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TOMBEAUX D’ESTHER ET DE MARDOCHÉE

KERMANCHAH

La ville de Kermanchah, appelée par les géographes arabes Karmacin, est le chef-lieu de la province du même nom limitrophe du pachalik de Bagdad. La ville s'élève sur le penchant d'une montagne, sur la rive droite & sur le côté Ouest du Karasou qui coule impétueusement du Nord au Sud, & traverse même la partie basse de la ville. Rien n'égale la beauté du pays d’alentour, qui lui a valu parmi les orientaux de ces contrées le nom de Paradis. La fondation de cette ville date des Sassanides; elle est attribuée à Behram (le Vararanes IV des écrivains byzantins) qui a régné de 388 à 309 de J. C. Quelques-uns de ses successeurs y établirent leur résidence & contribuèrent à rendre cette contrée, déjà fertile, plus florissante encore par la culture du sol, par la plantation de jardins, & par la construction d’édifices de plaisance. Le voisinage de Kermanchah conserve encore des traces du séjour de ces princes amis de larchitecture & de la sculpture, car c’est à peu de distance de Kermanchah, environ deux heures de marche, du côté Ouest & du côté Est, que se voient la sculpture du Taki-Boustan & les inscriptions de Biçoutoun, monuments sassanides décrits dans les Monuments anciens de la Perse. Depuis la conquête musulmane, Kermanchah n’a jamais joué un rôle important; sous les Séfis, elle se ressentit du bien-être général de la monarchie & le perdit avec leur chute. Sous Feth-Ali Chah, Kermanchah a été la résidence de Mohammed-Ali Mirza, le plus guerrier & le plus ambitieux des fils de ce monarque. Ce prince était l'aîné de sa race, mais comme il était issu d’une mère esclave & que son père nomma pour son héritier présomptif Abbas-Mirza, né d’une princesse Kadjare, Mohammed-Ali Mirza, outré de cette préférence, n’hésita pas à déclarer à son père qu'à sa mort l'épée seule déciderait de la possession du trône de la Perse. Aussi, sa province de Kermanchah, où il gouvernait en maître absolu & où il maintenait dans l’obéissance les tribus guerrières de Kurdes, était pour ainsi dire un vaste champ d’exercices & un arsenal où ce prince préparait des armes pour de futurs combats, & où il accueillait avec empressement des officiers français & anglais comme instructeurs & comme futurs champions de sa cause. Sa mort mit fin à ces projets ambitieux; la province de Kermanchah passa à son fils & retomba dans la nullité commune à toutes les autres provinces de la monarchie persane. Kermanchah est le passage des caravanes de commerce & des caravanes, presque plus nombreuses encore, de pieux pèlerins chiites, qui, des contrées les plus éloignées de la Perse, se rendent à Kerbela, plaine aride de l'Irak arabe sanctifiée par la fin tragique de Hussein, fils d’Ali. Ces communications incessantes entre les deux États musulmans, la Perse & la Turquie, devraient faire de Kermanchah une ville riche & brillante. Elle est loin de l'être. Du haut des terrasses de ses maisons, plantées, comme nous l'avons dit, sur le penchant d'une montagne, l'œil embrasse un vaste & beau paysage, mais la ville elle-même n'offre rien de remarquable; ses rues sont étroites & sales; les mosquées & les édifices des particuliers étaient, en 1840 du moins, la plupart, dans un état d'abandon voisin de la ruine. La population de Kermanchah,

composée de Kurdes, d’Arabes, de Juifs, d’Arméniens, monte à 20,000 habitants.

KERMANCHAH

TÉBRIZ OÙ TAURIS

Tébriz, une des villes les plus importantes de la Perse, est la capitale de la province d'Azerbaïdjan (demeure du feu sacré), nom dans lequel il est facile de reconnaître l’Atropatène des auteurs de lantiquité classique & l’Atrpatkan des écrivains arméniens des premiers siècles de notre ère. Depuis un temps immémorial, cette province, berceau, à ce que l’on croit, de Zoroastre & du culte qu’il avait fondé, a occupé une place importante dans les annales de fran. Elle paraît avoir toujours eu pour chef-lieu une grande ville, & avoir servi de résidence aux monarques de la Perse, au moins pendant une partie de l’année; mais c’est une question encore controversée parmi les savants géographes modernes, si la capitale de lAtropatène nommée Gaza, & Gazaka chez Strabon & chez Ptolémée, Ganzaka ou Kandzaka chez les auteurs byzantins, & Seconde Echatane chez les historiens arméniens, occupait exactement l'emplacement actuel de Tébriz, ou si sous Gabris de Ptolémée ne se cache pas le nom de Tauris, Tébriz (Voy. Karl Ritter, géog. Asie IX, p. 775 & suiv.). Quelque plausibles que puissent être ces hypothèses, une chose est certaine, c’est que la ville musulmane de Tébriz a été, selon le témoignage positif des historiens arabes, fondée par la princesse Zobeïdeh, nièce & femme de Haroun-er-Rechid, en l’an 17$ de l’hégire (701 de J. C.) & que les auteurs arabes des x°, x1° & xu° siècles de notre ère ne mentionnent Tébriz que comme une localité de peu d'importance. Trente-neuf ans après sa fondation, Tébriz fut détruite par un tremblement de terre; elle fut rebâtie par le khalife abasside Motewekkil en 245 de l'hégire (857 de J. C.), mais environ deux cents ans après, en 434 de l’hégire (1042 de J. C.), un nouveau tremblement de terre la changea en un monceau de ruines. Elle fut toutefois rebâtie de nouveau & continua pendant plusieurs siècles, malgré les commotions fréquentes mais moins désastreuses que les deux premières, à s’accroître en étendue, en population, en richesse & en importance politique & commerciale. En 1721, Tébriz fut encore éprouvée par un terrible tremblement de terre qui coûta, dit-on, la vie à quatre-vingt mille personnes, & ces convulsions se sont renouvelées depuis, quoique avec moins d'intensité. Outre les tremblements de terre, cette ville eut encore souvent, du moins dans les premiers siècles de son existence, à souffrir des inondations, mais il paraît qu'on y a remédié enfin, au moyen de nombreux canaux & de dérivations des eaux venant des montagnes voisines. On comprend combien ces sinistres ont dû être funestes aux édifices & aux monuments que la piété des musulmans & la magnificence des souverains & des grands se plaisaient à élever dans cette ville. Aussi presque tous ces monuments sont aujourd’hui en ruine.

La capitale de lAzerbaïdjan eut successivement pour maîtres les khalifes abassides, les Bouides, les Seldjoukides, la branche des Atabeks de lAzerbaïdjan & les chahs du Kharezm, & fournit plus d’une fois, pendant les guerres que se livraient ces dynasties, des épisodes intéressants qui attestent la bravoure & l'énergique résistance de ses habitants. La plus brillante époque de Tébriz commença presque avec l'établissement de la domination des Mongols en Perse; car, sauf leur séjour pendant l'automne à Meragha, c’est à Tébriz que résidèrent constamment les souverains persans de la race de Djenguizkhan, jusqu'à ce que Sultanieh l'eût remplacé comme capitale. Tébriz fut encore, à la chute de la dynastie des Djenguizkhanides, la capitale d’une autre dynastie éphémère, celle de Melek-Echref (Voy. la notice sur Ispahan), connu par son caractère ombrageux & par ses cruautés. Mais c’est néanmoins ce prince, confiné lui-même comme une chauve-souris dans une habitation obscure où il faisait préparer sous ses yeux tous ses repas, qui agrandit Tébriz & l’embellit par de nombreux édifices, en forçant les gens riches à construire des mosquées, des bains & des jardins. L'invasion de Timour mit fin pour quelque temps à l'importance de Tébriz. Sous les dynasties turcomanes, d'abord celle du Mouton-Noir (jusqu'à 1468), & ensuite celle du Mouton-Blanc, Tébriz change souvent de maitres. Mais à l’avénement de la dynastie des Séfs, dans la personne du chah Ismaïl, 100 de notre ère

(906 de l'hégire), elle devient la capitale de toute la Perse, conquise au bout de quatre ans par la valeur

& les talents du jeune Ismail. Son successeur le chah Tahmasp ayant transporté sa résidence à Kazwin en 152$, & le chah Abbas le Grand l'ayant définitivement fixée à Ispahan, Tébriz ne fut, pendant les xvi*, xvn° & xvin* siècles & jusqu'à nos jours, que la capitale de l’Azerbaïdjan, & eut plus d'une fois à souffrir des guerres entre la Perse & la Turquie. Presque de nos jours, sous le règne de Feth-Ali Chah, Tébriz fut la résidence de son fils & héritier présomptif du trône, Abbas Mirza, qui aimait à sentourer de militaires, d'artisans & de savants européens. Grâce à l'impulsion donnée par ce prince, & à sa position qui la place, sous le rapport commercial, entre la Perse, la Turquie & la Russie, la ville de Tébriz est devenue une cité très-importante & elle s'agrandit encore sans cesse.

Tébriz est situé au fond d'une vaste plaine, au pied d’une haute chaîne de montagnes où se groupent, à ses versants Sud, plusieurs collines coniques couvertes encore çà & là de ruines, de forts & de masures. La ville est traversée par le Mehranroud, rivière qui coule de la montagne Sehend & dont l’eau est très-bonne. L'air de Tébriz passe pour être très-sain, & les Persans assurent que le nom même de la ville l'indique assez, car teb-rix signifie fébrifuge. Ce qui a pu ajouter à cette réputation de salubrité de Tébriz, ce sont les sources minérales chaudes qui existent dans le voisinage, & qui possèdent des propriétés curatives. Le climat de Tébriz est très-rigoureux en hiver, le pays est très-fertile, abondant en grains & en fruits. Les environs de Tébriz renferment des carrières d’un beau marbre agatisé. Les bazars & les caravansérails de la ville sont vastes, voûtés, la plupart construits en briques cuites, & comme la ville est en quelque sorte l’entrepôt du commerce entre l'Europe & l'Asie, il y règne une grande activité commerciale.

Nous avons dit plus haut que la période la plus brillante de Tébriz a été celle de la domination des Djenguizkanides. Le plus illustre parmi ces princes, Ghazan-Khan (mort en 700 hég., 1300 J. C.), aussi remarquable comme souverain que distingué par ses aptitudes variées (1), signala son règne de cinq ans par un grand nombre d'établissements & de constructions dont la majeure partie à Tébriz : des écoles, un hôpital, une académie, une bibliothèque publique, des bains & des bassins d’eau, &c. Le monument le plus. remarquable construit par Ghazan-Khan a été le mausolée qu'il destinait à sa propre sépulture dans le quartier Chemb au Sud-Ouest de la ville. Ce monument présentait la forme d’un dodécagone & offrait sur chacune de ses douze faces un signe du Zodiaque. La hauteur de l'édifice, depuis le sol jusqu’au sommet de la coupole à l'intérieur, était de plus de 140 mètres; la hauteur de la coupole d'environ 45 mètres, & son pourtour de $o mètres. Treize cents ouvriers travaillaient sans cesse à ce monument qui n’est aujourd'hui qu'une imposante ruine. L’historiographe des Mongols dont nous avons déjà parlé, Rechid-oud-din, qui était en même temps ministre de Ghazan-Khan, fonda à Tébriz un faubourg qu'il appela de son mon Rechidiieh où est située la citadelle Kalaa-Rechidjieh, plus d’une fois mentionnée dans les annales de la ville, mais dont il ne reste que le soubassement d’une immense tour circulaire construite en briques & en moellons.

On voit encore dans la partie Sud de la ville, les restes d’une construction colossale en briques cuites & jaunes très-bien appareillées, construction connue sous le nom de citadelle & de Mosquée de Khodja-Ali Chah. Ces restes ont été convertis en arsenal par Abbas-Mirza, & en 1840 on y voyait encore quelques pièces de canon, des boulets, des bombes, etc.

La ruine la plus remarquable de Tébriz est celle d’une mosquée (planche LXVIN) désignée sous le nom de Mosquée Bleue, à cause de la couleur bleue des briques qui domine dans l’ornementation de cet édifice; on l'appelle aussi mosquée des Sunnites; elle a été bâtie au xv° siècle de notre ère par Djehan-Chah prince de la dynastie du Mouton-Noir. Le tremblement de terre de 1721 en a renversé le dôme & les minarets, mais l’on peut encore y admirer la grande porte & des fragments de revêtements en briques émaillées formant des combinaisons d’entrelacs & d’ornements dans le style arabe. L’émail de ces briques est d’un éclat bien supérieur à celui des briques employées dans les beaux édifices d’Ispahan; on est frappé également de la manière dont ces briques de diverses dimensions sont appareiïllées entre elles & posées sur une couche de ciment extrêmement dur.

Le soubassement des murs intérieurs de cette Mosquée était en beau marbre veiné & agatisé provenant d'une montagne à source minérale située à 6o kilomètres environ au sud de Tébriz. Le soubassement de la façade principale était en belle pierre calcaire dure & colorée. La longueur de l'édifice est de $2 mètres

de façade sur $2 mètres de profondeur.

(1) Son historiographe, Rechid-oud-din, homme lui-même très-instruit, nous apprend que Ghazan était forgeron, menuisier, tourneur, fondeur, peintre, doreur, qu'il connaissait

l'astronomie, la botanique, l’alchimie, la médecine, et qu’il avait à peine son égal dans la connaissance de l’histoire de son peuple.

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