‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picarde (volume 2)Chapitre 10 sur 30 · EGLISE DE B ER T EAU COUR T · texte numérisé non relu

EGLISE DE B ER T EAU COUR T

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orné d’une suite de feuilles d’eau que surmonte un petit zigzag en méplat.

Les fenêtres hautes et basses sont ornées d’un boudin sertissant le vitrail et dégagé par une gorge à onglets, puis d’un second encadrement a cintre décoré d un boudin retombant sur des colonnettes de même calibre. La gorge du premier encadrement des fenêtres basses, est garnie d’oves aplaties.

Les archivoltes sont reliées entre elles par des arrêts horizontaux. Le profil

Fig. 55- — lïglise de Berteaucourt. — i. Base. — 2. Modillon de la corniche de la nef. — 3. Cordon. — 4. Tailloir des colonnes. — 5- Tailloir des piliers ronds.

de ce cordon est torique pour les fenêtres hautes; dans le bas-côté, plus à portée de l’œil, le cordon est orné de rinceaux à feuilles d’acanthe se présentant de profil .

Des cordons régnent sous les appuis des fenêtres. Celui de la net, qui forme solin, est torique ; celui du bas-côté forme un stylobate correspondant à un retrait du mur. Le profil est celui d’une base attique privée de son tore inférieur.

La corniche de la nef est également plus simple que n’était celle du bas-côté. Elle se compose d’une tablette à chanfrein orné d’un galon en zigzags et que portent des modillons à profil de base attique renversée (lig. 5q n° 2).

La corniche primitive du bas-côté n’existe plus que sur la première travée sud. Elle se compose d’arcatures en plein cintre à angle orné encadrant des tympans sculptés et reposant sur des modillons à motifs variés. Ces sculptures appartiennent à un art roman très primitif et d’origine barbare ; elles sont traitées en méplat ; on y remarque de curieuses imitations de travaux de vannerie. Les modillons sont tangents aux archivoltes des fenêtres, comme à Vi 11ers St-Paul et dans nombre d’autres éelises.

La façade occidentale est munie de deux contreforts qui accusent les divisions intérieures et dont les angles sont ornés de colonnettes. Les extrémités de cette façade sont ajourées d’une fenêtre éclairant les bas-côtés ; la gorge y est ornée de dents de scie. Le centre de la façade est percé d’un portail et d’une grande fenêtre cantonnée de

deux œils de bœuf. Ces trois baies sont richement ornées de tores et de gorges; au-dessus et au-dessous régnent des corniches à arcatures brisées correspondant aux retraits de la muraille. Des motifs variés de sculpture garnissent ces arcatures et leurs modillons.

Quatre colonnes reposant sur la corniche inférieure meublent les trumeaux et portent des statues dont les têtes s’inscrivent dans les arcatures de la corniche supérieure.

D’autres retraits et d’autres colonnes adossées répondent intérieurement à ces colonnes et aux deux corniches.

La colonne voisine du contrefort septentrional n’est pas surmontée d’une statue, mais d’un simple bloc épannelé préparé pour une sculpture qui n'a point été faite (i).

Les trois autres colonnes portent de grandes statues d’hommes qui, malgré

l’absence de nimbe, sont évidemment trois saints.

Le plus voisin de la pierre d’attente est un personnage à longue barbe : de la main gauche il tient un sac qui paraît être une bourse ; de la droite, il rélève un pan de son manteau et peut-être aussi tient-il un attribut trop fruste pour être reconnu. A ses pieds est agenouillée une abbesse ; sa tête couverte du voile et sa main gauche sont levées vers le saint ; de la main droite elle tient la crosse. Cette figure en pose suppliante et d’échelle plus petite que le saint est à rapprocher de celle de Suger qui se trouve sur un vitrail de Saint-Denis. Quant au saint qu'implore cette abbesse, son identité n’apparaît pas clairement : saint Nicolas évêque de Myrrhe tient parfois une bourse pour rappeler le secours qu'il donna à trois filles pauvres afin de les détourner de demander au vice le pain de leur

vieux père. L’apôtre saint Matthieu est parfois aussi figuré avec une bourse, ainsi

que saint Laurent qui distribua aux pauvres les biens de l’église.

Enfin saint Brieuc a pour attribut une escarcelle. On sait que la qualité d’apôtre se reconnaît à la nudité des pieds, mais ceux de cette statue n’apparaissent pas. Saint Brieuc est un saint de Bretagne, mais on a vu que l'église de Berteaucourt a un rapport intime avec Saint-Aubin de Guérande et une influence bretonne s’exerçant dans l’abbaye au moment de sa construction ne serait pas chose invraisemblable.

Je ne donne pas comme probable l’interprétation qui consisterait à voir dans la figure qui nous occupe, quelque autre saint dont la bourse peut être l’attribut: saint Projecte évêque d’Imola, saint Théodose le Cénobiarque ou saint Jean de Méda, fondateur des Humiliés de Lombardie.

Le personnage qui occupe l'autre côté de la grande fenêtre tient aussi un pan de son manteau, mais c’est de la main gauche ; de la droite, il tient un livre. Une croix sculptée dans l’arcature de corniche qui encadre la tête de cette figure autorise à penser que c’est là une statue du Christ. La tête à barbe courte a le même type, la même distinction et la même expression de gravité qui distinguent

( t ) Je ne saurais admettre, en effet, avec l’auteur des anciennes notices, que par une idée symbolique dont lui-même n’explique pas le sens, ce bloc ait été destiné à rester inachevé. Les artistes français du moyen âge, gens de bon sens, poussaient le mysticisme moins loin qu’on n’a voulu le prétendre. En tous cas, ils ne lui auraient pas sacrifié ainsi brutalement l’harmonie d’une décoration de façade.

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le Christ du grand portail de la cathédrale d’Amiens, appelé le beau Dieu ; toute proportion gardée, bien entendu, entre ce chef-d’œuvre de la statuaire française et une œuvre antérieure de cent ans au moins, mais exécutée dans la même région et avec le même esprit.

La dernière figure est extrêmement dégradée par les intempéries ; la tête est méconnaissable ; la main droite levée semble avoir tenu un attribut de petite dimension et la gauche a tenu soit un livre, soit un pan de manteau. Les pieds sont chaussés, mais ils sont modernes.

Les figures ayant dù être au nombre de quatre et l une d’elles pouvant représenter saint Matthieu, on pourrait supposer avec vraisemblance que les quatre qui ornent la façade de Berteaucourt, sont les Evangélistes, mais la croix placée au-dessus de la tète de l'un d’eux, semble désigner le Christ ; dès lors, le sens des autres figures devient problématique et l'on ne peut en bonne critique en proposer une interprétation certaine.

Le pignon de la façade est sensiblement plus mince que le mur qui le porte. Le retrait extérieur est en talus ; celui de l’intérieur forme un étroit passage traversant deux contreforts qui soutiennent le pignon. A la pointe extrême de celui-ci était ménagée une ouverture cruciforme qui a été aveuglée avec de la brique. Au-dessous, le pignon est décoré d’un crucifix inscrit dans un grand cercle. Le cercle est de feuilles d’acanthe comme les encadrements des ivoires byzantins; les extrémités de la croix sont ornées de moulures. Le Christ a la tète droite et les cheveux longs ; il est vêtu d’un drap tombant de la taille aux genoux. Sous les bras de la croix sont placés la Vierge et saint Jean debout et pleurant. Saint Jean est barbu. Sur un socle placé au-dessous du grand cercle d’encadrement, Adam et Eve sont accroupis au pied de la croix et lèvent la tète et les bras vers le Christ. Ils sont nus. Eve a les cheveux disposés en deux longues tresses.

Le portail est dénaturé par deux remaniements exécutés l’un au xvf siècle, l'autre tout récemment ; il n’a gardé d’ancien que ses trois voussures sculptées surmontées d’une archivolte torique. Les deux voussures supérieures sont ornées de personnages ; la troisième est découpée en bouquets de feuilles d’acanthe très refouillées, complètement détachées du fond et formant comme une cage ajourée. Le cintre du portail était naguères décoré d’oves énormes et très aplaties analogues à celles qui ornent les poteries gallo-romaines de Lezoux. Une de ces oves occupait chaque claveau.

Sur les piédroits, six colonnes répondant aux voussures avaient des chapiteaux ornés de rinceaux d’acanthe mêlés à des figures. Parmi celles-ci l’on distinguait Samson déchirant la gueule du lion, et des monstres à tète humaine si fréquents dans l’ornementation du xue siècle (i).

Les deux voussures à personnages sont serties de riches galons perlés entre lesquels se détachent des figures en liant relief. La clef de la seconde voussure est ornée de deux anges sortant des nuées et présentant des couronnes aux personnages étagés au-dessous d’eux, et qui sont quatre hommes et deux femmes. L un des hommes marche sur un dragon et tient un livre ; un second tient également

(i) Trois de ces chapiteaux sont déposés au musée d’Amiens. Ils sont extrêmement frustes. De précieux croquis de M. Duthoit père faits avant la dernière restauration du portail, les montrent moins dégradés.

un livre ; les autres personnages n'ont plus trace d’attributs. Ces figures devaient représenter des prophètes et des sy billes, car les autres sujets se rapportent à

l’Ancien Testament. C’est l’Ancien Testament qui fournit aussi la plus grande partie de la décoration du portail de la cathédrale d’Amiens, pour cette raison sans doute que l’ancienne loi est une introduction à la loi nouvelle.

La voussure supérieure est ornée au nord du sacrifice d’Abraham, composition d’un beau mouvement ; en regard, de l’autre côté, un homme barbu croise les mains et lève les yeux vers le ciel ; au-dessus de lui, se distinguent les restes de deux personnages qui s’étreignaient, c’était Jacob luttant avec l'ange ; enfin les claveaux supérieurs sont occupés par une composition allégorique qui sert de conclusion aux autres sujets, Le Christ, issant à mi-corps de la clef de l’arc,

étend les bras, et de la main droite, il couronne une femme symbolisant l'Eglise,

tandis que de la gauche il saisit un bandeau qui enserre les yeux d’une autre femme, figurant la Synagogue. Celle-ci tient une banderolle tandis que l’Eglise tient un livre ouvert.

Telle est dans ses parties romanes l’église de Berteaucourt.

Aucun des morceaux d'architecture qui y subsistent ne devait exister lors de la fondation de l’abbaye, en ioq5 ; mais il est probable que le chœur avait été construit vers cette date ; la nef date de la première moitié, et la façade du milieu du xuc siècle ; les travaux semblent avoir marché progressivement de l’est à l’ouest pendant une soixantaine d’années.

En effet, les monuments qui ressemblent le plus à la nef de Berteaucourt

sont Saint-Aubin de Guérande, que Viol let le Duc attribue a la date de ii3o environ; Notre-Dame d’Airaines, dont la grande fenêtre occidentale à les mêmes voussures à fleurons que le portail sud de Berteaucourt, et appartient à la même date; l’église de Lillers, de la première moitié du xue siècle, qui a les mêmes arcades et les mêmes fenêtres; la façade de Mareuil dont le style est tout à fait analogue et qui termina au début du xue siècle une église commencée durant le xi°, l'église de Lucheux, qu’on peut attribuer aux environs de l’an ii3o; celles de Saint-Georges de Boscherville et de Graville Sainte-Honorine en Normandie et la nef de Vil 1ers- Saint-Paul près Creil, semblables par une foule de détails de construction ou d’ornement, et datant aussi du commencement du xilc siècle.

Quant à la façade elle est manifestement postérieure. La croix placée dans le pignon serait, il est vrai, d’après mon savant confrère M. Eug. Lefèvre-Pontalis, un caractère des monuments antérieurs au xne siècle (1), mais les exemples décrits et gravés dans sa remarquable étude sur ces accessoires de l’architecture sont bien plus simples et de style plus archaïque que le crucifix de Berteaucourt. Le saint Jean qui accompagne celui-ci est tout à fait semblable à celui qui figure parmi les statues des Apôtres sculptées dans l’église de Cappelle-Brouck près Dunkerque, monument de 1160 environ.

Le reste de la statuaire de la façade rappelle des monuments du milieu du xue siècle : les portails de Saint-Etienne de Gorbie, de la cathédrale de Chartres, de Saint-Loup

(1) Eug. Lefèvre-Pontalis. Croix en pierre des XIe et XIIe siècle dans le Nord de la France. Galette archéologique , 1885.

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de Naud près Provins, de Saint-Ayoul dans cette ville, de Saint-Spire de Corbeil (i) et le chapiteau qui nous reste du cloître de Corbie. Il y a plus : les figures des voussures sont à peu près identiques à celles du couronnement de 1 Eglise et des deux anges portant des couronnes qui décorent la cuve baptismale de Selincourt (2), monument du troisième quart du xne siècle.

Le caractère des autres ornements vient confirmer ces remarques ; les chapiteaux à feuilles d’acanthe du portail ne ressemblaient nullement à ceux du début du xne siècle que l'on voit à Notre-Dame de Boulogne (1104), au Waast près de cette

ville (vers ioq5), à Ham en Artois, à La Neuville-sous-Corbie, mais se rapprochent

complètement de ceux de Saint-Jean d’Amiens, Dommartin, Saint-Etienne de Corbie et Hangest-en-Santerre, exécutés de ii5o à 1180. La voussure à feuille d acanthe, dont le travail est extrêmement habile et dénote à lui seul une époque avancée, appartient au même style ; enfin la corniche à arcatures brisées rappelle celles de plusieurs églises de l’Artois qui datent de la seconde moitié du xif siècle tandis

que dans les trois départements du nord de la France, aucune des nombreuses corniches à arcatures qui subsistent ne semble avoir affecté ce tracé avant ii5o.

Cinquante ans environ après l’achèvement de cette iaçade, un clocher y fut ajouté, sur la première travée du bas-côté sud, soit que le clocher primitif fût

insuffisant, soit qu’il lui fût arrivé accident, soit que les paroissiens de Berteau-

court aient voulu avoir dans la nef qui leur était réservée un clocher distinct de celui des religieuses.

Pour établir cette construction, on renforça les murs et le pilier de la travée

par des pilastres carrés couronnés d'impostes chanfreinées et par deux contreforts

extérieurs sur lesquels fut continuée la moulure du soubassement ; un doubleau en tiers point fut bandé dans le bas-côté, et sur cet arc et ses supports on

éleva une tour de deux étages couronnée d’une balustrade de pierre et sans doute aussi d’une ilèchc.

Le premier étage de ce clocher n’a qu’une baie en plein cintre au sud, elle ne correspond pas à l'axe de la travée. Le second étage était ajouré de grandes baies en tiers point dont l’arc, orné d’une moulure d'angle, est couronné d’une archivolte en larmier.

Quatre cordons de moulures divisent horizontalement cette ordonnance : c'est d’abord l’ancienne corniche à arcatures des bas-côtés, puis, au-dessus du premier étage, un larmier raccordé au solin qui protège le toit du collatéral ; ensuite un corps de moulures raccordé aux corniches de la nef et du pignon, et composé d’un tore, d’un cavet, d’un onglet et d’un bandeau ; il passe sous l’appui des grandes fenêtres. Enfin, au niveau des impostes de celles-ci, règne une moulure torique servant d’arrêt aux archivoltes. La corniche de la tour est semblable au cordon qui se relie à celle de l’église. Toutes ces moulures contournent les deux contreforts qui renforcent chacun des angles de la tour. Les contreforts, suivant

(1) Les statues de ce dernier portail sont aujourd’hui déposées dans l’abbatiale de Saint-Denis. Sur cette statuaire monumenta e du xne siècle, on consultera avec fruit le livre récent du Dr W. Vogc : Die Anfange des monnaient al en stiles im Mittclalter , eine untersuchnng ubcr die crste bliite\cit fran\osiscltcr plastik (Strasbourg, Heitz 1 894 , in-8°).

(2) Conservée au musée d'Amiens. Voir la notice sur les cuves baptismales au commencement de ce travail.

un usage fréquent en Normandie et dans l’Ile-de-France, n’ont presque pas de retrait. Ils sont chargés chacun d’un clocheton cylindrique couronné d’une pyramide conique et cantonné de quatre fûts de colonnettes surmontés aussi de petits cônes dont les pointes vives semblent n’avoir jamais porté de fleuron. Ces pyramides sont ornées de dents de scie. Des clochetons cylindriques existent aussi aux clochers de Verquin et d’Ames en Artois, monuments romans de la fin du xue siècle (i). Ceux de Berteaucourt se relient à une balustrade qui est certainement un des plus anciens exemples de ce genre d’ornementation. Elle est composée de petits arcs à trois lobes demi-circulaires portés par d’élégantes colonnettes à chapiteaux ornés de crochets.

Des arcatures de même dessin mais plus hautes et couronnées de frontons bas ornaient les contreforts dans la hauteur des piédroits des grandes fenêtres. Il n'en subsiste plus qu’une. Peut-être ont-elles abrité des statues. Leurs colonnettes sont indépendantes et reposent sur un bout d’entablement à feuillages sculptés. Au xvie siècle une voûte d’ogives avec clef ovale fut établie au bas de ce clocher (2).

En 1692, le procès-verbal d'une visite épiscopale (3) constate que le clocher nécessitait des réparations. En iyq5 on en exécute pour la somme de qo5 livres (4). C’est sans doute de cette époque que date l’étage très laid et très mal bâti dont on a jugé bon de surmonter cette tour. 11 est ajouré de quatre fenêtres cintrées et surmontées d’une flèche d’ardoise dont un chéneau baigne le pied. Cette surcharge amena bientôt l'affaissement de la grande arcade de la nef qui porte la tour ; les désordres occasionnés par cet écrasement se sont étendus à la seconde travée. Il a fallu alors isoler le rez-de-chaussée du clocher par des murs aveuglant l’arcade et le doubleau ; et boucher également la fenêtre occidentale de ce rez-de-chaussée et les grandes baies de l’étage supérieur.

Dès avant ces travaux, la dernière travée du bas-côté sud avait été démolie, et une sacristie avait remplacé l’absidiole du bras nord du transept. Ces dégradations sont indiquées sur les plans de i6q3. Elles peuvent avoir été opérées lors de la restauration que subit l'église au xvic siècle. A cette date, l’absidiole du croisillon sud reçut un groupe en pierre de la Mise au Tombeau, de grandeur naturelle (5) ; la nef fut couverte d’un lambris en berceau brisé, et séparée du chœur par une poutre surmontée d’un crucifix et de statues de la Vierge et de saint Jean qui existent encore. A la fin du même siècle, un riche tombeau d’abbesse, orné d'une composition en haut relief figurant Jésus au jardin des Oliviers, a été adossé à la clôture de l’avant-dernière arcade sud de la nef.

C'est aussi au xvie siècle qu’un nivellement du parvis entraîna la refaçon du

(1) Des clochetons semblables existent aussi en Lombardie sur la tour-lanterne de l’église Saint-André de Verceil, monument élevé de 1219 à 1224 par des chanoines de Saint-Victor de Paris. Cette église, dont la corniche imite celle de Saint-Germer, reproduit diverses particularités des monuments du nord de la France et principalement de la cathédrale de Laon.

(2) C’est pour cette raison sans doute que M. Dusevel attribue toute la tour au xvic siècle.

(3) Archives d’Amiens.

(4) Ibid. Fonds de l’Intendance de Picardie. Un procès-verbal de la visite de l’archidiacre Douav de Baisnes à la fin du xvm° siècle est conservé dans la bibliothèque de notre confrère M. Darsy à Amiens, et mentionne également le mauvais état de l’église de Berteaucourt.

(5) Il a été transporté dans l’église de Villers-Bocage où il se voit aujourd’hui.

grand portail ; pour allonger les piédroits, on jugea bon, au lieu d’élever un socle sous les colonnettes, de démonter celles-ci, de les replacer plus bas et d’insérer un entablement entre leurs tailloirs et les impostes des voussures. Cette espèce d’architrave formait un pan coupé qui ne se reliait ni aux tailloirs ni aux impostes. De plus, pour placer une statue dans le tympan on y fit une niche, et la clef de la voussure inférieure fut remplacée par un dais, tandis qu’à celle du cintre de la porte était substitué une sorte de linteau très disgracieux portant le culot.

J’ai parlé des remaniements de i6q3 et des démolitions de la fin du xvm° siècle et de la restauration moderne. Celle-ci a été très radicale et parfois peu étudiée. Le grand portail a reçu un tympan de fantaisie (i) ; ses claveaux ornés d’oves et ses colonnettes ont disparu, en revanche le bizarre entablement du xvie siècle a été non pas supprimé, mais remplacé par un ordre de pilastres romans, disposition

qui rappelle un peu Saint-Trophime d’Arles et Saint-Gilles, mais nullement l'art du nord de la France. La corniche du bas-côté avait disparu, à l’exception de la partie englobée dans le clocher ; cette corniche a été rétablie, mais avec de simples modifions à la place de ses arcatures ; le lambris de la nef a été refait avec sa disposition du xvie siècle, mais le tracé en plein cintre y a été substitué au tiers point ; enfin, les restes du transept avec leur intéressante absidiole ont été rasés, et une abside à cul-de-four a été construite à la suite de la nef. Le bas-côté nord a été consciencieusement rétabli, ainsi que le pignon de la façade avec ses curieuses sculptures (2). Dans la plupart de ces refaçons, la pierre de Creil a été substituée à celle du pays.

L’église de Berteaucourt paraît être le plus ancien édifice roman qui subsiste sur le territoire du diocèse d’Amiens. Les vicissitudes de tout genre qu’elle a subies ne l'ont pas tant défigurée qu'elle ne renferme encore des morceaux du plus

haut intérêt. Malheureusement, malgré beaucoup de travaux de consolidation, sa solidité reste gravement compromise, et l’on peut concevoir de sérieuses inquiétudes au sujet de l’avenir de ce précieux débris.

Blangy-sous-Poix.

L’église romane de Blangy-sous-Poix (lig. 56) a été plusieurs fois remaniée depuis le xvb siècle. ; il est cependant facile d’en reconnaître les dispositions primitives.

Ce monument comprenait une nef simple et un chœur rectangulaire également dépourvus de voûte. Le clocher occupe l’angle nord du chœur et de la net ; il est surmonté d’un étage octogone et communique avec le chœur par une petite porte. Le monument est assis sur un coteau escarpé. Toute la construction est en craie taillée (3).

Le chœur présente sur chaque face une fenêtre étroite ; la nef avait des

fenêtres plus larges. Les unes et les autres sont en plein cintre, sans autre

(1) Réduction du pignon orné de Saint-Etienne de Beauvais, mais sans son système d’appareil.

(2) Archidiaconé d’Amiens ; doyenné de Poix.

(3) Longueur de la nef 15 m. 10 ; largeur 7 m. jo. Longueur du chœur 8 m.; largeur 4 m. 58, le tout dans œuvre, fenêtres de la nef o m. 54 sur 1 m. 30 ; fenêtres du chœur o m. 25 sur o m. 95.

Fig. 56. — Eglise de Blangy-sous-Poix

Fig. 57, — Eglise de Blangy-sous-Poix.

Coupe du clocher.

Fig. 58. — Eglise de Blangy-sous-Poix.

Profils: 1. Base des colonnettes . du clocher. — 2 et 3. Tailloirs des chapiteaux du clocher.

ornement qu’un angle abattu à l’extérieur. Les cintres ne sont pas formés de véritables claveaux mais de grandes pièces, disposition commune dans la région durant toute la période romane.

La nef a un portail occidental en plein cintre encadré d’une moulure d'archivolte en coin, la face inférieure plus large que la supérieure. Au nord s’ouvrait un autre portail de même forme, sans archivolte mais orné d'une baguette sur l’angle des piédroits et du cintre.

Les contreforts, irrégulièrement espacés, n'ont plus aucun caractère.

La seule partie intéressante du monument est le clocher (hg. 57/. Sa flèche d’ardoises et un blindage de briques empâtant de o m. 75 la partie inférieure sont les seules refaçons qu'il ait subies.

Les assises de l’appareil ont en moyenne

0 m. 25, tandis que celles du reste de l’église,

n’ont guère que o m. 20, avec les joints moins

épais.

Le rez-de-chaussée, qui mesure dans œuvre

1 m. 68 sur 1 m. 6g, était percé au nord d’une fenêtre en plein cintre et mesure 6 m. 25 de haut. La hauteur totale de la tour, du sol à la flèche, est de 10 m. 25. La transition au plan octogone de l'étage supérieur est ménagée au moyen de trompes chargées de petits toits à deux rampants triangulaires.

Le lanternon octogone est percé de fenêtres en plein cintre ajourant entièrement chaque face.

Trois colonnes trapues remplissant presque toute la largeur de la baie portent des tympans pleins formés de deux grandes pièces et fermant toute l’imposte de la fenêtre. Ce tympan est entaillé de deux tout petits cintres simulés.

Une tablette biseautée forme la corniche ; une moulure semblable chargée d'un rang de billettes règne sous l’appui des fenêtres. Les tailloirs des chapiteaux (fig. 58 nos 2 et 3) sont également biseautés avec un rang de billettes, sauf un seul orné d’un tore, d’un cavet et d'un onglet. Les bases attiques (fig. 58 n° 1) surélevées sont mal tracées et difformes ; les chapiteaux (fig. 5g) offrent cinq variétés, leur exécution est grossière, leur galbe lourd, ils ont des volutes et peuvent être

considérés comme des interprétations éloignées et ingénieuses mais très barbares du chapiteau corinthien. Les arcades des baies n’ont aucun ornement.

Fig. 59. — Eglise de Blangy-sous-Poix. — Chapiteaux du clocher.

Le clocher de Blangy doit appartenir à la première moitié et plus probablement au premier quart du xnc siècle ; le reste de l'église a trop peu de caractère pour pouvoir être daté avec précision, mais paraît un peu plus récent, peut-être du deuxième quart du même siècle.

Bui.eux.

L’église de Bilieux, paroisse actuelle de la commune de Cerisy-Buleux, conserve

une façade qui peut remonter au xic siècle et des arcades datant de la lin du xue.

Fig. 60. • — Eglise de Buleux. — Chapiteaux du portail.

Le chœur est orienté vers le nord, sans que rien justifie cette bizarrerie dans l'état actuel des lieux. La façade est construite en cailloux de silex disposés en épi. Deux contreforts très peu saillants en calcaire dur, flanquent le portail, dont le cintre reconstruit porte la date de 1 586. Les piédroits anciens ont été conservés ; ils sont ornés chacun d’une colonnette à chapiteau sculpté. Les deux chapiteaux (flg. 60) sont semblables et présentent un motif original : quatre rangs de prismes imitant le gaufre d’abeille ou la roche basaltique. Une tète encapuchonnée, le nez protégé par un nasal, sert de crochet sous l’angle du tailloir chanfreiné, qu’une tuile en terre cuite sépare du chapiteau.

Les arcades de la nef (fig. 61), de cent ans au moins plus récentes, sont en tiers point, à double voussure et à arêtes abattues. Elles reposent sur des colonnes trapues couronnées de chapiteaux extrêmement bas. Quatre feuilles côtelées soutiennent les angles de leur tailloir bas et sans ornement, quatre feuilles de géranium ornent les milieux.

Fig. 6i. — Eglise de Buleux. — Arcades de la nef.

Les autres parties de l’église datent vraisemblablement de la restauration du xvic siècle. Des travaux faits il y a peu d’années ont défiguré et deshonoré le monument, dont la solidité est même compromise.

Coquerel.

L’église flamboyante de Coquerel, remarquable par sa flèche de pierre découpée et par ses sculptures de bois, a conservé sous son porche un portail roman fort simple.

L’ouverture en plein cintre, large de i m. 60, haute de 2 m. 75 ; est entièrement encadrée d’un tore de i3 centimètres de diamètre, entouré d’une gorge, d’un tore de 10 centimètres, d’une seconde gorge et enfin d’une baguette de 4 centimètres. Une archivolte en larmier bombé, couronne ce portail et indique par son profil la fin du xue siècle.

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