Des voyageurs ont rapporté en Europe, depuis cinquante ans, de nombreuses antiquités, recueillies sur le sol de l’ancienne Ecbatane, & ont signalé en même temps, dans une gorge située au pied de l'Elvend, des inscripions cunéiformes qui ont, depuis, exercé la sagacité de plusieurs savants (Morier, Burnouf, Rawlinson).

Vers le Sud, sur une colline de roche calcaire l’on voit l'emplacement de l’ancienne citadelle recouverte

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